LE SOUTIEN SANITAIRE DES OPÉRATIONS MILITAIRES DE MISE HORS DE COMBAT DES DÉTACHEMENTS DE L'ALN ALGÉRIENNE AYANT FRANCHI LE BARRAGE LECTRIFIÉ DE LA FRONTIÈRE ALGÉRO-TUNISIENNE EN 1958-1959

 


 

Médecin général Régis FORISSIER (2S)

 

On sait que la majorité des passages de l'ALN vers l'Algérie se fit par la frontière tunisienne ; leur fréquence augmenta notablement au cours des deux derniers mois de l'année 1957 où quelque 2000 combattants, fortement armés, pénétrèrent en Algérie, malgré la présence du barrage dont le but était non pas de les arrêter mais de signaler leur passage. C'est pourquoi des réserves générales, constituées par cinq régiments d'infanterie parachutiste, furent dirigées vers l'Est-Constantinois, afin de rechercher, intercepter et mettre hors de combat les renforts de l'armée dite de " libération nationale algérienne " ayant réussi à franéhir le barrage.

 

Le présent article se propose de préciser ce que fut le soutien sanitaire de ces opérations du barrage algéro-tunisien au cours des années 1958-1959, d'abord lors des gros franchissements de l'ALN s'étant produits entre janvier et juin 1958 (dont le point culminant fut la bataille de Souk Ahras, du 26 avril au 5 mai 1958) et ensuite, lors d'une tentative ultérieure de franchissement réalisée en février 1959, plus au sud, dans la région de MorsottTébessa. Je rappellerai d'abord comment fut articulé le dispositif mobile d'interception et de mise hors de combat réalisé par l'an-née française le long du barrage de la frontière algéro-tunisienne et quelles furent les pertes humaines de ce dispositif, avant d'évoquer ce que fut le soutien sanitaire des opérations de recherche, d'interception et de mise hors de combat des détachements rebelles ayant franchi ce barrage.

 

LE DISPOSITIF MOBILE D'INTERCEPTION ET DE MISE HORS DE COMBAT DES DÉTACHEMENTS DE UALN AYANT FRANCHI LE BARRAGE DE LA FRONTIÈRE ALGÉRO-TUNISIENNE.

 

Articulation de ce dispositif.

 

a) Dans le no man's land situé entre la frontière et le barrage électrique dressé à proximité de la route Bône-Duvivier, Souk Ahras, Morsott, Bir el Ater, quatre régiments d'infanterie, qui tenaient des postes implantés

 

près de la frontière algéro-tunisientie, avaient pour mission de nomadiser. dans leur zone d'action respective, afin d'y détecter le passage de détachements armés cherchant à franchir le barrage, de les harceler et de les détruire, tout comme les bandes locales chargées d'aider ces détachements à franchir le barrage.

 

b) Sur le barrage, une " herse " mobile fut constituée par six régiments de cavalerie légère blindée ayant pour mission de contrarier, de jour comme de nuit, les détachements ennemis qui se préparaient à franchir le barrage.

c) A l'ouest du barrage, cinq régiments d'infanterie parachutiste, appartenant aux 10e et 25e Divisions Parachutistes, réalisèrent un dispositif mobile d'interception et de mise hors de combat en " chasse libre " des éléments de l'ALN venant de franchir l'obstacle. Chacun de ces régiments constituait le " noyau dur " d'un groupement mobile qui rassemblait, autour de lui, lors de toute détection de franchissement, un ou plusieurs bataillons de marche fournis par les régiments d'infanterie implantés dans le secteur concerné et appartenant soit à la 2e Division d'infanterie Motorisée, soit à la 11e Division d'infanterie ; chacun de ces groupements mobiles était appuyé par une ou plusieurs batteries d'artilleiie de campagne et, éventuellement, par un escadron de cavalerie blindée. Enfin, trois détachements d'intervention d'hélicoptères (DIH), fournis par le groupement d'hélicoptères n° 2 de Sétif Ain Amat, étaient à la disposition des groupes mobiles à Guelma, Tébessa et Bir el Ater ; chacun de ces DIH comprenait six hélicoptères de transport de troupes du type " VERTOL H21 " appelés " Bananes volantes ", une " Alouette "poste de commandement et une " Alouette " d'appui feux équipée de paniers de roquettes destinée à neutraliser les zones de poser d'assaut des parachutistes précités (1).

