Conclusion

Vers un nouvel équilibre ? Les espoirs de coopération interbaltique

 

 

Le bouleversement géopolitique que l’on a évoqué dans ces pages laisse un vide autour de la Baltique. C’est le schéma des relations interbaltiques tout entier qui est à concevoir, en modifiant les relations qui existaient déjà, et en en créant de nouvelles. Or pour créer, en relations internationales, on s’inspire le plus souvent du passé, et une image s’impose aux esprits, celle de la Hanse. L’idée d’une coopération interbaltique séduit en effet les esprits et a donné lieu, depuis quelques années, à de nombreux colloques et conférences, suivis de créations d’associations, parmi lesquelles on peut citer "la Nouvelle Hanse" et l’"Ostseeraum" au parfum légèrement impérialiste côté allemand, le "Conseil de la Baltique", idée lancée par le ministre suédois de l’agriculture en 1990 et "mare balticum", projet de zone de libre-échange économique et culturel défendu par une association commerciale finlandaise, l’AVE. Les riverains de la Baltique envisagent la future coopération avec des différences ; pour la Suède, Il s’agira d’une coopération à long terme, devant se faire avec pragmatisme, car l’enthousiasme ne doit pas occulter les disparités énormes existant entre les deux rives de la Baltique. Pour la Finlande, spécialiste du commerce avec l’Est, l’élément économique sera déterminant : il doit s’agir avant tout de compenser la diminution de ses exportations vers l’ex-Union Soviétique. Cependant, la Finlande est prudente, consciente de la difficulté d’une telle entreprise, étant donné la faiblesse des moyens des pays baltes. Le type de coopération qu’elle envisage passe avant tout par le Conseil nordique et la BERD126. Quant à la Pologne, elle envisage la coopération baltique avant tout comme un renforcement de ses liens avec les pays scandinaves, notamment suédois ; elle n’a, cependant, pas manqué de manifester sa solidarité aux pays baltes lorsqu’ils luttaient pour leur indépendance127.

On le voit, la coopération baltique sera soumise aux exigences de la rentabilité économique, et comporte assez peu d’éléments comparables à la générosité qui était de mise dans les années soixante-dix lorsqu’il s’agissait de consacrer 1 % de son PNB à l’aide au tiers-monde, objectif que les scandinaves furent à peu près les seuls au monde (avec les Pays-bas) à atteindre. De plus, elle sera

tributaire des progrès de l’intégration européenne de la Suède et de la Finlande, mais aussi de la Pologne et des pays Baltes. Cependant des réalisations sont déjà en cours. La Suède a organisé une conférence sur l’environnement à Ronneby en septembre 1990 et la Pologne a organisé une conférence sur les transports en été 1991, toutes deux réunissant les riverains de la Baltique128. Des réalisations ont également été faites en matière d’environnement, comme la mise en place d’une surveillance suédo-polonaise de la Vistule et la création d’une "task force" associant les pays riverains plus la Norvège, la Tchécoslovaquie et la CEE. En fait, la coopération baltique démarre lentement et prudemment. Elle fonctionne pour le moment sur des points précis, autour d’initiatives locales concrètes : l’environnement et les communications sont de ce point de vue un excellent domaine d’essai. Mais la coopération politique en est encore à des projets, tels le projet suédois de constituer un Conseil baltique au niveau ministériel, ou la démarche finlandaise et polonaise consistant à multiplier les conférences interparlementaires. En fait, on peut penser que la coopération interbaltique demeurera secondaire tant que les enjeux de la région sont inclus dans des enjeux plus vastes, ceux de la défense de l’ex-empire, ceux de la construction européenne ; de leur avenir dépendra la réussite de la coopération interbaltique, mais on peut douter qu’elle parvienne à s’imposer en tant que telle en dehors de ces enjeux ; on pourrait de ce point de vue faire un parallèle entre la situation de la Baltique et celle de la Méditerranée, d’où n’est jamais non plus émergée une quelconque forme de coopération globale, du fait de la dispersion des acteurs en cause, attirés par d’autres espaces.

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Entité géopolitique totalement remise en cause, la région de la Baltique est sans doute la région qui, de toutes les régions sortant de la zone d’influence de l’ex-empire soviétique, est appelée au plus bel avenir. Si par chance elle continue de bénéficier d’un climat pacifique, si les républiques situées plus au sud n’y importent aucune violence, et si les négociations militaires avec la Russie se font sans mal, l’Europe aura bientôt retrouvé une partie vraiment occidentale d’elle-même, qu’elle avait oubliée.

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Notes:

126 Le Monde diplomatique, septembre 1991.

127 Ibid.

128 On avait invité les régions riveraines et non les Etats, pour permettre aux Baltes et aux représentants de Leningrad (5 millions d’habitants et le plus fort potentiel de recherche et développement de l’URSS) de venir.

 

 

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