LES ARMES PORTATIVES DE LA MARINE FRANÇAISE (1660-1789)

 

François BONNEFOY

 

 

Au XVIIIe siècle, les vaisseaux de ligne sont fiers de la puissance que représentent leurs deux ou trois ponts équipés d'artillerie. Les armes individuelles n'y jouent pas un rôle essentiel, mais pourtant, sans qu'elles puissent occuper une place comparable à celles qu’elles tiennent dans l'armée de Terre, leur action ne saurait être négligée au combat, lors de l'abordage par exemple, ou quand les navires ont besoin de se ravitailler à terre en zones peu sûres. Elles sont nécessaires aussi à la défense des ports de guerre.

A la fin du XVIIIe siècle, en 1784, alors que la marine française atteint son niveau le plus élevé, une étude des bureaux du ministre porte sur l'estimation des besoins en armes portatives : reposant sur un calcul de deux armes par homme pour les troupes des colonies et les garnisons des ports de guerre, et d'une arme et demie pour les équipages des vaisseaux, elle conclut qu'il faut 52 000 fusils pour les 14 000 hommes des troupes des colonies et les 12 000 des garnisons des ports, tandis que pour les 22 000 membres d'équipages, il convient d'avoir 26 000 fusils, 7 000 mousquetons et 7 000 pistolets1. Mais comme les troupes et les équipages sont armés, les besoins annuels sont de l'ordre de 7 000 à 8 000 armes. Ils étaient beaucoup plus faibles quand Colbert, dans les années 1660, entreprit de développer la marine de guerre : à la fin du XVIIe siècle, ils ne dépassent pas 2 000 à 3 000 armes par an.

Alors que depuis 1665, Le Tellier s'est préoccupé d'accroître et de centraliser la production des armes de l'infanterie et en partie de la cavalerie en chargeant Maximilien Titon de son organisation, les intendants de la marine se contentent encore de faire passer des marchés pour l'achat des armes par le contrôleur des ports de guerre avec le moins disant des fabricants d'armes capables de les fournir.

C'est le fils de Colbert, Seignelay, qui apportera les premiers éléments de rationalisation, y compris pour les armes portatives. La grande ordonnance du 15 avril 1689 pour les armées navales et arsenaux de marine traite aussi bien des grandes lignes de la fabrication des armes blanches et à feu que de la politique d'achat de ces armes. Elle restera en vigueur jusqu'aux ordonnances de Choiseul des 14 septembre 1764 et 25 mars 17652.

LES CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DES ARMES PORTATIVES DE LA MARINE

Les armes de la marine sont un peu différentes de celles de l’armée de Terre.

Les armes blanches. Elles sont définies dans le titre III de l'ordonnance, qui concerne les piques, hallebardes, pertuisanes, sabres et haches d'armes.

Les armes d'hast, c'est-à-dire celles qui se composent d'un fer pointu ou tranchant fixé au bout d'un long manche appelé hante ou hampe, y sont décrites très sommairement :

“Les piques et demi-piques seront d'un bon bois de fresne, qui sera plus fort que celui dont on se sert à terre pour les piques et demi-piques. Le fer sera épais et large et bien attaché par les oreilles, lesquelles seront enchassées dans le bois et bien clouées.

 

Les hallebardes et pertuisanes seront montées sur des bois de fresne de la même qualité. les lames seront d'un bon fer, net et point pailleux ; celle de la hallebarde sera de 9 à 10 pouces de long et celle de la pertuisane de 18 à 19 ; l'une et l'autre auront une canelure au milieu et seront attachées à la hampe par les oreilles endentées dans le bois et bien clouées” 3.

Bien que les espontons ne soient pas mentionnés, les gravures de l'époque montrent les Gardes du Pavillon tenant un esponton semblable à celui des officiers de l'armée de terre.

L'ordonnance du 25 mars 1765 ne mentionne plus que les piques et demi-piques, les ordonnances des 31 octobre et 9 décembre 1758 ayant supprimé hallebardes et pertuisanes. Alors que l'infanterie n'utilise plus la pique depuis 1703, la manufacture de Klingenthal fabrique encore des piques pour la marine en 1782.

Pour les armes de main, épées et sabres, l'ordonnance de 1689 est encore plus vague. Les épées d'officiers ne sont pas mentionnées : il est probable qu'elles étaient du même modèle que celles des officiers d'infanterie, avec la même variété.

Quant au sabre, donné à la cavalerie par Louvois en 1679 et sans doute introduit dans la marine à la même époque, l'ordonnance prescrit seulement que :

“Les sabres et haches d'armes seront d'un bon fer bien tranchant, et pour les proportions, on suivra l'usage ordinaire.”

 

Pendant de nombreuses années encore, au XVIIIe siècle, le sabre de bord restera une arme très grossière, à monture de fer. Il est défini en 1782 seulement : sa monture est en laiton, la garde est à coquille comprenant une branche principale et deux branches parallèles en S; la lame est plate, de faible courbure et porte une gouttière longue de 23 pouces.

En 1770, un sabre avait été prescrit à l'artillerie de marine, à lame droite à deux tranchants, d'une longueur de 18 pouces, semblable à celle du sabre de l'artillerie de terre, mais la poignée est en forme de col et tête de lion au lieu de col et tête d'aigle.

Les armes à feu

A la fin du XVIIe siècle, il reste encore des mousquets dans l'armée française : le remplacement par le fusil se fait progressivement, à partir de la première ordonnance de 1668 qui a introduit quatre fusils par compagnie jusqu'à celle du 15 décembre 1699 qui supprime complètement le mousquet.

Le remplacement du mousquet par le fusil, moins sensible à l'humidité et à la cadence de tir plus rapide, se fait parallèlement dans la marine.

En 1689, les deux armes sont encore en service simultanément. Le mousqueton prendra la place du mousquet léger.

Le mousquet : le titre II de l'ordonnance du 15 avril 16894 indique en effet :

“Il y aura deux sortes de mousquets pour le service des vaisseaux ; les uns seront plus fournis de fer et pèseront de 8 à 9 livres, dont on ne se servira qu'à bord. Les autres ne pèseront que 6 à 7 livres et serviront à la mer et à terre dans les occasions de descente et autres, où l'on pourra en avoir besoin.

 

Le canon du mousquet sera de 3 pieds 9 pouces de long, d'un fer doux, bien lié et bien soudé, point pailleux, cassant, ni brazé, ni éventé, bien foré au dedans et limé au dehors ; le derrière du canon sera à pans, renforcé jusqu'au tiers et le devant sera rond et déchargé de fer.”

La description porte aussi sur l'embouchure, la culasse, le bassinet. Le calibre est de 16 balles à la livre. Le fût est en bois de noyer.

L’article 6 précise :

“Les mesmes choses seront observées pour la qualité du fer et le travail des ressorts des fusils, des mousquetons et des pistolets.”

 

Le remplacement du mousquet par le fusil et le mousqueton est donc en cours.

Le fusil : les premiers fusils ont d'ailleurs même calibre et même taille que les mousquets. Les caractéristiques des fusils de la marine sont précisés dans un marché privé, passé devant les notaires du Châtelet, entre le fabricant de Tulle et le maréchal d'Estrées, président du Conseil de la marine, le 5 juillet 17165.

Le fusil ordinaire pour les compagnies franches est du calibre de 18 balles à la livre, son canon mesure 3 pieds 6 pouces. Il est fixé
au fût par des tenons. Sa platine est carrée. Il pèse 4 livres 1/2 environ.

Le fusil de grenadier est identique, mais il porte un guidon qui sert de tenon à la baïonnette. Celle-ci est dotée d'une lame triangulaire, bien acérée.

Tous les fûts sont en noyer.

