LE MARECHAL DE COËTLOGON

Hubert GRANIER

 

 

Les origines de la famille de Coëtlogon

Eudes de Coëtlogon, Seigneur de Coëtlogon et du Gué de l'Isle en Plumieux, épouse en 1180 Agnès de Derval, Dame de la Gaudinaye en Ploërmel ; la maison de Derval est issue en branche collatérale des ducs de Bretagne et celle de Coëtlogon descend également en ramage de la famille de Porhoët (La Trinité Porhoët). Eudes de Coëtlogon fonde un service dans la chapelle de Sainte Marguerite, située dans les bois de Coëtlogon. Son fils Henri de Coëtlogon, chevalier de Coëtlogon et du Gué de l'Isle en Plumieux et de la Gaudinaye, épouse en février 1239 Marguerite d'Espéaux ; il assiste en 1248 au partage de la succession d'Eudon III de Porhoët, qui attribue à Marguerite, veuve d'Eudon, le manoir de la Villegégu en Plumieux et la terre du Plessis. Leur fils aîné Jean de Coëtlogon, chef de la famille donne en viager à son frère puiné Pierre, seigneur de la Gaudinaye depuis 1260 les seigneuries du Grand et du Petit Gué de l'Isle et du Gué au Duc ; celui-ci épouse la même année en 1280 Alix et sera le chef de la branche Coëtlogon cadette. Aliette de Coëtlogon épouse en 1313 Eon de Rohan et lui apporte en dot la seigneurie du Gué de l'Isle, dont elle est l'unique héritière et dont le château s'élève sur la rive gauche du Lié en aval de la Chèze (aujourd'hui en Saint Etienne du Gué de l'Isle). Olivier de Coëtlogon, écuyer du duc François Ier, seigneur du Gué au Duc, épouse en 1442 Jeanne Le Bart, Dame de Méjusseaume (Paroisse du Rheu près de Rennes) et devient ainsi chef de la branche Coëtlogon de Méjusseaume. En 1555 Françoise, la fille de Noël de Coëtlogon, chef de la branche ainée épouse François de Cahideuc, seigneur d'Iffendic. Ils seront les trisaieuls du vice-amiral Emmanuel Charles de Cahideuc Dubois de la Motte (1683-1764).

La branche ainée de la famille de Coëtlogon vit au château de Coëtlogon, dont les seigneurs sont enterrés dans l'église de la Trinité Porhoët (enfeu de la famille). En 1622 la seigneurie de Coëtlogon est érigée en marquisat par Louis XIII au camp devant Royan. La branche cadette de Méjusseaume vit au château du Rheu près de Rennes et dans son hôtel de Rennes.

La famille et la jeunesse d'Alain Emmanuel de CoËtlogon (1646-1670)

Alain Emmanuel de Coëtlogon de Méjusseaume est né à Rennes dans l'hôtel familial de la rue Saint Georges et est baptisé en l'église Saint Germain le 4 décembre 1646, tenu sur les fonds baptismaux par son parrain Alain de Coëtlogon, seigneur de Kerviguen, et sa marraine Emmanuelle de Coëtlogon. Il est le septième fils de Louis de Coëtlogon, vicomte de Méjusseaume, conseiller du Roi au Parlement de Bretagne, et de Louise Le Meneust de Brétigny, mariés à Rennes le 28 novembre 1613, à l'âge de quinze ans environ par Monseigneur Larchiver, évêque de Rennes en l'église de Saint Germain.

Sa mère - Louise Le Meneust est la fille de René de Brétigny, conseiller du Roi et Président à mortier du Parlement de Bretagne, et de Denise Marcel dont l'hôtel se trouve également rue Saint Georges ; sa petite nièce, petite fille de sa soeur Emmanuelle, épousera en 1684 Chateaurenault. Son grand-père maternel Claude Marcel, seigneur de Bougueval, était conseiller d'Etat, intendant et contrôleur des Finances sous Henri III, échevin et prévôt des marchands de Paris ; sa grand-mère maternelle était dame d'honneur de Catherine de Médicis. Son grand-père paternel, François de Coëtlogon, seigneur d'Ancremel et vicomte de Méjusseaume, né à Morlaix, dont son père était gouverneur, était chevalier de l'Ordre du Roi et a épousé en 1595 Marie de la Lande de Kerbrat.

Ses frères - Son frère ainé, René de Coëtlogon-Méjusseaume épouse en 1643 Philippe Hélène1, fille et unique héritière du marquis de Coëtlogon, chef de la branche aînée et devient à la mort de son beau-père deuxième marquis et en 1657 gouverneur de Rennes, Lieutenant du Roi pour la Haute Bretagne avec rang de Lieutenant Général. Son deuxième frère Sébastien de Coëtlogon-Méjusseaume, seigneur de la Saudraye et de Kerface, sera lieutenant du roi au gouvernement de Bretagne et son fils Jacques, capitaine de vaisseau, mourra de ses blessures à la suite du siège de Carthagène en 1697. Son troisième frère François, né en 1631, deviendra évêque de Quimper en 1668 ; son quatrième frère Guy, né à Rennes le 31 janvier 1635, deviendra magistrat, doyen des Conseillers au Parlement de Bretagne et Syndic des Etats ; tout le monde l'appelle Monsieur de Méjusseaume. Son cinquième frère Louis sera vicomte de Loyat et fonde la branche Coëtlogon de Loyat, qui disparaîtra en 1791 ; son sixième frère Jean sera prêtre, vicaire à Quimper et recteur de Crozon.

Ses soeurs - Alain Emmanuel a en outre deux soeurs : Marie, religieuse à la visitation de Saint Mélaine à Rennes, et Louise, née en 1625, qui mourra en 1713, doyenne du même couvent.

Jeunesse : Alain Emmanuel, membre d'une illustre famille, qui détient dans la cathédrale de Rennes une chapelle fondée en 1414 par Bertrand de Coëtlogon - Méjusseaume, archidiacre, reçoit à Rennes une excellente éducation ; il perd son père en 1657 à l'âge de onze ans ; son frère René devient Gouverneur de Rennes. Il est incorporé dans une Académie militaire, dont il sort en 1668 avec le grade d'enseigne, l'année où son frère François est nommé évêque de Quimper, après en avoir été pendant deux ans coadjuteur. A 22 ans il sert deux années dans le Régiment Dauphin d'Infanterie et entre en 1670 dans la Marine.

Premières armes dans la Marine contre les Hollandais (1672-1673)

La plus grande partie de la carrière maritime d'Alain Emmanuel de Coëtlogon va se dérouler sous les ordres de Tourville, son ainé de quatre ans. Enseigne de vaisseau le 4 août 1670, il embarque en 1671 sur l'Excellent commandé par Tourville, en armement à Rochefort et qui s'échoue en gagnant la haute mer ; le renflouement sera long et difficile. Il combat à Solebay en juin 1672 sur le Sage commandé par Tourville dans l'escadre du vice-amiral Jean d'Estrées ; il se fait remarquer sur l'Invincible aux combats de Schooneveldt en juin 1673 et du Texel en août 1673 : trois batailles navales remportées par Ruyter contre la flotte combinée franco-britannique commandée par le duc d'York, dans la lutte qui oppose Louis XIV et Charles II Stuart à Guillaume d'Orange Stadhouder des Provinces Unies.

En 1674, le frère ainée d'Alain Emmanuel, marquis de Coëtlogon, Lieutenant du roi en Haute Bretagne, avec deux cents gentilhommes et six cents fantassins, repousse victorieusement les troupes du Lieutenant Amiral Corneille Tromp débarquées en juillet à Belle Isle sous les ordres du Comte de Horne.

Capitaine de vaisseau (1675-1689)

En Sicile (1675-1678)

Le 26 janvier 1675, une commission de capitaine de vaisseau est délivrée à Alain Emmanuel de Coëtlogon, âgé seulement de vingt neuf ans ; il embarque comme second de Tourville sur la Syrène de cinq cents tonneaux, envoyée en renfort à Messine, qui s'est révoltée contre le roi d'Espagne et a demandé secours à Louis XIV. Les Espagnols font venir en renfort des mercenaires allemands par l'Adriatique ; Tourville avec la Syrène, le Téméraire et la Gracieuse, s'empare des navires qui les ont débarqués à Barbetta à quarante kilomètres au nord-ouest de Bari sur la côte orientale de la Pouille.

Tourville dans une lettre du 21 juillet 1675 rend compte de cette affaire à Seignelay, secrétaire d'Etat à la Marine :

“Une barque qui va en France me donne occasion de vous assurer, Monsieur, de mes très humbles respects et de vous rendre compte de ce qui s'est passé dans un détachement de deux vaisseaux qui m'a été donné par M. de Vivonne pour aller dans le golfe de Venise empêcher que quelques troupes allemandes ne passent du port de Trieste dans la Pouille. En entrant dans ce golfe j'appris qu'elles étaient déjà débarquées à Pessara et qu'une partie des navires qui les avaient portés étaient devant la ville de Barlette appartenant aux Espagnols. Nous crûmes Lhéry et moi, qu'il était du service du Roi de les aller y insulter ; en chemin faisant nous trouvâmes un navire qui se retira sous Brindisi, nous l'envoyâmes prendre par des chaloupes à la faveur de notre canon : ensuite faisant route du côté de Barlette, on aperçut à l'entrée de la nuit trois vaisseaux sous les forteresses de cette ville. Nous fumes mouillés le lendemain matin à une portée de mousquet de ces murailles, à cinq brasses d'eau, nous canonnâmes Lhéry et moi cette place pendant deux heures. Dans ce temps je détachai quatre chaloupes commandées par le chevalier de Cologon (sic) pour aller enlever ces vaisseaux amarrés sous les forteresses qui faisaient un feu continuel de leur artillerie et de leur mousqueton ce qui ne l'empêcha pas d'aborder le plus gros vaisseau qui se trouva être de cinquante pièces de canon et vénitien, il ne fit aucune résistance : on sut du capitaine que les deux autres étaient espagnols ce qui fit résoudre Cologon d'aller à bord d'un de ces vaisseaux essuyant le feu de la ville et d'une galiotte armée dans le port. Après s'en être rendu maître il en coupa les amarres et nous vint rejoindre avec le vaisseau, il retourna ensuite au vénitien pour le faire mettre à la voile ; ce second voyage ne fut pas moins périlleux que le premier par la quantité de monde qui s'étaient jetés dans l'autre navire espagnol qui incommoda extrêmement nos chaloupes.

