LA LIBERATION DE FREJUS ET DE TOULON

 

Mesdames, Messieurs,

 

C'est à Téhéran, en novembre 1943, que Roosevelt, Staline et Churchill décidèrent l'ouverture d'un second front pour une attaque en tenaille de la France. L'attaque sur la Manche devait porter le nom d'Overlord et celle en Méditerranée le nom d’Anvil puis de Dragoon. L'ennemi devait être obligé de disperser ses réserves et d'évacuer les forces stationnées à l'Ouest ou de s'y laisser enfermer. Très rapidement le commandement allié fut obligé de renoncer au déclenchement simultané des deux assauts par suite des besoins énormes en matériel de débarquement et en shipping nécessaire pour Overlord.

 

En ce qui concerne Dragoon, il s'agissait de lancer des forces pour s'emparer de ports et de terrains d'aviation sur le littoral méditerranéen. Il fallait, pour assurer le succès du débarquement en Provence, qu'un certain nombre de grandes unités françaises et américaines prenant part à la campagne d'Italie soient rendues disponibles. Il avait été décidé que ces unités ne pouvaient être libérées qu'après le prise de Rome ; or, la prise de Rome est du 4 juin et le débarquement en Normandie des Alliés est du 6 juin.

 

L'opération Dragoon faillit bien ne jamais avoir lieu, car les chefs alliés responsables des opérations d'Italie proposèrent de renoncer au débarquement en Provence et de porter la guerre en Europe centrale en direction générale de la Hongrie, par la Vénétie et la trouée de Ljubljana, l’opération principale devant se dérouler en Adriatique dans la région de Trieste. Le général Alexander, le général Juin et le général Maitland Wilson furent les défenseurs de cette opération. Il est un fait qu'elle présentait un intérêt stratégique et un intérêt politique certain, Winston Churchill espérant ainsi arrêter ultérieurement les Soviétiques dans leur marche vers l'Ouest.

 

Le général Eisenhower s'opposa très vivement à ce projet. Il pensait qu'il ne disposait pas des moyens nécessaires pour la mener à bien simultanément avec l'opération Overlord. Par ailleurs, les Alliés avaient besoin de s'assurer rapidement de ports sur la Méditerranée et cette opération aurait retardé la libération de la France.

 

 

Le général de Lattre

 

Il s'évade de la prison de Riom le 3 septembre 1943 et arrive à Londres le 18 octobre. Après avoir combattu en 1940 à la tête de la 14e Division, il avait, en novembre 1942, voulu sauver l'honneur des troupes placées sous ses ordres. Dans la seconde quinzaine de décembre, il rejoint Alger, se présente au général de Gaulle et reçoit le commandement, le 18 avril 1944, de la 2e Armée qui, le 23 juin 1944, prit le nom d'Armée B.

 

Le commandement français éprouve quelques difficultés pour mettre sur pied les divisions car les Américains exigent la formation d'importantes unités logistiques et de soutien sur un type quasi industriel. Finalement, l'Armée B sera constituée, au départ, de deux divisions blindées et cinq divisions d'infanterie. Durant le ler semestre 1944, une importante partie des moyens se trouve en Italie, sous les ordres du général Juin.

 

L'Armée B présente une variété extraordinaire. Il y a d'abord la lre Division française libre dont les hommes n'ont jamais cessé le combat. On frémit de penser ce qu'il serait advenu s'il ne s'était pas trouvé quelques poignées de Français et d'amis de la France obstinés à combattre, si, durant quatre ans, une navette tricolore n'avait poursuivi son va-et-vient sur les champs de bataille d'Afrique et d'Europe. Si l'on a pu dire que la France n'avait jamais cessé de se battre, si le général de Gaulle a pu mener et justifier son action vis-à-vis des Alliés, si les Français sous la botte de l'occupant ont repris courage, évité la soumission et saboté la collaboration, si les Alliés ont pu disposer, dès l'été 1940, d'une zone de sécurité et de bases aériennes navales en Afrique, si l'on a pu croire ou faire croire que l'heure de la libération viendrait, c'est parce que tous ces hommes de la lre DFL et de la 2e DB, tous ces marins, tous ces aviateurs, si dissemblables entre eux par les races, les religions, les langues mêmes, furent rassemblés sous le signe de la croix de Lorraine, mus par une mystique faite d'indépendance et de foi.

