Allocution du Professeur Blumenson

Merci, mon Général.

 

En, fait j'ai très peu de choses à dire parce que les exposés du professeur Krautkraemer, du général Strawson et du Dr Spivak ont été tellement complets et tellement bien préparés qu'il me reste peu à dire. Mais je voudrais tout de même souligner quelque chose que le général Strawson n'a peut-être pas suffisamment expliqué. Je veux parler de l'absence d'expérience des troupes américaines en Tunisie. Les Britanniques avaient une expérience considérable puisqu'ils avaient commencé la guerre en septembre 39, ils avaient combattu l'ennemi, mais les Américains étaient inexpérimentés parce qu'ils n'avaient commencé à se préparer à combattre que très tard et en fait l'entraînement, la formation sérieuse aux Etats-Unis et le développement sérieux des forces militaires ont commencé à l'automne 1940, c'est à dire très tard. En 1939, l'armée de Terre américaine était au 17ème rang mondial. En fait, il y avait à peine plus de 135 000 soldats d'active. Le travail de développement de cette force et de préparation pour l'engager dans le combat était considérable et il n'y avait pas suffisamment de temps avant l'engagement des troupes américaines en Tunisie. Donc si les Français ont été battus à Kasserine Pass, c'est parce que leurs armes et leurs équipements étaient anciens, ils dataient de 1939, mais les Américains ont été battus eux au col de Kasserine parce qu'ils ne savaient pas combattre. Ils ont appris très vite et il me semble qu'en Sicile, la campagne qui a suivi les opérations de Tunisie, les Américains ont appris très rapidement ce que c'était que le combat, les combats dans la Deuxième Guerre Mondiale et je pense que le fait que le général Patton soit arrivé à Messine avant Montgomery était une leçon symbolique et montrait que l'armée américaine avait appris sa leçon et qu'elle se battait bien. Mais en, Tunisie malheureusement ce n'était pas tout à fait le cas.

Je voudrais dire quelques mots maintenant au sujet du général Juin et de la Tunisie. Le général Juin, pendant la Première Guerre Mondiale, après avoir été blessé a servi comme officier de liaison auprès du Corps expéditionnaire américain en France. Je ne sais pas combien de temps il a assuré cette liaison, un mois, ça a été très court et je pense que ce mois a suffit pour que le général Juin comprenne les Américains et pour que la réciproque soit vraie parce que, dès le début en Afrique du Nord, lorsque les Américains se sont trouvés en contact avec le général Juin ils ont pu apprécier son expérience et sa solidité ainsi que ses connaissances et le fait qu'il s'agissait d'un véritable soldat. Les interviews, les textes écrits par les Américains qui ont eu à faire au général Juin le prouvent, et je pense là

non seulement au général Ryder qui a débarqué à Alger mais plus particulièrement au général Mark Clark qui avait une admiration immense et un très grand respect pour le général Juin. Je dois souligner le fait que le système de commandement allié était un système anglo-américain et qu'il ne comportait pas d'autres alliés, la France entre autres. Les chefs d'Etat-Major combinés et leur organisation, qui liaient en quelque sorte les forces militaires anglo-américaines au Président et au Premier ministre respectivement, excluaient tout le reste. La loyauté du général Juin était à la France et ni au Président des Etats-Unis et ni au Premier ministre britannique. Néanmoins, en dépit de cette difficulté à laquelle se sont heurtés le général Juin et d'autres officiers français au sein de la structure alliée, le général Juin a fait sentir fortement sa personnalité et dès le début il a compris qu'il devait y avoir un commandement solide sur le champs de bataille en Tunisie et il a travaillé de façon assidue à l'intégration des troupes françaises au sein de ce système de commandement allié. Je crois qu'il a fait par différents moyens, et en particulier en utilisant la persuasion, il me semble comme le maréchal Foch pendant la Première Guerre Mondiale qui était le commandant suprême allié. Le général Juin a pu surmonter les problèmes du fait qu'il fallait gagner la guerre et pour atteindre cet objectif le général Juin a apporté une contribution immense en Tunisie et d'une façon générale en Afrique du Nord.

Je vous remercie de votre attention.

 

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