Chapitre IV

STRATÉGIES OPÉRATIONNELLES

 

Chacune des quatre forces armées américaines a toujours défendu âprement sa spécificité opérationnelle. Dans ce qui apparaît depuis quelques années déjà comme une réorientation "face au Sud" de la stratégie d’action des Etats-Unis, chacune entend se positionner au mieux pour obtenir la plus grosse part du gâteau budgétaire. Même si le concept d’opération combinée interarmes a gagné du terrain dans les années 80, les rivalités entre les forces subsistent. La Navy et les Marines se considèrent comme l’expression naturelle de la puissance américaine, essentiellement maritime et tournée vers la "projection des forces". L’armée de l’Air incarne la performance technologique made in USA. L’armée de Terre s’appuie sur la tradition de l’infanterie "reine des batailles" pour dire que tout se résout finalement sur le terrain. Elle retrouve aussi, en se préparant à intervenir dans le Tiers Monde, des contraintes semblables à celles des guerres contre les Indiens.

 

La grande "stabilisatrice" : l’US Navy

Comme l’a dit le général Colin Powell, pourtant de l’armée de Terre, les Etats-Unis resteront une puissance globale et océanique1. Dans la géoéconomie de l’engagement circonscrit, l’US Navy constitue la première ligne d’observation et de défense, ce que les Américains appellent le "fil de détente" (tripwire) ou le signal d’alarme. La force navale a l’avantage de pouvoir manifester, par sa seule présence dans certaines eaux, l’intérêt américain pour la zone ou son souci de la situation. Elle peut aussi projeter la force rapidement, en vue d’une action offensive limitée, comme lors du raid aérien contre la Libye en 1986. Lorsque Ronald Reagan avait fait de l’expansion de la marine la pierre angulaire de son effort de réarmement, il avait en tête la menace soviétique mais aussi la surveillance de pays du Tiers Monde, comme l’Irak, l’Iran et la Libye2. Les zones d’opérations en temps de paix ont été étendues depuis les administrations Carter et Reagan, pour inclure les Caraïbes et l’océan Indien3. Dans la restructuration en cours des forces américaines, la Navy ne souffre pas trop. La diminution des bases extérieures et des forces déployées sur le continent eurasiatique entraînera un plus grande rôle pour les forces navales4. Quels que soient les changements dans le monde, dit l’amiral Larson, commandant en chef de la flotte du Pacifique, la supériorité maritime américaine restera un impératif constant5. La moitié du commerce extérieur des Etats-Unis se fait avec les nations du Pacifique, et presque entièrement par voie maritime. Plus que jamais, dit l’amiral Larson, les Etats-Unis sont une nation maritime et cela les rend vulnérables à une plus grande gamme de menaces.

De toutes les forces armées américaines, la marine a traditionnellement la vision géostratégique la plus large. Dans les war games du Naval War College, toutes les situations de crise dans le Tiers Monde sont envisagées. C’est ainsi qu’au cours de l’été 1990, un scénario postulait une invasion du Koweit par l’Irak6. A travers ces exercices est promu un concept stratégique central, celui de la stabilité globale, dont l’US Navy est le premier gardien, avec le corps des Marines. Pour le général Alfred M. Gray, commandant du Marine Corps, la politique de l’endiguement (containment) doit être remplacée par celle de la stabilité globale : le concept doit régir la politique de sécurité mais aussi servir à la restructuration des forces. Il doit contribuer à l’élaboration d’une stratégie intégrée unique, qui reconnaît la nature maritime de la nation américaine. Cette stratégie doit être orientée vers la projection de la puissance autour du globe pour toutes les échelles de violence, mais l’accent doit être mis sur les conflits de faible et de moyenne intensité7. Le rôle stabilisateur de la marine américaine est apprécié comme tel par d’autres pays, surtout dans le Pacifique écrit l’amiral Larson8. Le rôle stabilisateur de l’US Navy s’exerce non seulement par sa présence, mais par les liens qu’elle tâche de tisser avec les autres marines. En mars 1992, l’Inde a accédé à une demande que le département d’Etat lui réitérait depuis 1985 : la participation de navires indiens à des manœuvres communes avec la flotte américaine du Pacifique9. Il s’agit d’un objectif poursuivi comme une véritable stratégie par l’US Navy : les manœuvres communes facilitent la coopération et la coordination et renforcent l’expérience américaine dans des zones d’opérations potentielles10.

La nouvelle stratégie maritime se moule dans les orientations données par le président Bush dans son discours d’Aspen du 2 août 1990. C’est en matière de "réponse aux crises" que la Navy va devoir réviser certaines options. Les expériences de Panama et du Golfe ont fait prendre conscience de la nécessité d’une meilleure intégration avec les autres forces. La Navy doit aussi s’affirmer davantage dans la mise au point d’une doctrine commune. Elle devra enfin prévoir des forces navales à mettre à la disposition des commandants en chef régionaux qui devront répondre à des crises11. La stratégie maritime est à la fois "régionalisée" et "globalisée" : elle envisage les conflits régionaux et, en même temps, elle prend en compte de nouvelles responsabilités en matière de lutte contre les trafiquants de drogue et les terroristes, ou en matière de réponse à des crises d’environnement (pollution, catastrophes naturelles). L’US Navy pourrait ainsi devenir le premier bras armé du Conseil de Sécurité des Nations unies12.

