Chapitre I

LE TIERS MONDE DANS LA FORMULATION DE LA STRATÉGIE NATIONALE DE SÉCURITÉ,
DE RONALD REAGAN À BILL CLINTON

 

 

Depuis la guerre de Corée, Washington a interprété le monde en fonction de la confrontation Est-Ouest, en réagissant à des menaces de subversion communiste. Cela surdéterminait la politique américaine, même si celle-ci intégrait les impératifs traditionnels de la doctrine Monroe en Amérique latine et dans les Caraïbes, l’aide à Israël, l’accès aux matières premières, le souci des lignes de communication et les considérations humanitaires. La guerre froide structurait non seulement l’aide militaire et les ventes d’armes aux régimes ou aux rebelles anti-communistes, mais aussi les programmes d’assistance économique et d’aide au développement. Cela amenait également les Etats-Unis à intervenir militairement dans le Tiers Monde : ce fut le cas au Vietnam1.

 

Les "conflits de faible intensité" et la doctrine Weinberger

Le retrait américain de la péninsule indochinoise au début des années 1970 mit un terme provisoire à une entreprise de réflexion stratégique sur les "guerres révolutionnaires" dans le Tiers Monde et sur la façon de les combattre, ce que les Américains appelaient la counterinsurgency 2. Le concept de "conflit de faible intensité" (Low intensity conflict ou LIC) naquit alors comme un euphémisme : il reflétait l’échec américain au Vietnam et le peu d’envie d’en discuter3. En 1979, la chute du chah d’Iran, l’occupation de l’ambassade de Téhéran, la prise en otage de son personnel et l’échec de la mission de sauvetage Desert One firent prendre conscience que les Etats-Unis pourraient devoir faire face à des conflits totalement extérieurs à la confrontation centrale avec l’URSS4. Mais l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge en décembre 1979 recombina très vite l’inquiétude américaine vis-à-vis de la zone du golfe Persique avec la menace soviétique, la "poussée vers les mers chaudes".

Une force de déploiement rapide (Rapid Deployment Joint Task Force, RDJTF) fut constituée par le président Carter pour être affectée au nouveau théâtre potentiel de l’Asie du Sud-Ouest. En 1983, Ronald Reagan l’établit en commandement autonome, le CENTCOM (Central Command). Il s’agissait toujours d’une simple centrale de programmation et de préparation, sans unités propres, mais sa zone de responsabilité était clairement délimitée : du Pakistan à la Jordanie et de l’Egypte au Kenya5. Un important programme de mobilité stratégique était entrepris, avec le prépositionnement de matériel lourd dans l’île de Diego Garcia. Des exercices furent organisés chaque année et permirent aux forces américaines de s’accoutumer au combat dans le désert. La performance de 1990 dans le Golfe s’explique par la mise en place, dans les années 80, de toute une infrastructure logistique et d’une chaîne de commandement capable d’amener dans la zone du CENTCOM une force écrasante6. Le scepticisme dominait cependant au départ, suite à la pitoyable tentative de sauvetage des otages de l’ambassade de Téhéran en 1980. Le CENTCOM resta comme en veilleuse, en même temps que le concept de LIC était relativement délaissé par l’US Army 7. Ses énergies étaient alors mobilisées par la nouvelle doctrine AirLand Battle et le front central de l’OTAN.

A un niveau supérieur, l’administration Reagan déployait sa grande manœuvre stratégique vis-à-vis de l’Union Soviétique, dont la Strategic Defense Initiative (SDI) constituait le fer de lance8. En 1984, le secrétaire à la Défense Caspar Weinberger précise, devant le National Press Club à Washington, quelles seraient les conditions d’engagement des forces conventionnelles américaines. Aucun théâtre potentiel n’est explicitement proposé mais, en tirant les leçons de la Corée et du Vietnam et en évoquant çà et là le Liban, l’Amérique centrale et l’Afrique, le texte s’applique implicitement au Tiers Monde9. La "doctrine Weinberger" met six conditions à l’utilisation des troupes américaines :

1. Il faut qu’un intérêt vital des Etats-Unis ou de leurs alliés soit en jeu.

2. Il faut envoyer suffisamment de troupes pour qu’elles puissent gagner.

3. Les objectifs politiques et militaires doivent être clairement définis.

4. La relation entre les fins et les moyens doit être constamment réévaluée.

5. Il faut obtenir une garantie raisonnable de soutien de la part du peuple américain et de ses représentants.

6. La force ne doit être utilisée qu’en dernier recours.

La doctrine Weinberger met l’accent sur une dissuasion exercée par les forces conventionnelles. Il ne faut plus recourir à une menace d’escalade nucléaire nuancée : mieux vaut dissuader par une menace de victoire opérationnelle à toutes les échelles d’engagement. Une attention particulière sera portée aux champs de bataille "potentiellement victorieux"10.