Le traité indique également les proportions des fusils pour les îles d'Amérique, le Canada et les autres colonies françaises : les fusils de boucanier sont à garniture de cuivre jaune. Le canon est long de 4 pieds 4 pouces, son calibre est de 12 balles à la livre, son poids est de 5 livres 1/2 et il est fixé au fût de noyer par des tenons. Le fusil, équipé d'une platine carrée, pèse au total 14 livres.

D'autres fusils de boucanier sont identiques, mais à garnitures de fer.

Les fusils de chasse sont plus courts ; ils ont aussi des platines carrées, mais leur canon n'a que 3 pieds 6 pouces, le calibre est de 28 balles à la livre et il ne pèse pas plus de 4 livres 1/2.

Transportées dans les colonies, ces armes sont stockées dans les magasins des gouverneurs pour être éventuellement distribuées aux compagnies de milice, mais il en existe aussi dans l'armement de bord des vaisseaux et la salle d'armes de l'arsenal de Brest contient encore 2 075 fusils de boucanier en 1744.

A ce moment, il n'a d'ailleurs pas beaucoup évolué depuis 1716 : il a même longueur et même poids, bien que le calibre ait été unifié à 18 balles à la livre.

L'ordonnance du 21 décembre 1761 prescrit que les manufactures d'armes du service de terre feront également des armes pour les vaisseaux et les colonies6. Choiseul s'efforce d'ailleurs d'unifier armes et calibres ; toutefois, il faudra attendre le système d'armes modèle 1777 pour parvenir à une certaine uniformité7.

Le fusil de bord modèle 1777 est semblable au fusil d'infanterie, mais avec des garnitures en laiton. La baïonnette est du modèle d'infanterie 1770, à virole basse. Cependant, les troupes de la marine utiliseront des fusils à détente et battants en fer.

De 1778 à 1786, les garnitures sont maintenues par des ressorts et la platine, du modèle 1777, est de proportion très légèrement différente. De 1783 à 1786, la grenadière est maintenue par serrage et l'embouchoir par une vis, mais à partir de 1786, l'embouchoir est à nouveau fixé par un ressort à pivot et la platine a les proportions rigoureuses du modèle 1777.

Le mousqueton : la marine n'en utilise qu'un seul modèle, dit de bord. Il ressemble beaucoup au fusil, avec un canon réduit à 2 pieds 4 pouces au lieu de 3 pieds 6 pouces.

En 1784, on voulut imposer à la marine le mousqueton de cavalerie modèle 1778, mais l'inspecteur de la manufacture de Tulle fit remarquer que les besoins de la marine n'étaient pas les mêmes : elle n'a pas à utiliser la balle serrée pour pouvoir tirer d'une seule main. Le fusil de dragon ne convient pas davantage car son canon de 42 pouces au lieu de 28 est trop long. En effet, le mousqueton de bord est destiné à l'armement des chaloupes et canots quand on fait provision d'eau, à la défense des écoutilles au combat, et à monter la garde sur les passe-avant dans les rades8.

Le mousqueton de bord est cependant peu différent de celui de la cavalerie de 1778. Ses garnitures varieront comme celles des fusils.

Le pistolet : il n'est pas décrit par l'ordonnance de 1689, mais le traité du 5 juillet 1716 donne les caractéristiques de celui commandé à Tulle à cette date :

“... Le canon sera de la longueur de 12 pouces, du calibre de 20 à 22 balles à la livre et du poids d'1 livre 1/2 ou environ, avec des platines carrées...”

 

Les garnitures sont de fer ou de cuivre.

Le pistolet ne sera pas mieux défini avant 1777, année à partir de laquelle apparaîtront trois modèles de pistolets de marine, toujours fabriqués avec des tolérances dans les dimensions.

Le pistolet modèle 1779, premier type, construit de 1779 à 1782, est long d'1 pied et pèse 2 livres 4 onces. Le canon de 7 pouces est cylindrique, à 2 pans latéraux, de calibre 18 à la livre, sa bouche est légèrement évasée. La platine est celle du mousqueton, un peu raccourcie à l'arrière. La crosse a la forme de celle du pistolet à coffre 1777, que la marine a refusé d'employer.

Le pistolet de marine 1779 deuxième type, fabriqué de 1783 à 1787, est identique - mêmes caractéristiques, même canon - mais la platine est du modèle 1777, longue de 4 pouces 7 lignes et se termine en pointe. Il pèse 3 onces de moins.

Il est remplacé par le modèle 1786, plus robuste, qui s'inspire du modèle de cavalerie 1766 et sera à l'origine du modèle an XIII.

Ainsi les armes à feu de la marine, tout en conservant leur originalité, proviennent alors des modèles de l'armée de Terre.

Pour se procurer ces armes, la marine n'est pas soumise, malgré les efforts de regroupement de la production entrepris dès le ministère de Seignelay, aux mêmes contraintes de monopole et de centralisation que Le Tellier, puis Louvois ont imposé à l'armée de Terre. Plus souple, l'approvisionnement en armes portatives de la marine se poursuivra sans modification de Louis XIV à la Régence.

LA POLITIQUE D'APPROVISIONNEMENT EN ARMES DE LA MARINE

L'ordonnance du 15 avril 1689 avait fixé dans son livre XVIII, titre 1er, la politique concernant la fourniture des armes pour les besoins des vaisseaux et des ports. La procédure à suivre était simple : les intendants de la marine devaient s'informer des lieux où ce dont ils avaient besoin était le meilleur et le plus abondant. Tous les ans, ils avaient à adresser au ministre, en septembre, l'état des armes à remplacer dans les magasins, au cours de l'année suivante. Quand le ministre avait approuvé le projet, le contrôleur passait un marché avec le fournisseur qui avait proposé le prix le plus bas. La commande était exempte de droits. La réception était faite par les intendants, en présence du commandant du port, du contrôleur et du garde-magasin. Les épreuves des armes devaient avoir lieu à l'arsenal. En somme, l'ordonnance réglementait le processus qui s'appliquait déjà précédemment.

Les achats étaient faits auprès des différents marchands d'armes installés, pour le Levant, dans les régions de Marseille, Vienne et Saint-Etienne, et pour le Ponant, près d'Angoulême, à Périgueux et à Tulle. Mais il y avait des exceptions et, par exemple, en 1687, Landouillette, directeur de l'établissement de Planchemeunier, en Angoumois, était chargé de fournir des fusils, mousquetons et mousquets à la fois à Rochefort et à Toulon. La même année des fusils du Forez sont envoyés à La Rochelle.

Les fabricants utilisent des procédés artisanaux ; ils ont des difficultés pour honorer leurs engagements. En janvier 1691 le ministre estimant fâcheux que le fournisseur de Périgueux ait périclité, écrit à l'intendant de Bouville à Angoulême d'employer
au mieux les deux autres manufactures d'Angoumois et de Tulle. Mais dès 1690, il charge l'intendant Arnoul de constituer une manufacture d'armes pour la marine à Saint-Etienne, par entente avec Titon sur l'emploi de certains ouvriers qui travaillent pour lui.

Celui-ci tergiverse : les négociations durent des mois sur la désignation des ouvriers et la fixation du prix des pièces composant les armes pour la marine. Finalement une solution est trouvée le 14 juillet 1692, confirmée par un arrêt du Conseil d'Etat du 21 janvier 1693 : un traité accorde à Frotton, Rouzet et Duchon le privilège d'établir à Saint-Etienne une manufacture d'armes à feu pour la marine pendant dix ans9.

Quant aux fabricants du Ponant, après la défection de Bertin à Périgueux, Landouillette, qui est aussi fondeur de canons d'artillerie, s'aperçoit bientôt que les activités de fondeur ne sont guère compatibles avec la forge des armes portatives, qu'il cesse de produire en 1693.