 

Il ne fut pas longtemps à s'en venger puisque nous convînmes qu'il retournerait la nuit le brûler quoiqu'il fut défendu de tous côtés de la ville et par seize pièces de canon et vingt pierriers qu'il avait, son équipage s'étonna de la résolution avec laquelle on y allait et sauta à la mer lorsqu'il vit qu'on l'abordait...”.

Dans une autre lettre du 19 août, Tourville, relatant la prise d'Agosta, décrit l'action fougueuse de Coëtlogon qui "avec quelques mousquetaires coupe la première barrière à coup de haches malgré une grêle de boulets de canon et de pierres et quelques coups de mousquet" et se porte en chaloupe à son secours avec tous les soldats disponibles.

“Je le trouvais, écrit-il, à la seconde barrière. Ils (les ennemis) mirent pavillon blanc et comme nous étions à la porte pour parler ils tirèrent à nouveau à coups de mousquet et à coups de pierre sur nous ; ils nous firent une seconde bandière blanche et nous manquèrent une seconde fois de parole ; ils ne se rendirent que lorsque j'allais faire brûler la porte ; le gouverneur vint en bas et demanda à capituler, ce que je fis dans les formes...

 

Je prends la liberté de vous dire au vrai ce qu'il en est parce que je suis persuadé que vous en ferez ma cour au Roi et que vous n'oublierez pas de faire celle de Coëtlogon qui a bonne part à tout et à qui je donne quelquefois de rudes corvées...”

au prix de multiples blessures Coëtlogon enlève la Tour d'Avalos ; ce qui entraîne la capitulation de la ville.

A la bataille navale d'Agosta, durant laquelle Ruyter allié des Espagnols est blessé à mort, Coëtlogon, capitaine de pavillon du chef d'escadre Gabaret commandant sur le Sans-Pareil l'arrière-garde de Duquesne, est à nouveau blessé, le 22 avril 1676. Commandant l'Eclatant, il attaque en premier et avec fureur l'escadre hispano-hollandaise au mouillage de Palerme le 31 mai. En 1677, sous les ordres de Duquesne, il escorte un convoi de troupes vers Messine et en mars 1678 participe à l'évacuation de Messine, quatre mois avant la paix de Nimègue, qui met fin à la guerre menée par Louis XIV contre les Provinces Unies et l'Espagne et donne à la France la Franche Comté et les places fortes protégeant le royaume de Dunkerque à la Meuse.

Pendant la campagne de Sicile d'Alain Emmanuel, son frère Louis a acheté le château de Loyat près de Ploërmel, construit
au début du XVIe siècle par Béatrice de Rostrenen épouse de Jean d'Acigné.

Le naufrage de Tourville en 1679

Commandant l'Arc en Ciel, Coëtlogon fait partie de la division, que Tourville, chef d'escadre depuis 1675, à bord du Sans-Pareil, ramène de Toulon à Brest en 1679. Après avoir fait escale à Cagliari, Tripoli et Lisbonne, le Sans-Pareil et le Conquérant sombrent au cours d'une violente tempête sous Belle-Isle ; Tourville et son équipage sont sauvés par Coëtlogon ; le chef d'escadre rend compte du naufrage et de l'action de Coëtlogon dans une lettre adressée à Seignelay :

Belle-Isle le 24 Octobre 1679.

 

“Monseigneur,

Je suis dans une si grande affliction que je laisserais à un autre le soin de vous informer de la perte du vaisseau Sans-Pareil si je ne croyais absolument nécessaire que vous l'appreniez de moi-même. Elle est arrivée à cent lieues de Belle-Isle par le démâtement de tous ses mâts. Le beaupré démâta le vingt et un de ce mois et attira comme il arrive ordinairement la mât de misaine. Ce désordre fit ouvrir le devant du navire et faisait faire beaucoup d'eau.

Le soin que je prenais à faire pomper incessamment et à faire tout ce qui peut en pareille occasion me donnait espérance de me pouvoir sauver, mais la chute du grand-mât qui arriva le lendemain au matin fit une si grande ouverture que l'eau monta de dix pieds en moins de trois heures, ce qui fit abandonner le travail aux matelots qui se noyaient dans les fonds de cale.

Croyant qu'il n'y avait plus d'espoir de sauver le vaisseau, je me mis en devoir de sauver l'équipage. Je fis embarquer quatre-vingt hommes dans mon canot et ma chaloupe et conviai plusieurs officiers de s'embarquer. Mais ils trouvaient la mer si grande qu'ils crurent devoir remettre à une autre occasion de se sauver.

Tout ce monde, à quelques gens près, arriva heureusement à l'Arc en Ciel, mais leur infidélité et leur ingratitude fut si grande que, se voyant sauvés, ils laissèrent aller la chaloupe et le canot à la dérive, craignant d'être obligés de faire un second voyage. Cette chaloupe était le seul espoir qui me restait ; le temps était si mauvais que le chevalier de Coëtlogon ne me pouvait approcher et aurait démâté s'il avait entrepris de mettre sa chaloupe à la mer.

Enfin voyant qu'il ne pouvait nous rendre aucun secours, il hasarda son canot avec six hommes qu'il fit embarquer à force de menaces et de prières, mais beaucoup plus par la force de l'argent qu'il leur promit. Un officier les accompagna et vint se mettre à une portée de fusil derrière la poupe du Sans-Pareil.

Voyant que c'était la seule ressource que je pouvais espérer, je sollicitai tous les officiers de s'en servir et de se jeter à la mer pour gagner le canot comme j'allais essayer de le faire.

La vue d'une mer haute comme le navire leur parut une voie de se sauver aussi périlleuse que celle d'attendre qu'ils coulassent à fond, de manière que je fus seul à prendre ce parti qui fut funeste à quelques gardes-marine et à quantité de matelots qui voulurent me suivre. Plus de vingt se noyèrent, quatre seulement purent parvenir d'aller jusqu'à moi. Ce ne fut pas le seul danger que je courus, car avant d'arriver à l'Arc en Ciel les coups de mer pensèrent abîmer vingt fois le canot qui n'arriva à bord qu'entre deux eaux. Je fus obligé avec quelques matelots de nous serrer, faisant le dos de tortue pour rompre les coups de mer.

Je vis encore ce pauvre navire depuis une heure jusqu'à la nuit coulant insensiblement à fond avec le mortel déplaisir de ne lui pouvoir donner aucune aide. Apparemment il périt à l'entrée de la nuit, n'ayant point répondu aux signaux qui lui étaient faits de l'Arc en Ciel. Il ne parut plus le lendemain”.

Crise spirituelle en 1680

En 1680, Alain Emmanuel de Coëtlogon est toujours célibataire à 34 ans ; il a deux soeurs religieuses, un frère évêque, un autre recteur de Crozon et son neveu Louis, fils de son frère René (veuf depuis 1677) vient d'être nommé évêque de Saint Brieuc ; il étudie la théologie et envisage d'entrer dans les ordres avec l'accord de l'évêque de Rennes, Jean-Baptiste de Beaumanoir de Lavardin, qui l'autorise dans un document rédigé en latin "à recevoir la tonsure de n'importe quelque illustrissime et révendissime évêque régulièrement et canoniquement institué, non frappé de suspens" ; Coëtlogon abandonne son projet religieux pour reprendre la mer, mais profondément marqué par cette crise spirituelle va mener une vie austère dans un célibat quasi-monastique.

Nouvelles campagnes (1683-1689)

Coëtlogon prend en 1683 le commandement du Bon dans l'escadre de Preuilly d'Humières envoyée au Danemark. Le 27 août 1683, il perd son frère René, gouverneur de Rennes, qui est remplacé par son fils René Hyacinthe, troisième marquis de Coëtlogon. En 1685, le capitaine de vaisseau de Coëtlogon commande le Vermandois de quarante-quatre canons à Tanger et à Cadix ; en 1686, il livre combat devant Malaga à deux vaisseaux espagnols de cinquante-six et quarante-quatre canons, qui refusent de saluer le pavillon du roi de France et les oblige à se réfugier à la nuit sous les batteries de Malaga. Il prend en 1687, à l'abordage un corsaire algérien et participe en 1688 dans l'escadre d'Estrées à un nouveau bombardement d'Alger.

Le combat de Bantry (11 mai 1689)

En 1688, Jacques II Stuart (duc d'York frère de Charles II) devenu catholique, est renversé par Guillaume d'Orange et se réfugie en France. Guillaume d'Orange devenu Guillaume III d'Angleterre coalise la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Empire et les Provinces Unies contre Louis XIV, qui décide de rétablir Jacques II sur le trône d'Angleterre ; la guerre de la ligue d'Augsbourg va se dérouler de 1689 à 1697.

Soutenu par la France, Jacques II débarque avec des troupes à Kinsale le 22 mars 1689 pour reconquérir son royaume avec le concours des Irlandais catholiques et de ses partisans écossais. Le 10 mai, Alain Emmanuel de Coëtlogon commandant le Diamant débarque des soldats et du matériel à Bantry dans l'escadre de Chateaurenault, son neveu par alliance ; celui-ci engage le 11 mai au large du cap Clear, l'escadre de l'amiral anglais Herbert. Durant la canonnade, qui dure six heures, un incendie se déclare dans les gargousses à bord du Diamant ; une explosion arrache la dunette, tuant trente gardes de la Marine. Bien qu'une partie de son équipage ait sauté à la mer, Coëtlogon continue à combattre en luttant contre l'incendie, qu'il arrive à circonscrire. Les vaisseaux anglais ont beaucoup souffert et la moitié d'entre eux ne sont plus en état de combattre, mais Chateaurenault laisse échapper son adversaire sans obtenir une victoire décisive.