Alain Joxe a vu dans la doctrine Weinberger l’identification de deux nouvelles frontières où les Etats-Unis allaient pouvoir "refouler les Indiens" (roll back) pour faire régner la loi et l’ordre : la première frontière serait technologique, la seconde se situerait au Sud11. Dans les deux cas, précisons-le, l’ennemi principal est l’URSS. Il reste acquis qu’il ne faut "plus jamais de Vietnam" mais, d’une part, la chute du chah d’Iran a montré que les points d’appui régionaux pouvaient s’effondrer et, d’autre part, le Nicaragua et l’Angola montrent que l’on peut remporter des succès en soutenant les résistances anti-soviétiques. Les interventions dans le Tiers Monde sont donc possibles, là où le succès est assuré. L’affaire de la Grenade en 1983 révèle comme une nouvelle "diplomatie de la canonnière" et sous la deuxième présidence de Ronald Reagan est proclamé un soutien ouvert aux "combattants de la liberté" en Afghanistan, en Angola, en Ethiopie et au Cambodge12. Le concept de LIC est alors remis à l’honneur et signifie bien plus qu’une technique de combat : il cristallise une réorientation stratégique où s’affirme une nouvelle volonté d’engagement dans une croisade globale contre les mouvements et les gouvernements "révolutionnaires" du Tiers Monde13. Pour Caspar Weinberger et la plupart des membres de l’administration Reagan, les révolutions dans le Tiers Monde sont une menace plus grave pour la sécurité des Etats-Unis que les concentrations de troupes soviétiques en Europe. On accroît de 100 % le budget des troupes spéciales (Special Operations Forces ou SOF) : "bérets verts" de l’armée, SEALS de la Navy et autres formations d’élite destinées à contrer les guérillas et à mener des opérations "non conventionnelles"14.

Le Tiers Monde figure essentiellement dans le champ stratégique de la confrontation avec l’URSS, mais les perturbations locales sont aussi envisagées : elles doivent être strictement circonscrites et rapidement éliminées15. Le bombardement de la Libye en 1986 illustre ce deuxième aspect. Le concept de LIC est surtout utilisé à propos de l’Amérique centrale16. Mais les officiers qui sont sur le terrain, au Salvador par exemple, se plaignent du manque d’intérêt que leur témoigne une armée essentiellement préoccupée par une guerre mécanisée en Europe17. Parmi les officiers qui servent au Salvador, le colonel A. J. Bacevich développe une argumentation pour réorienter les missions de l’US Army vers le Sud. Depuis les années 1960, dit-il, l’armée a vécu sur les trois représentations suivantes :

1. La première menace pour la sécurité américaine était l’expansionnisme soviétique, particulièrement en Europe : l’Europe était donc le théâtre prioritaire pour l’armée.

2. Pour compenser l’avantage numérique des Soviétiques, l’US Army devait compter sur la supériorité technologique américaine, ce qui entraînait l’intégration d’armes nucléaires dans les forces terrestres.

3. Puisque l’usage des armes nucléaires était impensable et que même une guerre purement conventionnelle en Europe était épouvantable, l’armée existait moins pour livrer des guerres que pour les empêcher.

Ces représentations ont préparé l’armée pour une guerre européenne qui n’est jamais venue et l’ont empêchée d’être bien préparée pour des conflits qui se sont réellement produits ailleurs. Il faut donc forger de nouvelles représentations :

1. L’armée existe pour se battre. La mission de dissuasion incombe d’abord à l’Air Force et à la Navy. Les armes nucléaires n’ont aucune place dans une armée qui se bat.

2. Les guerres surviennent sur la périphérie, pas au centre. Ce n’est pas en Europe que l’armée doit s’attendre à combattre, mais en Amérique latine, au Moyen Orient, en Asie du sud, peut-être en Afrique.

3. Les forces qui se battront seront des forces professionnelles. Elles ne se battront peut-être pas pour des idéaux, mais simplement pour promouvoir les intérêts de l’Etat18.

 

Le rapport "Discriminate Deterrence" (1988)

Le véritable cadre référentiel pour un engagement dans le Tiers Monde est donné en 1988 par le célèbre rapport Discriminate Deterrence. Dans les recommandations pour une stratégie militaire intégrée à long terme, un nouvel accent est mis sur les conflits dans le Tiers Monde. C’est là, est-il précisé, que sont survenues toutes les guerres où les Etats-Unis ont été impliqués depuis quarante ans. Pour être moins graves qu’une confrontation avec l’URSS, les conflits du Tiers Monde peuvent avoir un effet cumulatif défavorable sur l’accès à certaines régions, sur la crédibilité et la confiance en soi de l’Amérique19. Les Etats-Unis doivent prendre plus au sérieux les conflits de faible intensité (LIC). Le cas du Salvador prouve que les Etats-Unis sont capables d’intervenir pour empêcher la prise du pouvoir par une guérilla marxiste. La stratégie proposée par la Commission sur la stratégie intégrée à long terme quant aux conflits dans le Tiers Monde tient en six points :

1. Les forces américaines ne seront généralement pas engagées dans des combats, mais il ne faut pas en exclure l’éventualité.

2. Les Etats-Unis doivent soutenir les guérillas anti-communistes.

3. Il faut une nouvelle législation et davantage de ressources pour l’aide en matière de sécurité, notamment pour l’envoi de conseillers militaires et les programmes de formation d’officiers étrangers.

4. Les Etats-Unis doivent travailler avec leurs alliés du Tiers Monde au développement de "forces de coopération", comme les Soviétiques le font avec les Cubains, les Vietnamiens, les Européens de l’Est, etc.

5. Dans le Tiers Monde, non moins que dans les pays développés, les Etats-Unis doivent tirer parti au maximum de leurs avantages technologiques, notamment en matière de renseignement tactique.

6. Les Etats-Unis doivent développer des alternatives à leurs bases d’outre-mer car celles-ci ne pourront être maintenues indéfiniment. Ici encore, la technologie peut être utile20.

Le rapport Discriminate Deterrence a bénéficié des memoranda de nombreux groupes de travail, dont un sur les "conflits régionaux". Un memorandum de ce groupe détaillait les moyens stratégiques qui devraient être ceux des Etats-Unis dans le Tiers Monde. Il prévoyait d’emblée que les intérêts nationaux américains dans le Tiers Monde demeureraient et ne pourraient qu’augmenter, alors même que les capacités de violence s’accroîtraient dans ces régions21.