 

Il faut ajouter que le général de Gaulle a toujours essayé de réunir dans un même élan et dans un même effort les combattants de l'Intérieur et ceux qui combattaient dans les rangs des Forces françaises libres. D'ailleurs, lorsque nous résistions à Bir Hakeim aux furieux assauts des blindés de Rommel, notre combat n'aurait pas eu de sens si nous n'avions su que des hommes et des femmes combattaient dans l'ombre en France.

 

Depuis novembre 1942, l'armée d'Afrique a rejoint les combattants des Forces françaises libres, et ses unités ont combattu avec héroisme et le plus grand esprit de sacrifice sur les champs de bataille de Tunisie, de Corse, de l'île d'Elbe et d'Italie. Beaucoup d'Européens, ou originaires de l'Empire, sont des engagés volontaires ou des personnels mobilisés. Aux colons, aux Français d'Afrique du Nord viennent s'ajouter les évadés par l'Espagne qui finissent par arriver en Afrique après avoir connu l'épreuve des camps de concentration espagnols.

 

Il ne s'agit pas seulement pour l'armée de remporter des victoires, mais de libérer la patrie et de lui restituer sa place dans le monde, comme, dès juin 1940, le général de Gaulle nous avait incité à le faire. Le général de Lattre souhaitait, par ailleurs, ardemment, que cette armée, au fur et à mesure de sa progression sur le territoire national, vienne s'enrichir et se renforcer par les maquisards des Forces françaises de l'intérieur et il a parfaitement réussi à réaliser l'amalgame.

 

Le général de Lattre fut nommé officiellement le 18 avril par le Comité français de libération nationale " commandant des forces terrestres françaises appelées à débarquer sur le sud de la France ".

 

Le commandement allié conserve la responsabilité de la mise sur pied des plans et de la conduite de la bataille. Il exerce son autorité sur le " contingent français " par le canal du commandement de l'armée française.

 

 

L’organisation du commandement

 

La 3e Armée US, commandée par le général Patch, avait ainsi reçu la mission de coiffer les forces franco-américaines devant prendre part au débarquement Sud. Un état-major de planification avait été mis sur pied et avait rassemblé une documentation importante à la suite de renseignements fournis par la Résistance, et par le SR Marine.

 

Quatorze divisions ennemies avaient été repérées au sud de la ligne Bordeaux-Lyon.

 

L'assaut proprement dit est à la charge du général Truscott, commandant le VIe Corps d'armée US, la Kodak force. Ces troupes d'assaut doivent débarquer le 15 août à 8 heures du matin sur 70 kilomètres entre cap Cavalaire et Agay, et s'emparer pour J+l d'une tête de pont de 30 kilomètres de profondeur.

 

L'exploitation, dans une deuxième phase, est la responsabilité de l'Armée B française, chargée de s'emparer de Toulon et Marseille, et du VIe Corps d’armée US, qui doit pousser sur Grenoble.

La flotte est rassemblée dans une zone d'attente ; elle longe les côtes de la Corse, puis se dirige vers Gênes et enfin, le 14, s'oriente vers les côtes françaises. La Résistance est prévenue de l'imminence de l'action par des messages sibyllins : " Gaby va se coucher dans l'herbe ", " Nancy a le torticolis ", " Le chasseur est affamé ".

 

Le débarquement à 8 heures est précédé par une formidable préparation aérienne. Les Américains débarquent selon trois axes principaux :

 

- la presqu'île de Saint-Tropez,

- le cap des Sardinaux et Val d'Esquières,

- Saint-Raphaël et la plage du Dramont.

 

Le 16 août, le général Patch passe sans attendre à l'exploitation.

