Chapitre III

STRATÉGIES DES MOYENS

 

Au centre de la réflexion stratégique américaine sur le Tiers Monde, il y a les "leçons de la guerre du Golfe". Mais celles-ci ne sont pas les mêmes pour tous. Pour Lawrence Freedman, le conflit a montré que les pays du Tiers Monde, nonobstant leurs progrès, ne peuvent pas rivaliser avec l’Occident dans le domaine militaire. Il est difficile d’imaginer un leader du Tiers Monde qui, après avoir étudié la guerre du Golfe, expliquerait comment il aurait mieux agi à la place de Saddam Hussein. La guerre du Golfe aura certainement un effet dissuasif : on peut supposer qu’il y aura moins d’erreurs de calcul concernant la réponse de l’Occident à une agression flagrante1. Robert Jervis est de l’avis contraire. La guerre n’a fait qu’accroître l’anti-américanisme dans le Tiers Monde, spécialement dans les pays musulmans. Cet "exercice de sécurité collective", loin de dissuader des agresseurs futurs et de poser les fondations d’un ordre mondial modéré, n’aura fait qu’accroître l’instabilité et la violence2. Est-ce le modèle des guerres de demain ou bien la guerre du Golfe n’est-elle pas typique de ce qui risque de se produire ailleurs ? Si la réponse n’apparaît pas comme allant de soi, il est une évidence qui s’impose : la nécessité absolue pour les Etats-Unis de maintenir leurs avantages technologiques.

 

Le maintien des avantages technologiques et la globalisation de la production d’armements

Le 10 avril 1992, le Pentagone publiait un rapport de 1 300 pages sur la guerre du Golfe, basé sur un rapport intérimaire publié dès juillet 1991. Comme l’a déclaré Dick Cheney lors de sa présentation à la presse, certains aspects de cette guerre ne sont pas susceptibles de se répéter à l’avenir, mais cette expérience contient aussi d’importantes indications quant aux défis futurs et aux moyens de les surmonter3. L’effet dissuasif ne fait aucun doute pour lui : les agresseurs potentiels réfléchiront à deux fois et les petits pays se sentiront plus en sécurité. La victoire dans le Golfe a considérablement accru la crédibilité des Etats-Unis sur la scène mondiale. L’Amérique a montré qu’elle agirait de façon décisive pour redresser les torts et pour protéger ses intérêts dans le monde de l’après-Guerre froide4. Le rapport du Pentagone retire cinq grandes leçons de la guerre. La première concerne le leadership présidentiel, qui a su définir des objectifs clairs, inspirer confiance et rallier un soutien national et international. Une nouvelle génération d’armes de haute technologie, combinée avec une doctrine novatrice et efficace, a donné l’avantage aux forces américaines. Celles-ci ont montré leurs qualités, résultat d’une qualification et d’un entraînement de haut niveau. Dans un monde très incertain, une sage planification, la présence de forces dans des régions avancées et les capacités de transport aérien et maritime sont cruciales pour développer la confiance et la coopération internationales et atteindre les régions en crise. Enfin il a fallu du temps pour bâtir les forces et les systèmes qui ont permis le succès5. Dick Cheney retient deux défis particuliers, mis en évidence par l’opération Desert Storm : le maintien, à l’avenir, de l’avance technologique et la capacité de répondre à la prochaine situation de crise similaire6.

Selon un rapport de Richard Bitzinger pour un projet indépendant relatif au budget américain de la défense, l’avantage technologique des Etats-Unis pourrait s’éroder à cause de la "globalisation" de la production d’armements7. Cette globalisation se caractérise par de nouvelles formes de relations industrielles, comme la sous-traitance internationale, les entreprises mixtes, les fusions et les acquisitions par-delà les frontières. Le phénomène avait commencé entre pays non communistes et il a été longtemps perçu comme essentiellement transatlantique. Mais il touche maintenant de nombreux pays de l’Est asiatique et le Tiers Monde en général. Le phénomène ne peut que s’accentuer car, à une époque de réduction des budgets militaires et de compétition accrue sur les marchés, l’internationalisation de la production d’armements est jugée indispensable pour maintenir un minimum critique de capacité de recherche-développement et de production. La production reste limitée dans le Tiers Monde en comparaison des pays plus avancés, mais une prolifération technologique est de plus en plus probable, étant donné les nouvelles possibilités de la globalisation.

Les constatations de ce rapport sont paradoxales. Car qui se fait le champion de la globalisation de l’économie et de ses nouveaux types de relations industrielles sinon les Etats-Unis ? Plus encore, les ventes d’armes américaines dans le Tiers Monde sont passées, de 1987 à 1992, de 13 à 57 % du total des ventes8 ! Avec la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis ont acquis une position dominante à cet égard, surclassant largement l’ancien fournisseur principal, l’ex-URSS, qui s’est retrouvée en 1992 avec 5 % des ventes seulement9. Le succès très médiatisé des armes américaines dans la guerre du Golfe a bien sûr incité les pays du Moyen-Orient à acheter chez l’oncle Sam. Mais les industriels de l’armement ont également recherché de nouveaux contrats à l’étranger pour compenser la diminution des commandes nationales. Comment la volonté américaine d’empêcher la prolifération des armements peut-elle être vraiment crédible, après que le président Bush, en pleine campagne électorale, a autorisé la vente de 150 avions F-16 à Taïwan, entraînant évidemment un boycott chinois des discussions des cinq membres permanents du Conseil de sécurité sur ces questions ? Il n’en demeure pas moins que les Etats-Unis mettent à juste titre l’accent sur la prolifération du type d’arme le plus inquiétant : les armes de destruction massive.