Reste seul Fénis de Lacombe, procureur du roi au présidial de Tulle, pour exécuter les marchés au profit des ports du Ponant, en particulier de Rochefort. Son activité est d'abord assez réduite, car il manque d'ouvriers. Il est plusieurs fois autorisé par entente entre les ministres de la guerre et de la marine, à transférer des ouvriers de Saint-Etienne à Tulle, mais ceux-ci n'y vont que contraints et abandonnent leur tâche dès qu'ils en ont l'occasion10.

Lacombe demande que sa manufacture soit reconnue par lettres patentes. Il n'obtient pas satisfaction sur ce point, mais, dès 1693, il est seul fournisseur des armes au Ponant et, pour accroître ses débouchés, le ministre l'autorise à vendre également des armes aux armateurs.

Ainsi, la fabrication des armes de la marine se trouve regroupée en deux centres, Saint-Etienne et Tulle, au sujet desquelles le ministre écrit à Arnoul, le 18 février 1693 :

“Je réglerai ce qui doit être fait dans chacune des manufactures de Saint-Etienne et Tulle pour les soutenir toutes deux, s'il est possible” 11.

 

LES MANUFACTURES DE LA MARINE

Malgré le soutien du ministre, les deux manufactures vont connaître des vicissitudes bien différentes dans leur développement.

La manufacture de la marine à Saint-Etienne

Le traité de 1692, accordant pour dix ans aux seuls entrepreneurs Frotton, Rouzet et Duchon la fourniture des armes de la marine a vraisemblablement été prorogé en 1702, car le 6 avril 1712, Rochebonne, intendant de marine à Lyon, est informé par le ministre que le roi, voulant maintenir la manufacture de la marine à Saint-Etienne au profit de Rouzet, lui a permis de vendre aux armateurs les armes dont il n'y aurait pas besoin dans les arsenaux. Pourtant entre 1717 et 1725, la marine traite surtout avec Deschamps. Commissaire ordinaire de l'artillerie de marine depuis 1689, il fait le tour des arsenaux pour appliquer un "secret" aux fusils déjà livrés ; il s'agit d'un morceau de fer battu et arrondi en forme de dé, soudé à l'intérieur du canon, au ras des filets de la culasse, pour que la balle prenne toujours la même position. Deschamps est en même temps entrepreneur d'armes à Saint-Etienne, associé à Blachon et il passe des marchés de fournitures d'armes avec la marine à Toulon et à Marseille. Mais il n'est pas le seul fournisseur car, en 1717, le Conseil de la marine décide de commander 6 000 fusils à Tézenas, marchand à Saint-Etienne. Cependant, les fournisseurs de la marine et les commis de Titon pour l'armée de Terre se disputent les mêmes ouvriers, faisant intervenir les deux ministres dans leurs démêlés.

Le 16 décembre 1724, Breteuil écrit à Maurepas12 que Deschamps détourne les ouvriers travaillant pour l'armée de Terre en payant les fusils 20 livres pendant que le service de terre n'en donne que 13 livres 10 sols. Le général de Vallière, inspecteur des manufactures d'armes de l'armée de Terre, de passage à Saint-Etienne, doute fort que Deschamps puisse satisfaire ses engagements envers la marine, car il y consacre peu de temps et s'entend mal avec son associé Blachon.

Breteuil, souhaitant que la marine cesse de faire fabriquer des armes à Saint-Etienne, Maurepas lui rappelle que l'armée de Terre et la marine ont toujours été en concurrence dans cette ville. Mais Deschamps et Blachon sont effectivement incapables d'honorer les commandes passées : leur marché est résilié le 6 mars 1725 et le ministre cherche de nouveaux entrepreneurs. Il ne trouve pas d'offre à un prix intéressant : Deschamps propose de fabriquer des fusils à l'arsenal même de Toulon. Le marché est signé le 14 novembre 1725. Deschamps fait venir les canons de Saint-Etienne et monte les armes à Toulon. Il lui en est demandé 440 en 1727. Cependant, cette expérience semble sans lendemain, et de nouvelles commandes sont passées à Blachon et à son gendre Dumarest dans les années qui suivent. Il en apparaît jusqu'en 1756, portant généralement sur quelques centaines d'armes, mais il n'est pas le seul bénéficiaire : de 1744 à 1746, Thiollière fabrique aussi des armes pour des armateurs de Rouen et de La Rochelle et le ministre de la guerre autorise des entrepreneurs agréés pour le service de l'armée de Terre, Jourjon, Burlat, Mellier, à fabriquer des armes pour la marine et les armateurs dans les mêmes années13.

Quand il s'agit d'armer les milices gardes-côtes, dont l'armement incombe normalement à la marine, celle-ci achète directement les armes au ministre de la guerre. Maurepas achète et distribue 4 000 fusils aux gardes-côtes du Languedoc en 1741. En même temps, 19 000 fusils sont mis en dépôt à Calais, au Havre et à Port-Louis pour ces milices, plus 6 200 pour celles de Belle-Isle entre 1742 et 1745. En 1747, quand l'ennemi arrive jusqu'à l'Argens, il en est acheté 20 000 pour les gardes-côtes de Provence et autant pour les ports de l'Ouest14.

Lorsque la guerre reprend en 1756, le ministre de la guerre achète 35 800 fusils à Liège qu'il revend à la marine pour les gardes-côtes de Bretagne, Normandie et Picardie, alors que 6 000 fusils sont remis en 1758 à la marine à Bordeaux, Blaye, La Rochelle et Brest, et 28 000 sont distribués dans les capitaineries pour les compagnies de guet, en plus de ceux qui sont livrés dans les magasins du roi au Canada.

Pour rendre plus aisées ces fournitures, en 1762, Choiseul réunissant sous sa direction les deux ministères de la marine et de la guerre, décide, en application de l'ordonnance du 21 décembre 1761, que les armes à feu nécessaires à la marine et aux colonies seront fabriquées de préférence dans les manufactures de Saint-Etienne, Charleville et Maubeuge, et soumises aux mêmes épreuves que celles de l'armée de terre.

C'est ainsi que la manufacture de Charleville qui avait livré 2 000 fusils pour les colonies d'Amérique en 1760, fournit encore 3 000 fusils pour les colonies le 9 juin 1766, et en octobre, elle partage une commande de 3 800 fusils pour l'île de France et Saint-Domingue avec la manufacture de Saint-Etienne.

En effet, quand elle avait obtenu le titre de manufacture royale en 1765, celle-ci s'était vue attribuer la faculté d'avoir seule, dans cette ville, l'autorisation de faire fabriquer des armes de guerre pour la marine et d'avoir la préférence pour celles demandées par les armateurs.

Ainsi, depuis que Maurepas s'était référé pour la dernière fois, en 1725, à la manufacture d'armes de la marine, plus personne n'y faisait allusion : dans les années qui suivirent, la marine ne traitait plus qu'avec des fournisseurs particuliers bénéficiant de l'accord du ministre de la guerre.

Cependant, en dehors des périodes de guerre qui exigeaient des besoins exceptionnels en armes, fournies directement par celui-ci, la marine continuait à s'approvisionner régulièrement à la manufacture de Tulle qui poursuivait son développement et affirmait sa réputa-tion, travaillant uniquement au profit de la marine et des colonies, mais incapable de faire face à des demandes supplémentaires.

La manufacture de Tulle

La fabrication des armes dans la région de Tulle remonte au milieu du XVIIe siècle : Jean Pauphile est déjà armurier dans le moulin de Souillac, sur la Céronne, en 1655, et d'autres étaient installés dans les environs15. Son fils Guillaume lui succède. Son frère Michel s'établit en 1690 dans le moulin voisin de Fès, jusqu'alors exploité par un meunier : il y fait des canons de fusil. A 600 mètres de là, le moulin de Pont-Charlat appartient à Martial Fénis de Lacombe, procureur du roi au présidial de Tulle : dès 1691, il s'entend avec Michel Pauphile pour fabriquer des fusils dans les deux moulins.

