Le théâtre d'opération méditerranéen 1940 - 1942 : un survol de la problématique

par le Professor Doktor Elmar Krautkrämer

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs.

La stratégie allemande pour la Méditerranée, au cours des dix-huit premiers mois de la Deuxième Guerre mondiale, est essentiellement marquée par un concept que Hitler a présenté dans son deuxième livre, dès la fin des années 20. L'Afrique Centrale y est présentée comme un espace colonial complémentaire à une Europe dominée par l'Allemagne, alors que la Méditerranée est subordonnée à l'expansion du partenaire éventuel qu'est l'Italie.

Il en résulta dès les ultimes années qui précédèrent le conflit une répartition des intérêts, car après la conquête de l'Abyssinie, l'Italie revendiquait la Méditerranée comme mare nostrum et l'Allemagne commença à s'étendre sur le continent. Dans cette délimitation, la Tunisie et l'Algérie trouvaient aisément à se placer mais il n'en allait pas de même du Maroc. Cependant, à l'encontre des ambitions de Mussolini se dressait, outre la faiblesse industrielle de l'Italie, l'encerclement de ce pays par des points d'appui des nations occidentales : la Tunisie et la Corse du côté français ; Gibraltar, Malte, Chypre et Suez du côté anglais. Dans cette optique, l'axe Berlin - Rome peut apparaître comme une absolue nécessité politique, et même comme une nécessité historique. Avant la guerre, les points de vue visant à briser ce cercle furent dans un premier temps exclusivement dirigés contre la France (Tunis, Nice et la Corse). A la veille de la guerre, Mussolini y ajouta Malte et Chypre, (mais ceci en privé). Toutefois, l'Italie entra en guerre quand la défaite de la France était visible ; aussi, pour reprendre les termes mêmes du Duce, il ne lui fallait que quelques morts pour s'asseoir à la table des pourparlers de paix.

Le 17 juin 1940, quand il apprit les tentatives d'armistice lancées par le gouvernement français replié à Bordeaux, Hitler était disposé à assurer ce triomphe par des conditions relativement modérées. De ce fait, les exigences territoriales seraient repoussées, mais pas abandonnées. De son côté, Mussolini espérait obtenir des dépouilles importantes : l'occupation du territoire français jusqu'au Rhône, la Corse, la Tunisie, la Somalie, Mers el Kébir et Casablanca pour les points d'appui maritimes et, de plus, carte blanche pour l'occupation d'autres points stratégiques soit en France soit dans l'empire colonial. Mais si Hitler conseilla la modération, il ne s'opposa pas aux exigences majeures du Duce. Du côté allemand l'on n'exprima de réticences qu'à l'égard de points d'appui en Algérie et au Maroc, espérant que d'eux-mêmes, les Italiens abaisseraient encore leurs exigences. Et en fait, le Duce se contenta d'une zone démilitarisée, contrôlée par les Italiens, de 50 km de large, le long de la frontière italo-française. Mais en Tunisie toutefois, une zone de 150 à 200 km de profondeur le long de la frontière libyenne - y compris l'importante ligne Mareth - au sud de Gabès, sera démilitarisée. Les points d'appui maritimes de Toulon, Bizerte, Ajaccio et Oran seront eux aussi démilitarisés. Et naturellement, pour ce qui concernait le désarmement, l'Allemagne se chargerait de la métropole et l'Italie de l'AFN. Un accord germano-italien fut conclu ultérieurement sur ce sujet.

En ce qui concerne la réduction des exigences de Mussolini, outre les vues de Hitler et le fait que l'offensive italienne sur le front des Alpes lancée le 20 juin échoua devant la résistance française, il me semble que l'élément suivant est important. Franco ne montrait plus aucune vélléité de participer, et par conséquent, la France aurait pu opposer ses forces d'AFN aux Italiens, en Tunisie. Le Général Noguès, commandant en chef de toutes les forces armées en AFN, voulait continuer la guerre et il avait derrière lui les administrations et les militaires. Quant à savoir dans quelle mesure Noguès aurait été en mesure de poursuivre le combat en AFN, est une autre question. Il n'obéit au gouvernement de Bordeaux qu'après la ratification de la convention de Rome, quand Weygand lui eut déclaré qu'il n'y avait aucun danger pour le Levant et l'AFN, bien que la mort dans l'âme. Deux arguments de poids décidèrent Noguès : Darlan n'était plus disposé à engager la Flotte pour l'AFN et il savait de source sûre qu'on ne pouvait attendre aucune aide britannique concrète. 