La réorientation de la stratégie maritime américaine sera sans doute plus complexe que ne l’ont écrit H. L. Garrett, l’amiral Kelso et le général Gray : il ne suffira pas d’extraire de la Maritime Strategy les principes stratégiques permanents et de les appliquer à la planification courante13. L’amiral Edward B. Baker, Jr., directeur de la planification stratégique auprès du Chief of Naval Operations, a déjà laissé comprendre que l’accent passerait de la "guerre sur mer" (War at Sea) au Littoral Warfare 14. Le général des Marines Bernard C. Trainor a parlé d’un "ajustement mental" qui devrait réorienter la Navy des opérations en eau bleue profonde à celles en eau grise ou brune15. Les grands porte-avions dépassent les besoins nécessaires pour répondre rapidement à des crises dans le Tiers Monde. D’aucuns proposent le développement de porte-avions deux fois plus petits que le Nimitz et beaucoup moins coûteux16. La capacité de la marine à répondre à des crises se mesure d’abord dans le nombre de ses task forces disponibles et dans la rapidité avec laquelle celles-ci peuvent arriver sur la scène des troubles. La réactivation de quatre cuirassés de la Deuxième Guerre mondiale n’a pas contribué, contrairement à ce qui était espéré, à multiplier les task forces. La Navy n’a pas osé les risquer en dehors du rayon d’action des porte-avions ou d’une aviation basée à terre17. Mais les moyens de la projection des forces se renforcent depuis quelques années déjà. La marine a récemment développé le navire d’assaut amphibie Tarawa, capable d’atteindre une vitesse de vingt nœuds et de transporter un bataillon de Marines. Il y a aussi un nouvel engin de débarquement, sur coussins d’air18. Ceci nous amène naturellement à parler du corps des Marines qui, par ses missions et ses intérêts, est intimement lié à la Navy, au point de constituer avec elle un véritable lobby naval.

 

Les Marines : "the right force at the right time"

Contrairement à l’armée et à l’Air Force, la marine américaine a toujours éprouvé une certaine réticence à exposer une doctrine dans un manuel. Ceci explique peut-être pourquoi c’est un général du corps des Marines qui a exposé le plus clairement, jusqu’ici, le nouveau concept de "stabilité" évoqué plus haut. Pour le général Alfred M. Gray, commandant du Marine Corps, la mise en œuvre de ce concept de stabilité nécessite d’abord d’étendre la dissuasion à d’autres pays que l’ex-URSS. Il faut aussi que les forces conventionnelles puissent répondre à des crises et exécuter les missions suivantes : présence, assistance humanitaire, construction d’une nation, assistance de sécurité, opérations de sécurité et de maintien de la paix, opérations anti-narcotiques, anti-terroristes et contre-révolutionnaires. Une nation maritime aux intérêts globaux a un urgent besoin d’une capacité expéditionnaire. Celle-ci est assurée par les groupes de porte-avions, les forces amphibies et les Marine Expeditionary Forces, qui ont une capacité unique et incontestée d’"entrée en force". Les forces expéditionnaires des Marines sont en elles-mêmes des forces combinées. En liaison avec les forces navales, elles sont les plus aptes à projeter la puissance et à opérer à partir de la mer. La mobilité stratégique demeure un concept essentiel : elle sera assurée par un certain nombre de prépositionnements sur mer et sur terre. Les forces expéditionnaires navales sont déployées tout autour du globe — l’insigne du corps des Marines — pour protéger les intérêts américains. Les Marines sont récemment intervenus dans plusieurs pays du Tiers Monde pour des missions très variées : réponse à une crise au Moyen-Orient, stabilisation et évacuation de civils au Libéria et en Somalie, aide après une catastrophe naturelle aux Philippines, opérations anti-drogue en Amérique latine19. En un mot, le corps des Marines apparaît, aux dires de son commandant, comme l’instrument d’action idéal dans le monde d’aujourd’hui. A la limite, les autres forces sont inutiles pour les interventions outre-mer : le Marine Corps se suffit à lui-même.

Traditionnellement, celui-ci a toujours porté une attention spéciale aux pays du Tiers Monde20. Il ne doit pas être affecté par les changements apportés par la chute du communisme, car il a toujours été orienté davantage vers les opérations dans le Tiers Monde que vers une confrontation globale avec l’Union Soviétique21. Il a tiré les leçons de la guerre du Vietnam. En cas d’engagement dans le Tiers Monde, il faudra tenir compte de certains besoins et désirs de la société américaine, afin d’obtenir un soutien de l’opinion et du Congrès. Mais ce soutien ne sera pas nécessaire si l’opération est rapide, décisive et réussie22. Dans les analyses et les conférences organisées au sein du corps des Marines, il est établi que les conflits régionaux vont se multiplier au lieu de diminuer et que les forces expéditionnaires navales sont particulièrement adaptées à l’"environnement de sécurité émergent". L’ingérence dans les affaires internes des Etats pourrait s’accroître, comme l’a montré l’opération Provide Comfort en faveur des Kurdes d’Irak23. Pour le général Bernard C. Trainor, les Etats-Unis doivent se garantir les moyens de faire face à deux éventualités régionales et à une troisième qui surgirait encore. C’est l’hypothèse qu’a retenue l’administration Clinton. Le général Henry C. Stackpole considère que la "projection de l’assistance" est aussi importante que la projection de la puissance : les engagements en temps de paix préviennent l’instabilité régionale et les forces expéditionnaires navales sont la solution idéale, sans être un fardeau pour la fragile infrastructure des pays moins développés24. Pour le général Carl E. Mundy, Jr., le nouvel ordre mondial requiert des forces navales les mêmes capacités qu’auparavant dans l’histoire, "rien de plus, rien de moins, rien de changé". Il voit un avenir brillant et optimiste pour l’utilité des forces expéditionnaires navales : celles-ci sont "the right force at the right time", la bonne force au bon moment25. Semper Fidelis !