 

La lutte contre la prolifération balistique, nucléaire, chimique et biologique

La guerre du Golfe a mis en exergue un nouveau danger, celui de la prolifération des missiles balistiques et des charges qu’ils peuvent transporter, qu’elles soient nucléaires, chimiques, biologiques ou conventionnelles. Pour la communauté stratégique américaine, il ne fait aucun doute que c’est là le danger majeur en provenance des pays du Tiers Monde et même la principale menace, désormais, pour la paix mondiale10. Au moins vingt-cinq pays "en développement" produisent ou cherchent à produire des armes de destruction massive. L’ancien directeur de la CIA William Webster a estimé que quinze pays du Tiers Monde produiraient des missiles balistiques en l’an 2000. Ces capacités balistiques en multiplication sont des menaces pour les forces américaines opérant dans le Tiers Monde et pour les alliés des Etats-Unis11. Six pays du Tiers Monde ont déjà utilisé des missiles balistiques : l’Egypte et la Syrie contre Israël en 1973, l’Iran et l’Irak de 1980 à 1988, la Libye contre la base américaine de l’île italienne de Lampedusa en 1986, le gouvernement de Kaboul contre la guérilla afghane en 1988 et 1989, et enfin l’Irak dans la guerre du Golfe. Le plus grave danger va sans doute venir de la prolifération des missiles de croisière, dont la technologie est plus simple à maîtriser, plus facilement disponible et moins coûteuse.

Le 28 juillet 1993, le directeur de la CIA James Woolsey brossait le tableau de la prolifération nucléaire devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants12. Il insistait sur le danger que représentaient la Corée du Nord, l’Irak et l’Iran. La filière confucéo-islamique existe bel et bien : l’Iran se tourne de plus en plus vers la Corée du Nord et la Chine ; celle-ci a également fourni des missiles au Pakistan. La menace se limite pour l’instant au niveau des "théâtres" extérieurs, mais, au début du siècle prochain, prévient James Woolsey, certaines nations hostiles aux Etats-Unis auront la capacité de développer elles-mêmes des missiles balistiques qui pourraient menacer le territoire américain. La course aux armements entre l’Inde et le Pakistan inquiète la CIA, qui y voit la situation la plus susceptible d’amener une utilisation des armes de destruction massive. La Chine ne respecte pas ses engagements et devient le principal fournisseur des pays du Tiers Monde.

La prolifération complique la politique étrangère américaine : quelle aurait été la réponse à l’invasion du Koweit si l’Irak avait eu une capacité reconnue de lancer des attaques chimiques, biologiques ou nucléaires sur Paris ou Londres13 ? D’une manière générale, la prolifération balistique a un effet de déstabilisation sur l’environnement international14. En cas de crise, les armes du Tiers Monde seraient une source d’instabilité particulièrement grave car elles sont plus vulnérables à une attaque préemptive que celles des puissances nucléaires du Nord. Si, durant une crise, un des protagonistes croit que la guerre est inévitable, il peut être tenté de détruire l’arsenal de l’adversaire. Ou bien tous les deux peuvent croire que l’autre le fera et lanceront leurs missiles au premier indice, même faux, d’une attaque.

Le problème se poserait en termes plus graves qu’entre les superpuissances parce que les délais d’alerte seraient plus courts, à cause de la moindre portée des armes, de leur caractère moins fiable et surtout des pauvres capacités de renseignement des pays du Tiers Monde. Les Etats-Unis et l’Union Soviétique ont été capables de garder leurs forces nucléaires en alerte constante pendant trente ans sans un lancement accidentel. Il est permis de douter que les pays du Tiers Monde, dépourvus des ressources, de la technologie et de la stabilité politique des superpuissances, puissent en faire autant. Les possibilités d’accident sont beaucoup plus élevées, de même que celles d’un usage non autorisé, du fait d’une rébellion de certains militaires par exemple. Les attentats terroristes pourraient prendre une ampleur que l’on n’ose imaginer mais dont il faut se préoccuper quand on sait que les Etats qui accueillent les mouvements terroristes, comme l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie, sont précisément ceux qui sont en train de se doter d’armes de destruction massive. Tous ces Etats du Tiers Monde sont en proie à une instabilité politique intérieure chronique, sont déchirés par des divisions internes ou entretiennent de profondes animosités de type religieux, idéologique ou culturel, souvent couplées à des disputes frontalières. Plusieurs de ces Etats autoritaires sont dirigés par des dictateurs qui n’ont aucune considération pour les normes du droit international. Beaucoup ne sont pas satisfaits du statu quo actuel et pourraient être tentés d’obtenir ce qu’ils désirent par le chantage ou l’intimidation. La probabilité d’un conflit à l’intérieur ou entre ces Etats sera plus grande qu’entre les puissances nucléaires du Nord. Enfin, la prolifération balistique pourrait concerner davantage les armes chimiques et biologiques, car pour beaucoup d’Etats du Tiers Monde, elles sont les plus abordables pour constituer une dissuasion stratégique15.