 

d) Les pertes humaines subies par le dispositif d'interception entre le janvier et le 31 mai 1958.

 

Ces pertes sont représentées dans le tableau joint en annexe. Elles furent de 273 tués et 736 blessés, parmi lesquels les cinq régiments parachutistes eurent à déplorer 196 tués et 441 blessés, alors que les bataillons de marche engagés à leurs côtés décomptèrent 77 tués et 295 blessés.

 

Le régiment le plus touché fut le ler Régiment Étranger de Parachutistes avec 110 tués et 289 blessés, suivi par le 9 Régiment de Chasseurs Parachutistes qui perdit 48 tués et 61 blessés, dont 32 tués et 38 blessés survenus lors de l'hélicoportage d'assaut de sa 3e compagnie sur le djebel Mouadjene le 29 avril 1958, au cours de la bataille de Souk Ahras consécutive au franchissement du barrage, de part et d'autre de cette agglomération, par six compagnies de l'Armée de Libération Nationale algérienne entre le 28 avril et le ler mai 1958.

 

 

La proportion du nombre des morts au combat par rapport au nombre des blessés durant les mêmes combats fut plus élevée dans les régiments de parachutistes que dans les régiments d'infanterie de ligne par le fait que les parachutistes menaient le combat d'assaut jusqu' a l'abordage final de l'ennemi dans ses retranchements (2).

 

Toutefois, la bataille de Souk Ahras se solda par la mise hors de combat de 620 des 800 Algériens ayant franchi le barrage au cours de ces combats et par la récupération de 484 armes de guerre, dont 46 armes automatiques collectives, entre le 28 avril et le 5 mai 1958. Cet épisode marqua la fin des grosses tentatives de franchissement du barrage algéro-tunisien dont l'étanchéité devint telle, qu'elle se traduisit, en février 1959, puis en avril et mai 1960, par l'échec de toutes les tentatives de franchissement par l'ALN (3).

 

 

LE DISPOSITIF DE SOUTIEN SANITAIRE MIS EN PLACE LORS DE LA BATAILLE DE LA FRONTIÈRE ALGÉRIENNE ENTRE JANVIER ET JUIN 1958.

 

Les moyens sanitaires de ce dispositif.

 

Les moyens de ramassage, de triage et de mise e condition d'évacuation des blessés.

 

Indépendamment du soutien sanitaire organique des régiments engagés dans ces opérations, ces moyens furent les suivants :

 

a)Le renforcement du ramassage des blessés militaires devait être assuré :

- dans le secteur défensif de la 2e Division d'infanterie Motorisée, entre Bône et Duvivier, par les cinq éléments de ramassage du 52e élément santé de la 2e DIM;

 

- dans le secteur défensif de la Ile Division d'infanterie, entre Duvivier et Morsott, par la 6le compagnie médicale de la lie DI qui ne participera pas à ces renforcements pour les raisons évoquées plus loin;

 

- dans le secteur de Tébessa, par un élément santé de réserve générale mis à la disposition de ce secteur qui n'en possédait pas, sur le plan organique, en 1958.

 

b) Le triage et la mise en condition d'évacuation des blessés futassuré :

 

 

- à Bône, par l'ambulance chirurgicale de la Marine, en place depuis 1956 dans le service chirurgical de l'hôpital militaire de cette garnison

 

- à Souk Ahras, par la 16e antenne chirurgicale militaire territoriale

 

- à Tébessa, par la 17e antenne chirurgicale militaire territoriale.

 

Cependant à Souk Ahras, la section de triage de la 6le compagnie médicale de la Ile Division d'infanterie ne fut pas, initialement, mise en oeuvre pour épauler la 16e ambulance chirurgicale militaire territoriale et ne fut actionnée que tardivement, à partir du 29 avril, comme on le verra plus loin.

 

Les moyens de traitement chirurgical.

 

 

a) A Bône, ils étaient assurés par l'ambulance de la Marine précitée et à Guelma par le service chirurgical de l'hôpital local, renforcé par deux médecins aspirants dont l'un était interne en chirurgie et l'autre réanimateur.

 

b) A Souk Ahras, indépendamment de l'antenne chirurgicale militaire territoriale dotée de trois équipes, le service chirurgical de l'hôpital mixte était confié à un chirurgien civil qui avait été mobilisé à sa demande, comme médecin capitaine de réserve servant en situation d'activité.

