ALLOCUTION INTRODUCTIVE DES THEMES DU COLLOQUE

L'ARME NUCLEAIRE ET SES VECTEURS

 

Claude CARLIER 1

Monsieur le Premier Ministre,

Messieurs les Parlementaires,

Messieurs les Présidents,

Messieurs les Officiers généraux,

Mesdames, Messieurs les Professeurs,

Mesdames, Messieurs,

Le Centre d'histoire de l'aéronautique et de l'espace, l'Institut d'histoire des conflits contemporains, l'Association des professeurs d'histoire et de géographie, le Centre d'histoire militaire et de défense ont l'honneur de vous accueillir à ce colloque d'information sur l'arme nucléaire et ses vecteurs.

La présence au sein de ce Grand Amphithéâtre de la Sorbonne de tant de personnalités, riches d'une grande diversité, à la compétence incontestée, démontre tout l'intérêt accordé aux thèmes dont nous allons débattre pendant ces deux journées.

Mesdames et Messieurs, ce colloque se veut, à la fois, un colloque d'histoire des stratégies, des sciences et des techniques nucléaires, aérospatiales et un colloque d'histoire concernant un aspect important de la politique de défense de la France, plus particulièrement dans les domaines relatifs à la dissuasion : ses armes et ses vecteurs.

Il souhaite pouvoir expliquer aux jeunes générations comment des équipes motivées, passionnées, ont su surmonter les difficultés financières, économiques, scientifiques, technologiques, pour concevoir et réaliser des matériels qui, aujourd'hui dans le monde, sont le symbole de la capacité française à réussir dans des domaines de si haute technologie, ceci mérite d'être davantage su.

Nous avons souhaité que puissent se rencontrer ceux qui ont la responsabilité des moyens de défense, des moyens industriels et les enseignants qui ont la charge de transmettre aux jeunes générations cet esprit de défense dont ont fait preuve les Français à Fleurus ou à Valmy.

Quand nous avons commencé à préparer ce colloque, en 1987, nous nous sommes heurtés à un problème délicat : devant l'abondance des thèmes à aborder, lesquels privilégier ?

Comme pour tous les colloques, nous avons dû faire des choix : tout d'abord rappeler la genèse de l'arme nucléaire française, ensuite présenter la dissuasion française à travers la mise en place de ses trois générations puis, pour terminer, essayer d'établir des perspectives d'avenir à l'aube du XXIème siècle. Ces thèmes amènent à traiter de la décision, des études et des essais, de l'industrialisation, de l'utilisation dans les différentes composantes.

Certains reprocheront peut-être à ce colloque de ne pas aborder tel ou tel aspect industriel, politique, financier, militaire ; ils comprendront que, pour respecter le temps imparti, il a fallu faire des choix. Ces choix permettent aussi de commémorer de grands anniversaires. Ce sont ces références à l'histoire qui nous réunissent aujourd'hui autour :

- du 30ème anniversaire de l'ordonnance du général de Gaulle portant organisation générale de la Défense ;

- du 30ème anniversaire du premier vol du Mirage IV ;

- du 30ème anniversaire de la création de la Société d'étude et de réalisation d'engins balistiques ;

- du 25ème anniversaire du décret du général de Gaulle sur les Forces aériennes stratégiques ;

- du 25ème anniversaire de l'entrée en service opérationnel de la première génération de la Force nucléaire stratégique.

Je ne me permettrai pas, devant un auditoire aussi averti, de rappeler ce que la dissuasion nucléaire a d'important pour la France, c'est devenu une telle évidence qu'il ne s'agit plus de justifier son existence mais plutôt d'essayer de rappeler son développement et d'aborder l'avenir. Dans ce but, nous avons fait appel aux praticiens les plus éminents afin de bénéficier de leur expérience, nous leur avons demandé de témoigner pour l'histoire. Tel est l'objet de ce colloque dont je vais essayer de vous présenter les principaux thèmes.

Lorsqu'en 1945 se termine le second conflit mondial, la France est un pays fragile économiquement, socialement, diplomatiquement.

Pourtant, la volonté du Gouvernement provisoire est de replacer le pays dans le concert des grandes nations, c'est ce qu'avait déclaré le général de Gaulle devant l'Assemblée Consultative en novembre 1944 :

Rebâtissons notre puissance ! Voilà quelle est, désormais, la grande querelle de la France.