On le voit, la guerre du Golfe n’a pas été une surprise pour la pensée stratégique américaine : elle s’est moulée dans un discours préexistant22. Il est d’ailleurs tout à fait significatif qu’un lieutenant-colonel de l’US Air Force ait consacré une étude à la parfaite adéquation entre la guerre du Golfe et les six préceptes de la doctrine Weinberger sur l’engagement des forces conventionnelles23.

Par ailleurs, les critiques n’ont jamais manqué à l’égard de ces interventions possibles dans le Tiers Monde. Gabriel Kolko a souligné qu’aucune nation ne pouvait réguler le monde. Mais les dirigeants politiques américains, démocrates comme républicains, n’ont pas abandonné selon lui le "principe idéologique de base" selon lequel les Etats-Unis ont l’obligation et le droit d’intervenir par la force, secrètement et, si nécessaire, ouvertement, dans les affaires du Tiers Monde, et ce malgré les déconvenues de la Corée et du Vietnam. En fonction d’une logique irrationnelle et contraire à l’histoire, poursuit Kolko, les Etats-Unis tiennent l’Union Soviétique pour responsable d’une dynamique de changement et de révolte dans le Tiers Monde, alors que les mouvements radicaux et communistes sont les effets plutôt que les causes d’un processus24. Jack Nelson-Pallmeyer dénonce les techniques du LIC comme maintenant et perpétuant un ordre économique global fondamentalement injuste, où les Américains occupent une place privilégiée. Il ajoute que l’usage du LIC dans le Tiers Monde est contraire à la foi chrétienne : protéger ses privilèges dans un système économique injuste en refoulant, en réprimant et en tuant les pauvres, viole le message du Nouveau Testament, fait de compassion, d’amour et de justice25.

 

L’administration Bush et le discours sur les menaces du Sud

Le rapport annuel de la Maison blanche sur la "stratégie de sécurité nationale" évoque, en janvier 1988, l’émergence dans le Tiers Monde de nouvelles puissances économiques et militaires, ne dépendant ni de l’URSS ni des Etats-Unis26. En mai 1989, dans son premier discours consacré aux questions de sécurité nationale, le président Bush déclare que les défis ne viennent plus seulement de l’Est et que l’émergence de puissances régionales modifie le paysage stratégique. Il estime particulièrement inquiétant qu’"un nombre grandissant de nations soient en train de se doter de capacités modernes hautement destructrices, dans certains cas d’armes de destruction massive et de moyens de les transporter"27. Les Etats-Unis, ajoute-t-il, devraient réagir en luttant contre la dissémination d’armes de ce type et, si nécessaire, devraient "aller à l’encontre des ambitions agressives de régimes renégats". En février 1990, le secrétaire à la Défense Dick Cheney évoque devant une commission du Sénat les menaces en évolution (evolving) 28. Après l’Union Soviétique viennent trois menaces en provenance du Tiers Monde :

- La prolifération des armements vers des Etats potentiellement hostiles : "Un nombre inquiétant (disturbing) de pays du Tiers Monde sont en train d’acquérir des arsenaux militaires sophistiqués, incluant des missiles à longue portée, des armes biologiques et chimiques. De plus, certaines de ces nations sont hostiles aux intérêts américains et ont indiqué qu’elles essayeraient d’asseoir leur domination sur les régions avoisinantes".

- Les régimes anti-Américains : "Comme le prouve le cas de Manuel Noriega, divers Etats du Tiers Monde peuvent — pour différentes raisons — décider de se comporter d’une manière qui conduit inéluctablement à une confrontation militaire avec les Etats-Unis, en dépit des forces supérieures qu’ils auraient à affronter".

- Les menaces non étatiques : trafiquants de drogue, guérillas anti-démocratiques, groupes terroristes.

Le rapport de la Maison blanche d’août 1991 propose une approche plus globale dans le cadre du "nouvel ordre mondial"29. Dans le Golfe, les Nations unies ont "joué le rôle rêvé par leurs fondateurs". La guerre froide est finie. Il subsiste des dangers plus ambigus. Les Etats-Unis ne joueront pas les gendarmes du monde mais il n’y a pas de substitut au leadership américain. Il faut d’abord endiguer la prolifération des armes de destruction massive et, pour cela, renforcer les accords existants, étendre les adhésions aux traités multilatéraux, poursuivre de nouvelles initiatives. La menace soviétique a fait place à la menace de l’instabilité. Les forces américaines devront répondre à quatre exigences fondamentales : dissuasion stratégique (avec un nouvel accent mis sur les défenses anti-missiles), présence en avant dans certaines régions clés (Europe, Moyen-Orient, Corée), réponse efficace à des crises (la menace militaire prédominante désormais, ce qui entraînera davantage d’investissements dans ce qui permet la mobilité) et enfin capacité de reconstitution des forces.

Début 1992, deux documents, qui n’étaient pas destinés à être rendus publics tels quels, provoquent une certaine sensation. Le premier a été rédigé par des fonctionnaires du département d’Etat et du Pentagone, sous la direction du sous-secrétaire à la Défense chargé des Affaires politiques, Paul D. Wolfowitz, en liaison avec le Conseil national de Sécurité. Le second, publié sous la direction de l’amiral David E. Jeremiah, vice-président du Comité des chefs d’état-major intégrés, expose les scénarios de conflits les plus probables après la guerre du Golfe, dans le but de mieux programmer le budget de la Défense pour les années 1994-1999 et de déterminer le nombre et le type de troupes et d’armes qui devront être maintenus. Le rapport Wolfowitz affirme la volonté des Etats-Unis de garder leur statut de superpuissance unique. Il souligne le rôle privilégié, à cette fin, de la puissance militaire. Celle-ci devra éventuellement être utilisée de façon unilatérale par les Etats-Unis car l’ordre international est, en définitive, garanti par eux30. Le rapport Jeremiah envisage sept scénarios : cinq sur sept concernent le Tiers Monde. Le premier envisage une nouvelle menace irakienne dans le golfe Persique, le second une attaque de la Corée du Sud par celle du Nord, le troisième les deux situations à la fois, le quatrième des troubles dans les pays baltes, le cinquième un complot narco-terroristo-fasciste à Panama, le sixième une guerre entre des factions de l’armée philippine une fois réduite la présence militaire américaine et le septième une menace qui resurgirait en Russie. Au total, il s’agit de guider le Pentagone à développer "une stratégie militaire nationale centrée sur les questions régionales"31.