Avec les Conventions de Rethondes et de Rome, la France évitait la catastrophe totale en ce sens qu'une partie du pays ne fut pas occupée, où un gouvernement mondialement reconnu put s'établir. Elle conserva sa flotte bien que désarmée.

Et, ce qui était encore plus important, l'Empire restait intact et il semblait que l'Afrique du Nord et occidentale était à l'abri des forces de l'Axe. Mais trois semaines seulement après l'armistice l'OKW exigea les aérodromes marocains, les ports algériens et tunisiens, ainsi que les voies de communication et le contrôle des moyens de transmissions. Et, naturellement, ceci incluait également les ports du sud de la France et du tonnage maritime. Il apparaissait que Hitler voulut reprendre ce à quoi il renonça à Rethondes. Le maréchal Pétain refusa et la formule rien que l'armistice devint le principe de la politique française à l'égard de l'Axe.

Au cours des semaines et des mois qui suivirent la victoire sur la France, la conduite de la guerre, du côté allemand, fut marquée par une certaine confusion. Il y avait le projet de descente en Angleterre (Lion de mer) comme alternative ou complément au plan de conduite de la guerre périphérique, c'est à dire le combat contre l'empire britannique via l'Italie, l'Espagne et le Moyen-Orient. Il y a eu le plan de la prise de Gibraltar et du soutien de l'Italie pour une poussée en direction de Suez.

Il y eut des discussions sur la préparation d'une campagne contre l'URSS, outre la formation d'un bloc continental de l'Atlantique au Pacifique pour lutter contre l'Angleterre. Avec le report, et en fait l'abandon de l'opération Lion de mer, ce fut le point de vue du haut commandement de la Marine qui s'imposa, c'est à dire que dans le cas d'abandon de Seelöwe, il devenait capital d'éliminer la Grande Bretagne de la Méditerranée. Le projet de bloc continental - compte tenu des préparatifs en vue d'une campagne contre l'URSS - fut réduit au carré de force Berlin-Vichy-Madrid-Rome. Ce fut un élément de la stratégie périphérique ou méditerranéenne.

Mais Mussolini rejeta l'inclusion de la France dans ce projet et rechercha plutôt une paix séparée de l'Axe avec la France afin d'assurer ses exigences (modifications de la frontière des Alpes, Corse, Tunisie, Djibouti). Pour Hitler, une paix séparée était impensable. Franco, pour entrer en guerre, exigeait Oran et le Maroc, ainsi que des territoires plus au sud. Les exigences italiennes et espagnoles allaient à l'encontre des demandes de garantie de Vichy pour la préservation de l'Empire colonial. Si Hitler croyait, comme il le dit à l'époque, pouvoir atteler la France à sa voiture il lui fallait d'abord amener toutes ces exigences divergentes à un dénominateur commun. Les rencontres de Montoire et Hendaye ont eu pour but d'en convaincre Pétain et Franco, mais celui-ci évita de donner une réponse nette et Pétain, en dehors de la reconnaissance du principe de la collaboration, ne prit pas position. Ainsi Hitler se trouva devant une porte fermée : la France ne devait pas jouer le rôle d'un partenaire, mais celui de la victime de la conduite de la guerre allemande. Des plans en vue de la prise de Gibraltar furent préparés (opération Félix) mais le château de cartes s'effondra car Franco n'était pas prêt d'entrer en guerre à la date envisagée, soit à la mi-février. Les conférences franco-allemandes qui suivirent Montoire ne débouchèrent sur aucun résultat positif. Les pourparlers secrets entre Londres et Vichy pour un modus vivendi au sujet des colonies écartèrent une offensive contre les territoires dissidents. L'éviction de Laval, en décembre 1940, montra à Hitler qu'à Vichy, les forces anti-collaborationnistes avait gagné la partie. On peut prouver aujourd'hui que ces affaires résultent d'exigences inconditionnelles des Britanniques et des Américains. C'est à ce moment que Hitler sortit une directive selon laquelle si toute l'AFN et Weygand se détachaient de Vichy, la France serait entièrement occupée (Attila).

Bien que Hitler fût désormais résolu, dans un premier temps, et ceci en 1941, d'abattre l'URSS par une campagne rapide (Barbarossa) pour pouvoir ensuite se tourner contre l'Angleterre en ayant ses arrières libres, la stratégie périphérique ne fut pas abandonnée.

Les difficultés rencontrées par les Italiens en Grèce comme en Afrique du Nord et les appels à l'aide de Mussolini et Badoglio conduisirent Hitler à déclencher une attaque de diversion sur la Grèce (opération Marita) et à envoyer en Libye une grande unité en train de se constituer (opération Tournesol). Cette unité - appelée Afrika Korps - fut transférée dès avant la mi-février et son commandement fut confié à Rommel.