 

L'énorme convoi qui devait amener la première vague d'assaut était protégé par 250 navires de guerre et, parmi ceux-ci, le cuirassé Lorraine, les croiseurs Duguay Trouin, Emile Bertin, Georges Leygues, Gloire, Montcalm. Il fut décidé de débarquer entre Cavalaire et Agay. Toute cette préparation fut assez longue et ce ne fut qu'après la prise de l’île d'Elbe que la décision fut prise.

 

 

Idée de manœuvre

 

S'assurer initialement d'un port et de terrains d'aviation ; le débarquement s'étale sur 80 kilomètres. Le premier échelon de l'Armée B devait être mis à terre 24 heures après le convoi du VIe Corps américain du général Truscott. Le premier échelon c'est ce que l'on appelait " le convoi preloaded ", comprenant : la lre DFL du général Brosset, la 3e DIA du général de Monsabert et des soutiens. Au total 37 000 hommes et 5 860 véhicules. Le deuxième échelon, de J+5 à J+9, comprenait 2 800 hommes et 3 500 véhicules appartenant à la 9e DIC, aux tabors marocains, de l'artillerie et des chars. Du côté allié, on espérait vivement une évolution favorable de la bataille de Normandie, ce qui libérerait des moyens d'appui et de soutien.

 

 

Les forces allemandes

 

La 19e Armée est établie entre la frontière italienne et Toulouse. Elle comporte neuf divisions d'infanterie et une division de panzers. Un mur, pourvu de nombreux ouvrages, a été mis en place par l'organisation Todt : Toulon et Marseille constituant des môles redoutables, disposant de 200 canons environ. Le dispositif comprend un minimum d'unités sur le littoral, le reste est en réserve. La Luftwaffe comprend sur le théâtre 120 chasseurs et 110 bombardiers.

 

Les Américains ont 1 900 avions dont 200 embarqués.

 

 

Du côté allié

 

Avec le 1er Corps US du général Truscott, cinq divisions d'infanterie française et deux divisions blindées. Je les rappelle :

 

- 1re DB (général du Vigier),

- 5e DB (général de Vernejoul),

- lre DFL (général Brosset),

- 2e DIM (général Dody),

- 3e DIA (général de Monsabert),

- 4e DMM (général Sevez),

- 9e DI (général Magnan),

- une division blindée = 500 véhicules,

- une division d’infanterie = 2500 véhicules.

 

L'entrée en action de ces grandes unités devait être progressive. Trois divisions seulement pouvaient prendre part initialement au débarquement avec le concours des FFI. Ceux-ci jouèrent un rôle très important dans la préparation et l'exécution du débarquement. Le colonel Zeller effectua d'ailleurs une liaison clandestine à Naples auprès du général Patch.

 

 

Les prévisions du commandement allié.

 

Le planning américain prévoyait la prise de Toulon à J+20 (le 4 septembre), celle de Marseille à J+40 (vers le 5 septembre). La libération de Lyon était envisagée à J+90.

 

Toutes ces prévisions devaient se révéler complètement fausses. Comme nous allons le constater, l'enthousiasme des hommes de l'Armée B, qui attendaient leur embarquement à Tarente, Brindisi, Oran, Bastia et Ajaccio, était extraordinaire.

 

 

Le débarquement

 

L'instruction personnelle et secrète du général de Lattre prescrit la vitesse et la hardiesse. Dans la nuit du 14 au 15 août, mise à terre des commandos du colonel Bouvet, le capitaine Ducournau escalade la falaise et s'empare de la batterie du cap Nègre (avec 40 hommes). Le commandant Rigaud aborde sur la plage du Rayol, mais, trompé par l'obscurité, il met en place un feu vert à 800 mètres plus à l'est de la plage. Le groupe naval d'assaut débarque au sud de Théoule et tombe sur un champ de mines non signalé, ensuite parachutage américain massif dans la région du Muy.

 

Le premier échelon de l'Armée B devait être mis à terre 24 heures après le convoi d'assaut du 6e Corps américain du général Truscott. Le deuxième échelon de l'Armée B comprend, à J+5, la 9e DIC, le groupement des tabors, un bataillon de chars coloniaux, des FTA et des prisonniers.

