L'INTERVENTION AMÉRICAINE DE 1917

DANS LES MANUELS SCOLAIRES D'HISTOIRE AMÉRICAINS ET FRANÇAIS

 

Hubert TISON 1

 

L'analyse comparée des manuels scolaires français et américains sur l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale pourrait apparaître dépassée et limitée.

Dépassée, si l'on en juge par l'étude du National Endowment For The Humanities (NEH) réalisée au printemps 1986 auprès de milliers de jeunes américains de 17 ans 2

L'enquête met l'accent sur leur faible niveau en histoire et en littérature, la perte de la notion de leur héritage et de la culture occidentale 3Elle témoigne de la profonde crise de l'enseignement de l'histoire dans les écoles élémentaires et secondaires 4Ce rapport accablant qui confirmait le précédent publié en 1983 par le département américain de l'éducation A Nation At Risk 5devrait nous dissuader de poursuivre plus avant notre analyse puisque à l'exception d'une brillante minorité de lycéens, les manuels n'ont pas été utilisés ou n'ont servi à rien.

Limitée, car le manuel ne saurait être le seul instrument de mesure pour connaître la mémoire collective. La famille, les médias, les livres d'histoire, la parole du maître d'école, d'autres sources encore jouent aussi leur rôle. D'autre part, les manuels scolaires américains sont en général vigoureusement contestés pour la faiblesse de leur contenu historique, l'imprécision de leur rédaction et leur peu d'attrait auprès des jeunes 6

Mais nous ne devons pas être découragés par ces constats. Loin d'être dépassée, notre comparaison nous paraît d'actualité et le sera peut-être plus demain. D'ailleurs ne convient-il pas de voir dans cette critique radicale de l'enseignement7. Car les responsables américains au plus haut niveau - en particulier le président Bush - ont publiquement fait état de la situation catastrophique de l'enseignement primaire et secondaire. Cette prise de conscience bien que tardive nous paraît d'excellente augure. Elle s'inscrit dans un courant réaliste réagissant contre la dilution de l'histoire dans les , son affadissement progressif, la démesure du pédagogisme, l'autonomie des Etats et de chaque école. Mutatis mutandis, que l'on se souvienne des combats menés en France de 1976 à 1980 pour redonner à l'histoire de France toute sa place à l'école élémentaire. Celle-ci était enseignée à des doses homéopathiques depuis 1965. Le pédagogisme avait pignon sur rue, le savoir et ses instruments comme le manuel étaient souvent rangés au magasin des vieilleries pédagogiques.

Depuis 1980, la situation en France s'est lentement redressée. Aux États-Unis le récent cri d'alarme lancé par le National Geographic Society à la suite d'un sondage Gallup sur l'inculture géographique des jeunes américains de 18 à 24 ans ne fait que confirmer cet état de carence généralisée et nécessite un vigoureux redressement qui sera forcément long et difficile. Les historiens américains, en particulier leurs associations, se sont lancées dans une reconquête 8

L'examen de manuels étrangers - s'il est forcément réduit et arbitraire et ne peut prétendre tout savoir de l'état de l'opinion - est un moyen commode de saisir le regard des Américains, à un moment donné, sur une histoire qu'ils ont construite avec les Européens et de le comparer au nôtre. L'échantillon que nous avons choisi après des conseils avisés 9nous apparaît comme un instrument utile pour connaître la vulgarisation de la recherche à l'échelle des jeunes américains.

Il importe d'abord de décrire le paysage éducatif des deux pays où sont utilisés les manuels, puis de s'interroger sur leur présentation didactique et iconographique afin d'en examiner le contenu à partir d'exemples précis.

I - DEUX SYSTEMES EDUCATIFS DIFFERENTS :

Avant d'exposer les résultats de notre enquête comparative, il est indispensable de présenter l'organisation des études.

1. La grande autonomie du système éducatif américain

Aux États-Unis, la structure fédérale explique les différences de systèmes d'enseignement d'un Etat à l'autre. Le département de l'Education de chaque Etat, mais aussi le Board of Education de chaque ville déterminent le cursus obligatoire pour obtenir le diplôme de fin d'année dans les High Schools (lycées), 10e, 11e, 12e grade). Il faut avoir suivi un certain nombre de cours et avoir obtenu des notes correctes.