Il est un fait que, depuis la guerre du Golfe, les généraux du corps des Marines ont beau jeu de participer plus activement au débat stratégique. Bernard C. Trainor a fait un tour d’horizon des problèmes de "sécurité régionale"26. En Extrême-Orient, il ne voit pas de menace "active" en dehors de la Corée du Nord, mais il faut garder l’œil sur les capacités latentes du Japon et de la Chine. En Amérique latine, seul un impératif moral peut pousser les Etats-Unis à intervenir pour la démocratie. C’est aussi la "chasse gardée" de l’US Army pour ce qui est des relations avec les militaires de ces pays. Dans les Caraïbes, Fidel Castro reste un problème, mais il a perdu son prestige de leader du Tiers Monde et Cuba ne pose pas de menace pour la région. Dans un conflit indo-pakistanais, il ne serait pas dans les intérêts des Etats-Unis d’intervenir, mais les répercussions internationales d’un tel conflit seraient très importantes. La région la plus basse dans la hiérarchie des intérêts américains est l’Afrique sub-saharienne. "En tant que nation non coloniale, écrit le général Trainor, nous n’y avons pas de liens politiques, économiques ou moraux significatifs"27. Le soutien accordé au président Mobutu du Zaïre ou à Jonas Savimbi en Angola n’était dû qu’à la conjoncture de la Guerre froide. Ce qui reste une source de préoccupation pour les Etats-Unis, c’est le Maghreb et le Moyen-Orient. Cette zone est la plus dangereuse du monde. Les Etats-Unis devront garder une possibilité d’y intervenir militairement. Sans être le gendarme du monde, l’Amérique doit au moins être "le sheriff qui rassemble et conduit un détachement contre les malfaiteurs internationaux"28. Mais il ne doit pas y avoir d’arrangements de sécurité qui lieraient automatiquement les Etats-Unis et les entraîneraient dans des conflits qu’ils préféreraient ignorer. Les Nations unies sont l’instrument idéal pour former les coalitions éventuelles, comme dans la guerre du Golfe. En Asie du Nord-Est et au Moyen-Orient toutefois, les Etats-Unis devraient jeter les bases de systèmes de coalition régionaux, en dehors des Nations unies. Pour les forces navales américaines, les eaux du Sud-Ouest asiatique et de la Méditerranée restent des zones de la plus haute importance. Enfin, la guerre du Golfe demeure, pour le général Trainor, le modèle des guerres régionales éventuelles : dans la mesure du possible, il faudrait toujours "laisser la technologie faire le combat", pour minimiser les pertes, "ce grand inhibiteur du soutien du peuple américain à toute action militaire"29. Le Tiers Monde aura toujours l’avantage du terrain et du nombre. Les Etats-Unis doivent garder celui de la technologie, spécialement dans le domaine du renseignement.

Le général Mundy, déjà évoqué plus haut, établit un parallèle entre l’époque de la guerre de Corée et les années 1990. Il s’agissait, en 1950, d’une menace régionale majeure inattendue, du type prévu aujourd’hui par la nouvelle stratégie militaire américaine. La guerre est survenue dans un contexte semblable à celui d’aujourd’hui, après une victoire écrasante (1945) et à un moment de réévaluation des concepts stratégiques, de la stratégie et de la structure des forces30. Comme il y a quarante ans, le Congrès et les dirigeants américains ont identifié la nécessité de disposer d’une force prête à être déployée rapidement pour dissuader ou contenir une crise dans des régions inattendues. Si la dissuasion échoue, cette force doit être capable de "garder la porte ouverte" pour l’acheminement progressif de forces aériennes et terrestres qui résoudront le conflit. Pour assumer ces tâches, le Congrès de 1951 estima essentiel d’assurer au corps des Marines une structure organisationnelle de base, consistant au minimum en trois divisions de combat et trois groupes (wings) aériens31. La nation américaine doit rester prête à affronter l’inattendu. C’est précisément la mission du corps des Marines.

 

Les triomphateurs du Golfe : l’US Air Force

Le discours est encore plus triomphaliste dans l’US Air Force. Le commandant de l’Air University, le général Charles G. Boyd, souligne la menace des agresseurs régionaux dans le monde de l’après-Guerre froide et proclame les avantages uniques de la puissance aérienne en souplesse et en fiabilité. La guerre du Golfe fournit évidemment l’illustration la plus éclatante possible. Pour le général Boyd, la question du temps est cruciale aujourd’hui et seule la puissance aérienne permet d’aller directement des Etats-Unis à n’importe quel endroit du monde, de délivrer une puissance de feu massive à l’arrivée et de déposer des forces terrestres partout en quelques heures32. Même message chez le colonel Dennis M. Drew, pour qui l’Air Power est le mode le mieux adapté au monde d’aujourd’hui, au point de dominer désormais tout l’art de la guerre33.

Le lieutenant-colonel Price T. Bingham le démontre à partir de la guerre du Golfe. Il va jusqu’à accuser les doctrines des autres armes d’inadaptation aux circonstances actuelles. La Maritime Strategy de la marine est toujours conçue pour affronter les Soviétiques ; elle ne donne guère d’indications sur la façon dont les porte-avions doivent être utilisés pour des opérations dans le Tiers Monde telles que Desert Storm 34. La doctrine AirLand Battle de l’armée, malgré son nom, ne tient pas assez compte du rôle dominant de la puissance aérienne. Elle illustre ses principes fondamentaux en rappelant la campagne du général Grant autour de Vicksburg pendant la guerre de Sécession, plutôt que celles de MacArthur durant la Deuxième Guerre mondiale, où la puissance aérienne fut pleinement utilisée. Les Marines eux aussi ont recours à des exemples de la guerre de Sécession.

