LA PROPAGANDE FRANÇAISE AUX Etats-Unis

(août 1914 - avril 1917)

 

Yves-Henri NOUAILHAT 1

 

Lorsque l'on évoque les questions de propagande durant la Première Guerre mondiale, on pense d'abord à l'action de propagande menée par l'Allemagne aux États-Unis et parfois à celle de l'Angleterre, mais rarement à celle de la France.

Dans un cas, celui de l'Angleterre, une propagande habile et bien construite, s'appuyant sur un grand nombre de personnes influentes et sur une analyse extrêmement minutieuse de la presse américaine, a certainement contribué à développer une image défavorable de l'Allemagne et des Allemands.

De leur côté, les Allemands avaient établi un service d'information à New York dès août 1914 : ce service inonda littéralement les États-Unis de propagande. Quelques incidents et quelques maladresses vinrent cependant à plusieurs reprises anéantir les efforts menés pendant les périodes précédentes.

Il est intéressant de savoir s'il y a eu une propagande française aux États-Unis entre 1914 et 1917 et quelle place elle y a tenue à côté des actions anglaise ou allemande.

Avant d'essayer d'en définir les formes ou les méthodes, puis les résultats, il convient d'abord de se poser la question de savoir pourquoi la France pouvait envisager de développer une propagande aux États-Unis, c'est-à-dire la question des enjeux.

I - Les enjeux

A - Le gouvernement français n'a jamais vraiment cherché, d'août 1914 à avril 1917, à faire entrer les États-Unis en guerre aux côtés de la France.

Il sait parfaitement que le président Wilson tient à respecter la plus scrupuleuse neutralité. Ce dernier avait lancé dès le 17 août 1914 un solennel appel à ses compatriotes pour qu'ils respectent la neutralité, non seulement dans les faits mais dans leur conscience.

Il sait aussi que le président Wilson s'efforce de défendre les droits de neutralité de son pays, mis en cause, selon lui, à la fois par les Empires Centraux (avec la guerre sous-marine) et par l'Entente (avec le blocus).

Il sait enfin que ce même président Wilson rêve de mettre fin à la guerre par une médiation entre les belligérants. Il faut bien dire que, du côté français, l'accueil est à chaque fois extrêmement réservé. Dès le début du mois de septembre 1914, la position de la France avait été précisée par R. Poincaré à Myron T. Herrick, ambassadeur des États-Unis en France :

La France n'acceptera pas la paix avant la victoire. La France n'étant pas l'agresseur elle ne peut pas accepter de médiation2.

D'ailleurs les deux missions de l'envoyé spécial de Wilson, le colonel House, en mars-avril 1915, puis en février 1916, se soldèrent par des échecs.

Il sait parfaitement que, si les Américains dans leur majorité souhaitent que le président Wilson soit ferme vis-à-vis de l'Allemagne, 90 % d'entre eux ne veulent pas que cette fermeté les entraîne dans la guerre3.

Il sait que Wilson est fermement décidé à conserver la neutralité et une intervention des États-Unis dans la guerre est exclue. En fait, dans les cercles gouvernementaux français, on ne souhaite pas l'intervention des États-Unis dans le conflit. L'opinion généralement répandue est qu'une intervention américaine n'aurait guère d'effet dans le déroulement de la guerre. Aucune initiative n'est donc prise par la France pour solliciter une politique d'intervention américaine. Ce que préfère la France, c'est une neutralité favorable des États-Unis envers elle et ses alliés.

B - Le gouvernement français souhaite obtenir des États-Unis une neutralité bienveillante.

La politique officielle des États-Unis vis-à-vis de la France, comme vis-à-vis des autres belligérants d'ailleurs, est d'abord marquée par le souci de respecter la plus scrupuleuse neutralité.

Très vite, les besoins de la guerre amènent le gouvernement français à acheter aux États-Unis des vivres, des matières premières et du matériel de guerre. Le problème s'était posé de savoir si le gouvernement américain allait tolérer le libre achat et la libre exportation des armes, munitions, explosifs et, d'une façon générale, de toutes les fournitures d'usage militaire. Le 15 octobre 1914, le département d'Etat avait précisé qu'un citoyen des États-Unis était libre de vendre à un gouvernement belligérant ou à ses agents n'importe quel article de commerce, y compris des armes ou des munitions4. Cette situation, favorable à la France et à la Grande-Bretagne qui possèdent la maîtrise des mers, provoque la colère de l'opinion publique et du gouvernement allemands. Les Germano-Américains entreprennent, avec les encouragements de l'ambassade d'Allemagne, des actions visant à empêcher ces ventes d'armes et de munitions. Diverses manifestations sont organisées pour faire pression sur le Président et le Congrès. Des placards publicitaires paraissent dans les journaux. Des projets de loi sont déposés à la Chambre des Représentants et au Sénat5.