Le contenu :

L'histoire aux États-Unis fait partie d'un ensemble appelé Social Studies. L'histoire des États-Unis est obligatoire au moins un an souvent deux pour les lycéens du public ou du privé en 10e (16/17 ans) et sous une forme plus succincte en 8e (14 ans). Le reste de l'histoire est laissé au libre choix des écoles et des élèves qui peuvent suivre ou non des cours en histoire, histoire de l'art, économie, anthropologie. Il n'existe pas d'études de géographie 10

L'histoire mondiale et l'histoire européenne peuvent s'étudier en classe de 9e dans le cursus , en réalité elles ne sont pas exigibles dans les lycées de 34 Etats. On peut avoir des cours optionnels par exemple en 11e 11

Combien d'heures d'histoire ?

En principe une heure par jour, soit 5 heures par semaine dans les High Schools pendant un an. L'année est divisée en deux semestres. Le programme obligatoire porte sur l'histoire des États-Unis des origines à George Bush.

Qui enseigne ?

Les professeurs titulaires d'un B.A. (Bachelor of Art) en histoire, sociologie, sciences politiques, anthropologie, économie étudient 4 ans au collège. Pour un bon collège, c'est l'équivalent de la licence, pour un collège de deuxième rang d'un DEUG médiocre 12Les professeurs suivent aussi des cours de sciences de l'éducation.

Quel manuel ?

Le manuel est rédigé par des universitaires historiens et des professeurs des sciences de l'éducation. Il est souvent très volumineux (800 pages en moyenne). A côté du manuel on trouve des aides-mémoire ou des recueils de textes, parfois des monographies. Le manuel est choisi librement par l'école et l'équipe de professeurs. Il peut être acheté dans les écoles publiques par l'établissement. Sa diffusion peut couvrir plusieurs Etats. Le contenu des manuels a évolué selon les époques politiques des États-Unis. Depuis les années 1960, les manuels utilisés dans les High Schools sont l'objet de sévères critiques et jugés "décevants".13.

Quelles méthodes de travail ?

Les élèves américains sont incités à fréquenter les bibliothèques publiques, la bibliothèque de l'établissement pour constituer des dossiers. Ils sont invités à suivre l'actualité. Quelques minutes sur les 50 du cours sont parfois consacrées à des exposés 14

Résultats :

Les élèves connaissent peu l'histoire européenne et mondiale. Ils ont une connaissance lacunaire de la chronologie XVIIIe-XXe de leur propre histoire avant 175015.

Les résultats de l'enquête de la NEC montrent bien les carences de cet enseignement contre lesquelles les professeurs américains, les institutions éducatives, même les entreprises essaient de réagir 16

2. La grande centralisation du système français

Patrie du jacobinisme, la France se singularise par sa centralisation en matière d'organisation de la vie scolaire et de programmes.

Contenus  

Le ministère de l'Education nationale détermine les programmes nationaux aux divers étapes de la scolarité : élémentaire, collège, lycée. Ces programmes sont conçus par des inspecteurs généraux 17La Première Guerre mondiale est enseignée en première (programme 1986). Elle figure aussi au programme d'histoire du cours moyen (école élémentaire) et de troisième (collège).

Combien d'heures d'histoire ?

Par semaine : deux heures en classe de première des lycées classiques, une heure et quelques minutes en classe de 3e, très peu de temps dans l'enseignement technique. A l'école élémentaire, en cours moyen, une heure d'histoire par semaine.

Qui enseigne ?

Dans les lycées les professeurs sont lauréats d'un concours : agrégation ou CAPES ou titulaires d'une licence ou d'une maîtrise. Dans les collèges, outre ces catégories on trouve des professeurs d'enseignement général (PEGC) ayant une formation plus courte et moins spécialisée. A l'école élémentaire les maîtres sont polyvalents.

Les manuels :

Ils sont rédigés le plus souvent par une équipe d'universitaires, d'inspecteurs et de professeurs du secondaire. Et ils sont le reflet plus ou moins fidèle des programmes officiels. Au collège ou au lycée, le manuel est choisi par les professeurs. Il est prêté à l'élève en 3e mais il doit être acheté en seconde. A l'école élémentaire, il est choisi par l'école et payé par la municipalité.