Cette fabrique est située à proximité des matières premières indispensables, bois de noyer pour les montures, minerai de fer, pierres à meule, charbon de bois et de terre. Elle trouve facilement des débouchés, y compris pour le service du roi, en fournissant des armes au port de Rochefort, créé en 1666.

En mai 1691, Lacombe a demandé des lettres patentes pour sa manufacture et s'est engagé à fournir 200 fusils de boucanier avant le mois d'avril suivant16. Il n'obtient pas satisfaction sur l'obtention des lettres patentes, mais reste le seul fournisseur de fusils de guerre de la région à partir de 1693, après le renoncement de Bertin et de Landouillette.

Martial Fénis de Lacombe est né le 5 janvier 1645. Son nom de Lacombe vient d'un lieu-dit voisin de Souillac. Son père était conseiller d'Etat depuis 1652. Martial se marie à Paris avec la fille d'un des maîtres d'hôtel de la duchesse d'Orléans, Catherine Heude. Il sera maintenu noble en 1701 par l'intendant du Limousin, Bernage. C'est de son grand-oncle qu'il a reçu en héritage le moulin à papier de Pont-Charlat.

Son établissement se trouve confronté en permanence avec des problèmes de personnels. Il est difficile de trouver des ouvriers sur place : il en fait venir de Liège, comme en témoigne les actes de mariage d'André Collet en 1697 et d'André Fourot en 1702, chacun étant qualifié d’"armurier natif de Liège". Il fait appel également à des ouvriers de Saint-Etienne, mais ceux-ci ne viennent que sous la contrainte et désertent à la première occasion. Cette situation limite la production, bien que les besoins en armes ne soient pas considérables.

Le 10 mars 1694, le ministre demande à l'intendant Begon de ne plus acheter d'armes ailleurs, car "il est important de soutenir cette manufacture" et pour cela, il autorise Lacombe à en vendre dans les villes maritimes du royaume, aux armateurs. A cette date, d'ailleurs, il a déjà établi un marché avec des armateurs de Bordeaux, annonçant le 19 septembre 1693 qu'il était pressé de faire un grand nombre de fusils de boucanier pour les marchands. Quand il lui manque des pièces d'armes, il en achète à Saint-Etienne, comme l'indique l'un des livres de comptabilité de la manufacture en 1693.

Lacombe est un homme très actif. Il dispose d'un appartement à Paris et voyage beaucoup. Le 5 juillet 1716, c'est devant les notaires du Châtelet qu'il signe un traité avec le maréchal d'Estrées, le comte de Tessé et quelques officiers de marine. Par ce traité, Lacombe

“...s'engage à fournir pendant cinq ans, à compter du 1er juillet 1716, les armes nécessaires pour l'armement des vaisseaux de Sa Majesté dans les ports de Rochefort, Brest et Lorient... et toutes celles dont on aura besoin pour les isles d'Amérique, Canada et autres colonies françaises suivant les ordres qui lui seront donnés en septembre et octobre de chaque année, à livrer dans les magasins du port de Rochefort...” 17.

 

Les armes seront visitées et éprouvées à Tulle, suivant les modalités des traités précédents des 13 février 1705 et 10 décembre 1712. Aucun inspecteur n'étant désigné pour y résider, elles sont reçues par des officiers de marine venant de Rochefort. Lacombe tient beaucoup à ce que l'épreuve n'ait pas lieu à Rochefort car, le 11 février 1722, il préfère accepter un rabais de 4 livres 10 sols par fusil pour les Gardes de la marine et du Pavillon à condition qu'elle se déroule à Tulle.

A ce moment d'ailleurs, il s'agit déjà de l'aîné de ses neuf enfants, Jean Martial, car Martial est mort en 1721. Jean Martial a pris la succession à la fois comme procureur du roi et comme directeur de la manufacture. Il en poursuit régulièrement le développement, mais pendant peu de temps car il décède à son tour, le 8 août 1729, laissant lui aussi, neuf enfants tous encore mineurs. L'entreprise passe alors dans les mains de sa veuve et de son frère, l'abbé Joseph de Fénis, grand prévôt de la cathédrale de Tulle, tuteur de l'aîné des enfants, prénommé lui aussi Jean Martial. Ce dernier deviendra effectivement propriétaire de la manufacture à la mort de sa mère le 25 décembre 1736, mais son oncle ayant été désigné comme légataire universel, continua à s'occuper de l'établissement avec son neveu.

En mars 1741, le traité liant la manufacture au ministre est renouvelé pour neuf ans. Les commandes pour 1741 se montent à 144 210 livres à livrer en deux ans18, ce qui marque une augmentation notable liée au début de la guerre de Succession d'Autriche. En 1749, le ministre est toujours disposé à renouveler le traité, mais à condition d'obtenir des rabais sur les prix, car d'autres offres, même de Tulle, sont plus basses que celles des Lacombe. Il existe donc encore d'autres fabricants d'armes à Tulle à ce moment, mais les Lacombe se montrèrent sans doute accommodants car le traité fut prorogé.

Jean Martial de Lacombe, marié en 1734, devient veuf après avoir eu quatre enfants. Il se remarie avec la fille du seigneur de Poissac et a de nouveau quatre enfants. Son oncle ne meurt que le 11 août 1762, mais dès 1757, Jean Martial se retire de la manufacture au profit de l'aîné des enfants de son premier mariage, Charles de Lacombe de Saint-Victour, de nom d'une propriété achetée en 1750 à Saint-Victour en Corrèze.

La manufacture poursuit ses fournitures sans changement notable. Cependant les documents sont peu nombreux sur cette période : il semble que, dans les années 1760, alors que toutes les manufactures participent aux marchés de la marine, celle de Tulle s'intéresse particulièrement aux armes des milices des colonies, d'abord du Canada, puis de Martinique et de Guadeloupe dans les années 1765-1766, enfin de Saint-Domingue, à destination de laquelle 18 000 fusils sont expédiés entre 1766 et 1770. Il en résulta de grandes difficultés financières pour de Saint-Victour car les habitants de Saint-Domingue se soulevèrent contre l'établissement des milices armées et le tremblement de terre du 3 juin 1770 provoqua la destruction des armes livrées, pour lesquelles il n'obtint aucun dédommagement19.

Pourtant, en raison de la fidélité et de l'exactitude avec lesquelles avaient été livrées 27 000 armes pour la marine et les colonies, le roi accepte de transformer l'établissement de Saint-Victour en une "manufacture royale d'armes à feu de guerre" par lettres patentes du 27 décembre 1777, enregistrées au Parlement le 17 février suivant, qui lui accordent les mêmes droits et privilèges qu'aux manufactures de Charleville, Maubeuge et Saint-Etienne, mais elle reste placée dans les attributions du ministre de la marine20. Un inspecteur, officier d'artillerie de la marine, est alors désigné pour la manufacture : le premier est probablement le lieutenant de vaisseau Dulac, encore présent le 1er janvier 1784.

Saint-Victour introduit les améliorations que Gribeauval a apportées dans les autres manufactures, notamment pour ce qui concerne la précision et la rationalisation de la fabrication des pièces, et augmente la production. Pour cela, il fait venir des canonniers de Liège, des platineurs, des équipeurs-monteurs et des garnisseurs de Maubeuge et de Charleville, peut-être moins enclins à déserter que ceux de Saint-Etienne. L'usine de Souillac est agrandie par la construction de forges, d'un martinet, d'un atelier de garnissage et d'une chambre de révision comme il en avait été créé dans les autres manufactures d'armes quelques années plus tôt pour y faire séjourner les canons de fusil en atmosphère humide afin d'en faire apparaître les défauts.