Début avril, Bengasi fut enlevé aux Britanniques et , malgré les injonctions de Badoglio d'arrêter la marche en avant et les avertissements du Haut Commandement de l'armée au sujet de la logistique, Rommel poussa jusqu'à la ligne Bardia-Sollum. Toutefois, Tobrouk ne put être pris et dut être assiégé.

Ceci immobilisa des forces importantes et, malgré les avertissements du Commando Supremo, Hitler laissa toute liberté à l'OKW et à Rommel. Le Haut Commandement italien en Afrique du Nord n'existait que sur le papier, ce que Mussolini dut accepter en grinçant des dents.

Il faut faire remarquer que du moment où l'initiative, en Afrique, passa du côté allemand, s'instaura une redistribution des contrôles exercés en fonction de l'armistice. L'Allemagne prenait le Maroc, l'Italie l'Algérie et la Tunisie. De ce fait, la répartition des intérêts, qui attribuait la Méditerranée aux Italiens, était dépassée et ceci répondait également aux ambitions du Haut Commandement de la Marine.

La prise de la Crète suivit la victoire en Grèce et, bien que le gain stratégique ne fût aucunement en rapport avec le coût en hommes et matériel, il semblait que la Wehrmacht était invincible. Cependant, l'Axe était loin de la domination de la Méditerranée Orientale. Il y avait encore Chypre et compte tenu de l'opération Barbarossa qui commença le 22 juin 1941, les partenaires de l'Axe durent voir, sans pouvoir intervenir, comment les Britanniques, avec l'aide de De Gaulle, prirent la Syrie et le Liban et supprimèrent le danger d'une opération italo-allemande en tenaille contre l'Egypte. La bataille de Sollum vit pour la première fois l'usure des forces de Rommel.

Pour Hitler et Göring, l'engagement de toutes les forces à l'Est fut l'occasion de refuser la demande italienne de la prise de Malte et, de ce fait, le ravitaillement italo-allemand resta soumis aux attaques des sous-marins et avions britanniques.

Pendant que se déroulaient les combats pour le Crête, l'ambassade allemande à Paris fut le lieu de négociations qui, finalement, menèrent à la signature d'un accord franco-allemand, passé dans l'histoire sous le terme des Protocoles de Paris. Je ne peux en donner ici tout le contenu. Il s'agissait d'une coopération en Syrie pour soutenir le soulèvement irakien, pour la livraison de véhicules français et d'armes stockées en dépôts et l'utilisation de Bizerte comme port de transit et de Dakar comme point d'appui aérien et maritime.

La contre-partie allemande devait être l'octroi d'armes et de munitions provenant des stocks sous contrôle, une plus grande liberté de mouvement pour le flotte et la libération des prisonniers de guerre, dont 961 officiers, jusqu'au grade de général, devant servir de référence en AFN. Cependant, Darlan associa au protocole relatif à Dakar un point supplémentaire, à savoir, , placer le gouvernement français en position de se justifier vis à vis de son opinion publique, en cas de déclenchement possible d'un conflit avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. En réalité, ceci équivalait à la suppression du régime imposé par l'armistice, ce qui donna lieu à de sérieuses discussions et ne pouvait qu'être rejeté par Hitler. Je ne fais qu'évoquer ce point, qui exige des développements qui ne peuvent être abordés ici. 

Hitler était persuadé qu'après la défaite de l'URSS, il pourrait traiter Pétain sans ménagement. Le 28 mai 1941, jour de la conclusion des négociations des protocoles de Paris, les Anglais lancèrent une attaque spectaculaire sur les bateaux marchands ancrés dans le port de Sfax et, quant aux Américains, ils menacèrent de faire une démonstration avec leur flotte devant Dakar, ce qui pouvait être compris comme la menace de leur entrée en guerre.

Biens sûr, les protocoles de Paris s'accompagnèrent de concessions du côté allemand.

Les Allemands en auraient certainement supprimé l'une d'elles s'ils avaient pu en prévoir les conséquences six mois plus tard.

Fin juillet, le Général Juin prit le commandement des troupes françaises au Maroc. En novembre, Weygand fut appelé à Paris. Juin le remplaça dans ses fonctions militaires. Auer, consul allemand à Casablanca, joua un rôle dans le rappel de Weygand. Selon le SR français en AFN, la commission d'armistice italienne joua un rôle aussi important. L'Amiral Darlan ne s'opposa pas à cette décision, mais contra d'autres exigences, comme le rappel de Noguès et de Chatel.