Que peuvent et doivent faire les Etats-Unis ? Pour Robert Jervis, ceux-ci possèdent encore une grande liberté de choix16. La première stratégie consiste à renforcer les accords de non prolifération et les contrôles d’exportation déjà existants, à étendre la participation aux traités multilatéraux et à avancer de nouvelles initiatives. Ronald Lehman, directeur de l’ACDA (Arms Control and Disarmement Agency) sous George Bush, a déclaré que la maîtrise des armements n’était plus limitée aux rapports Est-Ouest, mais que son champ d’action était devenu mondial17. Son successeur sous Bill Clinton, John Holum, a affirmé que la nécessité de réguler les armements s’était accrue avec la fin de la Guerre froide18. Le 13 janvier 1993 à Paris, 130 pays ont signé une convention qui interdit le développement, la production, l’acquisition, le stockage, la rétention et le transfert, direct ou indirect d’armes chimiques. En mars 1994, 26 autres pays ont ajouté leur signature. En appelant le Sénat américain à ratifier cette convention, John Holum a reconnu que vingt-cinq pays étaient soupçonnés de posséder de telles armes ou d’avoir la capacité de les produire, et parmi eux l’Irak et la Libye. Il a également déclaré que la réponse à l’utilisation de ces armes ne devait pas consister à répliquer de la même façon. La guerre du Golfe avait montré que les Etats-Unis étaient capables de dissuader ou de répondre par des mesures défensives, grâce à des forces conventionnelles supérieures, équipées de systèmes de filtres et d’armes légères anti-chimiques19.

En matière de contrôle des exportations, les Etats-Unis travaillent avec les membres du Groupe d’Australie sur la surveillance de la fabrication des armes chimiques. Des progrès sont en cours pour élargir les termes de l’accord MTCR (Missile Technology Control Regime), conclu en 1987 par les membres du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie et Japon), auquel l’URSS et la Chine ont affirmé leur soutien en 1990 et en 199220. Le MTCR n’est pas un traité, c’est un accord volontaire entre les signataires pour "limiter les risques de prolifération nucléaire par le biais d’un contrôle de transferts susceptibles de contribuer à des systèmes de lancement d’armes nucléaires autres que les avions pilotés par l’homme"21. Des progrès ont été réalisés en Amérique latine. En 1991, l’Argentine a annoncé la fin de son programme de missiles balistiques et son intention d’adhérer aux directives du MTCR22. Le Brésil a également renoncé à ses ambitions nucléaires23. Mais les négociations et les approches multilatérales ne suffiront pas. Le MTCR n’interdit pas l’exportation de technologies de missiles pour des usages civils, alors que les mêmes technologies peuvent être utilisées à des fins militaires24. Le problème est le même pour les armes chimiques et biologiques : elles reposent sur des techniques qui ont des applications civiles tout à fait légitimes et des pays comme l’Inde et le Brésil, qui sont arrivés à se doter d’une capacité industrielle en la matière ne voudront jamais adhérer à l’accord du Groupe d’Australie25. La diplomatie de Washington est très active dans ce domaine de l’Arms Control et elle fait régulièrement état des discussions entre les cinq plus grands exportateurs d’armes, visant à réduire la prolifération26.

Les Etats-Unis entendent bien signifier à tous les Etats qu’ils veilleront à réduire la prolifération des armements partout dans le monde. Le War Prevention and Arms Transfer Control Act consiste à déterminer quels pays menacent la paix par des acquisitions d’armes anormales et à prendre des sanctions économiques à leur encontre27. Au cours de l’automne 1990, le Congrès n’a pas voulu accorder au Pakistan une aide économique supplémentaire, parce que celui-ci avait développé un programme nucléaire28. Le 11 mai 1992, les Etats-Unis ont imposé des sanctions économiques sur les licences, les importations, les exportations et les contrats avec deux entreprises, l’une russe et l’autre indienne, impliquées dans la vente de moteurs de fusées à l’Inde, en violation de l’accord MTCR29.

Après les sanctions, une autre stratégie est celle de la dissuasion. Celle-ci peut d’abord être d’ordre diplomatique ou économique. Les pays du Tiers Monde ne pourront pas poursuivre des programmes dont les coûts seraient en augmentation constante30. Il y a aussi la dissuasion militaire. A ce propos, il est impossible de savoir si Saddam Hussein a été dissuadé d’utiliser ses armes chimiques ou s’il n’en a jamais eu l’intention. Mais il serait naïf de postuler que la dissuasion pourra toujours jouer. Pour des cultures qui placent le martyr parmi leurs valeurs suprêmes ou pour des régimes qui massacrent leurs propres citoyens, les concepts occidentaux de dissuasion et de "stabilité" ne signifient rien31.

Une autre solution réside dans la frappe préventive, illustrée par le raid israélien contre le réacteur irakien d’Osiraq en 1981. La puissance "aérospatiale" reste l’arme essentielle pour dissuader et, si nécessaire, désarmer des adversaires du Tiers Monde dotés de missiles balistiques32. Généralement, ce type d’action a toujours été politiquement très peu acceptable et militairement très difficile. L’action préemptive se distingue de la frappe préventive en ce qu’elle surgit en temps de crise ou de confrontation militaire : il s’agit alors de frapper le premier, pour désarmer l’ennemi. C’est ce qu’ont fait les forces américaines et alliées en attaquant l’Irak le 17 janvier 1991. Le président Bush a alors pris prétexte des hostilités pour détruire les usines d’armes chimiques, les centres de recherche sur les armes nucléaires et les sites de production de missiles balistiques, bien que très peu de ces objectifs eussent un lien direct avec l’occupation du Koweit par l’Irak. Les Aspin, alors président de la Commission des Forces armées de la Chambre des Représentants, a préconisé que les Etats-Unis se donnent un droit de préemption sur les installations nucléaires des "proliférateurs du Tiers Monde"33. Alors que ce type de stratégie relevait de la folie dans le cadre stable, rigide et prévisible de la confrontation Est-Ouest, il devient "raisonnable" face aux arsenaux moins perfectionnés du Tiers Monde. La question est de savoir si les Etats-Unis veulent assumer seuls ces nouveaux risques ou s’ils préféreront rester dans le cadre collectif qui ne leur a pas si mal réussi dans la guerre du Golfe. La préemption a cependant un grave désavantage sur la prévention, en ce sens que l’adversaire a déjà pu produire et déployer les missiles et les armes de destruction massive. Les risques de dommages collatéraux sont beaucoup plus élevés, sur les populations et sur l’environnement.