Quelles méthodes ?

En général elles sont actives et combinent le cours, l'utilisation des documents du manuel et le travail collectif ou personnel des élèves. Mais elles diffèrent selon les âges scolaires, la formation des maîtres et les programmes. Ainsi en 3e un programme plus lourd lié à l'examen du brevet et l'introduction de l'éducation civique ont freiné les initiatives pédagogiques.

Résultats

Il est difficile de faire un bilan sauf pour les classes à examen (3e et terminale). En dehors des lycées techniques qui font très peu d'histoire, il est possible de soutenir que l'élève moyen a plus de connaissances de base sur l'histoire du XXe siècle et une plus grande maîtrise de la chronologie que son homologue américain. Si les élèves français ont même parfois sur l'histoire des États-Unis une connaissance supérieure aux jeunes américains, ils ont peut-être moins de savoir-faire, de goût de la recherche, d'art de communiquer. En tous cas, il existe moins de disparités dans l'enseignement de l'histoire en France qu'aux États-Unis (problème des minorités, de l'urbanisation) en raison de son caractère national.

3. Le choix de l'échantillon des manuels

Compte tenu des ces données, nous avons analysé 10 manuels américains parus entre 1950 et 1985 : 5 manuels de 10e, un manuel de 9e (histoire générale). Nous avons consulté un livre du maître, des manuels universitaires, des aides-mémoire, des recueils de textes. Ces manuels sont récents ou sont régulièrement imprimés 18

Comme nous l'avons déjà souligné, ce choix est sans doute discutable. Mais il fallait tenir compte de l'âge à peu près identique des élèves de 1ère et de 10e (High Schools) et du caractère obligatoire de l'enseignement de l'histoire des États-Unis.

Du côté français, 10 manuels de première, la plupart de 1982 et 8 manuels de 3e 19

Le comptage du nombre de pages ou de lignes consacrées au États-Unis dans les manuels consultés n'a qu'une valeur indicative. Il ne peut être rigoureusement scientifique en raison de la diversité des caractères d'imprimerie utilisés et de la difficulté de distinguer ce qui a trait à l'intervention américaine de l'histoire globale.

Les conditions de cette enquête étant précisées, il convient d'en livrer les résultats quantitatifs.

II - PLUS DE CONVERGENCES QUE DE DIVERGENCES DANS LA PRESENTATION MATERIELLE DES MANUELS

Cette présentation est conditionnée par la spécificité de chaque système éducatif et de chaque histoire nationale. Nous analyserons successivement les aspects :

Quantitatif :

Si la place de l'intervention américaine en 1917-1918 est réduite dans les manuels français à quelques lignes en classe de 3e, 1 ou 2 pages maximum en classe de 1ère, elle est très importante dans les manuels américains : jusqu'à 19 pages sur 2020!

Didactique :

Les considérations pédagogiques, les exemples didactiques sont plus importants dans les manuels américains que français. Certes l'accent est mis dans les manuels des deux pays sur l'appareil didactique pour guider et assister l'élève. Mais les manuels américains ont une méthodologie plus développée : éléments de discussion et de révision de connaissances, phrases à compléter, batteries de test, questions à choix multiples, sketchs, suggestions, vocabulaire à assimiler, chansons pour illustrer un cours, exercices de simulation, dissertations 21

Iconographique :

L'importance accordée à l'illustration des deux côtés de l'Atlantique mérite d'être soulignée et constitue un point de rencontre. La plupart des livres américains et français sont bien illustrés et offrent de multiples sources (photos, affiches, dessins).

