UN EPISODE NAVAL DE LA GUERRE DE SEPT ANS

Frédéric d’AGAY

 

 

Le 8 novembre 1757, le comte de La Clue1, monté sur l'Océan, de quatre-vingt canons, à la tête d'une escadre de six vaisseaux2 appareillait de la rade des îles d'Hyères avec mission de la conduire à Louisbourg au Canada. En ce début de la guerre de Sept Ans, la marine française, qui n'avait guère été brillante, pouvait toutefois s'enorgueillir de la victoire de Mahon, remportée l'année précédente par M. de la Galissonière contre l'amiral Byng, qui eut la tête tranchée pour cette défaite, suivie de la conquête de Minorque par le maréchal de Richelieu.

Mais l'Angleterre ayant accru sa pression sur Louisbourg, brillament défendu par l'amiral du Bois de la Motte, la France avait décidé d'envoyer des secours au Canada, ce qui correspondait au désir de la Cour de porter la guerre à la fois sur terre et sur mer. Brest étant dans l'incapacité d'armer des vaisseaux, c'est à Toulon que fut ordonné, en août 17571, de faire sortir une escadre de la Méditerranée afin de remplir cette mission.

"Vous nous croyez déjà bien loin ; point du tout, nous sommes à Carthagène", écrivait le 7 décembre le commissaire de l'escadre à Toulon. Contrarié par les vents qui l'avaient empêché de passer le cap de Gatte, au sud de l'Espagne, La Clue avait pris le parti de relâcher à Carthagène pour faire réparer divers incidents survenus sur ses vaisseaux. Le même jour, il était informé par le consul de France à Cadix de l'arrivée de dix vaisseaux anglais, commandés par l'amiral Osborne3 pour l'empêcher de franchir le détroit de Gibraltar. Apprenant d'autre part que cette flotte était renforcée par divers bâtiments en provenance de Livourne et du Levant, M. de La Clue, devant l'inégalité des forces en présence, prenait la décision de demeurer à Carthagène - et de profiter des bonnes intentions du gouvernement espagnol en faveur de la France - en attendant l'arrivée des renforts.

La Cour approuva l'attitude prudente de M. de La Clue et le ministre de la Marine, M. de Moras4 ordonna de faire partir une seconde escadre aux ordres du marquis du Quesne-Menneville5, commandant l'escadre du Roi dans la Méditerranée, afin de l'accompagner au-delà du détroit de Gibraltar, et de croiser du Cap Saint Vincent au port de Cadix en attendant de nouveaux ordres.

Pour hâter l'opération cette escadre fut divisée en deux. Une première division composée du Souverain et du Lion et de la frégate L'Oiseau, commandée par M. du Motheux6 quitta Toulon le 13 janvier 1758. Les deux vaisseaux arrivèrent à Carthagène le 22. Un coup de vent avait dispersé les bâtiments et L'Oiseau qui avait dû relâcher à Cagliari ne rejoignit que le 2 février. Le 6 février, M. de La Clue, conformément aux ordres du Roi qui préconisaient également de passer le détroit dès que possible, quittait Carthagène. Après une journée de calme plat, les vents d'ouest s'installèrent ; un conseil de tous les capitaines réuni sur l'Océan estima plus prudent d'attendre la deuxième division en croisant au large de Carthagène. Le 18 février, n'apercevant toujours aucune voile à l'horizon, La Clue rentrait à Carthagène.

Cette deuxième division était composée de trois vaisseaux et d'une

frégate : Le Foudroyant, de quatre-vingt-quatre canons et huit cents hommes d'équipage, portant le pavillon de M. du Quesne, L'Orphée, de soixante-quatre canons et cinq cent seize hommes d'équipage, monté par M. d'Herville7, L'Oriflamme, de cinquante canons et quatre cent douze hommes, commandé par M. d'Agay8 et la frégate La Pléïade, de trente-six canons et deux cent quinze hommes, commandée par M. de Lyle-Taulanne9.

De nombreuses difficultés d'armement l'avaient empêché d'appareiller au plus tôt ; déjà M. de La Clue avait attendu un an avant de pouvoir quitter Toulon. En octobre 1757, il n'était toujours pas parti, car il manquait encore trois cents matelots : "je n'ai épargné ni patrouilles ni poursuites et j'ai fait dans les différents quartiers de cette intendance toutes les violences possibles" 10, écrivait M. de Villeblanche, Intendant de la marine à Toulon, au ministre. L'Oriflamme était d'ailleurs prévu pour faire partie de cette escadre, mais M. de La Clue le fit finalement désarmer pour prendre ses matelots sur L'Océan11.

Les matelots manquants se cachaient, soit dans la ville, soit sur les barques des patrons pêcheurs des îles d'Hyères. Ces bateaux furent tous contrôlés et leurs filets brûlés en exemple. Malgré les efforts du commandant de la marine du port de Toulon, du commissaire-général ordonnateur,des commissaires des classes, de l'intendant La Tour12, M. du Motheux13, puis M. du Quesne furent confrontés aux mêmes problèmes : mal traités, mal payés, les volontaires n'étaient pas nombreux et comportaient peu de bons éléments. M. du Quesne fut obligé d'attendre les équipages de la division de M. de Sabran, de retour du Levant, et dont L'Orphée et La Pléïade faisaient partie. Bloquée à Malte, elle n'arriva à Toulon que le 10 janvier 1758.

L'amiral écrivait à M. d'Agay, commandant L'Oriflamme le 13 janvier 1758, "Tout doit céder, Monsieur, à la nécessité de compléter les gros vaisseaux bien qu'il n'est pas possible que le bureau des armements puisse y fournir ; ma mission est trop pressée pour que je puisse attendre au hasard, et je vous avois prévenu, Monsieur, que vous me serviriez de ressource dans le besoin urgent où je me trouve... Je ne puis concevoir comment vous vous chargez de malades en sortant du port ; pour moi je les renvoie tous quand il y a eu de la fièvre". Dans sa relation du combat, il écrira par la suite, "Si j'avois eu des bons canonniers et des équipages tels que je les avois toujours eu lorsqu'on avoit pas dégoûté les matelots du service du Roi par les mauvais traitements et la misère dont ils sont accablés ; que peut-on attendre en effet, des gens qui ne voient dans le service pour toute récompense que beaucoup de souffrances pour eux et pour leurs familles qu'ils nourrissent de leur travail, réduits aux dernières extrémités, aussi faut-il employer la violence pour faire la levée des équipages que l'on mène en chaînes, ne pouvant avoir aucune volonté, les traitant en esclaves, on leur en donne le coeur et ils en prennent les sentiments et la lâcheté. Je fis remarquer à la revue générale du Foudroyant que plus de deux cents enfants que l'on me donnait pour matelots ne pourraient serrer mes voiles et encore moins servir l'artillerie d'un vaisseau de ce rang. 14. Ce problème du recrutement des équipages était général dans la marine royale du XVIIIe siècle. "Pendant la guerre de Sept Ans, écrit Joannes Tramond15, jamais les vices de notre organisation ne furent plus grands ; les matelots battus, mal nourris, rarement payés, désertaient à l'envi ; on fut parfois obligé de les conduire enchaînés aux ports d'embarquement".

Les désarmements de 1757 ainsi que les gratifications n'avaient pas encore été payées, ce qui accroissait la mauvaise volonté des équipages. Le département de Marseille, principale ressource en hommes, était épuisé tant par les corsaires que par les expéditions dans les colonies et le commerce du Levant, plus actif qu'avant la guerre. A Toulon, la pénurie d'argent était extrême ; en 1758, la Marine devait quatre millions de livres à la chambre de commerce de Marseille qui venait de lui avancer encore trois cent mille livres pour payer les ouvriers de l'arsenal dont certains n'avaient rien touché depuis six mois. "Je ne puis m'empêcher, Monseigneur, de vous représenter que la misère ne saurait être plus grande en ce port..." écrivait le commandeur de Glandevès au ministre16. De plus, les rivalités entre officiers de plume et officiers d'épée, entre l'Intendant de la Marine et le Commandant17, si fréquentes tout au long du XVIIIe siècle, atteignaient à leur paroxysme. Cette lutte se répercutait sur le choix des ministres qui se succédaient à un rythme rapide sans réussir à créer un courant "réformiste", pourtant bien nécessaire.

A la revue du Foudroyant du 31 janvier, il manquait encore quatre-vingt-trois matelots. De peur qu'on en trouvât autant sur les autres vaisseaux, la revue de L'Orphée et de L'Oriflamme fut suspendue. Il fut ordonné aux officiers de coucher à bord et de mettre des sentinelles pour empêcher les matelots de s'évader "chez eux pendant le carnaval ; c'est pour ces gens-là un temps de débauche et de libertinage pendant lequel on n'a jamais pu en jouir" 18. M. de Moras, ministre de la marine, témoignait son irritation à M. du Quesne qu'il croyait déjà parti, et à qui il avait écrit par deux fois à Cadix19 : "Je suis extrêmement peiné de ne vous pas savoir encore parti avec votre division ; aucune raison plausible ne peut vous retenir, pas même le libertinage et l'absence des équipages qui vous ont été destinés, j'avois donné des ordres trop précis pour les retenir à bord pour que vous n'ayiez pas pris toutes les précautions possibles pour les empêcher d'aller à terre, et je vous assure que je serois trés fâché de ne pouvoir annoncer au Roi à l'arrivée des premiers courriers de Provence que vous n'êtes point encore parti" 20.

Enfin armée, l'escadre mit à la voile le 14 février ; ayant appris, par une lettre de M. du Motheux du 30 janvier, la présence de la flotte anglaise devant Carthagène, M. du Quesne se dirigea vers Alicante pour avoir, du consul de France, des nouvelles plus fraîches de l'amiral Osborne. Contrariés par les vents, les bâtiments mirent neuf jours à rejoindre Alicante, temps pendant lequel M. du Quesne essaya de former les équipages "de la mauvaise espèce, à tous égards" et d'habituer les vaisseaux à naviguer pendant la nuit, sans feux et sans signaux. Le 24 février, arrivé à Alicante, il apprit du consul que ce que l'on avait pris pour une escadre anglaise était un convoi de merluchiers21 anglais escortés par deux vaisseaux de cinquante canons. M. du Quesne fit partir par terre le vice-consul pour prévenir M. de La Clue de son arrivée imminente. Le 25 février, l'escadre était en vue de Carthagène, et comme elle s'approchait du port, M. de La Clue envoya M. de Barras22 conseiller à M. du Quesne de mouiller dans l'anse d'Escombrera23 pour être à portée de mettre sous voile dans les 24 heures. Mais l'amiral avait de la répugnance pour ce mouillage, où il avait eu plusieurs fois des problèmes, surtout par mauvais temps et se porta au large de Carthagène. Le 26, alors que les vaisseaux tentaient de rejoindre Carthagène grâce au pilote envoyé, le vent et les courants, "d'une rapidité sans égale" 24 empêchèrent cette manoeuvre. Ils réitérèrent le 27 et un gros coup de vent de N.N.O. les en écarta ; l'escadre mit aux basses voiles, l'amure à tribord, tout en dérivant beaucoup. Puis, à minuit le vent se rangea au Nord. M. du Quesne fit changer de route, s'étant très éloigné de Carthagène, pour virer de bord au jour et rallier la terre. A trois heures du matin, M. de Framond25, officier de quart sur L'Oriflamme aperçut dans le clair de lune un grand nombre de vaisseaux ; il fit immédiatement réveiller le commandant. M. d'Agay se rendit compte de la situation mais Le Foudroyant se trouvant encore plus près des Anglais, ne fit pas de signaux pour l'en avertir de peur d'être découvert et pour conserver l'avantage de voir sans être vu. Néanmoins, il fit mettre son bateau en position d'effectuer les manoeuvres que M. du Quesne indiquerait. Mais l'officier de quart sur le pont du Foudroyant n'aperçut la flotte anglaise qu'à quatre heures du matin. L'amiral ordonna qu'on mit à l'autre bord et il fut alors remarqué par la flotte anglaise. L'Orphée et La Pléïade vinrent virer dans les eaux du Foudroyant, tandis que L'Oriflamme continuait sa route. Au jour on comptait quatorze vaisseaux anglais, Le Foudroyant courait largue avec toutes les voiles, un pavillon rouge en haut du mat d'avant, signal de forcer les voiles ; en virant de bord il avait laissé les ennemis entre son bâtiment et L'Oriflamme qui était poursuivi par deux vaisseaux anglais malgré un pavillon maltais qu'il avait hissé. L'Orphée, avec une vieille carène, marchait très mal, et ordre lui fut donné de prendre la route la plus sûre et la plus avantageuse pour se sauver. A midi, la flotte anglaise marchait vent arrière sur Le Foudroyant et la frégate La Pléïade, avec de grandes voiles légères qui lui assurait toujours la supériorité par vent arrière. A 4 heures, le Monmouth 26 était à portée de canon du Foudroyant et la poursuite s'engageait ; à huit heures, M. du Quesne voyant que la fuite était vaine, se détermina à combattre bord à bord. Mais tous les tirs de mitrailles ou de canon furent mal dirigés à cause du peu d'expérience et de la mauvaise volonté de l'équipage, en partie réfugié dans les cales, alors que son artillerie était bien supérieure à celle du Monmouth. Néanmoins, le commandant du Monmouth, Arthur Gardiner, fut blessé par une balle, ce qui ne l'empêcha pas de demeurer à son poste. A 9 heures, touché une seconde fois, il s'effondrait sur le pont ; il mourut quelques heures plus tard. Le combat fut poursuivi par le lieutenant Robert Carkett. A minuit, le mât d'artimon du Foudroyant tomba sur le gaillard ; le Monmouth qui avait également perdu son mât d'artimon et sa vergue de petit hunier, s'éloigna, tandis que le Hampton Court et le Swiftsure 27 apparaissaient dans le clair de lune. Bientôt, sur Le Foudroyant immobilisé par ses voiles déchirées, le grand mât tombait au milieu du navire, rompu en trois morceaux, enfonçant la chaloupe, le canot, rasant la hune de misaine et déchirant les voiles d'avant. Les deux vaisseaux anglais se portèrent alors sur Le Foudroyant qui fit tirer une dernière salve à bout portant avant d'amener ses couleurs à deux heures du matin.

Un seul officier était mort, M. de Cogolin28, emporté par un boulet. M. de Callian29, capitaine de pavillon, avait été blessé d'un coup de fusil au bras et d'une chute de poulie sur l'épaule, ce qui ne l'avait pas empêché de garder courageusement son poste sur le gaillard d'avant, tandis que M. de Fabrègues30, commandant en second, était blessé à la joue et à la jambe par des éclats. Avec l'amiral, ils furent conduits sur le Swiftsure et reçus par M. Stanhope, le commandant. Parmi les officiers, M. de Mezières avait été grièvement blessé d'une mitraille dans le ventre, "qui lui fit vomir le sang", et d'un éclat au visage, de même que M.M. de Montalet31 et de Bonneval32, enseignes de vaisseaux, et M.M. d'Agoult-St Michel33, de Lamerville34 et de Fougeroux35, gardes de la marine. Pendant ce temps, L'Oriflamme, pressé par le Monarch et le Montague 36 tâchait de gagner la côte afin de pouvoir se réfugier quelque part à l'ouest du cap de Gatte ou de brûler son vaisseau, s'il ne pouvait être sauvé. Les vents variants alternant avec des calmes plats l'obligèrent à virer trois fois de bord. A huit heures, le vent se fixa et L'Oriflamme fit route vers Carthagène en serrant la côte au plus près. A midi le vent s'arrêta, et il fallut faire route droit à terre dans une petite baie appelée anse des Aigles37, dominée par un fortin sous lequel L'Oriflamme mouilla à quatre heures. M. d'Agay envoya une chaloupe à la mer pour faire demander au commandant du bastion sa protection, les Anglais s'approchant. Comme le château n'avait pas l'air d'avoir beaucoup de défense, M. d'Agay prit le parti de s'échouer sur un fond de sable vaseux, ce qui rompit la barre et occasionna une petite brèche dans la coque. Un vaisseau ennemi vint tout de même assez près pour tirer plusieurs bordées sans atteindre L'Oriflamme qui riposta. Le commandant du fortin - don Antonio Peridesicha - hissa son pavillon et canonna le vaisseau anglais qui reprit le large en compagnie de l'autre bâtiment. L'Oriflamme put alors conforter son mouillage et M. d'Agay faisait envoyer un message à M. de La Clue.

A Carthagène on avait entr'aperçu un combat ou une poursuite. M. de La Clue avait fait mettre l'escadre sous voile pour être à portée d'intervenir mais le vent du sud le maintint dans la rade de Carthagène. Le lendemain, n'apercevant plus de vaisseau, chacun estima que la flotte française était hors de danger, réfugiée sans doute à Minorque, voire à Toulon. On acclamait l'agilité des Français et on peignit sur les murs de la ville des dessins représentant trois géants combattant une fourmi qui mettait le feu à un canon en disant "Non fors", ou bien une scène où figuraient trois chats autour d'une souris qui se moquait d'eux en s'échappant. Il y eut même une pièce imprimée, intitulée "Relation d'un combat naval entre l'escadre de M. du Quesne et la flotte anglaise", qui célébrait l'arrivée des vaisseaux à Mahon38.

M. de La Clue écrivait dans cet état d'esprit au ministre quand il reçut la lettre de M. d'Agay, l'avertissant de son mouillage à l'anse des Aigles, "Je serais inquiet tant que L'Oriflamme y sera car les Anglais ne respectent guère les forts d'Espagne, mais par les vents d'Ouest et Sud-Ouest violents qu'il fait, je ne puis rien faire pour le dégager" 39.

L'amiral répondait après avoir conféré avec le comte de Ricla, gouverneur de Carthagène40. "Cet exprès est chargé de porter en même temps des ordres à ce gouverneur de la part de M. le comte qui lui marque de vous défendre de toutes ses forces si les Anglais veulent vous attaquer, que s'il n'a pas assez de canons, nous nous sommes convenus ensemble que vous lui en fournirez de votre vaisseau... il faut mettre des troupes à terre pour votre défense... M. de Ricla vous donne tout pouvoir de faire ce qui conviendra pour vous défendre. Ainsi vous proposerez et donnerez au gouverneur du château ce que vous croirez de mieux, bien entendu que vous aurez pour lui tous les égards et différences qu'il convient à un homme qui est dans la place et dont on a besoin. Je n'ai rien à vous dire sur cela, vous êtes bon et sage. Il lui est cependant défendu de laisser tirer sur les Anglais qu'après qu'ils auront tiré les premiers et qu'ils marqueront un projet formé de vous attaquer ... faites moi un peu le détail de ce qui s'est passé... Je meurs d'impatience de vous embrasser..." 41. M. d'Agay fit donc mettre deux canons de douze à terre, pour les hisser au fort qui n'en comportait que trois petits en mauvais état. Le lendemain, quatre vaisseaux anglais se présentèrent devant l'anse et s'en allèrent. L'amiral Osborne, dans son rapport sur le combat écrivit : "Captain Rowley, in the Montague, and captain Montague in the Monarch ran the Oriflamme on shore, under the castle of Aiglos ; and had it not been for violating the neutrality of the coast of Spain, they would have entirely destroyed her". C'était plutôt la crainte des boulets espagnols que le respect d'une neutralité - il est vrai très favorable à la France - que les Anglais ont rarement respectée. C'est néanmoins cette version qui est reprise dans
la Biographia Navalis.

Le 3 mars, M. de La Clue écrivait à M. d'Agay : "Vous ne devez plus avoir de crainte du côté des Anglais, mais c'est le temps qui est votre grand ennemi... Je vous envoie M. de Barras dans ma chaloupe, qui vous instruira de ce qu'il y a sur la côte, qui vous pourra déterminer à prendre un parti. Je ne vous prescris rien, vous viendrez à Carthagène pour vous réparer ou vous prendrez tel port que vous croirez le plus convenable pour mettre le vaisseau du Roi en sûreté. Vous êtes prudent et sage". Mais le vent et la crainte des Anglais maintenaient toujours L'Oriflamme dans l'anse des Aigles42. Le 13 mars, M. de La Clue estimait M. d'Agay "impatient à sortir du trou où vous êtes. Je le désire beaucoup aussi. Je ne vous ai rien fait dire jusqu'à présent parce que vous n'avez pas été un seul jour sans voir de vaisseaux. Aujourd'hui 13, il y a beaucoup de bâtiments à la mer. L'on ne voit rien. Le vent du N.E. se fit hier tout le jour et la nuit nous éclaircira sur les projets de l'amiral Osborne, s'il continue à croiser au-dessus du cap de Gatte, c'est qu'il veut nous observer et empêcher la jonction de M. du Quesne, ou bien il se repliera sur Gibraltar". Comme les messagers mettaient vingt-quatre heures entre Carthagène et l'anse des Aigles, M. de La Clue préconisa un système de signaux que M. d'Agay essaya dès le lendemain sur la montagne.

