ALLOCUTION DE MONSIEUR L' AMIRAL BERNARD LOUZEAU

Mesdames et Messieurs,

Vue de l'espace, vous le savez, notre planète est bleue. Ceci pour nous rappeler qu'elle est constituée pour les deux tiers par des océans. Ceux-ci, en dehors de la mince frange des eaux territoriales forment un espace sans frontière ni physique, ni politique, ce qui signifie que quiconque est en haute mer n'est pas chez lui, sans être chez les autres.

Ce milieu liquide, qu'on appelle mer ou océan, est dès que l'on s'écarte de la surface quasi-opaque à la plupart des phénomènes physiques utilisés pour percevoir ou localiser les objets qui sont dedans. Il est malgré son apparente uniformité d'une extraordinaire hétérogénéité, seules les ondes acoustiques acceptent de s'y propager, et encore le font-elles selon des lois complexes dont la prédiction tient souvent autant de l'art que du calcul.

Ces caractéristiques du milieu marin expliquent pourquoi les puissances disposant d'armes nucléaires ont toutes choisies d'en placer à bord des sous-marins. Ces armes maintenues à l'abri de leur territoire font peser sur un adversaire la menace d'une riposte terrible qu'aucune attaque préventive ne peut écarter à coup sûr. La réalisation de tels systèmes a posé aux constructeurs des problèmes techniques et scientifiques considérables. Trois percées technologiques ont une part décisive dans cette réalisation.

La première est bien sûr la propulsion nucléaire. Source d'une autonomie quasi-totale, elle permet au sous-marin de se déplacer, de se cacher dans les profondeurs de l'océan. La seconde est l'adaptation au

lancement en plongée des missiles qui a placé le sous-marin à égalité avec les vecteurs terrestres ou aériens en matière de portée, de vitesse et de puissance destructive des armes. Enfin la troisième, sans doute moins bien perçue, est l'amélioration des moyens de navigation. En effet, les progrès des composants inertiels et des procédés de recalage ont permis d'atteindre la précision requise pour la mise en oeuvre des armes. Malgré d'innombrables recherches on en reste, pour l'essentiel en matière de détection, à l'emploi des ondes acoustiques de pression, seules capables de se propager loin, encore que lentement et fort irrégulièrement.

Les lois de la physique jouent pour le moment, et encore pour de longues années, en faveur du sous-marin, elles lui assurent un atout essentiel : la discrétion. Celle-ci ne lui est pas garantie sans efforts ni précautions, car le recueil et le traitement des signaux acoustiques progressent avec l'utilisation des très basses fréquences et la puissance des moyens de calcul. Mais c'est une menace bien caractérisée contre laquelle existe des parades souvent techniquement complexes mais certainement efficaces. En un mot, les sous-marins, deviennent de plus en plus silencieux.

Lorsque notre pays décida, il y a près de 30 ans, de se doter pour garantir sa liberté d'action d'une Force océanique stratégique, il fit là un formidable pari technique. Il s'agissait de faire tenir dans une coque d'un peu plus de 100 mètres de long une centrale nucléaire et 16 missiles à tête nucléaire que nous ne savions encore faire ni les uns ni les autres, le tout servi par un équipage de 135 hommes. L'entreprise fut réussie.

Je passe maintenant la parole à Monsieur l'ingénieur général Gempp qui a été au coeur de cette aventure.

 

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