Chef d'Escadre (1689-1701)

Coëtlogon est nommé chef d'escadre le 1er novembre 1689 et va se retrouver sous les ordres de Tourville lieutenant général depuis le 1er janvier 1682 et qui vient d'être promu vice-amiral du Levant à la même promotion.

Avec Tourville à Bézeviers et Barfleur (1690-1692)

Durant la bataille de Bézeviers, qui oppose le 10 juillet 1690 Chateaurenault à l'avant-garde à l'amiral hollandais Evertzen, Tourville au centre à Herbert, comte de Torrington et Ashby, et Victor d'Estrées à l'arrière garde à Delaval, Coëtlogon commande une division de l'avant-garde sur le Saint Philippe ; il participe avec vaillance à la destruction de l'escadre hollandaise encerclée par Villette Mursay et Tourville, pendant que les britanniques font remorquer leurs vaisseaux par des chaloupes hors de portée des canons français. A la renverse du courant à 16 heures 30, les anglo-hollandais mouillent, les français les imitent trop tard et dérivent loin de l'adversaire.

SCHEMA

Avant la campagne du Large de 1691, Coëtlogon écrit de Brest à Tourville le 26 mars 1691, pour lui faire part de ses inquiétudes au sujet d'un convoi envoyé au secours de Limerick sur le Shannon assiégée par Guillaume III :

“Après, monsieur, vous avoir assuré de la joye que j'ay que vous donniez une partie de vos soins à nostre marine qui assurément en recevra un avantage considérable et que nous puissions espérer de vous voir souvent dans nos ports, je vous diray que nous n'avons rien plus à soueter que le prond deppart et le prompt retour des bâtiments destinés pour l'Irlande ; nos brûlots en estant et plus de trois mille officiers mariniers et matelots des meilleurs qui en font l'armement, c'est un grand préjudice au service du roy et à l'armement général que ce convoy ait été retardé par les vents contraires qui ont soufflé depuis si longtemps car je n'en regarde le retour que dans les derniers jours de juin que notr'armée devrait estre en mer.

 

Il me semble qu'il conviendrait d'envoyer les bâtiments à mesure qu'ils seront chargés sous l'escorte d'un bon vesseau de guerre qui en escorteroit sinc ou six à la fois et qui s'en reviendroit des qu'il les auroit mis à l'entrée du port de limeric et sous les soins de quelque bon commissaire de terre ou de mer qui les feroit décharger en diligence et avec ordre. Cette manière est la plus prompte et je ne crois pas qu'il y eut de risque dans cette saison qui est encore trop rude pour croire que les ennemis ayent des vesseaux à croiser sur cette coste qui peut-être dans un mois n'en seroit pas exempte ; dans ce temps il seroit à propos de prendre d'autres précautions ; ce seroit un grand bien si vous pouviez vous passer de nos brûlots et nous les renvoyer de la rivière de Nantes ou je les crois arrivés.

C'est un bonheur que cette affaire soit entre vos mains : nous devons tout espérer de vostre vigilence et de vostre bon esprit, quant à moy monsieur je soueterais fort avoir quelque part a l'amitié et a l'estime d'une personne de vostre mérite et qui a un'approbation aussi générale je rechercheray avec empressement les occasions de vous marquer combien je vous honore et combien je suis véritablement monsieur vostre très humble et très obéissant serviteur.”

Le Chevalier de Coëtlogon

à brest le 26 mars 1691

Coëtlogon prend part à la brillante campagne du Large conduite par Tourville contre Russel de juin à septembre 1691 à l'ouvert de la Manche, chef d'oeuvre d'habileté manœuvrière et de tactique navale.

En février 1692, Louis XIV décide sur le conseil de Bonrepaus de s'emparer de Londres en débarquant à Portland treize mille fantassins et trois mille cavaliers rassemblés à Saint-Vaast-la-Hougue sous les ordres de Jacques II Stuart et du Maréchal de Bellefonds, après la destruction de la flotte anglo-hollandaise par Tourville, qui estime manquer de moyens mais obéit.

Le 29 mai 1692, Coëtlogon commande une division sur le Magnifique de quatre vingt six canons et six cents hommes d'équipage dans l'arrière garde de Gabaret opposée à l'escadre bleue de l'amiral anglais Ashby secondé par les amiraux Carter, Rooke et Showel. Le combat commence vers 11 heures ; le vent faible et incertain vient du nord-ouest ; les deux lignes adverses font route
au sud. Amfreville à l'avant garde, soutenu par les cinq vaisseaux détachés du marquis de Nesmond, s’oppose à la tentative de débordement de l'avant garde hollandaise de l'amiral Almonde ; au centre Tourville et Russel se livrent à un combat acharné ; à l'arrière Gabaret et Coëtlogon couvrent les vaisseaux de Tourville pour qu'il ne soit pas pris entre deux feux par Ashby, qui se lance à la poursuite de la division Panetié ; Coëtlogon combat pendant deux heures la division de Showel. Vers 16 heures, les vaisseaux d'Ashby reviennent encercler Tourville ; les français se battent à un contre deux ; Coëtlogon se porte au secours du Soleil Royal de Tourville entouré par huit vaisseaux et plusieurs brûlots. Le vent tombe le flot commence à porter à l'est ; Tourville fait mouiller ses navires, le centre anglais est entraîné hors de portée de canon par le courant de marée ; la brume tombe et ne se dissipe qu'à vingt heures ; l'escadre Ashby lance ses brûlots sur le Soleil Royal, qui réussit à les éviter et se laisse dériver à travers le centre français pour s'échapper ; durant cette action le contre amiral Carter et le commodore Hastings sont tués. Tourville a remporté la victoire à 44 contre 99 vaisseaux de Russel. La nuit tombe et la lune se lève ; Russel rassemble ses forces et fait route vers le nord. L'ennemi perd deux vaisseaux et nous avons mille sept cents hommes hors de combat. Tout ce que fit ce jour-là, le comte de Tourville écrit Villette Mursay, qui commandait une division du centre
"est si grand et si beau, qu'il n'y a rien à excuser ou à défendre".

SCHEMA BARFLEUR

 

Il ajoute dans ses Mémoires : "Le chevalier de Coëtlogon se distingua par un endroit que l'événement a autorisé. Au lieu de suivre Mr Gabaret, son amiral, il s'attacha au comte de Tourville et fit merveilles avec lui. Tout bien regardé, Coëtlogon n'a pas montré à cette occasion moins de bonne conduite que de fermeté et il est digne de beaucoup de louanges". Le père Hoste, aumônier de Tourville, qui a assisté à la bataille écrit, en la relatant, dans sa Théorie des Evolutions Navales, publiée en 1697 : "Une juste reconnaissance m'oblige de ne pas oublier le chevalier de Coëtlogon, chef d'escadre, qui, par une valeur incomparable, vint partager la gloire de cette action. Il était contre amiral bleu et son poste naturel l'avait mis hors de la portée des ennemis ; mais voyant l'Amiral de France
au milieu des Anglais où on le croyait perdu, il obtint la permission de quitter son poste, et s'étant fait jour à travers les ennemis qui entouraient son général, il vint mouiller près de lui, pour le sauver (disait-il à ses officiers), ou pour périr avec lui".

Coëtlogon demandera à passer en conseil de guerre pour ce glorieux acte d'indiscipline et sera acquitté.

Le 30 mai Gabaret et Nesmond rejoignent Brest avec cinq vaisseaux, deux rallient Le Havre et deux La Hougue. Tourville essaie de gagner Saint Malo par le Raz Blanchard ; en fin d'après-midi, il doit abandonner trois vaisseaux dont le Soleil Royal, qui s'échouent en rade de Cherbourg et seront incendiés par les brûlots de l'amiral Delaval le Ier juin. Vingt-deux navires franchissent le Raz Blanchard dans la nuit du 30 au 31 mai et se réfugient à Saint Malo sous les ordres de Panetié ; les dix derniers dont l'Ambitieux de Villette, sur lequel Tourville a transféré son pavillon et le Magnifique de Coëtlogon, entrent trop tard dans le chenal, chassent sur leurs ancres et se mettent à l'abri sous Saint-Vaast-La-Hougue, sans câbles pour mouiller ; ils s'échouent sous les forts de La Hougue et de Tatihou et seront incendiés par l'ennemi, sans que les troupes à terre cherchent à s'y opposer : quinze vaisseaux sont ainsi perdus.

Lagos et le convoi de Smyrne

Le 26 mai 1693, Tourville, élevé en mars à la dignité de Maréchal de France, appareille de Brest sur le nouveau Soleil Royal avec soixante-et-onze vaisseaux, dont celui de Coëtlogon et quinze frégates. Le 2 juin la flotte mouille à Lagos pour se mettre à l'abri du mauvais temps ; le 26 juin le convoi de Smyrne est signalé ; il compte cent quarante-huit navires marchands, escortés par vingt-sept vaisseaux commandés par l'amiral britannique Rooke et l'amiral hollandais Van Der Goes. Tourville appareille aussitôt ; l'escorte mal engagée par Gabaret s'échappe ; une centaine de bâtiments marchands sont pris entre Lagos, Cadix, Gibraltar et Malaga ; la valeur des prises s'élève à plus de trente millions. Le 8 juillet, Coëtlogon détâché avec huit vaisseaux s'empare sous les canons des forts de Gibraltar de deux vaisseaux et de trois marchands hollandais.

La défense de Saint Malo (novembre 1693)

En août, le Trésor étant vide, Tourville désarme sa flotte à Toulon. Le chevalier de Coëtlogon rentre à Rennes. Le 26 novembre par un hiver précoce et dur, l'amiral anglais Benbow investit Saint Malo avec une escadre de dix vaisseaux et six galiotes pour détruire ce nid de corsaires avec une machine infernale constituée par un navire de grande taille rempli de poudre. Les galiotes mouillées dans la fosse aux Normands sous le Grand Bé, bombardent la ville. Le Duc de Chaulnes, Gouverneur de Bretagne, accompagné de Chateaurenault, Coëtlogon, Bienassis et Saint Maur, arrivent à Saint Malo le 28 pour prendre les dispositions de défense. Les femmes et les enfants ont été évacués ; heureusement la machine infernale, lancée sur la ville à la pleine mer, s'échoue sur un rocher avant de l'atteindre. L'amiral anglais dépité se retire.

