SEANCE DE CLOTURE

Allocution de M. le professeur Jean Peyrot

Il me revient une tâche relativement légère pour présider cette séance de clôture.

Cette tâche est, en effet, grandement facilitée par l'exactitude de l'horaire qui a été remarquablement tenu par mes prédécesseurs, par les intervenants et aussi, grâce à votre discipline. Merci donc, pour cette discipline librement acceptée et respectée. Vous savez qu'un Président de séance est toujours stressé, pour employer un mot à la mode, par l'horaire, j'ai donc sorti ma montre, mais c'est sans doute uniquement pour la forme. Facilitée encore, parce que je dois donner la parole à un seul orateur. Je devais laisser la parole à Monsieur Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense ; celui-ci avait en effet plus d'un titre pour venir parler à cette séance de clôture parce qu'il a exercé son autorité dans trois domaines qui se trouvent exactement réunis dans les thèmes de ce colloque, puisqu'il a été ministre de la Recherche, de l'Education nationale et de la Défense. Il est représenté ici par le général Paris, qui parlera au nom du ministre et à qui je demande de présenter au ministre notre reconnaissance pour le patronage moral qu'il a accordé à ce colloque.

Il se trouve que cet après-midi même, à l'Hôtel National des Invalides, haut lieu historique comme cette Sorbonne, même s'il a quelques siècles de moins, les deux ministres de l'Education nationale et de la Défense viennent de signer le renouvellement du protocole Défense-Education nationale. Ils ont dressé un bilan de ce qui existe et ont tracé des voies nouvelles. J'ajouterai que, parmi le bilan qui ne sera certainement jamais mesuré, il y a ce rapprochement et je peux en témoigner, ce rapprochement incontestable entre ces deux forces vives de la Nation qui s'ignorent, pour des raisons caricaturales nous le savons bien, de l'Education nationale et de l'Armée. Ceci est un pas considérable pour notre pays tout entier.

Mais, avant de laisser la parole au général Paris qui n'aurait pas d'ailleurs à me la demander, mais s'il le fait c'est par un respect de discipline des débats, un respect de courtoisie, j'userai de ma situation temporaire, ô combien, de président, non pas pour tirer des conclusions scientifiques de ce colloque car j'en serai bien incapable, en cinq minutes, tellement les séances ont été riches et la nombreuse assistance qui les a suivies est là pour en montrer tout l'intérêt. Je n'en profiterai que pour tirer quelques réflexions conclusives.

L'originalité - mais je me demande s'il faut parler d'originalité pour quelque chose qui se renouvelle d'année en année déjà depuis quelque temps - enfin nous dirions un principe d'individuation, l'originalité ou le principe d'individuation de ces colloques organisés par le Centre d'histoire de l'aéronautique et de l'espace et l'Institut d'histoire des conflits contemporains est précisément le regard croisé des hommes de techniques très spécialisées, des utilisateurs militaires, des historiens et, faute d'autre mot, ce que j'appellerai les usagers ou les actionnaires ; en langage moderne ou psychologique on dirait les actants de la Défense que nous sommes tous à quelque titre.

Les historiens qui se sont penchés avec vous tous sur ce thème de l'arme nucléaire, stratégie, vecteurs, ces historiens ne sont pas des gens tournés vers le passé, mais si l'on juge par le choix de quelques-unes des interventions et aussi par l'intérêt qui a été porté à ces interventions, thème qui portait sur le XXIème siècle, ce sont des réflexions tournées vers l'avenir. La contribution de ce colloque est une contribution à l'histoire des techniques, qui a toujours été un grand domaine d'études, mais qui a l'immense inconvénient d'être éparpillée, parce que confinée dans des spécialités trop étroites.

Cette histoire des techniques n'a pas, dans le champ de l'histoire et de son enseignement, la place qu'elle devrait avoir dans notre société. Elle a trop donné dans le genre litanie des inventions. Cette histoire se construit aujourd'hui avec quelques difficultés parce qu'elle doit se développer dans un ensemble d'investigations, j'allais dire encore de regards, qui est au moins composé de deux grands volets. L'un concerne des innovations en grappes, des techniques en résonance les unes par rapport aux autres. L'autre volet concerne les besoins d'une société ou d'un groupe à l'intérieur d'une société nationale.

Voilà pourquoi ce colloque est à ce titre exemplaire : il est exemplaire par ces thèmes d'études, par le choix des intervenants, par la multiplicité des débats, qui ont bien montré toutes les convergences des interrogations autour de l'arme nucléaire et de ses vecteurs. Il faut bien avouer, qu'on le veuille ou non, que l'arme nucléaire domine depuis un demi-siècle l'histoire de notre monde. C'est un thème où nous avons retrouvé, pendant ces deux jours, toutes ces innovations en grappes sur des préoccupations qui ne sont pas celles d'une seule partie de la nation, l'armée, ou encore d'un groupe que l'on appelle le complexe militaro-industriel. Ce n'est pas uniquement de cela dont il a été question ici, mais, au contraire ces préoccupations sont celles de toute une nation qui a quelque chose à défendre, c'est-à-dire un territoire, mais pas un territoire seulement, un territoire où vivent des hommes et des femmes selon des valeurs et c'est bien pour cela qu'il y a une défense. Nous sommes donc en plein dans la réalisation de ce protocole Education nationale-Défense, Recherche-Histoire industrielle.

Je dois donc dire merci aux organisateurs auxquels les difficultés n'ont pas manqué, aux intervenants et aux participants, d'avoir suscité et mené à bien la synergie de tant de compétences qui se sont exprimées ici pour le service de tous. Mon Général, nous vous écoutons.

 

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