LES PROGRAMMES DE MISSILES NUCLEAIRES PRESTRATEGIQUES

Yves de ROUGEMONT 1

1. Introduction

Avant de vous parler des programmes de missiles nucléaires préstratégiques, je vous propose, grâce à un film de quelques minutes, de vous rappeler ce que sont les deux systèmes actuellement en service, le Pluton dans l'armée de Terre, l'ASMP dans l'armée de l'Air.

J'essaierai ensuite, après ces images, qui illustrent bien les particularités des armes préstratégiques, de vous brosser un historique de ces systèmes. Je m'efforcerai de faire ressortir ce qu'ils nous ont apporté, non seulement comme éléments de notre force de dissuasion, mais dans leurs retombées sur nos autres programmes.

Je terminerai en vous donnant un aperçu sur les systèmes nucléaires préstratégiques de l'avenir.

2. Film

3. Les particularités des missiles préstratégiques

Comme ce film vous l'a montré, ce qui fait la différence entre ces missiles préstratégiques et les stratégiques qui vous ont été présentés jusqu'ici, c'est bien sûr leur taille et leur portée beaucoup plus modestes, mais c'est aussi leurs conditions d'emploi dans des environnements plus sévères. D'ailleurs, leur ancienne appellation de missiles nucléaires tactiques, que l'on a rejetée parce qu'elle ne correspond pas à la politique d'emploi de ces armes, rendait en revanche un peu mieux compte de leurs conditions matérielles d'utilisation.

Le Pluton est porté par un char, en tous terrains, à travers bois, par tous les temps. L'ASMP est monté sous avion.

Ce ne sont plus des missiles que l'on peut conserver jusqu'à leur tir dans des enceintes protégées et climatisées.

En cela, ils s'apparentent directement à nos missiles tactiques à charge classique, et certaines des techniques utilisées sont voisines.

4. Le Pluton

4.1. Historique

Mais revenons à l'Histoire et aux premiers pas de la France dans le domaine des missiles nucléaires préstratégiques.

Les premières études de missiles sol-sol préstratégiques datent du début des années 60. Les portées envisagées étaient alors modestement de 30, puis de 40 km.

Nord-Aviation et Sud-Aviation présentaient des projets concurrents.

Le Vlan présenté par Sud-Aviation était caractérisé par une rampe qui était initialement orientée en fonction de corrections de tir analogues à celles d'un canon, notamment pour diminuer l'effet des erreurs accumulées en phase d'accélération. La traînée était ensuite asservie pour réduire les erreurs en croisière.

Nord-Aviation présentait le SS-40, avec un système de guidage à inertie simplifié qui dérivait des travaux et expérimentations effectués entre la fin des années 50 et le début des années 60 pour le programme AS-33. Je vous rappelle que le missile AS-33 était un Air-Sol de diamètre 350 mm à guidage inertiel dont des prototypes ont été expérimentés avec succès. Le guidage à inertie, à cause des faibles dimensions du missile, était réalisé au moyen d'un gyroscope de verticale portant directement trois accéléromètres sur son cadre extérieur, un gyroscope axial, et un

calculateur effectuant le calcul du point, le guidage et le pilotage du missile. L'ensemble, de performances moindres que celles d'une centrale à inertie complète et son calculateur associé, était suffisant mais surtout beaucoup moins volumineux à l'époque et moins cher.

La DMA (devenue la DGA) dont le département engins préfigurait la future Direction des engins demandait alors, à la fin de 1964, aux deux sociétés de proposer un projet commun.

Nord et Sud-Aviation proposaient le projet NS-10 en février 1965. La portée demandée passait à 60 km, ce qui orientait définitivement la solution vers un système à guidage inertiel, l'autre version ne permettant plus les précisions exigées.

Ce n'est qu'en 1967 que la spécification militaire se stabilisait sur une portée dépassant les 100 km.

Le projet NS-20 était retenu et le développement lancé.

C'est alors que le programme prenait son nom. Le Pluton était né.