Les gouvernements français d'après-guerre estiment que si la France veut jouer un rôle dans le monde il lui faut être présente dans les grands domaines qui sont les attributs d'une puissance, c'est-à-dire l'atome civil et militaire et les vecteurs qui transportent l'atome militaire. Or, en 1945, la France peut constater qu'elle ne possède ni industrie nucléaire, ni industrie aéronautique moderne. Pourtant, paradoxalement, la France, absente du progrès technologique mondial, a la possibilité de rattraper son retard car l'atome et l'aviation à réaction n'en sont qu'à leurs débuts.

Sur le plan stratégique, les leçons de la Deuxième Guerre mondiale sont tellement évidentes qu'on ne peut les nier. La véritable révolution s'opère avec l'apparition de l'arme atomique, sa puissance permet des destructions qui nécessitent des milliers de bombardiers et des mois de bombardement. Avec l'arme nucléaire et son vecteur : l'avion, le monde entre dans une ère nouvelle. Il s'agit d'une véritable révolution stratégique. De la plus grosse bombe, transportée par avion, d'un poids d'environ 10 tonnes, on passe à l'équivalent de 20 000 tonnes de TNT transportées par un seul avion. La révolution est donc double : alors que l'arme atteint un niveau jamais égalé, le vecteur est réduit à l'unité. Le résultat tient en une seule phrase : une bombe, un avion, une ville. L'attaque surclasse la défense qui ne peut plus se permettre de laisser passer un seul vecteur.

C'est ainsi que commence à s'élaborer une politique qui, dans un contexte international de guerre froide, peut sembler présomptueuse. L'atome civil, l'atome électrique, peuvent compenser une partie du déficit énergétique. De son côté, l'atome militaire compense le déficit démographique - lequel conditionne le nombre de divisions - il rend beaucoup plus difficile une menace venant de l'Est. Ces deux atomes autorisent une certaine indépendance nationale, constante française de tous les temps.

Les hommes politiques, les milieux militaires, l'opinion publique, humiliés par la défaite de 1940, ne veulent plus être dans un état d'impréparation et de dépendance et disent plus jamais ça ! Inconsciemment les armes nouvelles, les technologies nouvelles, répondent à cette attente, elles vont permettre la mise en place progressive d'un système de défense reposant sur la dissuasion nucléaire.

La création du Commissariat à l'énergie atomique, le 18 octobre 1945, permet d'envisager l'utilisation de l'énergie atomique dans les domaines de la science, de l'industrie et de la défense nationale. C'est dans un contexte international tourmenté, la guerre froide, la guerre d'Indochine, la guerre de Corée, l'affaire de Suez, la guerre d'Algérie, que les gouvernements français ont à prendre des décisions en matière nucléaire.

Pour retracer la genèse de l'arme nucléaire et son évolution, nous avons fait appel à Monsieur Yves Le Baut, ancien conseiller militaire de l'Administrateur général du Commissariat à l'énergie atomique. M. Le Baut évoquera les étapes menant à une utilisation militaire de l'atome à travers les plans quinquennaux nucléaires puis les lois de programme qui aboutissent aux prévisions de la période menant jusqu'à la fin du siècle.

La mise en oeuvre de moyens nationaux ne pouvait s'effectuer que dans le cadre d'une nouvelle organisation de la défense. Il fallait mettre en place une défense permanente dans laquelle toute la nation serait concernée. C'est ainsi que le 7 janvier 1959, il y a trente ans, paraissait l'ordonnance portant organisation générale de la défense. Elle précise dans son article premier que :

La défense a pour objet d'assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population. Elle pourvoit de même au respect des alliances, traités et accords internationaux.

La défense de la France se trouve ainsi articulée autour de deux grands thèmes : la permanence et l'universalité. Les forces armées, particulièrement les forces nucléaires, doivent pouvoir être engagées à tout moment sur décision du pouvoir politique, cette permanence est indispensable pour assurer une dissuasion efficace. La réalisation des moyens permettant cette dissuasion ne peut être possible qu'avec la participation de tout le pays, de tout son potentiel industriel. Cette universalité de la défense nécessite l'enga-gement et l'adhésion de tout le pays, de toutes ses forces vives pour constituer un véritable esprit de défense.

L'effort militaire, l'effort industriel, l'effort financier, découlent de cette ordonnance et se manifestent, à partir de 1960, par le vote de lois de programme militaires qui planifient l'effort de toute la nation pour la réalisation et la mise en oeuvre d'une dissuasion nucléaire.