Qu'étaient devenus les autres bâtiments de l'escadre de M. du Quesne ? L'Orphée, qui naviguait au plus près, babord amure, fut attaqué par le Revenge, le Berwick et le Preston 43. Plus rapide avec le vent, M. d'Herville tentait de rejoindre Carthagène. Quand le vent tomba, le Revenge se rapprocha de L'Orphée qui lui tira des coups de canon de retraite afin de le démâter, sans succès. Bientôt à portée de pistolet, les deux vaisseaux se battaient pendant une heure et demie à cette distance. Au cours du combat, M. de Gotho44, commandant en second, fut blessé à la joue et au ventre, le chevalier de Sobirats45 et M. de Thorame46, lieutenants de vaisseau, commandant la deuxième batterie et la mousqueterie, furent atteints au visage, M. de Jassaud47, frère du dernier, fut très grièvement blessé à la tête et M. de Paul, commandant le détachement des Gardes-Marine fut blessé d'un coup de fusil. L'Orphée eut au total, vingt-cinq tués, vingt-cinq blessés mortellement et cinquante blessés. Sur le Revenge, le capitaine, M. Storr, eut la jambe emportée. Le Berwick arriva ensuite pour lâcher deux bordées qui désemparèrent L'Orphée. M. d'Herville amena son pavillon, à sept heures du soir et embarqua sur le Berwick avec M. de Gotho.

Joint au Foudroyant, convoyé par le Monmouth, ils arrivèrent à Gibraltar le 26 mars. Les officiers furent enfermés dans un pavillon, sans sortir, de crainte de communiquer avec les équipages, dispersés sur tous les bateaux. Le gouverneur de Gibraltar pressait même de les envoyer en Angleterre soit de les renvoyer sur parole, de peur que les officiers "ne soient à même de prendre connaissance de la place". Quatre-vingt officiers, gardes-marine et leurs domestiques purent rentrer en France sur un paquebot anglais qui les convoya de Malaga à Toulon. Le ministre leur demanda ensuite de justifier leur départ de Gibraltar : "M. du Quesne a si bien senti l'inutilité des officiers à Gibraltar qu'il a été le premier, et le plus empressé, à demander leur renvoi sur parole. Comment peut-on penser que ce général si chéri et si respecté par les talents militaires n'eut pas destiné des officiers pour secourir les équipages s'il avait jugé nécessaire qu'ils pussent leur être utiles, lui qui personnellement leur avait déjà donné des preuves d'humanité" 48. Dans le sauve qui peut ordonné par M. du Quesne, la frégate La Pléïade, commandée par M. de Lyle-Taulanne, se trouva à midi bien en avance sur l'amiral, La Pléïade mit en panne pour l'attendre et se conformer au nouveau signal de ralliement que l'amiral avait hissé. A deux heures, devant la progression des anglais, Le Foudroyant lui fit le signal de forcer la voile. Après avoir hésité, M. de Lyle-Taulanne se rangea à cet ordre et poussé par le vent d'Ouest, rentra à Toulon où il arriva le 5 mars. Le Courrier d'Avignon du 7 mars signalait que L'Oriflamme s'était trouvé à portée d'entrer dans le port de Carthagène, que L'Orphée était enveloppé par les Anglais et que Le Foudroyant battait en retraite contre les trois ennemis qui le poursuivait, mais que "comme il est bon voilier, on espéroit qu'il aurait gagné Carthagène ou Port-Mahon", d'après les déclarations de La Pléïade. "L'on ne comprend rien à cette déposition. On avoit annoncé le départ de M. de La Clue le 8 février, et M. du Quesne l'y suppose encore le 28 et trouve l'escadre anglaise devant Carthagène. On n'a aucune nouvelle de M. de La Clue depuis son départ".

Le 5 mars le commandeur de Glandevès49 avait envoyé à Versailles un extrait du journal de M. de Lyle-Taulanne, apprenant à M. de Moras que l'escadre du Quesne avait manqué sa jonction avec celle de La Clue. Le 14 mars le ministre eut confirmation de cette nouvelle par Carthagène. M. de Moras, affligé par cette nouvelle répondait à M. de La Clue : "en lisant avec attention la lettre de M. d'Agay, j'ai pensé que vous auriez pu sortir du port au moment où Duquesne s'est présenté pour faire la jonction, puis partir"  50.

Les Courriers d'Avignon des 16 et 27 mars marquaient toujours la même inquiétude au sujet de M. du Quesne, "les uns assurent que les vaisseaux français n'ont été que dispersés. D'autres soutiennent qu'il y en a eu de pris. Le voisinage de la côte d'Espagne, à la vue desquelles le combat s'est livré et la grande supériorité des Anglais rendent ces opinions également vraisemblables". Il publiait néanmoins le 28 mars une lettre de matelot racontant la poursuite de L'Oriflamme et son refuge à l'anse des Aigles. Le 31 mars des lettres de Carthagène annonçaient l'escadre de M. du Quesne en sûreté à Ibiza ; cette nouvelle était confirmée le 6 avril, puis le 11 avril, on annonçait la prise du Froudoyant. "On ne sait que penser du silence de M. du Quesne". Ce n'est que le 27 mars que M. de Moras apprit de La Clue la prise des deux bâtiments. Consterné, son premier mouvement fut d'ordonner à Toulon d'armer immédiatement six vaisseaux pour constituer une nouvelle escadre qu'il se proposait de placer sous les ordres de M. de Mirabeau51 qui refusa quelques temps plus tard à cause de : "l'armement de M. du Quesne (qui) lui a manqué dans la main devant l'ennemi ... je ne puis ni ne veux m'exposer à un pareil sort". De plus, Mirabeau estimait que le défaut de paiement des matelots, joint à une cruauté terrible, entraînaient un "mécontentement universel en Provence", parfaitement justifié.

Parallèlement, M. de Barlatier de Mas , conseiller au Parlement d'Aix, recevait une lettre de son fils, officier à bord de L'Oriflamme 52, en date du premier mars ; il la communiquait immédiatement à M. d'Agay père : "M.M. nos fils se portent bien, leur vaisseau a couru plus de risque qu'on avait cru ... mais l'habileté et la fermeté de M. d'Agay les ont tirés d'affaires, vous le verrez par la relation de mon fils qui a attiré des éloges infinis ici à M. d'Agay, dont on connaissait déjà le mérite" 53. M. d'Agay reçut d'autres lettres de félicitations sur la conduite de son fils. Le 15 mars, celui-ci avait pu enfin rejoindre Carthagène et fut fêté dans toute la ville. Il fit effectuer toutes les réparations urgentes dont L'Oriflamme avait besoin. Les plongeurs trouvèrent la quille fort endommagée mais il fut décidé que le carénage s'effectuerait à Toulon pour ne pas trop prolonger le séjour à Carthagène. Le jour du Samedi Saint, l'usage espagnol de tirer le canon pendant le Gloria fut respecté par l'escadre. Le canonnier du Redoutable tira trois coups avec des boulets oubliés : deux donnèrent dans Le Lion, tuant deux hommes, en blessant un et cassant l'ancre, et un dans L'Oriflamme qui eut trois soldats tués et plusieurs blessés. M. d'Agay profita de cette halte pour faire parvenir son journal de bord au ministre et lui demander comme une première grâce d'être employé plus utilement sur un vaisseau avec plus de défense que L'Oriflamme : "J'ai un fort mauvais équipage dont j'ai été peu content à la mer et encore moins lorsque l'ennemi a fait feu et vous savez, je pense, que je n'ai que la moitié de ma batterie de dix-huit. Mon navire a ce côté très faible. J'ai donc plus de raison de naviguer avec précaution" 54.

Après avoir espéré que M. de La Clue tenterait de franchir le détroit, M. de Moras lui fit parvenir des ordres secrets selon lesquels l'amiral devait faire croire qu'il poursuivait sa route vers l'Atlantique, alors qu'en fait il rallierait Toulon. M. de La Clue, seul, devait connaître la véritable destination de la flotte qui était indiquée sur plis secrets cachetés que les commandants n'ouvriraient qu'en cas de séparation des vaisseaux. Arrivés à Toulon ils recevraient les ordres du Roi.

L'amiral Osborne, jugeant que la saison était trop avancée pour que l'escadre française puisse rejoindre Louisbourg, était rentré à Gibraltar où il tomba malade. Il regagna l'Angleterre en juillet et reçut pour sa conduite les remerciements de la Chambre des Communes.

L'Oriflamme quitta Carthagène le 16 avril pour aller reconnaître si la route était libre ; ne voyant aucun vaisseau anglais, la flotte mit à la voile et appareilla pour arriver en rade de Toulon, après une assez mauvaise navigation, le 27 avril. M. de La Clue apprit que les ordres étaient de désarmer55.

Après un premier concert d'éloges du public en faveur de M. d'Agay, on apprenait l'arrivée à Portsmouth de M. du Quesne56 et des bruits commençaient à circuler. Si L'Oriflamme était allé
au secours du Foudroyant, peut-être n'aurait-il pas été pris ? Il aurait sans doute mieux valu sauver au Roi un vaisseau de quatre-vingt canons. La personnalité de M. du Quesne était très aimée et respectée dans la Marine..., enfin M. d'Agay avait-il finalement bien agi ? Ce dernier adressait un compte-rendu de son action au marquis du Muy57, lointain cousin de sa mère et protecteur de sa famille à la Cour, ainsi qu'au ministre qui lui répondait :
"je ne suis pas moins satisfait de l'empressement que vous témoignez d'être à portée de donner des nouvelles preuves de votre zèle, et j'en fairais usage bien volontiers lorsque l'occasion s'en présentera".

Mais en même temps, M. de Glandevès, commandant la Marine et son vieux compagnon, reçut l'ordre de M. de Moras de poser des questions à M. d'Agay :

1°, quels sont les ordres de M. du Quesne en cas de découverte des vaisseaux ennemis de jour comme de nuit ? Réponse : les vaisseaux signalent de jour comme de nuit les bâtiments qu'ils aperçoivent.

2°, à quelle heure, le 28 février au matin, a-t-il découvert l'escadre anglaise, la manoeuvre qu'il a faite, s'il s'est rallié au commandant, sinon pourquoi ? Réponse : après avoir vu les ennemis à trois heures du matin, j'ai fait de la voile sur le même bord pour m'en éloigner, car j'étais à portée de canon, et très près du commandant, donc n'eus pas besoin de me rallier.

3°, s'il ignore qu'on ne doit jamais se séparer du commandant, quelque soit le prétexte, sans ordre précis ? Réponse : le sait, mais lorsque le jour se fit, il vit distinctement le signal de forcer la voile, ce qui indiquait que le commandant ne désapprouvait pas la manoeuvre.