 

c) A Tébessa, en raison de l'absence de tout service chirurgical dans l'hôpital civil de cette ville, la 17e ambulance chirurgicale militaire territoriale fonctionnait non seulement comme moyen de triage et de mise en condition d'évacuation, mais également, comme échelon chirurgical destiné aux blessés d'urgence absolue ne pouvant supporter une évacuation prolongée.

 

d) L'hôpital militaire régional de Constantine servait d'hôpital de débordement en cas d'afflux de blessés ne pouvant être opérés dans les forrnations chirurgicales de proximité évoquées ci-dessus.

 

Les moyens d'évacuation sanitaire hélicoportés.

 

 

Indépendamment des moyens routiers appartenant au 52e élément santé de la 2e DIM (18 véhicules) et à la Ile compagnie médicale de la lie DI (12 véhicules), les évacuations sanitaires des gros engagements de la bataille se firent au moyen des hélicoptères des trois détachements d'intervention (DIH) mis en place respectivement à Guelma, Tébessa et Bir el Ater. Chacun de ces DIH possédait une convoyeuse sanitaire de l'ALAT qui prenait en charge les blessés à partir des postes de secours mobiles des régiments demandeurs et poursuivait, à bord, la mise en condition d'évacuation des blessés, tout en procédant, éventuellement, à leur assistance respiratoire.

 

Durant la bataille de Souk Ahras, un quatrième DIH fut envoyé par le groupement d'hélicoptères no 2 de Sétif, avec une convoyeuse sanitaire et un officier médecin convoyeur-réanimateur.

 

On notera qu'aucun de ces DIH ne possédait d'hélicoptère réservé uniquement aux évacuations sanitaires ; leurs six hélicoptères avaient, pour mission prioritaire, le transport d'assaut de détachements de parachutistes chargés, soit de prendre contact avec l'ennemi sur son trajet de parcours présumé, après le franchissement du barrage, soit de " verrouiller " cet axe de parcours repéré et de mettre hors combat cet adversaire. Cependant, au cours du combat, l'hélicoptère dans lequel avait pris place la convoyeuse sanitaire procédait au ramassage des blessés, mis, préalablement ou non, en condition d'évacuation sur le terrain par les postes de secours mobiles des régiments engagés. Les régiments parachutistes mettaient en oeuvre, en principe, deux postes de secours dont l'un restait en réserve auprès du poste de commandement du régiment, tandis que l'autre était détaché auprès de la compagnie de combat se trouvant initialement au centre du dispositif offensif du régiment. Toutefois, l'articulation du ler Régiment Étranger de Parachutistes en deux sous-groupements opérationnels coiffant, chacun, selon les circonstances, de trois à quatre compagnies de combat, permettait d'adapter à chacun de ces deux groupements un des deux postes de secours du régiment; ainsi 90 % des blessés de la bataille du barrage purent être mis en condition d'évacuation à terre, par chacun de ces postes de secours mobiles, avant leur embarquement dans l'hélicoptère du DIH adapté au régiment et chargé d'embarquer les blessés survenus au cours des engagements successifs (4).

 

La mise en oeuvre du soutien sanitaire lors de la bataille de Souk Ahras, du 27 avril au 5 mai 1958.

 

La multiplicité des franchissements de l'ALN survenus entre le 27 avril et le 5 mai 1958 nécessita de mettre en action, sur cette zone, les trois groupes mobiles du ler REP, du ge RCP et du 14e RCP, tandis que les détachements d'interventions d'hélicoptères de Guelma et de Tébessa furent renforcés par un DIH supplémentaire venu de Sétif, alors que le DIH de Bir el Ater demeura sur place, afin de parer à toute tentative de franchissement éventuel du barrage au sud de Tébessa.

 

Les moyens adaptés au soutien sanitaire du barrage étaient suffisants pour permettre de supporter le choc des blessés de la bataille de Souk Ahras. Encore aurait-il fallu qu'ils fussent tous mis en alerte dès le début de la bataille et utilisés à bon escient lors du coup dur qui survint à la 3e compagnie du ge RCP, sur le djebel Mouadjene, le 29 avril 1958. Tel ne fut pas le cas.

