LA Xe ARMÉE ET LES AMÉRICAINS

 

 Louis-Eugène MANGIN 1

 

Dès le mois de mai 1918, trois divisions d'infanterie américaines relevaient les Français dans les Vosges et deux autres étaient en ligne avec la 1ère Armée dans la région de Montdidier.

C'est le 28 mai à Cantigny que se produisit la première attaque américaine. Elle est exécutée par le 28e régiment d'infanterie appuyé par une puissante artillerie française. L'affaire est brillamment conduite. Pershing y trouve la première occasion qui lui est offerte de tester la maturité de son armée et d'en manifester le caractère particulier.

Les armées françaises sont épuisées par quatre terribles années d'efforts. Depuis un an elles n'ont été engagées que dans la défensive et ce n'est pas sans raison que le responsable de l'instruction à Chaumont note : . Il en conclut hâtivement : .

Pour les Américains au contraire, les batailles de l'avenir se livreront en terrain libre et leur seul objectif sera d'être rapidement en mesure d'aller à Berlin. Nous verrons que dans l'action les points de vue se rapprocheront, tant il est vrai que .

* *

Cependant le 27 mai, 40 divisions allemandes déferlent sur un front de 50 kilomètres à l'est de l'Oise. Cette offensive est canalisée par les pôles de résistance de Reims et de Villers-Cotterêts. Elle se déverse jusqu'à la Marne où les réserves françaises sont insuffisantes pour faire barrage. Le Commandant en chef des Armées alliées fait appel à Pershing.

La 2e division américaine, soutenue par la division coloniale Marchand, est chargée, face à Bois Belleau, de colmater la partie sud-ouest de l'offensive allemande, c'est-à-dire sa pointe dirigée sur Paris.

Mais l'heure de l'offensive ne tarde pas à sonner pour Foch. Les troupes américaines lui apportent, le 18 juillet, la participation de cinq divisions. Leur 3e Corps d'armée, comprenant les 1ère et 2e DIUS, est affecté à la Xe Armée Mangin. Il se met en place les nuits des 15 et 16 juillet sous les couverts de la forêt de Retz. Il se trouve sur place à proximité immédiate des avant-postes, des PC. organisés, des emplacements de batteries d'artillerie légère et même d'artillerie lourde ainsi que des dépôts de munitions largement approvisionnés. Jamais dispositif offensif n'a été aussi serré vers l'avant. La Division marocaine est intercalée entre les deux divisions américaines.

Dans la nuit du 17 au 18 juillet le calme le plus total règne sur le front de la Xe Armée et l'on n'entend dans la forêt de Retz que le chant des oiseaux.

A 4 heures 45, entre l'Aisne et l'Ourcq, l'artillerie lourde écrase de ses projectiles les batteries adverses, l'artillerie de tranchée détruit les positions avancées, l'artillerie légère déclenche un barrage roulant tandis que débouche l'infanterie, à laquelle sont mêlés les 115 chars d'assaut à l'abri d'un brouillard.

A 10 heures le brouillard se lève. L'aviation française du général Houdemon qui s'est assurée la maîtrise de l'air, rend compte : .

Les chars Renault prennent alors la relève des chars lourds dont la moitié des appareils est détruite et 25 % des équipages hors de combat.

Les divisions américaines restent durant toute cette journée constamment alignées sur la Division marocaine, qui est l'une des meilleures de l'Armée française.

En quatre jours, la 1ère DIUS avance de 11 kilomètres et s'empare de Berzy-le-Sec. La 2e DIUS progresse jusqu'à Tigny à la hauteur de la route Soissons - Château-Thierry. Sur un effectif de 25 000 hommes, l'une a perdu 7 000, tués ou blessés et l'autre 4 000. Le rapport officiel note : .

A la VIe Armée Degoutte, sur la face sud de la poche de Château-Thierry, le général Liggett, qui commande le 1er Corps d'armée des États-Unis, prend, dans des combats acharnés, les villages de Belleau, Torcy, Crugny et Epieds.

Dans les Ve et IXe Armées, sur le flanc Est de la poche, la 3e DIUS a subi, l'assaut du 15 juillet ; le 20 juillet elle participe à la contre-attaque, franchit la Marne le 22 et continue à avancer jusqu'à sa relève, le 30 juillet, par la 32e DI. Les 28e et 39e DI sont également engagées. Au total, la réduction de la poche a coûté aux Américains 30 000 tués ou blessés.

Le 8 août, le front se situe sur la Vesle. Deux corps d'armée sont engagés, qui disposent en soutien de deux divisions et la 26e DI est au repos au confluent de l'Ourcq et de la Marne. Cinq autres divisions servent sur le front britannique.

Le 30 août, la 30e DIUS, engagée dans la Xe Armée, enlève brillamment Juvigny.

Parmi les éloges unanimes qui sont adressés aux Américains, citons seulement ceux que Charles Mangin, dans un ordre du jour bilingue, a adressé particulièrement aux officiers, sous-officiers et soldats des 1ère et 2e DIUS le 30 juillet 1918.

________

Notes:

1 . Colonel honoraire d'infanterie de marine.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin