LES FRANÇAIS ET WOODROW WILSON

 

André KASPI 1

 

Lors de son arrivée à Paris en décembre 1918, le président Woodrow Wilson reçoit un accueil triomphal. Le long des Champs-Elysées, la foule est nombreuse. L'un des membres de l'entourage présidentiel, le journaliste Ray Stannard Baker, note avec soin ses observations :

Je jetais un regard en direction de l'Arc de Triomphe. La grande avenue était dégagée, mais de chaque côté, sur les bancs, sur les arbres, sur les toits, c'était noir de monde. (...) Dans la foule, il y avait beaucoup de travailleurs et de travailleuses, beaucoup d'enfants aussi. (...) Wilson se trouvait dans la première voiture avec le président Poincaré. (...) Il fut bruyamment acclamé. La voiture de Mme Wilson fut couverte de fleurs. (...) Je marchai rapidement vers la place de la Concorde. (...) Là, la foule était extraordinaire tout comme l'enthousiasme qu'elle manifestait. On m'a dit que la réception fut plus considérable, plus enthousiaste que celles qu'avaient reçues les rois ou les généraux. Il y avait autant de monde que le jour de l'Armistice2.

A la réflexion, rien de plus étonnant. C'est qu'au début de la Grande Guerre, les Français connaissent mal le président Wilson. Ils ont, à n'en pas douter, beaucoup plus d'informations sur Theodore Roosevelt et continuent, pendant le conflit, à montrer une profonde sympathie pour l'ancien président. Au début de 1917, l'opinion française n'est nullement acquise à Wilson. La note américaine du 18 décembre 1916 a été fraîchement reçue à Paris. Gustave Hervé dans La Victoire ne mâche pas ses mots :

La note américaine, écrit-il, est depuis Charleroi le plus grand coup que nous avons reçu en pleine poitrine, le plus dangereux pour le moral de notre peuple, car nous le recevons le 29e mois de guerre, à une heure où les éléments les moins bien trempés de notre nation sont envahis par un commencement de lassitude.

Bref, la France et les Français ne comprennent pas la démarche du président des États-Unis. L'énoncé des buts de guerre est fait pour répondre à la demande de Washington. Il ne correspond nullement à un pas vers la négociation3. Les Français seraient infiniment plus sensibles aux préoccupations de Wilson, s'ils le connaissaient mieux, si les États-Unis finissaient par entrer en guerre, si le président américain cessait de tendre la joue gauche aux Allemands après avoir été giflé sur la joue droite et de révéler des sympathies pro-allemandes. Jugement sévère, il est vrai. Un jugement, toutefois, qui souligne qu'entre janvier 1917 et décembre 1918 les Français ont changé d'attitude à l'endroit de Wilson. La difficulté, en fait, est de cerner les contours de l'opinion, particulièrement en temps de guerre et de dégager les lignes directrices d'une explication.

La première étape du retournement correspond à l'année 1917. Elle s'esquisse au mois de mars et prend toute son ampleur en avril. La raison en est simple. Les États-Unis sont enfin des belligérants. Non sans hésitation, Wilson a franchi le pas. De la rupture des relations diplomatiques avec Berlin à la déclaration de guerre, il a choisi de rejoindre le camp des Alliés. Les commissions de contrôle postal donnent des illustrations du nouvel état d'esprit4. La noblesse des intentions américaines ravit les correspondants.

La déclaration du président Wilson, observe l'un d'entre eux, fait honneur aux Américains. C'est un atout pour notre cause. Wilson, l'homme de la paix, estime un autre, n'est intervenu que pour forcer les Boches à faire la paix.

Somme toute, en ce tragique printemps, ce sont les États-Unis qui offrent le concours de leurs forces pour que les Alliés l'emportent sur leurs ennemis. Comment ne pas être sensible au concours si généreux et si grand des braves Américains ? Impossible d'hésiter : Leur geste a été grand et noble. Avec les Américains, les Français et les Anglais feront triompher le droit et la justice : Bravo ! Vive les États-Unis ! Je vous envoie toutes mes félicitations pour le beau geste que votre grande et libre nation vient de faire pour la cause du droit et de l'humanité. En conséquence, nos deux nations unies pour la défense de la même cause parviendront au résultat tant désiré. Evidemment, il faut que le concours américain prenne un tour concret, qu'on voie des soldats américains en première ligne, qu'une armée puissante vienne peser de tout son poids sur l'issue de la bataille. Quand cela se produira-t-il ? Attendra-t-on longtemps ? S'il est indispensable de passer encore un, deux ou trois hivers avant que les Américains ne combattent de manière efficace, les soldats français en concluent parfois que l'entrée des États-Unis n'a fait que retarder le retour de la paix. Le raisonnement s'ordonne de la manière suivante : S'il leur faut trois ans pour faire une armée, on n'est pas près d'avoir la victoire. Ou bien encore : L'aide de l'Amérique ne pourra se manifester que bien tard ; si on compte sur elle, il faudra temporiser et attendre, donc la guerre durera plus longtemps. Un fantassin écrit à un ami américain : La guerre est loin d'être finie à mon avis. L'entrée en jeu des États-Unis permet, au contraire, de continuer la guerre et je ferai certainement l'hiver 1918 dans les tranchées. Un autre recourt à une image plus concrète : L'Amérique est venue rallonger la sauce. D'ailleurs, Wilson ne dissimule-t-il pas des desseins inavouables ? A supposer que les Américains débarquent en masse dans les ports français, ne remplaceront-ils pas définitivement les soldats français ? Leur arrivée n'annonce-t-elle pas la fin d'un rôle actif pour la France ? L'un des contrôleurs conclut son rapport en ces termes :