Nommé secrétaire à la Défense par Bill Clinton, Les Aspin a défini une nouvelle politique de contre-prolifération34. Il a d’abord tenu à ce que ce soit réellement une nouvelle mission, pas le prolongement de celles de la Guerre froide. Dans son passage en revue "de haut en bas" (Bottom Up Review) des menaces de l’après-Guerre froide, il a placé en premier lieu la prolifération des armes de destruction massive, en deuxième lieu les dangers régionaux émanant de puissances comme l’Irak de Saddam Hussein, ensuite un échec des réformes démocratiques et économiques dans l’ex-Union Soviétique, enfin l’impact d’un "danger économique" sur la sécurité nationale. Les Aspin souligne que l’économie mondiale se caractérise par un volume d’échanges de plus en plus grand et que cela conduit à une diffusion encore plus large de la technologie. Il devient de plus en plus difficile de détecter des détournements illicites de matériels et de technologies. Alors que l’Amérique, et spécialement celle de Bill Clinton, a toujours poussé à la libéralisation maximale des échanges commerciaux, on est en droit de se demander si elle n’est pas un peu responsable, elle aussi, de l’apparition de l’hydre de la prolifération !

Durant la Guerre froide, poursuit Les Aspin, les adversaires principaux avaient une écrasante supériorité en forces conventionnelles et les armes nucléaires servaient à l’Amérique et à ses alliés d’"égalisateurs" de puissance. Aujourd’hui, les armes nucléaires peuvent toujours remplir ce rôle, mais c’est l’Amérique qui dispose d’une puissance conventionnelle sans rivale et ce sont les adversaires potentiels qui pourraient l’"égaliser". Les Aspin a créé la Defense Counterproliferation Initiative pour répondre à cette menace croissante. Elle contient un volet "prévention" et un volet "protection". Celui-ci relève spécialement du département de la Défense et nécessite la mise sur pied de nouvelles capacités militaires. Pour signifier la nouveauté et l’importance de la tâche, Aspin a créé le poste de secrétaire-adjoint à la Défense pour la sécurité nucléaire et la contre-prolifération. Des armes nouvelles sont étudiées, notamment pour pénétrer des installations souterraines, pour donner la chasse aux missiles. Le président des chefs d’état-major intégrés et les différents commandants en chef régionaux développent des processus de planification militaire pour faire face à des adversaires possédant des armes de destruction massive. La coopération avec les alliés s’est accrue en matière de lutte contre la prolifération. Le sommet de l’OTAN en janvier 1994 a mis cette nouvelle préoccupation à l’ordre du jour. Le Japon collabore au déploiement d’un système de défense anti-missiles de théâtre. L’Initiative de Défense stratégique (IDS) lancée par Ronald Reagan en 1983 s’est en effet muée en une Organisation de Défense contre les missiles balistiques de théâtre (Ballistic Missile Defense Organization ou BMDO).

 

La réorientation de l’IDS et la défense contre les missiles de théâtre

A beaucoup d’égards, la défense contre des missiles à courte ou moyenne portée est plus aisée qu’à l’encontre de missiles intercontinentaux. Le fait que les pays du Tiers Monde n’ont qu’un nombre limité de missiles et de charges accroît encore l’intérêt d’un système de défense35. Dans son discours sur l’état de l’Union de janvier 1991, George Bush a explicitement réorienté le programme de l’IDS vers "la protection contre les frappes limitées de missiles balistiques, d’où qu’elles viennent"36. Le nouveau système proposé a reçu le nom de Global Protection Against Limited Strikes (GPALS). A côté de l’activation du site de Grand Forks (Dakota du Nord) avec son radar géant et ses intercepteurs basés au sol d’une part, et la reprise de certains programmes de l’IDS (senseurs Brilliant Eyes et intercepteurs Brilliant Pebbles basés dans l’espace) d’autre part, il comportait un volet de défense ATBM, c’est-à-dire antibalistique de théâtre ou tactique. Celui-ci était voué à développer un bouclier contre les tirs balistiques en provenance du Tiers Monde, ainsi que l’a écrit le général Robert D. Hammond, chef de l’US Army Strategic Defense Command (USASDC)37.

La guerre du Golfe a constitué un tournant dans la réflexion américaine sur les opérations dans le Tiers Monde. L’expérience des Scuds irakiens a fait prendre conscience que ces opérations devraient désormais compter avec une menace d’attaque de missiles balistiques, non seulement sur les forces américaines présentes sur le théâtre et sur les populations civiles accueillant celles-ci, mais aussi sur des alliés et sur des bases américaines en dehors de la zone de guerre immédiate. Cela signifie que les forces expéditionnaires américaines doivent être capables de dissuader et, si la dissuasion échoue, de défaire de telles attaques38. Si une protection contre les tirs balistiques n’est pas assurée aux pays du Tiers Monde où devront opérer les forces américaines, ceux-ci hésiteront à les accueillir. Un système de défense contre les missiles balistiques tactiques doit d’abord comprendre des capacités de contre-offensives, principalement aériennes, pour détruire les sites de lancement de l’adversaire et aussi une capacité de défense passive (abris, masques à gaz). Mais ceci est coûteux et politiquement difficile. La capacité essentielle est bien celle des défenses actives.

