Allocution de Monsieur André Méric Secrétaire d'Etat chargé des Anciens Combattants et des victimes de guerre pour l'ouverture du colloque sur le maréchal de France Alphonse Juin tenu à l'Ecole Militaire le 15 février 1990.

C'est un honneur que vous me faites - et croyez bien que j'y suis tout particulièrement sensible - en me confiant la mission redoutable d'ouvrir ce colloque placé sous le haut patronage de Monsieur le Président de la République, François Mitterrand, et consacré au maréchal Juin. J'en suis conscient, ces paroles liminaires ne seront pas les plus importantes de ces deux journées.

Ma tâche est difficile car cet amphithéâtre réunit des personnalités françaises et étrangères, des spécialistes, et plus encore, des hommes qui ont eu le privilège de connaître le maréchal Juin et qui peuvent mieux que moi, en parler avec la certitude de ne pas se tromper, puisqu'ils ajoutent pour nombre d'entre eux, à leur savoir, la dimension de l'amitié et du coeur.

Il serait malséant de ma part d'anticiper sur la teneur des travaux et des exposés des intervenants, d'autant que je ne suis pas un historien.

Vous ne m'en voudrez pas, dans ces conditions, si je borne mon propos à quelques réflexions.

D'abord ce colloque témoigne du dialogue nécessaire entre des hommes de savoir qui, s'ils ne parlent pas tous la même langue, s'ils ne détiennent pas le même héritage culturel, ont cependant, les uns et les autres, le même thème de réflexion et le même respect de la vérité.

Peu d'années suffisent à l'oubli et pourtant Alphonse Juin est toujours présent parmi nous, à l'instar de ces hommes illustres dont parle Plutarque.

S'il fut un soldat, il fut aussi un grand chef militaire. Et il en avait les qualités : vision d'ensemble, rapidité de la décision, sens du détail, choix des hommes.

Dans les travaux de la paix, comme dans le fracas des armes, il n'eut qu'une seule pensée, servir.

Témoin et acteur des deux guerres mondiales, il connût au cours de la première la tension physique et morale des tranchées et des combats au corps à corps, se faisant remarquer, tout jeune lieutenant, par sa belle attitude au feu. Avec la seconde guerre mondiale, il eut à vivre la captivité après la défaite et puis les choix difficiles.

Ses principes de mobilité, d'offensive surprise, de force et de cohésion morale, il saura les appliquer jusqu'à la victoire des armées alliées. Puis ce seront les déchirements, les drames successifs du retrait de la France du Maghreb et d'Indochine. Stratège brillant et reconnu, il se verra ensuite confier la responsabilité de la Défense Occidentale du Centre Europe.

La vie d'Alphonse Juin revêt un caractère d'exemple, exemple d'organisation, exemple de courage, exemple de discipline personnelle.

En homme d'action, il a la modestie des forts et des courageux. En homme vrai, naturel, il use d'une langue claire et directe, reflet d'une personnalité toute en humanité, sensible à la beauté des choses comme à la grandeur des êtres et qui le porte à l'Académie Française.

Ce serait d'ailleurs le trahir quelque peu que de tomber, à son propos, dans les travers de l'éloquence même si ces titres de gloire ont des noms qui sonnent comme Garigliano.

Les anciens combattants n'oublient pas qu'il est l'un des leurs, qu'il est un acteur essentiel des conflits contemporains.

Ils n'oublient pas davantage sa fidélité intransigeante, ni son rayonnement qui s'étend bien au delà de la France et de l'Europe.

Ils n'oublient pas sa volonté d'être présent dans le combat qui ne cesse jamais pour le respect de la personne humaine et pour la liberté.

Ils n'oublient pas non plus comment l'armée a toujours su, par la fraternité du quotidien et du combat, créer une amitié durable entre tous ceux qui servent dans ses rangs, apportant ainsi son concours efficace à la lutte contre un péché de l'esprit qu'aucune argutie ne saurait absoudre : le racisme.

Ils n'oublient pas encore que la jeunesse, avide d'appréhender le passé pour mieux comprendre l'avenir, peut voir dans une telle destinée les plus belles raisons d'espérance. Alphonse Juin n'avait-il pas su mettre en pratique ces propos du maréchal Lyautey demandant aux officiers avant

tout d'être des convaincus et des persuasifs ; sans dire le mot, des apôtres, doués au plus haut point de la faculté d'allumer le feu sacré dans les jeunes âmes.

En cette Ecole Militaire, à proximité de l'Hôtel des Invalides où repose sous la chapelle des soldats le dernier maréchal de France, permettez-moi de reprendre ces quelques mots d'Alphonse Juin : le devoir est infiniment plus simple dans la bataille.

Il est bon qu'un chef hors du commun soit honoré comme il le mérite ; il est bon que nul n'ignore un homme d'exception qui, à sa manière, savait maîtriser le présent en gardant vision et ambition pour l'avenir.

Par ce colloque vous allez apporter une contribution importante à la préservation d'un passé qui nous est commun et où l'action du Maréchal Juin tient une place essentielle et indiscutable.

Merci de travailler ensemble à cette tâche exaltante.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin