LES VECTEURS ET L 'ESPACE FACE AU XXIème SIECLE

Jean Charles POGGI 1

La place qui sera donnée, dans la défense nationale des prochaines décennies, aux différents vecteurs de l'arme nucléaire, comme le rôle que sera appelé à y jouer l'espace, sont essentiellement liés à l'évolution de la menace.

Cette évolution dépend elle-même :

- des changements qui marqueront le contexte géopolitique international,

- de la politique de la France dans ce contexte,

- des progrès technologiques qui pourront affecter l'efficacité, voire la nature des armements.

L'EVOLUTION DE LA MENACE

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la situation internationale est caractérisée par l'antagonisme de deux grandes puissances, les Etats-Unis d'Amérique et l'Union Soviétique, qui entendent marquer de leur influence la plupart des affaires du monde.

La dissuasion nucléaire interdit l'affrontement militaire direct entre ces deux puissances.

Chacune d'elles dispose, en effet - en plus d'un armement conventionnel considérable - d'un arsenal nucléaire capable d'anéantir plusieurs fois l'autre. Les deux arsenaux se sont accrus au cours du temps, de manière quasi-équilibrée, avec la même diversité de vecteurs : avions, bombardiers, missiles balistiques terrestres et sous-marins, missiles de croisière,...

Les pays d'Europe Occidentale sont liés au camp américain, à travers l'Alliance Atlantique. Dans le cadre de cette alliance, ils sont protégés par le parapluie atomique des Etats-Unis, dont l'engagement, en cas de conflit, est garanti à la fois par le Traité et par la présence de 340 000 GI sur le sol européen.

Les pays de l'Europe de l'Est sont, de leur côté, associés à l'Union Soviétique au sein du Pacte de Varsovie.

Dans ce contexte, la seule menace qui puisse peser sur le territoire français est celle d'une attaque, conventionnelle ou nucléaire, déclenchée par l'Union Soviétique en Europe.

Face à cette menace, la France a décidé de ne pas s'en remettre à la seule protection américaine. C'est pourquoi elle s'est dotée de sa propre force de dissuasion nucléaire, une dissuasion dite du faible au fort - dont la décision éventuelle d'emploi lui appartient en toute indépendance.

Aujourd'hui, cette force de dissuasion comporte essentiellement deux volets :

- un volet préstratégique (ASMP et HADES), capable de frapper en arrière du front pour donner un ultime avertissement,

- un volet stratégique (missiles M-4 de la force océanique et missiles S-3 du plateau d'Albion), capable d'infliger, au coeur même de l'Union Soviétique, des dégâts inacceptables.

La situation ainsi décrite - qui a permis aux deux camps de cohabiter depuis près de 45 ans en état de non-guerre - montre aujourd'hui des signes d'évolution.

a) Les accords Reagan/ Gorbatchev

Les accords signés récemment sur les missiles à portée intermédiaire déployés en Europe et l'engagement de poursuivre des négociations sur des étapes ultérieures de désarmement, paraissent montrer la volonté de réduire, de part et d'autre, les arsenaux de la dissuasion nucléaire.

Cette politique permet d'alléger le coût d'entretien et le renouvellement de ces forces - aujourd'hui surabondantes aux Etats-Unis et en URSS - ce qui est certainement l'un des objectifs visés par Mikhaïl Gorbatchev.

Elle a conduit jusqu'ici au retrait des missiles américains Pershing 2 qui menaçaient depuis l'Europe une grande partie du territoire occidental de l'URSS. Il faut noter que le retrait réciproque des SS-20 soviétiques ne diminue pas de façon sensible la menace sur l'Europe.

La poursuite des actions de désarmement envisagées (option triple zéro, START,...) peut avoir des conséquences importantes pour la France et l'Europe, telles que :

- un relèvement du seuil d'engagement de l'arme nucléaire qui laisserait un champ plus grand à l'utilisation des armes conventionnelles (dans le domaine conventionnel, les forces du Pacte de Varsovie sont largement plus nombreuses et plus puissantes que celles de l'OTAN en Europe) ;

- un désengagement progressif des Américains en Europe (retrait d'armements et retrait de troupes) qui pourrait rendre moins crédible la couverture du parapluie atomique américain ;

- Une pression politique forte exercée sur la France pour qu'elle réduise son propre arsenal nucléaire en-deçà du seuil de suffisance auquel elle se tient aujourd'hui.

Ainsi, de façon paradoxale, les perspectives de désarmement mondial risquent d'accroître la vulnérabilité de l'ensemble européen au moment même où l'Europe commence à s'affirmer comme une entité économique et politique de la taille des deux Grands.

Il appartiendra donc à l'Europe de prendre en mains sa propre défense, face à la menace, toujours présente, de l'Union Soviétique. Compte tenu du déséquilibre patent des forces conventionnelles sur le théâtre européen, cette défense devrait être bâtie sur une stratégie de dissuasion nucléaire qui ne peut échapper à reposer, pour l'essentiel, sur la FNS française.

b) L'initiative de Défense Stratégique (IDS) américaine

L'idée proposée par R. Reagan de mettre en place un bouclier étanche, protégeant physiquement le territoire des Etats-Unis (et celui de ses alliés ?) contre toute attaque nucléaire soviétique a bousculé la notion établie de la dissuasion.

La réalisation du bouclier IDS - constitué essentiellement d'un grand nombre de satellites (satellites de détection, satellites de communications, satellites armés de missiles ou de dispositifs à énergie dirigée, ...) mis en oeuvre dans le cadre d'un système complexe de conduite de la bataille - est un projet très ambitieux. Ce projet demande en effet, dans une première phase, l'acquisition et la maîtrise d'une grande quantité de technologies nouvelles, puis pour sa construction, la mobilisation d'importantes ressources industrielles et financières.

Les Soviétiques ne pourraient pas accepter sans réagir la matérialisation du concept IDS, qui assurerait l'impunité à une attaque américaine. Ils seraient donc conduits soit à réaliser un système équivalent - au prix d'un effort technologique, industriel et économique dont ils n'ont sans doute pas les moyens - soit à s'opposer par la force à la mise en place, nécessairement progressive, des premiers éléments du bouclier américain (ils disposent déjà des moyens de détruire des satellites sur orbite).

L'idée IDS apparaît ainsi comme un élément de déstabilisation de l'équilibre entre l'Est et l'Ouest, dont on perçoit mal l'intérêt que, à terme, les parties en présence pourraient y trouver.

C'est pourquoi, bien que la première phase de l'IDS - grâce à l'attrait de son contenu technologique et au volume des budgets associés - ait rencontré un succès certain aux Etats-Unis et auprès de quelques-uns de leurs alliés, la poursuite du projet paraît douteuse.

Il est probable que le nouveau Président américain, George Bush, sera amené à sacrifier le concept IDS sur l'autel soit de la rigueur budgétaire, soit de l'amélioration négociée des relations américano-soviétiques.

Il faut noter que les travaux IDS entrepris jusqu'ici auront permis aux Américains d'une part, d'aborder en position de force les négociations avec les Soviétiques, d'autre part, de faire progresser leur savoir-faire technologique au profit des nouvelles générations de systèmes d'armes, conventionnels et nucléaires. Il est possible, en particulier, que soit créée une défense anti-balistique terminale, défense à laquelle les Etats-Unis, contrairement à l'Union Soviétique, avaient jusqu'ici renoncé.

Moyennant quelques aménagements spécifiques, le bouclier IDS pouvait étendre sa protection au territoire de l'Europe Occidentale.

Quelques pays européens en avaient accepté le principe. La France, pour sa part, s'est refusée à y adhérer.

c) L'émergence de nouveaux dangers

Au cours des années à venir, la France et l'Europe pourraient avoir à faire face à un nouveau type de menace, non liée à la confrontation Est-Ouest.

Les pays du Tiers Monde, en état d'explosion démographique, voient leur niveau de ressources s'écarter de plus en plus de celui des pays industrialisés. Une telle situation peut être génératrice de conflit, comme l'histoire en donne de nombreux exemples.

Si les conditions d'un conflit ne paraissent pas aujourd'hui réunies, on peut imaginer que certains pays ou groupes de pays - mobilisés par une idéologie ou un intégrisme religieux, équipés d'armements modernes facilement accessibles sur le marché (y compris des missiles balistiques munis de charges chimiques, bactériologiques ou nucléaires) - fassent peser une menace sur les pays industrialisés, dont l'Europe.

Une doctrine de défense devra, en son temps, être établie, n'excluant pas l'usage de l'arme nucléaire.