 

L’US Army : nouveaux défis et évolutions doctrinales

L’armée de Terre est très active dans la réflexion sur les nouvelles menaces du Sud. Elle sait qu’elle subira les effets les plus importants de la fin de la Guerre froide. Les Etats-Unis, écrit le général Frederic J. Brown, sont la puissance prédominante sur mer et dans les airs. La nécessité d’une grande armée de Terre n’est plus évidente avec la disparition de la menace soviétique en Europe. La démocratie américaine va pouvoir revenir à sa traditionnelle aversion pour les grandes forces terrestres permanentes35. Des quatre armes, l’US Army était la plus engagée sur le théâtre européen. Pour le général Eichelberger, chef du service de renseignements de l’armée, la menace principale pour l’US Army, jusqu’à la fin de ce siècle, se présentera sous la forme d’un conflit de faible ou de moyenne intensité, comme au Panama ou en Irak. Il détaille la menace en Amérique latine. Pour lui, cette menace n’a pas décru de manière significative avec la fin de l’antagonisme Est-Ouest. Les intérêts américains restent menacés par la subversion cubaine, le trafic de drogue, le terrorisme et la possibilité de prolifération nucléaire. Le Moyen-Orient est la région du monde où se trouvent concentrés le plus d’armements, à l’exception de l’Europe, et les motifs d’hostilité sont à la fois intérieurs, interétatiques, ethniques et religieux. En Asie, le Vietnam, le Cambodge et surtout la Corée peuvent redevenir des foyers d’instabilité. Les Philippines ne sont pas encore à l’abri d’un coup d’Etat militaire36.

La guerre du Golfe est évidemment venue donner quelques bons arguments aux porte-parole de l’armée pour confier à celle-ci de nouvelles missions. Nous avons vu plus haut que le général Vuono, chef d’état-major, en déduisait un rôle accru pour les forces conventionnelles. La prolifération des armements, ajoutait-il, est aussi conventionnelle. Elle concerne notamment les chars. Les dernières grandes batailles de chars se sont déroulées dans le Tiers Monde, entre Israël et les Arabes (1967 et 1973), entre l’Iran et l’Irak dans les années 1980 et bien sûr lors de la "tempête du désert". Une douzaine de nations "en développement" comptent aujourd’hui plus de 1 000 chars dans leurs forces terrestres37. Les réductions budgétaires doivent laisser à l’armée américaine les capacités de mener des opérations d’une certaine dimension. Il ne faut pas en faire une force trop légère38. La première leçon de la guerre du Golfe est que l’armée doit se préparer à dissuader les agressions et les conflits régionaux39. Ce rôle dissuasif peut se muer rapidement en une mission de combat (Desert Storm) ou d’assistance humanitaire (Provide Comfort) 40. Il faut aussi laisser une certaine capacité nucléaire tactique à l’armée, car l’adversaire potentiel, à savoir un régime "fou" du Tiers Monde, ne s’imposera peut-être plus de restriction dans l’utilisation d’armes de destruction massive41.

L’armée se prépare à projeter sa force partout dans le monde, en réponse à des situations de crise42. Pour le successeur de Carl E. Vuono, le général Gordon R. Sullivan, il s’agit des "défis du régionalisme"43. Cela requiert un nouveau type d’armée, pas simplement une version allégée de l’armée qui a dissuadé avec succès l’agression soviétique. L’armée va devoir retrouver quelques unes de ses missions plus "civiles" d’autrefois, lorsqu’elle contribuait à la conquête de l’Ouest ou à la construction du canal de Panama. Dans le cadre de la "force combinée" (joint force) susceptible d’intervenir, c’est l’armée, dit le général Sullivan, qui sert de "colle" à l’ensemble : c’est elle qui fournit nécessairement la police militaire, les hôpitaux, les communications, la logistique de théâtre, l’infrastructure de contrôle et de commandement, etc. En fin de compte, seul l’engagement des forces terrestres peut emporter la décision et résoudre ce duel de volontés que l’on appelle guerre.

L’armée doit, pour reprendre les qualificatifs du général Vuono, être souple, "déployable", meurtrière et expansible. Pour le général Sullivan, cela signifie qu’endéans 30 jours, trois divisions doivent pouvoir être déployées dans n’importe quel coin du monde, et les restes d’un corps d’armée endéans 75 jours44. La mobilité de l’armée doit être assurée par le transport maritime, le transport aérien et le prépositionnement de stocks. La capacité lourde doit être maintenue dans la perspective d’affronter les armées de chars du Tiers Monde45. Dans ses opérations "régionales" comme dans toutes ses guerres passées, l’armée américaine maintiendra sa capacité d’amener des forces écrasantes pour s’assurer une marge d’erreur plus que tolérable dans un environnement opérationnel risqué46. Car l’"entrée en force stratégique" est la plus risquée des opérations combinées. L’armée va devoir mettre l’accent sur les capacités de projeter rapidement ses forces.

Sa doctrine, AirLand Battle, a été validée à Panama et dans le golfe Persique47. L’armée fait preuve, elle aussi, de triomphalisme. Pour le général Frederic J. Brown, AirLand Battle est une doctrine de "classe mondiale" ; pour le général Gordon R. Sullivan, c’est la meilleure du monde48. La nouvelle version du manuel FM 100-5, exposant la doctrine, intègre cependant de nouveaux aspects. Pour son responsable, le général Franks, commandant du Training and Doctrine Command (TRADOC), il faut d’abord étendre le "continuum opérationnel" de la doctrine, de façon à guider l’emploi des forces de la paix à la crise et de la guerre à la terminaison du conflit. L’expérience récente à Panama et dans le Golfe suggère que ce continuum aille jusqu’à ce qui est demandé aux militaires après l’acquisition de la victoire. Il est nécessaire d’étudier les opérations de maintien de l’ordre à Panama City et les actions humanitaires dans le Nord et le Sud de l’Irak pour en inclure "l’essence" dans la doctrine49. Il en est de même quant à l’utilisation de l’armée sans qu’il y ait guerre, pour contenir ou prévenir une crise, en coopération avec d’autres forces, d’autres organisations gouvernementales ou d’autres nations. La nouvelle doctrine inclut les nouvelles missions de l’US Army, des missions essentiellement orientées vers le Tiers Monde, comme les opérations de stabilisation, d’aide à la sécurité, d’assistance humanitaire et de lutte contre la contrebande (armements, narcotiques, immigration clandestine). Tout cela n’était pas présent dans la version précédente du FM 100-5, datant de 1986, où n’étaient envisagés que les conflits conventionnels de moyenne et de forte intensité50. Dans sa nouvelle doctrine, l’armée américaine n’accordera plus la primauté à l’Europe ; elle se prépare à tous les niveaux d’engagement possibles, n’importe où dans le monde.