En mars 1992, le directeur du Strategic Defense Initiative Office, Henry Cooper, estimait qu’en l’an 2000 au moins six pays du Tiers Monde auraient des missiles balistiques d’une portée allant de 1 800 à 3 300 miles39. Il reconnaissait que, pour l’instant, seule la Chine pouvait menacer les Etats-Unis par une frappe de missiles. Mais il prêchait la prudence en envisageant, à terme, "des lancements accidentels, non autorisés ou délibérés en provenance de pays du Tiers Monde qui pourraient menacer notre population"40. Le principal obstacle au déploiement du GPALS venait de l’incompatibilité de la composante Brilliant Pebbles (et même Brilliant Eyes) avec le traité ABM de 1972. Aussi les Etats-Unis approchèrent-ils la Russie au sujet d’une collaboration dans ce domaine41. La Russie, elle aussi, aurait pris conscience d’une menace en provenance du Sud.

Le programme Brilliant Pebbles a été abandonné par l’administration Clinton, qui a officiellement mis fin à l’IDS en mai 1993, pour la remplacer par la Ballistic Missile Defense Organization 42. Le Pentagone entend désormais privilégier des systèmes de défense plus conventionnels, basés à terre. Il s’agit de pouvoir contrer des missiles comme le Nodong 1 nord-coréen, le Scud russe ou le M-11 chinois. Ils ont une portée de 1 000 km, peuvent naviguer à une vitesse d’environ 3 km/seconde et peuvent, à leur portée maximum, atteindre un objectif en sept minutes seulement43. Dans le budget proposé pour 1994, Les Aspin a fait passer la dotation de la défense anti-missile de théâtre de 700 millions à 1,8 milliards de dollars. Les systèmes de propulsion et de guidage des missiles défensifs sont en voie d’être considérablement améliorés par rapport à ceux du Patriot PAC-2, utilisé pendant la guerre du Golfe et à l’efficacité limitée. Les nouveaux systèmes de défense anti-missiles s’appellent THAAD et ERINT44. Ils devront être transportables par les avions C-5 et C-141 et même, de préférence, par le vieux C-13045.

La mise en place d’une défense anti-missiles n’est peut-être pas la meilleure réponse à la prolifération, car elle pourrait constituer un évident appel à la multiplication des instruments offensifs. Les nouveaux acteurs nucléaires pourraient être incités à dépasser le niveau élémentaire qui est toujours le leur pour se doter d’instruments capables de saturer les défenses46. Ainsi serait relancée une course aux armements qui ne serait pas sans rappeler celle entre l’Est et l’Ouest, où les deux superpuissances nucléaires en étaient arrivées à considérer les systèmes de défense comme "déstabilisants". On peut dire que les Etats-Unis, fidèles à leur culture stratégique, privilégient encore une fois une solution "technique" au problème de la prolifération. En fait, leur culture les induit plutôt à envisager toutes les solutions, à s’assurer une capacité à tous les niveaux. Il faut admettre aussi que les capacités de plusieurs pays du Tiers Monde sont devenues telles que la seule superpuissance se doit bien de se garantir une stratégie de riposte aussi sûre que possible : Saddam Hussein n’a-t-il pas défié un moment les forces des Etats-Unis avec ses armes chimiques ?

 

Les nouvelles structures des forces armées

Si les leçons du Golfe concernent d’abord la prolifération des armes de destruction massive dans le Tiers Monde, elles doivent aussi contribuer à la restructuration des forces armées, en cours depuis la fin de la Guerre froide. En février 1990, Dick Cheney souhaitait des forces conventionnelles capables de répondre rapidement à des circonstances diverses partout dans le monde, avec l’infrastructure logistique nécessaire pour soutenir ces forces, une fois celles-ci engagées47. Le 19 avril 1991, un premier rapport était remis au Congrès sur les implications de la guerre du Golfe pour les forces armées48. Il déclarait que les réductions en cours devraient préserver suffisamment de souplesse pour faire face à une grande variété de circonstances. Car descendre à un certain niveau pourrait faire douter des capacités américaines, dégrader la dissuasion et entraîner les Etats-Unis dans des guerres qui auraient pu être prévenues. A cet égard, il faut voir quels sont les pays dotés des forces armées les plus nombreuses. Parmi eux, outre l’ex-URSS et la Chine qui restent des points d’interrogation, cinq sont des adversaires de longue date des Etats-Unis et causent toujours du souci à leurs voisins, qui sont des amis des Etats-Unis. Il s’agit de la Corée du Nord (750 000 hommes), du Vietnam (un million d’hommes), de l’Irak (500 000 hommes ?), de l’Iran (504 000 hommes) et de la Syrie (404 000 hommes), allié inattendu dans la guerre du Golfe49.

De manière plus spécifique, le rapport de John M. Collins tire les conclusions suivantes. Les besoins en moyens de transport aériens et maritimes capables d’atteindre des "régions primitives" dans des conditions moins favorables que dans le Golfe semblent plus urgents que l’accroissement quantitatif de ces moyens. Les erreurs de renseignement stratégique et tactique sont d’origine humaine et proviennent d’un manque de spécialistes qualifiés pour chaque région. Il faudra débattre de l’utilité de maintenir les unités parachutistes et d’assaut amphibie à l’échelon de divisions, car celles-ci n’ont plus été engagées comme telles depuis la Deuxième Guerre mondiale. La prolifération des systèmes de missiles balistiques souligne la nécessité de déployer des armes tactiques anti-missiles supérieures au Patriot. L’US Navy n’est sans doute plus adaptée aux nouvelles menaces, car elle est toujours structurée pour défaire la flotte soviétique. Les coûteux programmes de développement d’un nouvel avion tactique sont difficiles à justifier, car les modèles actuels ont fait merveille dans le Golfe. Il faudra redéfinir les rôles et les fonctions de l’armée et du corps des Marines, car leur configuration future en dépend. Enfin, le rapport se montre sceptique quant à la prétendue primauté d’une stratégie, d’une tactique ou d’une arme : les forces et les formules requises pourraient bien être différentes à l’avenir dans un autre environnement. Nous verrons plus loin que ceci vise les enseignements que retirent les différentes armes de la guerre du Golfe.