L'attaque de la VIIIème Armée sous le commandement du Général Cunningham, le 8 novembre 1941, amena le déblocage de Tobrouk et, en décembre, la prise de Bengazi.

Pendant un temps, il sembla que les forces de l'Axe devaient évacuer toute la Lybie : Mussolini et le Commando Supremo exigèrent l'occupation de la côte tunisienne, par la négociation ou par la force. L'OKW refusa cette dernière hypothèse. Afin de savoir ce que feraient les Français au cas où les troupes de l'Axe pénétreraient en Tunisie, les Allemands demandèrent à Vichy que Juin vint à Berlin le 20 décembre 1941. Juin ne se prononça pas et déclara devoir informer son gouvernement qui, seul, pourrait fournir les réponses valables.

Fin 1941, quand l'offensive allemande à l'Est fut bloquée, Hitler put de nouveau se consacrer plus attentivement à la Méditerranée. Des unités de la Luftwaffe furent transférées du front russe au sud de l'Italie et en Afrique du Nord et leur commandement fut confié au feld-maréchal Kesselring, qui devint commandant en chef Sud. Sa mission fut de s'assurer de la maîtrise de l'air et de la mer dans l'espace Italie du Sud - Afrique du Nord, de réduire Malte, et de lutter contre les convois britanniques. L'offensive de Rommel contre El Gazala, le 7 février 1942, fut stoppée alors que la prise de Malte était prévue en juin (opération Hercules) aussi, en fonction de cette situation, Hitler renonça à cette opération, ce qui devait avoir des conséquences importantes.

L'offensive de Rommel, Thésée, débuta le 26 mai et l'on connaît l'importance qu'ont eues ces deux semaines de combat à Bir Hakeim, défendu par les forces françaises libres de Koenig. Ce ne fut que grâce au butin pris à Tobrouk que Rommel put poursuivre ses opérations. Mais pour Hitler, Thésée n'était qu'un élément d'un projet plus vaste. Après celà, en effet, les troupes allemandes devaient pousser par le Caucase, sur la frontière iranienne, obliquer à droite et une fois au Proche-Orient, rejoindre Rommel.

Kesselring, cependant, en cas de poussée sur le Caire, avait prévu le manque de carburants et la supériorité de l'aviation britannique et, quand il ne put faire admettre son opinion par Hitler, il fit intervenir en Afrique du Nord tous les appareils qu'il avait de disponible contre Malte. Rommel avait trop légèrement garanti que la logistique était assurée et qu'en quelques jours il aurait pris le Caire. Certes, avec ses 70 chars, Rommel força les Britanniques jusqu'à El Alamein et l'on put croire à leur retraite au-delà du Nil mais l'Afrika Korps était épuisé et le 23 octobre, disposant de force très supérieures, Montgomery passe à l'attaque (opération Supercharge), perce les lignes allemandes le 2 novembre et le 4, Rommel ordonne la retraite. Ce même jour, les premiers convois de Torch quittent Gibraltar pour l'Est et les convois américains destinés au Maroc, sont au Sud des Açores.

Après le début de l'opération Supercharge, Supermarina exigea encore avec insistance l'occupation de la Tunisie mais l'OKW n'y consentit que si l'accord de Vichy était donné. L'on crut parvenir finalement à un accord le 6 novembre, à Turin. L'on devait obtenir de Vichy son accord pour des mesures militaires sur la côte tunisienne, c'est à dire des exercices de débarquement, exercices destinés en fait à masquer le début d'une occupation. Toutefois, le 7 novembre, Vichy refusa toute opération pouvant avoir trait à un débarquement d'effectifs allemands ou italiens ou l'inutilisation des aérodromes ou ports français. Et ce même jour, Darlan décida de rester à Alger. Au cours de la nuit du débarquement, l'OKW exigea, par le truchement de Wiesbaden, que les Français donnent leur accord pour obtenir une aide aérienne à partir des terrains de Sardaigne ou de Sicile. A ce moment-là, l'OKW pensait que le débarquement engloberait aussi la Tunisie. L'ultime exigence allemande, pouvoir disposer de terrains d'aviation en Tunisie, ne fut formulée qu'après qu'il fut certain qu'Alger était le point de débarquement situé le plus à l'Est.

Quant à savoir s'il est exact, comme le précise un compte rendu de situation établi par le Haut Commandement de la Marine le 8 novembre au soir, que l'opération n'a pu réussir que par la surprise, l'on peut répondre ceci.

L'OKW avait été déjà trompé par d'autres intentions de débarquement et, en outre, le service diplomatique de renseignements avait failli à sa tâche.