Les manuels américains concernent avant tout l'histoire de l'engagement américain. Wilson est le personnage central pour maintenir le pays dans la paix et pour mener croisade pour la liberté et la démocratie dans la guerre 22

Il figure parmi les quatre grands hommes politiques acclamés en Europe en 1919 23On trouve des caricatures contre son isolationnisme ou ses propositions de Ligue des Nations 24L'opposition à la guerre est aussi illustrée : les femmes, les pacifistes qui doivent au pays de garder la tête froide après le torpillage du Lusitania 25Les soldats sont montrés dans les tranchées, à l'attaque, dans un hôpital... Quelques photos concernent les soldats noirs qui servent dans des unités séparées et sur le front 26L'accent est mis sur le caractère meurtrier de la guerre. L'arrière apparaît aussi avec des femmes à l'ouvrage, la propagande contre les Allemands, pour le recrutement ou l'épargne 27

Les manuels français ont beaucoup moins de photos sur l'engagement américain. On y voit Wilson, l'attaque américaine, le débarquement de soldats à Saint-Nazaire, une escadrille américaine, Lionel Amstrong, le torpillage du Lusitania, l'arrivée de Pershing 28

Cartographique :

Il faut souligner la place restreinte du rôle sur terre et mer des États-Unis dans les manuels français. Très peu de cartes portent le nom de Saint-Mihiel. Aucune spécificité n'est accordée à l'engagement américain. Au contraire les manuels américains contiennent des cartes générales du conflit, mais souvent ces cartes concernent uniquement les opérations militaires américaines sur terre Belleau, Château-Thierry, Saint-Mihiel, Argonne, la carte des convois escortés en mer, la carte de l'influence américaine dans le Pacifique 29

Statistique :

Fréquentes dans les manuels américains, elles ont trait au contrôle des mers, au nombre de morts dans le conflit, à la somme d'argent prêtée par les États-Unis, au chiffre des mobilisés 30

Texte :

Dans les manuels français : l'adresse de Wilson au Congrès en avril 1917, les 14 points, les témoignages sur l'engagement américain, celui par exemple de Pierrefeu. Du côté américain, le même texte de Wilson, l'opposition à la guerre, l'esprit d'épargne, le comité de Propagande, l'arrivée de Pershing à Paris 31

La présentation iconographique, documentaire des manuels manifeste plus de convergences que de divergences. Les seules différences notables résident dans l'appareil didactique et dans la place plus importante réservée à l'intervention des soldats de Pershing dans les manuels américains. Divergences qui s'expliquent parfaitement et qui sont sommes toutes mineures. En est-il de même pour le contenu ?

III - DEUX VISIONS DIFFERENTES SUR L'INTERVENTION AMERICAINE DE 1917

L'analyse comparative du contenu des manuels fait apparaître de sérieuses divergences que nous allons analyser dans leur ensemble puis à travers trois exemples.

1. Le regard n'est pas le même

Dans la plupart des manuels américains, le rôle des États-Unis se montre presque écrasant. Il apparaît capital depuis le 6 avril 1917 dans les combats, dans les propositions de paix de Wilson, dans les négociations de Versailles, dans l'aide matérielle et financière 32

L'action des Anglo-français est sous-estimée. Ils sont au bord de la défaite en 1917. Deux noms seuls surgissent : Foch et Clemenceau. Bien sûr, des exceptions glanées de ci de là nuancent quelque peu nos propos.

Dans les manuels français, on souligne le rôle important des États-Unis mais il est jugé souvent comme un appoint, comme une aide aux armées alliées surtout en 1918. C'est très net dans les ouvrages de 3e à quelques nuances près.

Dans les manuels de première, les auteurs mettent l'accent sur le rôle décisif de cette intervention mais beaucoup la jugent tardive 33Le concours a été lent 34réticent, symbolique 35au printemps 1918 et surtout réel en juillet 1918. Bien sûr, les Américains remportent des victoires mais moindres que celles des Anglo-français.

Ce qui apparaît très négligé concerne la mobilisation intérieure américaine, l'arrière-plan de la mobilisation, l'effort de guerre intérieur. Cette différence d'approche analysée globalement est encore plus sensible à partir de trois exemples précis.

2. Trois exemples d'optique différente :

Les causes de l'entrée en guerre des États-Unis

Entre les manuels des deux pays on trouve des convergences malgré quelques dissonances sur cet aspect longuement traité dans les manuels américains : la guerre sous-marine à outrance, le torpillage des navires américains, le télégramme de Zimmerman, les intérêts financiers industriels américains, la chute du Tsar, l'opinion publique révoltée contre la barbarie allemande, l'opposition à la guerre, le pacifisme et l'isolationnisme des Américains.

