MARIN DES SABLES A l'Est (1960-mai 1961) 

A l'Ouest (mai-juillet 1961)

 

Michel FREVILLE (enseigne de vaisseau)

 

 

 

Lorsque, vers la mi-juillet 1960, je reçus l'ordre de rallier FUDSM où j'étais affecté comme officier en second, mon premier souci fut de chercher ce que pouvait bien cacher ce sigle ; ce ne fut pas si facile car bien peu de marins de métropole - et probablement d'Algérie connaissaient l'Unité de Détection au Sol de la Marine. Cette impressionnante dénomination ne représentait en fait qu'une simple batterie du I/59e Régiment d'Artillerie où j'allais passer une année.

 

Le I/59e RA avait été reconstitué en septembre 1956 pour couper les communications des rebelles entre l'Algérie et la Tunisie qui, après son indépendance obtenue en mai 1956, servait de plate-forme politique, de réserve logistique et de centre de formation à la rébellion. Il fallait donc interrompre ces échanges, notamment ceux que facilitaient, dans le sud de Tébessa, la faible densité de nos troupes et la proximité des Aurès.

 

Le I/59e RA eut alors comme mission d'assurer une couverture radar aussi étanche que possible, notamment le long de la frontière entre Tébessa et le sud de Négrine. Il le ferait au moyen de radars AN/PQIO, là où le terrain le permettait, en complément du réseau électrifié ou ligne Morice. Il interdirait les passages des rebelles avec des canons de 105 ABS TF50 et en dernier ressort, il guiderait les troupes d'interception. Il lui manquait toutefois une partie du personnel spécialiste en détection pour armer les neuf postes principaux radars-canons et les six satellitaires ou nomades, tous nécessaires pour remplir sa mission. Aussi, l'armée de Terre fit-elle appel à la Marine pour compléter ses effectifs. C'est ainsi que l'UDSM fut créée et devint une batterie du 1/59e RA.

 

Cette batterie était divisée entre deux postes principaux :

 

- Soukiès (S4) ou Bordj Soukiès, ou même Port-Soukiès, comme on l'appelait amicalement, était dirigé par le commandant d'unité, lieutenant de vaisseau très ancien. Il comprenait également deux postes satellitaires Trident et Neptune qui l'encadraient.

 

- Bou Moussa (S5) dont j'assurais le commandement, en plus de mes fonctions d'officier en second de l'Unité.

 

Ces deux postes, distants de 15 km, étaient disposés le long de la route Bir el Ater-Négrine qui épousait le profil de la frontière à une trentaine de kilomètres ; ils étaient situés sur un des rares monticules dominant une plaine qui, tombant du plateau de Bir el Ater, s'évase au pied du djebel Onk, entre les Nementcha et les monts de Tunisie, pour mourir en pente douce sur les chotts.

 

C'est ce site que je découvrais le matin du 3 août 1960 en prenant pied dans mon nouveau domaine de Bou Moussa, en forme de navire de béton échoué sur le sable. " Le marin aime les espaces infinis, vous aimerez ce paysage austère et vous vous plairez à Bou Moussa " m'avait dit le commandant de la Marine à Alger, la veille en me disant adieu. Je le crus. J'étais alors un jeune enseigne de vaisseau, sorti un an auparavant de l'École d'application et la perspective d'un petit commandement m'enthousiasmait. J'en étais moins sûr en contemplant le spectacle que j'avais sous les yeux, où, seulement quelques heures après le lever du soleil, la chaleur faisait se terrer tous les êtres vivants, écrasait le moindre relief, estompait chaque couleur. Ce royaume semblait émerger d'un océan uniformément plat, uniformément ocre, uniformément vide, où tout n'était que silence et immobilité. Mais, dès que le soleil se couchait, dès que la température descendait au-dessous des 37 OC fatidiques, alors, il revivait et bruissait de toutes les activités opérationnelles pour lesquelles il avait été conçu et qui lui permettait d'assurer les missions qui lui avaient été confiées :

 

- assurer une veille optique permanente et une veille radar nocturne sur la plaine située au sud-est de la route Soukiès-Négrine, dans des secteurs qui pouvaient légèrement varier en fonction des renseignements reçus et de la situation amie ;