L'idée s'accrédite chez les soldats que les Américains vont prendre toute une partie du front et permettre la démobilisation de toute une partie des Français. Dans trois mois, il y aura 500 000 Américains en France. On va libérer toutes les classes territoriales. Le ministre a promis le renvoi de tous les pères de famille que remplaceront les Américains. Wilson a dit que le rôle de l'Armée française était fini, que les Américains la remplaceront désormais.

Soulagement et crainte vont de pair. Wilson, c'est l'incarnation d'une force nouvelle, tant espérée, vaguement redoutée, la figure emblématique d'un avenir grisâtre, peut-être la fin de l'influence française, l'ami puissant qui fait peur.

Il n'empêche que tout est fait pour que les moyens d'information insistent sur l'importance capitale du concours américain. En juin et juillet, le principal souci du GQG est de relever le moral des troupes. Les lettres indiquent, relève une note au ministre, une recrudescence de lassitude générale, de cafard et de fatigue. On doute de la victoire, on ne voit pas d'issue à la guerre, on appréhende le quatrième hiver. Il est donc particulièrement important que l'armée et la population civile prennent conscience de l'effort des États-Unis, de l'aide considérable qu'ils commencent à donner à la France et qui ne fera qu'augmenter. Pétain demande au ministère de la Guerre de faire paraître des articles sur la situation géographique et économique, sur l'industrie, sur les ressources financières, sur la marine des États-Unis. Les correspondants de guerre ont un rôle à tenir.

J'estime, écrit Pétain à Castelnau, qu'il serait intéressant de montrer aux correspondants de guerre, accrédités auprès du GQG, les troupes américaines en pleine période d'instruction et d'entraînement et de représenter au public français le soldat américain à tous les moments de son labeur quotidien.

Pétain recourt à l'arme psychologique. Deux documents le prouvent. Le premier date du 5 juin. C'est une note destinée à suggérer aux officiers des thèmes de discussion avec leurs hommes. Pétain énumère six thèmes, le quatrième traitant de l'effort américain :

Les États-Unis se préparent à venir à notre aide. Leur flotte opère déjà contre les sous-marins et leurs financiers ont apporté leur coopération.(...) Les États-Unis nous apportent un appoint énorme et vraiment décisif ; cet appoint est surtout destiné à la France.

Pétain reprend l'idée dans sa note du 23 août qui fait l'objet d'une instruction pour le Bureau d'Information Militaire datée du 28.

Il semble bien que les instructions ont été suivies d'effets. La plupart des quotidiens appliquent la consigne, à l'exception de l'Humanité, du Journal du Peuple et de l'Oeuvre dont Pétain se plaint et regrette l'action démoralisante. En revanche, le Matin, l'Echo de Paris, le Petit Parisien, l'Excelsior, le Pays ne se font pas prier.

Cette propagande a été efficace. Elle contribue à relever le moral des Français dans le courant de l'été 1917. Elle s'appuie, en grande partie, sur la présence des troupes américaines, sur l'importance du concours des États-Unis. Elle contribue à accélérer l'évolution des esprits. Du coup, le prestige du président Wilson croît. Peu importe les fondements de sa politique extérieure dont, pour l'instant, les Français se préoccupent peu. Il est la clef de voûte de l'alliance, le garant de la victoire.

En 1918, l'image de Wilson change. Il n'est plus seulement l'homme qui apporte à la France le concours américain. Il est l'organisateur de la paix de demain, celui qui tiendra une place primordiale dans la reconstruction des relations internationales. En conséquence, ce qu'il dit, ce qu'il écrit, ce qu'il fait influe et continuera d'influer sur la position de la France et sur son avenir. On le voit bien avec son message du 8 janvier qui proclame les Quatorze Points. Désormais, Wilson occupe le devant de la scène. Il est le chef de la nation la plus puissante sur le plan économique. Il prend figure de leader de la coalition.