Dans le cadre des réorganisations en cours de l'industrie aérospatiale de l'époque, Nord-Aviation se voyait confier la maîtrise d'oeuvre du missile, Sud-Aviation gardant une part importante du développement (pointe avant et télémesures - virole arrière avec les gouvernes).

En 1970, lors de la fusion des deux sociétés dans l'Aerospatiale, c'est la Division des engins tactiques de la nouvelle société, héritière de Nord-Aviation, qui reprenait cette responsabilité. C'est pendant cette même année qu'avait lieu le premier tir guidé.

Progressivement, elle se voyait confier également, les équipements du véhicule de tir, puis la maîtrise d'oeuvre d'ensemble du missile et du véhicule de tir, le CEA gardant bien entendu la maîtrise d'oeuvre de la charge, la SEFT celle du véhicule calculateur associé.

En mai 1974, était constituée la première unité opérationnelle, le 3e RA de Mailly. Depuis, cinq régiments sont opérationnels dans des garnisons de l'Est de la France et de Champagne, le dernier depuis mai 1978.

4.2. Description sommaire

Le système se présente comme vous l'avez vu sur le film. On peut cependant apporter quelques compléments sur le déroulement du tir.

Les équipements du véhicule de tir assurent les fonctions suivantes :

- asservissement du support à l'angle de site prévu,

- érection des gyroscopes de la centrale de navigation,

- affichages des coordonnées de l'objectif et de l'altitude d'explosion de la charge,

- asservissement du support à l'angle de site prévu,

- mise à feu du propulseur.

La vue suivante représente une des trajectoires types suivie par le missile, tout au long de laquelle il est piloté et guidé vers son objectif par des gouvernes aérodynamiques. Un détecteur de hauteur assure le déclenchement de l'explosion à l'altitude prévue.

4.3. Les apports techniques et technologiques

Le programme Pluton, en raison des priorités que lui attribuait le gouvernement, a privilégié le développement des technologies nécessaires.

Pour la première fois a été développé en France un propulseur dit moulé-collé destiné à un missile utilisé en ambiance tactique. Cette technique, déjà expérimentée pour les propulseurs des premiers missiles stratégiques, a dû être adaptée pour résister à des ambiances climatiques et mécaniques beaucoup plus sévères.

Pour la première fois aussi ont été réalisées des structures de propulseur en maraging 180 hba roulées-soudées.

Le propulseur a été mis au point par l'Aerospatiale avec le soutien de la SNPE et de la SEP.

Mais c'est dans le domaine du guidage qu'une impulsion déterminante a été donnée.

Pour la première fois a été utilisée pour un programme opérationnel une centrale à inertie simplifiée dite à éléments liés. Il fallait éviter la centrale stabilisée 3 axes classique, jugée trop chère pour le résultat requis.

C'est la SFENA qui a mis au point les gyroscopes et accéléromètres nécessaires.

Le calculateur associé, de son côté, a donné lieu à de longues controverses quant aux choix de principe.

Calculateur analogique ou digital ? La technologie des calculateurs numériques de l'époque ne permettait pas de tenir les conditions d'environnement et d'emploi tactique (par exemple : les mémoires).

C'est l'Aerospatiale qui a mis au point et réalisé le calculateur analogique à hautes performances nécessaire (précision du millième). Après bientôt quinze ans de vie, on tire toujours des Pluton avec ces calculateurs, qui ont en outre fort bien vieilli.

Le premier bénéficiaire, après le Pluton, de ces développements a été l'Exocet. Inutile de vous rappeler l'efficacité de ce missile connu dans le monde entier.

L'Exocet, donc, a bénéficié dans ses premières versions, le MM-38 et l'AM-39 des mêmes composants inertiels et des mêmes techniques de calcul. 

Il est bon de noter, comme pour le calculateur, que l'ensemble du missile a tenu très largement ses objectifs de fiabilité en stockage.

Après 10 millions d'heures de vie et plus de 4 000 contrôles, il a atteint un MTBF (temps moyen entre pannes) qui est plusieurs fois plus élevé que la valeur spécifiée.