Pour mieux comprendre cet effort, il est apparu souhaitable de compléter cette présentation des moyens français en effectuant des comparaisons avec l'effort des autres puissances nucléaires et aérospatiales. Nous avons sollicité Monsieur Jacques Villain, chef du département information - propriété industrielle de la Société européenne de propulsion qui conçoit et réalise les propulseurs à poudre des composantes terrestre et sous-marine de la Force nucléaire stratégique. Monsieur Jacques Villain, auteur d'un livre remarqué sur la force de dissuasion française, nous rappellera la course à l'armement nucléaire, aux missiles ainsi que leurs parades.

Monsieur Pierre Messmer a accepté de participer aux débats nous faisant ainsi bénéficier de sa très grande expérience dans ces domaines. Monsieur le Premier ministre nous vous en remercions.

Monsieur le professeur André Martel a accepté de présider cette séance. Précurseur dans le domaine de l'enseignement de l'histoire militaire et des études de défense, le professeur Martel a créé, en 1968, le Centre d'histoire militaire et d'études de défense nationale de l'université Paul Valéry de Montpellier.

La première séance de l'après-midi, consacrée à la première génération de la force nucléaire stratégique équipée de vecteurs pilotés sera présidée par Monsieur Serge Dassault, président directeur général des Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation. Cette séance débutera par la projection d'un court film montrant le premier vol du Mirage IV ; Monsieur Serge Dassault était alors le directeur des essais en vol de la Générale Aéronautique Marcel Dassault, c'était le nom de la société Dassault en 1959.

Le général Roland Glavany, ancien chef pilote d'essais de la Générale Aéronautique Marcel Dassault, a accepté de faire revivre ce premier vol. Le général Glavany a décollé pour la première fois le Mirage IV, le 17 juin 1959, après avoir déjà effectué le premier vol du Mirage I en 1955 et celui du Mirage III en 1956.

C'est Monsieur Jean Cabrière, ancien directeur général technique de la société des Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation qui retracera le genèse du programme Mirage IV : les divers projets étudiés ainsi que l'adaptation de l'avion à l'évolution de la menace.

L'importance de la mise en place de la première composante nucléaire est affirmée par un décret, signé du général de Gaulle, en date du 14 janvier 1964, relatif aux Forces aériennes stratégiques. Ce décret précise que le commandant des Forces aériennes stratégiques est chargé de l'exécution des opérations de ces forces sur ordre d'engagement donné par le Président de la République, président du Conseil de défense et chef des Armées. L'ordre d'engagement des forces nucléaires relève ainsi de la plus haute autorité politique nationale.

L'armée de l'Air est alors chargée de mettre en place cette première composante. Pour la représenter, nous avions fait appel à Monsieur le général Philippe Vougny, commandant les Forces aériennes stratégiques. Malheureusement, le général Vougny ne peut se joindre à nous ; il est retenu par ses obligations professionnelles, il a chargé le colonel Michel Duthu, chef des Opérations des Forces aériennes stratégiques de le remplacer et de présenter la mise en place et le développement de cette première génération.

Pour participer aux débats nous avons demandé au général Pierre Caubel, premier commandant du premier escadron opérationnel de Mirage IV, de nous entretenir de cette grande première en date du 1er octobre 1964, il y a 25 ans de cela.

Continuant l'effort entrepris, le gouvernement français avait prévu la création d'une deuxième composante stratégique composée de missiles sol-sol balistiques stratégiques à tête nucléaire. Ce sera le thème de la deuxième séance de l'après-midi présidée par Monsieur l'ingénieur général Pierre Bousquet, directeur des engins à la Délégation générale pour l'Armement.

La volonté française de se doter d'un système de vecteurs à base de fusées pouvait paraître démesurée, peut-être même hors de portée technique, industrielle et opérationnelle. La seconde loi de programme 1965 - 1970 a démontré la capacité française de répondre à une telle attente en créant un système de dissuasion sol-sol balistique stratégique comprenant des engins maintenus en condition opérationnelle permanente dans des silos enterrés.

Monsieur l'ingénieur général Pierre Usunier, ancien directeur de la division des systèmes balistiques et spatiaux de l'Aerospatiale, relatera la genèse, la mise au point, l'évolution des premiers programmes sol-sol balistiques stratégiques.