Affaires de famille (1692-1694)

En 1692 le marquis René Hyacinthe de Coëtlogon, neveu du chef d'escadre meurt ; son fils René-Gabriel est décédé en 1686 ; sa fille Suzanne Guyonne, héritière du Marquisat, épouse le 17 mai 1694 le cousin germain de son père Philippe Guy, fils de Guy de Coëtlogon Méjusseaume et neveu du chef d'escadre ; Philippe Guy devient le quatrième marquis et aura un fils César Magdeleine.

La Course (1694-1697)

Le 1er février 1694, le chevalier de Coëtlogon est nommé chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis, institué par le roi en avril 1693 "en considération des services qu'il rend depuis dix-neuf ans tant en qualité de capitaine de vaisseaux que de chef d'escadre". En 1694 il adresse au Ministre un rapport sur la situation de la Marine et son emploi :

“Les ennemis envoyant à présent quarante vaisseaux dans
la Méditerranée, dont apparemment trente se joindront à ceux d'Espagne, il est difficile qu'on puisse faire passer dans cette mer par la difficulté de faire la jonction, les ennemis gardant le détroit ou se tenant aux îles d'Hyères d'où ils pourraient avoir connaissance par des bâtiments de garde de tout ce qui voudrait entrer ou sortir de la rade de Toulon...

 

... il me paraît être aussi nécessaire que les ennemis soient longtemps persuadés que Sa Majesté veut faire un grand armement dans cette mer afin de les obliger à faire les frais d'une grande armée et de leur ôter la penser de faire la dépense et les préparatifs d'une descente considérable à laquelle ils travailleraient indubitablement s'ils ne croyaient pas avoir rien à craindre d'une armée du roy.

Lorsque les ennemis auront appris que nous n'aurons point d'armée, s'ils ne s'attachent point à quelque lieu, il y a apparence qu'ils partageront la leur en escadres qu'ils envoieront dans les rades de La Rochelle, à l'entrée de la rivière de Nantes, à celle de Bordeaux et sur Belle-Isle, pour donner de l'inquiétude à une plus grande étendue de côtes, interrompre le commerce et ôter aux escadres et aux corsaires l'entrée de nos rades et des ports...

Si cependant le roy jugeait à propos d'en mettre à la mer (une armée), il me parait qu'il pourrait en envoyer une assez forte sur les escadres composées des vaisseaux qui usent le moins d'eau et commandée par Bart qui connaît cette mer et les ports de Norvège et de Danemark ; elle pourrait porter beaucoup de dommage au grand commerce que les ennemis font dans le Nord et prendre quelques bâtiments de ceux qui viennent des Indes orientales. Les ambassadeurs de Sa Majesté dans les cours de Danemark et de Suède pourraient faire faire du biscuit et des vivres et faire fournir de la bière et des rafraîchissements en étant avertis de bonne heure ; il serait à propos de consulter sur ce dessein M. Bart lorsqu'il sera de retour de la mer.

On pourrait aussi tenir une escadre nord et sud du cap Saint Vincent assez au large de la côte pour qu'elle n'en eut connaissance que les vaisseaux du roy auraient absolument besoin des secours de la rivière de Lisbonne ou de la ville de Lagos ; elle pourrait aussi, étant pourvue d'eau et de rafraîchissements, faire quelque course vers les Açores dans l'espérance de rencontrer quelque flotte de celles qui viennent de l'Amérique...

Quant à la Méditerranée, je ne vois guère que le port de Gênes qui puisse être une retraite pour une escadre ; encore n'est-elle pas trop sûre contre les mauvais temps ; tous les autres ports sont aux ennemis jusqu'à l'entrée de l'Archipel et au fond du Levant où il y en a qui appartiennent aux Vénitiens et au Grand Seigneur. Il faudrait cependant que les commandants de l'escadre et des vaisseaux eussent la précaution, lorsqu'ils auront besoin de se retirer dans quelque port, de choisir les plus assurés par eux et par leur situation, sans compter beaucoup sur les batteries qui défendent les ports ni sur la protection des gouverneurs qui n'empêcheraient pas les ennemis, se trouvant les plus forts, d'y attaquer les vaisseaux du roy...

Je ne vois rien de plus sûr, de plus préjudiciable aux ennemis et de plus avantageux au roy, que de donner des navires à tous ceux qui voudront armer pour leur compte, pourvu que ce soient des personnes dont on puisse répondre de la capacité et de la sagesse.

Outre le mal qu'ils feraient à l'ennemi, ils occuperaient et nourriraient plusieurs matelots qui, faute de subsistance chez eux, en pourraient aller chercher chez les ennemis. Il serait à propos de donner ordre aux petits corsaires, qui voudraient revenir en France, avant le mois d'octobre, de tâcher de savoir des nouvelles des ennemis et d'aller à Bordeaux ou à La Rochelle plutôt qu'à Brest ni dans la Manche, y ayant apparence que les escadres ennemies se tiendront plus longtemps aux environs de Brest que des ports du royaume plus éloignés de la...........

Rien ne manque plus à la grandeur du roy et au bon état de ses affaires que de mettre en mer tous ses vaisseaux. Un grand armement met toutes les côtes du royaume au repos, sur lesquelles les ennemis feraient des entreprises si nous n'avions point d'armées, ayant depuis longtemps les bâtiments nécessaires pour embarquer des troupes et les débarquer où elles ne seraient peut-être pas attendues après avoir fait marcher d'un autre côté celles du roy.

Ce n'est pas qu'ayant une armée plus forte que celle de Sa Majesté ils ne puissent entreprendre de descendre en Normandie ou en Picardie avec leurs bâtiments de charge escortés de quelques vaisseaux de guerre pendant que leur armée, étant hors de la Manche, observerait celle du roy et la combattrait si elle jugeait qu'il lui fut avantageux.

Mais je suis persuadé que Sa Majesté ayant quatre-vingt-dix navires ensembles ils n'oseraient rien entreprendre partout ailleurs à cause des accidents qui pourraient arriver à leurs bâtiments de charge dans un long trajet et dans une grande mer par les vents et par notre armée ; lorsque les ennemis n'auront que dix ou douze vaisseaux (de) plus que nous; nous pourrons tenir la mer hors de la Manche et les combattre lorsque l'occasion sera avantageuse et favorable au jugement du général, l'intérêt du roy n'étant plus de les combattre seulement de les vaincre et de garantir ses côtes.

Quant au succès il dépendra de la volonté du Seigneur, rien n'étant si incertain que le gain d'un combat de mer, les ennemis n'ayant pas moins de courage que nous ni de moins bons vaisseaux que les nôtres. Lorsqu'ils n'auront que leur armée navale, il n'y aura rien à craindre pour les provinces, les descentes qu'ils feraient ne pouvant être considérables.

Si les forces ennemies étaient si fort au-dessus des nôtres que l'armée du roy ne put tenir la mer dans l'Océan, il croirait qu'il serait à propos de faire passer de bonne heure dans la Méditerranée un corps de gros vaisseaux qui, joints à ceux qui vont à Toulon, fissent le nombre de cinquante navires lesquels pourraient servir utilement en Catalogne si le roy jugeait à propos d'y faire des conquêtes le printemps prochain auparavant que les anglais et les hollandais y eussent envoyé assez de vaisseaux pour nous obliger à retirer les troupes de la marine qui seraient dans l'armée de terre, je doute qu'ils envoient dans cette mer plus de trente ou trente-cinq vaisseaux qui, étant joints aux espagnols, ne seraient pas plus forts que nous, à moins qu'ils ne sachent de certitude que le roy ne doit pas armer dans l'Océan. En ce cas ils pourraient faire passer dans la Méditerranée de plus grandes forces...

L'inapplication de la plupart des officiers subalternes, leur peu de discipline et de subordination viennent de ce qu'ayant pour la plupart des parents ou des patrons par lesquels ils avancent, ne croyant pas avoir besoin de s'attacher à leur métier et les capitaines qui ne trouvent dans plusieurs aucun secours, se reposent très peu sur leurs soins et ne s'en donnent guère à leur faire faire le service, aimant mieux s'en rapporter aux maîtres et aux pilotes, au lieu que s'ils ne parvenaient que sur les bonnes relations des commandants et des capitaines avec qui ils auraient servi, il arriverait sûrement qu'ils s'appliqueraient, que la subordination et la discipline serait aussi bien établie et observée qu'elle l'est par terre et afin que les capitaines ne parlassent point sans de bonnes raisons à l'avantage de leurs officiers il serait à propos de leur faire savoir qu'on leur redonnerait les campagnes suivantes ; la plupart ne portent à la mer ni cartes ni compas...

Il y a plusieurs aides-majors qui ne servant pendant les campagnes que dans cette fonction n'apprennent point la manoeuvre ni le pilotage ni ce qui peut former un bon officier de mer et parviennent à être capitaines sans savoir le métier ; je crois qu'il serait à propos lorsque les vaisseaux sont à la voile où ils sont presque toujours sans fonction, qu'ils fissent le service comme lieutenants selon leur ancienneté et qu'ils fissent le quart...

Nous éprouvons, toutes les campagnes, que la poudre qui est dans les soutes des vaisseaux devient humide et perd beaucoup de sa force...

Les capitaines, à l'exemple les uns des autres, tiennent à la mer des ordinaires trop forts et ils y emploient plus qu'ils ont besoin et sont obligés d'embarquer une si grande quantité de moutons, boeufs et volailles, que les entre-ponts sont échauffés et embarrassés ; il serait de l'avantage de l'équipage et des capitaines qu'il leur fut défendu de donner du rôti à dîner et de la viande à déjeuner, cette défense ne doit pas être pour les généraux qui ont des appointements plus considérables et de plus grands vaisseaux...