Les réductions envisagées dans les forces armées aboutiront au niveau minimum acceptable, appelé Base Force. Il y aura quatre "paquets de base" : les forces stratégiques, les forces atlantiques, les forces pacifiques et les forces de circonstances (Contingency Forces) 50. Même si ces dernières y sont plus spécifiquement destinées, il est à remarquer que chacun de ces "paquets" de forces peut concerner le Tiers Monde. Les forces stratégiques assurent la dissuasion, mais aussi la défense, entendons le programme GPALS. Les forces atlantiques sont destinées à une crise en Europe, mais aussi en Asie du Sud-Ouest où les menaces sont de type "lourd", comme dans le golfe Persique. Les forces pacifiques sont essentiellement maritimes et doivent répondre à des situations de crise dans cette zone. Quant aux forces de circonstances, elles incluent les unités légères et aéroportées de l’armée, les brigades expéditionnaires des Marines, les forces spéciales et leurs soutiens aériens et navals. Ces forces seront basées principalement aux Etats-Unis et pourront répondre à des situations de crises spontanées et imprévisibles. Parfois, leur simple déploiement sera suffisant pour éviter la confrontation. Ou bien elles seront employées pour faire face à des "rébellions" (insurgencies), conduire des opérations anti-drogue ou anti-terroristes, évacuer des civils ou — comme dans Desert Shield — être les premières sur place en attendant l’arrivée des forces lourdes51.

Cette restructuration des forces était en accord avec la nouvelle analyse géostratégique inspirée de Spykman. Un aspect important fut l’abandon de nombreuses bases. La fermeture des bases de Subic Bay et de Clark était demandée depuis de nombreuses années par les Philippins et, paradoxalement, ils semblèrent ensuite la regretter. C’est que, indépendamment des retombées économiques, la présence américaine apparaissait comme un gage de stabilité à de nombreux pays d’Asie52. Mais Washington n’a pris en considération que la valeur stratégique des bases aux Philippines et celle-ci a beaucoup diminué depuis la fin de la Guerre froide. Les Philippins ont été surpris de se voir si vite prendre au mot53. Si le Tiers Monde tient une grande place dans la nouvelle réflexion stratégique américaine, on voit que cela n’empêche pas les Etats-Unis de se retirer militairement et économiquement de certains pays en développement. La "géoéconomie de l’engagement circonscrit" n’implique pas une présence militaire accrue dans le Tiers Monde, au contraire54. Comme il était déjà préconisé dans le rapport Discriminate Deterrence, il faudra plutôt pouvoir compter sur "des forces plus mobiles et plus souples, capables de dissuader une agression par leur capacité à répondre rapidement et avec discrimination à une large gamme d’attaques"55. "Fast in, fast out", vite arrivé, vite parti : tel est le premier article de foi d’un engagement possible dans le Tiers Monde. L’opinion publique dicte cette stratégie. Il faudra donc accentuer les performances technologiques : développer des armes et des systèmes logistiques à plus grand rayon d’action, à l’endurance accrue, à la meilleure fiabilité et à la maintenance plus aisée. Il faudra préparer à l’avant des zones d’opérations pour suppléer aux bases permanentes. Si l’instrument militaire doit être utilisé contre un opposant du Tiers Monde, surtout s’il possède des armes de destruction massive, il faudra être capable de lui administrer "une punition meurtrière et décisive"56.

Pour le général Carl E. Vuono, chef d’état-major de l’US Army, la présence américaine en Europe et en Asie orientale va diminuer et la pierre d’angle de la stratégie de l’après-Guerre froide consistera en des forces conventionnelles basées aux Etats-Unis, "des forces puissantes, disponibles pour projeter la puissance partout dans le monde en fonction des circonstances"57. Ces forces devront être souples, capables d’affronter tantôt les narco-trafiquants, tantôt l’armée de Saddam Hussein. Les défis qui nécessiteront des actions militaires américaines dans le monde en développement surgiront sans avertissement, comme dans le cas de l’invasion du Koweit par l’Irak. Les forces américaines devront aussi pouvoir se déployer rapidement partout. Les capacités de transport devront être améliorées, car les conditions rencontrées en Arabie saoudite ne se retrouveront sans doute pas. Enfin, les forces doivent être meurtrières et "expansibles". Mais le général Vuono voit dans le Tiers Monde d’autres actions à mener que l’intervention armée. Les forces conventionnelles américaines assurent 75 % de l’entraînement des armées du monde : pour lui, cela doit constituer un vecteur pour encourager l’adoption des valeurs américaines de professionnalisme, de respect des droits de l’homme et de soutien des institutions démocratiques. En aidant au développement de l’infrastructure de certains pays du Tiers Monde, l’US Army en particulier contribue à diminuer les sources d’instabilité et de violence. Les forces conventionnelles participent aussi à la lutte contre les trafiquants de drogue. D’une façon générale, les forces conventionnelles américaines sont un des instruments les plus efficaces pour promouvoir la stabilité politique dans l’ordre international58.