4.4. Les apports méthodologiques

Le Pluton a été aussi l'occasion pour notre Division non seulement d'affronter des problèmes techniques difficiles, mais aussi de rendre plus rigoureuses nos méthodes de travail :

- clauses techniques détaillées servant aussi d'outils de management,

- plans de qualification au sol et en vol,

- plan qualité,

- plan de développement, etc.

Ces outils méthodologiques ont été forgés avec le soutien actif de la Direction des engins de la DGA.

Ils ont eu aussi des retombées heureuses sur les programmes de missiles tactiques conventionnels, en rationalisant la conduite de nos programmes.

Mais on peut aussi mettre à l'actif du Pluton la généralisation des simulations hybrides. Ces méthodes permettent de représenter dans le détail le fonctionnement de toute une chaîne complexe de guidage-pilotage en y incluant les éléments réels d'un système. Elles garantissent avant les tirs que les matériels remplissent correctement leur office, et permettent d'atteindre un même résultat à beaucoup moindre prix.

L'ASMP, dont je vais maintenant vous parler, a exploité à fond cette méthodologie inaugurée avec le Pluton.

5. L'ASMP

5.1. Historique

Je vais vous parler maintenant du système d'armes ASMP dont la livraison à l'armée de l'Air, commencée à la fin de 1985, se poursuit activement.

Dès le début des années 70, les réflexions sur les composantes aéroportées stratégique (Mirage IV équipé de la bombe AN 22) et préstratégique (Mirage III E puis Jaguar et Super-Etendard équipés de la bombe AN 52) faisaient apparaître la nécessité de moderniser cet armement compte tenu du progrès des systèmes de défense Sol-Air adverses.

C'est ainsi que l'idée de remplacer les bombes par un missile capable de pénétrer les défenses et de permettre à l'avion de rester à distance de sécurité s'est rapidement imposée.

Les premières études d'un tel missile datent de 1974 mais elles furent mises en veilleuse avec l'abandon du programme de l'avion de combat futur ACF.

En 1977, à la suite d'un appel d'offre lancé par la Direction technique des engins (DTEn) pour le développement d'un missile de moyenne portée destiné à équiper le Mirage 2000, l'Aerospatiale propose un mode de propulsion nouveau : le statoréacteur à accélérateur intégré dont le principe vous a été présenté dans le film. Cette proposition était l'aboutissement des travaux de recherches fondamentales menées par l'ONERA et l'Aerospatiale depuis plusieurs années.

En 1978, le DEN choisissait l'Aerospatiale comme maître d'oeuvre du système d'armes Air-Sol Moyenne Portée (ASMP) et lui en notifiait le développement. Il s'agissait alors d'équiper le Mirage 2000 dans le cadre d'un emploi préstratégique. Bien entendu le CEA était maître d'oeuvre de la charge nucléaire et AMD-BA de l'adaptation de l'avion.

En 1979 la décision était prise d'adapter l'ASMP au Mirage IV pour des missions stratégiques et cette utilisation devenait prioritaire. Parallèlement l'avion était modernisé pour répondre aux besoins de la mission, c'est le Mirage IV P.

En 1980 enfin était décidée l'adaptation de l'ASMP au Super-Etendard pour les besoins de la Marine nationale afin d'équiper le porte-avions Foch.

Malgré les difficultés techniques inhérentes aux nouvelles technologies employées, la production de série du missile était lancée à la fin de 1983 et les délais de livraison fixés en 1978, 1979 et 1980 ont été ou seront respectés, permettant ainsi les étapes opérationnelles suivantes :

- mise en service du 1er escadron Mirage IV-ASMP au 1er mai 1986 au bénéfice des Forces aériennes stratégiques (FAS),

- mise en service du 1er escadron M 2000 N - ASMP au 1er juillet 1988 au bénéfice des Forces aériennes tactiques (FATAC),

- mise en service du couple Super-Etendard-ASMP sur le porte-avions Foch attendu le 1er juin 1989.

5.2. Description sommaire du système

Il se présente comme vous l'avez vu dans le film. Vous pouvez voir de l'avant à l'arrière :

- la tête nucléaire (par rapport au Pluton : puissance 15 fois plus grande pour une masse 2 fois moindre),

- le bloc de guidage (par rapport au Pluton : environ 4 fois plus léger),

- le réservoir de carburant,

- le moteur avec ses entrées d'air et sa chambre de combustion servant d'accélérateur au début du vol.