Le Low intensity conflict (LIC) va rester un des défis majeurs51. En 1990, l’Army et l’Air Force ont publié conjointement un nouveau manuel qui lui est exclusivement consacré52. C’est la première fois que le LIC fait l’objet d’une telle mise au point doctrinale. Dans le dictionnaire des termes militaires du département de la Défense, le LIC est défini comme une "confrontation politico-militaire entre Etats ou groupes rivaux, en-deçà de la guerre conventionnelle mais au-delà de la compétition pacifique et routinière entre les Etats"53. Le colonel John B. Hunt, qui a travaillé avec l’Army Proponency for Low-Intensity Conflict à Fort Leavenworth, ajoute à cela qu’il s’agit d’une situation où les valeurs de survie des Etats-Unis ne courent pas de risque, excepté peut-être par un effet cumulatif à long terme, mais où d’importants intérêts sont menacés54.

Le manuel FM 100-20/AF Pam 3-20 identifie des "impératifs" qui doivent guider la doctrine opérationnelle du LIC. Le plus important est la "prédominance du politique". Plus qu’un simple rappel de la formule de Clausewitz — dont le sens ne semble plus échapper à l’armée américaine d’aujourd’hui — cela veut dire que l’instrument politique prédominera toujours dans le LIC : l’instrument militaire, au même titre que l’information ou la politique économique, est secondaire et n’agit qu’en soutien. Trois autres impératifs, l’unité d’effort, l’adaptabilité et la persévérance, sont plus directement liés à l’action militaire. Le cinquième est de nouveau très politique puisqu’il s’agit de la légitimité, un concept reconnu comme "subjectif"55.

La nouvelle doctrine du LIC définit ensuite des catégories opérationnelles. La première est celle de la guerre révolutionnaire et contre-révolutionnaire (insurgency-counterinsurgency), la deuxième celle de la lutte contre le terrorisme, la troisième celle du maintien de la paix (peacekeeping) ou interposition entre des belligérants, la dernière celle des opérations de circonstance en temps de paix, c’est-à-dire une large catégorie incluant des actions militaires (frappes ponctuelles, raids), des actions pacifiques (assistance après une catastrophe) ou des actions entre les deux (lutte anti-drogue). Enfin, notons qu’AirLand Battle peut s’appliquer dans le LIC et que les impératifs cités plus haut doivent servir de guides pour les modifications et les adaptations nécessaires56. La nouvelle importance prise par le LIC est apparue clairement avec la création au Command and General Staff College de Fort Leavenworth (Kansas) du Low-Intensity Conflict Proponencies Directorate (LIC-PD), en juin 1991. Il est chargé de gérer et de diriger les activités se rapportant au LIC, à la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue57.

Si l’US Army se prépare au LIC, elle sait aussi depuis la guerre du Golfe que des opérations plus vastes, de type conventionnel, sont possibles et que ces conflits peuvent être très meurtriers, en raison de la prolifération croissante d’armes technologiquement avancées à travers le Tiers Monde58. Il s’agit alors de conflits de moyenne intensité (mid-intensity conflict). L’opération Desert Storm aurait montré la nécessité d’une réforme — modeste —dans la structure de l’armée : la création d’un corps "de poids moyen", qui comprendrait des unités blindées, mécanisées ou motorisées légères, combinant mobilité tactique et puissance de feu59. Ce serait là le type de force idéal de l’après-Guerre froide. La guerre du Golfe a, en tout cas, relancé un vieux débat sur les forces lourdes et les forces légères dans l’armée américaine. A l’époque de la Guerre froide, le clivage était clair : les forces lourdes étaient destinées à l’Europe et les légères au Tiers Monde. Dans ce débat intervient une rivalité accrue entre l’armée et le corps des Marines sur la question de savoir qui est le mieux préparé aux opérations terrestres "de circonstance" (contingency) dans le Tiers Monde. Tous les arguments sont bons, y compris ceux de la tradition.

 

Retour à la tradition des guerres indiennes

Pour l’US Army, l’après-Guerre froide rappelle les lendemains de la guerre de Sécession : fin de la menace militaire globale, réduction des effectifs et du budget, subsistance d’une menace jugée insignifiante. A la fin des années 1860 et dans les années 1870, l’armée américaine dut cependant affronter les Indiens des plaines dans un type de guerre aux exigences particulières. A Little Big Horn, le général Custer subit un échec cuisant, face à des Indiens qui avaient pu se procurer des armes plus récentes que celles de la cavalerie américaine. De telles circonstances pourraient se retrouver aujourd’hui sur un théâtre du Tiers Monde qui n’offrirait pas nécessairement l’infrastructure de l’Arabie saoudite pendant la guerre du Golfe et où la prolifération pourrait à nouveau "égaliser" le rapport des forces60.

Il faut évaluer correctement ce qui est nécessaire au succès dans l’environnement où l’on s’attend à se battre et faire de cela une priorité. Cette évaluation fut difficile après la guerre de Sécession comme elle l’est aujourd’hui. Il semble cependant qu’il faille mettre l’accent sur les capacités suivantes :

- trouver l’ennemi dans son nouveau repaire et déduire ses intentions ;

- transporter les forces américaines rapidement et de manière efficace jusqu’au champ de bataille (comme avec les mules contre les Apaches de Géronimo) ;

- donner aux forces américaines arrivant sur les lieux une puissance de feu supplémentaire pour éviter qu’elles ne soient submergées dès le départ, comme Custer l’a été à Little Big Horn ;

- soutenir efficacement les troupes déployées dans ces régions lointaines dépourvues d’une infrastructure de transport moderne ;

- limiter les pertes en vies américaines à un niveau acceptable, comme dans la guerre du Golfe ;

- apprendre aux forces américaines à combattre avec efficacité dans les opérations "de circonstance" qui seront celles du monde de demain et les y entraîner : qu’aurait fait Custer s’il avait simulé Little Big Horn auparavant ?

