LE VICE-AMIRAL DUBOURDIEU (1804-1857)

 

Hubert GRANIER

 

 

Jeunesse et formation (1804-1822)

Louis Thomas Napoléon Dubourdieu est né le 15 juin 1804 à Fort de France. Le jeune Louis est bercé par les exploits de son père. A la mort de celui-ci, en 1811, sa mère reçoit une pension de 2 500 francs (équivalent à celle d’un contre-amiral), avec laquelle, sans famille en France, elle a de la peine à élever ses 4 enfants ; elle sollicite l’attribution par l’Empereur d’un dépôt de tabac et des bourses pour ses fils. Louis fait ses études au Collège Louis le Grand en 1815 et entre au Collège royal de Marine d’Angoulême en 1818 à 14 ans. Elève de 2e classe en 1820, Louis Dubourdieu embarque en 1821, à 17 ans, sur la Fleur de Lys en Méditerranée et y apprend son métier de marin.

Premières armes (1822-1827)

Nommé Elève de 1ère classe en octobre 1822, Louis Dubourdieu embarque sur la Guerrière.

Le Roi d’Espagne Ferdinand VII, pour mâter la révolte des troupes de Cadix commandées par le colonel Riego, fait appel à la Sainte Alliance, qui au Congrès de Vérone en octobre 1822, autorise, sous l’impulsion de Chateaubriand, l’intervention de la France. En avril 1823, une armée de 100 000 hommes commandée par le duc d’Angoulème franchit les Pyrénées et met le siège devant Cadix. La Guerrière participe à l’attaque de l’île Verte en baie d’Algésiras, où Louis Dubourdieu se distingue le 13 août 1823 "par son sang froid, son ardeur, sa gaieté même au milieu du feu" et prend part au bombardement de Cadix le 23 septembre dans l’escadre de l’amiral Duperré, quelques jours avant la reddition de ville.

Dubourdieu embarque sur la Vénus en octobre et fait campagne au Sénégal, aux Antilles et à Terre Neuve, passe sur l’Infatigable en océan Indien à l’île Bourbon et, promu enseigne de vaisseau en mai 1825, retourne à Terre Neuve sur la Diane.

Embarqué comme second du brick Alcyon, qui fait partie de l’escadre de l’amiral de Rigny, Dubourdieu combat vaillamment à Navarin le 20 octobre 1827 et, après l’abordage de son bâtiment par le Breslau de Botherel de la Bretonnière, a la jambe gauche broyée par un boulet et doit être amputé. Fait chevalier de Saint-Louis, il survit à sa blessure et peut être appareillé après de longs mois de souffrances. Promu lieutenant de vaisseau en décembre 1827, il épouse en avril 1829, mademoiselle Sènes, fille d’un avocat connu de Toulon, qui lui donnera 5 filles.

 

 

De lieutenant de vaisseau à contre-amiral ou vingt ans de carrière (1828-1848)

Malgré sa blessure, Dubourdieu reprend la mer sur la Provence, qui croise en Méditerranée orientale. Désigné comme instructeur de la compagnie des élèves de Toulon, il prend en 1829 le commandement de l’Alcyon et en 1831 celui du Robuste en Méditerranée. Promu capitaine de corvette en novembre 1831, il commande le brick Alacrity, puis le Cygne, avec lequel il prend part la prise de Bougie en septembre 1833.

Après la conquête d’Alger en juin 1830 par Duperré et Bourmont, le général Clauzel fait occuper avec le concours de la Marine Mers el-Kébir, Oran et Bône. le duc de Rovigo réoccupe Bône en 1832 et charge le général Trézel de s’emparer de Bougie en 1833. Malgré la résistance farouche des Kabyles, la ville, attaquée par la mer, est conquise ; Dubourdieu sur le Cygne se distingue durant l’opération ; simultanément le général Desmichels occupe Arzew et Mostaganem ; les Français sont ainsi établis, sur l’ensemble du littoral de l’Algérie.