La tête nucléaire est assemblée au vecteur en atelier spécialisé sur base aérienne ou porte-avions et le missile complet est alors acheminé et accroché sous avion soit dans la hangarette avion dans le cas de l'armée de l'Air, soit sur le pont d'envol dans le cas de la Marine. L'accrochage se fait sous le fuselage pour le Mirage IV et le Mirage 2000, sous la voilure pour le Super-Etendard

Après un vol d'emport sous l'avion de durée adaptée à la mission, comprenant éventuellement une phase de pénétration basse altitude en suivi de terrain, le missile est éjecté et se dirige à vitesse supersonique vers le but de façon entièrement autonome, les données de base nécessaires à sa navigation lui ayant été transmises par l'avion pendant l'emport.

La capacité de pénétration élevée du missile résulte de :

- sa vitesse plus que bisonique,

- sa grande manoeuvrabilité,

- sa discrétion vis-à-vis des radars,

- son insensibilité aux effets induits par les explosions nucléaires, appelé durcissement,

- enfin la variété des trajectoires possibles.

Lors de la préparation de la mission, l'utilisateur a en effet le choix entre :

- une trajectoire à basse altitude à Mach 2 en épousant au mieux le relief pour échapper aux radars, dont la portée est plus faible mais qui est très pénétrante,

- une trajectoire avec croisière à haute altitude et très grande vitesse (Mach 3) avec piqué sur l'objectif à forte pente qui permet des portées de quelques centaines de kilomètres,

- enfin une trajectoire très basse altitude adaptée aux objectifs marins avec recalage permanent par le radio-altimètre.

Le déclenchement de la charge à la hauteur prévue est assuré par le radio-altimètre.

Les principaux coopérants d'Aerospatiale pour les équipements ont été :

SAGEM pour la centrale à inertie,

ESD pour le calculateur principal,

AIR EQUIPEMENT pour les vérins de gouverne,

ELECMA pour le radio-altimètre.

5.3. Les apports technologiques

Au moment où il a été lancé le programme était extrêmement ambitieux quant aux performances demandées, compte tenu des connaissances de l'époque. Il a donc fallu développer des technologies nouvelles ou améliorer sensiblement celles connues.

La principale innovation a été la mise au point d'un statoréacteur à carburant liquide (kérosène) avec accélérateur intégré qui a permis une grande compacité du système propulsif. Par rapport à la propulsion classique à poudre, cette formule de moteur permet des performances nettement supérieures. (L'impulsion spécifique qui est de l'ordre de 200 à 250 s pour les propulseurs à poudre atteint 1 300 s pour le stato à kérosène, car le missile n'a pas à emporter avec lui le comburant, qui est l'oxygène de l'air). Les travaux de mise au point ont été menés en collaboration étroite avec l'ONERA pour la partie statoréacteur et avec la SNPE pour l'accélérateur intégré.

Cette mise au point a nécessité des investissements importants, en particulier la construction d'un banc d'essai permettant de faire fonctionner l'accélérateur intégré, puis le statoréacteur après la phase de transition entre les deux régimes. Ce banc comporte donc, associé à un banc d'essai de fusée à poudre, une soufflerie supersonique capable d'alimenter le moteur dans toutes les conditions du vol du missile (pression, vitesse et température à l'entrée du moteur réglées en temps réel et correspondant au profil de vol à étudier).

Ce moyen installé dans notre centre de Bourges-Subdray nous donne de sérieux atouts pour le développement de nouveaux missiles justiciables de cette formule.

Il paraît intéressant de souligner que les performances remarquables de ce type de moteur sont dues à l'association du statoréacteur proprement dit dont les performances étaient déjà connues de longue date (en France, avec les avions Leduc, puis missile CT-41, Véga, SE-422, le Griffon) et du calculateur électronique capable de commander les paramètres de fonctionnement de façon extrêmement rapide et précise.

