LE DÉMINAGE

 

Les millions de mines posées sur les deux barrages frontaliers n'ont pas été relevées au moment où les portes des barrages se sont ouvertes devant l'ALN extérieure. Leur neutralisation (relevage ou destruction sur place) a posé de graves problèmes à l'Algérie indépendante.

L'article ci-joint d'El Djeich, organe de l'armée nationale populaire, explique les solutions adoptées (El Djeich, no 26, août 1965).

 

" Le déminage a commencé en 1958. Il a été entrepris par les éléments spécialisés de l'ALN, c'est-à-dire par les équipes d'artificiers. Au fur et à mesure du renforcement des lignes Challe et Morice et du système de bretelles comme on en voit jusqu'à présent à l'est et à l'ouest, nos artificiers localisaient les mines et les neutralisaient. C'est dire que nous sommes habitués de longue date à ce genre de travail.

 

Tout d'abord, nous avons eu recours à plusieurs procédés de déminage. Pour les mines-encriers indétectables, nous avons toujours utilisé la fourche. Pour les mines bondissantes américaines et françaises, nous avons appliqué le système de sondage à la baïonnette, puis pratiqué la neutralisation et l'extraction des mines. Extraites, celles-ci étaient utilisées par l'ALN contre l'ennemi, c'est ce que l'on appelle communément le contre-minage.

 

En 1961, le ler bataillon de déminage de l'ALN a été créé à l'ouest. Ce bataillon était composé de trois compagnies légères de déminage (275 éléments). La mission du bataillon était de créer des cheminements et des trouées dans les réseaux des lignes Challe et Morice pour permettre aux équipes d'acheminement d'armes et de munitions de traverser sans risque les zones minées.

 

Ce bataillon a pris de l'ampleur en 1962. Mais la suppression des barbelés qui permettrait aux paysans de récupérer leurs terres cultivables nous a posé de grands problèmes par manque de matériel approprié. Pour les résoudre, le gouvernement algérien a fait appel aux techniciens étrangers et à leur matériel. Les Soviétiques ont répondu à l'appel sans conditions particulières.

 

Quant aux Italiens (la SBAREC), ils ont passé un marché avec le ministère des Travaux publics le 14 août 1963.

Les Soviétiques aidés par les bataillons de déminage de FANP ont de suite procédé à l'enlèvement des barbelés et à la neutralisation des champs de mines dans une proportion de 98 %.

 

Après une année de travail effectué par les techniciens russes, des bataillons du génie de FANP ont poursuivi durant plus d'une année encore le déminage. Ce qui malheureusement n'a jamais été réellement signalé dans notre presse.

 

Voici un tableau des réalisations du Génie de FANR

 

Juillet 1964 -Juillet 1965.

 

A l'est, une superficie de 168 km de long sur 3 à 100 ni de large fut déminée, puis remise entre les mains des paysans.

 

Révision opérée par le Génie de l'ANP des travaux effectués par les techniciens russes : une superficie de 76 km de long sur 3 à 100 ni de large.

 

Destruction des mines : explosions comptées 7 003 227 (mines).

 

Situation géographique des deux tronçons :

 

1) A l'est : Lacroix, Oum Tebboul, Kaf, Segnad, Loulidja, Le Tarf, Yusuf, ,Aïn Khiar, Ferme des Anglais (près de Annaba).

 

Pertes : 4 djoundi morts, 3 djoundi mutilés et plusieurs autres blessés légèrement.

 

2) A l'ouest, durant la même période, nous avons provoqué 8 millions d'explosions de mines. Nous avons commencé les travaux à Montagnac, Zoudj Baghal, El Aricha, sur une superficie de 129 km de long sur 3 à 100 ni de large (sur les deux tronçons ouest).

 

Pertes : 5 djoundi morts et 3 autres mutilés.

 

A l'est comme à l'ouest, les travaux continuent sur le même rythme qu'avant. Aussi, la direction du Génie de FANP a-t-elle été surprise de voir un article, publié par un hebdomadaire de la presse nationale, affirmant que la SBAREC a entrepris le déminage à l'est comme à l'ouest sur les- tronçons qui ont été déterminés par les Travaux publics.

 

Nous affirmons de notre côté que les travaux effectués par ladite entreprise de façon " pêle-mêle ", sans continuité méthodique et sans respect des plans établis (avec ce que cela comporte de dangers certains), sont à refaire complètement (à 100 %).

 

Nous avons constaté d'après les contrôles et rapports de la Gendarmerie nationale, qu'il y a eu plusieurs morts parmi la population sur les terrains soi-disant déminés. Nous avons saisi les autorités supérieures qui ont chargé la Direction du Génie de FANP de contrôler et vérifier, en collaboration avec les Travaux publics, les travaux de déminage effectués par la SBAREC à la date du 27 juillet 1965.

 

La Direction centrale du Génie de FANP s'est rendue sur les lieux avec ses engins spéciaux. Toute une commission composée d'un ingénieur subdivisionnaire des Travaux publics, du directeur régional du Génie, de trois autres officiers, de M. Bottari, représentant dé la SBAREC, et de M. La Torre, chef administratif de cette société.

 

Sous le prétexte fallacieux de se conformer rigidement aux clauses du marché en l'occurrence l'article 6, la SBAREC a d'abord fait une mauvaise interprétation des textes (1).

 

Ensuite, que des étrangers égarent de vue les dangers qui guettent constamment les populations des frontières, cela pourrait être concevable. Mais qu'un organe de la presse nationale fasse les éloges de ces faits criminels commis consciemment par des commerçants étrangers, cela dépasse l'entendement. "

 

(1) Article 6 : Réception - Délai de garantie.

 

" Il n’y aura qu'une réception, qui vaudra réception définitive, effectuée au fur et à mesure de l'avancement des travaux. CETTE RÉCEPTION CONSISTERA A CONSTATER QUE LE TERRAIN EST EFFECTIVEMENT DÉMINÉ PAR LE PASSAGE D'UN TRACTEUR EXERÇANT SUR LE SOL UNE PRESSION SUPÉRIEURE A CELLE D'UN HOMME D'UN POIDS DE 100 kg.

LES FRAIS DE RÉCEPTION SONT A LA CHARGE DE LA SBAREC, IL N'Y AURA PAS DE DÉLAI DE GARANTIE.

 

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