Mais l'extension de l'entreprise et les pertes de Saint-Domingue conduisent Saint-Victour à des difficultés financières. Il doit faire appel à des associés : le 5 février 1779, Rousseau administrateur général des domaines et bois du roi, et Gaudissart, secrétaire du roi, apportent 180 000 livres. Une société est créée pour vingt ans en vue de l'exploitation de la manufacture.

Saint-Victour connait bientôt un autre problème financier, lié aux mines de charbon d'Argentat que Saint-Victour possédait avec Béral. Saint-Victour lui avait cédé la partie qui lui appartenait en 1778 pour 120 000 livres la première année et 60 000 les suivantes. Or, Béral ne respecte pas ses engagements et en 1781, il doit déjà 200 000 livres à Saint-Victour. D'autre part, ce dernier se plaint que les armes éprouvées et reçues par l'inspecteur de Tulle, à partir de 1778, sont toujours contrôlées par les officiers lors de leur livraison dans les ports, ce qui augmentait les armes rebutées : ce double contrôle n'existait pas dans les autres manufactures.

Cependant, par contrat du 12 février 1779, les associés se sont engagés à fournir en neuf ans 63 000 fusils et 2 700 pistolets, soit par an 4 000 fusils pour les troupes de marine, 2 000 pour l'armement des vaisseaux, 1 000 pour l'armement des troupes des colonies et 300 pistolets21.

Malgré les débouchés assurés, les démêlés financiers de Saint-Victour amènent la dissolution de la société le 3 juillet 1783. Rousseau se retire. Gaudissart, à qui Saint-Victour doit 60 000 livres, les transfère à de Wendel et Bettinger, nouveaux associés. Par le même acte passé devant les notaires Lamour et Pressé de Paris, Saint-Victour et son épouse vendent aux mêmes François de Wendel, capitaine d'artillerie, et Nicolas Bettinger, premier commis de l'artillerie, les trois quarts par indivis avec Saint-Victour, gardant l'autre quart, de la propriété des fonds, bâtiments, usines, terrains situés à Tulle et à Souillac, servant à la manufacture, à l'exception de leur demeure, pour 45 000 livres, en déduction des 60 000 livres qui leur sont dues. Les 15 000 livres restant leur seront versées par Saint-Victour, en accord avec eux22.

Le même jour, l'acte de constitution de la société à Paris est signé devant les notaires Pressé et Lagrené, par Saint-Victour et Bettinger, tant en son nom qu'en celui de Wendel. Par cet acte, Saint-Victour cède en outre les trois quarts de ses droits, résultant des lettres patentes du 27 décembre 1777, sur le bail de la forge de Payzac et sur les concessions des mines d'Argentat et de Lapleau, observant qu'il y a contestation au Conseil pour celle d'Argentat. Les parties s'associent pour l'exploitation de la manufacture d'armes et des mines, la société prenant effet le 21 décembre 1782. Les fonds de première mise s'élèvent à 240 000 livres, dont 60 000 livres pour les bâtiments, usines et terrains et 180 000 livres des matières et deniers, le tout divisé en 60 actions de 4 000 livres, dont 15 appartiennent à Saint-Victour et 45 à Wendel et Bettinger.

Un troisième acte, toujours du 3 juillet 1783, passé devant le notaire Pressé, consiste en une déclaration de Bettinger encore en son nom et en celui de Wendel, portant qu'il existe entre eux une société pour l'exploitation de la manufacture de Charleville du 6 avril 1780. L'article 4 des conventions faites à cette occasion indique que, si la société se procurait d'autres entreprises, elles feraient partie de la première société. En application de cet article, les 45 actions de Bettinger et de Wendel de la manufacture de Tulle sont intégrées dans la société du 6 avril 1780. Celle-ci était composée de 60 actions dont Sérilly détenait 26, Veymerange 12, Wendel 12, Bettinger 4, Wendel de Longlaville 2, Carbon 2, Villeroy 1 et Biron 1. Dépendait aussi de cette société celle formée par acte du 18 décembre 1782 pour l'exploitation de la fonderie d'Indret et de celle de Montcenis-en-Bourgogne (Le Creusot), dont les deux tiers sont à Sérilly, si bien que Sérilly est encore majoritaire dans la nouvelle société : ses héritiers en profiteront pour se prétendre propriétaires de la manufacture de Tulle. Il en résultera un procès très compliqué qui durera dix ans, de 1796 à 1806, à la fin duquel la société disparut.

Cependant, la nouvelle compagnie, sous la direction effective de Bettinger, développa la manufacture, qui s'agrandit de la papeterie de Reygnac, du moulin d'Eyrolle, du pré des Renaudes à Souillac, des moulins du Lay et de la Gribaude à Laguenne. Une réserve d'eau fut créée pour les périodes de sécheresse. La manufacture put ainsi effectivement honorer le contrat de 1779, de 7 000 armes par an. En 1786, la société acheta encore les forges de Malherbaux et de Miremont.

En plus des commandes pour la marine, l'établissement fut en mesure d'envoyer de nombreuses armes en Amérique, même après l'indépendance, en particulier en Virginie : le consul général de cet Etat, Barclay, écrivait le 17 mai 1786 : "Nous avons acheté.. plusieurs milliers d'armes qui sont fabriquées à Tulle et livrées à Bordeaux" 23.

D'après un mémoire de l'an XIII, la société Sérilly et compagnie a porté ses capacités de production à 9 000 armes par an. Elle reste sous l'autorité de la marine jusqu'en 1804, puis est placée par décret sous la direction du ministre de la guerre et soumise aux mêmes règlements que toutes les autres manufactures d'armes à feu.

La manufacture d'armes blanches de Klingenthal au service de la marine 24

La marine a commandé ses armes blanches par des marchés passés avec les fournisseurs accordant les prix les plus intéressants, soit à Saint-Etienne, soit à proximité des ports de guerre.

Après la création de la manufacture d'armes blanches de Klingenthal, en 1730, et quand celle-ci aura réussi à affirmer la qualité de ses armes, la marine se fournira aussi dans cet établissement : c'est ainsi que l'entrepreneur Maupetit pouvait écrire en 1759, en s'adressant au ministre de la guerre, qu'il avait fourni depuis 1755 10 000 lames à la marine, qui ont été reconnues parfaites. En avril 1759, un marché de la marine porte sur 10 000 épées de soldat et 300 épées de sergent, mais Maupetit les fait monter par des fourbisseurs de Paris. En 1762, le ministère de la guerre demande à la marine de fournir à Maupetit des modèles d'armes et à celui-ci de faire connaître les prix auxquels il pourrait les fabriquer.

A partir du remplacement de Maupetit par Gau, en 1765, la manufacture prend un nouvel essor. Klingenthal fabrique désormais toutes les armes blanches, y compris les montures, pour l'armée de Terre et pour la marine. Des documents montrent que, par exemple de 1779 à 1782, il a été livré à la marine 10 068 sabres de bord, 1 707 sabres du corps royal de la marine 460 sabres de grenadier de marine, 5 277 haches d'armes et 4 980 piques, toujours en service dans la marine.

A partir de 1765, la marine trouve donc l'ensemble des armes portatives dont elle a besoin à Tulle, mais aussi Saint-Etienne, Charleville et Maubeuge pour les armes à feu, et à Klingenthal pour les armes blanches, ce qui n'empêche certainement pas la plupart des officiers de continuer à se procurer leur sabre chez des fourbisseurs particuliers.