Dans une conférence donnée le 12 mars 1992, le directeur de la CIA, Robert Gates, donne la liste des pays en train de se doter d’armes de destruction massive32. Actuellement, seules la CEI et la Chine disposent de missiles capables d’atteindre directement le territoire américain et la CIA ne s’attend pas à ce que d’autres pays développent une capacité de ce genre avant dix ans. Le danger concerne l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie et les forces américaines qui s’y trouvent. Malgré Desert Storm et la surveillance des experts internationaux, l’Irak reste une préoccupation majeure. Si Bagdad décide de reconstruire ses capacités, il ne le fera pas en recommençant à zéro. L’Iran se dote aussi d’armes spéciales et se fournit principalement en Corée du Nord et en Chine. La Syrie s’est également tournée vers Pyongyang. Les Libyens sont en train de construire une nouvelle usine d’armes chimiques. L’Algérie termine la construction d’une centrale nucléaire achetée en Chine. Les deux parties assurent que son usage sera limité à des fins civiles, mais le secret de l’accord laisse planer quelques suspicions à ce sujet. L’Inde et le Pakistan continuent leur course aux armements de destruction massive. Les bombes nucléaires ne sont pas encore assemblées, mais elles pourraient l’être rapidement en cas de crise. La Corée du Nord et la Chine sont les premiers exportateurs coupables de cette dangereuse prolifération. En dehors de cette menace majeure, sur laquelle nous reviendrons, le directeur de la CIA signale que l’Afrique reste "volatile et troublée", que des troupes américaines pourraient encore y être appelées pour des opérations d’évacuation, comme en 1990 au Libéria et en 1991 en Somalie.

Ces déclarations d’officiels sont confirmées par des études d’universitaires américains. La prolifération des armements dans les pays en développement est devenue la principale menace pour la paix. Si le monde n’est plus bipolaire, il n’est pas devenu multipolaire au sens classique du XIXe siècle, mais il verra sans doute naître une série de puissances régionales de second et de troisième ordres, dotées de capacités militaires et économiques substantielles pour soutenir des programmes politiques de plus en plus ambitieux33. La fin de l’emprise du clivage Est-Ouest dans le Tiers Monde va écarter certaines contraintes des puissances régionales désireuses de s’affirmer. Saddam Hussein est le premier leader régional à avoir essayé de tirer parti de la nouvelle "liberté d’action". Il ne sera sans doute pas le dernier. Les perceptions divergentes des intérêts, dans un monde où pèseront moins de contraintes, inciteront certains gouvernements à l’individualisme et à l’opportunisme34. Il faut s’attendre à ce que certains d’entre eux recourent au terrorisme, auquel des systèmes d’armes chimiques, biologiques et un jour nucléaires offriront de nouvelles possibilités. Les jeunes et fragiles démocraties restent quant à elles à la merci d’un soulèvement comme ceux auxquels ont eu recours Maurice Bishop à la Grenade et Manuel Noriega à Panama. D’autre part, certains régimes autoritaires sont de plus en plus contestés et la "contagion démocratique" venue de l’Est de l’Europe pourrait précipiter leur renversement, ce qui ne se fera pas sans troubles graves et effusion de sang35. Les guérillas rurales d’origine marxiste continueront mais elles n’affecteront pas cependant le contexte global de sécurité. Il en va autrement des rébellions "sectaires" basées sur des antagonismes tribaux, ethniques ou religieux. Ce type de soulèvement est déjà bien apparu au Sri Lanka, en Inde, au Soudan, en Ethiopie. Des soulèvements pourraient affecter les grandes villes du Tiers Monde. D’une façon générale, le monde de l’après-guerre froide verra se multiplier les risques de "conflits de faible intensité" (LIC)36.

Dans des opérations contre des pays du Tiers Monde, les Etats-Unis ne disposeraient pas toujours de leur traditionnel avantage technologique. La suprématie dont ils ont profité pendant la guerre du Golfe risque de ne pas se retrouver37. Beaucoup de pays du Tiers Monde disposent en particulier d’une technologie très avancée de défense anti-aérienne. Dans le raid aérien contre la Libye d’avril 1986, seulement 25 % des 120 appareils américains ont effectivement bombardé des objectifs. Tous les autres avions assuraient le soutien et la neutralisation de la défense. Certains pays du Tiers Monde ont maintenant leur propre industrie d’armement et, s’ils ne l’ont pas encore, ils pourront peut-être se fournir à bon compte si l’Est et l’Ouest réduisent leurs déploiements : il y a là tout un surplus de matériel disponible, particulièrement dans certaines républiques de l’ex-URSS38. En conclusion, le "nouvel ordre mondial" nécessitera que les services de renseignement américains portent une attention accrue aux pays du Tiers Monde39.