Permettez-moi aussi de vous représenter, Monseigneur, que l'impunité de quelques mauvaises actions qui ont été faites à la mer, a causé beaucoup de relâchement dans plusieurs qui feraient toujours leur devoir s'ils n'avaient pas eu de mauvais exemples lesquels, n'ayant pas été châtiés, ont fait manquer des occasions qui auraient été très utiles au roy et auraient porté aux ennemis un coup mortel ; il est très assuré que lorsque les lâchetés seront punies sévèrement et les bonnes actions récompensées avec quelque considération pour ceux qui en font toujours, que les moins braves tiendront leur poste et que l'ardeur et le zèle des autres continueront à les porter à faire encore mieux qu'ils n'ont fait.

Si on observe ces deux choses, on peut s'assurer que le corps de la marine ne peut être vaincu”.

Dans ce long rapport, Coëtlogon préconise de tenir la mer au lieu de laisser les forces navales dans les ports à la merci du blocus ennemi, il encourage la guerre de course, qui fera du tort au commerce adverse, jette un regard lucide sur le manque de connaissances de certains officiers, qui comptent plus sur leurs appuis, que sur leurs mérites pour avancer et demande l'application stricte de la discipline.

Il semble que le chevalier de Coëtlogon se soit livré à la Course, de 1694 à la paix de Ryswick, qui met fin à la guerre de la Ligue d'Augsbourg, mais rien ne permet de le prouver. En 1697, son neveu le capitaine de vaisseau Jacques de Coëtlogon, fils de son frère Sébastien meurt à trente-cinq ans des suites des blessures reçues durant le siège de Carthagène d'Amérique par Ducasse et Pointis.

Lieutenant GÉnÉral (1701-1704)

La guerre de succession d'Espagne

Le 30 octobre 1701 Charles II roi d'Espagne meurt sans laisser d'héritier et désigne comme successeur le duc d'Anjou petit-fils de Louis XIV ou à défaut l'archiduc Charles fils de l'Empereur Léopold. Le Duc d'Anjou est proclamé roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, tout en conservant ses droits sur le trône de France. Jacques II Stuart meurt à son tour et Louis XIV reconnait son fils Jacques III comme roi d'Angleterre, ce qui irrite Guillaume III. Le 7 septembre 1702, l'Empire, les Provinces Unies et la Grande-Bretagne se coalisent à nouveau contre la France.

En mai 1701 la mort de Tourville cause un profond chagrin
au comte de Coëtlogon ; il est remplacé comme vice amiral du Levant par Chateaurenault et Coëtlogon est nommé lieutenant général "pour servir en Levant et en Pônant", avec le titre de marquis, qu'il n'utilisera jamais, le marquisat de sa famille étant réservé à la descendance de son frère ainé René.

Jérôme de Pontchartrain, qui a succédé à son père en 1697 au Secrétariat à la Marine, ne dispose que de cent-dix vaisseaux à opposer aux deux-cent-vingt-sept vaisseaux anglais et hollandais de la coalition et tout en poursuivant la guerre de course, tente de maintenir la liberté de communications, d'une part entre la France et l'Espagne, d'autre part entre l'Espagne et l'Amérique.

Le vice amiral de Chateaurenault est nommé capitaine général des Mers de l'Océan par Philippe V ; le chevalier de Coëtlogon lui est adjoint "avec pouvoir de capitaine général du roi d'Espagne dans les Indes en l'absence du comte de Chateaurenault".

Campagne d'Amérique (1702)

En 1702, Coëtlogon au service de l'Espagne à la tête d'une escadre de cinq vaisseaux : le Monarque, l'Orgueilleux, le Vainqueur, l'Eole et la Couronne, est chargé de protéger le ravitaillement des colonies espagnoles. Il séjourne à Vera Cruz au Mexique et demeure à la suite d'ordres et contre-ordres dans une longue inaction, dont il s'indigne dans une lettre du 2 janvier 1702, écrite à la Havane.

Combat du cap de la Roque (22 mai 1703)

Revenu sur les côtes espagnoles, le chevalier de Coëtlogon sur le Vainqueur livre bataille au large du Cap de la Roque avec sa petite escadre à cinq vaisseaux hollandais escortant la flotte de Lisbonne et de Saint Wal ; la relation officielle du combat, qui suit, se trouve aux Archives Nationales (B 4 Marine 25).

“Le vingt-deux du mois de May 1703, à cinq heures du matin, nous reconnûmes le cap de la Roque environ à six lieues à l'est quart de nord-est de nous ; deux heures après nous aperçûmes plusieurs navires sur lesquels nous arrivâmes cinq lieues après que le Monarque, qui était allé les reconnaître, nous eut fait le signal qu'il n'y avait que cinq vaisseaux de guerre hollandais qui convoyaient une flotte de près de cent dix voiles, tant flutes que quaiches, pinasses, flibots et autres sortis le jour d'auparavant de Lisbonne et de Saint-Wal où la plupart avaient chargé du sel, quelques-uns du vin et du sucre, à onze heures étant à demye portée de canon des canons qui, après avoir fait signal aux marchands de se sauver, s'étaient mis en ligne.

 

Monsieur le Marquis de Coëtlogon et M. de Cassard avec le Vainqueur attaquèrent le commandant. Monsieur le Marquis de Chateaurenault et Monsieur de Mons abordèrent chacun le leur, Monsieur le commandeur Dupalais prit le sien et Monsieur le commandeur d'Ally après en avoir fait amener un, acheva de faire rendre le commandant que le Vainqueur avait rudement chauffé pendant un très long temps, mais qu'il n'avait pu suivre, une partie de ses manoeuvres ayant été coupées et sa misaine toute déralinguée.

Monsieur d'Ally fit brûler ce vaisseau tout criblé et démâté qui faisait beaucoup d'eau, après en avoir sauvé l'équipage. Monsieur le comte de Waldtsteyn était dedans qui partait de Portugal où il était ambassadeur pour l'Empereur, avec un autre gentilhomme qu'on dit être un envoyé de Monsieur l'Electeur de Mayence, qui passaient par la Hollande pour se rendre dans leur pays.

Il faut dire à la louange des hollandais qu'ils firent un gros feu de canon et de mousqueterie qui dura beaucoup plus qu'on ne devait espérer ; mais la force n'étant pas égale, après environ deux heures de combat, les cinq vaisseaux étant presque tous désemparés furent rendus.

Combat naval donné par Coëtlogon le 22 mai 1703

Pendant cet intervalle, la flotte fit aisément vent arrière par un gros vent de nord-nord-ouest qui nous mit, pour lors, à vingt lieues au nord-nord-ouest du cap Saint Vincent.

 

Tous les officiers de l'escadre et les gardes-marine, qui ont fait des merveilles, regrettaient fort de n'avoir pas trouvé une partie plus égale.

Le malheureux sort est tombé sur le pauvre Monsieur de Vaurouy, brave homme fort aimé, qui fut tué aux deux tiers du combat d'un coup de canon entre les deux épaules, alors qu'il se préparait à l'avant du Vainqueur, à sauter à bord du commandant hollandais qui faisait bonne contenance, que le gros temps heureusement ne nous permit pas d'aborder, car nous aurions encore augmenté notre mal.

Monsieur de Mons commandant l'Eole a été blessé d'un éclat à une jambe, Monsieur le chevalier de Coudré, lieutenant de vaisseau, capitaine de compagnie et Monsieur de Flassy enseigne de vaisseau et lieutenant de compagnie, armés tous deux dans le Monarque ont été aussi blessés aux jambes par des éclats.

Monsieur des Catelets, sous-brigadier armé dans l'Eole, qui sert dans la compagnie des gardes-marine depuis douze ou treize ans, a reçu un dangereux coup de mousquet dans la main en sautant à l'abordage. Monsieur du Héloy, garde-marine depuis onze ans, armé dans le même vaisseau, a eu une jambe emportée d'un coup de canon. Monsieur du Héloy du Breuil son frère, garde-marine de cette année, a reçu une blessure dangereuse dans les reins, d'un coup de mousquet, en sautant à l'abordage.

La mer étant fort grosse, et ne voyant que de très loin les traîneurs de la flotte, nous n'eûmes pas trop du reste de la journée pour amariner nos prises et il fallut faire plusieurs voyages de chaloupes pour en transporter les équipages.

Noms des vaisseaux hollandais pris

Noms des capitaines

Nombre de canons

Nombre d’hommes

Noms des vaisseaux qui les ont pris

Le Muydenberg

Romio Vlaq

parti de Lisbonne

50

220

Brûlé par

Le Monarque

Le Roosendaël

André Borel

parti de Lisbonne

32

143

Abordé par

L’Éole

Le Rotterdam

Fornam, command.

parti de St-Wal

46

180

Pris par

L’Orgueilleux

Le Rescherner

Teenos

parti de St-Wal

48

200

Pris par

La Couronne

Le Gasterlaudt

De Widt

parti de St-Wal

46

190

Pris par

Le Vainqueur

Coëtlogon eut quinze tués et quatre-vingt blessés parmi ses équipages.

La bataille de Vélez Malaga (24 août 1704)

En 1704 le comte Louis Alexandre de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, Amiral de France à cinq ans, Gouverneur de Bretagne en 1695 et Lieutenant Général en 1702, arme une escadre à Brest, rallie Toulon et appareille le 22 juillet avec cinquante vaisseaux, dont le Monarque de Coëtlogon. L'escadre anglo-hollandaise de l'amiral, forte de cinquante-trois vaisseaux s'empare de Gibraltar le 4 août 1704. Le 24 août les deux escadres sont à la vue devant Velez Malaga ; l'avant-garde de Villette Mursay, dans laquelle Du Casse commande une division, s'oppose aux amiraux anglais Showel et Leake ; au centre le comte de Toulouse avec à ses côtés le Maréchal Victor d'Estrées et secondé sur le Tonnant par le Lieutenant Général de Coëtlogon remplissant les fonctions de vice amiral du corps de bataille, fait face à l'amiral Brooke ; le marquis de Langeron commande l'arrière garde et se mesure avec l'amiral hollandais Callenburgh. Pendant deux heures les deux lignes se canonnent vigoureusement. Malgré les objurgations du Lieutenant Général de Relingues, qui, commandant une division sur le Terrible, a eu une jambe emportée par un boulet et mourra le lendemain, le comte de Toulouse ne poursuit pas son avantage sur les ennemis, qui manquent de munitions.