La France procède par ailleurs à des emprunts aux États-Unis - au total 800 millions de dollars d'août 1914 à avril 1917 - sans lesquels il n'aurait pas été possible de réaliser les achats indispensables à l'armée et à la population civile. L'opération la plus importante a été menée conjointement avec les Anglais : un emprunt anglo-français de 500 millions de dollars en octobre 1915 négocié avec la Maison Morgan. Il représente le plus grand emprunt étranger jamais réalisé aux États-Unis. Mais à partir de 1916, les représentants financiers du gouvernement français aux États-Unis ont affaire à des banquiers américains de plus en plus exigeants quant aux conditions de réalisation des emprunts. Et surtout, à la fin de 1916, le gouvernement français est mortellement inquiet car il redoute que Wilson n'en vienne à utiliser la pression financière pour l'obliger à adopter le plan de paix qu'il propose aux belligérants le 18 décembre.

Le gouvernement français souhaite également qu'à propos du contrôle exercé par les marines française et anglaise sur le commerce américain en direction des neutres, les autorités américaines se montrent compréhensives. En revanche, les Français souhaitent que Wilson fasse preuve de fermeté face à l'utilisation de l'arme sous-marine par les Allemands à l'encontre des paquebots alliés ou des navires de commerce neutres.

En résumé, une Amérique certes neutre mais laissant s'opérer les ventes de munitions à destination de la France, ne prenant aucune mesure susceptible de freiner les emprunts français, fermant plus ou moins les yeux devant le quasi blocus de l'Allemagne mis en place par les Alliés mais limitant les effets de l'utilisation de l'arme sous-marine par les Allemands, tel est le souhait du gouvernement français.

Il est bien évident que les réactions de l'opinion publique américaine face à ces questions - et notamment le degré de sympathie exprimé à l'égard de la cause alliée - pouvaient avoir une influence sur le degré de bienveillance de la neutralité de Wilson vis-à-vis des Alliés. C'est pourquoi pouvait se poser la question de développer une action de propagande française aux États-Unis pour influencer l'opinion publique.

II - Les méthodes

A - D'une façon générale, on peut dire que le gouvernement français ne déclenche pas de propagande massive à la manière de l'Allemagne. Au début de novembre 1914, Delcassé ministre des Affaires étrangères, charge le vicomte Robert de Caix, qui dépend de la Direction des Affaires politiques et commerciales du Ministère, de diriger la publication d'un Bulletin destiné aux Français de l'étranger. Le but de cette publication est de permettre aux Français résidant hors de France de répondre aux nouvelles mensongères et aux accusations calomnieuses que les Allemands prodiguent, spécialement en Amérique.

Mais il ne s'agissait là que d'une action très limitée. Ce n'est qu'en mai 1915 que Delcassé décide d'organiser un service de la propagande pour agir à l'étranger. Ce service, confié au député Etienne Fournol, dépend du Cabinet du Ministre. En janvier 1916, ce service de la propagande prend le nom de Maison de la Presse et est placé sous l'autorité de Philippe Berthelot, chef de Cabinet d'Aristide Briand6.

Mais cet organisme reste fort modeste si on le compare par exemple au Bureau de propagande de guerre britannique dirigé par Charles Masterman et installé à Wellington House7.

Un certain nombre de brochures sont diffusées aux États-Unis par les soins de la Maison de la Presse, notamment dans la série Etudes et Documents sur la guerre, réalisées par J. Bédier (Les crimes allemands d'après les témoignages allemands), E. Durkheim et E. Denis (Qui a voulu la guerre ?), A. Weiss (La violation de la neutralité belge et luxembourgeoise).

Des conférenciers s'efforcent d'influencer l'opinion publique américaine en faveur de la France. Certains y réussissent fort bien, tel Eugène Brieux, de l'Académie française, dont un professeur de Vanderbilt University écrit que sa visite dans le Sud est, de ville en ville, un véritable triomphe. C'est une idée admirable que de l'avoir envoyé en Amérique8. Geouffre de Lapradelle, directeur de la Revue du droit international privé, qui a enseigné à Columbia, écrit de nombreux articles dans des journaux ou des revues.