4°, s'il n'a pas pensé que la conservation du Foudroyant n'était pas plus importante que celle de L'Oriflamme ? Réponse : oui, mais a aussi pensé que les ennemis auraient pu aisément être vus du Foudroyant, eu égard aux positions réciproques, et que ce vaisseau marche mieux que L'Oriflamme qui ne pouvait éviter les Anglais58.

M. d'Agay remit le questionnaire au commandeur de Glandevès avec ses observations, le 21 mai, pour être envoyé à M. de Moras, à qui il écrivit personnellement, et envoyait copie de tout cela au marquis du Muy. Mais M. de Moras avait démissionné le 27 mai, remplacé par M. de Massiac.

M. d'Agay pressait alors son père d'écrire à M. du Muy, "pour le mettre dans le cas de vous confier tout ce qu'il apprendra sur mon compte ; il vous a souvent écrit des choses qu'il voulait nous cacher..." Il était inquiet du parti que prendrait le nouveau ministre qui aimait beaucoup M. du Quesne ; ce dernier était en outre très lié avec Mme Gourdan, "chez qui M. de Massiac vit depuis longtemps" 59. D'aucuns se réjouissaient cependant de cette nomination, "je commence à respirer depuis ce changement qui me parait avoir mis fin à toutes les menées sourdes qui se tramaient ici contre M. du Quesne et M. de La Clue" 60, écrivait le major de la marine à Toulon à M. de Massiac. Le corps de la marine se divisait en deux clans, les partisans de M. d'Agay et ceux de M. du Quesne. Dans son journal, M. de Colbert61, commandant Le Lion dans la division de M. du Motheux écrivait : "si M. d'Agay, le commandant de L'Oriflamme, avait signalé les ennemis dès qu'il les aperçut il eut été pris sans contredit. Mais il semble qu'il eût été bien glorieux de se sacrifier pour sauver le reste de l'escadre". Il soumettait son jugement au fait que le devoir du subalterne est de ne jamais abandonner son commandant, et qu'un officier qui commande doit toujours être prêt à sacrifier sa réputation s'il peut en résulter un grand bien pour l'Etat. "M. d'Agay manoeuvra très bien et conserva son vaisseau, il est vrai" 62.

M. de Valory63, officier de marine et frère de M. d'Agay écrivait à son père : "on cherche à détruire tout le mérite de la sage et bonne manoeuvre (de mon frère). Vous imaginez bien que c'est sur des écritures du département que le ministre s'est déterminé à prendre des informations pareilles. Mon frère y a donné lieu en faisant trop sonner sa manoeuvre et par les discours peu mesurés qu'il a tenus sur le compte de M. duquesne, que tout le monde estime fort et plaint dans cette circonstance... M. Duquesne a beaucoup d'amis" 64. En fait, M. d'Agay était furieux de toute cette agitation, convaincu que si l'officier de quart du Foudroyant avait vu l'ennemi à trois heures du matin, tout aurait été changé. Il ne pensait pas M. du Quesne capable d'avoir déclenché cette campagne de calomnie, mais écrivait le 28 mai au marquis du Muy : "si contre toute attente, j'étais encore recherché, et que de nouvelles questions parussent désapprouver ma conduite, et me charger en quelque façon que ce fut, je serais obligé de dire..." toutes les fautes de M. du Quesne.

Le marquis du Muy alla voir M. de Massiac qui lui répondit qu'il avait été très content de la manière dont M. d'Agay avait conduit le vaisseau qui lui avait été confié, que son dernier mémoire lui avait confirmé la bonté de toutes ses manoeuvres, et enfin "lui parla toujours dans les meilleurs termes".

Prisonnier en Angleterre avec les officiers supérieurs, M. du Quesne, après avoir reçu copie de la lettre de M. d'Agay à M. de La Clue du 1er mars 1758 écrivait de Northampton au ministre, le 4 septembre : "J'ai l'honneur de vous porter ma plainte de l'insubordination de cet officier qui au lieu d'arriver sur moi pour m'informer de ce qu'il voyait n'a songé qu'à mettre toute voile dehors pour sauver son vaisseau. Cette manoeuvre n'eusse-t-elle pas eu des suites aussi affligeantes, je vous aurais demandé, Monseigneur, la casse de ce capitaine qui a évidemment prouvé n'avoir ni tête, ni valeur" 65. Même si ce jugement était faux et la plainte d'insubordination ridicule - elle n'eut pas de suite - cette lettre mit M. d'Agay en rage : Du Quesne s'était montré incapable de maîtriser son équipage pour assurer la sauvegarde du Foudroyant et tentait de se justifier en l'accusant. Il ne faut pas oublier qu'au XVIIIe siècle la prise d'un vaisseau par l'ennemi est une faute impardonnable.

"J'ai bien de la peine à l'empêcher de partir pour Paris pour demander lui même un conseil de Guerre qu'il regarde comme son triomphe", écrivait son père à M. du Muy en octobre. Son fils réunissait un dossier de témoignages et relations d'officiers présents à Carthagène, tous plus élogieux les uns que les autres ; "je puis de plus vous assurer que la circonstance qui m'a rendu témoin de votre façon de penser et d'agir vous a donné droit à la plus parfaite estime de tous ceux qui ont servi avec vous", lui marquait M. de Foresta-Collongue66.

M. de Massiac, chaud partisan de M. du Quesne, quitta le ministère le 1er décembre, ce qui n'empêcha pas l'amiral vaincu d'être promu commandeur de l'ordre de St Louis, selon une vieille recette de l'Ancien Régime. Se sentant insulté par cette faveur, M. d'Agay se proposait d'aller à Versailles en janvier 1759 pour s'expliquer avec lui devant le ministre. Mais M. du Quesne n'était pas en faveur auprès de Choiseul qui lui reprochait sa conduite au Canada quand il était gouverneur ; lui aussi n'obtint plus jamais de commandement.

C'était une bien maigre consolation pour M. d'Agay qui tenta jusqu'en 1790 d'obtenir un commandement, un peu aigri d'avoir vu sa carrière brisée par une belle action qui avait jeté un peu d'ombre sur un officier général bien en cour, alors que tous ses compatriotes et cousins naviguaient encore avec succès aux Indes et en Amérique.

M. d'Agay appartenait en effet, à l'une des plus brillantes générations d'officiers de marine provençaux, celle de Barras St Laurent, de Grasse, Chabert-Cogolin, Fabry-Fabrègues, Faucher, Bausset, Rafélis de Broves, tous entrés au service entre 1730 et 1740 et dont la carrière se déroula jusqu'au début de la Révolution.

A part de Grasse, Suffren et d'Entrecasteaux - qui sont de la génération suivante - peu d'entre eux sont réellement connus. Pourtant ce corps des officiers de marine provençaux - déjà fameux au XVIIe avec Paul, Forbin et les Valbelle - est le plus important voire le plus brillant de la marine royale. D'après un premier état de recherches aux Archives de la Marine, on est surpris de constater l'importance du port de Toulon dans la vie de la noblesse provençale du XVIIIe siècle. Le déclin puis la suppression du corps des galères en 1749 avait fait perdre à Marseille la place prépondérante occupée jusqu'alors. Ce rôle de Toulon semble même plus important pour la Provence que celui de Brest pour la Bretagne, à cause du nombre de jeunes gens attirés par une carrière maritime. Ces jeunes gentilhommes gardes-Marine - qui représentent plus de 90% des officiers de marine provençaux - appartenaient à des familles très variées : familles toulonnaises bien sûr (Burgues, Chabert, Cuers-Cogolin, Beaussier), de longue date dans la Marine qui avait parfois favorisé leur accession à la noblesse au siècle précédent ; familles parlementaires aixoises (Coriolis, Forbin, Galliffet, d'Arbaud) ; familles marseillaises (Beaumont, Vento des Pennes, Bausset), anciennes dynasties de capitaine de galères ; et familles féodales de la Provence intérieure (Castellane, Grasse, Barras, Villeneuve, Glandevès), en sont les quatre principaux éléments. Il en venait de toutes les régions de la Provence, de Draguignan, de Grasse, d'Arles, des Alpes, attirés par un parent déjà au service. Chaque groupe familial se présente en effet comme une pyramide ; au sommet toujours un ou deux officiers ayant commencé à servir à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe, et pouvant dans les années 1730 exercer une quelconque influence en faveur de leurs protégés. Ainsi à Draguignan, les deux baillis de Glandevès, lieutenant général67 et chef d'escadre, et M. de Raimondis68, major général de la Marine, tué à la Hougue, sont à la tête d'un groupe très important. A la génération suivante, douze officiers de marine parmi leurs neveux, dont un lieutenant-général (Rafélis de Broves), et trois chefs d'escadre (Raimondis, Glandevès, Chailan de Moriès-Castellet) ; à la troisième génération, seize officiers de marine, dont d'Entrecasteaux et trois contre-amiraux, (Rafélis de Broves, Richery, Cambis-Velleron). Dans ce groupe, M. d'Agay, frère d'un capitaine de vaisseaux, est cousin des Raimondis et des Rafélis de Broves ; il est également cousin issu de germain de M.M. de Lyle-Callian et de Colbert-Cannet, retirés chefs d'escadre, et parent du comte de Boades-Monbrun, chef d'escadre, des Coriolis, aussi chefs d'escadre.

A peu près toutes les familles provençales ont donné un officier de marine au XVIIIe siècle ; on en trouve même dix-neuf chez les Castellane, dix-huit chez les de Grasse, quatorze chez les Barras, etc. Il n'est pas rare de trouver des états-majors de vaisseau uniquement composés de provençaux. Ceux-ci sont en grande majorité sur les vaisseaux de La Clue et de du Quesne. Dans l'escadre de ce dernier, sur soixante-huit officiers et gardes-marine, il y a quarante-deux provençaux - soit près des deux-tiers - dont six capitaines de vaisseaux, un capitaine de frégate, six lieutenants et treize enseignes. (annexe II).

Quel débouché extraordinaire pour cette noblesse très particulière, si éloignée de Paris et de Versailles, peu nombreuse - trois cents familles en 1789 -, pas très riche, sauf les annoblis du négoce marseillais, les parlementaires et quelques grandes familles, jamais très pauvre non plus ; la noblesse provençale est urbaine et réside peu sur ses terres. Cet éloignement de Paris n'est pas bon pour les protections et les faveurs que chacun doit faire jouer au XVIIIe pour un emploi, un procès, une requête ; les voyages coûtent très cher, ce qui rend le séjour à Paris difficile. Les grandes familles implantées à Paris, les Luynes, les Brancas ont coupé tous leurs liens avec la Provence ; il faut compter au XVIIIe sur les Felix du Muy, les Forbin-Janson, les Vintimille, les Castellane, les Villeneuve-Trans, les Sabran qui se fondent très vite dans cette masse homogène de la noblesse de Cour.