La mise en place et le développement de la deuxième génération seront présentés par le général Georges Mercier, commandant le Premier groupement de missiles stratégiques, groupement opérationnel depuis 1971. Le général Mercier parlera des enjeux politico-stratégiques, du choix du site, de la mise en oeuvre, de l'adaptation du plateau d'Albion face à l'évolution de la menace.

Pour le débat, nous bénéficierons de la présence de Monsieur l'ingénieur général Roger Chevalier, vice-président d'honneur de l'Aerospatiale et ancien directeur général de la Société d'étude et de réalisation d'engins balistiques, la SEREB, créée en 1959, il y a 30 ans, pour mettre au point les engins balistiques français. Cette société disparaît en 1970 quand est créée la Société nationale industrielle Aerospatiale par suite de la fusion de Nord Aviation, Sud-Aviation et de la SEREB. En plus des réalisations militaires, il faut rappeler que la Société d'étude et de réalisation d'engins balistiques, en collaboration avec le Centre national d'études spatiales, a lancé, en novembre 1965, le premier satellite artificiel français à partir d'une fusée Diamant qui est l'aboutissement d'un programme baptisé Pierres précieuses lequel a connu 47 succès sur 54 tirs. La France est devenue la troisième puissance spatiale mondiale en 1965, il y a presque un quart de siècle.

La conquête de l'espace constitue une fabuleuse aventure humaine, il s'agit de l'avenir de l'humanité. Au début de ce siècle, Clément Ader écrivait : sera maître du monde qui sera maître de l'air. Aujourd'hui, on peut dire sans beaucoup de crainte de se tromper, en s'inspirant du grand précurseur de l'aviation : sera maître de l'univers qui sera maître de l'espace.

Quand on parle des réalisations françaises, il ne faut pas oublier l'effort collectif des hommes politiques, des chercheurs, des industriels, des militaires. Cet effort aboutit à la conception et à la réalisation de systèmes d'armes stratégiques qui nécessitent, du fait de leur environnement particulier, des compétences multidisciplinaires civiles et militaires, alliant l'informatique, la mécanique, les sciences des matériaux, l'électronique, les télécommunications.

Rappelant cet effort, la journée se terminera par la projection d'un film réalisé par le Service d'information et de relations publiques des Armées, intitulé Forces nucléaires françaises.

La première séance de la journée de mercredi sera consacrée à la troisième génération : la Force océanique stratégique. Nous avons demandé au premier commandant de la première unité à entrer en service de participer aux débats. Un heureux hasard fait que le premier commandant du premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins français Le Redoutable est l'amiral Bernard Louzeau, actuel chef d'état-major de la Marine nationale. L'amiral a bien voulu accepter de présider la séance et de participer aux débats.

Etudiés pendant les deux premières lois de programme, la troisième génération de la Force nucléaire stratégique est opérationnelle pendant la troisième loi de programme 1971-1975. Le système le plus complexe, le sous-marin nucléaire lanceur d'engins, équipé de missiles mer-sol balistiques stratégiques, est opérationnel avec la première mission du Redoutable en 1972. Il faut rappeler qu'en ce qui concerne ces sous-marins, aucune réparation n'est possible en mer, les systèmes doivent être totalement fiables sous peine d'enlever sa crédibilité à la dissuasion.

La mise en place et le développement des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins feront l'objet d'une présentation par Monsieur l'ingénieur général André Gempp, ancien maître d'oeuvre principal du projet Coelacanthe, c'est-à-dire du projet de réalisation des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.

Le programme des vecteurs mer-sol balistiques stratégiques sera présenté par Monsieur Jacques de Cordemoy, directeur des programmes militaires de la division systèmes stratégiques et spatiaux de l'Aerospatiale. Monsieur de Cordemoy évoquera les problèmes qu'il a fallu résoudre pour réussir une telle entreprise et leur évolution qui aboutit au système M-4 et aux futurs M-5.

La mise en place et le développement de la troisième génération des forces nucléaires stratégiques nous sera présentée par Monsieur l'amiral Michel Merveilleux du Vignaux, commandant les Forces sous-marines et la Force océanique stratégique. Après avoir présenté le milieu marin et sous-marin, l'amiral Merveilleux du Vignaux retracera les grandes étapes de la mise en place des SNLE dans la Marine nationale, la montée en puissance de la Force océanique stratégique ainsi que les axes d'effort devant aboutir à la mise en service d'une nouvelle génération dont Le Triomphant devrait être le premier modèle en 1994.

