L’AMÉRIQUE ET LE MONDE
DE L’APRÈS-GUERRE FROIDE :
Le débat conceptuel

La Guerre froide permettait à la politique étrangère américaine de se fonder sur trois paradigmes simples : "endiguer" (contain) l’Union soviétique, empêcher la diffusion du communisme, promouvoir une croissance économique globale, sous direction américaine. Depuis 1989, les États-Unis doivent réévaluer leur place dans le monde, penser à nouveau leur politique extérieure, "repartir à zéro"12. D’une certaine manière, depuis l’attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la politique étrangère américaine n’a été formulée qu’en réponse à une menace posée par des ennemis. L’engagement actif à l’extérieur n’a jamais cessé depuis. Quand les armes se taisaient, la confrontation se poursuivait sous d’autres formes. L’après-Guerre froide devrait redonner aux États-Unis une véritable liberté de choix. Le regard se porte, dans un réflexe compréhensible devant l’inconnu, sur ces années cruciales où avaient été définies les grandes options vis-à-vis de l’extérieur. On va rechercher certaines études des années 1945-1949. On interroge à nouveau George Kennan, Robert Strausz-Hupé, Dean Acheson13. La référence à l’histoire oblige même à remonter à la seconde décennie du XIXe siècle, lorsqu’un "nouvel ordre mondial", arrêté au Congrès de Vienne, avait mis un terme aux guerres napoléoniennes14. Même si la compétition entre les puissances continue, la crainte d’une domination globale par la force semble avoir disparu, et avec elle, au fond, la première caractéristique de la politique internationale au XXe siècle. Les Américains ont toujours aimé utiliser des expressions-clés, des concepts significatifs d’une vision du monde et du rôle de leur pays. Le "nouvel ordre mondial" préconisé par George Bush au moment de la guerre du Golfe est le plus connu de ces concepts d’après-Guerre froide. Il n’est pas le seul. D’autres sont apparus, dans la même mouvance d’un "internationalisme triomphant" ou dans celle, bien connue, de l’isolationnisme : thèse et antithèse. L’administration Clinton semble avoir recherché une sorte de synthèse en avançant la notion d’"élargissement".

LE NOUVEL ORDRE MONDIAL

 

Les États-Unis sont naturellement triomphants pour les analystes qui s’étaient spécialisés dans l’étude de la menace soviétique et plus généralement pour ceux qui considèrent la dimension militaire comme le fondement ultime de la puissance. Il en a été de même pour l’administration Bush, qui avait un intérêt politique évident à engranger les bénéfices de la "victoire" mais dont les conceptions fondamentales insistaient aussi sur le rôle de commandant en chef du Président15. Pour ceux qui sont davantage sensibles aux aspects économiques de la puissance et qui font des comparaisons avec le Japon et l’Allemagne, le triomphe des États-Unis paraît plus modeste. D’une manière générale, l’option internationaliste triomphante est celle de la continuité dans la politique étrangère, mais avec cette caractéristique, pour certaines variantes du moins, que l’instant est à saisir, que l’Amérique doit profiter au maximum de sa position actuelle d’unique superpuissance.

Le 11 septembre 1990, George Bush présentait l’instauration d’un "nouvel ordre mondial" comme le cinquième des objectifs à atteindre dans l’affrontement avec l’Irak de Saddam Hussein. Mais c’est après la fin des hostilités, en avril 1991, qu’il donna une signification précise au concept : celui-ci voulait décrire la nouvelle responsabilité que leurs propres succès imposaient aux États-Unis. C’était une nouvelle façon de travailler avec les autres nations pour dissuader toute agression, assurer la stabilité, la prospérité et la paix. Dans le cas de l’invasion du Koweït par l’Irak, les Nations unies avaient pu fonctionner comme cela avait été prévu par leurs fondateurs et des nations du monde entier s’étaient coalisées contre l’agresseur16. Le Président ajouta cependant que la recherche d’un nouvel ordre mondial restait en grande partie un défi : il fallait y œuvrer pour écarter les dangers de désordre. Le monde restait dangereux et avait besoin du leadership américain. Les États-Unis ne pouvaient rester en retrait17.

En fait, il n’y avait rien de très nouveau dans le nouvel ordre mondial de George Bush. Le secrétaire d’État James Baker n’a pas donné de contenu véritable au concept en dehors d’un souci constant de la "stabilité"18. Il y a, dans la responsabilisation des États-Unis, une continuité certaine avec la pratique de la Guerre froide mais la clé du nouvel ordre mondial semble bien n’être que le maintien du statu quo. C’est la vision d’un monde qui n’aurait pas réellement changé. Les dangers évoqués sont l’instabilité et l’incertitude19. L’Amérique deviendrait alors le principal gardien de la stabilité et de l’ordre, contre tout État menaçant la tranquillité du système international20. Il y aurait un leadership global, qui agirait dans le cadre d’une réponse collective. Les États-Unis seraient en quelque sorte le catalyseur, la conscience des démocraties.

Le concept de nouvel ordre mondial a donné lieu à de nombreuses analyses critiques, d’autant plus qu’il avait eu l’occasion d’être "mis en œuvre" avec le conflit du Golfe. En dehors de la volonté de punir l’agression, un autre objectif est apparu dans ce conflit : la nécessité de détruire la machine militaire irakienne. L’argument, lié au concept de nouvel ordre mondial, n’était pas éloigné de la justification d’une guerre préventive21. Les bombardements dont l’Irak fit encore l’objet en janvier 1993, dans les derniers jours du mandat de George Bush, sont venus renforcer cet aspect du concept de nouvel ordre mondial. Pour d’aucuns, la guerre dans le Golfe n’a pas créé les conditions d’une paix meilleure. Les États-Unis joueraient un rôle impérial en se déchargeant des devoirs classiques qui incombent à un empire, à savoir ramener la paix et l’ordre civil après la guerre. Cette disjonction entre puissance et responsabilité mettrait en doute la capacité de la nation américaine à veiller militairement à l’instauration d’un nouvel ordre mondial22. Les limites de cette étude - dont l’objet n’est pas la politique étrangère de George Bush - ne permettent pas d’épiloguer pour savoir si le concept de nouvel ordre mondial est mort à Sarajevo, comme l’a dit Pierre Hassner23. Il faut toutefois mentionner que l’opération Restore Hope menée en Somalie à partir de décembre 1992 a apporté une dimension supplémentaire. Cette fois, il s’est agi d’une intervention purement "humanitaire", où les États-Unis n’avaient apparemment aucun intérêt stratégique ou économique en jeu. Il y avait cependant un point commun avec l’engagement dans le Golfe : le déploiement militaire était impressionnant mais l’objectif politique à long terme n’était pas clairement défini. Le nouvel ordre mondial semble décidément très lié à une capacité militaire opérationnelle. En effet, s’il a été décidé d’intervenir plus rapidement en Somalie qu’en Bosnie par exemple - où l’intervention n’a eu lieu qu’une fois la paix imposée d’ailleurs - c’est parce que les militaires ont estimé que c’était beaucoup plus "faisable" dans le premier cas24.

Le sénateur Malcolm Wallop (Républicain, Wyoming) a plaidé pour une interprétation plus activiste du concept de nouvel ordre mondial. Ronald Reagan avait qualifié l’URSS d’"empire du mal". Wallop n’hésite pas à qualifier les États-Unis d’"empire du bien25. C’est, selon lui, l’unique pays dévoué aux notions universelles de liberté et de justice et cela lui donne des responsabilités mondiales. La géographie contraint l’Amérique à rester engagée et active au dehors. Cela doit se faire par la puissance maritime et, surtout, par la maîtrise de l’espace. Ce deuxième champ stratégique est du même type que le premier : les espaces intersidéraux sont les mers du futur. La maîtrise de l’espace est le nouveau challenge pour les Américains, la "nouvelle frontière"26.

