ALLOCUTION DE MONSIEUR JOE M. RODGERS

AMBASSADEUR DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

 

 

Je vous remercie beaucoup de m'avoir invité aujourd'hui. Je suis très heureux de participer à ce colloque international consacré aux États-Unis dans la Première Guerre mondiale. J'aimerais tout d'abord féliciter le secrétariat d'État aux Anciens Combattants, la Fondation pour les études de défense nationale et l'Institut d'histoire des conflits contemporains de parrainer ce forum et de l'avoir organisé. Je souhaite que ces deux journées d'exposés et d'échanges de vues remportent un grand succès.

Je voudrais profiter de l'occasion pour remercier Monsieur le ministre des Anciens Combattants, au nom du gouvernement des États-Unis et du peuple américain, de tout ce qu'il a fait cette année pour reconnaître l'entrée en guerre de l'Amérique en 1917, et en célébrer le 70e anniversaire. Au cours des derniers mois, nous avons assisté à un certain nombre de commémorations émouvantes, qui nous ont rappelé nos luttes et nos sacrifices communs au cours de la Grande Guerre. Nous assisterons avec autant de plaisir aux cérémonies encore prévues.

Je suis très impressionné par le programme que vous avez mis au point pour ce colloque. Il me paraît original et riche, il devrait se révéler constructif et enrichissant pour tous les participants. Dans leur ouvrage court mais profond, Les leçons de l'Histoire, Ariel et Will Durant nous rappellent :

Je suis sûr que ce colloque nous aidera à lutter plus encore pour disperser les brumes de l'histoire. Il nous permettre d'approfondir notre compréhension de ces événements, de leur influence persistante sur notre présent et notre avenir.

Ariel et Will Durant nous rappellent aussi que la guerre est l'une des grandes constantes de l'histoire. La civilisation et la démocratie ne l'ont pas fait reculer. Selon eux, 268 années seulement sur les 3 421 d'histoire relatée n'ont pas connu la guerre. Et pourtant, c'est une terrible épreuve pour les hommes. La Première Guerre mondiale a été particulièrement horrible avec ses 9 millions de morts sur les 70 millions d'hommes mobilisés dans dix-neuf nations.

En mai dernier, le Jour du Souvenir américain, je me suis rendu sur le champ de bataille d'Aisne-Marne, en Argonne et dans les Ardennes. Mon père, qui appartenait à une unité de combat du génie, a participé à ces grandes batailles. Il racontait les terribles épreuves par lesquelles il passait dans les lettres qu'il adressait à ma mère. Ma famille a été marquée pour toujours par ce qu'il décrivit alors.

Je pense que vous tous ici comprenez les raisons profondes de la décision prise par les États-Unis de mobiliser et de venir se battre en France. Au cours des années qui suivirent, on a donné des explications économiques, culturelles, géopolitiques et autres à cette décision. Pour moi, elle s'explique en fait par notre engagement envers un idéal : la liberté, la défense de la loi, de la justice et des droits individuels. Les troupes américaines déversées par les bâtiments de transport au Havre, à Brest, à Nantes et à Bordeaux, débordaient, selon les dires, d'un profond et avaient le sentiment très vif . Cela ne peut s'expliquer que par leur conviction intime de venir défendre cet idéal précieux et fragile appelé .

Les croix blanches et les étoiles de David, simples et éloquentes, que l'on aperçoit, rangée après rangée, à l'infini, dans les cimetières américains de l'Est de la France marquent le prix que fut payée la période de paix et de liberté qui suivit - si tragiquement courte fut-elle. Ces signes porteront toujours témoignage du grand courage et de l'esprit de sacrifice qu'exige un tel idéal. Ils nous poussent à chercher à comprendre. C'est un défi continuel : nous devons ne pas oublier. C'est notre devoir si nous voulons être dignes de ceux qui dorment ici. Nous devons continuer à apprendre pour comprendre et essayer de tirer profit des erreurs du passé.

Les États-Unis, tout comme la France, ont pour vocation d'éviter la guerre. Notre connaissance de l'histoire, et notamment de celle de ce siècle, nous persuade du fait que nous devons toujours être prêts à nous battre pour nos libertés au cas où tout le reste échouerait. Des guerres ne sont pas évitées parce que d'un côté on est plus logique, plus illuminé ou meilleur. Les pays sont grands lorsqu'ils demeurent vigilants et forts. Les États-Unis sont restés puissants grâce à leurs habitants. Ils croient si fortement à leur spécificité qu'ils ont accepté de participer à la défense commune et, lorsque c'était nécessaire, d'envoyer leurs fils au loin, sur les champs de bataille, tout cela au nom de leur loyauté à l'égard de la loi et de leurs idéaux.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie de m'avoir invité pour l'inauguration de votre colloque. Vous allez disposer de deux journées pour étudier une période unique de la longue histoire d'une amitié ancienne, celle de la France et des États-Unis. Il me paraît évident que la Première Guerre mondiale fut un événement fécond pour nos relations profondes. Nos deux pays ont bien survécu pendant les 70 années qui suivirent le conflit mondial. Je me réjouis à l'idée que nos liens, déjà solides, vont continuer à se renforcer.

 

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