 

Il y eut un flottement au niveau du service de santé divisionnaire, ce qui détermina le médecin-colonel directeur du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine à se rendre, par la voie des airs, à Souk Ahras pour prendre en main la conduite du soutien sanitaire de l'opération. Il ne manquait pas d'expérience. Lors des opérations actives de mai-juin 1940, alors qu'il appartenait à un bataillon de chasseurs de la 14e Division d'infanterie, il avait, comme médecin capitaine, été l'animateur de Iî défense héroïque du village de Faissault, près de Rethel, lors de la bataille défensive du front de l'Aisne, ce qui conduisit son général de division, de Lattre de Tassigny, à l' - affecter comme officier adjoint au colonel directeur du Service de santé de la 14e DI. Déporté en Allemagne pour faits de résistance, il partit en Indochine, peu après son retour de déportation, après avoir obtenu le titre de chirurgien des hôpitaux ; il y fit trois séjours consécutifs, en grande partie comme chirurgien d'antenne chirurgicale mobile, avant d'être récupéré, à nouveau, par le " ROI JEAN ", nommé commandant en chef et haut-commissaire en Indochine. C'est dire que nul n'était mieux placé que le colonel Petchot-Bacqué - car c'était lui - pour prendre la direction opérationnelle du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine. A son arrivée à Souk Alitas, dans l'aprèsmidi du 29 avril 1958, il découvrit avec stupeur que la 6le compagnie médicale de la 1 le DI n'avait reçu aucun ordre de déployer un centre de triage sur le terrain de poser des hélicoptères amenant les blessés des deux groupements de combat engagés dans la bataille, afin de les répartir, selon leurs degrés d'urgence respectif, entre les centres chirurgicaux militaires de Souk Alitas, Bône et Constantine, puisque les trois équipes chirurgicales de Souk Alitas ne pouvaient absorber l'afflux quasi instantané des 38 blessés du 9e RCP ; en outre, la 6je compagnie médicale n'avait pas mis en renforcement des postes de secours des groupements de combat engagés dans les environs de Souk Alitas le personnel de sa section de ramassage prévu à cet effet ; enfin, le colonel, directeur du Service de santé de Constantine, découvrit qu'un hélicoptère venait de transporter sur Bône 12 blessés de première urgence qui n'avaient préalablement bénéficié, à Souk Alitas, d'aucun conditionnement médical de survie, tandis que les files d'attente du centre chirurgical militaire de cette garnison comprenaient non seulement des blessés de première urgence devant être traités rapidement, mais aussi de nombreux blessés de troisième urgence qui auraient dû être dirigés sur l'annexe hospitalière de ce centre, afin d'y recevoir les soins nécessités par leur état, dans l'attente d'une éventuelle intervention chirurgicale pouvant être différée de quelques heures (5).

 

Aussi ce médecin-colonel prit-il, sur-le-champ, la décision de faire déployer immédiatement, sur le terrain d'atterrissage des hélicoptères, la section de triage de la 6le compagnie médicale en vue de trier tous les blessés à venir et de les ventiler de la façon suivante :

 

- traitement à Souk Alitas des blessés de première urgence par deux des trois équipes chirurgicales disponibles

 

- évacuation par hélicoptère sur l'hôpital militaire de Bône des blessés de deuxième urgence ;

 

- hospitalisation à l'annexe de l'hôpital de Souk Ahras des blessés de troisième urgence (voir note 5).

 

 

Ces dispositions permirent aux moyens sanitaires de Souk Alitas de pouvoir recevoir et trier, du 30 avril au 5 mai 1958, les 73 autres blessés survenus lors des combats d'interception s'étant déroulés dans les environs de cette agglomération. Le centre chirurgical de Souk Ahras ne traita que les blessés de première urgence, tandis que les blessés de deuxième urgence furent évacués sur l'hôpital de Bône ; enfin les blessés survenus entre le 2 et le 5 mai 1958, lors du nettoyage des derniers rebelles ayant franchi le barrage, furent évacués vers le centre chirurgical de Guelma (6).

 

En outre, des évacuations sanitaires de débordement, faites par avion de type " Dakota " à partir de Souk Alitas et Guelma vers Bône, Constantine et Alger au profit de 75 blessés opérés, permirent de restituer aux centres chirurgicaux de Souk Ahras et Guelma une capacité d'hospitalisation pouvant faire face à tout nouvel afflux éventuel de blessés (voir note 5).

 

LE DISPOSITIF DE SOUTIEN SANITAIRE D'INTERCEPTION DU RENFORT DE L'ALN AYANT FRANCHI LE BARRAGE DE LA FRONTIÈRE ALGÉPO-TUNISIENNE EN FÉVRIER 1959.