LES VECTEURS DE L'AVENIR

Dans le contexte qui vient d'être décrit - en s'en tenant à la menace essentielle, celle qui vient de l'Est - la stratégie de la France, fondée sur la dissuasion nucléaire, reste adaptée à la situation. Elle le serait encore davantage si les Américains se désengageaient peu à peu de l'Europe, que la France conserve l'objectif de défendre son seul territoire ou qu'elle soit appelée - sous réserve que cette solution soit politiquement acceptable en Europe - à élargir son rôle à la défense du territoire européen.

Les systèmes d'armes stratégiques

Ils sont la base de la dissuasion nucléaire.

Pour constituer une force crédible, ces systèmes doivent répondre à cinq critères :

- Performances

Capacité d'emporter des charges nucléaires de puissance suffisante au coeur du pays ennemi, avec la précision d'impact adaptée aux objectifs visés.

- Survie

Capacité de survivre, en nombre suffisant, à une première attaque (commandos, armes conventionnelles ou armes nucléaires).

- Pénétration

Capacité de traverser, en nombre suffisant, les défenses adverses.

- Rapidité de réaction

Capacité d'être mis en oeuvre simplement, avec un court préavis.

- Coût d'entretien

Capacité d'être maintenus en condition opérationnelle de façon permanente, à un coût raisonnable.

Les différents types de vecteurs qui peuvent être envisagés répondent de façon inégale à ces critères.

L'analyse permet de dégager les grandes lignes suivantes.

Le MSBS est actuellement le vecteur le mieux adapté aux conditions de la mission stratégique.

Malgré les contraintes de masse et de volume imposées par le sous-marin, il est capable d'emporter plusieurs charges à plusieurs milliers de kilomètres à partir de zones de patrouille éloignées.

La précision de son tir, liée à l'utilisation d'une centrale inertielle pendant la phase propulsée - avec l'assistance éventuelle d'un recalage astronomique - est adaptée au rayon d'action des charges et à la dimension des objectifs.

Sa survie est assurée par la discrétion du sous-marin, qui n'est pas aujourd'hui susceptible d'être localisé avec précision.

Les ogives emportant les charges, après une trajectoire balistique à haute altitude, pénétrent dans l'atmosphère à des vitesses comprises entre Mach 15 et Mach 20. Elles parviennent sur l'objectif avec une vitesse largement supersonique qui rend difficile leur interception. Leur détection en phase balistique peut être rendue incertaine par la furtivité et par l'emploi de leurres. D'autres types de leurres peuvent les accompagner pendant la rentrée dans l'atmosphère de façon à obliger la défense à traiter de multiples objets simultanés. Les missiles, dans les sous-marins, sont en alerte permanente. Ils peuvent être tirés dès l'ordre reçu.

Le coût de réalisation des sous-marins, comme celui de leurs patrouilles permanentes, est par contre assez élevé : mais le principe de la dissuasion du faible au fort autorise l'emploi d'un nombre limité de sous-marins.

Le système d'armes MSBS restera sans doute encore longtemps l'élément de base de la FNS à condition :

- d'adapter constamment la définition de ses missiles (et en particulier leur capacité de pénétration) à l'évolution des dépenses ;

- de faire en sorte que les sous-marins continuent d'échapper à la détection.

C'est pour remplir ces conditions que des adaptations sont apportées aux missiles M-4 actuellement en service et qu'une nouvelle génération de sous-marins a été développée, beaucoup plus furtive que la génération précédente.

En considérant l'avenir, il ne faut pas écarter l'idée que des progrès technologiques - de forts budgets sont consacrés de part et d'autre à ces progrès - permettent un jour la localisation précise des sous-marins. Ce jour-là, le pouvoir de dissuasion de la force océanique s'effondrerait brutalement par le fait que les sous-marins pourraient devenir alors soit les cibles vulnérables d'une première frappe, soit même l'objet d'attaques anonymes en temps de paix qui les feraient disparaître comme à la suite d'accidents.

C'est pourquoi la France doit rester équipée d'une seconde composante de sa force de dissuasion.

Cette seconde composante est actuellement le système d'armes SSBS déployé dans les silos du plateau d'Albion.

Engins balistiques dont la portée se chiffre en plusieurs milliers de kilomètres, les missiles SSBS répondent bien, eux aussi, aux critères énumérés plus haut.