Les provençaux sont très éloignés des côteries de Versailles, d'autant qu'il n'est pas d'usage pour les cadets de familles de Cour d'entrer dans la Marine. Cela évite tout avancement rapide, tel celui des officiers de la maison du Roi. A part une bêtise exceptionnelle ou une action d'éclat, c'est à peu près au même âge que l'on parvient aux grades de lieutenant et capitaine de vaisseaux.

C'est ensuite que cela devient différent. L'accès au généralat est accordé en priorité aux familles les plus proches de la Cour ; il n'est qu'exceptionnel pour les autres et justifié par une victoire remarquable. Les provençaux sont bien desservis dans ce jeu d'influence. Déjà dépossédés par Richelieu des charges d'Amiral de Provence et de Général des Galères, il n'y a pas un vice-amiral provençal entre 1667 - date de la mort du chevalier Paul - et 1784 - nomination du bailli de Suffren. A la fin du règne de Louis XV, sur neuf lieutenants généraux, on compte un seul provençal, (Bompar)69, et sur vingt-deux chefs d'escadre, cinq provençaux seulement. Pour que le bailli de Suffren fût nommé vice-amiral, il avait fallu que Louis XVI s'intéressât à la marine et créer une nouvelle charge. Cette évolution s'était accomplie également en faveur des lieutenants-généraux et des chefs d'escadre, dont plus d'un tiers et près de la moitié sont provençaux en 1784. C'est à cause de cette difficulté de parvenir au généralat que fut créé en 1765 le grade de Brigadier des Armées navales, intermédiaire entre les capitaines de vaisseaux et les chefs d'escadre et destiné primitivement à récompenser les services de vieux capitaines. M. d'Agay fut compris dans cette promotion alors que le marquis du Quesne était retiré Lieutenant général et commandeur de St Louis ! M. d'Agay n'était certes pas l'ami du ministre ni même d'aucun ministre.

L'éloignement des ports de Paris, la durée des campagnes sur mer rendaient impossible la pratique des gens en place, des grands commis que les colonels pouvaient plus aisément rencontrer surtout en temps de paix qui marquera pour eux toute la fin du XVIIIe siècle, contrairement à la marine toujours en action. Quel contraste avec une vie de six mois de garnison et six mois de Paris. Les apparitions des officiers de marine à la Cour sont rares et font sourire. Ils étaient éloignés de ce marché de l'offre et de la demande, de ce loto truqué de Versailles.

Les seuls séjours de M. d'Agay à Versailles se situent en 1750 - à son retour de la campagne de M. de Kersaint aux Indes, où il avait brillamment concouru à la défense de l'île Bourbon - et en 1768, mais les appuis du marquis du Muy, de son frère le maréchal, du vicomte de Castellane furent de peu de conséquence.

Parvenus difficilement aux grades de brigadier et de chefs d'escadre par provision, après quarante ou cinquante ans de campagnes, ces officiers se retiraient - et bien plus sont morts en activité - avec de faibles pensions, transmettre dans leur ville natale leur passion à leurs fils et leurs neveux. M. d'Agay en est un parfait exemple, comme son environnement au moment de l'affaire de Carthagène est significative de l'état d'esprit dans la marine royale au milieu du XVIIIe siècle.

Au point de vue de l'histoire navale elle-même, l'affaire de Carthagène témoigne de la faiblesse maritime de la France pendant la guerre de Sept Ans70. Même en tenant compte des conditions climatiques défavorables et d'un concours de circonstances malheureuses, la flotte française fut incapable de franchir le détroit de Gibraltar. A quoi donc avait servi cette conquête de Minorque, si on se retrouvait bloqué en Méditerranée ? Les Anglais n'ont d'ailleurs jamais essayé de reprendre l'île, laissant la flotte française évoluer entre Toulon et Mahon et se contentant d'interdire l'accès de l'Atlantique, donc du Canada. La France n'avait pas les moyens d'accomplir son ambitieux programme de guerre en Allemagne, en Nouvelle-France et aux Indes, faute d'une flotte puissante, bien structurée et bien commandée. C'est ce que n'avaient ni La Clue, ni du Quesne.

Et c'est sans doute avec raison que l'amiral Campbell écrivit : "This action which is one of the most glorious in the naval history of Britain must ever remain an incontestible proof of our naval superiority", réflexion que Choiseul, puis Sartine durent longtemps méditer pour préparer la revanche de la fin du siècle.

 

*

* *

ANNEXE 1

Tableau de la flotte anglaise à Gibraltar

 

Vaisseau

Canons

Commandants

 

Prince (Al Osborne)

90

E. Clarck

 

St George (Al Saunders)

90

A. Hood

 

Culloden *

74

C. Callis

 

Monarch

74

J. Montague

 

Swiftsure

74

T. Stanhope

 

Hampton Court

64

A.J. Hervay

 

Revenge *

64

J. Storr

 

Berwick

64

R. Hughes

 

Monmouth

64

A. Gardiner *

 

Montague

60

J. Rowley

 

St Albans

60

J. Baker

 

Princess Luisa *

60

J. Lloyd

 

Jersey

60

J. Barker

 

Portland *

50

----

 

Guernesey

50

M. Milbank

 

Preston

50

J. Evans

 

Ambuscade

40

R. Gwynne

 

Rainbow

40

C. Basset

Frégates : Lyme, Sirene, Deals Castle, Gibraltar, Glasgow, Sheerness.

Corvettes : Favorite, Fortune *.

* : à Mahon

ANNEXE 2

Escadre de M. du Quesne

Le Foudroyant

M. du Quesne : chef d'escadre

Capitaine de pavillon :M. de Lyle-Callian

Commandant en second : M. de Fabry-Fabrègues

Lieutenants : M. de Champourcin71

M. d'Albert de Rioms72

M. de Marin73

Marquis de La Valette74

M. Leroy de Lagrange75

Baron71 on de Gaujac76

Enseignes : Chevalier de Montiers77

M. de Monfort-St Victor78

Chevalier de Bonneval

M. de Demandolx79

M. de Montalet

M. de Seigneuret80

Gardes du pavillon : M. de Cogolin

M. de Roquesante81

M. de Valernes82

M. de Boisson

M. de Marigny

M. de Lavardy

M. de Paul

Chevalier de Lamerville

M. de Clavel83

M. de Fougeroux

M. de Vallongue

M. de Pradines-Vauroux84

M. d'Authier de Sisgau85

M. d'Agoult

M. de Missiessy86

L'Orphée

Commandant : M. d'Herville

Second : M. de Gotho

Lieutenants : M. de Gabarret

Chevalier de Sobirats

Enseignes : M. de Jassaud-Thorame

M. de Beaucaire87

M. du Bessey de Contenson88

Chevalier de St Antonin89

Chevalier de Monnier du Castellet90

Gardes-marine : M. de Paul

M. de Beaurepaire91

M. Legoix-Desmarets92

M. de St Ours93

M. de Jassaud-Thorame

M. de Drée94

Chevalier d'Oraison95

M. de Carrion96

L'Oriflamme

Commandant : M. d'Agay

Second : M. de Gravier cadet97

Lieutenants : M. de Framond

M. de Foresta-Collongue

Enseignes : M. de Puget d'Entrechaux98

M. de Castellane-Mazaugues99

M. Savignon de Saumaty100

M. de Barlatier de Mas

Gardes-marine : Cher de la Devèze101

M. de Grandjeac

M. de Mantin-Crochans102

M. de Seillans

Don Gavina Ollives

Don Marc Squella

La Pléïade

Commandant : M. de Lyle-Taulanne

Second : Chevalier de Forbin d'Oppède103

Lieutenant : M. de Nas de Tourris104

Enseignes : Marquis du Castellet105

M. d'Anselme106

Gardes-marine : M. de Loyac de la Bachellerie107

M. de Roquesante

Officier de port embarqué : M. Sibon

 

SOURCES

Sources manuscrites

Archives anciennes de la Marine, déposées aux Archives nationales :

- Série B - service général.

Sous série B 2. 357, 360, 363. (Correspondance envoyée).

B 3. 536,537, 540, 541. (Lettres reçues).

B 4. 79. (Campagnes).

B 5. 4. (Armements).

B 7. 409. (Pays étrangers).

- Série C - personnel.

Relevé des états de services avec le détail des embarquements pour les officiers de marine militaires de 1660 à 1792 ; Fichier xérographié en dix volumes, d'après C 1. 160 à 192.

sous série C 6. 1241, 1242. (Equipages).

sous-série C.7. 119. Dossier personnel de François de Giraud d'Agay.

Archives d'Agay ; archives familiales de la famille de Giraud d'Agay, conservées au château d'Agay, Var.

- Série VI : François d'Agay, (1715-1798).

sous série B : carrière d'officier de marine.

Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : MS 850, relation de M. du Quesne.

Sources imprimées

- La Gazette de France, mars-avril 1758.

- Le Courrier d'Avignon, mars-avril 1758.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

F. d'Agay, "Noblesse provençale et marine au XVIIIe siècle", Provence maritime, tome XXXIX, fascicule 158, 1989.

J. Aman, Les officiers bleus, Genève, 1976.

J. Bart, Le torpilleur d'escadre L'Oriflamme, La Paludière, 1950.

A. Beau de Loménie, Les Mirabeau, 3 volumes, Paris, 1889-1891.

V. Brun, Les guerres maritimes de la France : Port de Toulon, 2 volumes, Paris, 1861.

J. Charnock, Biographia Navalis, 6 volumes, Londres, 1794-1798.

R. de Cisternes, La campagne de Minorque d'après le journal du Commandeur de Glandevès, Paris, 1895.

E. Davin, "Un bas-alpin malchanceux, J.F. de Bertet de La Clue", Bulletin de la société littéraire et scientifique des Basses-Alpes, n° 208, 1957.

G. Coulet, Un marin provençal du XVIIe siècle, M. de Cogolin, Aix, 1974.

A. Doneaud, La marine française du XVIIIe siècle du point de vue de l'administration et des progrès scientifiques, Paris, 1867.

A. Jal, Abraham du Quesne et la Marine de son temps, Paris, 1873.

R.P. Le Jeune, Dictionnaire général du Canada, Ottawa, 1931.