En mars 1992, une version du Defense Planning Guidance du Pentagone, qui n’était pas destinée à être rendue publique, est dévoilée par le New York Times et provoque une certaine sensation par son interprétation du concept de nouvel ordre mondial. Le texte a été rédigé par des fonctionnaires du département d’État et du Pentagone, sous la direction du sous-secrétaire à la Défense chargé des Affaires politiques, Paul D. Wolfowitz, et en liaison avec le Conseil national de sécurité. Le rapport Wolfowitz affirme la volonté des États-Unis de garder leur statut de superpuissance unique. Il souligne le rôle privilégié, à cette fin, de la puissance militaire. Celle-ci devra éventuellement être utilisée de façon unilatérale par les États-Unis car l’ordre international est, en définitive, garanti par eux. L’Europe et le Japon devront être empêchés de porter ombrage à la domination américaine. L’OTAN, véhicule des intérêts américains en Europe, doit rester le premier garant de la sécurité sur le vieux continent27.

La presse reprocha au Pentagone de chercher à définir un agenda politique pour l’après-Guerre froide et d’attribuer brutalement aux États-Unis ce rôle de "gendarme du monde" qu’on les soupçonne souvent de vouloir jouer. Mais si ce rapport fut rédigé, c’est à cause de l’absence de directive en provenance de la Maison Blanche ou du Congrès28. Le nouvel ordre mondial n’étant pas suffisamment défini par les autorités politiques, certaines autorités militaires crurent bon de préciser leur propre vision des intérêts américains. Celle-ci correspondait à un "unilatéralisme global", position soutenue par certains conservateurs qui croient que les États-Unis doivent agir seuls pour imposer la paix au monde.

unipolaritÉ ET GESTION DE L’INTERDÉPENDANCE

 

Pour le journaliste Charles Krauthammer, le monde de l’après-Guerre froide est unipolaire et les États-Unis sont la superpuissance incontestée. Dans une génération, d’autres grandes puissances auront émergé et pourront rivaliser avec eux mais, en attendant, c’est l’"instant unipolaire" 29. Si les États-Unis sont prééminents, c’est parce qu’ils sont le seul pays dont les atouts soient à la fois militaires, diplomatiques, politiques et économiques. Cela leur permet d’être le joueur décisif dans n’importe quel conflit partout dans le monde. La guerre du Golfe, comme celle de Corée, a été l’occasion d’un pseudo-multilatéralisme. En réalité, les États-Unis ont réagi seuls mais, pour sacrifier à l’autel de la sécurité collective, ils ont recruté des alliés et ont cherché à obtenir l’aval du Conseil de sécurité. L’Amérique, comme la Grande-Bretagne auparavant, est une nation commerçante, maritime, échangiste, qui a besoin d’un environnement mondial ouvert et stable. Si elle abdique et que le monde se peuple de Saddams Husseins, son économie sera gravement atteinte. Les engagements extérieurs sont une charge mais aussi une nécessité. La stabilité internationale n’est jamais donnée. Si l’Amérique la veut, elle devra la créer car personne ne le fera à sa place.

Le concept d’unipolarité offre une alternative à la politique étrangère américaine. Il implique la reconnaissance, au centre du système mondial, d’une confédération occidentale où, comme dans la construction européenne, des abandons progressifs de souveraineté seraient prévus. Le G-7, sorte de comité occidental des finances, en est une préfiguration. Autour de cette confédération occidentale tourneraient des cercles concentriques : celui des États est-européens, qui deviendraient progressivement des membres associés, celui des États en développement, dont certains (Corée du Sud, Brésil, Israël) pourraient s’attacher davantage au centre30. L’objectif est d’arriver à un marché commun mondial, ce que décrivait Francis Fukuyama dans son célèbre essai sur la "fin de l’histoire"31. L’universalisme des Nations unies postulait que les structures allaient produire la communauté mais cela s’est avéré une erreur. Il faut au contraire partir de la communauté démocratique occidentale. La périphérie s’adaptera d’elle-même. Le premier objectif est l’unification de l’Ouest industrialisé. Voilà à quoi doivent travailler les États-Unis.

Robert L. Bartley, du Wall Street Journal, n’est pas loin de Krauthammer lorsqu’il traite du rôle des États-Unis dans un monde de plus en plus interdépendant. Il faut, selon lui, travailler non pas à un gouvernement mondial mais à ce que le monde évolue pas à pas vers une plus grande unité, surtout sur le plan économique, comme on le voit en Europe avec l’Union européenne. Il faudra un nouveau Bretton Woods et une amplification des accords forgés au sein du G-732. La gestion de l’interdépendance transnationale par les États-Unis semble un des thèmes majeurs de l’internationalisme triomphant. Pour Joseph Nye, cela doit se faire par des instruments variés comme le GATT, le Fonds monétaire international, le Traité de non-prolifération nucléaire, l’Agence internationale de l’énergie atomique33. Pour lui aussi cependant, la guerre du Golfe a renversé l’idée que la puissance économique s’était désormais substituée à la puissance militaire. L’Amérique conserve, en matière de puissance, une gamme de ressources plus vaste que celle de n’importe quel autre pays. Elle dispose en particulier des atouts de la puissance "dure" et de ceux de la puissance "douce". La première est la capacité de commander à autrui, en se servant de moyens matériels comme la force militaire ou la force économique. La seconde est la capacité d’obtenir la coopération des tiers plutôt que leur obéissance, en les amenant à faire ce qui est demandé. Elle est associée à des ressources immatérielles comme la culture, l’idéologie et le recours aux institutions internationales. Dans la crise du Golfe, il était capital d’acheminer rapidement des troupes en Arabie Saoudite, mais il était tout aussi important d’obtenir des Nations unies une résolution condamnant l’intrusion de l’Irak au Koweït comme une violation du droit international34. Pour Joseph Nye, les États-Unis ne doivent pas être les gendarmes du monde si l’on précise "à eux seuls". Les États-Unis doivent prendre la tête de la communauté internationale car le monde est confronté aujourd’hui à des problèmes transnationaux. "Gérer l’interdépendance", voilà la principale raison pour laquelle l’Amérique doit s’employer à assurer le leadership mondial et en faire le noyau de sa politique étrangère.

L’Amérique peut alors devenir le "grand arrangeur"35. Le concept évoque d’une part un rôle d’arbitre bienveillant ou d’"honnête courtier" et, d’autre part, le jeu traditionnel de la Grande-Bretagne qui, aux XVIIIe et XIXe siècles, tenait la balance de l’équilibre en Europe. Il y eut d’autres grands arrangeurs dans l’histoire : l’Athènes des guerres médiques jusqu’à la veille de la guerre du Péloponnèse, quand sa prééminence se mua en impérialisme ; la papauté des XIIe et XIIIe siècles ; l’Autriche de 1812 à 1818. Le signe distinctif du grand arrangeur est sa capacité à faire correspondre ses intérêts nationaux avec ceux d’autres États et avec les aspirations de la société internationale. Dans un monde où les différentes sociétés et le système international lui-même évoluent dans des directions nouvelles, les États-Unis devront arriver à "gérer" le changement et l’instabilité de façon à ce que les valeurs et les intérêts américains essentiels ne soient pas lésés. Chez certains analystes, la gestion de l’interdépendance transnationale peut prendre des formes plus précises encore.

fÉDÉralisme mondial ET NOUVELLE "DESTINÉE MANIFESTE"

 