Pour conclure sur ce nouveau discours relatif à la menace du Sud, relevons le fait que tous les rapports mentionnés ci-dessus émanent des experts de l’exécutif au sens large ou des forces armées. Assez curieusement, en octobre 1991, un rapport de l’Office of Technology Assessment du Congrès voit des implications très différentes dans la fin de la guerre froide : la conséquence serait une réduction des menaces militaires en provenance du Tiers Monde ! Ce rapport se refuse à envisager une menace "générique" en provenance du Sud et préfère traiter cas par cas les problèmes de la Corée, du Moyen-Orient. Si une intervention américaine est nécessaire dans le Tiers Monde, les forces militaires pourraient bien n’être qu’une partie d’un vaste programme coordonné de développement économique, de formation de la police, d’éducation, etc. De toute façon, conclut ce rapport, les problèmes avec le Tiers Monde se résoudront plus facilement sans l’URSS40.

 

L’administration Clinton et le dilemme de l’interventionnisme

Le rapport Changing Our Ways, rédigé sous les auspices de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, a servi de point de départ à la formulation de la politique étrangère de l’administration Clinton41. On y trouve des accents plutôt rassurants quant à d’éventuelles menaces en provenance du Tiers Monde. Au Moyen-Orient, la prééminence des Etats-Unis est jugée quasi absolue. Il n’y a que l’Irak, l’Iran et, dans une moindre mesure la Syrie, qui puissent représenter des menaces contre lesquelles il convient de se prémunir par tous les moyens. Pour organiser la sécurité mondiale et régionale, poursuit le rapport, les Etats-Unis auraient avantage à pousser leurs intérêts à travers les organisations internationales. Le multilatéralisme devrait permettre la mise en œuvre d’une sécurité collective. Le rapport aborde aussi le problème des armes de destruction massive, dont la prolifération est tenue pour "la plus grande et la seule menace pour la sécurité américaine"42.

Dès leur audition par les commissions du Congrès, les membres de l’administration Clinton confirmèrent la primauté de cette dernière préoccupation. Le sous-secrétaire à la Défense Frank Wisner ajouta que, dans le nouvel environnement mondial, les opérations spéciales et les forces spéciales devraient gagner en importance, car les nouvelles missions incluaient la contre-prolifération, mais aussi l’aide au développement, les questions humanitaires et le maintien de la paix. Il faudrait donc porter une attention accrue à tout ce qui touche aux conflits de faible intensité43. Le nouveau sous-secrétaire d’Etat pour les questions de sécurité internationale, Lynn Davis, esquissa, à partir de l’intervention en Somalie, la nouvelle approche de l’administration Clinton : soutien aux Nations unies, diplomatie multilatérale cherchant à amener les factions combattantes à un règlement politique, fourniture d’une aide humanitaire, tout cela étayé par la possibilité d’utiliser la force militaire44. En fait, il s’agissait d’abord de continuer à justifier une situation héritée de l’administration Bush.

Quelques jours avant de quitter la Maison Blanche, George Bush avait justifié l’intervention en Somalie en donnant un objectif très ambitieux aux forces armées américaines. A l’académie de West Point, le Président avait déclaré que celles-ci, désormais, auraient à promouvoir la paix dans le monde45. Le recours à la force dans le Tiers Monde n’était plus seulement envisagé pour parer une menace visant des intérêts américains. Il s’agissait, cette fois, d’intervenir de manière désintéressée, pour des raisons morales, afin de rétablir la paix et la démocratie46. L’intervention en Somalie, décidée en décembre 1992, avait reçu l’approbation de Bill Clinton, président élu depuis novembre. Celui-ci subissait alors l’influence des néo-interventionnistes, dont les idées avaient l’avantage de faire l’unanimité des courants libéraux et de s’enraciner dans les tendances traditionnelles de la politique étrangère américaine : zèle missionnaire, énervement quand le monde refuse de se conformer aux attentes américaines et conviction que pour tout problème il y a une solution rapide et facile47. A propos du Tiers Monde, l’évidence grandissante de la corruption et de la brutalité de nombreux régimes avait fini par amener les libéraux "wilsoniens" à abandonner la cause de l’auto-détermination des peuples au profit de celle des droits de l’homme. Un consensus apparut pour préconiser un certain nombre de conditions politiques et économiques à propos de l’aide aux pays du Tiers Monde. La guerre du Golfe et l’opération de protection des Kurdes dans le Nord de l’Irak qui s’ensuivit pouvaient servir de modèles pour un nouveau système global de sécurité collective. C’est dans cette foulée que fut lancée l’opération Restore Hope en Somalie. L’administration Bush a donc développé un nouveau type d’opération militaro-humanitaire, impliquant une coopération de plus en plus étroite avec certains organes des Nations unies48.

Il ne fallut pas attendre la mort de 18 soldats américains pour que certains analystes mettent en cause le bien-fondé de ce néo-interventionnisme. Pour Stephen John Stedman, spécialiste des questions africaines à l’université Johns Hopkins, les cas susceptibles d’appeler une intervention dépassent les ressources disponibles et, surtout, des opérations d’assistance humanitaire tous azimuts peuvent étendre la guerre et l’anarchie plutôt qu’y mettre fin. Les Nations unies sont tout simplement incapables de jouer le rôle souhaité par les néo-interventionnistes. Une politique dictée par les images de la télévision plutôt que par l’intérêt national serait non seulement impossible à financer, mais entraînerait aussi, paradoxalement, un surcroît de violence49. A propos de la Somalie, George F. Kennan fustigea le traitement limité et à court terme d’un problème beaucoup plus vaste et plus profond. Les Pères fondateurs n’auraient certainement pas approuvé une intervention qui n’était pas dans la tradition américaine. Cela flattait peut-être l’idéalisme américain mais il serait dangereux que la politique étrangère des Etats-Unis, surtout lorsqu’elle recourt à la force, dépende des pulsions émotionnelles de l’opinion publique, particulièrement si elles sont suscitées par l’industrie commerciale de la télévision50. Le réaliste Charles Krauthammer eut beau jeu d’écrire que les colombes avaient parfois de fâcheuses tendances à devenir des faucons. Dans son discours inaugural, Bill Clinton avait dit que l’Amérique agirait lorsque la volonté et la conscience de la communauté internationale seraient mises au défi. Un autre libéral, John F. Kennedy, avait voué l’Amérique à "payer n’importe quel prix, à supporter n’importe quel fardeau, à affronter n’importe quelle difficulté, à soutenir tout ami, à s’opposer à tout ennemi pour assurer la survie et le succès de la liberté" : une telle ambition avait conduit Kennedy à engager l’Amérique au Vietnam51.