Il n'est pas nécessaire, dans le cadre de cette communication, de revenir sur le détail du programme de paix des États-Unis. Il suffira de rapporter les réactions que le message a suscitées. Chacun des points n'entraîne pas de longs commentaires dans la presse. L'abolition de la diplomatie secrète, cela revient, d'après Pertinax, à empêcher que l'Allemagne, par la dissimulation et le mystère, ne mette la main sur toute l'Europe centrale et orientale, tandis que Renaudel y voit, dans l'Humanité, la dénonciation des pratiques de tous les belligérants. La liberté des mers, la limitation des armements ne passionnent pas la presse française. Le point 10 (sur l'Autriche-Hongrie) et le point 24 (sur la Pologne) laissent de marbre. Le point 6 (sur la Russie) intéresse davantage, surtout les socialistes. L'Humanité souligne la grande habileté du président Wilson qui a su être juste et humain. (...) Au lieu de jeter l'anathème aux Russes ou de les traiter en pestiférés, M. Wilson veut qu'on comprenne leur détresse et qu'on leur vienne en aide. (...) Ils défendent le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ils réclament des négociations au grand jour, tandis que les Allemands emploient des faux-fuyants diplomatiques. Quant au projet de Société des Nations, il paraît à la plupart des journaux idéaliste, c'est-à-dire irréel, utopique. C'est un rêve que le moindre bon sens détruit. Le pouvoir d'un organisme international est une chimère. En revanche, l'Humanité célèbre l'immortel honneur du président Wilson d'avoir conçu un tel projet, qui provoquera la disparition du militarisme.

Dans l'ensemble, la presse française témoigne son approbation, les uns parce qu'ils sont persuadés que le président Wilson vient d'annoncer un monde nouveau, débarrassé du fléau de la guerre, les autres parce qu'ils croient que le généreux programme américain ne sera appliqué qu'après le succès des armées alliées, tous parce qu'ils ont surtout retenu du message présidentiel le point 8, celui qui a trait à l'Alsace-Lorraine. Un grandiose message, souligne le Matin. La certitude de justes réparations pour les peuples lésés, croit le Petit Journal. Quelle ampleur de pensées, quelle hauteur de vues ! pour le Petit Parisien. De l'Echo de Paris au Figaro, en passant par l'Homme Libre, le Gaulois ou le Temps, c'est le même concert d'éloges. L'ambassadeur des États-Unis, William Sharp, observe qu'au milieu de cette approbation générale, les applaudissements les plus forts vont au point 8 ; rien n'a plus ému les Français à tous les niveaux de responsabilité. Encore que des nuances soient évidentes. Pour les uns, Wilson a lancé un défi à Berlin, proclamé haut et fort le droit historique et la justice. Pour les autres, le retour de l'Alsace-Lorraine est juste à condition qu'il soit approuvé par la population alsacienne et lorraine.

Dans les tranchées, le programme de Wilson est aussi fort populaire. Le 2e Bureau de l'EMA a fait dresser un rapport sur les réactions de l'opinion. A la IVe Armée, par exemple, la troupe lit et discute tout ce qui concerne les scandales politiques, les affaires de Russie, la question de la paix et les buts de guerre, l'aide américaine, la future offensive austro-allemande. Mais l'exposé des buts de guerre par le président Wilson et par M. Lloyd Georges a produit une excellente impression. Ainsi, l'image du président des États-Unis s'est encore améliorée. Il prend figure de leader, moral au moins, de la coalition. C'est de lui qu'on attend la définition de l'après-guerre, comme c'est des armées de son pays qu'on attend le salut. Le gouvernement français ne peut pas ne pas tenir compte de ces espoirs. Il ne cherche pas à distinguer les nuances avec lesquelles est rédigé le passage sur l'Alsace-Lorraine. La France a obtenu que son but de guerre principal soit pris en compte par les États-Unis. Voilà qui est fondamental.

Mais, pour le gouvernement français, le programme wilsonien est une arme à double tranchant. Il peut affaiblir les Empires Centraux en accentuant leurs divisions internes. C'est bien. Il peut aussi renforcer l'opposition, en France et en Grande-Bretagne, à la politique officielle. En effet, les journaux socialistes approuvent le président américain avec un enthousiasme suspect. Quelles que soient leurs tendances, les leaders du parti voient dans les Quatorze Points une machine de guerre contre le cabinet Clemenceau. Albert Thomas écrit dans l'Information :

Ce sera l'honneur du président Wilson d'avoir, par ses messages répétés, obligé les nations de l'Entente à conformer leurs aspirations nationales à la justice. En dépit de ses fautes, de ses faiblesses, de son abandon des alliances, ce sera l'honneur de la révolution russe d'avoir poussé les Puissances occidentales à purger leurs propositions de paix de tout impérialisme. (...) Aujourd'hui, la force morale de l'Entente est incomparable.