Les Américains sur le front occidental

Du côté français, l'aide en hommes des États-Unis est lente et lointaine. En 1917, on ne sent au départ aucun changement immédiat. Il faut attendre les gros effectifs en été 1918. Les États-Unis contribuent aux victoires de 1918. Un million de soldats sont sur le sol français, 120 000 soldats américains débarquent chaque mois en 1918. On livre du matériel français aux boys. L'offensive franco-américaine de septembre est mentionnée. Saint-Mihiel occupe une place réduite.

Les manuels américains soulignent le rôle de leur contingent dans les combats de 1917-1918. Toutes les batailles où ont été engagées des Américains sont citées. Les alliés sont au bord de la catastrophe. Si l'armée américaine a joué un rôle mineur dans l'arrêt de l'offensive allemande, son action a été décisive dans les derniers mois de la guerre. Le vaste réservoir qu'elle constituait fut une cause de la victoire.

La mobilisation intérieure américaine

Dans les manuels français quelques lignes étaient généralement consacrées à ce sujet. Des correctifs ont été apportés dans les manuels récents de 1ère 36Leurs auteurs tiennent compte des recherches menées par André Kaspi et Yves-Henri Nouailhat 37

Ils soulignent la naissance de l'économie dirigée, des agences industrielles, de l'impôt sur le revenu, des taxes et profits de guerre. Ils parlent de l'accroissement du pouvoir exécutif de la mobilisation psychologique. Ils mentionnent la paix sociale obtenue grâce aux conventions collectives, aux augmentations de salaires, à l'arbitrage des conflits entre patrons et salariés.

Les manuels américains mettent l'accent sur l'effort de recrutement et de formation du contingent militaire, la mobilisation industrielle des travailleurs, l'emploi des femmes, les noirs venus du sud, le financement de la guerre par les taxes et des bons, le contrôle du ravitaillement, des transports, des horaires et des salaires. Ils insistent sur le contrôle de l'opinion (avec des mesures anti-allemandes critiquées dans les manuels, la loi contre l'espionnage, la sédition), les pouvoirs accrus de Wilson.

Conclusion : regard américain et regard européen sur 1917

Que peut-on conclure de cette enquête ? Bien que reposant sur un échantillon réduit de manuels, cette confrontation a été profitable.

L'étude des manuels américains a été l'occasion de plonger dans la mémoire collective américaine et de découvrir quelles prodigieuses activités les Américains avaient déployé durant la guerre, que le concours américain n'a pas été le simple apport humain et tardif tel qu'on le lit encore trop souvent dans les manuels français mais d'avantage la contribution de toute une nation, la mobilisation d'une formidable machine de guerre qui s'est constituée en un temps record.

La vision des Américains sur leur rôle pendant la Grande guerre peut s'expliquer par leur propre sentiment national de jeune grande puissance, par leurs valeurs et leur système éducatif privilégiant l'enseignement de l'histoire de leur propre pays. On peut à juste titre parler d'américanocentrisme.

En revanche, la vision française de 1917 nous apparaît très européocentrique dans les manuels d'aujourd'hui. Les auteurs analysent les événements sans privilégier la France mais en tenant compte des partenaires comme des adversaires européens. Deux guerres, le rapprochement franco-allemand, les efforts des historiens allemands et français pour éliminer les préjugés nationalistes, les vieux clichés, la lente constitution de l'Europe ont beaucoup contribué à ce regard moins hexagonal.

La lecture comparée des manuels à travers un événement majeur qui a réuni dans les combats la nation de La Fayette et celle de Washington montre la singularité mais aussi la complémentarité des deux optiques. Nous ne voyons plus seulement l'année 1917 de France, mais d'Outre-Atlantique. Vision plurielle de l'histoire qui dérange nos habitudes mais qui en même temps relativise et enrichit notre perception de l'autre.

Peut-on au terme de cette étude émettre le voeu que le terrain de recherche soit élargi à la représentation de l'histoire de France dans les manuels scolaires américains et à l'image de l'histoire des États-Unis dans les manuels français à l'exemple de la longue et fructueuse comparaison franco-allemande38? Ce travail collectif entrepris par une équipe d'enseignants américains et français, universitaires et professeurs de lycées et de High Schools s'inscrirait dans le cadre de la coopération franco-américaine et contribuerait à une meilleure compréhension de nos deux peuples.