Etant données les conditions d'environnement très sévères induites par le statoréacteur d'une part (vibrations), le vol supersonique longue durée d'autre part (température de peau élevée) nous avons dû travailler très soigneusement la conception des équipements pour résister à ce nouveau type d'environnement.

Nous avons également dû développer des techniques de pilotage à grande vitesse dans un vaste domaine d'altitude (de 0 à 20 000 mètres).

Ce système nous a enfin permis de mettre au point des techniques de durcissement des équipements et câblages pour résister aux effets induits par les explosions nucléaires.

5.4. Apports méthodologiques

Sous l'impulsion de la Direction des engins (DEN), l'ASMP a été également l'occasion pour notre Division de généraliser et d'approfondir les nouvelles méthodes explorées avec le Pluton

En particulier, les études de sécurité du système en temps de paix liées à la nature de la charge ont été extrêmement poussées et se concrétisent par la rédaction de rapports de sûreté soumis à l'examen approfondi de commissions spécialisées dans ce domaine, comme pratiqué pour la charge nucléaire ou les missiles balistiques (étude systématique des événements redoutés et des mesures à prendre en conséquence pour les éviter : introduction de barrières de sécurité sur les matériels, rédaction de consignes d'emploi ...).

Un gros effort a en outre été réalisé pour maîtriser la qualité des logiciels par la création d'un atelier logiciel travaillant en relation étroite avec celui de la Division des systèmes stratégiques et spatiaux de l'Aerospatiale et d'une méthodologie d'écriture et de validation.

Nous avons également pu mettre au point grâce à la puissance des moyens modernes de calcul dont nous disposons, des modèles mathématiques du missile permettant de prévoir au sol de façon très précise le comportement du missile en vol

Ces méthodes ont permis de limiter le nombre d'essais en vol au strict minimum avec une probabilité de réussite maximale. Elles ont des retombées directes sur les nouveaux programmes.

6. Les systèmes préstratégiques de l'avenir

J'ai tenté de vous décrire les premiers pas de notre industrie dans le domaine des missiles nucléaires préstratégiques, avec le Pluton et l'ASMP.

Il me faut terminer avec un aperçu de l'avenir ; je vous dirai un mot de l'Hadès, pour le proche avenir, ainsi que de la filière aéroportée à statoréacteur, pour le début du prochain millénaire.

6.1. Hadès

Destiné à succéder au Pluton, le système d'armes Hadès a fait l'objet d'une phase d'études préliminaires de 5 ans (1977-1982) avant lancement de son développement, confié aujourd'hui à la Division systèmes stratégiques et spatiaux d'Aerospatiale. Son premier essai en vol a eu lieu en novembre dernier avec un plein succès et sa mise en service devrait débuter à la fin de 1992.

Les améliorations de performances spécifiées par rapport au Pluton concernent :

- la portée, plus que triplée, permettant à la fois de tirer plus loin et de plus loin ; cette dernière caractéristique minimise le besoin en mobilité tous terrains et permet de passer d'un châssis porteur chenillé à un véhicule à roues tous chemins banalisé, dont la mobilité routière est excellente,

- la précision, conservée à portée maximale malgré l'augmentation de portée précitée, et réalisée grâce à une centrale inertielle de classe stratégique,

- la pénétration, grâce à l'obtention d'une meilleure furtivité et d'un meilleur durcissement du vecteur et à une capacité de manoeuvre très importante,

- la mise en oeuvre, nettement simplifiée grâce au concept de coup complet chargé au dépôt sur le véhicule lanceur, ainsi qu'à l'auto-alignement de la centrale inertielle du missile qui élimine le recours au gyro-théodolithe directeur nécessaire au Pluton et, de façon plus générale, à l'intégration de toutes les fonctions nécessaires au tir dans le lanceur, qui élimine le recours à des véhicules complémentaires comme le porte-calculateur ou le porte-émetteur de puissance du Pluton.

6.2. Le futur

L'avance technologique acquise avec l'ASMP permet d'envisager une nouvelle génération de missiles nucléaires aéroportés tirables avec une allonge encore accrue grâce à l'exploitation approfondie des avantages procurés par le mode de propulsion à statoréacteur avec accélérateur intégré.