 

Pendant la bataille menée par le 6e Corps d'armée US, l'aviation attaque massivement. Le 6e Corps prend pied à Cavalaire, à Pampelonne et à Antéor. La lre DFL débarque le 16 août à 17 heures (plage Sylvabelle). La 3e DIA débarque dans le fond de la baie de Saint-Tropez.

 

L'émotion est intense. La Marseillaise jaillit de beaucoup de poitrines. Certains esquissent le geste de s'agenouiller, d'autres se baissent et prennent une poignée de sable dans leur main, pour toucher d'une façon charnelle cette terre de France à qu’ils rêvent depuis des années de libérer. D'autres pour cacher leur émotion chantent : " Maréchal nous voilà ".

 

 

Le 18 août au soir

 

Les unités françaises serrent sur les unités américaines pour les dépasser. Elles abordent les avancées du camp retranché de Toulon. Le général de Lattre bouscule l'horaire du plan initial et demande l'accord du général Devers et du général Patch. Il l'obtient.

 

Nous sommes au contact des avancées du camp retranché de Toulon. Les études préparatoires avaient prévu que l'attaque d'une place forte aussi bien défendue demanderait l'engagement des deux premiers échelons de l'armée. Or, seuls sont à pied d'œuvre 16 000 combattants, 30 chars, 80 canons.

 

Faut-il s'en tenir au plan ou le bousculer ? La prudence entraînerait le siège, avec ses lenteurs et le malheur de la population. L'audace, c'est de lancer nos hommes contre du béton et des armes protégées. Il est des moments dramatiques où le chef doit savoir choisir ! Le choix est fait : l'audace. De Lattre convoque ses deux divisionnaires : Brosset toujours en chemise et en short, le deuxième, Monsabert, en tenue réglementaire a l’allure de cadet de Gascogne. Tous les deux bouillonnent de dynamisme.

 

 

 

 

Idée de manœuvre

 

Attaquer la face Est du camp retranché, de façon à faire abcès de fixation. D'autre part, et en même temps, l'attaquer à un endroit où il ne s'y attend pas, déboucher inopinément par les montagnes du Nord de la ville et déborder la place de Toulon par l'Ouest, jusqu'à la mer.

 

La lre DFL a la rude tâche de marcher sur Toulon par la route littorale et par Hyères. C'est un des côtés les plus défendus par de nombreux ouvrages. La 3e DIA aura peut-être des obstacles moins redoutables, mais elle sera confrontée aux difficultés d'un terrain invraisemblable pour déborder et encercler, avec l'aide des tabors du général Guillaume.

 

Toutes ces actions sont couvertes au Nord par le Combat command n°2 et le 2e RSA qui sont en liaison avec le corps américain du général Truscott.

 

La fortune sourit aux audacieux. Le deuxième échelon vient d'arriver avec la 9e DIC, les tabors et le bataillon de choc. Le tout en avance de 48 heures. Le 9e DIC étoffera le dispositif d'attaque et s'introduira entre Brosset et Monsabert. Le général de Larminat coordonnera l'action de ces deux grandes unités. Par ailleurs, l'enseigne de vaisseau Sanguinetti vient avertir que les Allemands remanient leur dispositif vers l'est et préparent la défense de l'Arsenal.

 

De Lattre doit demander l'autorisation de foncer au général Patch. Sans tenir compte des plans préalables, le 19 août au matin, Patch et Sir Maitland Wilson donnent l'autorisation avec quelque hésitation ! Le Combat command du général Sudre est mis à la disposition de la 3DIA.

 

 

 

 

 

La conquête de Toulon

 

L’adversaire est en alerte. L'amiral Ruhfus transmet le message du Führer : " Défendre Toulon et Marseille jusqu'à la dernière cartouche ".

 

Trois phases principales :

 

A - La phase d'investissement (20 et 21 août) au cours de laquelle Monsabert tend un filet au nord et à l'ouest de Toulon.

 

B - La phase de démantèlement (22 et 23 août), marquée par la progression systématique de la lre DFL à travers les ouvrages protégeant Toulon, le tout avec l'appui des " Chocs " et des tirailleurs de la 3e DIA.