PLACE TENUE PAR LES ARMES PORTATIVES DE LA MARINE

Conservation dans les ports de guerre

En cas de besoins urgents, les armes qui viennent d'être fabriquées et livrées dans un arsenal, peuvent être directement embarquées sur des vaisseaux, lors de l'armement d'une escadre. Mais généralement, elles séjournent d'abord dans des magasins, pour un temps plus ou moins long.

Le titre XIX du livre 1er de l'ordonnance du 15 avril 1689 définit le rôle de chacun, lors de ce passage dans les ports : le capitaine d'armes est chargé des armes, les fait nettoyer et réparer, fait embarquer tout ce qui est ordonné par l'armurier et distribuer sur le vaisseau armes, poudre à mousquet, mèches, balles, pierres à fusil... L'armurier doit entretenir les armes en état de servir et aider le capitaine d'armes à les tenir propres.

Les gardes-magasins ne peuvent donner aucun reçu aux fournisseurs sans qu'il ne soit visé par le commissaire de l'artillerie.

Les salles d'armes doivent être assez grandes pour contenir le double d’armes nécessaires à l'armement de tous les vaisseaux de l'arsenal. Des ateliers doivent être prévus à proximité pour y réparer les armes.

Ce règlement est toujours appliqué au XVIIIe siècle, jusqu'au 1er janvier 1762 où les salles d'armes des ports et les frais d'entretien sont pris en compte par le service de l'artillerie de terre. L'ordonnance du 14 septembre 1764 indique que les sergents d'artillerie attachés à la marine feront fonction de capitaine d'armes. Celui-ci est nommé par le commandant de l'artillerie et subordonné au premier maître canonnier. Il veille à ce que l'armurier tienne toujours les armes en bon état, car les mouvements d'entrée et de sortie des magasins doivent être rapides : il faut procéder à la réparation des armes qui en ont besoin sans attendre les ordres du ministre. Au désarmement, elles doivent être rendues propres et réparées.

Mais le nombre des armuriers est toujours insuffisant. Par une décision du 27 juillet 1762 concernant le "traitement à la mer des officiers, bombardiers et canonniers des brigades du corps royal de l'artillerie", Choiseul avait prescrit qu'il y aurait sur chaque vaisseau des quatre premiers rangs un premier et un second armuriers. Or, depuis l'ordonnance du 21 décembre 1761, qui avait rattaché la marine à la guerre, deux armuriers avaient été affectés à chacune des compagnies d'ouvriers d'Etat des trois principaux ports de guerre, Brest, Toulon et Rochefort25. Mais les mouvements dans les ports sont trop importants pour qu'ils puissent suffire à entretenir les armes en magasin. D'autre part, il n'existe pas le nombre d'armuriers nécessaires à l'équipement des vaisseaux suivant la décision du 27 juillet 1762.

Si, dans les magasins des arsenaux, les armuriers peuvent se faire aider par des manœuvres sous leur surveillance, lors des grands embarquements, l'on engageait au dernier moment comme armuriers, des ouvriers sans connaissance suffisante, qui détérioraient les armes au lieu de les réparer.

Cette insuffisance n'était toujours pas corrigée à la veille de la Révolution.

Importance des fournitures d'armes

Comme nous l'avons indiqué précédemment, si, en 1784, les besoins en armes étaient estimés théoriquement à 78 000 fusils, 7 000 mousquetons et 7 000 pistolets, dont plus de la moitié était en service pour équiper les 26 000 hommes des troupes des colonies et des garnisons des ports et les 22 000 membres d'équipage, au début de la restauration de la marine, à la fin du XVIIe siècle, le nombre d'armes nécessaire était bien moindre : l'inventaire général du magasin de Toulon du 31 janvier 1691 montrait que les armes en magasin étaient en nombre réduit : il existait certes 5 260 mousquets, mais ceux-ci étaient en court de retrait, remplacés par les fusils ; or, il n'existait encore que 879 mousquetons, 145 fusils et 585 pistolets26.

On estimait en 1782 que le renouvellement des armes27 devait avoir lieu tous les six ans pour les équipages des vaisseaux et tous les huit ans pour les troupes des colonies et des garnisons : c'est sans doute sur des calculs de ce genre que devaient se préparer les commandes annuelles. En 1687, Landouillette recevait une demande de 260 mousquets, 30 fusils, 130 pistolets et 80 canons de fusil pour Rochefort ainsi que de 1 000 mousquets et 600 fusils pour Toulon, soit au total, environ 2 000 armes. En juin 1691, il s'est engagé à fabriquer avant le 30 avril 1692, 1 000 fusils de boucanier, 1 000 mousquets, 500 fusils et 500 mousquetons, soit 3 000 armes, tandis que le 28 janvier 1691, Lacombe avait passé un marché pour 600 fusils, mais la France est en guerre.

En 1694, le ministre achète à Lacombe 2 200 fusils de boucanier et 600 fusils ordinaires. En même temps, il fait faire des armes à Saint-Etienne : 400 fusils le 4 juin 1687, 450 pistolets en septembre 1690. Le 21 janvier 1693, s'ajoutent 1 000 fusils et encore 500 en avril, car Landouillette n'en fabrique plus.

En période de paix, la demande est certainement peu importante, mais la guerre ayant repris, en 1704, l'état des armes à fournir par Saint-Etienne comprend : pour Toulon 400 fusils ordinaires, 400 mousquetons, 500 pistolets ; pour Marseille 300 fusils de grenadier et pour Brest, 600 fusils avec baïonnette à douille, soit 2 200 armes. En 1711, Lacombe met en recette 100 fusils de grenadier, 280 fusils de boucanier, 500 fusils de chasse et 300 pistolets.

Compte tenu des guerres qui accroissent les besoins, pendant le règne de Louis XIV, la moyenne des fournitures d'armes annuelles a donc toujours été, au minimum, de 2 à 3 000 armes.

Avec la Régence et le règne de Louis XV, les commandes sont assez régulières, mais elles portent sur des quantités plus faibles. De plus, elles ne fixent pas des délais de livraison précis : le 21 avril 1717, l'intendant de marine Hocquart reçoit l'accord du Conseil de la marine pour passer un marché de 6 000 fusils au profit de l'arsenal de Toulon sans qu'aucune limite ne soit imposée pour la fourniture. Le 30 mars 1720, le même Conseil demande à Lacombe de livrer 1 500 fusils de grenadier et 550 fusils pour les Gardes du Pavillon-amiral et de la marine de Rochefort, Brest et Toulon : il lui faudra vingt-et-un mois pour exécuter la commande, soit un rythme de 1 000 par an.

Le marché conclu avec Blachon et Deschamps le 23 décembre 1722 pour 2 000 fusils de soldat, 400 des Gardes de la marine et 430 pour les galères à Marseille, sera annulé le 6 mars 1725 sans avoir reçu aucun début d'exécution.

Dans les années suivantes, les volumes des commandes tels qu'ils apparaissent dans les divers documents, sont très faibles : après un marché de 440 fusils à Deschamps, qu'il doit fabriquer à Toulon en 1727, les commandes sont adressées à divers armuriers de Saint-Etienne et à Lacombe à Tulle. En 1732, Davier, qui a déjà livré 216 fusils, doit en fournir encore 100. Le 23 août 1737, Blachon s'engage à faire 560 fusils en six ans. En 1733 et 1734, les fournitures de Lacombe semblent peu importantes : 460 fusils de grenadier à Brest, 234 à Rochefort le 10 janvier 1734.