 

Ce n'est que dix mois après l'échec sanglant des franchissements de force du barrage, en fin avril 1958, que l'armée dite " de libération nationale algérienne " tenta de faire pénétrer à nouveau en Algérie, le 11 février 1959, un ensemble de plusieurs compagnies de renfort qui furent interceptées et mises hors de combat dans le triangle Morsott, Tébessa, La Meskiana, Un groupement mobile de la 25e Division Parachutiste, comprenant le 8e Régiment de Parachutistes Coloniaux, renforcé par 3 bataillons d'infanterie locaux et par le 2e Régiment Étranger de Cavalerie, fut chargé de cette intervention au cours d'un engagement qui dura de 8 heures du matin à la tombée de la nuit et se termina, le lendemain, par le nettoyage de la zone concernée.

 

 

Les moyens sanitaires engagés dans cette opération (7).

 

Les movens de ramassage et de mise en condition d'évacuation, placés en renforcement des groupes sanitaires des régiments et bataillons participant à l'opération, provenaient du 448e élément santé de réserve générale.

 

a) Les moyens de triage étaient constitués par la 17e antenne chirurgicale militaire territoriale de Tébessa qui fut renforcée, le 12 janvier, par la 75e antenne chirurgicale parachutiste acheminée, en cours d'opération, de Bir el Ater, situé à 50 km au sud de Tébessa.

 

b) Les moyens d'évacuation par hélicoptères étaient constitués par trois appareils " VERTOL H 21 " " bananes volantes " appartenant aux trois détachements d'intervention d'hélicoptères (DIH) mis en oeuvre pour l'opération, qui disposaient de trois convoyeuses sanitaires et d'un officier-médecin convoyeur.

c) Les moyens de traitement chirurgical étaient ceux de l'ambulance chirurgicale de Tébessa, pour les blessés d'urgence absolue, et ceux de l'hôpital militaire de Constantine, pour les blessés d'urgence relative.

 

La mise en oeuvre du soutien sanitaire de l'opération.

 

Ce soutien fut dirigé par le médecin colonel, directeur du Service de santé de la 25e Division de Parachutistes, agissant au poste de commandement de l'opération. Cet officier supérieur parachutiste, véritable officiermédecin de guerre, avait commandé, en 1944-1945, une compagnie médicale de ramassage du 25e bataillon médical de la 9e Division d'infanterie Coloniale ". Il avait, ensuite, à son actif, plusieurs séjours en Indochine comme officier-médecin de bataillon parachutiste. C'est la raison pour laquelle il avait su mettre sur pied à Tébessa un réseau sanitaire de transmissions radioélectriques qui lui permettait de recueillir rapidement tous les renseignements visant le déroulement des opérations, et de transmettre aux formations sanitaires placées sous sa coupe les ordres de conduite imposés par la situation du moment (7). Un total de 40 blessés (dont 20 blessés du 8e RPIMA), furent transportés par hélicoptère, entre le Il et le 13 février 1959, sur l'antenne chirurgicale militaire territoriale de Tébessa qui reçut, le Il février, dans un intervalle de quatre heures, un afflux de 26 blessés àtrier et à réanimer, tout en opérant sur place les blessés d'urgence absolue. Ce fut cet afflux quasi instantané de blessés qui conduisit le médecin colonel, directeur du Service de santé de la 25e Division Parachutiste, à donner l'ordre à la 75e ambulance chirurgicale parachutiste de rejoindre Tébessa, à partir de Bir el Ater.

 

 

Afin d'éviter la saturation des moyens chirurgicaux locaux, le médecin colonel précité demanda à la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de faire évacuer sur Constantine, par avion, les blessés de troisième urgence qui auraient dû, selon les dispositions en vigueur, être transportés par voie routière. Deux avions " Nord-Atlas " se chargèrent de cette mission, tandis qu'un blessé crânien fut évacué par avion léger " Broussard "sur l'hôpital neurochirurgical d'Alger.

 

On doit préciser que les hélicoptères de l'ALAT transportèrent tous les blessés d'urgence absolue sur Tébessa, même au plus fort de la bataille ainsi que durant la nuit qui suivit l'engagement initial ; les véhicules sanitaires routiers ne transportèrent vers Tébessa, à partir des postes mobiles de secours de bataillons et régiments, que les blessés d'urgence relative.