* *

ANNEXES

Liste des manuels américains

- The Developpment American of Foreign Policy (10e). Ronald J. Nurse, 1980, Foundation in Social Studies. Ed. Harcourt Brace Jovanovich.

- The Challenge of America (10e). Mitchell Okun, Stephen H. Bronz. Ed. Holt Rinehart Winston, 1973.

- The Great Nation (10e). A History of the United States, H. Graff. Ed. The Riverside Publishing Compagny, 1983.

- Promises of America (10e). L. Cuban, Ph. Ruden. Ed. Scott Foresman Gunboats and Ballyhoo, 1975, vol. 4. 176 p.

- The Impact of our Past (10e). A History of the United States. B.A. Weisberger. Ed. Macgraw-Hill, inc. 1976.

- History of a Free People (10e). H.W. Bragdon, S.P. MacCutchen. Ed. The Macmillan Compagny, 1969.

- American History after 1865 (10e), 1981.

- Voices of America (10e). Thomas R. Frazier. Ed. Houghton Mifflin Company, 1985.

- American History Review Text (10e). I.L. Gordon. Ed. Amsco School Publications, Inc. 1984.

- People and Nations (9e). A. Mazour, J. M. People, the K. Rabb, Ed. Harcourt Brace Jovanovich, 1983.

- Promise of America. Tome 4, Sidewalks, Gunboats and Ballyhoo, Larry Cuban, Philip Roden. Ed. Scott, Foresman and Company, 1975.

- The National Experience (université). A History of the United States Part Two Since 1865. J.M. Blum, E. Morgan, N.L. Rose, A.M. Schlesinger, J.R. Kenneth M. Stamp, Vann Woodward 1977. Ed. Harcourt Brace Jovanovich, Inc.

- The Great Republic (université). A History of the American People T. I et II. B. Bailyn, Brion Davis, H. Donald, Thomas Wiebz, Wood 1977, Ed. Health and Company Lexington Massachusets.

- Freedom and Crisis : an American History (université), 1981. Allen Weinstein, Frankotto Gatell, Random House New York.

- American History Teacher's, Ed. J.A. Garraty. Ed. Harcourt Brace Jovanovich, 1982. (Livre pour les maîtres dans les High Schools).

Liste des manuels français de 1ère

- Belin, Histoire 1ère. Collection Lebrun, Zanghellini, 1982.

- Bordas, 1900-1939, Histoire 1ère. J. Bouillon, A.M. Sohn, 1982.

- Colin, Histoire 1ère. Collection Prost, 1982.

- Delagrave, Histoire 1ère. Collection J. Aldebert, 1982.

- Hachette, Première histoire d'une guerre à l'autre (1914-1939). Collection Gregh, 1982.

- Hatier, Histoire 1ère. Collection Berstein-Milza, 1982.

- Istra, Dossiers d'histoire 1ère. Collection J. Grell, J.P. Wytteman, 1982.

- Magnard, Orages sur l'Europe (1914-1939). Collection J. Dupâquier, 1982.

- Nathan, Histoire 1ère, 1982.

- Scodel, Histoire 1914-1939 1ère. R. Dubreuil, Y. Trotignon, P. Wagret, 1982.

Liste des manuels français de 3e

- Belin, Espace et civilisations, 3e, sous la direction de E.P. Désiré, F. Lebrun et V. Zanghellini, 1980.

- Bordas, Histoire-Géographie 3e. Collection Jeannine Guigue, 1984.

- Colin/Hachette, Histoire-Géographie 3e. Collection L. Pernet, M. Baleste, R. Blanchon, J. Mathiex, 1980.

- Delagrave, Histoire-Géographie 3e. Collection J. Aldebert - R. Kienast 1980.

- Hatier, Histoire-Géographie 3e sous la direction de Jean Brignin, 1984.

- Istra, Histoire-Géographie 3e, J. Grell, 1980.

- Magnard, Histoire-Géographie 3e, Alain Jean, Michel Bernard, Jacques Devavry, Michel Roche, 1981.