Dans son effort de réflexion sur le rôle mondial des États-Unis après la Guerre froide, la revue Orbis est allée rechercher la pensée de son père fondateur, Robert Strausz-Hupé36. En 1957, celui-ci avait repris, pour la première livraison d’Orbis, le thème de sa dissertation doctorale parue en 1945 : "l’équilibre de demain"37. Strausz-Hupé écrivait sans ambage qu’il s’agissait pour les États-Unis d’unifier le globe sous leur leadership en l’espace d’une génération. L’établissement de cet ordre universel était devenu la seule alternative à l’anarchie. Pour lui, l’État-nation était une odieuse invention de l’idéologie française et "la force la plus rétrograde du vingtième siècle". Elle n’avait produit que violences et dictatures. Strausz-Hupé se faisait l’apôtre d’un fédéralisme mondial. Il voyait l’histoire du XXe siècle comme celle d’une lutte entre le "pouvoir fédératif" et le nationalisme en tant que principes organisateurs de la politique mondiale. Les États-Unis étaient les seuls vrais dépositaires du principe de la puissance fédérative. En 1957, Strausz-Hupé prévoyait que, dans leur duel avec l’URSS, les États-Unis l’emporteraient grâce à la supériorité de leur système. Le rêve américain allait devenir universel. Le pouvoir fédératif américain consistait déjà en trois éléments : son centre, les États-Unis eux-mêmes, avec son contrôle de facto sur l’hémisphère occidental et la région du Pacifique ; ensuite l’alliance euro-américaine ; enfin le leadership à l’ONU. L’OTAN, où Strausz-Hupé fut ambassadeur, représentait pour lui le noyau du processus fédératif mondial38. La mission du peuple américain était d’"enterrer" les États-nations. Ainsi s’accomplirait le nouvel ordre mondial, novus orbis terrarum 39.

Il est étonnant que Strausz-Hupé, qui a fui les nazis et les a combattus, ne puisse s’empêcher de leur emprunter la nécessité d’une représentation globale, une Weltanschauung, pour que l’Amérique puisse exercer sa poussée impérialiste au dehors. Il ne s’est pas contenté de l’internationalisme libéral de Franklin Roosevelt. Il a fallu qu’il articule une vision géopolitique. Pour Robert Strausz-Hupé, l’esprit d’ouverture et d’accueil des Américains les rend aptes à devenir les architectes d’un empire sans impérialisme. La culture anglo-saxonne peut servir de pont idéal entre les anciennes cultures et la nouvelle culture mondiale qui doit émerger40. L’idée d’un fédéralisme mondial a été reprise par Strobe Talbott dans le magazine Time 41. Pour lui aussi, d’ici une centaine d’années, la nationalité telle que nous la connaissons sera devenue "obsolète" ; tous les États reconnaîtront une seule autorité globale. Pour lui aussi, l’OTAN a été l’expérience la plus ambitieuse, la plus durable et la plus réussie de sécurité collective et de dilution des souverainetés nationales. Les institutions financières multilatérales, GATT et FMI, sont pour lui les "proto-ministères" du commerce, des finances et du développement d’un monde unifié42. Le fédéralisme mondial n’est pas encore, cependant, le concept le plus surprenant de l’internationalisme triomphant de l’après-Guerre froide.

Pour Ben J. Wattenberg, vice-président de Radio Free Europe et de Radio Liberty et membre de l’American Enterprise Institute, les États-Unis doivent reconnaître leur "nouvelle destinée manifeste"43. Il reproche à l’unipolarité de Charles Krauthammer de déprécier la souveraineté et ne voit pas quel est l’objectif de la gestion de l’interdépendance transnationale préconisée par Joseph Nye44. Cet objectif doit être la promotion de la démocratie de type américain. L’Amérique peut vivre avec des démocraties sociales de type européen mais elle peut essayer d’en "déterminer l’évolution". Le numéro un de demain sera celui qui déterminera la culture démocratique globale et, pour Wattenberg, seuls les Américains ont le sens de la mission dans ce domaine. C’est leur "destinée manifeste". Ils ont les meilleures armes culturelles : le monde du spectacle et des médias, la langue anglaise, l’immigration, le tourisme, les universités, les systèmes d’information. Il faut donc encourager la diffusion des programmes télévisés américains, des films, de l’anglais, la venue des touristes et des étudiants aux États-Unis. Il faudra inclure l’entertainment business dans les négociations du GATT ! L’information fait partie de la politique étrangère, comme la force armée, la diplomatie, le renseignement, et son importance s’accroît. Wattenberg le dit explicitement : un monde unipolaire, c’est une bonne idée, "si l’Amérique est réellement le seul pôle" 45.

LE NÉO-ISOLATIONNISME

 

Pour les néo-isolationnistes, les États-Unis ne peuvent plus se permettre une politique étrangère internationaliste à base de prouesses militaires et économiques. Un budget de la Défense qui, dans les années 1990, approcherait encore les 300 milliards de dollars par an, ce n’est plus supportable pour un pays où le poids de la dette ne fait que s’accroître, où l’infrastructure est dégradée, où le système d’éducation est en faillite, où le taux d’épargne est des plus bas et où manque la volonté pour investir à long terme46.

Dans l’histoire des États-Unis, l’isolationnisme n’a jamais signifié une volonté d’isolement total du reste du monde. Les relations économiques avec l’outre-mer devaient être poursuivies. C’est sur le plan politique que les isolationnistes préconisaient le détachement. Rejetant la sécurité collective et les alliances nécessaires au maintien de l’équilibre des forces, l’isolationnisme résidait essentiellement dans une volonté de non engagement, un refus de faire des promesses en matière de sécurité qui puissent enlever à l’Amérique sa totale liberté d’action47. Avant la Seconde Guerre mondiale, l’isolationnisme, un mouvement surtout républicain, voulait que les États-Unis se tiennent à l’écart de l’Europe et de ses conflits et, en même temps, qu’ils empêchent toute intervention européenne dans les affaires du continent américain, suivant en cela la "doctrine Monroe". Avec la Guerre froide, la plupart des Républicains isolationnistes se muèrent en croisés de l’anti-communisme. Dans les années 1960, l’intervention au Viêt-nam suscita un deuxième isolationnisme, opposé à la guerre mais favorable à l’Alliance atlantique et à la coopération internationale48. Depuis 1989-1991, la première tendance se retrouve dans le néo-isolationnisme nationaliste et "populiste" de Patrick Buchanan.

Patrick Buchanan, ancien assistant des présidents Nixon et Reagan et commentateur sur CNN, fut le candidat isolationniste de la droite du Parti républicain aux primaires présidentielles de 1992 et de 1996. Rejetant le concept d’unipolarité de Charles Krauthammer, il voulait d’abord soumettre tous les objectifs de la politique étrangère américaine à une question : se battrait-on pour cela ? Il prônait un retrait total des forces américaines d’Europe, de Corée et d’Asie mais pas un désarmement. Il était favorable à un système de défense anti-missiles et n’admettait pas que l’US Navy négocie sa primauté. Les États-Unis devaient rester la première puissance sur les mers, dans les airs et dans l’espace49. Toute intervention n’était donc pas exclue mais elle ne serait pas terrestre. Buchanan s’était opposé à l’expédition dans le golfe Persique. Il pensait que l’altruisme américain avait été suffisamment exploité. Il voulait revenir à la doctrine Monroe et, tout en reconstruisant l’infrastructure économique des États-Unis, étendre les relations commerciales avec le reste du continent américain. Il appelait ses compatriotes à un renouveau patriotique et nationaliste50. Au fond, les vues de l’isolationnisme populiste pourraient rejoindre celles des unilatéralistes globaux du Pentagone dans leur désir d’une Amérique hégémonique, si l’hégémonie ne coûtait pas si cher51. Sans atteindre au populisme de Buchanan, les arguments néo-isolationnistes n’ont pas manqué pour que les États-Unis déposent ou, à tout le moins partagent, leur fardeau.