 

- prendre à partie les échos suspects ou identifiés par l'artillerie du poste et, le cas échéant, traiter ceux des postes voisins. La délégation d'ouverture du feu laissée au chef de poste était très large, en particulier sur l'avant du réseau électrifié et dans l'interbarrage dès qu'un incident ou une coupure du réseau électrifié avait été signalé par le PC électrique ;

 

- rendre compte immédiatement de la situation tactique au PC du 1/59e RA et à celui du 2e Dragons, régiment qui, basé à Négrine, avait pour mission d'intervenir lors des franchissements et d'assurer chaque nuit la " herse " mobile, patrouille effectuée le long du barrage en liaison étroite avec le poste radar, dans le but de vérifier tous les incidents et d'agir le cas échéant ;

 

- guider éventuellement les troupes d'intervention sur les échos identifiés ;

 

- effectuer les patrouilles et les reconnaissances après les tirs, en coopération avec les troupes d'intervention.

 

Pour remplir cette mission, le poste disposait de deux radars AN/PQIO, radars achetés en urgence en 1957 aux Américains et qui avaient donné de bons résultats pendant la guerre de Corée, qu'ils soient utilisés en version surveillance du sol, ou en version radar antimortiers. Ils furent remplacés en février 1961 par des radars COTAL, déjà utilisés par l'armée de l'Air française en version défense aérienne. Ces derniers étaient plus modernes, plus confortables et avaient des performances supérieures, notamment en portée de 25 km sur un piéton au lieu de 15 ; ils présentaient l'énorme inconvénient de disperser les divers lieux d'exploitation, ce qui ne pouvait que nuire à l'efficacité opérationnelle. Ces radars avaient des fréquences d'émission dans la bande centrimétrique et exigeaient que la cible soit à la vue directe pour donner un écho. En outre, leur principe de fonctionnement était fondé sur l'effet DopplerFizeau; ils ne réagissaient que sur des cibles mobiles, l'écho était matérialisé sur l'écran radar en coordonnées polaires (gisement et distance) et était confirmé par un système audiométrique appelé Donald, qui soulignait les variations de fréquence et facilitait l'identification des échos.

 

Ces paramètres induisaient cependant un certain nombre de difficultés générées par :

 

- le vent qui, en agitant la maigre végétation des fonds d'oueds ou les grosses touffes d'alfa, créait des faux échos et assez de perturbations pour rendre la veille inefficace dès qu'il dépassait 30 km/h, ce qui était assez fréquent, notamment l'hiver;

 

- le terrain qui, bien qu'apparemment plat, présentait suffisamment d'irrégularités pour créer de nombreux défilements et zones d'ombre, facilitant ainsi la progression des rebelles ;

 

- les animaux : fennecs, gazelles ou chameaux, dont la signature radar n'était pas si différente de celles des humains, mais qui n'étaient heureusement pas nombreux dans ma zone.

 

Pour traiter les objectifs, le 1/59e RA- avait détaché une section équipée de trois canons de 105 ABS, dans chaque poste Marine. Ces canons rustiques mais fiables, tiraient des obus de 105 percutants et fusants, avec une portée maximum de 13 km, Les obus fusants avaient une efficacité bien supérieure aux percutants qui n'explosaient pas toujours et s'enfonçaient un peu trop dans un sol très meuble, limitant ainsi leurs effets.

 

Pour mettre en oeuvre ces armes et équipements, pour assurer la protection et la vie du poste, je disposais au total de 94 hommes, tous grades confondus : 70 marins, 18 artilleurs commandés par un sous-lieutenant détaché par la 5e batterie du 1/59e RA et 6 aviateurs, qui avaient en charge l'entretien et la surveillance du réseau électrifié. A part quelques officiers mariniers et quartiers-maiîtres anciens, tous étaient appelés et faisaient à peu de chose près le même travail ; pourtant l'oecuménisme ne régnait pas et j'eus maintes fois à intervenir dans cette guerre de boutons !