L’opération Restore Hope avait été lancée sans que soient clairement définis les objectifs à long et même à court terme. Pourquoi la Somalie a-t-elle été choisie au détriment du Libéria ou du Soudan ? D’après George Bush, les chefs militaires avaient estimé que c’était "faisable" en Somalie52. L’administration Clinton n’a pu qu’approuver, car elle a fait des "droits de l’homme" un des piliers de sa politique étrangère. Elle a aussi affiché une orientation plus "tiers-mondiste" en affirmant que l’Agence américaine pour le Développement international (USAID) corrigerait un certain nombre d’erreurs dans les programmes d’assistance économique et politique53. Le retrait de Somalie a signifié l’échec des premières ambitions de l’administration Clinton et a amené le Président à s’écarter de ses conseillers "multilatéralistes" pour revenir davantage à son rejet instinctif d’une politique étrangère ambitieuse, au profit des problèmes intérieurs des Etats-Unis54. Bill Clinton n’a pas voulu intervenir en Haïti pour restaurer la démocratie. Le dilemme de l’intervention ou de l’abstention se pose cependant. Le public américain attend de son Président qu’il conduise une politique forte et efficace dans le Tiers Monde, mais il ne veut pas risquer des vies américaines pour cela et ceci est connu des "adversaires", qu’ils se nomment Mohammed Farrah Aïdid ou Raoul Cédras. Il faut s’attendre désormais à ce que les Etats-Unis refusent d’intervenir dans le Tiers Monde ou ailleurs, sauf si l’opération ne présente pratiquement aucun risque.

Que reste-t-il alors du concept d’"élargissement" lancé par le conseiller du Président pour les questions de sécurité nationale, Anthony Lake ? Le 21 septembre 1993, celui-ci avait déclaré qu’à la doctrine de l’endiguement devait succéder la stratégie de "l’élargissement de la communauté mondiale libre que forment les économies de marché"55. "Il s’agit, non pas d’une croisade démocratique, disait-il, mais d’un engagement pragmatique à voir la liberté prendre racine là où cela nous sera le plus utile. Ainsi devons-nous cibler nos efforts sur les Etats qui affectent nos intérêts stratégiques". La troisième composante de cette stratégie consistait à "contrer l’agression — et soutenir la libéralisation — des Etats hostiles à la démocratie et aux marchés". Ces Etats étaient qualifiés de "réactionnaires" ; l’Iran et l’Irak étaient cités. Dans un monde caractérisé par la multiplication des démocraties, l’expansion des marchés et l’accélération du commerce, les dirigeants de ces Etats pourraient "chercher à isoler leur peuple de ces forces libératrices". En ce qui concerne les opérations humanitaires, les Etats-Unis devront se montrer sélectifs : seul un petit nombre de querelles ethniques intestines justifieront une intervention militaire de leur part56.

Les déclarations de la Représentante permanente des Etats-Unis aux Nations unies, Madeleine Albright, ont été un peu plus précises sur ce point. "Le chaos est une maladie contagieuse", a-t-elle dit, en évoquant le cas de la Somalie, qui s’ajoutait à ceux du Soudan, du Rwanda, du Libéria. Elle a fait état d’indications selon lesquelles le général somalien Aïdid serait en train de constituer une alliance tactique avec des terroristes basés au Soudan et avec le gouvernement iranien. Le gouvernement Clinton n’a pas voulu établir une liste précise des situations où la force militaire pourrait être utilisée, mais "que personne ne doute de la volonté du Président d’utiliser unilatéralement la force quand cela pourra s’avérer nécessaire". Ce fut le cas en juin 1993 avec le bombardement du quartier général des services de renseignements de Saddam Hussein57.

Pour le président des chefs d’état-major intégrés, le général Shalikashvili, c’est une collection intégrée de stratégies régionales qui doit remplacer la stratégie globale de la guerre froide. La dissuasion reste essentielle, mais elle s’appuie davantage sur la capacité américaine à combattre et à gagner de façon décisive avec des forces conventionnelles. L’endiguement reste valable, mais "taillé sur mesure" à l’égard des régimes agressifs comme ceux de la Corée du Nord, de l’Iran, de l’Irak, de Cuba58. Le 31 mars 1994, tirant en quelque sorte les leçons de l’intervention en Somalie, le secrétaire à la Défense William Perry a plaidé pour un "usage très sélectif" de la force militaire59.