- Nathan, Histoire-Géographie 3e, J. et D. François, J.M. Gaillart, F. Beautier, J. et J. Bethemont, 1980.

Titre The Deve-

lopment American

of a Foreign Policy

The Challenge of America The Great Nation Promise of America The Impact of our Past History of a Free People American History Review Text Voices of America American History After 1965 People And Nations
Classe

10e

10e

10e

10e

10e

10e

10e

10e

10e

9e

Date d'édition

1980

1973 (1ère ed : 1957)

1983

1975

1976

1969 (1ère ed 1954)

1984 (1ère ed : 1968)

1985

1981 (1ère ed : 1950)

1983 (1ère ed : 1968)

Pages :

Total

Sur 14-18

Sur E.U

 

184

20

19

 

833

20

14

 

782

22

14

5 livres de 175 p

14

-

 

832

22

17

 

834

24

23

 

682

10

5

 

304

9

-

 

368

16

-

 

875

22

6

Illustrations

 

Frise chro-nologique

 

Cartes

 

Statistiques

 

Photos

 

Dessins

 

 

 

-

 

3

 

3

 

10

 

5

 

 

 

1

 

3

 

1

 

6

 

5

 

 

 

-

 

2

 

-

 

10

 

6

 

 

 

-

 

1

 

-

 

9

 

7

 

 

 

-

 

1

 

-

 

22

 

8

 

 

 

-

 

5

 

2

 

4

 

5

 

 

 

-

 

2

 

-

 

-

 

-

 

 

 

-

 

-

 

-

 

1

 

3

 

 

 

-

 

1

 

-

 

1

 

-

 

 

 

1

 

5

 

-

 

9

 

6

Textes

20

3

-

1

1

-

-

5

-

-

Didactique

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

oui

-

oui

 

Tableau 1 : Manuels américains (10e, 9e grade).

 

Editeur

BELIN

BORDAS

DELAGRAVE

COLIN / HACHETTE

HATIER

ISTRA

MAGNARD

NATHAN

Classe

3e

3e

3e

3e

3e

3e

3e

3e

Date d'édition

1980

1984

1980

1980

1984

1980

1981

1980

Pages

256

320

320

288

352

224

322

254

Total sur 1914 - 1918

6

12

13

18

10

12

20

13

Lignes sur les

Etats - Unis

   

20

34

16

10

9

3

Chronologie

oui

oui

oui

 

oui

 

oui

oui

Statistiques

 

1

2

         

Cartes

               

Photographies

     

2

   

1

1

Dessins

(affiches)

 

2

   

1

1

   

Textes

1

2

1

1

1

2

2

 

Didactique

 

oui

oui

 

oui

oui

oui

oui

 

Tableau 2 - Manuels de français - Classe de troisième

Editeur

BELIN

BORDAS

COLIN

DELAGRAVE

HACHETTE

HATIER

ISTRA

MAGNARD

NATHAN

SCODEL

Classe

1ère

1ère

1ère

1ère

1ère

1ère

1ère

1ère

1ère

1ère

Date d'édition

1982

1982

1982

1982

1982

1982

1982

1982

1982

1982

Pages

320

384

319

256

384

384

384

320

352

319

Total sur 1914 - 1918

17

17

21

17

28

12

31

 

15

15

Lignes sur les Etats - Unis

82

75

43

1 page de texte

2 pages de documents

1 page et 30 lignes

108 lignes

1 page et 27 lignes

2 pages et 58 lignes

37 lignes

36 lignes

Illustrations avec mention des Etats - Unis

                   

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Didactique

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Notes:

1 Agrégé d'histoire, maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris.

2 American Memory. A report on the humanities in the Nation's Public Schools par Lynne V. Cheney, NEH 1988.

3 Le Figaro, 2 septembre 1987, États-Unis : une jeunesse inculte.

4 American Heritage, février-mars 1987. American History is falling down, par Bernard A. Weisberger.

5 National Commission on Excellence in Education, A Nation At Risk : The imperative for educational reform, U.S. Department of Education, Washington (D.C.), 1983 ; Le Monde de l'Education n° 54, juillet-août 1990, États-Unis : inquiétude sur tous les fronts de l'enseignement.