Ainsi, pendant toute la période comprise entre la guerre de Succession d'Espagne et celle d'Autriche, la production des armes pour la marine n'a pas dépassé quelques centaines par an. Mais dès 1741, avec la guerre, les commandes s'accroissent : Lacombe doit livrer, en deux ans éventuellement, 1 408 fusils de boucanier, 500 fusils de grenadier, 1 000 pistolets à la marine, 3 000 fusils de boucanier dont 1 000 à garnitures de cuivre, 260 fusils de grenadier et 500 fusils de chasse à destination des colonies. A Saint-Etienne, le ministre traite encore avec Blachon et son gendre entre 1740 et 1762 pour quelques centaines d'armes.

Mais quand les besoins sont importants, les fournisseurs habituels ne peuvent faire face à ses demandes : il s'adresse alors directement au ministre de la guerre. Celui-ci, selon l'urgence, prélève les armes dans les magasins des places ou autorise manufactures et entrepreneurs agréés à les exécuter.

C'est ainsi qu'en janvier 1740, d'Argenson délivre 1 500 fusils de Saint-Etienne au commissaire de La Rochelle pour Saint-Domingue ; en avril 1741, il fournit 452 fusils du magasin de Gravelines pour Dunkerque. Le 15 novembre 1743, il fait parvenir au commandant de la marine à Brest 5 500 fusils destinés aux îles d'Amérique, provenant des magasins de l'armée de Terre, 1 000 du château de Brest, 1 000 de Saint-Malo, 1 500 de La Rochelle, 2 000 du Havre. Le 26 avril 1744, d'Argenson commande 200 grands fusils pour la marine à la manufacture de Charleville ; le 8 juillet 1745, il envoie 1 000 fusils pour les vaisseaux de Brest à destination de Louisbourg ; le même jour, 150 fusils, 150 paires de pistolets et 75 baïonnettes fabriqués à Saint-Etienne, sont livrés à un armateur de Granville, afin d'armer un navire pour la course, et, en juillet encore, 200 fusils sont prélevés sur le magasin d'artillerie du Havre pour l'armement de deux frégates en course. En décembre 1746, les entrepreneurs de Saint-Etienne fournissent 800 fusils de chasse et 300 platines pour les magasins du roi au Canada. En 1747, deux d'entre eux, Burlat et Meillier, ont reçu commande de 2 000 fusils pour la marine. En 1750, il est rappelé à l'inspecteur de cette manufacture que les entrepreneurs agréés de cet établissement ont été chargés de fournir 4 000 fusils à la marine, commande "qui pourra être plus considérable".

Ces demandes de la marine s'arrêtent dans les années suivantes mais reprennent avec la guerre de Sept Ans : en décembre 1758, la manufacture de Charleville livre 2 000 fusils de soldat au port de Brest. Le 9 septembre 1760, Lejay, de Saint-Etienne, travaille à une commande de 3 000 fusils pour la marine. L'établissement de Charleville fournit encore 3 000 fusils pour les colonies en juin 1766 et, en octobre, il reçoit une commande de 3 800 fusils pour l'île de France et Saint-Domingue, à exécuter avec celui de Saint-Etienne.

Pendant ce temps, la manufacture de Tulle poursuit ses livraisons : les marchés n'apparaissent pas nettement après l'arrivée de Saint-Victour, mais l'attribution des lettres patentes de décembre 1777 vient après la livraison de 27 000 fusils pour la marine et les colonies, sans référence à la période concernée. Or, de Saint-Victour est directeur de la manufacture depuis 1757. Les 18 000 armes envoyées à Saint-Domingue entre 1766 et 1770 ne peuvent être comprises dans ce total puisqu'elles ne seront pas remboursées par le ministre, ne provenant pas d'une commande officielle. Mais si, depuis la Régence, la manufacture ne fournissait pas plus de 2 000 armes par an au mieux, sa production a vraisemblablement commencé d'augmenter dans les années 1760, pour atteindre, après 1777, 7 000 armes par an et même 9 000 avec la société nouvelle de 1783.

En outre, il a déjà été indiqué précédemment que les milices gardes-côtes, dont l'armement était en principe à la charge de la marine, ont été armées avec des fusils de l'armée de Terre, dont certains ont déjà servi et d'autres ont été achetés à Liège : c'est ainsi qu'entre 1740 et 1760, ce sont environ 120 000 armes de qualités diverses qui ont été mises à la disposition de ces milices et des compagnies de guet par le ministre de la guerre.

Dans l'ensemble, les fabrications d'armes à feu portatives pour la marine ont donc été peu élevées, entre 2 000 et 3 000 par an en provenance de Tulle et de fournisseurs particuliers de Saint-Etienne, avec une nette augmentation pendant les guerres et pour Tulle, à la fin de la période considérée, les manufactures du service de terre subvenant aux besoins exceptionnels. Dès 1725, les fournisseurs particuliers de la marine à Saint-Etienne n’ont tenu qu’un rôle d’appoint.

En ce qui concerne les armes blanches, l’estimation de leur fabrication est encore plus difficile à faire, car les achats sont plus diffus, si ce n’est à la fin de la période où ils sont regroupés à Klingenthal. Rappelons seulement que l'entrepreneur de cette manufacture déclarait que 10 000 lames avaient été délivrées à la marine entre 1755 et 1759 et qu'en 1759, un marché portait sur la livraison à la marine de 10 000 épées de soldat et 300 épées de sergent. D'autre part, il a été fourni en quatre ans, entre 1779 et 1782, 10 068 sabres de bord, 1 707 sabres du corps royal de la marine et 460 sabres de marine, soit environ 3 000 sabres par an, ainsi que 5 277 haches d'armes et 4 980 piques. A ce moment, cette production représente à peu près la totalité de la fourniture d'armes blanches à la marine, les officiers pouvant seuls continuer de se procurer leur arme chez les fourbisseurs particuliers.

Importance du nombre des ouvriers

Chaque maître ouvrier est entouré de compagnons et d'apprentis en nombre variable. Les maîtres ouvriers travaillent chacun dans un atelier ou boutique. Ces installations sont dispersées dans la ville et les villages voisins comme à Saint-Etienne ou regroupées dans une même enceinte comme à Tulle. Selon leur spécialité ils fabriquent une seule sorte de pièces d'armes qu'ils livrent chaque semaine dans les parties communes de la manufacture où elles sont assemblées.

A Saint-Etienne, les ouvriers se partagent entre ceux qui travaillent pour les armes du commerce, pour les armes du service de terre ou pour la marine. Entre ces derniers, l'entente a été difficile à obtenir au profit de la manufacture voulue par l'intendant Arnoul depuis 1690. La répartition interviendra après plusieurs mois de négociations et sera fixée par une lettre adressée par le ministre Barbezieux à Pontchartrain, du 10 août 169128 : le roi a accordé que Titon remette 126 ouvriers pour travailler aux armes de la marine. Mais Barbezieux demande également au ministre de la marine de ne pas débaucher les autres ouvriers qui fabriquent des armes pour l'armée de Terre "comme on avait voulu le faire du temps de M. Seignelay". Ce nombre, sujet à variations, représente sans doute le maximum du personnel qui a travaillé pour la marine à Saint-Etienne. D'ailleurs, quand elle n'a pas de travail à leur donner, elle remet les ouvriers à la disposition du commissionnaire de Titon, comme le ministre de la marine le prescrit au comte de Verdun, lieutenant de roi en Forez, en 1703 et 1705. Cependant, en 1711, le ministre de la marine se plaint qu'un fournisseur occasionnel de l'armée de Terre, Rambaud, d'Angoulême, ait débauché 16 ouvriers à son service à Saint-Etienne et demande au ministre Voysin de lui ordonner de les renvoyer. Par la suite, les ouvriers de la marine ne se distingueront plus à Saint-Etienne de ceux qui sont agréés par le ministre de la guerre.