La dernière séance de la matinée sera placée sous la présidence de Monsieur l'ingénieur général Jean Carpentier, président de l'Office national d'études et de recherches aérospatiales, l'ONERA, créé en 1946, dont le rôle est capital pour comprendre le développement des moyens de dissuasion français car le secteur aérospatial, dans ses techniques de pointe, a transformé nos conceptions du temps et de l'espace.

Monsieur Yves de Rougemont, directeur technique de la division engins tactiques de l'Aerospatiale parlera des missiles nucléaires pré-stratégiques, c'est-à-dire du Pluton et du missile air sol à moyenne portée (ASMP) qui équipe les Mirage IV des Forces aériennes stratégiques et les Mirage 2 000 N de la Force aérienne tactique.

Toutes ces créations de missiles stratégiques ou pré-stratégiques n'auraient pas pu être réalisées sans la participation de l'ONERA, de la recherche aérospatiale. C'est ce qu'évoquera Monsieur l'ingénieur général Maurice El Gammal, directeur technique général de l'Office national d'études et de recherches aérospatiales.

Pour les débats, nous bénéficierons de la présence de Monsieur le général Daniel Cledière, premier commandant du premier régiment de missiles pré-stratégiques Pluton opérationnel à partir de 1974.

La première séance de l'après-midi sera présidée par Monsieur Henri Martre, président directeur général de l'Aerospatiale. Le président Martre nous a toujours soutenu dans l'organisation de nos colloques, le dernier en date consacré aux hélicoptères s'était tenu, en novembre 1987, à la Villette, il avait permis de commémorer 80 années de vol vertical français.

Cette séance permet d'aborder la prospective. Le général Pierre Gallois nous fera part de son expérience et de ses idées sur l'arme nucléaire face aux nouveaux défis stratégiques. Depuis les déclarations du président Ronald Reagan, en 1983, sur l'Initiative de défense stratégique, les défis stratégiques, à l'aube du XXIe siècle, font partie des discussions entre les grandes puissances, elles concernent aussi tous les pays dotés d'un tel armement.

Pour nous entretenir des vecteurs et de l'espace face au XXIe siècle, nous accueillerons Monsieur Jean Charles Poggi, directeur de la Division systèmes stratégiques et spatiaux de l'Aerospatiale qui assure simultanément la maîtrise d'oeuvre industrielle des systèmes balistiques terrestre et naval.

Alors que se prépare le XXIe siècle, il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'en 15 ans, la France a été capable de mettre en place la triade, c'est-à-dire, les trois systèmes : pilotés, sol-sol et mer-sol. Elle est la seule au monde, en dehors des Etats-Unis et de l'Union Soviétique, à avoir réalisé un tel tour de force technologique, industriel, militaire, tour de force qui a rendu crédible l'effort national.

La reconnaissance de cette crédibilité des moyens français est intervenue, en 1974, lorsque le communiqué final du Conseil de l'Alliance Atlantique qui se tenait à Ottawa a reconnu que les forces nucléaires françaises étaient en mesure de jouer un rôle dissuasif propre contribuant au renforcement global de la dissuasion de l'Alliance.

Après le débat, nous assisterons à la projection d'un film du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales intitulé Armes du ciel. Ce film présente les matériels aériens militaires construits par l'industrie aéronautique française.

La séance de projection sera suivie de la séance de clôture présidée par Monsieur le professeur Jean Peyrot, professeur à l'Institut d'études politiques de Lyon et président de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie. L'Association des professeurs d'histoire et de géographie regroupe plus de 10 000 adhérents, elle publie la revue Historiens et géographes qui a consacré plusieurs articles aux problèmes de défense et aux questions aérospatiales françaises ou étrangères.

Je tiens à remercier le président Jean Peyrot pour sa participation fidèle à nos colloques et pour son soutien qui constituent pour nous un encouragement. En cette année du bicentenaire de la Révolution française, n'oublions pas que c'est pendant la Révolution qu'est véritablement apparue la notion de défense nationale telle que nous la percevons de nos jours. Les professeurs d'histoire ont un rôle important à jouer dans l'instruction civique du jeune citoyen ; le rôle du président Jean Peyrot et de son Association méritaient d'être rappelés.