J'ai soigneusement étudié l'état des informations disponibles du côté allemand et je pense que dès le début de l'été 1942, l'on disposait d'un flot de données concernant principalement un débarquement imminent à Dakar et Casablanca et que l'on considérait comme possible un débarquement sur les côtes méditerranéennes de l'AFN. Certes les Alliés ciblaient sur Dakar la diffusion de bruits mais rapidement, tant du côté allemand que français, Casablanca prit une importance analogue. Les ordres de sécurité à destination de l'inspection de contrôle Afrique, à Casablanca et Meknès et Fedallah témoignent dans ce sens.

Hitler n'eut jamais confiance en ce qui se passait en Afrique du Nord. Dès décembre 1940, il sortit la directive Attila et immédiatement après l'entrée en guerre des Etats-Unis, en décembre 1941, il ordonna d'être prêt à tout moment pour la déclencher et parla de possibles modifications en AFN. Après l'évasion de Giraud en avril 1942, il doutait fortement de l'attitude futures des autorités civiles et militaires en AFN et escomptait une reprise de la guerre dans ce théâtre.

Les reproches formulés au canal diplomatique par le Haut Commandement de la Marine sont injustifiés car les Affaires Etrangères transmirent en septembre à l'OKW toute une série d'informations qui correspondit très exactement à ce qui se passa. L'on y trouve un renseignement très sérieux que le général Revers transmit à l'envoyé allemand à Vichy Krug von Nidda. Revers, nous le savons désormais, s'est appuyé sur des informations très précises du lieutenant-colonel Chrétien, alors chef du SR en AFN. D'après lui, le débarquement devait avoir lieu en novembre au plus tard. Je pourrai citer encore d'autres exemples, bien que personne ne connût la date exacte. Compte tenu des informations accumulées principalement par Supermarina, mais aussi par les Allemands sur la concentrations des navires à Gibraltar et leur composition, la thèse selon laquelle il s'agissait d'un renforcement de Malte paraît ridicule. Supermarina trouva l'hypothèse la plus vraisemblable avant le commandement allemand, qui ne s'y rangea que le 7, quelques heures seulement avant le débarquement. On a l'impression que dans ce cas l'on a voulu ne pas reconnaître les faits, selon la formule : ce qui ne doit pas arriver est impossible ! L'historien de la marine le plus réputé a porté à ce sujet le jugement suivant : les forces armées italo-allemandes étaient totalement incapables de tenir la position nord-africaine. Comment et combien longtemps auraient-elles pu empêcher ou ne serait-ce même retarder, une attaque générale déclenchée avec les moyens décuplés mis à la disposition de l'armée britannique ?

Ma thèse est encore renforcée par le fait qu'une étude de la section Armées Etrangères Ouest (Abwehr), datée de mai 1942, exposa qu'en cas d'une opération alliée du Maroc à Tunis, l'ensemble des forces françaises ne pourraient s'opposer à un adversaire équipé à la moderne, disposant de têtes de pont. Il était aussi spécifié que le renforcement nécessaire du dispositif défensif français excéderait toutes les possibilités allemandes. Avant l'opération Torch, Vichy s'efforcait de dissiper tous les doutes des autorités allemandes sur la volonté française de défendre l'AFN et l'AOF. C'est à quoi servirent le déplacement de l'Amiral Auphan au Maroc et le voyage d'inspection de Darlan en AFN et AOF du 20 au 30 octobre.

Toutefois, l'estimation erronée faite par les Allemands reposait sur un document particulier. Au début de 1942, l'OKW fit une étude sur les possibilités de transport par mer des forces anglo-américaines. Elle concluait que la Grande-Bretagne ne pouvait disposer que d'un tonnage pour 6 divisions, destinées à couvrir les besoins de tous les fronts. Ainsi, elle n'aurait pu disposer du tonnage nécessaire à l'ouverture d'un second front. Cette étude fut transmise à l'amirauté Vichy, qui l'utilisa comme base de réflexions, qui aboutirent à la même conclusion.

Le 13 novembre, quand dans les discussions avec Clark et Eisenhower fut abordée la rentrée en guerre de l'AFN contre les forces de l'Axe, ce fut le général Juin qui parvint à convaincre Noguès encore hésitant que cette reprise des combats servait les intérêts de la France, tout comme l'aide militaire alliée. Peu de jours plus tard, il prenait le commandement des forces françaises sur le front tunisien.

Et maintenant, je laisse la parole à celui qui traitera de la campagne de Tunisie, le major général Strawson.

Je vous remercie de votre attention.

 

 

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