DÉpÔt du fardeau et PRÉALABLE DU RENOUVEAU INTÉRIEUR

 

Pour Ted Galen Carpenter, directeur d’études au Cato Institute, les États-Unis ont besoin d’une stratégie indépendante, libérée des engagements de sécurité obsolètes, coûteux et dangereux52. Ils ne doivent plus porter, comme le géant Atlas dans la mythologie, le poids du monde sur leurs épaules. Il faut définir avec plus de précision les intérêts vitaux et s’abstenir du réflexe interventionniste. Les conflits locaux en Europe, comme celui dans l’ex-Yougoslavie, ne menacent pas les intérêts américains et ne valent pas la peine de risquer des vies américaines. Le système des alliances est dépassé. L’OTAN a vécu53. Il faut cependant garder un certain rôle, même une activité certaine dans les domaines économique, culturel et diplomatique. Mais vouloir maintenir une présence militaire significative en Europe réduit à un sens étroitement militaire l’influence américaine et, de plus, est choquant pour les Européens, qui partagent un même héritage démocratique et culturel. Le Japon exerce bien une influence sans passer par l’instrument militaire. En fait, les valeurs américaines sont en elles-mêmes une source d’influence considérable. Il faut revenir aux paroles de John Quincy Adams : "L’Amérique souhaite la liberté et l’indépendance pour tous mais elle n’en est le champion et le justicier que pour elle-même" 54. Carpenter admet que le système international est pour l’instant unipolaire mais selon lui cela ne durera pas : c’est un "mirage qui s’évanouira bientôt". Le désir des Européens de constituer un front commun sur les questions de sécurité n’est encore qu’à l’état embryonnaire mais le mouvement est visiblement amorcé55.

Robert W. Tucker adopte une position similaire. Les raisons qui ont poussé l’Amérique à jouer un si grand rôle pendant un demi-siècle ne sont plus valides. Dans le monde de l’après-Guerre froide, la sécurité des États-Unis, au sens étroit comme au sens large, n’est plus vraiment menacée56. Le leadership américain ne survivra pas à la Guerre froide. Il serait beaucoup plus compliqué pour les États-Unis - et aussi moins attrayant pour la nation américaine - d’assurer l’ordre que de défendre la liberté. Et le reste du monde ne manquerait pas de se défier du nouveau gendarme du monde, avec un sentiment mêlé d’ingratitude et de ressentiment.

Il est temps d’être modeste ! Il fallait bien combattre le nazisme puis le communisme. Mais maintenant ? Quel besoin de maintenir l’OTAN ? La force de l’inertie. Il faut revenir au message d’adieu de George Washington, renoncer aux alliances "empêtrantes" (entangling alliances). L’exemple américain suffit. Il ne faut plus maintenir des armées dans le monde entier57. L’âge des superpuissances est révolu. Celles-ci doivent s’adapter. Les leçons de la guerre du Golfe sont trompeuses. Il y aura encore des crises mais elles auront en elles-mêmes une capacité d’auto-limitation, étant donné la nouvelle fragmentation de la puissance. La politique américaine s’adaptera en conséquence. Elle veillera à maintenir en quarantaine la violence régionale, à compartimenter l’instabilité régionale, sans intervenir activement58. Tout au plus l’Amérique pourra-t-elle encourager les équilibres régionaux. Le monde n’a plus besoin des États-Unis comme en 194559. Les temps sont redevenus "normaux", écrit Jeane Kirkpatrick, ancien ambassadeur à l’ONU et professeur à l’université Georgetown. Les États-Unis ont le droit de redevenir eux aussi un pays "normal". La Guerre froide a donné trop d’importance aux affaires étrangères. Aujourd’hui les objectifs de l’Amérique sont d’abord d’ordre domestique. Il faut reconstruire une société meilleure60.

La puissance est devenue essentiellement économique et c’est sur ce plan que va se dérouler la principale compétition. Les États-Unis doivent se dégager de l’outre-mer et faire du renouvellement intérieur leur priorité. Il n’y a plus de réels ennemis mais il n’y a plus de vrais alliés61. Car l’Europe et le Japon ne resteront pas simplement des puissances économiques mais deviendront aussi des puissances militaires. Il faut rejeter l’illusion qu’une politique étrangère globaliste conduira à un monde modelé sur les valeurs américaines. Au contraire, à vouloir jouer à tout prix la superpuissance, l’Amérique ne fera que s’épuiser davantage. La guerre du Golfe a déjà levé un coin du voile sur cette nouvelle configuration où les États-Unis loueraient leurs mercenaires pour défendre la communauté mondiale, révélant ainsi l’état désastreux de leur économie. L’Amérique doit mettre de l’ordre chez elle, non seulement sur le plan économique mais aussi sur le plan socio-culturel car le développement séparé des communautés et le maintien des ségrégations pourraient conduire à une balkanisation sociale62. Quand le renouveau intérieur aura été opéré, mais alors seulement, l’Amérique pourra réfléchir au maintien d’une certaine collégialité globale qui ne viendrait toutefois qu’en deuxième position après les intérêts nationaux américains.

Au XIXe siècle, l’isolationnisme fut, pour les États-Unis, une stratégie réaliste et adaptée. Au début du XXe, diverses pressions intérieures continuèrent à le soutenir, en dépit des conditions nouvelles qui en faisaient une dangereuse illusion. Il est permis d’avoir des doutes quant à la similitude de situation avec le XIXe siècle, même si la menace de l’adversaire hégémonique désigné a disparu. Les États-Unis sont-ils capables d’avoir une politique étrangère sans avoir un "rôle" ? L’isolationnisme n’est pas une option sérieuse. Les États-Unis ont été fondés sur des principes universels et veulent rester un exemple pour l’ensemble du monde. Ils ne pourraient abandonner leur vocation universaliste sans se renier eux-mêmes et, plus grave encore, sans risquer de se dissoudre en une cacophonie de tribus rivales : Noirs, Hispaniques, fondamentalistes chrétiens, etc.63.

NOUVEL INTERNATIONALISME ET SÉCURITÉ MULTILATÉRALE

 

L’internationalisme pratique pourrait bien être, selon Richard Gardner, le concept unificateur de la politique étrangère américaine pour l’après-Guerre froide64. Ce concept veut éviter les extrêmes que sont l’isolationnisme, l’unilatéralisme global et le multilatéralisme utopique. Il envisage, pour les États-Unis, un rôle de leadership dans l’édification, avec d’autres nations, d’un ordre de paix, par l’intermédiaire d’organisations internationales qui fonctionnent65. Les institutions internationales organisant la défense (OTAN) ou la sécurité collective (ONU, CSCE à un niveau moindre) peuvent être des "multiplicateurs de force" pour la politique américaine, spécialement quand la situation ne demande pas une solution militaire immédiate66. Il y a intérêt à étendre, par l’intermédiaire des Nations unies, le règne du droit international. Cela contribuera à fournir un point de référence dans un monde qui, depuis la fin de la Guerre froide, manque de certitudes. Cela peut rendre les événements internationaux plus "prévisibles". L’Amérique a toujours eu besoin d’une dimension morale dans sa politique étrangère. Le soutien des institutions internationales vouées à la sécurité collective et au maintien de la paix pourrait redonner à la politique étrangère américaine sa dimension morale, tout en servant les intérêts nationaux. Selon James Chace, le nouvel internationalisme doit conduire les États-Unis à renforcer l’Organisation des Nations unies, comme c’était leur objectif après la Deuxième Guerre mondiale. Ils doivent aussi prendre la tête dans la recherche de nouvelles structures de préservation de la paix et d’accroissement de la prospérité67.