Mesdames et Messieurs, je voudrais terminer cette présentation du colloque avec des remerciements. Ceci n'est pas pour moi une simple formalité ou un devoir, c'est surtout un plaisir de pouvoir faire état publiquement de la compréhension et de l'aide de nombreuses personnes. Certes nous rencontrons çà et là quelques petits problèmes, mais c'est fort rare et ne mérite pas d'être évoqué plus longuement.

Mesdames et Messieurs, la réalisation de ce colloque a été rendue possible grâce à la très bonne coopération et à l'amitié qui existent entre les responsables de l'Institut d'histoire des conflits contemporains et du Centre d'histoire de l'aéronautique et de l'espace. Je tiens à rendre hommage à Monsieur le doyen Guy Pedroncini, titulaire de la chaire d'histoire militaire et de défense à la Sorbonne, pour sa compréhension et son soutien qui ont permis, entre autre, l'existence des enseignements d'histoire militaire et de défense ainsi que d'histoire de l'aéronautique et de l'espace à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne.

La participation et la collaboration de tous les collaborateurs, ici présents, de ces deux Centres de recherches a été complète. Je tiens à remercier particulièrement Monsieur Marcel Martin pour son dévouement et son efficacité qui nous permettent de mener de front la préparation d'un autre colloque, en avril, à la Villette, sur la construction aéronautique et le transport aérien à l'aube du XXIème siècle. Je tiens aussi à remercier mes étudiants pour leur aide et leur disponibilité qui facilitent grandement l'organisation d'une telle manifestation.

Tous nos remerciements vont également à Monsieur le Ministre de la Défense qui a bien voulu nous accorder son patronage manifestant ainsi tout l'intérêt qu'il accorde à nos activités. La signature, demain, d'un protocole d'accord Education-Défense dénote toute l'importance que les ministères de l'Education nationale et de la Défense accordent à la formation civique du jeune citoyen.

Madame le Recteur a bien voulu nous autoriser à utiliser ce prestigieux Grand Amphithéâtre de la Sorbonne où sont réunis aujourd'hui industriels, scientifiques, militaires, enseignants qui démontrent, une nouvelle fois, qu'il peut exister entre eux des liens étroits et efficaces, même dans le domaine de l'histoire. Nous en sommes très heureux et souhaitons persévérer dans cette voie.

Nos remerciements vont aussi aux industriels qui, par leur compréhension et leur soutien, ont permis la réalisation de ce colloque. La société Aerospatiale, avec qui nous avons déjà organisé deux colloques, n'a pas ménagé ses efforts. Vous pouvez en admirer le résultat dans la décoration de cette tribune. La société Dassault-Breguet a participé également à cette présentation. Nous remercions les collaborateurs des présidents Henri Martre et Serge Dassault qui ont permis cette réalisation.

Nos remerciements vont également aux présidents de séan-ces qui auront la lourde tâche de faire respecter les horaires et d'organiser les débats, aux conférenciers qui n'ont pas compté leur temps pour préparer leurs communications.

Mesdames et Messieurs, notre souhait dans ce colloque est, vous le savez, de mieux faire connaître, pour pouvoir en discuter sereinement, les armes et vecteurs de la dissuasion française. Ils constituent l'élément essentiel de la politique de défense de la France, politique entreprise depuis plus de quarante ans. C'est ce passé qu'il convient de connaître pour préparer l'avenir car il ne peut y avoir de prospective si elle ne s'appuie pas sur un enracinement.

Dans notre monde qui se veut un monde de communication, les problèmes de défense souffrent assez curieusement en France d'un manque de sensibilisation de l'opinion. Mesdames et Messieurs, votre présence nombreuse à ce colloque, plus de mille inscrits, démontre qu'en ce qui vous concerne il n'en est pas ainsi, nous vous en remercions.

Je crois qu'il n'est pas exagéré de dire qu'en ce qui concerne l'arme nucléaire et ses vecteurs, dans le cadre d'une politique de dissuasion, la France a montré ses capacités politiques, scientifiques, industrielles, militaires. Ce ne sont pas les difficultés du monde actuel qui doivent nous empêcher de préparer l'avenir avec optimisme, un avenir qui peut s'appuyer sur la compétence de femmes et d'hommes qui ont su faire de notre pays, dans des domaines de si haute technologie, une nation de rang mondial, la troisième. C'est dans la poursuite de cet effort de défense qu'ils contribueront à préserver la paix.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention.

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Notes:

1 . Professeur à la Sorbonne, directeur du Centre d'histoire de l'aéronautique et de l'espace.

 

 

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