6 American Memory, op. cit.

7 Pierre Collombert, Forces et faiblesses du système éducatif dans l'Etat des États-Unis. La découverte, 1990, p. 272.

8 The New York Times Magazine, novembre 1985. Decline and fall teaching history far. Diane Ravitch. L'OAH (Organisation of American Historian) et l'AHA (American Historical Association) ont uni leurs efforts et conçu le programme avec le National Council for the social studies pour améliorer l'enseignement.

9 Nous remercions pour leur précieux concours : les services culturels de l'ambassade des États-Unis, James Moriarty directeur de l'American School of Paris (sise à Saint-Cloud), Albert Donnelly qui y enseigne l'histoire, pour leurs informations : Annette Becker, Odette Lacueva, Jean Benoît et Daniel Jean Jay. Nous avons mis à jour en 1990 cet exposé présenté en 1987.

10 M. Grosvernor, président de la National Geographic Society a montré les effets de l'illettrisme géographique lors d'une conférence de presse à la Cité de la Villette à Paris en 1985 : un tiers des étudiants des écoles publiques de Washington D.C. ne peuvent situer les États-Unis sur une carte du monde !

11 Témoignage d'Albert Donnelly.

12 Historiens et géographes, n° 314, mai-juin 1987, Annette Becker, L'enseignement de l'histoire et de la géographie aux États-Unis.

13 American memory, rapport de Lynn Cheney.

14 Entretien avec Albert Donnelly sur l'état de l'enseignement de l'histoire et sa pratique. Nous avons pu assister à des cours d'histoire et visiter la bibliothèque de l'American School of Paris (Library Upper School).

15 The New York Times Magazine, novembre 1985, autre exemple, à propos d'étudiants d'histoire de Hunter College à New York : .

16 U.S. News and World Report, 18 novembre 1985. Bridging the  ; new challenge for U.S. schools ; American History. Le rapport propose une série de mesures concernant les programmes, les manuels et la formation des maîtres ; sur le rôle des entreprises et leur relatif insuccès : Cf. Christine Garetta . Série Etudes et marchés, octobre 1989. Services de l'expansion économique de l'ambassade de France à Washington. Repris en partie dans Problèmes Economiques, n° 2 175, 16 mai 1990.

17 Dans le cadre d'une réforme proposée par Lionel Jospin, ministre d'Etat, ministre de l'Education nationale, les programmes sont définis et révisés par un Conseil national des programmes (CNP), créé en 1990.

18 Cf. annexe, liste des manuels américains de 10e et de 9e.

19 Cf. annexe, liste des manuels d'histoire français de 1ère et de 3e. De nouveaux manuels ont vu le jour à la rentrée 1988 (1ère) et 1989 (3e).

20 Tableaux 1, 2, 3.

21 John A. Garaty, American history teatchers's, Edition HBJ, 1982.

22 American History, Wilson : message de guerre au Congrès, p. 689.

23 The National Experience : Wilson et les trois grands, p. 575, Wilson acclamé, p. 570.

24 The Developpment American of Foreign Policy : Wilson caricaturé, p. 77, The Impact of Our Past, trois photos de Wilson, p. 582, 583, 595, deux caricatures, p. 594, 595, History of a Free People, une caricature, p. 565.

25 The Impact of Our Past, p. 580.

26 This Great Nation, p. 508.

27 Voice of America, p. 215.

28 Cf. tableau 3.

29 The National Experience, p. 564.

30 Cf. tableau 1.

31 Cf. tableau 1.

32 The National Experience, p. 564.

33 Belin, Bordas.

34 Nathan.

35 Delagrave, p. 66.

36 Cf. Belin, Colin, Delagrave, Magnard, Nathan, Ed. 1982.

37 André Kaspi, Le temps des Américains. Le concours américain à la France 1917-1918, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976. Yves-Henri Nouailhat, France et États-Unis, août 1914 - avril 1917, Paris, Publications de la Sorbonne, 1979.

38 La France et l'Allemagne. Espace et histoire contemporaine. Deutschland und Frankreich, Raum und Zeitgeschichte. Editeurs APHG/Georg Eckert Institut für internationale Schulbuchforschung, Paris-Braunschweig, 1988.

 

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