Comme dans les guerres indiennes, l’industrie de défense américaine pourrait se retrouver en compétition avec elle-même. Les Indiens des plaines ne disposaient d’aucun potentiel industriel, mais ils parvenaient à se procurer des Winchesters. Aujourd’hui encore, les forces américaines pourraient combattre des adversaires utilisant des technologies américaines. Au niveau politique, les questions soulevées dans les années 1870 au Congrès se retrouvent à propos des engagements actuels dans le Tiers Monde, en Somalie par exemple. Les nombreuses victimes occasionnées parmi les Indiens non combattants lors des affrontements de Sand Creek et de la rivière Washita poussèrent le Congrès à examiner de plus près les agissements de l’armée et à lui disputer les crédits nécessaires. La défaite des colonnes de Fetterman et de Custer amena le Congrès à enquêter encore plus minutieusement. Non seulement les crédits étaient remis en cause, mais la justesse de ces interventions fit problème. Pour les guerres indiennes comme pour les interventions dans le Tiers Monde, ce qui compte, c’est le petit nombre de pertes américaines, le caractère politiquement décisif de l’entreprise, le minimum de pertes civiles, la brièveté de la campagne et un coût qui "en vaut la chandelle". L’opinion publique américaine a toujours accepté les pertes occasionnées par une guerre où l’Amérique était attaquée. Elle a toujours été beaucoup plus sourcilleuse quand il s’agissait d’une opération résultant d’une initiative américaine.

 

Connaître l’ennemi

Les adversaires potentiels pourraient exploiter cette faiblesse américaine. Dans un remarquable article sur "la prochaine guerre de l’Amérique", Thomas Mahnken a actualisé les leçons du Vietnam en parallèle avec celles du Golfe, et en se plaçant au point de vue de "l’autre"61. Celui-ci a toujours un équipement moins avancé que celui des Etats-Unis. La qualité du personnel militaire reste encore en-deçà de celle des armées occidentales. D’autre part, les Etats en développement peuvent souvent tolérer un nombre plus élevé de pertes et survivre dans un environnement plus difficile. Quelques unités d’élite s’approchent du niveau des meilleures troupes des pays industrialisés, mais une disparité énorme dans la qualité de l’ensemble des troupes affaiblit souvent les armées du Tiers Monde. La difficulté de ravitailler les troupes au combat les caractérise également. Mais s’il y a d’incontestables faiblesses aux niveaux tactique et opérationnel, elles peuvent êtres compensées au niveau stratégique.

Un Etat du Tiers Monde peut d’abord essayer de dissuader un engagement américain. Une telle stratégie exploiterait et chercherait à renforcer le manque d’inclination naturel du public américain pour les interventions dans des guerres étrangères. En matière de relations publiques, Saddam Hussein a été nul, mais un futur adversaire pourrait, comme le gouvernement d’Hanoï pendant la guerre du Vietnam, être suffisamment persuasif pour influencer l’opinion américaine et internationale. Si l’agression, au lieu d’être claire et massive, est limitée et ambiguë, les Etats-Unis pourraient également être dissuadés d’intervenir. Que ce serait-il passé si Saddam Hussein n’avait envahi qu’une partie du Koweit ? Il semble que l’Iran ait retenu cet enseignement62. Si un leader du Tiers Monde se montre suffisamment "raisonnable", il peut empêcher les Etats-Unis de le "démoniser". Une autre façon de dissuader consisterait à persuader que les risques de l’intervention dépasseraient de loin les bénéfices qui pourraient en résulter. Une capacité supposée de posséder des armes de destruction massive pourrait évidemment servir une telle stratégie. Pour les pays du Tiers Monde, la première leçon de la guerre du Golfe est qu’il ne faudra jamais plus affronter les Etats-Unis sans posséder des armes nucléaires.

Une autre stratégie consisterait à exclure les Etats-Unis de la région par l’intimidation des pays voisins, le terrorisme, l’agitation politique, la déstabilisation interne. Les lignes de communications américaines pourraient être rompues par une sorte de "guerre de course" comme celle que menèrent les sous-marins allemands durant les deux guerres mondiales. Pendant la guerre des Malouines, les sous-marins argentins, de fabrication allemande, ont ainsi causé beaucoup de soucis à la marine britannique.

Enfin, les pays du Tiers Monde pourraient choisir de résister à une intervention américaine en suivant les stratégies de guérilla théorisées par Mao Ze Dong et Giap, et pratiquées au Vietnam : éviter d’être battu par les forces américaines sur le terrain et, en même temps, miner la volonté américaine de rester dans la guerre. Les Américains ont montré leur répugnance à supporter des guerres longues et sanglantes. Beaucoup d’observateurs des pays en développement sont convaincus de l’incapacité américaine à accepter un certain niveau de pertes. Un adversaire pourrait chercher à faire traîner la guerre en longueur ou bien à infliger, dès le début, les coups les plus rudes aux forces américaines. Un analyste indien a écrit que, dans le conflit du Golfe, un raid comme celui sur Khafji, mais avec des moyens plus puissants, aurait pu infliger de lourdes pertes et exploiter ainsi le "syndrome du Vietnam"63. Un adversaire pourrait aussi, contrairement à l’Irak de Saddam Hussein, empêcher les forces américaines de profiter de leurs avantages comparatifs pour pratiquer davantage une guerre de surprise, d’infiltration, de camouflage et de tromperie. Les gardes iraniens de la Révolution — les Pasdarans — ont pratiqué ce type de guerre. La doctrine militaire nord-coréenne combine les concepts soviétiques et ceux de la "guerre populaire" chinoise, où des forces spéciales sont chargées de désorganiser les arrières de l’ennemi. Les planificateurs américains, conclut Thomas Mahnken, ne peuvent donc se contenter d’acquérir les technologies appropriées : il leur faut créer des structures organisationnelles efficaces et développer des concepts novateurs pour mener les opérations.