Commandant la Marine au Port de Brest (1705-1714). Les honneurs et les rÉcompenses

La bataille de Vélez Malaga est le dernier combat de Coëtlogon à la mer ; il prend d'octobre 1705 à avril 1707 le commandement de la Marine à Brest. Le 1er novembre 1705, il est élevé au grade de Commandeur de Saint Louis avec une pension de trois mille livres "à la place de feu le comte de Relingues, en considération des preuves qu'il a données de sa valeur et de son expérience consommée dans la Marine pendant trente-huit ans de services avec faculté de porter le ruban rouge couleur de feu en écharpe" (le Cordon rouge).

En 1705, son neveu Louis, fils du Marquis René de Coëtlogon, et évêque de Saint Brieuc devient évêque de Tournai ; son frère François évêque de Quimper meurt en 1706, pendant qu'il arme à Brest et Lorient une escadre de dix-huit vaisseaux pour effectuer une diversion dans l'océan, afin d'empêcher l'adversaire de concentrer ses forces en Méditerranée ; le lieutenant général ne pourra sortir de Brest bloqué par l'ennemi. En 1707 son neveu évêque de Tournai meurt à son tour. Le chevalier de Coëtlogon assure à nouveau le commandement de la Marine à Brest de juin 1708 à septembre 1709.

En 1709, le quatrième marquis de Coëtlogon son neveu Philippe Guy, mousquetaire, guidon de la compagnie des gendarmes écossais, procureur général et syndic des Etats de Bretagne puis conseiller au Parlement est terrassé par une attaque d'apoplexie à quarante ans et est probablement inhumé à La Trinité Porhoët ; son fils ainé César Magdeleine, époux de Claude Leborgne d'Avaugour devient cinquième marquis de Coëtlogon et réside fréquemment au château de Coëtlogon.

En 1712, le Traité d'Utrecht met fin à la guerre de succession d''Espagne, après les victoires de Villaviciosa remportée par Vendôme en 1710 et de Denain gagnée par Villars en 1712 ; Louis XIV garde ses conquêtes territoriales, mais cède aux anglais Terre Neuve, l'Acadie et la Baie d'Hudson. La même année Coëtlogon perd son frère Guy, âgé de soixante-dix-sept ans, chef de la branche des Coëtlogon Méjusseaume ; il séjourne épisodiquement à Brest en octobre 1712, novembre 1713 et novembre 1714.

Les travaux du château de Loyat

Dès 1707, le chevalier de Coëtlogon, qui ne peut rester inactif, va s'occuper de la construction du nouveau château de Loyat, qui doit remplacer l'ancien difficilement restaurable et qui appartient à son neveu René Charles Elizabeth, vicomte de Loyat, fils de son frère Louis, procureur général et syndic des Etats de Bretagne. Le lieutenant général participe jusqu'à sa mort au financement de l'opération menée par l'architecte vannetais Olivier Delourme. Ce magnifique château, que l'on peut toujours admirer à Loyat sortira de la famille en 1791 à la mort du dernier vicomte de Loyat Emmanuel Louis, dit le comte de Coëtlogon, lieutenant général des armées du Roi, décédé sans postérité. En raison du grand nombre d'héritiers, le château sera vendu ; il porte toujours en son fronton de granit l'écusson aux trois bannières de Bretagne, armoiries des Coëtlogon (de gueules à trois écussons d'hermines).

Conseiller de la Marine - Vice-amiral du Levant - Conseiller d'État (1715-1717)

Le 5 août 1715, Louis XIV accorde au chevalier de Coëtlogon une pension de quatre mille livres sur l'Ordre de Saint Louis "vacante par le décès du Sieur Ducasse" ; le 18 septembre, il est admis au Conseil de la Marine avec voix délibérative. En novembre, Louis XIV disparait. A la mort de Chateaurenault, Coëtlogon reçoit le 18 novembre 1716, la dignité de vice-amiral du Levant qu'il a refusé de racheter au comte de Noailles, fils de Chateaurenault, et est nommé Grand Croix de l'Ordre de Saint Louis avec une pension annuelle de six mille livres. Le 27 mars 1717, le Régent, le duc d'Orléans, le fait désigner pour siéger au Conseil d'Etat, dés qu'une place sera disponible. "Le Roi étant à Paris - porte le brevet - ayant égard aux services du Sieur Marquis de Coëtlogon, vice-amiral de ses armées navales et conseiller au Conseil de la Marine, Sa Majesté a résolu de l'admettre en ses Conseils en qualité de Conseiller d'Etat, mais comme toutes les places se trouvent remplies aux termes du Règlement de 1673, elle a voulu lui assurer dès à présent, une place au dit Conseil".

DerniÈres rÉcompenses - La mort (1718-1730)

Les ordres du roi

Début 1724, le nouveau Régent, le duc de Bourbon, fit une promotion de maréchaux de France et de chevaliers de l'Ordre. "Il donna l'Ordre à Coëtlogon - écrit Saint Simon - tout aussi mal à propos qu'il ne le fit pas Maréchal de France...Coëtlogon en fut vivement touché, mais consolé par le cri public, il n'en fit aucune plainte et s'enveloppa dans sa vertu et sa modestie". Le 28 mars 1724, les titres produits (cent trente-trois pièces) par César Magdeleine, chevalier, marquis de Coëtlogon, chef du nom et armes, petit-neveu de l'amiral, prouvant que l'origine de la famille remontait à l'an 1100, en ligne masculine aux ducs de Bretagne et en ligne féminine à la maison de Porhoët, branche cadette de celle de Bretagne, le vice amiral de Coëtlogon fut admis dans les Ordres du Roi : l'Ordre du Saint Esprit, institué par Henri III en 1578 et l'Ordre de Saint Michel, fondé par Louis XI en 1469, la plus haute récompense à laquelle un gentilhomme pût prétendre. En 1725 son petit neveu Jean de Coëtlogon, frère de César Magdeleine, chevalier de Malte, meurt noyé.

Chez les Jésuites (1726-1730)

Comme son frère ainé René, le vice amiral fait partie de
la Grande Députation des Etats de Bretagne à la Cour, dont il n'apprécie pas les moeurs ; il décide de se retirer en 1626 à quatre-vingt ans au Noviciat des Jésuites de Paris et tant que sa santé le lui permet, séjourne chez les religieux à Rennes, dont il est Lieutenant du Roi ; à Loyat, dont il suit toujours les travaux qui se poursuivront d'ailleurs jusqu'en 1737 et à partir de 1728 à Coëtlogon au nord de la Trinité Porhoët, où il participe financièrement à la reconstruction du château qui a brûlé, entreprise par son petit neveu César Magdeleine ; la première pierre porte l'inscription suivante
"les flammes IHS ayant consommé l'ancien château, celui-ci fut fondé sous la protection de Dieu le 8 mars 1628 par Messeigneurs César, Sire et Marquis de Coëtlogon et Alain Emmanuel de Coëtlogon, chevalier des Ordres du Roi, vice amiral de France".

Maréchal de France - La mort (1730)

Saint Simon raconte comment le chevalier de Coëtlogon refusa de vendre sa charge de vice-amiral du Levant pour accéder à la dignité suprême de Maréchal de France :

“Quelques années après, étant fort vieux, il se retira dans une des maisons de retraite du noviciat des Jésuites, où il ne pensa plus qu'à son salut par toutes sortes de bonnes oeuvres. Alors Dantin et le comte de Toulouse, qui avait épousé la veuve de son fils, soeur du duc de Noailles, laquelle en avait eu deux fils, songèrent à faire donner au cadet de ces deux petits-fils de Dantin, tout jeune, la vice-amirauté de Coëtlogon, pour avoir l'appui du comte de Toulouse son beau-père, amiral, et voler de là rapidement au bâton de Maréchal de France. Ils le proposèrent à Coëtlogon, ils lui offrirent tout l'argent qu'il en voudrait tirer, enfin ils lui montrèrent le bâton de maréchal de France qu'il avait si bien mérité.

 

Coëtlogon demeura inflexible, dit qu'il ne voudrait pas vendre ce qu'il n'avait point voulu acheter, protesta qu'il ne ferait point ce tort aux officiers de la Marine, de priver de leur fortune ceux que leur service et leur ancienneté devaient faire arriver après lui. On sut cette généreuse réponse moins par lui que par les gens qui lui avaient été détâchés et par les plaintes du peu de succès ; le public y applaudit et la marine en fut comblée”.

Dans sa quatre-vingt-quatrième année, le vice-amiral de Coëtlogon se retire définitivement chez les Jésuites de Paris pour se préparer à la mort. Ses neveux René Charles Elizabeth, vicomte de Loyat, et Charles Elizabeth de Coëtlogon deuxième fils de son frère Guy, qui relevé de ses voeux de diacre, a épousé en 1722 Marie de Vétéris du Revest et est châtelain de Romilly sur Seine depuis 1719, sollicitent à son insu le bâton de Maréchal pour leur oncle. Le comte de Toulouse, qui a eu le lieutenant général de Coëtlogon sous ses ordres à la bataille de Velez Malaga, intervient en sa faveur auprès du cardinal de Fleury qui écrit au bas de la requête présentée par ses neveux : "les longs services de Mr de Coëtlogon et son grand âge paraissent mériter que le Roi ait la bonté de l'honorer du bâton de Maréchal de France, le 1er juin 1730". Le Roi écrivit de sa main "Bon" suivi de sa signature "Louis". Le brevet des "Provisions de Maréchal de France pour Mr le Marquis de Coëtlogon, vice amiral de France" fut signé le jour même, car notre héros approchait de sa fin.