Ces armes seraient caractérisées par des portées considérablement augmentées, une grande précision, une grande diversité de trajectoires, une très faible signature radar et donc une capacité de pénétration très élevée.

Des études technologiques préliminaires sont en cours à l'Aerospatiale pour démontrer la faisabilité de missiles aéroportés nucléaires supersoniques.

Il s'agit principalement :

- du recalage du système de navigation pendant le vol libre du missile, pour garantir la précision, du fait de l'augmentation du temps de vol qui accompagne l'augmentation de portée ;

- des chambres de combustion de longue durée, avec mise au point de diverses méthodes de tenue en température ;

- de la mise au point de matériaux résistant à l'échauffement cinétique dans des masses et volumes réduits du fait des hautes vitesses et longues durées ;

- du modelage des formes et de l'utilisation de matériaux spéciaux pour abaisser la surface équivalente radar.

Au point où en sont ces études, on peut affirmer aujourd'hui que le concept de tels futurs missiles est validé.

 ANNEXE I

Texte d'accompagnement du film Pluton

Le Système d'armes Pluton, qui équipe aujourd'hui cinq de nos régiments d'Artillerie, constitue l'une des composantes importantes de l'Armement nucléaire préstratégique de la France.

L'utilisation de cette arme revêt un caractère politique. De ce fait, l'emploi du système Pluton ne peut être décidé que par le chef de l'Etat. Seule, la manoeuvre des matériels est organisée et conduite par le commandant du régiment en fonction de directives précises émanant du PC du corps d'armée.

Le Pluton est un missile supersonique à propulsion à poudre. Sa portée peut atteindre 120 km.

La précision au but et la sécurité de fonctionnement demandées sont assurées en vol par un système inertiel embarqué qui lui garantit autonomie et invulnérabilité au brouillage.

Le missile se compose de deux ensembles : la munition et le vecteur.

Livrés séparément en conteneur, ils sont assemblés lors du chargement sur le véhicule de tir.

Le missile a une masse d'environ 2,5 tonnes pour une longueur de 7,63 m et un diamètre de 650 mm.

Le conteneur du vecteur sert de rampe de lancement.

Le vecteur comprend le propulseur et les éléments de pilotage, de guidage et de déclenchement de la charge militaire.

La munition est constituée d'une ogive comprenant la charge nucléaire.

Dès le début de la phase de préengagement, les véhicules composant les batteries rejoignent leur position d'attente.

Le véhicule lanceur est directement dérivé du char AMX-30 qui équipe par ailleurs l'armée de Terre

* *

Un message arrive.

Suivant le contenu du message, les véhicules rejoignent la position qui leur a été désignée.

La section de tir retrouve, au point de rendez-vous fixé, les camions qui ont transporté les fardeaux constituant le missile.

Le conteneur du vecteur est désarrimé du camion débâché. Il est enlevé par la grue, et déposé sur le bâti de site qui lui sert ainsi de support. Il est ensuite bloqué par un système à verrouillage rapide.

Le deuxième fardeau, la munition, est ensuite amené par son véhicule de transport.

A l'aide de la grue du char, la munition est extraite de son conteneur ; elle porte encore ses coquilles de protection. Sa face arrière est présentée de manière à engager les pions de centrage de la munition sur le vecteur.

L'enfichage des connecteurs est automatique, lors de la fixation mécanique de la tête, réalisée par 5 tirants.

Le véhicule chargé peut gagner sa position de tir, ou une autre position d'attente, si le tir n'est pas imminent.

Non lié aux itinéraires routiers, l'adaptation au terrain du matériel régimentaire est suffisante pour se prémunir contre une frappe nucléaire adverse.

Le char est proche de sa position de tir.

La dépose des coquilles de protection de la tête peut se faire sur la position d'attente. L'opération de chargement du coeur nucléaire commence alors. Le coeur est amené dans son conteneur de transport et de protection.

Après extraction, il est introduit dans le puits de chargement.

L'ordre de tir arrive à l'équipe de commandement et de liaison.

Immédiatement pris en compte, il est transmis sous forme de message de tir à la pièce.