Dubourdieu commande à nouveau le Cygne en Méditerranée, en 1836 et 1837, et doit se rendre périodiquement à Paris pour faire changer sa prothèse. En 1837, il demande l’autorisation de continuer à porter l’épée, qui vient d’être remplacée par le sabre, particulièrement gênant pour sa mutilation.

Le Cygne est affecté aux Antilles en 1638 ; promu capitaine de vaisseau en septembre 1840, il prend, toujours aux Antilles, le commandement de la Calypso en 1842, exécute une mission diplomatique à Haïti, dont il s’acquitte avec bonheur et est jugé par le contre-amiral de Moges, gouverneur de la Martinique "au nombre des officiers sur lesquels un amiral peut compter en temps de guerre".

Rentré en France, Dubourdieu commande l’Alger en escadre d’évolutions de 1844 à 1846 et fait partie de la Commission chargée de réorganiser l’Artillerie navale. Chevalier de la Légion d’Honneur en 1831, il est nommé officier en 1846. Désigné en novembre 1847 au commandement de la Marine en Algérie par intérim, il est promu contre-amiral en juillet 1848, et devient titulaire du poste.

Officier général (1848-1857)

Le contre-amiral Dubourdieu assure le commandement supérieur de la marine en Algérie jusqu’en décembre 1849. durant son commandement, il se rend périodiquement à Toulon entre deux courriers, pour embrasser sa vieille mère, car il vit en famille à Alger et prend un congé de 4 mois pour affaires personnelles. Il soutient avec ses bâtiments l’armée de terre, qui doit réduire une tribu insurgée dans le cercle de Bougie.

Nommé au commandement de la Station du Brésil en décembre 1849, son affectation est annulée ; il prend en janvier 1850 le commandement d’une division de l’escadre d’évolutions avec pavillon sur le Valmy puis le Gomer et est nommé Commandeur de la légion d’Honneur.

Prés d’un siècle après l’intervention de Du Chaffault contre Salé en 1765, Dubourdieu est chargé de renouveler l’opération, pour faire cesser les pirateries des habitants de cette ville marocaine. Il embarque en novembre 1851 à Cadix sur le Henri IV commandé par le capitaine de vaisseau de Gueydon ; à la tête de sa division, il se présente devant Salé, fait taire ses batteries et la soumet à un violent bombardement. Il est nommé Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Préfet maritime à Toulon (1852-1857)

Promu vice-amiral en février 1852, Dubourdieu remplace le vice-amiral Hamelin à la Préfecture maritime de Toulon en juillet 1853 ; il est autorisé par Napoléon III à porter le titre de baron, conféré à son père, et devient en 1854 président du Conseil général du Var. Il prépare avec soin l’expédition de Crimée et en assure le soutien logistique avec brio. Nommé sénateur en juin 1856, il meurt en fonctions d’une congestion cérébrale le 28 juin 1857, au moment où il allait prendre le commandement de l’escadre de la Méditerranée. Sa veuve recevra une pension de 6 000 francs en récompense de ses éminents services pendant 39 ans. Son frère cadet Clément, commissaire de la Marine, est mort en 1854 du choléra à Alger et son fils Philippe Clément poursuivra le nom, le vice-amiral Dubourdieu n’ayant que des filles.

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Louis Dubourdieu est passionné par son métier ; après sa blessure à Navarin, il ne lui vient pas à l’idée de renoncer à embarquer et la liste de ses commandements montre qu’il a su surmonter son handicap ; en 1842, rentrant des Antilles, il renonce à aller aux eaux soigner sa blessure pour repartir aux Antilles comme commandant de la Calypso. L’amiral Parseval Deschènes porte sur lui le jugement suivant en 1844. "Le capitaine de vaisseau Dubourdieu réunit selon moi toutes les qualités qui font un bon officier général. Homme d’esprit, homme du monde, on peut lui parler d’autres choses que de son métier et lui confier d’autres intérêts que des intérêt purement maritimes. Il a du tact et de la décision dans le caractère. Ajoutez à cela une juste et loyale ambition, c’est enfin un marin consommé, qui a fait ses preuves".

Bibliographie

Etienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, 1982.

Dossier individuel, Service Historique de la Marine.

 

Hubert GRANIER

 

 

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