Le choix n'est pas entre Wilson et Lénine. Pour le moment, la politique de l'un complète celle de l'autre. Wilson n'imite pas les dirigeants traditionnels et conservateurs de France et de Grande-Bretagne. Fini, le temps des habiletés, des ruses, des faux-semblants.

La tendance des socialistes à s'approprier le programme de Wilson est si marquée que la presse modérée s'inquiète. Dans le Figaro, Alfred Capus ne dissimule pas ses craintes :

L'affaire de la Société des Nations semble entrer dans une voie fâcheuse. Les partis politiques se mettent à exploiter ce qu'il peut y avoir de juste et de noble, en tout cas, dans l'idée de M. Wilson. (...) Les socialistes et quelques autres penseurs prétendent nous imposer (...) la Société des Nations comme une chose révélée, échappant par là à la discussion et au doute.

Aussi, en adoptant, du moins en apparence, le programme wilsonien, le gouvernement français vise-t-il à atteindre deux objectifs. D'une part, il enlève aux socialistes une arme qui pour lui serait dangereuse. Les socialistes ne pourront plus se tourner vers Washington pour combattre un cabinet ministériel qu'ils jugent conservateur, sinon réactionnaire. Et le gouvernement justifie son refus d'accorder aux socialistes des passeports pour se rendre à la conférence internationale des travailleurs. D'autre part, Paris invite discrètement le président Wilson à ne pas manifester des sympathies excessives à l'égard des socialistes et à soutenir la politique de Clemenceau.

Cette situation n'a évidemment pas échappé aux observateurs américains. A preuve les excellents rapports qu'adresse au département d'Etat Tracy Lay, consul à Paris. Clemenceau ne cache pas que l'attitude américaine sera pour lui un soutien appréciable et apprécié. Entre le président du Conseil et le président des États-Unis des rapports complexes s'établissent. La France a besoin de l'Amérique pour faire la guerre. L'Amérique ne veut pas être le champion des mouvements révolutionnaires. Le réalisme les pousse à s'entendre, du moins à se ménager.

Voilà qui explique bien des ambiguïtés dans les relations des Français avec le président des États-Unis. Wilson est un enjeu de la politique française. Accaparer le potentiel moral qu'il représente, c'est le but des socialistes. Démontrer que les gouvernants ne sont pas fidèles à la pensée de l'Américain, qu'en conséquence ils continuent de soutenir une politique rétrograde, conservatrice, impérialiste, c'est entre leurs mains une arme redoutable à laquelle ils n'hésitent pas à recourir. Du côté de Clemenceau, la liberté de manoeuvre est restreinte. Impossible de dénoncer la naïveté ou les illusions des Américains. La France a besoin des troupes, du matériel, des dollars des États-Unis. Elle réclame également le soutien moral qui lui vient d'outre-Atlantique. Reste évidemment l'attitude de Wilson lui-même. Somme toute, il ne porte pas la responsabilité des complexités de la situation politique en France. Certes, les diplomates américains n'ont pas peur d'écrire que l'homme politique qu'ils préfèrent, c'est Albert Thomas et non Clemenceau. Ils n'ignorent pas qu'ils ont la possibilité de s'appuyer sur l'immense popularité de Wilson dans l'opinion française. Une tentation à laquelle il est difficile de résister. Mais il faut tenir compte des réalités et pour l'instant, les réalités, ce sont la guerre et le gouvernement Clemenceau, les intérêts des États-Unis et l'inévitable intervention américano-japonaise en Sibérie, les prochains pourparlers avec les Allemands et les Austro-Hongrois. Des réalités qui s'imposent tellement qu'elles ne tardent pas à assombrir l'image de marque du président Wilson. Les applaudissements de décembre 1918 remercient l'un des grands vainqueurs, celui qui a largement aidé la France et la Grande-Bretagne et tenu une place primordiale dans le conflit. Ils portent l'équivoque. Chaque Français applaudit un Wilson tel qu'il l'imagine. Et Wilson n'en continue pas moins de poursuivre les objectifs qui sont ceux de son pays.

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Notes:

1 . Professeur à l'Université de Paris III Sorbonne Nouvelle.

2 . Cité par Arno Mayer, Politics and Diplomacy of Peacemaking, New York, Alfred A. Knopf, 1967, p. 176.

3 . Sur cet épisode des relations franco-américaines, cf. Yves-Henri Nouailhat, France et États-Unis, août 1914 - avril 1917, Paris, Publications de la Sorbonne, 1979, pp. 392-398.

4 . Pour tout ce qui suit voir André Kaspi, Le temps des Américains. Le concours américain à la France, 1917-1918, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976.

 

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