La "sécurité multilatérale" est un des concepts qui ont inspiré la politique extérieure de l’administration Clinton. Selon cette doctrine, parfois identifiée au secrétaire d’État-adjoint pour les Affaires politiques Peter Tarnoff, les États-Unis n’utiliseraient plus la force que dans un contexte multilatéral, à moins que certains de leurs intérêts vitaux soient en jeu. L’accent serait mis non seulement sur les mécanismes de la sécurité collective mais aussi sur une politique de "sécurité coopérative". Celle-ci, plutôt que de contrer les menaces, s’efforcerait de les prévenir, par une extension des accords bilatéraux et multilatéraux de maîtrise des armements. Les sévères critiques reçues par l’administration Clinton pour son premier traitement des crises bosniaque et somalienne ont conduit le Président et son équipe à abandonner quelque peu leur concept de sécurité multilatérale68. Ils ont tenu à rappeler que l’action unilatérale était toujours à envisager, que le multilatéralisme était un moyen, non une fin en soi69.

L’indépendance stratégique et le maintien de l’équilibre des forces

 

Lié à la possibilité d’une action multilatérale, le concept d’"indépendance stratégique" a fait son apparition pour désigner la posture de "balancier au large" (offshore balancer) que devraient adopter les États-Unis dans un monde multipolaire70. Au cœur du concept d’endiguement se trouvait la volonté d’empêcher que l’Eurasie soit dominée par une puissance hégémonique. Cet objectif resterait inchangé mais, au lieu d’assumer la responsabilité première pour contenir la montée d’un "hégémon", les États-Unis s’appuieraient sur un réseau d’équilibres globaux et régionaux des puissances. L’indépendance stratégique mise sur les avantages géopolitiques inhérents aux États-Unis : leur insularité, leur dotation en armes nucléaires, leur éloignement des théâtres de crise potentiels, leurs capacités militaires. Dans un système multipolaire, une grande puissance insulaire jouit de la plus large gamme d’options stratégiques. Elle peut aussi bénéficier des rivalités entre les autres puissances. C’est ainsi qu’au milieu des années 1890, l’Amérique tirait parti de l’instabilité européenne, comme la Grande-Bretagne l’avait fait auparavant71.

Voilà du vieux vin dans de nouveaux fûts : l’indépendance stratégique ne fait que reproduire le vieux concept de maintien de l’équilibre des forces. Pour l’Amérique, il s’agirait d’empêcher la guerre en faisant rapidement contrepoids face aux agresseurs potentiels. Il serait plus difficile de mobiliser l’opinion car le but serait de préserver la paix plutôt que de contrer une puissance hégémonique, ce qui était plus facile à expliquer au public72. On ne s’étonnera pas de retrouver le concept d’équilibre des forces sous la plume d’Henry Kissinger. Pour lui, le monde dans lequel nous entrons sera infiniment plus compliqué que celui de la Guerre froide. Les États-Unis devront obligatoirement admettre qu’ils ne pourront s’occuper de tous les problèmes à la fois : ils devront opérer une sélection. Certaines menaces nécessiteront une intervention américaine unilatérale, d’autres seront seulement traitées de façon multilatérale, enfin certaines ne concerneront pas les intérêts américains et ne mériteront pas une intervention militaire. Il ne faut pas espérer édifier un ordre mondial basé sur un sens de la communauté qui répondrait aux attentes américaines. L’objectif doit être plus limité et Kissinger applaudit à la création d’une zone américaine de libre-échange débutant avec le Mexique, le Canada et les États-Unis. D’une façon générale, l’Amérique doit travailler au maintien de l’équilibre des forces, particulièrement au Moyen-Orient, en Asie et en Europe. Une telle politique connaît peu d’ennemis et d’amis permanents73.

Le monde de l’après-Guerre froide donnera l’occasion d’appliquer ce système avec davantage de souplesse. Il y aura davantage de puissances de niveau égal et les différences idéologiques s’estompant, les alignements seront moins rigides. L’équilibre des forces restera le seul jeu possible et les États-Unis seront l’indispensable "balancier"74. En jouant ce rôle, l’Amérique jouera celui de l’Angleterre au XIXe siècle. La Pax Britannica a permis la paix parce qu’une puissance, sans dominer vraiment, servait de leader, veillait au respect des règles et avait la volonté d’intervenir, au besoin par la force, pour maintenir la stabilité du système75. Les États-Unis sont dans la position de l’Angleterre après 181576. Ils peuvent jouer le rôle de l’"honnête courtier" - si tant est que l’Angleterre a vraiment joué ce rôle en 1815 : elle a d’abord veillé à ses intérêts77.

Splendide isolement et engagement global sélectif

 

La ressemblance avec les vues britanniques au lendemain des guerres napoléoniennes va jusqu’à l’adoption possible, pour certains, du concept de "splendide isolement". Vainqueur incontestable de la lutte gigantesque contre la France et puissance aux intérêts mondiaux, l’Angleterre de 1815 avait décidé de ne pas trop s’impliquer dans les affaires européennes et de se concentrer sur l’accroissement de sa richesse par l’expansion de son empire colonial. Pour les tenants américains de ce type de politique, il faut maintenir une forte marine pour projeter la puissance autour du globe ; il ne faut pas stationner de grandes unités terrestres outre-mer ; il faut réduire le nombre et la dimension des bases aériennes en Europe, dans le Pacifique et l’océan Indien. La plupart des crises régionales devraient être résolues par les puissances régionales et les États-Unis n’interviendraient militairement qu’en dernier recours, quand cela servirait leurs intérêts vitaux, particulièrement économiques78. L’argument est étayé par le constat de la "nouvelle insularité" des États-Unis. La fin de la menace soviétique a réintroduit la distance qui séparait traditionnellement l’Amérique des conflits mondiaux. Il en résulte une plus grande liberté d’action79.

La contribution américaine à la sécurité globale sera, pour Zbigniew Brzezinski, "plus subtile". Les conditions sont trop complexes et la santé intérieure des États-Unis trop précaire pour que soit mise en place une Pax Americana mondiale. La sécurité globale sera assurée de plus en plus par des formes de coopération régionales, appuyées par des engagements américains sélectifs et proportionnés. Même avec une présence militaire diminuée, l’Amérique restera ainsi le principal pôle de dissuasion nucléaire et la garantie ultime que tout perturbateur aura à faire face à une coalition écrasante. Ceci permettra aux États-Unis de se concentrer davantage sur leur renouveau intérieur, qui à son tour étayera leur capacité de maintenir à long terme une politique internationaliste80.

Le concept d’engagement global sélectif suppose aussi que les États-Unis accepteront l’émergence de nouvelles puissances militaires. Ils veilleront cependant à développer les forces et les technologies qui leur assureront le maintien de leurs avantages comparatifs, c’est-à-dire qu’ils devront mettre l’accent sur les forces navales et aériennes. Ils ne doivent plus considérer l’Europe et le Japon dans l’optique d’un partenariat automatique pour des objectifs globaux clairement définis. Les intérêts intérieurs des États-Unis ne seront plus nécessairement en synchronie avec ceux "des puissances avec lesquelles ils se sont alliés dans le passé" 81. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis étaient déjà prêts à adopter une stratégie d’engagement sélectif en continuité avec leur histoire et en accord avec leur position géographique, comme la Grande-Bretagne avant eux. Le concept d’engagement global sélectif permettra aussi à l’Amérique de s’adapter à la dure compétition économique internationale. L’époque est à l’antagonisme économique global, à la mise en place de blocs régionaux politico-économiques et à la diminution des affinités politiques. Les grandes puissances vont redécouvrir leurs intérêts propres de politique étrangère. Les États-Unis devront en faire autant. Ils s’engageront financièrement ou militairement dans les seules situations où se manifestera une menace claire et imminente pour leurs intérêts, ou bien lorsque l’intervention aura toutes les chances de n’être ni coûteuse ni sanglante. L’administration Clinton a fait sien ce concept d’engagement sélectif pour tout usage de la force, dont les opérations de maintien de la paix82.