Les universitaires français envoyés pendant la guerre comme visiting professors - tel Gustave Lanson en 1916 - sont chargés par le ministre de l'Instruction Publique de resserrer et nouer des rapports entre les Universités des États-Unis et les nôtres9.

D'une façon générale, les activités culturelles - expositions, représentations théâtrales, concerts - sont encouragées dans la mesure où l'on espère en tirer un certain bénéfice pour la cause française dans la guerre. Un service de la propagande a d'ailleurs été créé au sous-secrétariat aux Beaux-Arts. La participation de la France à l'exposition universelle de San Francisco en février 1915 a été décidée essentiellement pour des motifs de propagande. Pendant toute la durée de l'exposition, des conférences sont prononcées, des publications sont distribuées. Il s'agit de mieux faire connaître la France auprès du grand public américain10.

Mais tout cela reste bien modeste, si l'on compare avec l'importante propagande britannique menée par Sir Gilbert Parker aux États-Unis ou aux diverses actions conduites par les Allemands 11.

B - L'une des raisons de cette discrétion française aux États-Unis réside dans les prises de position de l'ambassadeur de France aux États-Unis, Jean-Jules Jusserand. Face au problème de savoir s'il faut exercer une certaine propagande aux États-Unis pour défendre la cause française et tenter d'infléchir la politique américaine par l'intermédiaire de l'opinion publique, Jusserand est très réservé.

En poste à Washington depuis 1902, connaissant bien les États-Unis, il pense que la France a plus à perdre qu'à gagner à vouloir imiter l'Allemagne. Il n'est pas favorable à l'envoi aux États-Unis d'une nuée de conférenciers, surtout lorsque ceux-ci ne parlent pas anglais. Il est encore plus réticent devant quelques projets de missions plus ou moins secrètes, imaginées par le ministère de la Guerre. Ainsi, le projet d'un service de renseignement aux États-Unis, placé sous la responsabilité de l'attaché naval, est abandonné.

Pour Jusserand, les choses sont simples. Des Américains se chargent déjà de se faire les défenseurs de la cause française auprès de leurs compatriotes. Pourquoi vouloir y ajouter quelque chose ?

Certes, l'ambassadeur intervient de temps à autre pour réfuter telle ou telle information inexacte parue dans la presse. Il ne perd aucune occasion de rappeler les liens historiques unissant la France et les États-Unis depuis l'indépendance.

Mais pour Jusserand, l'effort le plus important ne doit pas être mené aux États-Unis, mais en France même. Il faut bien accueillir les journalistes américains, les informer correctement. Il souhaite aussi que les articles pro-français publiés aux États-Unis donnent lieu à des comptes rendus plus fréquents dans la presse française. A cet égard, l'ambassadeur se désole que la presse française ne signale pas plus régulièrement les écrits pro-français et que les services du Quai d'Orsay ne soient pas plus efficaces dans ce domaine. Il estime qu'il est désastreux que l'opinion française ne se rende pas davantage compte de l'importance et de l'étendue des sympathies dont la France bénéficie aux États-Unis12.

C - Cependant, avec la poursuite de la guerre et l'inquiétude grandissante concernant l'adoption ou le maintien d'une attitude de neutralité bienveillante des États-Unis à l'égard de la France, quelques mesures sont prises pour développer ou renforcer certaines actions de propagande aux États-Unis. En février 1916, une analyse quotidienne des principaux articles des journaux de New York et des autres grandes villes est réalisée par le consul général de France à New York sous l'autorité de l'attaché commercial auquel Jusserand a délégué les pouvoirs nécessaires. L'envoi d'un télégramme quotidien de 500 à 1 000 mots donnant des extraits des principaux articles parus dans les journaux américains permet de mieux alimenter la presse française.

Dans le courant de l'année 1916, les agents consulaires français établissent la liste des Américains s'étant fait remarqués par leurs sentiments francophiles. En décembre 1916, un Comité de propagande française est fondé par un juriste américain Paul Cravath. Il regroupe des Américains francophiles comme James Beck, Paul Coudert, John Bates Clark, H.L. Davison, Frank Vanderlip, Otto H. Kahn. Le but est d'organiser une campagne à travers le pays avec des conférenciers et des journalistes américains pour influencer l'opinion américaine.