Avec l’arrivée de l’administration Clinton débute un processus de révision "de haut en bas" (Bottom-Up Review) du département de la Défense. La conclusion, livrée le 1er septembre 1993, en est que la réduction des forces armées ne doit pas tomber en-dessous du niveau nécessaire pour livrer deux guerres régionales à la fois, avec une force en réserve pour repousser une confrontation militaire moins importante dans une troisième région59. Il est estimé que chaque guerre régionale exigera quatre ou cinq divisions de l’armée, quatre ou cinq brigades de Marines, dix wings d’avions de chasse, cent bombardiers lourds et quatre ou cinq groupes de porte-avions d’attaque. D’après ce plan, les forces terrestres verront leur nombre réduit, mais leur mobilité accrue. L’armée disposera de dix divisions d’active et de quinze brigades de réserve équivalant à cinq divisions supplémentaires. Le corps des Marines gardera ses trois divisions d’active plus une en réserve. La marine s’organisera autour de onze groupe de porte-avions d’attaque, avec un douzième porte-avions en réserve pour l’entraînement. L’armée de l’air aura treize wings de chasse d’active et sept en réserve. Les bombardiers B-1 et B-2 convertiront leur capacité de largage nucléaire en une capacité de largage conventionnel. Les zones du monde où les forces américaines continueront à être déployées comprendront, en dehors de l’Europe, la Corée du Nord (100 000 hommes), le golfe Persique (quatre à six bâtiments en patrouille, équipement prépositionné au Koweit et alentour), l’Afrique (accords d’accès) et la zone du canal de Panama jusqu’en 1999 au moins.

D’après Michael Klare, cette nouvelle structure des forces est une version légèrement édulcorée des plans de l’administration Bush et elle prépare à d’"incessantes interventions dans le Tiers Monde"60. La restructuration des forces, mise en route par le successeur de Les Aspin, William Perry, accentue effectivement la nécessité de la "préparation", de la rapidité de déploiement et prévoit la modernisation de certains systèmes d’armes particulièrement aptes aux guerres "régionales"61. Mais la nouvelle stratégie américaine des moyens ne peut suffire à indiquer des intentions. Un examen des stratégies opérationnelles est nécessaire. A cet égard, depuis la guerre du Golfe, chaque force tire ses propres leçons et affûte ses arguments pour défendre ses intérêts dans une difficile bataille budgétaire. En particulier, chaque arme cherche à se présenter comme la plus apte à répondre à des crises dans le Tiers Monde.

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Notes:

1 Lawrence Freedman, “The Gulf War and the New World Order”, Survival, vol. 33, 1991-3, pp. 202-203.

2 Robert Jervis, “The Future of World Politics : Will It Resemble the Past ?”, International Security, vol. 16, 1991-1992-3, p. 71.

3 Dick Cheney, “Leadership and Planning Led to Persian Gulf Success”, USIS, Gulf War Aftermath, 14 avril 1992, p. 1.

4 Ibid, p. 3.

5 “Gulf War Report Highlights Coalition Experience. (Factsheet based on Pentagon report)”, USIS, Gulf War Aftermath, 14 avril 1992, p. 6. Ces cinq leçons apparaissaient déjà dans le rapport intérimaire de juillet 1991 : US Department of Defense, Conduct of the Persian Gulf Conflict. An Interim Report to Congress, Washington, D.C., juillet 1991, pp. I-4 et I-5.

6 D. Cheney, “Leadership and Planning ...”, p. 5.

7 Richard Bitzinger, “Globalisation of Arms Production is New Proliferation Threat”, USIS, Defense, 16 décembre 1993, pp. 4-5.

8 Patrick Cockburn, “US Corners Third World Arms Market”, The Independent, 23 juillet 1993. Données fournies par un rapport du Congressional Research Service.

9 La France étant en deuxième position avec 16 % et la Grande-Bretagne en troisième avec 10 % (Ibid.).

10 John McCain, “Controlling Arms Sales to the Third World”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991, 2, p. 79. J. McCain est sénateur (républicain, Arizona) et membre de la Commission sénatoriale sur les Forces armées.

11 W. Seth Carus, Ballistic Missiles in the Third World. Threat and Response, préface d’Edward Luttwak, New York, Praeger, 1990 (The Washington Papers 146), p. XVII et 18. Bien que déjà dépassé, cet ouvrage constitue une des meilleures introductions au sujet. Pour plus de détails sur les implications politico-stratégiques de la prolifération balistique, voir Janne E. Nolan, Trappings of Power : Ballistic Missiles in the Third World, Washington, D.C., Brookings Institution, 1991.

12 “CIA Director Warns of Nuclear Proliferation”, USIS, Arms Control, 29 juillet 1993.

13 Steve Fetter, “Ballistic Missiles and Weapons of Mass Destruction. What Is the Threat ? What Should be Done ?”, International Security, vol. 16, 1991-1, p. 28. Cet article débute par de précieuses indications bibliographiques.

14 W. S. Carus, op. cit., p. 55.

15 Ibid, pp. 29-30, 41.

16 R. Jervis, art. cit., p. 63.

17 Ronald Lehman, “Role of Arms Control in Post-Cold War Era”, USIS, Arms Control, 16 avril 1992, p. 1.

18 “Holum Says Cold War End Has Increased Need for Arms Control”, USIS, Defense, 26 janvier 1994.

19 “Holum Urges Early Ratification of Chemical Weapons Pact”, USIS, Chemical Weapons, 23 mars 1994.

20 R. Lehman, art. cit., p. 4 et “CIA ...”, p. 3.

21 W. S. Carus, op. cit., p. 56.

22 Ibid, p. 5.

23 Reginald Bartholomew, “Three Years of Nonproliferation Progress Noted”, USIS, Arms Control, 9 avril 1992 ; William F. Rope, “US Initiatives in Non-Proliferation”, USIS, Defense, 12 mai 1992.

24 S. Fetter, art. cit., p. 35.

25 Ibid, p. 36.

26 La Corée du Nord reste le seul pays exportateur de missiles balistiques concerné par le MTCR qui ne se soumette pas à cet accord. Edmund F. Scherr, “Five Nation Talks Set Non-Proliferation Guidelines”, USIS, Arms Control, 1er juin 1992.