Le véhicule de lancement rejoint la position qui lui a été désignée au préalable, pour effectuer le tir à l'heure prévue.

Le chef de pièce tourne la clé de sécurité de mise à feu, ce qui, si l'autorisation gouvernementale est arrivée, enclenche la partie finale de la séquence qui comporte notamment le relevage du bâti de site, l'amorçage des piles, le déblocage du missile sur sa rampe, la levée de sécurité du propulseur, et la mise à feu du missile.

Le véhicule peut quitter immédiatement sa position.

La richesse de son système de communication, sa mobilité et ses performances en portée et précision font du Pluton un armement qui tient une place éminente dans la force de dissuasion de la France.

- - -

ANNEXE II

Texte d'accompagnement du film ASMP

Pour maintenir la crédibilité de notre dissuasion nucléaire, le gouvernement a décidé de développer un missile Air-Sol tiré d'avion à distance de sauvegarde, tous temps, rapide, autonome : c'est l'ASMP réalisé par l'Aerospatiale sous l'égide de la Direction des engins.

Ce missile peut être tiré à partir des avions :

- Mirage IV P,

- Mirage 2 000 N,

- Super-Etendard.

Il mesure 5,40 m, pèse 840 kg et a un calibre de 350 mm.

Il se compose de deux ensembles :

- la tête nucléaire,

- le vecteur,

livrés séparément en conteneur.

Sa propulsion est assurée par un statoréacteur à kérosène comportant dans sa chambre de combustion le bloc de poudre d'accélération. C'est la technique du statoréacteur avec accélérateur intégré dont le fonctionnement comporte les phases suivantes : 

- mise à feu du bloc de poudre ce qui autorise la mise en pression du réservoir de kérosène,

- phase d'accélération d'une durée de 5 s qui amène le missile aux conditions de vol nécessaires à l'allumage du statoréacteur soit environ M-2,

- phase de transition comprenant en 1/10 de s :

. l'éjection de la tuyère d'accélération,

. l'ouverture des entrées d'air,

. l'éjection des obturateurs de la chambre de combustion,

. l'injection de carburant et l'allumage du statoréacteur,

- enfin, phase de croisière avec propulsion statoréacteur.

Les utilisateurs ont le choix entre plusieurs types de trajectoires :

- trajectoire basse altitude, épousant les formes du relief,

- trajectoire haute altitude, autorisant une portée de plusieurs centaines de km,

- trajectoire marine à très basse altitude.

La préparation d'une mission commence par le contrôle électrique du vecteur à l'aide d'un banc de contrôle automatique qui vérifie ses principales fonctions.

La tête nucléaire est alors assemblée au vecteur en conteneur.

Pendant ce temps, le lance-missiles est amené sous l'avion.

Il est hissé au moyen de treuils standard, branché sur les circuits de l'avion et verrouillé.

Le missile complet est ensuite convoyé vers l'avion sur une remorque spécifique conçue pour répondre aux exigences de sécurité lors des roulages et des manutentions.

Il est hissé sous le lance-missiles et verrouillé.

On procède enfin à la mise en place et au branchement du vérin pyrotechnique d'éjection.

Le module d'insertion des paramètres (MIP) permet d'introduire, dans l'installation de tir, le programme de vol du missile.

Le tir est précédé d'une phase de réchauffage des équipements et d'une phase d'alignement de la centrale inertielle.

La séquence de tir s'achève par l'éjection du missile.

Le bloc de poudre d'accélération est mis à feu 1 seconde après, soit environ à 10 m sous l'avion.

L'accélérateur amène le missile à un Mach de l'ordre de 2, nécessaire pour l'allumage du statoréacteur.

Le système de guidage, autonome, contrôle le vol du missile jusqu'au but qui est atteint avec une grande précision.

Avec l'ASMP, les forces aériennes et aéronavales peuvent mener des missions nucléaires pénétrantes avec une allonge accrue sans s'exposer aux défenses anti-aériennes de leurs objectifs.

Ainsi leur valeur dissuasive se trouve notablement améliorée.

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Notes:

1 . Directeur technique de la Division engins tactiques de l'Aerospatiale.

 

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