 

C - Enfin la phase de réduction définitive. C'est l'oeuvre surtout de la 9e DIC, elle se termine par la reddition de l'amiral Ruhfus.

 

D - L'investissement.

 

Les blindés (3e RSAR) progressent au nord-ouest vers le camp. Sous la conduite du colonel de Linares, deux bataillons du 3RTA commencent l'ascension du massif désertique du Grand Cap. Des FFI volontaires et des moines du couvent de Montrieux servent de guides. La nuit tombe, pas de points de repère. C'est hallucinant ! Le 3e Bataillon dévale sur Revest-les-Eaux. Il ne rencontre aucune résistance, le détachement de la Feld gendarmerie est en train de faire son marché !

 

Mais l'ennemi se ressaisit. Le ler Bataillon (commandant Ruault) s'empare du carrefour des quatre chemins à l'entrée nord-ouest de Toulon. A l'ouest, le sous-groupement Bonjour s'est emparé du carrefour du camp et du village de Beausset. La lre DFL commence le débordement de Hyères, mais le Mont Redon est intact. La 2e Brigade (Garbay) et le BM 5 (capitaine Bertrand) enlèvent la position. A droite, le 22BNA (commandant Lequesne) et le BM 11 (capitaine Boucard) se heurtent à des casemates bétonnées. Au Sud, la 4e Brigade du colonel Raynal se trouve arrêtée par l’hôtel du Golf. Le BM 21 (capitaine Oursel) réussit à s'infiltrer jusqu'aux premières maisons de Hyères. La 9DIC (6RTS) s'empare de Solliez-le-Pont. Toulon est au trois-quarts encerclé.

 

De Lattre prévoit l'articulation ultérieure de la manœuvre pour attaquer Marseille.

 

 

Le 21 août

 

L’hôtel du Golf résiste toujours. 6 000 obus s'abattent sur cet objectif. Enfin, après 40 heures de résistance, les 160 survivants cèdent à l'assaut d'une compagnie du bataillon du Pacifique.

 

En fin de journée, les BM 21 et BM 24 finissent la conquête de la ville de Hyères.

 

La 9DIC, le groupement Salan a enlevé Solliez-la-Ville et, dans la brèche qui s'ouvre dans les défenses, les blindés foncent. Toulon est à 14 kilomètres ! La Valette est prise.

 

Pendant ce temps, le groupe de commandos du colonel Bouvet s'empare de l'ouvrage du Coudon par une chaleur écrasante. A 14 heures, les commandos donnent l'assaut, le capitaine Ducournau quitte ses chaussures et escalade à la corde les murs du fort, hauts de dix mètres. Il pénètre avec un petit groupe dans l'ouvrage, dont les galeries souterraines sont nettoyées à la grenade. " Tirez sur nous ", demandent les défenseurs du fort à l'artillerie allemande. Cette journée du 21 août a été très coûteuse.

 

Sur la face opposée, le 7e RCA arrive à Bandol. Toulon est pris dans la nasse. Les Quatre Chemins sont atteints par le régiment de Linares (1/3e RTA.).

 

Le 22 août

 

Les combats de rue commencent. Simultanément, la DFL avance vers la Garde (4e Brigade Raynal). La résistance du massif du Touar est très dure. Glorieuse journée au cours de laquelle les pertes sont très sévères à la DFL (55 tués, dont six officiers, 195 blessés).

 

Il reste encore de sérieux centres de résistance, mais cela n'empêche pas Brosset de foncer en jeep sur Toulon. Il revient chercher ses éléments de tête : " Allez ! J'ai déjà embrassé au moins 200 filles ".

 

Le commandant Mirkin de la lre DFL obtient la reddition sans combat du point d'appui de l'Arsenal grâce à l'arrivée opportune d'un petit détachement de la 9e DIC.