Les variations sur le thème sont nombreuses. David M. Abshire a prôné une "stratégie agile", c’est-à-dire une nouvelle souplesse, une capacité à agir rapidement pour tirer parti des nouvelles opportunités ou à se retirer tout aussi rapidement devant de nouveaux dangers, le tout en fonction d’une vision à long terme, ce qu’implique à lui seul le mot "stratégie"83. Une stratégie agile prendrait des éléments à toutes les grandes écoles de pensée des relations internationales. Le réalisme fournirait les fondements. Le courant idéaliste, si lié à la démocratie américaine, apporterait sa pierre, l’école institutionnelle aussi.

L’élargissement : promouvoir la démocratie et l’économie de marché

 

L’engagement global sélectif n’est pas le seul concept de l’après-Guerre froide qui offre une alternative au dilemme isolationnisme-internationalisme. La promotion des valeurs américaines peut constituer un nouvel axe de politique étrangère. James Baker avait suggéré le 30 mars 1990 que le principal objectif pourrait être "la promotion et la consolidation de la démocratie" à travers le monde84. L’administration Clinton a fait de ce thème le troisième pilier de sa politique étrangère, après la croissance économique et le maintien d’une défense solide85. Plutôt que de faire contrepoids aux ennemis, il faudrait cultiver les amis. Cela se ferait par une politique de préservation et d’expansion de la "communauté libérale"86. Le conseiller de Bill Clinton pour la sécurité nationale, Anthony Lake, a lancé à ce propos le concept d’"élargissement", qui succéderait ainsi à celui d’endiguement. Il n’est pas question de s’embarquer dans une croisade pour la démocratie mais de pratiquer une stratégie défensive, pragmatique et sélective, là où ce sera le plus utile aux États-Unis. Il faudra cibler les efforts sur les États qui affectent les intérêts stratégiques américains, c’est-à-dire d’abord l’ancienne Union soviétique, les nouvelles démocraties d’Europe centrale et de l’est, les pays asiatiques du Pacifique 87.

L’Amérique ne peut se permettre, pour reprendre l’expression de John F. Kennedy, de "payer n’importe quel prix, supporter n’importe quel fardeau" pour promouvoir la démocratie88. Mais les États démocratiques pourraient se regrouper en une vaste organisation de sécurité qui définirait et coordonnerait les intérêts communs, mettrait en place une gamme de "récompenses" et de "punitions". L’OTAN est évidemment l’organisation idéale "pour que continue derrière l’élargissement des démocraties de marché une sécurité collective essentielle" 89. La promotion de la démocratie ne signifierait donc pas son "exportation". Il s’agirait d’offrir un soutien moral, politique, diplomatique et financier aux individus et aux organisations qui luttent pour la libéralisation des régimes autoritaires. Il s’agirait également d’encourager la diffusion de l’économie de marché. Un monde plus démocratique serait plus sûr, plus sain et plus prospère, et ce serait tout à l’avantage des États-Unis. Tous les courants de pensée trouveraient leur compte dans la promotion de la démocratie : les "libéraux" soucieux des droits de l’homme, les conservateurs préoccupés par l’ordre mondial et les internationalistes des deux camps, désireux de voir se poursuivre, pour les uns l’engagement, pour les autres le leadership des États-Unis dans le monde90. Les entreprises privées représentent un allié naturel des tentatives faites en vue du renforcement des économies de marché, a dit Anthony Lake. Il a également précisé que la stratégie d’élargissement devrait viser à atténuer les capacités des "États réactionnaires" qui se défendent contre les "forces libératrices" de la démocratie et du marché91.

La sécurité économique

 

Déjà présente dans d’autres concepts tels que le préalable du renouveau intérieur ou la promotion de l’économie de marché, la dimension économique doit être érigée pour certains en thème central de la politique étrangère américaine. Le bien-être économique pourrait bien prendre le pas sur la "sécurité" et la projection des valeurs92. La primauté de l’économique correspond aux intérêts américains des années 1990. A la place de deux superpuissances militaires, le noyau du système mondial se constitue désormais de trois superpuissances économiques. Une tripolarité remplace la bipolarité de la Guerre froide. Pour Stephen J. Solarz, ancien représentant démocrate de l’État de New York devenu ensuite collaborateur de Bill Clinton, le premier défi dans le domaine de la sécurité nationale est désormais la compétition économique avec l’Europe et le Japon93. La confrontation idéologique entre la capitalisme et le communisme cède la place à une compétition entre trois versions de l’économie de marché. Les alliances s’adapteront à cette évolution et donneront lieu à des regroupements régionaux "plus naturels"94. Dans ce contexte, les objectifs américains seront de maintenir les marchés ouverts pour le commerce et les investissements internationaux et de restaurer la force compétitive des États-Unis. Il s’agira encore de pratiquer un endiguement mais cette fois au niveau des risques de conflits entre les superpuissances économiques. Car la poursuite des intérêts économiques poussera souvent les États-Unis à affronter l’Union européenne ou le Japon et cela nuira à leurs relations.

La politique étrangère américaine aura tout avantage cependant à promouvoir des systèmes de leadership collectif dans les questions d’économie et de sécurité. Les États-Unis ont maintenu des relations plus étroites avec les Européens d’une part et les Japonais d’autre part que ceux-ci n’en ont entre eux. Les États-Unis sont donc dans une meilleure position pour mettre en place de nouveaux arrangements internationaux qui protégeraient leurs intérêts. Si un tel leadership collectif ne se met pas en place, on verra émerger des blocs régionaux de plus en plus restrictifs et exclusivistes et ce serait contraire aux intérêts américains. Pour cela, l’Amérique ne doit pas se retirer prématurément de ses engagements de sécurité. L’interdépendance est trop grande sur le plan économique pour que les États-Unis puissent contempler un repli isolationniste. La seule alternative véritable serait un effort désespéré pour maintenir l’hégémonie, en suivant les plans prévus par le Pentagone et divulgués en mars 1992. Mais cela coûterait beaucoup trop cher. Mieux vaut travailler à un certain nombre d’"arrangements"95.

Les questions économiques font bien partie des préoccupations de sécurité de l’après-Guerre froide. Le secrétaire d’État Warren Christopher a déclaré que la "sécurité économique" était le premier objectif de la politique étrangère de l’administration Clinton96. Le département d’État s’est attaché à développer une "diplomatie pour une compétitivité globale" et a recyclé son personnel dans les questions économiques et commerciales97. Si les observateurs ont longtemps eu du mal à discerner un concept central dans la politique extérieure de Bill Clinton, ils se sont rendu compte, fin 1993, que l’intérêt porté au commerce en tenait lieu. La promotion de la démocratie, la protection des droits de l’homme, l’interventionnisme humanitaire, tous ces beaux projets du début du premier mandat de Bill Clinton sont passés au second plan. Anthony Lake a été jusqu’à déclarer que les intérêts américains exigeraient parfois de nouer des liens d’amitié avec des États non démocratiques et même de les défendre, pour des raisons de "bénéfice mutuel". Comme l’avait dit le président Calvin Coolidge dans les années 1920, "the business of America is business" 98. La puissance économique de l’Europe et du Japon ne leur confère pas encore une puissance militaire comparable à celle des États-Unis mais elle les autorise à tendre vers une plus grande influence politique, avec la possibilité d’arriver à des positions autonomes en matière de sécurité. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de sécurité, où la puissance économique pourrait assurer une plus grande influence politique. Sans la force modératrice exercée par la Guerre froide et par le besoin de la protection américaine, les conflits de politique commerciale et industrielle pourraient devenir plus prononcés99. Or l’économie américaine ne se distingue plus suffisamment par les proportions de son marché intérieur et le caractère avancé de ses technologies pour que la politique étrangère en tire avantage100. Si l’on assiste à l’émergence d’une tripolarité économique, il sera donc dans l’intérêt des États-Unis d’intégrer au maximum les questions de géoéconomie dans un contexte géopolitique plus vaste, où ils conservent encore les meilleures cartes101. Pour cela, il faut pousser au maximum à l’intégration de la communauté internationale, à un système commercial global et ouvert. Les États-Unis, selon le secrétaire d’État-adjoint Strobe Talbott, devront veiller à ce que les groupements régionaux ne contrecarrent pas ces objectifs qui expriment l’intérêt supérieur des États-Unis102.