 

C'est donc ce petit royaume que je contemplais au matin du 3 août 1960 et, de mon poste d'observation, il était facile d'imaginer les énormes difficultés qui attendaient les rebelles pour parcourir les 50 km qui séparaient leur base de départ, du premier abri. La première phase était la plus simple, elle bénéficiait de l'effet de surprise et consistait à arriver au premier barrage sans s'être fait repérer. La phase suivante était par contre extrêmement périlleuse car il fallait franchir le barrage, ce qui dans cette zone conduisait à couper la haie électrifiée et donc à signaler immédiatement non seulement la présence, mais l'endroit précis où se produisait l'incident. En effet, le barrage en place dès 1956 n'avait cessé de s'améliorer et était constitué par un obstacle de profondeur variable, électrifié, miné, surveillé et défendu par des troupes. A l'arrivée de l'UDSM, il se limitait à des barbelés et à une simple haie électrifiée, ce qui avait conduit à de très nombreux passages, dans les deux sens. Trois ans après il s'était suffisamment développé pour que les rebelles soient découragés et limitent leurs actions à de rares tentatives de franchissement. Une deuxième haie électrifiée s'était en effet ajoutée à la première dessinant un 8 dont Bou Moussa était le centre. Ainsi était constituée une redoutable nasse qui, complétée d'un réseau miné et d'un faisceau de pistes permettant le déplacement des troupes de surveillance et d'intervention le long des obstacles ou en zone interdite, ne facilitait pas la tâche des rebelles.

 

Restait enfin la dernière phase, le cas échéant, et qui n'était pas la plus simple ; elle consistait à échapper aux multiples bouclages qu'allaient mettre successivement en place les troupes d'intervention, puis les troupes spécialisées arrivées en renfort (Légion, parachutistes), avant d'atteindre la Tunisie à l'est ou les Nementcha à l'ouest. Dans l'un et l'autre cas, les chances de réussite étaient très faibles et dans le sens est-ouest, elles se limitaient de plus en plus aux isolés qui profitaient de l'aide de groupes sacrifiés à l'avance et servant d'appât.

 

C'est ce qui se produisit dans la nuit du 25 au 26 février 1961, lors du seul franchissement auquel j'ai eu affaire pendant mon affectation. A 23 heures, le PC électrique signalait un incident permanent au PK 145,5 du réseau avant, situé entre Trident, poste radar satellite de Soukiès et Bou Moussa. Cet incident déclencha immédiatement le branle-bas de combat du poste, l'alerte de toutes les unités d'appui et une veille radar très attentive dans l'interbarrage. Cela ne donna rien si ce n'est la confirmation qu'il s'agissait d'une coupure et nous indiquait clairement que nous avions affaire à un passage Tunisie-Algérie.

 

A 23 h 30, le PC électrique signalait une nouvelle coupure, cette fois sur le réseau arrière ; à minuit, un écho net des rebelles apparut sur les écrans radar. Il fut traité immédiatement par un premier tir de neutralisation de 36 coups et servit de point initial pour le pistage de l'opération qui suivit. D'autre tirs furent effectués ensuite en coordination avec les postes voisins. 52 rebelles au total furent mis hors de combat au cours des opérations de ratissage, dont un fut fait prisonnier à l'emplacement du premier tir; de très nombreuses armes furent saisies.

Le prix payé par les rebelles était très important, mais la chaîne radarcanon - et Bou Moussa en particulier - avait essuyé un demi-échec. Pourquoi les radars n'avaient-ils pas détecté les rebelles au cours de leur approche ou dans l'inter-barrage alors que les meilleurs opérateurs étaient en place ? Nous ne le saurons jamais, mais il est probable que les rebelles avaient utilisé au cours de leur progression les nombreux défilements de terrain, peu prononcés, mais qui les mettaient à l'abri des détections, peutêtre même avaient-ils utilisé les nouveaux postes radio à transistors, qui signalaient l'arrivée du faisceau radar par de petits grésillements et donnaient ainsi le moyen d'éviter de se faire repérer; peut-être s'agissait-il simplement d'un relâchement de la surveillance.