En octobre 1916, Stéphane Lauzanne, rédacteur en chef du Matin, est chargé par le Quai d'Orsay d'organiser une liaison étroite avec la grande presse américaine. Il est placé sous la direction de Jusserand, travaille en liaison étroite avec le service de la presse du ministère des Affaires étrangères mais ne se réclame d'aucun caractère officiel. Son rôle est de faciliter l'insertion et le commentaire de nouvelles françaises dans les principaux journaux américains.

Le nombre de conférenciers envoyés aux États-Unis augmente à la fin de 1916 et au début de 1917. Parmi les plus importants visiteurs, il faut citer Henri Bergson. Selon A. Briand, l'illustre philosophe vient rendre visite à des amis et tenter par son prestige universel une action favorable aux Alliés en faisant mieux comprendre leur point de vue. Bergson est reçu par le président Wilson, le colonel House, plusieurs ministres, divers membres de l'administration et du Congrès13.

Depuis le mois de décembre 1916, il est question de nommer à New York un responsable français pour diriger les missions militaires, financières et le bureau de presse. Déjà, un envoyé en mission du Ministère, Melchior de Polignac, coordonne depuis l'été 1916, en accord avec l'ambassadeur de France, toutes les manifestations françaises et pro-françaises aux États-Unis : conférences, ventes de charité, expositions, différentes activités artistiques et culturelles. Il est question de créer en février 1917 à New York un secrétariat général pour centraliser l'action de la propagande. Mais en fait, ce projet ne verra pas le jour ; en revanche, après l'entrée en guerre des États-Unis sera créé le Haut Commissariat de la République française aux États-Unis, confié à André Tardieu14.

III - Les résultats

On constate donc d'abord une incontestable modestie dans l'effort de propagande française aux États-Unis d'août 1914 à avril 1917, surtout si on le compare aux efforts déployés par les Allemands ou les Anglais. On constate aussi une certaine hésitation quant à la question de savoir s'il fallait ou non intensifier cette propagande. Il convient donc d'essayer d'en apprécier les résultats. 

A - Une première réponse de nature optimiste peut s'appuyer sur le fait que l'action de Jusserand, prudente et réservée, était appréciée par l'opinion publique et le gouvernement américains. Le 18 mai 1915, le Washington Post remarque qu'il n'y a aucune propagande française en Amérique alors que l'Angleterre et l'Allemagne inondent les États-Unis de littérature. Le 12 juin 1915, le Boston Herald fait également l'éloge de l'attitude observée par la France depuis le début du conflit : Nous n'avons pas entendu parler de propagande française aux États-Unis.

De nombreuses personnalités américaines rendent hommage à la justesse de l'attitude de Jusserand, notamment Myron T. Herrick, ancien ambassadeur à Paris. Le colonel House, de son côté, déclare à Jules Cambon le 2 février 1916 :

Rien n'est plus inutile et dangereux que la propagande, les pires ennemis de l'Allemagne aux États-Unis ce sont les germanophiles qui, par leur agitation, exaspèrent le pays15.

En mai 1916, les consuls de France aux États-Unis continuent de penser qu'une grande discrétion est nécessaire en matière de propagande. Le nouveau consul général de France à New York, Liebert, estime que la France recueille les fruits d'une politique sage, prudente et discrète et que toute propagande excessive au moyen de brochures, pamphlets ou conférences, serait aujourd'hui superflue sinon nuisible. Nous aurions le plus grand intérêt à observer la même attitude de dignité et de réserve qui nous a si bien réussi depuis le début de la guerre16.

B - A côté de ces commentaires favorables, d'autres le sont beaucoup moins. Un membre des missions d'achat de l'Artillerie aux États-Unis, Louis Aubert, estime notamment qu'il faut développer une action sur l'opinion publique américaine. Contrairement à Jusserand dont il ne partage pas l'optimisme concernant l'étendue de la sympathie pour la France dans l'opinion américaine, il juge indispensable d'influencer cette opinion.

Les attaques de Louis Aubert contre Jusserand prennent un tour très personnel. Il dénonce, dans une série de lettres adressées à l'historien Ernest Lavisse, ce qu'il appelle l'inaction de Jusserand. Il parle de l'énormité de la tâche d'éducation qu'il aurait fallu entreprendre. Nous n'avons rien tenté. Quelques individus isolés ont fait de leur mieux, mais la consigne officielle était de se taire. Selon Aubert, cette politique du silence a laissé s'évaporer les sympathies si fortes du début17.