G. Lacour-Gayet, La marine militaire de la France sous le règne de Louis XV, Paris , 1902.

J. Polak, Bibliographie maritime française, Grenoble, 1976.

H. Rivière, Histoire de la marine française sous Louis XV, Paris, 1904.

L. Stephen, Dictionary of national biography, Londres, 1885-1900.

J. Tramond, Manuel d'histoire maritime de la France des origines à 1815, Paris, 1942.

M. Vergé-Franceschi, Les officiers généraux de la Marine Royale, (1715-1774), Paris, 1990.

O. Troude, Les batailles navales de la France, 2 volumes, Paris, 1867.

R. Waddington, La guerre de Sept Ans, 5 volumes, Paris, 1904-1914.

ICONOGRAPHIE

Bibliothèque nationale :

- Département des estampes :

Prise du Foudroyant, gravure anglaise du XVIIIe.

(Collection Hénin, T. 103, N° 8882)

Portrait de Peyrenc de Moras, N 2.

Vue de Carthagène, TOPO-Vb-148

- Département des cartes et plans :

Plans du port de Carthagène, GE-FF-4698, Service hydrographique de la Marine, Portefeuille 67, division 1,2,29.

Côtes d'Espagne, (Les Aigles), GE-C-4895, GE-DD-2987.

 

Collection de l'auteur :

Portrait de M. d'Agay en officier de marine, (1750).

Autographes de La Clue, du Quesne, etc...

 

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Notes:

1 Jean-François de Bertet de Sabran, comte de La Clue, d'une famille de Moustiers, sous-gouverneur naval du duc de Penthièvre (1737), capitaine de vaisseau (1742), chef d'escadre (1755), commandant la Couronne à Port-Mahon (1756), commandant la Marine à Toulon (1758-59), subit une importante défaite en octobre 1759 à Cadix et à Lagos. Retiré du service en 1764 avec lettres de provision de Lieutenant général des armées navales. Oncle du comte de Bertet-La Clue (1732-1815) et du chevalier de Laugier-Beaucouse (1717-1784), tous deux chefs d'escadre.

2 Outre L'Océan, c'étaient Le Guerrier, Le Redoutable, Le Centaure, Le Content et L'Hippopotame.

3 Henry Osborne (1698-1771), était admiral of the blue et commandant en chef en Méditerranée depuis mai 1757. Il était à la tête d'une flotte de dix-huit vaisseaux, cinq frégates et deux corvettes, et avait mis son pavillon sur Le Prince de quatre-vingt canons, assisté par l'amiral Saunders, (V. en annexe l'état de la flotte britannique). Osborne fut promu vice-amiral d'Angleterre en 1763.

4 François-Marie Peyrenc de Moras, succédant à Machault d'Arnouville, fut secrétaire d'Etat à la Marine du 10 février 1757 au 27 mai 1758 ; nommé pour assurer le financement de la Marine, sa politique échoua malgré son acharnement.

5 Ange-Marie du Quesne, marquis de Menneville (1702-1778), fils d'Abraham du Quesne-Monnier, chef d'escadre, neveu du grand Abraham du Quesne. Capitaine de vaisseau (1749), gouverneur de la Nouvelle-France (1752-1755), rappelé en France et nommé chef d'escadre (1755), commandant la marine à Toulon par interim (1757), chef de l'escadre de la Méditerranée (1757), retiré avec lettres de provision de Lieutenant général et six mille livres de pension en 1772. “Il était d'une taille au-dessus de la moyenne, bien fait, et il avait de l'esprit ; il était fier et hautain et ne souffrait pas qu'on manquât impunément à ses ordres ... comme il avait peu de biens, il chercha à s'en procurer, mais ce ne fut jamais par des voies criantes ; son mérite ne fut pas connu...”, Mémoire sur les affaires du Canada, 1760. Le Foudroyant, son bâtiment amiral, n'était pas sans signification pour les Anglais : c'était le vaisseau sur lequel La Galissonière avait battu Byng à Mahon.

6 Louis Grimaudet du Motheux, garde-marine (1714), enseigne de vaisseau (1727), capitaine de vaisseau (1743), commandant Le Fier à Mahon (1756), Le Souverain (1757-58) ; retiré en 1762 avec deux mille quatre cents livres de pension ; chevalier de St Louis. Le Lion était commandé par M. de Colbert-Turgis et L'Oiseau par M. de Saqui des Tourres, tous deux provençaux comme M. du Motheux.

7 M. d'Herville, garde-marine (1718), enseigne de vaisseau (1731), capitaine de vaisseau (1751) ; L'Orphée fut son dernier commandement. Retiré avec deux mille livres de pension en 1759. Chevalier de St Louis.

8 François de Giraud, seigneur d'Agay, la Garde-Freinet... (1715-1798), garde-marine (1730), enseigne de vaisseau (1738), prisonnier et esclave à Tabarca (1742), lieutenant de vaisseau (1746), capitaine de vaisseau (1756), commandant L'Oiseau (1757), L'Oriflamme (1757-58), brigadier des Armées navales (1765), retiré avec deux mille huit cents livres de pension en 1774 ; chevalier de St Louis. Marié en 1767 avec Elisabeth de Maurellet de la Roquette, nièce de l'amiral de Forbin-Gardanne.

9 Louis-Auguste de Lyle, seigneur de Taulanne, Séranon,... dit le marquis de Lyle-Taulanne (1716-1795), garde-marine (1732), enseigne de vaisseau (1738), lieutenant de vaisseau (1748), capitaine de vaisseau (1757), brigadier des Armées navales (1765), chef d'escadre par provision et retiré en 1777. Par son mariage en 1769 avec Prudence de Forbin-Gardanne, devint cousin germain de M. d'Agay ; ; veuf de Roselyne de Grasse-Mouans.

10 Lettre du 23 octobre 1757. Archives de la Marine, B 3. 536. François-Noël Levasseur de Villeblanche (1684-1759), Conseiller d'Etat, Intendant de la Marine à Toulon depuis 1737.

11 Lettre du ministre au commandeur de Glandevès, commandant la Marine à Toulon par interim, lui demandant de confier le commandement de L'Oriflamme à M. d'Agay, A.M. B 2. 537.

12 “Il (le commissaire de la Marine au département d'Arles) trouve des difficultés à faire partir pour Toulon les matelots qu'il a commandés à Tarascon et il demande l'assistance de mon subdélégué pour les obliger à se rendre à leur destination ... Lettre de La Tour, Intendant de Provence au ministre, A.M. B 3. 536, 22 mai 1757.

13 “M. du Motheux n'attend que le moment d'être complet pour mettre à la voile, il leur manquait à la revue de ce matin 139 matelots”. Lettre du commandeur de Glandevès au ministre, 1 janvier 1758, A.M., B 3. 540.

14 Archives d'Agay, VI-B-20.

15 Joannes Tramond, Manuel d'Histoire maritime de la France des origines à 1815, Paris, 1942.

16 Lettre du commandeur de Glandevès au ministre, 16 février 1758, A.M., B 3. 536

17 Lettre de M. Michel, commissaire général ordonateur de la Marine à Toulon au ministre, 2 février 1758, A.M., B 3. 540.

18 M. Michel s'étant plaint au ministre du retard de M. de La Clue à partir pour attendre des marchandises de Marseille, le comte de La Clue écrivit de Carthagène le 4 février 1758, “Une invention de cette espèce ne m'étonne point d'un pareil personnage né de la plus basse extraction, son grand-père était domestique de M. de Raimondis, major de la Marine. Mais je le trouve fort hardi d'oser attaquer faussement des messieurs d'honneur comme moi et les capitai-nes qui composent l'escadre.. Je lui connaissais bien des ridicules mais je ne le croyais pas malhonnête homme. Je vous demande pardon, je m'emporte, mais un gentilhomme qui n'a jamais d'autre règle que l'honneur et le devoir ne peut s'échapper quand il se voit attaqué par un endroit aussi sensible”. A.M., B 4. 79.

19 Par une autre lettre du 4 janvier 1758, le ministre confiait à du Quesne qu'il estimait son expérience plus utile à La Clue qu'à ses vaisseaux, A.M., B 2. 360.

20 Lettre du 11 février 1758, A.M., B 2. 360.

21 Les merluchiers transportaient de la merluche, sorte de morue salée de la Méditerranée.

22 Jacques-Melchior de Barras-St Laurent (1719-1792), garde-marine (1734), enseigne de vaisseau (1742), lieutenant de vaisseau sur L'Océan (1757), capitaine de vaisseau (1762), brigadier des Armées navales (1772), chef d'escadre (1778), lieutenant général (1782), retiré vice-amiral de France en 1792. Grand-Croix de St Louis et chevalier de Cincinnatus.

23 Escombrera est une anse à l'entrée de Carthagène ; on trouve sur une carte ayant appartenu au marquis de Coëtlogon que cette anse “n'est bonne qu'en été et je crois qu'on y fairait mal d'y mouiller sans nécessité en hiver”. B.N. cartes et plans, Service hydrographique de la Marine, Portefeuille 67, division 29, pièce 1 D.

24 Sur la même carte, se trouvent les indications suivantes : “Méfiez-vous des courants qui portent au N.E. et à l'E.N.E. et qui pourraient vous jeter dessus”.

25 Georges-François-Godefroy, comte de Framond, garde-marine (1748), enseigne de vaisseau (1781), lieutenant de vaisseau (1757), capitaine de vaisseau (1772), brigadier (1782), traduit devant un conseil de Guerre pour s'être rendu sur le Caton en 1782, rayé des titres et condamné au cachot à perpétuité, élargi en 1785 ; chevalier de St Louis.

26 Le Monmouth de soixante-quatre canons était commandé par Arthur Gardiner (1716-1758), qui aurait dit avant le combat que s'il était assez fortuné pour pouvoir attaquer Le Foudroyant, il lui faudrait vaincre ou périr.

27 Le Hampton Court, de soixante-dix canons, était commandé par Augustus-John Hervay, troisième comte de Bristol (1724-1779), Premier Lord de l'Amirauté dans le ministère de Lord Sandwhich (1771-75), et le Swiftsure, de soixante-dix canons, était commandé par Sir Thomas Stanhope, qui se distingua en 1759 dans la victoire de Boscawen contre La Clue ; contre-amiral, mort en 1770.

28 “C'est aussi surprenant qu'heureux”, dira M. du Quesne dans sa relation. Xavier-Magdelon de Cuers de Cogolin, garde-marine (1755), sous-brigadier des gardes du Pavillon, embarqué sur Le Foudroyant le 24 janvier 1758. Arrière-petit-fils du célèbre amiral de Cogolin (1621-1700), d'une famille toulonnaise qui a donné beaucoup d'officiers de marine.