Pour Edward Luttwak, Bill Clinton a fait un choix stratégique clair : il refusera désormais de gérer les crises et donnera la priorité aux questions internes. Les signes de faiblesse montrés en Somalie ont poussé les Haïtiens à s’enhardir. Edward Luttwak reconnaît que les Etats-Unis n’ont rien à gagner sur le plan stratégique et pas assez sur le plan économique pour intervenir en Afrique sub-saharienne ou en Haïti : ces pays sont incapables de se gouverner eux-mêmes. Aussi suggère-t-il de les ignorer, ou bien de les coloniser à nouveau60 ! L’échec somalien a amené de nombreux analystes à remettre en cause les interventions armées dans le Tiers Monde. Pour Richard Falk, professeur de droit international à l’université de Princeton, l’intervention n’est pas une bonne politique, quelqu’humanitaire que soit la cause. Il faut développer une gamme d’alternatives non militaires61. Pour A. J. Bacevich par contre, la leçon de la Somalie n’est pas qu’il faut éviter à tout prix ce type de conflit ; elle est que, même pour une petite guerre, la clarté de l’objectif, la résolution et la volonté de sacrifice sont nécessaires pour gagner62. Selon Marie-France Toinet, la solution de l’administration Clinton au dilemme de l’interventionnisme n’est ni militaire ni isolationniste, elle est commerciale. L’Amérique renouerait ainsi avec le pilier le plus ancien de sa politique étrangère. Dans son discours d’adieu, George Washington avait en effet préconisé d’établir avec les nations étrangères des relations avant tout commerciales, comportant aussi peu de contacts politiques que possible63.

Notes:

1 Kurt C. Campbell et Thomas G. Weiss, “The Third World in the Wake of Eastern Europe”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-2, p. 93 ; John L. S. Girling, America and the Third World. Revolution and Intervention, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1980.

2 A. A. Jordan, W. J. Taylor, Jr., et al., American National Security. Policy and Process, Baltimore-Londres, The Johns Hopkins University Press, 1981, p. 267.

3 John B. Hunt, “Emerging Doctrine for LIC”, Military Review, vol. 71, 1991-6, p. 54.

4 Pierre Metge, “La doctrine américaine d’intervention dans la crise des représentations”, Stratégique, n° 44, 1989-4, p. 25.

5 Pierre Metge, “Les Task Forces dans la nouvelle stratégie américaine”, Annuaire européen de défense, sous la dir. de Patrice Buffotot, Paris X-Nanterre, Institut de Politique internationale et européenne, 1988, p. 50.

6 Hervé Coutau-Bégarie, Géostratégie de l’océan Indien, Paris, Economica-FEDN, 1993, pp. 190-191.

7 J. B. Hunt, art. cit., p. 55.

8 François Géré, sous la dir. de, Les lauriers incertains. Stratégie et politique militaire des Etats-Unis 1980-2000, Paris, FEDN, 1991, pp. 185-186.

9 Caspar W. Weinberger, The Uses of Military Power, discours devant le National Press Club, Washington, D.C., 28 novembre 1984. Ce discours a ensuite fait l’objet d’un article : “US Defense Strategy”, Foreign Affairs, vol. 64, 1986-4, pp. 675-697.

10 Alain Joxe, “La nouvelle grande stratégie américaine et l’Europe”, Stratégique, n°  35, 1987-3, p. 103.

11 Ibid, n° 36, 1987-4, p. 180.

12 Ibid, p. 181. Cette orientation a reçu le nom de “doctrine Reagan”.

13 Michael T. Klare et Peter Kornbluh, sous la dir. de, Low-Intensity Warfare, New York, Pantheon Books, 1988, p. 3.

14 Ibid, p. 5. C’est dans ce contexte qu’opérait le lieutenant-colonel Oliver North, impliqué dans le scandale de l’”Irangate”, où il était question de transferts d’armes aux “Contras” du Nicaragua. North dirigeait, au sein du National Security Council, le Counterterrorism and Low-Intensity Warfare Group.

15 P. Metge, “Les Task Forces ...”, p. 48.

16 Sam C. Sarkesian, “Low-Intensity Conflict : Concepts, Principles, and Policy Guidelines”, Air University Review, vol. 36, 1985-2, pp. 4-23.

17 A. J. Bacevich, James D. Hallums, Richard H. White et Thomas F. Young, American Military Policy in Small Wars : The Case of El Salvador, Special Report 1988, Institute for Foreign Policy Analysis, Washington, Pergamon-Brassey’s, 1988, pp. 14-15.

18 A. J. Bacevich, “Old Myths, New Myths : Renewing American Military Thought”, Parameters, vol. 18, 1988-2, pp. 15-25.

19 Commission On Integrated Long-Term Strategy, Discriminate Deterrence, Washington, D.C., Government Printing Office, janvier 1988, p. 13.

20 Ibid, pp. 16-22.

21 Regional Conflict Working Group, Supporting U.S. Strategy for Third World Conflict, juin 1988, p. 2.

22 Didier Bigo, “L’idéologie de la menace du Sud”, Cultures et conflits, n° 2, printemps 1991, p. 12.

23 Thomas R. DuBois, “The Weinberger Doctrine and the Liberation of Kuwait”, Parameters, vol. 21, 1991-1992, 4, pp. 24-38.

24 Gabriel Kolko, Confronting the Third World. United States Foreign Policy, 1945-1980, New York, Pantheon Books, 1988, pp. 296-298.

25 Jack Nelson-Pallmeyer, War Against the Poor : Low-Intensity Conflict and Christian Faith, Maryknoll, New York, Orbis Books, 1989.

26 The White House, National Security Strategy of the United States, Washington, D.C., Government Printing Office, janvier 1988, p. 9.

27 Discours présidentiel à l’US Coast Guard Academy, New London, Connecticut, 24 mai 1989, cité par Michael Klare, “Le Golfe, banc d’essai des guerres de demain”, Le Monde diplomatique, janvier 1991, pp. 18-19.

28 (Dick Cheney) Statement of the Secretary of Defense Dick Cheney Before the Senate Budget Committee in Connection with the FY 1991 Budget for the Department of Defense, 5 février 1990, p. 2.

