La poursuite après Rome

par le colonel Paul Gaujac

Monsieur le Président, si vous permettez je rajouterai un point sur un aspect qui n'a pas été évoqué hier faute de temps, qui me paraît intéressant et qui donne une idée de la réussite du plan de camouflage préparé pour masquer les préparatifs alliés avant l'offensive de Printemps. Le CEF avait en face de lui le 14ème Corps blindé allemand ainsi que la 10ème Armée. Au moment où l'offensive se déclenche le commandant du 14ème Panzer Korps, c'est à dire le général von Senger Etterlin est parti en permission le 17 avril ; il ne rentrera que le 17 mai, et sera remplacé par son artilleur qui est considéré comme n'étant pas en mesure de remplir la mission et surtout de défendre le front du Garigliano au moment de l'offensive, (ceci est un jugement allemand de l'époque). Son chef d'Etat-Major le colonel von Altenstadt part en permission début mai et ne reviendra que le 15 mai, c'est à dire 4 jours après l'offensive. Quant à la 10ème Armée le général von Vitinghoff quitte le secteur le 11 mai le jour du déclenchement de l'offensive, il reviendra le 14 mai afin de recevoir d'Adolf Hitler une décoration à son quartier général.

Hier nous avons terminé au moment où les Français et les Alliés entraient à Rome, j'ai reçu mission ce matin en peu de temps, non pas d'entrer dans le détail, mais de retracer rapidement la poursuite de Rome aux abords de Florence.

La prise de Rome étant assurée, les troupes alliées traversent la capitale et la 5ème Armée obtient un secteur très étroit qui ne lui permet d'engager que deux Corps d'Armée. En tête, le 2ème Corps et le 6ème Corps venu du Garigliano. Il est prévu que le 6ème Corps de Trescott soit relevé par le 4ème Corps ; quant au CEF sur la droite, il relevera le 2ème Corps et assurera la liaison avec la 8ème Armée. Le 9 juin, donc quatre jours après l'entrée dans Rome, les divisions de 1er échelon du CEF relèvent la 85ème division américaine à hauteur de Viterbe. Les deux divisions de tête, c'est à dire la 1ère DMI à droite et la 3ème DIA à gauche entament la poursuite vers le nord de part et d'autre du Lac de Bolsèna. Ces deux divisions sont coiffées par un corps de poursuite qui est placé sous le commandement du général de Larminat, qui est arrivé en Italie au début d'avril et qui a participé notamment à hauteur de Pico à la coordination justement entre ces 2 divisions.

Le premier objectif est la route nationale 74 qui court parallèlement d'est en ouest au bord du lac et enfin la coupure de l'Orcia. Le 10 juin les divisions françaises n'ont en face d'elles que des groupements retardateurs et non pas des grandes unités constituées. A hauteur de Monte Fiascone se produit un combat assez violent au cours duquel le capitaine de frégate Amiot d'Inville qui commande le 1er régiment de fusiliers marins, régiment de reconnaissance de la 1ère DMI, est tué. C'est d'ailleurs à cette hauteur que se produit l'engagement d'une division fraîche venant du Danemark qui est la 20ème division de campagne de la Luftwaffe, c'est à dire des Aviateurs.

Le 14 juin, les deux divisions du CEF font liaison à San Lorenzo à hauteur de la nationale 74, c'est à dire l'objectif 01. Les combats se poursuivent entre la RN 74 et l'Orcia avec un raidissement à hauteur d'Acquapendante entre les Français et les éléments à nouveau regroupés de la 4ème division parachutiste nouvelle dans le secteur et de la 26ème Panzer et la 29ème Panzer Grenadier. Le groupement Guillaume, prend alors à sa charge la couverture le flanc gauche de la 3ème DIA et la liaison avec les Américains, c'est à dire le 4ème Corps.

Cette phase est marquée par des combats extrêmement violents à hauteur de Radicofani, les 18 et 19 juin. Radicofani est un château à hauteur de la nationale 2, qui domine toute la cuvette d'Acquapendente. Ces combats sont menés contre les parachutistes allemands soutenus par les Panther. Au moment où les Français abordent la ligne à hauteur de Radicofani les Allemands décrochent selon une méthode bien connue et le contact est perdu. La 1ère DFL est à ce moment là relevée par la 2ème division marocaine.

Sont maintenant engagées les 2ème Marocaine, 3ème DIA et Groupement Guillaume. Les Allemands se sont rétablis sur une ligne que l'on apppelle Ligne Frida qui se situe à hauteur des 2 coupures Orcia-Ombrone. Du 21 au 26 juin, pendant presque 5 jours, se déroulent des combats assez confus et les Français sont pratiquement stoppés sur la coupure. Et au moment où des franchissements se produisent, une fois de plus les Allemands décrochent et rompent le contact.

Ce qui est significatif dans cette région c'est que non seulement la défense allemande s'appuie sur des contre-attaques violentes, des tirs d'auto-moteurs que vous connaissez mais surtout, je pense que les Anciens s'en souviennent, énormément de mines et de pièges qui freinent l'avance des troupes françaises.

Le 2 juillet, la 4ème division marocaine prend le relai du Groupement Guillaume qui passe en réserve et se prépare à une autre mission et le 3 juillet dans la matinée, la 3ème DIA entre dans Sienne. Le lendemain, le Corps de poursuite confié au général de Larminat est dissous et le général Juin reprend la direction des opérations directement. Aussitôt après la prise de Sienne, les Allemands raidissent à nouveau leur position à hauteur du village de Cole di Val d'Elsa, et une fois de plus le lendemain c'est à dire le 6, les Allemands décrochent et les Français perdent le contact.

Le front se stabilisera environ vers le 10 juillet sur cette ligne, les Britanniques ayant atteint la ville d'Oreste sur la droite. La stabilisation se fait à hauteur de San Gimignano un peu au nord Castelfiorentino en fait et Poggibonsi aussi qui donne sur la route de Florence.

Le 13 juillet les Tabors décrochent à leur tour, tout au moins le groupe qui restait encore. et le 23 juillet, 19 jours après la capture de Sienne, la 2ème division marocaine et la 4ème division marocaine sont relevées par la 8ème division indienne de la VIIIème Armée.

Florence toute proche qu'annonce la douceur et la lumière des collines toscanes ne verra point défiler les Marocains. Arrêtés sur les crêtes des monts de Chianti, ceux-ci contemplent l'horizon où se dessine déjà dans le lointain la grande cité des arts. C'est un peu le coeur sérré qu'ils redescendent vers les terres brûlées de la compagnie ? Mais un immense espoir s'est levé, la France les appelle. Il n'est terre plus belle qu'ils n'abandonnent pour accourir à sa voix.

En effet, le 23 juillet le CEF est dissous pour constituer une partie de l'Armée B désignée pour participer à la campagne de Provence, mais les Marocains qui n'ont pas vu Florence, ne combattront pas non plus en Provence, tout au moins la plupart d'entre eux. Seule la 1ère division motorisée d'infanterie, la 3ème DIA, les 7ème et 8ème chasseurs d'Afrique, les deux groupes d'artillerie du régiment du Levant ainsi que 1er et 3ème GTM feront partie du 1er échelon de l'Armée B qui débarquera en Provence à partir du 16 août.

 

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