En fait, les remarques de Louis Aubert s'inscrivent dans une campagne menée par un groupe d'universitaires s'efforçant d'obtenir le remplacement de Jusserand par Bergson18. Nous avons vu que ce dernier fut envoyé en mission aux États-Unis de février à mai 1917 mais Jusserand conserva son poste jusqu'en 1924.

Le gouvernement français, tout en décidant de développer avec modération certaines formes de propagande aux États-Unis, veilla à respecter les consignes de prudence données par son ambassadeur jusqu'à la décision finale de Wilson d'entrer en guerre.

Jusqu'à la fin, le gouvernement français fait preuve d'une grande prudence. C'est ce que nous recommande Jusserand :

Dans la période incertaine où nous sommes encore - écrit ce dernier à Alexandre Ribot le 4 mars 1917 - beaucoup de doigté est nécessaire. Si nous souhaitons réellement le concours américain, nous devons éviter à la fois une froideur qui découragerait les bons vouloirs et les manifestations excessives qui pourraient donner à croire que, à bout de ressources, nous attendons le salut de ce pays. Rien ne serait plus malencontreux que de créer chez le gouvernement américain l'impression que, pressés par le besoin, nous voulons lui forcer la main. Au lieu de le presser, ce serait le retenir19.

Cette prise de position est dans la droite ligne de l'action recommandée par l'ambassadeur et suivie par la France depuis le début de la guerre : il existe un courant francophile aux États-Unis ; il convient de l'encourager et, en tout état de cause, de ne rien faire pour le gêner. Mais jusqu'en février-mars 1917, l'opinion américaine, même pro-alliée, est totalement hostile à toute idée d'intervention. Il n'est donc pas raisonnable d'espérer une évolution notable de cette opinion publique sous l'action d'une propagande. Ce qui importe, c'est l'attitude du gouvernement américain. Les Français devaient pouvoir continuer à acheter le matériel indispensable, emprunter les sommes nécessaires, interrompre le plus souvent possible les achats allemands réalisés par l'intermédiaire des neutres, enfin éviter que les États-Unis n'imposent une solution du type paix sans victoire. L'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 allait permettre de résoudre tous ces problèmes. Mais dans la décision américaine, le rôle de la propagande française fut pratiquement inexistant.

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Notes:

1 . Professeur à l'université de Nantes.

2 . Télégramme de Herrick au secrétaire d'État Lansing, 9 septembre 1914, Foreign Relations, 1914. Supplément, p. 101.

3 . House à Page, août 1915, Wilson Papers, Série 2, Box 133.

4 . Yves-Henri Nouailhat, France et États-Unis, août 1914 - avril 1917, Paris, Publications de la Sorbonne, 1979, p. 114.

5 . Yves-Henri Nouailhat, op. cit., p. 116.

6 . Claude Bellanger, Jacques Godechot, Pierre Guiral, Fernand Terro, Histoire générale de la presse française, tome III, de 1871 à 1940, Paris, PUF, 1972, p. 427.

7 . James Duane Squires, British Propaganda at Home and in the United States. From 1914 to 1917, Cambridge (Mass.), Harvard Univ. Press, 1935.

8 . Archives du ministère des Affaires étrangères, Guerre 1914-1918, 491.

9 . Y.H. Nouailhat, op. cit., p. 173.

10 . Y.H. Nouailhat, op. cit., pp. 174-175.

11 . Horace C. Paterson, Propaganda for War. The Campaign against American Neutrality, 1914-1917, Norman, University of Oklahoma Press, 1939.

12 . Jean-Jules Jusserand, Le sentiment américain pendant la guerre, Paris, 1931.

13 . Y.H. Nouailhat, op. cit., pp. 401-403. Voir aussi sur cette question du rôle de Bergson : Philippe Soulez, Bergson : le philosophe et l'homme politique (thèse d'Etat, Paris, Sorbonne, 1987).

14 . André Kaspi, Le temps des Américains, 1917-1918, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976, p. 49.

15 . Archives du ministère des Affaires étrangères, Guerre 1914-1918, 498.

16 . Y.H. Nouailhat, op. cit., p. 181.

17 . Ibid., p. 399.

18 . A. Kaspi, La France et le concours américain (février 1917 - novembre 1918), Service de reproduction des thèses, 1975, p. 42.

19 . A. Kaspi, op. cit., p. 14.

 

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