 

Vers l’intervention latente universelle ?

La possibilité d’une intervention militaire dans le Tiers Monde, envisagée et sérieusement préparée au niveau opérationnel par chacune des quatre armes, est une composante du jeu hégémonique des Etats-Unis. Alain Joxe y voit un moyen de l’exploitation des "sociétés périphériques", contraignant celles-ci à adopter un comportement de soumission aux lois de l’économie libérale64. On pourrait dire aussi, avec François Géré, que cette possibilité d’intervention répond à une nouvelle logique, celle du global par opposition à celle du local. L’arme nucléaire a introduit la possibilité d’une destruction de la terre en tant que totalité planétaire65. Le "nouvel ordre mondial" consisterait à dépasser les droits de l’Etat-nation pour promouvoir un droit planétaire et les Etats-Unis auraient déjà intégré cette dimension dans leur stratégie intégrale.

Les contraintes de la Guerre froide ont disparu. L’action extérieure ne sera plus soumise aux obligations de modération politique et de prudence stratégique qu’imposait un risque d’escalade incontrôlée, lorsqu’une puissance nucléaire était impliquée dans un conflit régional. "Ayant reconquis sa liberté d’action sur les contraintes nucléaires, écrit Lucien Poirier, une grande puissance pourrait s’engager à fond dans l’espace extérieur, avec des forces classiques, sans redouter, comme lors des crises de Suez et de Cuba, qu’une autre la contre en émettant un quelconque signal nucléaire pour freiner ou stopper l’intervention"66. Cette proposition ne soulève pas le problème de la prolifération nucléaire dans le Tiers Monde, mais elle laisse comprendre, implicitement, combien celle-ci pourrait hypothéquer la liberté d’action recouvrée des Etats-Unis.

Un examen des seuls discours militaires opérationnels pourrait accréditer l’idée d’un interventionnisme tous azimuts, mais l’opinion publique américaine ne soutiendrait pas une telle politique. Sa patience vis-à-vis des conflits dans le Tiers Monde est particulièrement courte67. Elle donnerait son soutien à l’utilisation initiale de la force, surtout s’il s’agissait de remédier à une situation d’injustice claire, mais elle le retirerait rapidement si les combats se prolongeaient et si le nombre des victimes s’accroissait. La guerre du Golfe a prouvé que les militaires américains avaient tiré les leçons du Vietnam, mais le syndrome de cette guerre persiste dans le mentalité et dans la politique américaine, comme l’a montré le retrait précipité de Somalie en 1994.

Le professeur Mark N. Katz, de la George Mason University, a suggéré que les Etats-Unis jouent vis-à-vis du Tiers Monde le même rôle que la Grande-Bretagne vis-à-vis de l’Europe autrefois : celui d’un balancier qui empêcherait tout Etat ou toute alliance de ravir ou de menacer de ravir l’hégémonie68. Les moyens diplomatiques seraient privilégiés et l’action militaire n’interviendrait qu’en dernier recours. Les Etats-Unis auraient intérêt à ce qu’émergent des équilibres régionaux et la collaboration avec les alliés, l’Europe et le Japon, devrait s’accroître sur ces questions. La guerre du Golfe a montré que les Etats-Unis ont avantage à rechercher un consensus avant d’entreprendre toute action.

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Notes:

1 Colin Powell, “World Peace, Myth or Reality ?”, texte officiel d’une conférence donnée à Bruxelles le 8 avril 1992, USIS, 9 avril 1992, p. 5.

2 Mark A. Randol et Wallace J. Thies, “The Opportunity Costs of Large-Deck Carriers : Naval Strategy for the 1990s and Beyond”, Naval War College Review, vol. 43, 1990-3, pp. 9-10.

3 Ibid, p. 16.

4 Henry C. Bartlett et G. Paul Holman, “Force Planning for the Post-Cold War World : What Can We Learn from Geopolitics ?”, Strategic Review, vol. 19, 1991-1, p. 31. Ces deux auteurs sont professeurs au Naval War College.

5 Charles R. Larson, “National Interests and Naval Forces in the 1990s”, Naval War College Review, vol. 43, 1990-1, pp. 10-13.

6 Henry C. Bartlett et G. Paul Holman, “Global War Games and the Real World”, US Naval Institute Proceedings, vol. 17, 1991-2, p. 26.

7 Alfred M. Gray, “Planning for the Future : A Policy of Stability”, Strategic Review, vol. 19, 1991-1, p. 13.

8 C. R. Larson, art. cit., p. 17.

9 Barbara Rudolph, “Plotting a New Course”, Time, 30 mars 1992,
pp. 18-19.

10 H. Lawrence Garrett III, Frank B. Kelso et A. M. Gray, “The Way Ahead”, US Naval Institute Proceedings, vol. 117, 1991-4, p. 38.

11 Stan Weeks, “Crafting a New Maritime Strategy”, US Naval Institute Proceedings, vol. 118, 1992-1, p. 32.

12 Ibid, p. 35 ; Michael Vlahos, “A Global Naval Force ? Why Not ?”, US Naval Institute Proceedings, vol. 118, 1992-3, pp. 40-44.

13 H. L. Garrett, F. B. Kelso et A. M. Gray, art. cit., p. 38.

14 Ronald V. Dutil, “Looking at the Corps in the “New World Order”. Conference Report”, Marine Corps Gazette, vol. 76, 1992-1, p. 54.