Leurs performances, leur capacité de pénétration, leur rapidité de mise en oeuvre sont les mêmes que celles des MSBS.

La précision de leur tir peut être meilleure, leur trajectoire reliant deux points dont les coordonnées géographiques sont parfaitement connues. Les progrès du guidage inertiel permettent même d'imaginer l'utilisation du SSBS pour des frappes chirurgicales sur les objectifs délimités, dans le cadre d'une mission préstratégique ayant valeur d'ultime avertissement.

Le coût d'entretien de leurs installations, sur un site unique et fixe, est largement inférieur à celui des sous-marins.

La survie du SSBS est liée au durcissement du site (silos et postes de tir) vis-à-vis d'une première attaque (conventionnelle ou nucléaire). Ce durcissement n'est pas absolu : il est défini de façon à ce que la destruction totale du site demande à l'attaquant d'y consacrer une part significative de ses forces disponibles.

Une attaque massive concentrée sur le plateau d'Albion serait un acte de guerre signé, portant atteinte au sanctuaire national, qui justifierait immédiatement la mise en oeuvre des missiles de la force océanique.

Le système SSBS doit rester une composante majeure de la FNS.

Sa capacité de pénétration, comme celle des MSBS, doit être adaptée à l'évolution des défenses grâce à l'emploi d'ogives suffisamment furtives et de leurres pertinents.

Sa survie contre des missiles attaquants - que les progrès technologiques rendent peu à peu plus performants et plus précis - peut être assurée :

- soit en accroissant le niveau de durcissement du site d'Albion,

- soit, lorsque le durcissement d'Albion aura atteint ses limites, en dispersant les SSBS sur des bases militaires réparties sur le territoire national et en donnant à chaque missile, disposé sur une plate-forme mobile, une capacité de desserrement de quelques kilomètres, suffisante pour rendre incertaine sa localisation précise.

Ce dernier mode de déploiement - que le Président de la République a déclaré ne pas retenir pour la prochaine génération de SSBS destinés à remplacer les missiles S-3 en service - est couramment utilisé en Union Soviétique. Il a été adopté par les Américains pour leurs nouveaux missiles (MX et Small ICBM).

Au-delà des systèmes MSBS et SSBS, d'autres types de systèmes d'armes stratégiques ont fait l'objet de considérations pour l'avenir.

Les missiles de croisière subsoniques, capables de voler à très basse altitude sur plusieurs milliers de kilomètres, font aujourd'hui partie de la panoplie américaine et soviétique. Leur signature radar et infrarouge - bien supérieure à celle d'une ogive balistique quels que soient les progrès qui pourront être faits pour les réduire - les rend vulnérables à la détection par le haut (avions ou satellites). Par ailleurs, leur faible vitesse et, corrélativement, la longue durée de leur vol au-dessus de territoires hostiles, permet de les traiter par les moyens de défense aérienne classiques. Le succès de leur mission n'est assuré que s'ils sont lancés en très grand nombre de façon à saturer les systèmes de défense. Cette solution paraît trop coûteuse pour être retenue en France.

Le missile ASLP - version à longue portée du missile préstratégique ASMP actuellement en service - lancé d'avion, pourrait constituer un vecteur stratégique dès lors que la portée globale du système (avion + missile) permettrait d'atteindre des objectifs au coeur de l'Union Soviétique. L'évolution de la technique des statoréacteurs - maîtrisée en France mieux qu'ailleurs - permet d'envisager cette possibilité à terme, à condition que le missile - dont la vitesse est supersonique - parcoure l'essentiel de sa trajectoire à haute altitude avant de terminer sa mission à très basse altitude à proximité de l'objectif.

Un tel système, cependant, passé au crible des critères énoncés plus haut, montre des faiblesses.

En effet, les pistes d'envol des avions sont vulnérables à une première attaque, même conventionnelle ; la durée d'une éventuelle tenue d'alerte en vol est limitée, même si - au prix de la mise en oeuvre d'une logistique complexe - des avions ravitailleurs peuvent l'accroître ; les missiles, propulsés pendant tout leur vol, présentent une signature radar et infrarouge qui facilite leur détection ; leur vitesse, qui reste très inférieure à celle d'une ogive balistique, les rend vulnérables à l'interception au voisinage d'objectifs fortement défendus. Enfin, le coût d'acquisition des avions porteurs, de leur entretien, de leurs missions d'entraînement, ... ajouté au coût des missiles, conduit à des dépenses bien supérieures à celles d'un système balistique d'efficacité équivalente.