Un nouvel internationalisme, pragmatique et sélectif, réalise donc la synthèse des différentes visions du rôle des États-Unis dans le monde de l’après-Guerre froide et semble fournir une certaine base conceptuelle à la politique étrangère de l’administration Clinton. De l’internationalisme triomphant, on garde l’idée d’un leadership américain indispensable, qui ferait jouer au maximum les mécanismes de la sécurité collective mais se réserverait toujours la possibilité d’une intervention militaire unilatérale. La reconnaissance de la nature insulaire, maritime et commerçante de la puissance américaine et la comparaison avec la Grande-Bretagne au XIXe siècle se retrouvent dans toutes les analyses. A ce sujet, il semble n’y avoir qu’une différence de ton entre les internationalistes triomphants et les néo-isolationnistes : tous s’accordent pour préserver les capacités d’intervention américaines, principalement aériennes et maritimes, pour maintenir un environnement mondial ouvert et stable. Sous les concepts d’unipolarité, de gestion de l’interdépendance transnationale, de fédéralisme mondial ou de nouvelle destinée manifeste, apparaît également une aspiration américaine quasiment unanime à une sorte d’américanisation économique et culturelle du monde, notamment par l’intermédiaire du G-7, du GATT et du FMI. Les véritables arguments néo-isolationnistes concernent d’abord les engagements américains en matière de sécurité. A cet égard, le "dépôt du fardeau" est intégré par le nouvel internationalisme dans le concept d’engagement global sélectif : il ne faudra pas s’attendre à voir les États-Unis intervenir ailleurs que dans les régions où leurs intérêts seront directement menacés. En fait, seule la lutte contre le nazisme et le communisme a jamais pu amener les États-Unis à intervenir davantage. Enfin, l’insistance néo-isolationniste sur le renouveau intérieur des États-Unis se retrouve dans le concept de sécurité économique avancé par les néo-internationalistes de l’administration Clinton. Le secrétaire d’État Warren Christopher s’est refusé à faire entrer la politique étrangère américaine "dans la camisole de force d’une doctrine élégamment taillée" 103. Le rapport Changing Our Ways, dont s’est beaucoup inspiré la première administration Clinton à ses débuts, avait déjà renoncé à proposer un concept unificateur pour la politique et la stratégie des États-Unis104. Pour Edward Luttwak, il n’y a pas beaucoup de contenu dans la présentation conceptuelle d’Anthony Lake et Warren Christopher est ce que l’on pourrait appeler un "anticonceptuel"105. Pour David M. Abshire, s’il y a effectivement un vide de pensée sur le rôle exact des États-Unis dans le monde et sur les stratégies afférentes, c’est normal dans une période de transition. Ce serait une erreur de s’enfermer dans une doctrine rigide106. Une stratégie nationale de sécurité a cependant été formulée par l’administration Clinton.

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Notes:

12 Robert E. Hunter, “Starting at Zero : U.S. Foreign Policy for the 1990s”, The Washington Quarterly, vol. 15, 1992-1, pp. 27-29.

13 George F. Kennan, “America and the Russian Future”, Foreign Affairs, avril 1951, extraits reproduits dans Foreign Affairs, vol. 69, 1990-2, pp. 157-166.

14 Terry L. Deibel, “Strategies Before Containment. Patterns for the Future”, International Security, vol. 16, 1992-4, p. 80.

15 “Aucune fonction, aucun des chapeaux du Président, selon moi, n’est plus important que son rôle de commandant en chef” a dit George Bush à l’académie de West Point, le 5 janvier 1993 (“Bush Says U.S. Military Power Must Help Promote Peace”, Bruxelles, Ambassade des États-Unis, US Information Service, 7 janvier 1993, p. 1). Les références à ces documents diffusés par l’Ambassade des États-Unis à Bruxelles apparaîtront désormais sous la forme abrégée USIS.

16 The White House, National Security Strategy of the United States, Washington, D.C., Government Printing Office, août 1991, p. V.

17 Ibid., pp. V, 1-2.

18 Garry Wills, “The End of Reaganism”, Time, 16 novembre 1992, p. 73 ; Richard Lacayo, “Boldness Without Vision”, Time, 9 mars 1992, pp. 20-21.

19 The White House, op. cit., p. 25.

20 James Chace, The Consequences of the Peace. The New Internationalism and American Foreign Policy, New York-Oxford, Oxford University Press, 1992, pp. 10-12.

21 David C. Hendrickson, “The End of American History : American Security, the National Purpose, and the New World Order”, Rethinking America’s Security. Beyond Cold War to New World Order, sous la dir. de Graham Allison et Gregory F. Treverton, New York, Norton, 1992, pp. 397-398.

22 Ibid., pp. 399-401 ; Alain Joxe, L’Amérique mercenaire, Paris, Stock, 1992, pp. 401-402.

23 Time, 8 juin 1992, p. 25.

24 Time, 14 décembre 1992, p. 25. Il y aurait eu aussi “l’effet CNN” : les scènes d’horreur en Somalie ternissaient, aux yeux du public américain, les derniers jours d’une présidence qui avait appelé à un nouvel ordre mondial (Le Monde, 5 décembre 1992, p. 3).

25 Malcolm Wallop, “The Ultimate High Ground”, America’s Purpose. New Visions of U.S. Foreign Policy, sous la dir. d’Owen Harries, San Francisco, ICS Press, 1991, p. 98.

26 Ibid., pp. 100-105.

27 Paul-Marie de la Gorce, “Washington et la maîtrise du monde”, Le Monde diplomatique, avril 1992, pp. 1 et 14-15.

28 Christopher Ogden, “Globocop Glop”, Time, 23 mars 1992, p. 14.

29 Charles Krauthammer, “The Unipolar Moment”, Foreign Affairs, vol. 70, 1990/1991-1, pp. 23-33.

30 Charles Krauthammer, “Universal Dominion”, America’s Purpose…, pp. 9-11.

31 ”… the common marketization of the world” (Ibid., p. 12). Francis Fukuyama, “The End of History ?”, The National Interest, n° 16, été 1989, pp. 3-18.

32 Robert L. Bartley, “A Win-Win Game”, America’s Purpose…, pp. 76-77.

33 Joseph S. Nye, Jr., Bound to Lead, New York, Basic Books, 1990.

34 Joseph S. Nye, Jr., “De nouveaux défis pour l’Amérique”, Dialogue, n° 94, 1991-4, p. 34.

35 Alberto R. Coll, “America as the Grand Facilitator”, Foreign Policy, n° 87, été 1992, pp. 47-65.

36 Né à Vienne en 1903, il fut courtier à Wall Street, écrivain, professeur, ambassadeur, conseiller à la Maison Blanche et apologiste de la politique américaine durant la Guerre froide. Considéré comme un “faucon” réaliste par les adversaires de l’engagement au Viêt-nam, il fut aussi, à l’université de Pennsylvanie, un des fondateurs de la discipline des “relations internationales”.

37 Robert Strausz-Hupé, The Balance of Tomorrow : Power and Foreign Policy in the United States, New York, G.P. Putnam’s Sons, 1945 et “The Balance of Tomorrow”, Orbis, vol. 1, 1957-1, pp. 10-27.