27 J. McCain, art. cit., pp. 87-88.

28 Kurt C. Campbell et Thomas G. Weiss, “The Third World in the Wake of Eastern Europe”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-2, p. 97.

29 “Missile Technology Sale Draws US Sanctions”, USIS, Defense, 12 mai 1992.

30 W. S. Carus, op. cit., p. 58.

31 Thomas G. Mahnken, “The Arrow and the Shield : US Response to Ballistic Missile Proliferation”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-1, p. 198.

32 Marc J. Berkowitz, “The Role of US Aerospace Power in Combatting Weapons Proliferation”, Strategic Review, vol. 20, 1992-1, pp. 68-71.

33 Michel Tatu, “Les Etats-Unis, leader ou gendarme ?”, Le Monde, 11 mars 1992.

34 “Aspin Outlines New US “Counter-Proliferation” Policy”, discours prononcé par Les Aspin devant la National Academy of Sciences le 7 décembre 1993, USIS, Defense, 8 décembre 1993.

35 T. G. Mahnken, art. cit., p. 199.

36 Charles L. Glaser, “Nuclear Policy Without an Adversary. U.S. Planning for the Post-Soviet Era”, International Security, vol. 16, 1992-4, p. 62.

37 Robert D. Hammond, “Global Missile Shield for the Field Army”, Army, vol. 41, décembre 1991, pp. 16-19.

38 Michael W. Ellis et Jeffrey Record, “Theater Ballistic Missile Defense and US Contingency Operations”, Parameters, vol. 22, 1992-1, p. 12.

39 R. D. Hammond, art. cit., p. 13.

40 Henry Cooper, interview accordée à l’émission télévisée WorldNet, “Scaled-Down SDI Seen as Way to Meet Future Threats”, USIS, Defense, Paris, Ambassade des Etats-Unis, 27 mars 1992, p. 23.

41 Peter Almond, “US and Russia Could Create Missile Shield for the World”, The Daily Telegraph, 5 février 1992. Voir la déclaration des présidents Bush et Eltsine sur un “système de protection global”, signée le 17 juin 1992 à Washington.

42 Rappelons que les intercepteurs Brilliant Pebbles devaient lancer une “flèche spatiale” agissant par énergie cinétique, à la vitesse relative flèche-cible de 10 000 m/s, chaque kg représentant une énergie de 50 millions de joules (Pierre Kohler, “La nouvelle guerre des étoiles”, Science et avenir, mars 1992).

43 Bruce Van Voorst, “Star Wars II”, Time, 7 février 1994, p. 36.

44 Theater High Altitude Area Defense et Extended-Range Intercept Technology (R. D. Hammond, art. cit., pp. 16-17) : ces intercepteurs agiraient, pour le premier, hors de l’atmosphère (à une hauteur d’environ 160 km) et, pour le second, dans l’atmosphère (à une hauteur de 15 km). Voir André Dumoulin, “Du syndrome des Scud à la renaissance des ATBM”, Stratégique, n° 51-52, 1991, 3-4, pp. 319-343 ; B. Van Voorst, art. cit., p. 37.

45 R. D. Hammond, art. cit., pp. 18-21.

46 Dominique David, “Défense antimissiles : les enjeux”, Libération, 13 avril 1992.

47 Statement of the Secretary of Defense Dick Cheney Before the Senate Budget Committee in Connection With the FY 1991 Budget for the Department of Defense, 5 février 1990, p. 6.

48 John M. Collins, Desert Shield and Desert Storm. Implications for Future U.S. Force Requirements, Washington, D.C., Congressional Research Service, 19 avril 1991 (CRS Report for Congress).

49 Ibid, pp. 3-5.

50 The White House, National Security Strategy of the United States, Washington, D.C., Governement Printing Office, août 1991, p. 31.

51 Idem.

52 Michael Richardson, “U.S. Pre-eminence Welcomed by Asians”, The International Herald Tribune, 13 juin 1991.

53 James Walsh, “The Restless Pacific”, Time, 29 juillet 1991, pp. 10-12 ; William Stewart, “Preparing to Say Goodbye”, Time, 23 septembre 1991, pp. 20-22 ; James Walsh, “Home Alone : A New Era”, Time, 27 janvier 1992, pp. 10-17 ; Christopher Ogden, “Philippine Roulette”, Time, 9 mars 1992, p. 26 ; Michael S. Serrill, “Painful Separation”, Time, 25 mai 1992, p. 40.

54 Valerie M. Hudson, Robert E. Ford, David Pack et Eric R. Giordano, “Why the Third World Matters, Why Europe Probably Won’t : The Geoeconomics of Circumscribed Engagement”, Journal of Strategic Studies, vol. 14, 1991-3, pp. 286-288.

55 Commission On Integrated Long-Term Strategy, Discriminate Deterrence, Washington, D.C., Government Printing Office, janvier 1988, p. 11.

56 Henry C. Bartlett et G. Paul Holman, “Global War Games and the Real World”, Proceedings, US Naval Institute, vol. 117, 1991-2, p. 29.

57 Carl E. Vuono, “Desert Storm and the Future of Conventional Forces”, Foreign Affairs, vol. 70, 1991-3, p. 59.

58 Ibid, pp. 55-65.

59 “Aspin Calls Two-War Plan Key to Post-Cold War Strategy”, USIS, Defense, 2 septembre 1993.

60 Michael Klare, “Les stratèges de Washington se préparent à de nouvelles expéditions guerrières”, Le Monde diplomatique, novembre 1993, p. 9.

61 “New US Defense Budget Emphasizes Readiness”, USIS, Defense, 8 février 1994.

 

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