Les systèmes préstratégiques

Les systèmes d'armes préstratégiques ont pour mission de frapper des objectifs militaires précis et de montrer, par là, la détermination politique d'utiliser l'arme nucléaire : leur emploi aurait alors valeur d'ultime avertissement.

La France s'équipe aujourd'hui de deux systèmes :

- le système ASMP, missile air-sol à statoréacteur monté sur Mirage IV, Mirage 2 000 et Super Etendard (l'ASMP est actuellement en service) ;

- le système Hadès, successeur éloigné de Pluton, engin semi-balistique de moins de 500 km de portée, capable de manoeuvres terminales et tiré depuis des plates-formes mobiles (camions). Hadès sera en service à partir de 1992.

Les caractéristiques techniques et la doctrine d'emploi de ces systèmes sont adaptées aux menaces venant de l'Est dans le contexte politique actuel.

Au cas où ce contexte viendrait à changer, à moyen terme, les systèmes préstratégiques français ont la capacité d'évoluer pour rester adaptés à une éventuelle nouvelle donnée du théâtre européen.

Parmi les évolutions possibles, on peut citer :

- l'emport de charges à rayonnement renforcé,

- le déploiement - sous réserve de l'accord de nos partenaires européens - hors du territoire national.

Si le besoin apparaissait de faire peser la menace d'une frappe préstratégique sur des objectifs à plus grande distance, on peut imaginer en outre :

- soit de transformer certains ASMP en ASLP (l'ASLP, mal adapté à la mission stratégique, peut être très efficace dans des missions préstratégiques) ;

- soit de consacrer certains des SSBS, équipés alors de guidage de haute précision, à ce type de mission.

Ces deux types d'armement sont sans doute ceux auxquels il faudrait songer au cas où la défense de la France devrait prendre en compte de nouvelles menaces en provenance de certaines zones du Tiers Monde.

L'espace

En vertu du traité de 1967 sur l'utilisation pacifique de l'espace, les satellites et stations orbitales ne peuvent pas être équipés d'armes nucléaires. On se souvient que les Soviétiques, qui avaient imaginé un système de bombardement - baptisé à l'époque arme absolue - à base d'ogives nucléaires satellisées sur une fraction d'orbite (Fractional Orbit Bombing System) ont été amenés à y renoncer.

L'espace est cependant appelé à jouer un rôle dans les systèmes d'armes nucléaires par la capacité qu'il offre, en particulier, de :

- observer en permanence la situation des forces. Placés sur des satellites, des moyens optiques (du type Hélios, par exemple) combinés avec des moyens radar, permettent de localiser les éventuelles concentrations militaires, les emplacements de missiles d'attaque ou de défense, les grands radars, ... et d'en apprécier les évolutions ;

- établir la cartographie précise des terrains, permettant - outre la définition des coordonnées géographiques des objectifs - l'élaboration des données pour la navigation des missiles à basse altitude ;

- détecter les attaques, dès le départ du coup, pour mettre en oeuvre la riposte avant même que l'attaque n'ait provoqué ses dégâts ;

- aider à la discrimination des leurres qui accompagnent les ogives balistiques pour accroître l'efficacité de la défense terminale ;

- écouter et caractériser les émissions de la défense adverse (échanges d'informations, systèmes de conduite de la bataille, systèmes de détection radar, ...).

L'ensemble de ces possibilités, auxquelles il conviendra sans doute d'ajouter un jour l'aptitude à aider à détecter la position des sous-marins nucléaires en plongée, montre que l'espace - même si on exclut son utilisation active telle que proposée par l'IDS - apporte une dimension nouvelle à la dissuasion nucléaire. La France se devait de ne pas la négliger : c'est pourquoi elle s'est engagée progressivement dans le développement de programmes militaires spatiaux (Syracuse, Hélios, ...), dans le cadre d'une stratégie VEC (Voir, Ecouter, Communiquer). Ce nouveau champ d'activités est celui qui connaîtra certainement l'expansion la plus grande au cours des prochaines décennies.

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Notes:

1 . Directeur de la Division systèmes stratégiques et spatiaux de l'Aerospatiale.

 

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