"Son confesseur - écrit Saint Simon - lui annonça cet honneur ; il répondit qu'autrefois il y aurait été fort sensible, mais qu'il lui était indifférent en ces moments où il voyait plus que jamais le néant du monde qu'il fallait quitter, et le pria de ne plus lui parler que de Dieu, dont il ne fit plus que s'occuper uniquement". Le Maréchal de Coëtlogon s'éteignit six jours plus tard ; dans son testament daté du 6 juin 1730, veille de sa mort, il déclare :

“avoir choisi sa sépulture dans l'église du noviviat des Jésuites, à Paris, sans que son corps soit transporté s'il se peut à l'église paroissiale au moyen de ce que l'on conviendra avec Monsieur le Curé de Saint-Sulpice de donner pour la paroisse. Veut et ordonne que son enterrement soit simple sans écussons ny marques de distinction, sans y convier personne. Il ne sera point fait de service ny dire de messes autres que celles qu'il ordonnera cy après...”.

 

Dans ce testament, il donne un tiers de sa fortune aux oeuvres et pour faire célébrer des messes à sa mémoire ; un tiers à ses serviteurs et le troisième tiers à ses neveux et petits neveux, dont cinquante mille livres à son petit neveu César de Coëtlogon, cinquième marquis, maître de camp et chef de la famille.

Malgré son désir, le maréchal fut inhumé dans l'église de Saint Sulpice, rue Garancière en présence le 9 juin de ses neveux René Charles Elizabeth de Coëtlogon, vicomte de Loyat et Charles Elizabeth de Coëtlogon, Seigneur de Romilly. L'inscription suivante aujourd'hui disparue, fut gravée sur sa tombe : "ci-git, Alain Emmanuel Marquis de Coëtlogon, Maréchal et Vice Amiral de France, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Croix de l'Ordre royal et militaire de Saint Louis, Conseiller d'Etat au Conseil Royal de Marine, Capitaine Général pour le Roi d'Espagne dans les mers occidentales d'Amérique, décédé le 7 juin 1730". Il ne reste plus trace de l'endroit où il repose depuis plus de deux cent-soixante ans ; dans l'enfeu familial de l'église de la Trinité Porhoët, les marques des dignités de vice amiral et de maréchal de France ont été sculptées, à côté des décorations épiscopales de son frère François, évêque de Quimper et de son neveu Louis, évêque de Saint Brieuc puis de Tournai. On prétend que son coeur aurait été enterré dans le cimetière de Loyat et aurait été retrouvé dans un vase de plomb lors de l'inhumation du comte de Champigny, député de Ploërmel.

L'homme et le chef

Alain Emmanuel de Coëtlogon est d'une taille élevée comme ses trois frères René, François et Louis ; il a une stature de chêne des traits taillés dans le granit breton et une énergie froide et farouche. Saint Simon le juge doux et probe : "il avait acquis, écrit-il, l'affection et l'estime de toute la Marine ; il avait du sens avec un esprit médiocre mais fort suivi et appliqué ; il était un des plus braves et meilleurs hommes de mer qu'il y eut. Audacieux, mais prudent il fut toujours avare du sang de ses subordonnés" (Turpin).

Dans le brevet le nommant Maréchal de France, qui relate les hauts faits de sa vie maritime, nous pouvons lire sous la signature du Roi : "Il a donné dans toutes les occasions des preuves distinguées de son zèle infatigable pour le service de notre Etat et d'un courage intrépide ; il s'est trouvé à onze combats... c'est pourquoi nous avons résolu de l'élever à la dignité de Maréchal de France, pour honorer en sa personne la vertu la plus pure et le plus parfait désintéressement". Sa bravoure au combat et son acharnement se manifestent en particulier dans les actions individuelles ; bien qu'il n'ait jamais commandé en chef de grandes escadres, ses talents militaires et sa renommée sont parvenus jusqu'à nous.

D'une simplicité exemplaire et d'une modestie incomparable, ce célibataire austère et peu tenté par les plaisirs de la Cour ; il se satisfait des joies familiales, en consacrant ses loisirs à ses neveux et petits neveux. Le chevalier de Coëtlogon, vice amiral et Maréchal de France, compagnon de Tourville qu'il vénérait et de Chateaurenault, son parent, fut un grand marin de Louis XIV, qui fit honneur à son blason et à la devise de sa très ancienne maison "De tout temps Coëtlogon".

BLASON

 

Dans le 6e arrondissement de Paris entre la rue d'Assas et la rue de Rennes, on trouve une rue de Coëtlogon. A Rennes l'avenue qui conduit de la route de Saint Malo au château de la Lande Coëtlogon en Pacé, acheté par le département pour en faire une école de laiterie, porte le nom de Coëtlogon, vice-amiral et Maréchal de France.

Au XIXe siècle, un vieux croiseur puis un transport lancé en 1920, ont porté le nom de Coëtlogon.

ANNEXE I GENEALOGIE...

BIBLIOGRAPHIE

- Marquis de Carné Trécesson, "Un rennais illustre : Alain Emmanuel de Coëtlogon, vice-amiral et Maréchal de France (1646-1730)", mémoires et d'archéologie de Bretagne, 1929.

- Mémoires du Marquis de Villette-Mursay, Société d'Histoire de France, 1844.

- M. Vergé-Franceschi, Les officiers généraux de la Marine (tome VII), 1990.

- Turpin, Les fastes ou tableau historique de la Marine française, 1784.

- Duc de Saint Simon, Supplément aux Mémoires, 1789.

- Chevillard, Généalogie de la maison de Coëtlogon, 1730.

- Les grands marins du règne de Louis XIV, Dussieux, 1888.

- Gérard,Vies et campagnes des plus célèbres marins français, 1825.

- Ogée, Dictionnaire historique et géographique de Bretagne.

 

ARCHIVES

Archives nationales B2 Marine 27 à 178 (1674 à 1704)

B4 Marine 23 et 25-B34 Marine 34

C1 Marine 160 et 161-C7 Marine 70

Archives départementales d'Ile-et-Vilaine et des côtes d'Armor

Archives municipales de Rennes

Archives de la famille de Coëtlogon

 

Les descendants du Maréchal de Coëtlogon

César Magdeleine, le petit neveu du Maréchal devenu cinquième Marquis de Coëtlogon à la mort de son père en 1709, Maître de camp, Syndic général des Etats de Bretagne en 1713, est exile en 1718 pour avoir protesté contre "le coup d'Etat de Dinan". Il démissionne en 1720 et reconstruit le château de Coëtlogon avec son oncle à partir de 1728. Il meurt en 1738 et est inhumé dans l'église de la Trinité Porhoët. Son frère Jean, chevalier de Malte est mort noyé en 1725 et son fils Alain Emmanuel est mort jeune. Sa fille Catherine Marie Perrine de Coëtlogon unique héritière, épouse en 1740 le Marquis Gilles René de Carné Trécesson, qui prend le titre de Marquis de Coëtlogon, meurt en 1773 et est également inhumé dans l'église de la Trinité Porhoët. Mais le neveu du Maréchal Charles Elizabeth, né en 1684, ordonné diacre contre son gré vers 1702, dit "l'abbé", châtelain de Romilly sur Seine qu'il a acquis en 1719, est relevé de ses voeux en 1722, épouse Marie du Vétéris du Revest et reprend le titre de Marquis de Coëtlogon, sixième du nom à la mort de son neveu César en 1738 ; écuyer du comte de Clermont, puis colonel du Régiment de Condé, il meurt le 16 avril 1744.

son fils Alain Emmanuel, né en 1742, devient septième Marquis de Coëtlogon en 1744, émigre à Turin en 1789 et y meurt en 1800. Son petit-fils Jean Baptiste Félicité né à Arles en 1773 est le huitième Marquis de Coëtlogon en 1800 et meurt à Rambouillet dont il est le Gouverneur de Palais en 1827. Le fils ainé de Jean Baptiste, Alain Louis, né à Florence en 1806 pendant l'émigration, deviendra neuvième Marquis de Coëtlogon en 1827 et sera Conseiller Général du Finistère et maire de Ploudaniel ; il meurt au château de Kerno en Ploudaniel en 1858. Ses frères Emmanuel, Préfet, et César Alfred, journaliste, attaquent en justice les Carné Trécesson, qui ont conservé le titre de Coëtlogon et sont condamnés par le tribunal de Pontoise en 1860. Olivier de Coëtlogon, dixième Marquis, meurt sans postérité en 1905 ; son neveu Guy né en 1880, est le onzième Marquis, et transmet à sa mort le titre à l'actuel Marquis Jean Philippe de Coëtlogon, douzième du nom, né en 1940.

 

Les châteaux de la famille de Coëtlogon

- Le château du Gué de l'Isle est sorti de la famille en 1313 par le mariage d'Aliette de Coëtlogon avec Eon de Rohan ; un château du XVe appartenant aujourd'hui aux du Bois Baudry se dresse encore à son emplacement sur les rives du Lié à Saint Etienne du Gué de l'Isle.

- Le château de Loyat près de Ploërmel, reconstruit avec le concours du Maréchal, existe toujours et appartient aujourd'hui à M. Dargnies. René Charles Elizabeth, vicomte de Loyat, est mort en 1734, quatre ans après son oncle ; son fils Emmanuel Marie lieutenant de vaisseau meurt en 1740 et son second fils Emmanuel Louis disparaît en 1791 sans descendance ; le château est vendu et le produit de la vente est réparti entre les nombreux héritiers.

- Le château des Coëtlogon Méjusseaume au Rheu près de Rennes a brûlé en 1795 après avoir été vendu pour y installer un institut agronomique, qui fonctionne toujours.

"Le château de Coëtlogon (à cinq kilomètres au nord de la Trinité Porhoët dans le bourg de Coëtlogon) présentait une longue façade tout en pierre de taille de granit, surmontée en son milieu d'un vaste fronton sculpté et armorié, flanqué à l'ouest et à l'est de deux tours demi-rondes dont l'une celle de l'ouest portait, sculptées dans sa corniche, les armoiries de plusieurs alliances de la famille. A l'est existait une chapelle communiquant par trois portes ogivales avec l'orangerie donnant elle-même au nord et accolée au bâtiment principal.