Mais la marine n'a pas seulement des difficultés à trouver du personnel dans cette ville. A Tulle, il n'existe pas assez d'ouvriers pour la bonne marche de la manufacture ; il manque en particulier de platineurs. Lacombe a déjà fait appel à des ouvriers de Liège, mais surtout, il cherche à les faire venir de Saint-Etienne : ceux-ci ne sont pas du tout séduits par cette perspective, car dans cette localité, ils ont non seulement leur famille, mais aussi, pour la plupart, leur maison avec un lopin de terre à cultiver. Pourtant, Louvois était d'accord sur cette démarche car, le 16 février 1691, il avait écrit à Titon que la marine avait besoin de 15 à 20 ouvriers de ceux qui travaillent pour elle à Saint-Etienne, afin de les envoyer à Tulle. Si on emploie la contrainte à leur égard, ils s'enfuient à la première occasion : en 1705, le ministre de la marine exige des mesures autoritaires du comte de Verdun pour faire reconduire ceux qui sont dans ce cas. Comme les ouvriers sont difficiles à trouver, la fabrication de la manufacture reste donc limitée, mais régulière : les effectifs ne dépasseront guère la centaine jusqu'à la création officielle de la manufacture royale.

A ce moment, quand Saint-Victour procède aux premiers agrandissements, il va accroître la production et former des apprentis dans le pays en faisant venir des canonniers de Liège, des platineurs, des équipeurs-monteurs et des faiseurs de garnitures de Maubeuge ainsi que de Charleville : ces ouvriers semblent accepter plus facilement de se déplacer que ceux de Saint-Etienne. Les effectifs augmentent et continuent à se développer avec la nouvelle société : en 1784, ils atteignent 256 ouvriers répartis entre 98 maîtres, 122 compagnons et 36 apprentis. Il faut y ajouter 24 ouvriers employés à la forge de Payzac et 14 à celle de Lapleau. Ce nombre restera constant jusqu'en 178929.

A la veille de la Révolution, le personnel travaillant à la fabrication des armes portatives est à la pointe du progrès technique, avec une organisation très hiérarchisée. Tulle appliquera à son tour les normes précises déjà en usage dans les autres manufactures. L'inspecteur, dont l'apparition est toute récente, devient le véritable directeur, les entrepreneurs étant essentiellement des fournisseurs de capitaux, selon la réforme introduite par Gribeauval dans les manufactures du service de terre en 1785.

*

* *

Après le vaste programme de construction navale lancé par Colbert, est ainsi apparue progressivement, avec Seignelay, une politique cohérente d'approvisionnement en armes portatives que poursuivront ses successeurs.

Cependant, les besoins de la marine sont trop faibles pour permettre le fonctionnement de deux manufactures. Celle de Saint-Etienne ne pouvait que se heurter à l'établissement bien plus important travaillant pour l'armée de Terre. La marine dut composer avec le ministre de la guerre et se borner à des commandes limitées, en accord avec lui, dès 1725.

A Tulle, au contraire, la manufacture, bien placée pour les ressources en matières premières, poursuivit une activité constante bien que réduite par le manque d'ouvriers. Elle ne prendra une certaine envergure qu'avec Choiseul et, surtout, quand elle sera rachetée par des financiers aux moyens importants qui pourront lui procurer la main d'œuvre dont elle avait besoin.

Elle sera rattachée au ministre de la guerre en 1804 et grâce à sa position centrale au cœur de la France, échappera aux suppressions de Louis-Philippe et maintiendra son activité qu'elle poursuit encore aujourd'hui. Mais il n'y aura plus d'armement portatif distinct pour la marine, qui utilisera les armes de 1'armée de Terre les mieux adaptées à son service.

SOURCES

Ordonnance de Louis XIV du 15 avril 1689 pour les armées navales et arsenaux de marine, 1764.

Ordonnances du roi concernant la marine, du 14 septembre 1764, éd. 1764 et du 25 mars 1765, éd. 1765.

Archives nationales. Marine.

- Série B1. Travail du ministre - 7 documents

- Série B2. Lettres envoyées par le ministre de la marine - 55 documents

- Série B3. Lettres reçues par le ministre - 72 documents

Archives de la guerre. Archives de l'artillerie.

- Séries 4 f 6 cartons 1, 3, 4, 4 f 43, 4 f 52 c. 2, 5 b 5 c.1, 6 C 5 c.1

- Registres des minutes des lettres du service de l'artillerie, 18 tomes.

Yves Caire, Histoire de la manufacture d'armes de Tulle de 1690 à 1970, 1970.

François Bonnefoy, Les armes de guerre portatives en France, du début du règne de Louis XIV à la veille de la Révolution (1660-1789) : de l'indépendance à la primauté, thèse de doctorat, Paris-Sorbonne 1990.

 

 

 

 

 

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Notes:

1 Archives nationales, Marine, Bl 99 f° 89.

2 Ordonnance de Louis XIV du 15 avril 1689 pour les armées navales et arsenaux de marine, 1764 ; Ordonnance du roi concernant la marine du 14 septembre 1764, 1764 ; Ordonnance du roi concernant la marine du 25 mars 1765, 1765.

3 Ordonnance du 15 avril 1689, Titre III, articles l et 2, p. 336.

4 Ibid, Titre II, articles 1 à 6.

5 Archives nationales, Marine, B1, 5 f° 20.

6 Archives de la guerre. Arch. Arti. Registres des minutes des lettres du service de l'artillerie (Rmlsa), t. 42 : circulaire du 15 janvier 1762 aux inspecteurs des manufactures d'armes et lettre du 25 mars 1762 à de Mouy, inspecteur général à Rochefort.

7 Jean Boudriot, Armes à feu réglementaires. Cahier 14, “marine et colonies, après 1777”.

8 Archives nationales, Marine, Bl 99 f° 121.

9 Ibid, B2 93 f° 73 : extrait du registre du Conseil d'Etat.

10 Ibid, B3 67 f° 695. B2 227 f° 276. B2 184 f° 596.

11 Ibid, B2 93 f° 178.

12 A.G. Arch. Arti. Rmlsa. tome 8 : lettre du 16 décembre 1724 de Breteuil à Maurepas.

13 Ibid, tomes 16, 17, 18, 21, 22.

14 Ibid, tomes 10, 11, 13, 18, 19, 22, 33, 35.

15 Yves Caire, Histoire de la manufacture d'armes de Tulle de 1690 à 1970, 1970.

16 Archives nationales, Marine, B3 67 f° 421, 461.

17 voir note 5 ci-dessus.

18 Archives nationales, Marine, B2 313 f° 572, B2 337 f° 268, 333.

19 Yves Caire, op. cit., p. 50.

20 A.G. Arch. Arti. 4 f 6/3 : historique de la manufacture de Tulle, à l'occasion de l'inspection générale de 1817.

21 Archives nationales de la Marine, Bl 99 f 91, 94.

22 Pour les actes notariés, voir A.G. Arch. Arti. 4 f 6/1 : manufacture de Tulle.

23 Yves Caire, op. cit. p. 59.

24 A.G. Arch. Arti. 4 f 6/4 : lettre au marquis de Crémilles (1759).

25 A.G. Arch. Arti. 4 f 52/2 : mémoire sur l'entretien des armes dans les ports de Brest, Toulon et Rochefort, ainsi que sur les vaisseaux armés, octobre 1762.

26 Archives nationales, Marine, B3 66 f° 69.

27 Ibid, Bl 99 f° 101. Sur les commandes d'armes, voir B2 27, 60, 93, 97, 172, 250, 257, 263, 265, 272, 276, 287, 292, 295, 296, 313, 320, et B3 61, 67, 383, 399, 427, 439, 450, 456, 457.

28 Ibid, B3 67, et B2 172, 184, 226, 227.

29 Yves Caire, op. cit., pp. 58-59.

 

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