38 Robert Strausz-Hupé, “The Balance of Tomorrow”, Orbis, vol. 36, 1992-1, pp. 5-9.

39 De là le nom de la revue Orbis.

40 Ibid., p. 20.

41 Strobe Talbott est devenu le numéro deux du département d’État dans l’administration Clinton.

42 Strobe Talbott, “The Birth of the Global Nation”, Time, 20 juillet 1992, pp. 54-55.

43 Le concept de “destinée manifeste” (manifest destiny) est apparu dans les années 1840, au milieu des débats sur la guerre contre le Mexique. Il peignait les États-Unis comme une république dynamique et les Américains comme les messagers particuliers de la liberté et du progrès humain (Michael H. Hunt, Ideology and U.S. Foreign Policy, New Haven, Yale University Press, 1987, p. 30).

44 Ben J. Wattenberg, “Neo-Manifest Destinarianism”, America’s Purpose…, p. 108.

45 Ibid., pp. 112-114.

46 J. Chace, op. cit., p. 8.

47 T. L. Deibel, art. cit., p. 92.

48 William Pfaff, “New or Old, Isolation Won’t Do”, International Herald Tribune, 14-15 mars 1992.

49 Patrick Buchanan, “America First - and Second, and Third”, America’s Purpose…, pp. 24-29.

50 Ibid., pp. 30-34.

51 W. Pfaff, “New or Old...”.

52 Ted Galen Carpenter, A Search for Enemies. America’s Alliances after the Cold War, Washington, D.C., Cato Institute, 1992.

53 Ted Galen Carpenter, “An Independent Course”, America’s Purpose…, pp. 82-87.

54 Ibid., p. 87.

55 Ted Galen Carpenter, “The New World Disorder”, Foreign Policy, n° 84, automne 1991, pp. 27-29.

56 Robert W. Tucker, “1989 and All That”, Sea-Changes : American Foreign Policy in a World Transformed, sous la dir. de Nicholas X. Rizopoulos, New York, Council of Foreign Relations Press, 1990, pp. 232-237.

57 Nathan Glazer, “A Time for Modesty”, America’s Purpose…, pp. 134-141.

58 Earl C. Ravenal, “The Case for Adjustment”, Foreign Policy, n° 81, hiver 1990-91, pp. 3-8.

59 Michael Vlahos, “Culture and Foreign Policy”, Foreign Policy, n° 82, printemps 1991, p. 68.

60 Jeane J. Kirkpatrick, “A Normal Country in a Normal Time”, America’s Purpose…, p. 156.

61 Michael Vlahos, “To Speak to Ourselves”, America’s Purpose…, pp. 44-50.

62 M. Vlahos, “Culture...”, pp. 70-71, 78.

63 Nathan Tarcov, “If this Long War is Over...”., America’s Purpose…, pp. 17 et 21.

64 Le professeur Richard Gardner, de l’université Columbia, a contribué à définir les premières options de politique étrangère de Bill Clinton (Michael Kramer, “Clinton’s Foreign Policy Jujitsu”, Time, 30 mars 1992, p. 28).

65 Richard N. Gardner, “Practical Internationalism”, Rethinking…, pp. 267-268.

66 R. E. Hunter, art. cit., p. 40. Après avoir été directeur des Etudes européennes au Center for Strategic and International Studies de Washington, Robert E. Hunter a été choisi par Bill Clinton pour être l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN.

67 J. Chace, op. cit., pp. 176-179 et 185.

68 Charles Krauthammer, “The U.N. Obsession”, Time, 9 mai 1994, p. 52.

69 Mark T. Clark, “The Future of Clinton’s Foreign and Defense Policy : Multilateral Security”, Comparative Strategy, vol. 13, 1994, pp. 181-195.

70 Christopher Layne, “The Unipolar Illusion : Why New Great Powers Will Rise”, International Security, vol. 17, 1993-4, p. 47.

71 Ibid., pp. 48-49.

72 John J. Mearsheimer, “Disorder Restored”, Rethinking…, pp. 214-237.

73 Henry A. Kissinger, “Balance of Power Sustained”, Rethinking…, pp. 238-248.

74 T. L. Deibel, art. cit., pp. 83-86.

75 Elliott Abrams, “Why America Must Lead”, The National Interest, n° 28, été 1992, p. 58.

76 Samuel P. Huntington, “America’s Changing Strategic Interests”, Survival, vol. 33, 1991-1, p. 12.

77 Andrew C. Goldberg, “Selective Engagement : U.S. National Security Policy in the 1990s”, The Washington Quarterly, vol. 15, 1992-3, p. 16.

78 Donald E. Nuechterlein, America Recommitted. United States National Interests in a Restructured World, Lexington, Ky., University Press of Kentucky, 1991, pp. 241-242.

79 Andrew C. Goldberg, “Challenges to the Post-Cold War Balance of Power”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-1, pp. 52-53.

80 Zbigniew Brzezinski, “Selective Global Commitment”, Foreign Affairs, vol. 70, 1991-4, pp. 1-20.

81 A. C. Goldberg, “Selective...”., pp. 16-17.

82 “Perry Calls for “Very Selective Use” of Military Force”, USIS, 1er avril 1994 ; “Peacekeeping Directive Designed to Impose More Discipline”, USIS, 9 mai 1994.

83 David M. Abshire, “U.S. Global Policy : Toward an Agile Strategy”, The Washington Quarterly, vol. 19, 1996-2, pp. 41-61.

84 James Baker, “Democracy and American Diplomacy”, discours devant le World Affairs Council, Dallas, Texas, 30 mars 1990 (S. P. Huntington, art. cit., p. 7).

85 Warren Christopher, “Economy, Defense, Democracy to be U.S. Policy Pillars”, USIS, 14 janvier 1993, p. 7.

86 Michael W. Doyle, “An International Liberal Community”, Rethinking…, pp. 318-331.

87 Anthony Lake, “L’engagement des États-Unis à l’étranger : une nécessité”, discours prononcé le 21 septembre 1993 à la Johns Hopkins’ School of Advanced International Studies, USIS, 1993, pp. 39-41.

88 Carl Gershman, “Freedom Remains the Touchstone”, America’s Purpose…, p. 38.

89 A. Lake, art. cit., p. 41.

90 Larry Diamond, “Promoting Democracy”, Foreign Policy, n° 87, été 1992, pp. 25-31.

91 A. Lake, art. cit., p. 42. Voir l’analyse critique de Jacques Decornoy, “La chevauchée américaine pour la direction du monde”, Le Monde diplomatique, novembre 1993, pp. 8-9.

92 T. L. Deibel, art. cit., p. 99.

93 Stephen J. Solarz, “Of Victory and Deficits”, America’s Purpose…, pp. 90-92.

94 C. Fred Bergsten, “The Primacy of Economics”, Foreign Policy, n° 87, été 1992, pp. 3-7.

95 Ibid., pp. 8-24.

96 W. Christopher, art. cit., p. 6. Voir aussi Bill Clinton, “A Democrat Lays Out his Plan”, USIS, 13 novembre 1992, pp. 6-7.

97 Audition de Strobe Talbott, secrétaire d’État-adjoint, devant la Commission des relations extérieures du Sénat le 8 février 1994, USIS, 9 février 1994, p. 2.

98 Michael Kramer, “Putting Business First”, Time, 6 décembre 1993, p. 37.

99 Stanley Hoffmann, “A New World and Its Troubles”, Sea-Changes…, p. 285.

100 Michael Borrus et John Zysman, “Industrial Competitiveness and National Security”, Rethinking…, pp. 164-169.

101 R. E. Hunter, art. cit., p. 41.

102 Audition de S. Talbott…, p. 4.

103 W. Christopher, art. cit., p. 6.

104 François Géré, “Aux sources de la nouvelle grande stratégie des États-Unis. Le rapport Changing Our Ways et ses prolongements”, Politique étrangère, 1993-2, p. 463.

105 Edward Luttwak, “États-Unis : le prix du repli”, Politique internationale, n° 62, hiver 1993-94, p. 94.

106 D. M. Abshire, art. cit., pp. 44-45.

 

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