Chapitre Quatre : CONCLUSION

 

 

 

La période historique des guerres classiques s’est achevée par les mortels feux d’artifice d’Hiroshima et de Nagasaki. Durant cette période, le maître de la mer a fini par vaincre chaque fois que la guerre a duré ; les instruments de la mort lente ont pu alors produire leur effet. Le public, plus sensible à l’accident qu’au dépérissement, n’a guère perçu l’action insidieuse menée sur mer. Le maître de la terre, baigné par un milieu naguère nourricier et qui ne lui apportait plus désormais que des ennemis, a fini par capituler. En apparence cette victoire était due aux forces terrestres venues le détruire sur son terrain. En réalité ces forces combattaient un être atteint d’anémie pernicieuse. Le scorbut des marins leur vient d’être privés des fruits de la terre ; le scorbut des nations leur vient d’être privées des richesses amenées par la mer.

La maîtrise de la mer a été contestée par affrontement direct, par menace potentielle, ou par subversion ; cette dernière forme de contestation a été la plus prisée. Elle n’a guère réussi jusqu’à présent. Les agents de subversion n’avaient pas une carapace assez forte ; ils ne pouvaient survivre longtemps dans un milieu hostile. Dans les guerres modernes, les meilleurs agents de la subversion ont été les sous-mariniers. Or, depuis 1945, les sous-marins ont subi une véritable mutation ; l’anti-sous-marin n’a pas autant progressé. Si une guerre du type classique se produisait demain, hypothèse improbable, elle pourrait voir la mer appartenir aux sous-marins.

Ces sous-marins, qui pourraient demain gagner la guerre, la rendent improbable aujourd’hui en étant les meilleurs agents de la dissuasion. Ce concept ancien, rehaussé de l’horreur nucléaire, nous vaut l’état de crise perpétuelle où nous nous résignons à vivre désormais.

La mer, espace international, où se côtoient les navires de puissances rivales, est aussi le milieu par où transitent les acteurs de crises en développement. Des chars qui traversent une frontière amènent, par cette effraction, la crise au seuil de la guerre, mais une flotte qui croise au large pèse du double poids de sa force et de son droit.

La mer, naguère entièrement internationale, devient, par suite du manque de matières premières, l’objet de convoitises tribales. La communauté internationale accorde à l’Etat côtier une zone économique qui s’étend à 188 nautiques au-delà des eaux territoriales. Milieu indolore, elle porte les acteurs de la dissuasion et ceux de la crise ; elle était, face à la terre douloureuse, bornée, clôturée, le dernier espace fluide, sauvage, dépourvu de nerfs : mais elle n’échappe plus désormais au quadrillage maniaque des arpenteurs. Les marins devront ajouter à leurs rôles divers la tâche insolite de garder le patrimoine marin.

Les missions navales ont, devant elles, un multiple avenir.

 

 

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