29 Joseph-Ignace de Lyle, seigneur de Callian, Roquebrune... (1713-1794), garde-marine (1732), enseigne de vaisseau (1741), lieutenant de vaisseau (1751), capitaine de vaisseau (1757), brigadier (1766), capitaine général des Gardes du Pavillon, retiré avec provisions de chef d'escadre et trois mille livres de pension ; chevalier de St Louis. D'une branche cadette des Lyle-Taulanne et cousin issu-de-germain de M. d'Agay.

30 Jacques de Fabry-Fabrègues, garde-marine (1732), enseigne de vaisseau (1741), lieutenant de vaisseau (1751), capitaine de vaisseau (1757), brigadier des Armées navales (1768), retiré en 1774 ; chevalier de St-Louis, mort en 1792. Frère du marquis de Fabry-Fabrègues, lieutenant général des Armées navales, commandant la marine de Toulon (1715-1796).

31 Charles-Louis de Bérard, comte de Montalet-Alais (1738-1787), garde-marine (1754), enseigne de vaisseau (1757), lieutenant de vaisseau (1765), retiré en 1772 ; chevalier de St Louis.

32 Pierre-René-Bénigne-Mériadec de Ruffo, comte de Bonneval (1741-1814), garde-marine (1755), enseigne de vaisseau (1757), lieutenant de vaisseau (1770), capitaine de vaisseau (1780), major de la marine (1784), chef de division (1786), major général de la marine à Toulon, chevalier de St Louis. De la famille marseillaise des Roux-Bonneval, marquis de La Fare.

33 Le chevalier d'Agoult-St Michel, garde-marine (1756), retiré du service en 1758, sans doute à cause de ses blessures ; frère du comte d'Agoult, également officier de marine.

34 Rien sur Lamerville dans A.M. C 1, ce qui prouve bien, s'il était nécessaire, que ces listes sont loin d'être complètes.

35 Grellier de Fougeroux, garde-marine (1756), enseigne de vaisseau (1763), tué sur le canot de L'Utile à l'affaire de Larache contre les Saletins le 27 juin 1765.

36 Le Monarch, de soixante quatorze canons, sur lequel l'amiral Byng fut évacué en 1757, était commandé par John Montague, contre-amiral (1770), vice-amiral (1776), gouverneur de Terre-Neuve et commandant en chef (1776), port-admiral à Portsmouth (1782), mort en 1795. Le Montague, de soixante-quatre canons, livré à la flotte anglaise en 1757, effectuait sa première campagne sous les ordres de Sir Joshua Rowley, baronet, contre-amiral (1774), vice-amiral (1787), mort en 1790.

37 L'anse des Aigles - Aguilas - est à l'ouest du cap Coppe, à mi-chemin entre Carthagène et le cap de Gatte (Gata).

38 A.M., B 4. 79.

39 Lettre de M. de La Clue à M. de Moras, 3 mars 1758, A.M., B 4. 79.

40 Le comte de Ricla, Grand d'Espagne et maréchal de camp, ainsi que le marquis de Spinola, lieutenant général, commandant la marine espagnole à Carthagène, entretenaient de bonnes relations avec le comte de La Clue qui avait obtenu, en liaison avec le marquis d'Aubeterre, ambassadeur de France à Madrid, l'autorisation de recevoir tous les vaisseaux français dans les ports espagnols et d'en refuser l'entrée aux navires anglais lorsque ceux-ci s'y trouveraient. Le comte de Ricla et le marquis de Spinola avaient reçu en janvier 1758 des Lettres de Louis XV pour les remercier de leurs bons offices.

41 A.A. VI-B-22.

42 A.A. VI-B-23.

43 Le Revenge et le Berwick, de soixante-quatre canons étaient commandés par John Storr et Robert Hughes ; le Preston, de cinquante canons, était monté par John Evans.

44 Jacques-Antoine de Gotho, garde de l'étendard des Galères (1721), enseigne de galères (1728), lieutenant de galères (1740), de vaisseau (1749), capitaine de vaisseau (1754), brigadier (1765), retiré en 1774 ; d'une famille sicilienne passée au service de la France après l'occupation de Messine par le duc de Vivonne (1769), fixée à Marseille et qui a donné de nombreux officiers de marine.

45 Dominique-Siffrein, chevalier de Sobirats, chevalier de Malte, garde de l'étendard des galères (1742), du Pavillon (1749), enseigne de vaisseau (1751), lieutenant de vaisseau (1757), retiré en 1765 avec mille livres de pension ; chevalier de St Louis.

46 Jean de Jassaud-Thorame, garde-marine (1740), enseigne de vaisseau (1754), lieutenant de vaisseau (1764), retiré pour raisons de santé en 1771 ; chevalier de St Louis.

47 André-Charles de Jassaud-Thorame, garde-marine (1756), enseigne de vaisseau (1763), lieutenant de vaisseau (1765), capitaine de vaisseau (1775), mort en mer sur L'Actif en 1779.

48 A.A. VI-B-9.

49 Pierre-André de Glandevès-Castellet (1689-1764), garde-marine (1702), enseigne de vaisseau (1712), lieutenant des gardes du Pavillon (1729), capitaine de vaisseau (1741), chef d'escadre (1752), commandant la Marine à Toulon en 1754, 1757-58 et 1759-64 ; bailli du Grand Maître de l'Ordre de Malte (1761), retiré en 1764 avec des lettres de provision de Lieutenant général, frère du bailli de Glandevès, chef d'escadre commandant la marine à Marseille (1706-1774).

50 Lettre du 18 mars 1758,A.M., B 2. 360.

51 Jean-Antoine-Joseph-Charles de Riquetti de Mirabeau (1717-1794), brigadier des Armées navales, bailli-Grand Croix de l'Ordre de Malte, général des galères de l'Ordre (1763-66), oncle de Mirabeau.

52 Paul-François-Ignace de Barlatier, seigneur de Mas, né à Aix en 1739, fils de Louis-Mathieu,conseiller au Parlement d'Aix, garde-marine (1755), enseigne de vaisseau (1757), lieutenant de vaisseau (1771), capitaine de vaisseau (1781), retiré en 1785, chef des classes à Antibes (1786-90), chevalier de St Louis et de Cincinnatus.

53 A.A. VI-B-29.

54 A.A. B 4. 79. C'est ce que M. d'Agay écrivit le 1er mars de l'Anse des Aigles dans sa première lettre à La Clue. Il terminait ainsi : “Si sa lettre vous trouve à Carthagène, je vous prie d'en envoyer une copie au ministre et d'en faire part, si vous pouvez, à M. Duquesne”.

55 M. Sibon, capitaine de port fit rentrer le 30 avril, L'Océan, Le Redoutable, L'Hippopotame, L'Oriflamme et L'Oiseau, le 2 mai, Le Guerrier, Le Content et Le Centaure. A.M. B 3. 540.

56 Par la gazette de France du 18 avril.

57 Joseph-Gabriel-Tancrède de Félix, marquis du Muy (1707-1777), maréchal de camp et premier maître d'hôtel de la Dauphine (1744), lieutenant général (1748), père de la marquise de Créquy, la fameuse “mémorialiste”, et frère du maréchal du Muy, ministre de la Guerre.

58 A.A. VI-B-12.

59 Claude-Louis d'Espinchal, marquis de Massiac (1686-1770), lieutenant général des Armées navales, commandeur de St Louis, ne resta en place que quelques mois, sous la tutelle de M. Le Normant de Mezy - cousin de Mme de Pompadour - “accoutumé à Toulon à penser et à agir d'après les suggestions de ses alentours, parmi lesquels il avait trouvé quelques hommes de tête, il apporta au ministère dans sa personne une nullité qu'il ne sut pas cacher”. Le 1er décembre 1758, Choiseul faisait nommer René-Nicolas Berryer (1703-1762) intendant général de police ! Massiac fut promu vice-amiral et Grand Croix de St Louis. Il épousa à la fin de l'année 1758 sa maîtresse, Mme Gourdan, veuve du premier commis du ministère de la Marine, née Louise-Catherine de Magny (1698-1777), fille d'un commissaire de la marine.

60 Lettre du chevalier de Fabry, du 25 juin 1758, A.M. B 3. 450.

61 Michel de Colbert-Turgis, marquis du Cannet (1702-1754), capitaine de vaisseau (1754), retiré en 1764 avec lettres de provision de chef d'escadre ; chevalier de St Louis. Fils, frère et père d'officiers de marine ; de la branche provençale des Colbert, cousin issu-de germain de M. M. d'Agay et de Callian.

62 A.M. B 4. 79.

63 Antoine-François de Giraud de Valory (1727-1808), garde-marine (1746), enseigne de vaisseau (1751), lieutenant de vaisseau (1757), capitaine de vaisseau et retiré en 1772 ; chevalier de St Louis. En janvier 1758, embarqué sur L'Oiseau, il avait dû rester à Toulon, malade.

64 A.A. VI-B-19. Le fait est qu'en note d'une lettre du chevalier de Glandevès à M. de Moras du 14 mai 1758, et parvenue au nouveau ministre, M. de Massiac, accompagnant le mémoire des officiers prisonniers du Froudroyant et de L'Orphée, “remis en réponse pour leur justification”, on trouve l'apostille suivante ; “M. de Massiac a supprimé le mémoire qui était joint à cette lettre”. Etait-il si défavorable à M. Duquesne ? A.M. C 7. 119.

65 A.M. C.7. 119. M. du Quesne, de retour à Versailles, confirma sa demande par nouvelle lettre au ministre datée du 13 novembre.

66 Joseph-Marie-Maphrée de Foresta-Collongue (1730-1791), lieutenant de vaisseau depuis 1751, retiré en 1769 pour raisons de santé ; chevalier de St Louis. Parmi les témoignages conservés aux archives d'Agay, il y a une relation de M. de Gravier, lieutenant sur L'Oriflamme, un mémoire de M. de Puget d'Antrechaux, et une longue lettre du comte de Framond. On conserve aussi aux Archives de la Marine - C7 119 -, les réponses que ces trois officiers firent aux questions du chevalier de Glandevès. On n'avait pas dû conserver un mauvais souvenir de M. d'Agay dans la marine : en 1787, lorsque son fils fut reçu élève de la Marine au Collège royal d'Alais, le comte de Bonneval lui écrivit : “Je rendrai à votre fils tous les services que je lui dois ; il était juste qu'après nous avoir quitté, nous vous remplaçions dans le corps par un autre vous-même”. Ce fils arriva à Toulon pour un premier embarquement en octobre 1788 chez le marquis de Lort de Sérignan, major de la sixième escadre, qui lui confia : “il suffit qu'il vous appartienne pour exciter l'intérêt général dans le corps de la marine” et acquiesçait à sa requête de faire embarquer son fils sur le bâtiment du vicomte de Pontevès-Giens. Ce dernier lui écrivait également : “C'est avec plaisir que j'ai vu que l'on destinait votre fils sur mon vaisseau... je n'ai pas oublié que j'ai eu l'honneur de servir longtemps avec vous dans ce département”.