29 The White House, National Security Strategy of the United States, Washington, D.C., Governement Printing Office, août 1991.

30 Paul-Marie de la Gorce, “Washington et la maîtrise du monde”, Le Monde diplomatique, avril 1992, pp. 1 et 14-15.

31 Patrick E. Tyler, “The Seven Deadly Scenarios”, The International Herald Tribune, 18 février 1992.

32 Robert Gates, “Military Threat from Former USSR Possible”, Nixon Library Conference on America’s Role in the Emerging World, USIS, Foreign Policy, 16 mars 1992, pp. 7-10.

33 Thomas G. Mahnken, “The Arrow and the Shield : U.S. Response to Ballistic Missile Proliferation”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-1, p. 196.

34 W. Y. Smith, “Principles of U.S. Grand Strategy : Past and Future”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-2, p. 77.

35 K. C. Campbell et T. G. Weiss, art. cit., p. 97.

36 Steven Metz, “U.S. Strategy and the Changing LIC Threat”, Military Review, vol. 71, 1991-6, pp. 22-26.

37 Certaines conditions particulièrement favorables étaient réunies : l’isolement politique de l’Irak dans la communauté mondiale, l’extension excessive des forces irakiennes et la vulnérabilité de leurs lignes de communication, le temps dont a disposé la coalition pour acheminer et déployer ses forces, le manque de cohérence dans la stratégie de défense aérienne chez les Irakiens et enfin le faible moral des troupes de Saddam Hussein.

38 K. C. Campbell et T. G. Weiss, art. cit., pp. 96-97.

39 Stansfield Turner, “Intelligence for a New World Order”, Foreign Affairs, vol. 70, 1991-4, p. 152.

40 U.S. Congress, Office of Technology Assessment, American Military Power : Future Needs, Future Choices - Background Paper, OTA-BP-ISC-80, Washington, D.C., Government Printing Office, octobre 1991, pp. 5-7.

41 François Géré, “Aux sources de la nouvelle grande stratégie des Etats-Unis. Le rapport Changing Our Ways et ses prolongements”, Politique étrangère, 1993-2, pp. 459-473.

42 Ibid, p. 467.

43 “Wisner Warns of Nuclear Proliferation Danger”, USIS, Defense, 5 mars 1993, p. 3 ; “Countering Weapons Proliferation is Davis Priority”, USIS, Arms Control, 18 mars 1993.

44 Ibid, p. 1.

45 “Bush Says US Military Power Must Help Promote Peace”, discours prononcé à l’académie de West Point le 5 janvier 1993, USIS, Presidential Text, 7 janvier 1993.

46 Paul F. Horvitz, “A “Bush Doctrine” on Applying US Force”, International Herald Tribune, 16 décembre 1992.

47 Stephen John Stedman, “The New Interventionists”, Foreign Affairs, vol. 72, 1993-1, p. 4.

48 L’opération Provide Comfort en faveur des Kurdes s’est déroulée sur une échelle sans précédent : 13 000 militaires ont acheminé 7 000 tonnes de vivres à un million et demi de réfugiés. En même temps, l’opération Sea Angel allait assister les victimes d’un cyclone au Bangladesh et impliquait 8 000 autres soldats américains. Le Pentagone est aussi venu en aide aux Philippins victimes de l’éruption du volcan Pinatubo (Thomas G. Weiss et Kurt M. Campbell, “Military Humanitarianism”, Survival, vol. 33, 1991-5).

49 S. J. Stedman, art. cit., pp. 10-16.

50 George F. Kennan, “Bush’s Foreseeable Error”, The Guardian, 7 octobre 1993.

51 Charles Krauthammer, “How the Doves Became Hawks”, Time, 17 mai 1993, p. 56.

52 Bruce W. Nelan, “On the Thugs”, Time, 14 décembre 1992, p. 25.

53 “USAID to Become Results-Oriented under New Chief”, USIS, 13 mai 1993.

54 George Melloan, “Clinton’s Foreign Policy Is Dying in Somalia”, The Wall Street Journal, Europe, 12 octobre 1993.

55 Anthony Lake, “L’engagement des Etats-Unis à l’étranger : une nécessité”, discours prononcé à la Johns Hopkins’School of Advanced International Studies, US Foreign Policy - La politique étrangère des Etats-Unis, Bruxelles, USIS, Ambassade des Etats-Unis, 1993, p. 39.

56 Ibid, pp. 40-44.

57 Madeleine Albright, “La diplomatie et le recours à la force”, discours prononcé au National War College le 23 septembre 1993, Ibid, pp. 47-49.

58 John Shalikashvili, “US Military Strategy for the 1990’s”, USIS, Defense, 18 mars 1994.

59 USIS, Defense, 1er avril 1994.

60 Edward Luttwak, “Etats-Unis : le prix du repli”, Politique internationale, n°  62, hiver 1993-94, pp. 92-100.

61 Richard Falk, “Intervention Revisited. Hard Choices and Tragic Dilemmas”, The Nation, 20 décembre 1994, pp. 755-764.

62 J. Muravchik, F. Zakaria et A. J. Bacevich, “When, Where and How to Use Force. Three Views”, Commentary, décembre 1993, pp. 19-33. Directeur du Foreign Policy Institute à la Paul H. Nitze School of Advanced International Studies, A. J. Bacevich est un ancien colonel de l’US Army qui a servi au Salvador et a préconisé une réorientation des missions de l’armée face au Sud. Voir plus haut les notes 17 et 18.

63 Marie-France Toinet, “Le commerce, arme de choix du président Clinton”, Le Monde diplomatique, janvier 1994, pp. 14-15.

 

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