 

 

CONCLUSION.

 

Les deux cas concrets de soutien sanitaire d'importants engagements de mise hors de combat des renforts de l'armée dite " de libération nationale "venant de franchir le barrage de la frontière algéro-tunisienne, font apparaitre que, même dans une campagne expéditionnaire, l'emploi des moyens de soutien sanitaire ne s'improvise pas et doit faire l'objet d'un plan d'emploi, mûrement réfléchi et susceptible d'être très rapidement adapté à la situation du moment qui doit être connue à tout instant.

 

Ces campagnes expéditionnaires nécessitent donc que le soutien sanitaire soit commandé par des officiers médecins rompus de longue date aux opérations de ce type de guerre et ne saurait être conduit par des officiers médecins bureaucrates n'ayant aucune expérience opérationnelle ni aucun sens des relations étroites qu'ils doivent entretenir, en tous temps, avec l'état-major de la grande unité opérationnelle à laquelle ils appartiennent, afin de n'être jamais surpris par l'évolution de la situation opérationnelle du moment.

 

PERTES HUMAINES DES REGIMENTS

Engagés directement dans la bataille du barrage algéro-tunisien (1er janvier-31 mai 1958)

 

 

SOURCES : JMO des 1er REP, 9e RCP, 14e RCP, 3e RCP. SHAT, cartons série 7U.

 

 

 

RÉSUMÉ

 

Le médecin général Forissier traite d'un problème très particulier et limité dans le temps : le soutien sanitaire des grandes opérations du premier semestre 1958 pendant lesquelles des régiments parachutistes se sont opposés à de violentes tentatives de franchissement en force d'un barrage en cours de développement.

 

L'article évoque les pertes respectives et la manière dont fut assurée l'évacuation des blessés.

 

 

SUMMARY

 

Général Forissier, MO deals with a very particular problem which occured within a short time period : the sanitary support units involvement in the large opérations wich took place in the semester back in 1958, during which the parachutiste were opposed to units which were violently attempting to jump forcibly over a barrage which was still under construction.

 

The article focusses on the respective losses inflicted on the forces involved and on the manner in which the évacuation of the wounded was undertaken.

 

(1) CARRE (LCL) : "Aspects opérationnels du conflit algérien, 1954-1961 ", Revue historique des Armées, 1987, n° 1, p. 87.

 

(2) Lieutenant-colonel Jeanpierre, commandant le ler, REP : exposé au ministre de la Défense nationale concernant les combats livrés par le ler REP dans la région de Guelma (en date du ler avril 1958), SHAT, carton IH 2086/Dl.

(3) Les pertes rapportées proviennent des JMO des régiments concenés (archives de la campagne d'Algérie conservées au SHAT, série 7U).

(4) Témoignage de l'auteur, alors officier médecin-chef du ler Régiment Étranger de

Parachutistes.

 

(5) JMO de la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de constantine. SHAT, carton IH 4597 (qui fut le seul JMO du Service de santé de la campagne d'Algérie rédigé entre 1956 et 1958 de façon minutieuse et précise) et témoignage oral à l'auteur du médecin général Petchot-Bacqué, alors colonel directeur du Service de santé du corps d'armée de Constantine.

 

(6) Décomptes effectués par l'auteur à partir du JMO de la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine (précité) et du JMO de la Direction du Service de santé de la 2e DIM, SHAT, carton IH 4644-DI, en date du 28 avril , 5 mai 1958.

 

On notera que le JMO de la Direction du Service de santé de la 11e Division d'infanterie n'a pas été tenu à jour durant cette période trop mouvementée pour son colonel-directeur. Cependant, Plusieurs feuilles manuscrites volantes ont enregistré le bilan des pertes survenues au cours de la bataille de Souk Ahras mais ne précisent pas le dispositif sanitaire mis en place pour cette bataille. SHAT, carton IH 4682/D4.

 

(7) JMO de la Direction du Service de santé du Corps d'Armée de Constantine (période du 10 au 13 février 1959). SHAT, carton IH 4597 ; JMO de la Direction du Sei-vice de santé de la 25e Division de Parachutistes (très bien rédigé pour la même période). SHAT, carton IH 4684/D5 et rapport mensuel d'activité du service de santé des forces terrestres d'Algérie de février 1959.

 

 

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