15 Bernard C. Trainor, “Regional Security : A Reassessment”, US Naval Institute Proceedings, vol. 118, 1992-5, p. 43.

16 M. A. Randol et W. J. Thies, art. cit., p. 10.

17 Ibid, p. 16.

18 Robert B. Killebrew, “Force Projection in Short Wars”, Military Review, vol. 71, 1991-3, p. 36.

19 A. M. Gray, art. cit., pp. 15-16.

20 Thomas C. Linn, “Challenges to the Marine Corps”, Marine Corps Gazette, vol. 71, 1987-10, pp. 22-25. La population mondiale, écrit le major Linn, aura crû de 50 % en l’an 2000, les 4/5 de celle-ci vivront dans des pays sous-développés et les 3/4 à moins de 500 km de la mer. Cela présentera un défi au corps des Marines, qui devra développer des techniques OTH (over-the-horizon).

21 B. C. Trainor, “Regional ...”, p. 44.

22 Norman E. Hitchcock, “Lessons for U.S. Involvement in Future Civil Wars”, Marine Corps Gazette, vol. 74, 1990-7, pp. 54-56.

23 R. V. Dutil, art. cit., pp. 53-54.

24 Ibid, pp. 54-55.

25 Carl E. Mundy, Jr., “Naval Expeditionary Forces and Power Projection : Into the 21st Century”, Marine Corps Gazette, vol. 76, 1992-1, p. 17.

26 B. C. Trainor, “Regional ...”, pp. 41-44.

27 Ibid, p. 42.

28 Idem.

29 Ibid, p. 44.

30 Carl E. Mundy, Jr., “Redefining the Marine Corps’Strategic Concept”, US Naval Institute Proceedings, vol. 118, 1992-5, p. 68.

31 Ibid, p. 69.

32 Charles G. Boyd et Charles M. Westenhoff, “Air Power Thinking : “Request Unrestricted Climb”, Air Power Journal, vol. 5, 1991-3, pp. 11-12.

33 Dennis M. Drew, “The Air Power Imperative : Hard Truths for an Uncertain World”, Strategic Review, vol. 19, 1991-2, pp. 24-31.

34 Price T. Bingham, “Air Power in Desert Storm and the Need for Doctrinal Change”, AirPower Journal, vol. 5, 1991-4, pp. 33-46.

35 Frederic J. Brown, “AirLand Battle Future : The Other Side of the Coin”, Military Review, vol. 71, 1991-2, p. 20.

36 Charles B. Eichelberger, “Versatility Is Key In Mission of ‘90s”, Army, vol. 41, 1991-10, pp. 163-164.

37 Carl E. Vuono, art. cit., pp. 53-54.

38 Jeffrey Record, “The US Army in the Post-Cold War Era”, Strategic Review, vol. 19, 1991-3, pp. 75-76.

39 J. H. Binford Peay III et Jack A. LeCuyer, “Gearing the Force For Crisis Response”, Army, vol. 41, 1991-10, p. 155.

40 C. B. Eichelberger, art. cit., p. 163.

41 J. Record, art. cit., pp. 79-80.

42 R. B. Killebrew, art. cit., p. 37.

43 C. B. Eichelberger, art. cit., p. 163.

44 G. R. Sullivan, “Power ...”, p. 11.

45 C. E. Vuono, art. cit., p. 59.

46 R. B. Killebrew, art. cit., p. 35.

47 J. H. Binford Peay III et J. A. LeCuyer, art. cit., p. 155.

48 F. J. Brown, art.cit., p. 15 ; Gordon R. Sullivan, “A Trained and Ready Army : The Way Ahead”, Military Review, vol. 71, 1991-11, p. 4. A propos d’AirLand Battle, je me permets de renvoyer à mon article : “La culture stratégique américaine et le Golfe”, Stratégique, n° 51-52, 1991-4, pp. 125-127.

49 Frederick M. Franks, Jr., “After the OPFOR, the Medina Ain’t Nothin ! TRADOC Status Report 1991-1992”, Army, vol. 41, 1991-10, p. 77. Le général Franks a commandé le VIIe Corps pendant la guerre du Golfe.

50 James R. McDonough, “Building the New FM 100-5. Process and Product”, Military Review, vol. 71, 1991-10, pp. 8 et 12.

51 C.E. Vuono, art. cit., p. 54.

52 US Army Field Manual (FM) 100-20/Air Force Pamphlet (AF Pam) 3-20, Military Operations in Low Intensity Conflict, Washington, D.C., Government Printing Office, 1990.

53 Cité par John B. Hunt, “Emerging Doctrine for LIC”, Military Review, vol. 71, 1991-6, p. 51.

54 Ibid, p. 56.

55 Ibid, pp. 57-58.

56 Ibid, pp. 58-60.

57 S. Metz, art. cit., p. 24.

58 C. B. Eichelberger, art. cit., p. 164.

59 Michael J. Mazarr, “Middleweight Forces for Contingency Operations”, Military Review, vol. 71, 1991-8, pp. 32-39.

60 Walter B. La Berge, “Traditions Die Hard : The Relevance of the Indian Wars to the US Army of the Year 2000”, Defense Analysis, vol. 9, 1993-1, pp. 73-87. L’auteur travaille au Defense Systems Management College de Fort Belvoir, en Virginie.

61 Thomas G. Mahnken, “America’s Next War”, The Washington Quarterly, vol. 16, 1993-3, pp. 171-184.

62 Ibid, p. 176.

63 Ibid, p. 180.

64 Alain Joxe, Voyage aux sources de la guerre, Paris, PUF, 1991, pp. 419-421.

65 François Géré, “Cette terre qui m’appartient. Apothéose de la géostratégie”, Stratégique, n° 50, 1991-2, pp. 75-76.

66 Lucien Poirier, “La guerre du Golfe dans la généalogie de la stratégie”, Stratégique, n° 51-52, 1991-3 et 4, p. 67.

67 H. C. Bartlett et G. P. Holman, “Global War Games ...”, p. 28.

68 Mark N. Katz, “Beyond the Reagan Doctrine : Reassessing U.S. Policy Toward Regional Conflict”, The Washington Quarterly, vol. 14, 1991-1, p. 175.

 

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