67 vid supra.

68 Joseph de Raimondis d'Allons (1651-1692), major général de la marine du Levant (1689), mort de ses blessures à La Hougue le 5 juin 1692.

69 Maximin de Bompar (1698-1773), lieutenant général des Armées navales (1764), Grand Croix de St Louis. Alors qu'il était commandant de la marine à Toulon, M. d'Agay lui remit un mémoire sur cette affaire en 1762 ; malgré ses promesses, “M. de Bompar ne m'en a plus parlé et je n'ai jamais reçu de politesses de lui”. A.A. VI-B-16.

70 Elle n'a pas fait couler beaucoup d'encre dans l'histoire maritime française. Elle est signalée par quelques historiens de la Marine - Lacour-Gayet, V. Brun -. Rivière, dans son Histoire de la Marine sous Louis XV, confond les dates, fait partir La Clue et du Quesne en même temps, et se perdre L'Oriflamme pendant la nuit. Troude, dans ses Combats navals de la France, parle du capitaine Duguay. Quant à A. Jal, dans sa “Biographie du grand du Quesne”, il situe l'action en 1769, sous le ministère Choiseul-Stainville.

71 Victor-Louis des Michels de Champorcin (1724-1779), GM (1742), EV (1748), LV (1756), CV (1772), major de la marine à Toulon (1776), brigadier (1778), commandant la Provence, escadre d’Estaing, tué à la grenade le 6-7-1779.

72 François-Hector d'Albert, comte de Rioms (1728-1802), GM (1743), EV (1748), LV (1756), CV (1772), brigadier et major de la Marine à Toulon (1780), chef d'escadre et directeur général du port de Toulon (1784), commandant la marine à Toulon (1785) ; commandeur de St Louis.

73 Barthélémy, comte de Marin, page du comte de Toulouse, amiral de France ; GM (1738), EV (1746), LV (1756), CV (1767), brigadier (1778), chef d'escadre (1781), chevalier de St Louis et Cincinatus.

74 Joseph-François de Thomas, marquis de la Valette (1729-1765), GM (1743), EV (1746), LV (1756), retiré CV en 1764 ; lieutenant-général de la province de Bourgogne, chevalier de St Louis. cousin germain de l'amiral d'Entrecasteaux et du commandeur de Glandevès.

75 Jean-Louis Leroy de Lagrange, GM (1741), EV (1748), LV (1756), CV (1771), brigadier (1776), retiré chef d'escadre (1782) ; chevalier de St Louis. Mort en 1793 en émigration en Espagne.

76 Joseph-Louis de la Croix de Castries, baron de Gaujac (1729-1773), GM (1741), EV (1748), CV (1772), chevalier de St Louis. Fils d'un lieutenant de vaisseau.

77 Antoine-Jérôme Tarteron de Montiers, GM (1748), EV (1754), LV (1762), retiré CV (1775) ; chevalier de St Louis. Chevalier de Malte, commandeur de Chantraine, mort à Chantilly en 1785. Fils d'un chambellan du duc d'Orléans ; a une soeur mariée à M. de Selle de Beauchamps, trésorier général de la Marine à Toulon.

78 M. de Montfort-St Victor, GM (1749), EV (1754), LV (1762), retiré CV (1776) ; chevalier de St Louis.

79 Emmanuel de Demandolx (1732-1777), GM (1749), EV (1755), LV (1763), capitaine de fusiliers (1775) ; chevalier de St Louis.

80 Jean-François de Seigneuret, GM (1754), EV (1756), LV (1765), CV (1780), retiré en 1785 ; chevalier de St Louis.

81 M. de Raffelis de Roquesante, GM (1755), EV (1761), retiré en 1767.

82 Jean-Baptiste-Balthasard de Bernardi de Valernes, GM (1755), EV (1762), LV (1772), aide-major de la marine à Toulon, mort en 1773. Fils du vicomte de Valernes et d'une Castellane-Majastres, soeur et tante de chefs d'escadre.

83 Antoine-Sauveur, chevalier de Clavel (1742-1803), GM (1757), EV (1764), LV (1777), CV (1782), retiré en 1792 ; chevalier de St Louis. D'une famille toulonnaise qui a donné huit officiers de marine au XVIIIe siècle.

84 Louis-Auguste de Colla de Pradines-Vauroux (1742-1777), GM (1755), EV (1762), LV (1772) ; chevalier de St Louis ; d'une famille parlementaire aixoise, frère d'un intendant de Corse, père et oncle de nombreux officiers de marine.

85 Jean-Baptiste d'Authier de Sisgau (1736-1808), GM (1757), EV (1767), LV (1778), retiré CV (1786) ; chevalier de St Louis et de Cincinatus. Frère d'un capitaine de vaisseau.

86 Jean-Frédéric-Charles de Burgues de Missiessy (1740-1770), GM (1756), EV (1764), lieu-tenant d'artillerie (1765), tué par un boulet devant Suez, le 4 août 1770. Frère du vice-amiral comte de Missiessy, préfet maritime de Toulon.

87 Antoine-Claude, vicomte de Beaucaire (1735-1791), GM (1751), EV (1755), LV (1764), capitaine de frégate (1775), retiré CV (1779) ; chevalier de St Louis. Tué dans une émeute à Toulon le 23 avril 1791. Fils d'un chef d'escadre fixé à Toulon.

88 Jean-Marie du Bessey de Contenson (1734-1795), GM (1751), EV (1755), LV (1764), CV (1780), retiré en 1785 ; chevalier de St Louis. 

89 Victor-Joseph-Melchior de Garnier, chevalier de St Antonin (1738-1778), GM (1757), EV (1761), LV (1765), lieutenant-colonel d'artillerie ; chevalier de Malte. Frère et beau-frère de capitaines de vaisseau, chevaliers de Cincinatus.

90 Louis-Hyacinthe de Monnier, chevalier du Castellet, page du duc d'Orléans ; GM (1751), EV (1756), LV (1764), cassé en 1771, rétabli en 1772, capitaine au régiment de Port-au-Prince, retiré en 1776 ; chevalier de St Louis. Fils d'un lieutenant de vaisseau, frère du marquis du Castellet, chef d'escadre.

91 Amédée-Bernard-Amable, comte de Beaurepaire (1739-1794), GM (1756), EV (1764), LV (1775), CV (1782), commandant du port de Toulon par interim (1792), émigré lors de l'évacuation de Toulon avec les Anglais, mort à l'île d'Elbe.

92 Legoix-Desmarets (1740-1786), GM (1756), EV (1764), LV (1777), mort en 1778, chevalier de St Louis.

93 François-Gaspard de St Ours (1740-1786), GM (1757), EV (1767), LV (1778), CV (1783) ; chevalier de St Louis.

94 François-Camille-Elizabeth, baron de Drée de la Serrée (1743-1816), GM (1756), EV (1763), LV (1777), retiré CV (1785). Chef des classes en Arles (1786-92), émigré à l'armée de Condé, maréchal de camp (1792) ; retraité contre-amiral en 1814, commandeur de St Louis. Fils d'un capitaine de vaisseau bourguignon fixé en Provence.

95 Henri de Fulque, chevalier d'Oraison, né à Aix en 1739, GM (1757), EV (1765), retiré pour raisons de santé en 1769 et passé dans l'armée de terre ; mestre de camp de cavalerie, chevalier de St Louis (1785), général de brigade, officier de la Légion d'Honneur, chevalier de l'Empire par Lettres Patentes de 1808 ; père du général-marquis d'Oraison.

96 M. de Carrion, GM (1757), garde du Pavillon (1759), tué à St Domingue sur Le Royal-Louis en 1763.

97 André-Gabriel de Gravier d'Ortières (1728-1771), GM (1738), EV (1740), LV (1756), capitaine de frégate (1757), chevalier de St Louis. Fils et petit-fils de capitaines de vaisseau ; son frère ainé est marié à la soeur de Garnier-St Antonin ; a un autre frère enseigne et une soeur mariée au marquis de Castellane-La Valette, brigadier des Armées navales.

98 M. de Puget d'Entrechaux, GM (1748), EV (1754), LV (1761), mort à Toulon en 1772 ; chevalier de St Louis.

99 Marc-Antoine-Boniface, marquis de Castellane-Mazaugues, né à Marseille en 1736, GM (1750), EV (1755), LV (1764), retiré CV en 1778, chevalier de St Louis. Cousin-germain de l'amiral d'Entrecasteaux.

100 Marie-Denis-Espèrance Savignon de Saumaty (1736-1765), GM (1754), EV (1757), tué dans l'affaire de Larache contre les Salatins ; fils et petit-fils de capitaines de galères.

101 Chevalier de Naujat de La Devèze, GM (1755), CV (1781), retiré en 1784, chevalier de St Louis.

102 M. de Mantin de Crochant, GM (1757), EV (1763), mort de ses blessures sur le Requin en brûlant une galiote corse rebelle le 23 juillet 1763 ; avignonais, frère d'un enseigne de vaisseau mort à Madagascar en 1774.

103 François-René, chevalier de Forbin d'Oppède (1722-1794), GM (1733), EV (1741), LV (1751), CV (1757), brigadier (1771), chef d'escadre (1776) ; retiré en 1786 pour devenir prêtre et Vicaire général de Senlis. Etait chevalier de Malte et de St Louis.

104 Chevalier de Nas de Tourris, GM (1742), LV (1756), chevalier de St Louis et retiré en 1756. D'une illustre famille de marins toulonais.

105 Jean-Baptiste de Monnier, marquis du Castellet (1732-1811), GM (1748), EV (1754), LV (1762), CV (1777), chef de division (1786), chef d'escadre (1786), commandant en chef à Toulon (1792), émigré en Espagne ; commandeur de St Louis. Marié à Julie de Bernier de Pierrevert, nièce de Suffren. Frère du chevalier du Castellet, vid. supra.

106 Chevalier d'Anseime, GM (1750), EV (1750), EV (1755), lieutenant d'artillerie (1762), retiré en 1764 ; chevalier de Malte.

107 Marie-Louis-Philippe-Auguste de Loyac de la Bachellerie (1739-1765), GM (1756), EV (1761) ; mort de la peste sur les galères de Malte le 4 novembre 1765. Chevalier de Malte.

 

 

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