 

 

La 9e DIC

 

Ses pointes extrêmes sont stoppées à La Valette. Le commandant de Beaufort arrive à franchir avec deux chars légers. Sept chars légers du RICM entrent dans Toulon et progressent jusqu'à l'Arsenal cœur de la ville. La situation du centre ville est confuse. Le Bataillon de choc (capitaine Lefort) et le ler Bataillon du RTA progressent et nettoient les différents centres de résistance.

 

 

La prise de la Poudrière

 

Elle comporte quatre larges galeries, puissamment défendues par des chars qui en sortent périodiquement et par une centaine de tireurs d'élite. Foudroyés à bout portant, les défenseurs agitent un drapeau blanc. D'autres continuent à se battre. A 21 h 45 tout est terminé. 250 cadavres jonchent le sol. Après la prise de la poudrière, Linares regroupe ses moyens (3RTA).

Le 23 août

 

Les Allemands contre-attaquent, s'emparent d'un point d'appui tenu par les " Chocs ", font sortir les survivants dans la rue et les fusillent de quelques rafales de mitraillettes. Les FFI apportent une aide très précieuse pendant tout le combat.

 

La réduction définitive. La 9e DIC relève les éléments de la 3e DI pour qu'ils puissent participer aux opérations sur Marseille.

 

 

Le 24 août

 

Monsieur Diethelm et le général de Lattre se rendent à Toulon en compagnie de Monsieur William Bullit, ancien ambassadeur des Etats-Unis, qui a sollicité du général de Gaulle l'honneur de servir dans l'armée française.

 

 

Le 25 août 

 

Les Allemands, sentant la partie perdue, se rendent ; il y a cependant des exceptions. Il en est ainsi du commandant du fort d'Artigues. Même vaincus, les Allemands ne perdent pas leur morgue. Lorsque les 210 hommes de la batterie du Peyras sortent du fort après avoir détruit leurs armes, ils se redressent encore pour crier : " Heil Hitler ! ".

 

La rade est déminée pour permettre à l'escadre d'y accéder. Le succès est confirmé par la venue de Monsieur Jacquinot qui installe l'amiral Lambert à la préfecture maritime. Et pourtant, de l'autre côté de la rade, la presqu'île de Saint-Mandrier résiste toujours. L'amiral Ruhfus et son état-major se sont réfugiés dans les casemates. Ce qui est assez étonnant, c'est que l'amiral est considéré par la garnison de Saint-Mandrier comme un fugitif, car il a abandonné son quartier général de La Valette à l'approche de l'arrivée des chars et des hommes du 6e RTS. Le 27 août, l’amiral accepte de recevoir l'émissaire que le colonel Le Puloch lui envoie. A 23 h 45, il accepte de capituler sans conditions. Le lendemain, 40 officiers et 1 800 marins se rendent.

 

La rapidité même du succès a pu faire croire qu'il avait été obtenu facilement. En réalité la lutte a été d'une rare violence. Après huit jours de combats ininterrompus, nos pertes s'élèvent à 2 700 tués dont 100 officiers. Du côté allemand, des milliers de tués et 17 000 prisonniers, un matériel énorme capturé. Finalement, un très grand port de guerre, Toulon, ouvert aux forces alliées. La stratégie du général de Lattre a consisté à ne pas mener deux batailles successives pour Toulon et Marseille, comme les plans initiaux l'avaient envisagé. Dès le soir du 19 août, s'est présentée une occasion favorable, il fallait la saisir !

 

Toulon est en partie encerclé et les éléments de reconnaissance se trouvent à la hauteur du carrefour du camp, sur la route de Toulon à Marseille, à mi-chemin des deux villes. Le général de Lattre a alors donné l'ordre au général de Monsabert de s'emparer d'Aubagne qui est la clef de voûte du système défensif allemand.

 

Le 28 août, Marseille sera libérée et une prise d'armes grandiose organisée sur le vieux port. Le général de Lattre adresse alors au général de Gaulle ce télégramme : " Dans le secteur de l'Armée B, aujourd'hui à J+13, il ne reste plus un Allemand qui ne soit mort ou captif ".

 

 

Général d'Armée Jean Simon

Chancelier de l'ordre de la Libération

 

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