Ce bel édifice fut incendié en 1795, au lendemain du combat qui eut lieu au mois de juillet dans la direction de la Trinité Porhoët, combat où les trois mille républicains commandés par le général Champeaux furent battus par l'armée dirigée par le chevalier de Tinténiac. Celui-ci fut malheureusement tué au début de l'engagement à l'entrée du chemin qui menait dans la forêt de Coëtlogon et qu'on appelle l'avenue de Logon. Les détachements de l'armée républicaine battue mirent le feu au château. Les ruines en subsistèrent encore jusqu'en 1893, c'est-à-dire près de cent ans après l'incendie !

Les propriétaires d'alors dispersèrent aux quatre vents les matériaux ; les pierres sculptées furent vendues à des américains. Quelques-unes de ces pierres restées en France, ont été encastrées dans les murs d'une villa de Saint-Lunaire, construite par M. de Kerpezdron. L'une d'elles porte deux ancres posées en sautoir et surmontées d'une couronne ducale ; les autres portent les armes écartelées de Le Borgne d'Avautour et Bretagne, et des faisceaux de drapeaux et de clefs. Les écussons et les couronnes avaient été martelés par les révolutionnaires.

De l'esplanade qui se développait devant le château disparu on jouit vers le sud, dans la direction de Vannes, d'un panorama splendide s'étendant à plus de quarante kilomètres. La propriété appartient toujours à la famille de Carné".

 

Annexe II - Chronologie

1602 Naissance de Louise Le Méneust de Bréquigny, mère de l'amiral de Coëtlogon, qui épouse en 1613 Louis de Coëtlogon Méjusseaume.

1622 La terre de Coëtlogon, branche ainée est érigée en marquisat par Louis XIII.

1625 Naissance de Louise soeur ainée d'Alain Emmanuel.

Entre 1625 et 1634 naissances de René et Sébastien, premier et deuxième fils des Coëtlogon Méjusseaume.

1631 Naissance de François, troisième fils des Coëtlogon Méjusseaume.

1635 Naissance de Guy, quatrième fils des Coëtlogon Méjusseaume.

Déclaration de guerre à l'Espagne durant la guerre de 30 Ans.

Entre 1636 et 1645 naissance de Louis et Jean, cinquième et sixième fils des Coëtlogon Méjusseaume.

1642 Mort de Richelieu. Naissance de Tourville.

1643 Mort de Louis XIII. Mazarin, Premier Ministre. René, frère ainé de l'amiral de marie avec Philippe Hélène, héritière de
la branche ainée des Coëtlogon.

1646 Naissance d'Alain Emmanuel de Coëtlogon.

1648 Traité de Westphalie. Fin de la Guerre de 30 Ans. Début de la fronde.

1649 Exécution de Charles Ier d'Angleterre par Cromwell.

1657 René de Coëtlogon devient gouverneur de Rennes. Mort de Louis de Coëtlogon Méjusseaume, le père d'Alain Emmanuel

1659 Traité des Pyrennées. Fin de la guerre avec l'Espagne.

1660 Mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Espagne. Avènement de Charles II d'Angleterre.

1661 Mort de Mazarin. Colbert secrétaire d'Etat à la Marine.

1665 Mort de Philippe IV d'Espagne. Avènement de Charles II.

1666 Guerre entre l'Angleterre et la Hollande soutenue par la France.

1667 Guerre de Dévolution avec l'Espagne. Paix de Bréda entre l'Angleterre et la Hollande.

1668 Traité d'Aix-la-Chapelle entre la France et l'Espagne. Le frère d'Alain Emmanuel, François, devient évêque de Quimper.

1670 Alain Emmanuel entre dans la Marine. Alliance franco-anglaise.

1672 Guerre contre la Hollande (1672-1678). York (futur Jacques II) et d'Estrées défaits par Ruyter à Solebay.

1673 Combats navals de Schoonevelt et du Texel remportés par Ruyter contre les forces anglo-françaises. Naissance de René Charles Elizabeth, fils de Louis, frère d'Alain Emmanuel, futur vicomte de Loyat.

1674 Charles II d'Angleterre signe une paix séparée. René de Coëtlogon repousse Tromp à Belle Isle. Echec de Ruyter aux Antilles.

1675 Alain Emmanuel promu capitaine de vaisseau participe à l'affaire de Barbetta dans les Pouilles en Adriatique et à la prise d'Agosta avec Tourville. Campagne de Sicile dirigée par M. de Vivonne.

1676 Victoires de Duquesne à Alicuri contre Ruyter et à Augusta. Mort de Ruyter. Alain Emmanuel combat sur le Sans-Pareil à Augusta et sur l'Eclatant à Palerme.

1677 Louis de Coëtlogon achète Loyat.

1678 Evacuation de Messine. Traité de Nimègue.

1679 Naufrage du Sans-Pareil. Tourville et son équipage sauvés par Coëtlogon commandant l'Arc-en-Ciel;

1680 Crise spirituelle d'Alain de Coëtlogon. Son neveu Louis évêque de Saint-Brieuc.

1681 Ordonnance de Colbert sur la Marine.

1682 Campagne de Duquesne à Alger.

1683 Mort de Colbert. Coëtlogon commande le Bon au Danemark. Mort de son frère René, dont le fils René Hyacinthe devient gouverneur de Rennes et troisième marquis de Coëtlogon. L'Espagne nous déclare la guerre. Seignelay, fils de Colbert, secrétaire à la Marine.

1684 Bombardement de Gênes par Duquesne. Paix de Ratisbonne.

1685 Révocation de l'Edit de Nantes. Mort de Charles II d'Angleterre. Avènement de Jacques II Stuart son frère. Coëtlogon commande le Vermandois à Cadix et à Tanger et combat devant Malaga deux vaisseaux espagnols refusant le salut.

1686 Mort de René Gabriel, fils de René Hyacinthe troisième marquis.

1687 Coëtlogon prend à l'abordage un corsaire algérien.

1688 Mort de Duquesne. Guillaume d'Orange renverse Jacques II.

1689 Guerre de la Ligue d'Augsbourg contre l'Espagne, l'Angleterre, l'Empire et les Provinces Unies. Débarquement de Jacques II à Kinsale. Combat de Bantry entre Chateaurenault et Herbert. Coëtlogon commandant le Diamant maîtrise un incendie.

1690 Victoire de Bézeviers. Mort de Seignelay. Jacques II battu à la Boyne.

1691 Campagne du Large de Tourville.

1692 Victoire de Barfleur. Désastre de la Hougue. Mort du marquis René Hyacinthe de Coëtlogon.

1693 Coëtlogon participe à l'attaque du convoi de Smyrne (Lagos) et à la défense de Saint Malo.

1694 Suzanne Guyonne, héritière de son père le défunt marquis de Coëtlogon épouse le cousin germain de son père Philippe Guy (fils du quatrième frère d'Alain Emmanuel, Guy), qui devient quatrième marquis.

1697 Le capitaine de vaisseau Jacques de Coëtlogon, neveu d'Alain Emmanuel, est tué au siège de Carthagène. Traité de Ryswick.

1699 Mort de Louis de Pontchartrain ; son fils Jérôme lui succède au secrétariat d'Etat à la Marine.

1700 Mort de Charles II d'Espagne.

1701 Guerre de Succession d'Espagne (France-Espagne contre Angleterre-Hollande-Autriche). Mort de Tourville et de Jacques II Stuart. Le chevalier de Coëtlogon est nommé Lieutenant général avec le titre de marquis, qu'il n'utilisera pas.

1702 Rooke bat Chateaurenault à Vigo. Mort de Guillaume III d'Angleterre. Sa femme Anne Stuart fille de Jacques II lui succède.

1703 Campagne d'Amérique et combat du cap Roque remporté par Coëtlogon.

1704 Rooke occupe Gibraltar. Bataille de Velez Malaga.

1705 Coëtlogon commande la Marine à Brest. Son neveu Louis évêque de Saint Brieuc devient évêque de Tournai.

1706 Mort du frère du Lieutenant général François, évêque de Quimper.

1707 Mort de Louis évêque de Tournai.

1708 Débarquement de Forbin et de Jacques Stuart III à Edimbourg.

1709 Mort de Philippe Guy, quatrième marquis de Coëtlogon ; son fils César Magdeleine devient cinquième marquis.

1711 Expédition de DuguayTrouin à Rio de Janeiro.

1711 Mort de Joseph Ier d'Autriche ; son frère Charles prétendant au trône d'Espagne lui succède. Mort du Grand Dauphin.

1712 Mort du quatrième frère du Lieutenant général, Guy.

1713 Traité d'Utrecht mettant fin à la guerre de succession d'Espagne. Philippe V est reconnu comme Roi d'Espagne.

1714 Traité de Rastatt avec l'empereur Charles VI d'Autriche. Georges Ier de Hanovre Roi d'Angleterre.

1715 Mort de Louis XIV. Coëtlogon au Conseil de Marine.

1716 Coëtlogon vice amiral du Levant et Grand Croix de l'Ordre de Saint Louis.

1717 Coëtlogon nommé Conseiller d'Etat, mais ne siègera qu'à la prochaine vacance.

1724 Coëtlogon reçoit les Ordres du Roi.

1725 Mort de son petit neveu Jean de Coëtlogon, Chevalier de Malte, noyé.

1726 Coëtlogon chez les Jésuites à Paris.

1728 Coëtlogon participe à la reconstruction du château de Coëtlogon après celle du château de Loyat.

1730 Retraite définitive chez les Jésuites. Coëtlogon est nommé Maréchal de France six jours avant sa mort, le 7 juin.

 

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Notes:

1 Enterrée en 1677 à Rennes, son corps sera retrouvé intact en 1798 près d'un siècle après sa mort. Les fidèles emporteront dans des sacs la terre de son tombeau. Elle sera appelée la “sainte aux petits pochons”.

 

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