 

Il est certain en effet qu'à cette époque régnait dans cette zone un grand sentiment de sécurité. Il était dû au vide démographique et à l'extrême sévérité des conditions locales qui suffisaient à dissuader toute implantation de la rébellion, dû également au fait que le dernier passage était vieux de plus de dix mois et avait été un échec total pour les rebelles. Un des soucis permanents du chef de poste était donc d'éviter que les hommes ne s'enferment dans la monotonie des quarts et la routine des tâches journalières, pour ne plus penser qu'à l'heure d'une prochaine permission, mutation ou libération. Il fallait les remotiver continuellement par des activités de toutes sortes : patrouilles, embuscades, entraînement opérationnel divers, travaux d'amélioration du poste, compétitions sportives variées, clubs de loisir. C'était très difficile à pratiquer l'été où la chaleur ne permettait après 10 heures du matin que la simple survie et où il était difficile de trouver un sommeil réparateur avant une heure avancée de la nuit, dans des chambrées surchauffées. Notre sort était toutefois très enviable en comparaison avec nos amis du 2e Dragons dont les conditions de vie sous la tente étaient très éprouvantes et avaient à cette période de l'année des taux d'évacuation sanitaire considérables.

 

Qu'apportait de plus notre qualité de marin au barrage ? Rien, si ce n'est l'élément de folklore qui nous valait la chance d'être inspectés dès que la moindre autorité était " en portée ". Cela nous donnait également le plaisir d'avoir beaucoup d'amis heureux de vérifier, au cours d'un déjeuner, une qualité de vie due à un personnel d'intendance mieux structuré dans la Marine que dans l'année de Terre.

 

Cela ne justifiait pas bien sûr une telle enclave marine à l'est de l'Algérie alors qu'une permutation était possible avec des éléments du 403e RA qui exerçait le même rôle que le 1/59e RA le long de la frontière marocaine, dans des secteurs proches de ceux tenus par la demibrigade de fusiliers marins dont le PC était basé à Nemours.

 

Il était en fait dans la logique des choses de regrouper les unités de la Marine dans l'Ouest-Oranais. C'est la préoccupation qu'exprimait l'amiral Querville, alors préfet maritime de la IVe Région maritime, le 22 juin 1960 dans une lettre adressée à l'ÉtatMajor des Armées dans laquelle il demandait le transfert de l'UDSM dans l'Ouest.

 

Celui-ci n'aurait peut être jamais eu lieu si, pendant l'hiver 1960-61, les fellaghas ne s'étaient lancés dans une violente campagne de harcèlements des postes de la frontière algéro-marocaine, notamment de ceux de la DBFM. Ils utilisaient alors des mortiers de 81 et l'État-Major craignait l'arrivée de mortiers de 120 mm aux effets beaucoup plus destructeurs ; aussi le général Gambiez, nouveau commandant en chef en Algérie, demandait-il à l'EMA, dès le 19 mars 1961, l'envoi d'urgence de deux équipes de radars antimortiers pour les engager dans les zones les plus vulnérables, soit

- au sud, pour protéger les postes de Mechamich, Deglene et Tiskert, à l'extrémité des monts de Tlemcen, là où la ligne de crête, très proche, est située en territoire marocain et derrière laquelle les rebelles pouvaient en toute discrétion aménager les positions de tir des mortiers, préparer les abris et les voies de repli ; il suffisait de tirer dans le tas, sur des postes parfaitement localisés et suffisamment vastes pour ne pas nécessiter de réglages précis : salve d'une dizaine de coups, changement de position, renouvellement du tir, créant ainsi une pression psychologique assez éprouvante

 

- au nord, où les postes de Perdreaux et Signal, au proche contact de la frontière, étaient très exposés et subissaient de fréquents harcèlements. Tenus par la DBFM, ils étaient un souci majeur du Pacha du 3e bataillon dont le poste, situé à Bab el Assa - également souvent harcelé - venait de voir l'équipe de mortier de 120 décimée par un mortier rebelle, peu de jours avant notre arrivée. Les postes menacés étaient situés à proximité de la frontière, qui passait le long de l'oued Kiss ; leurs approches étaient facilitées par une population marocaine dans laquelle les rebelles se noyaient facilement et par de nombreux défilements dus aux ravinements. La pression se faisait chaque jour plus forte.

 

Le transfert avait été anticipé par le 1/59e RA et l'UDSM. Dès février 1961, deux équipes antimortiers étaient sélectionnées. J'en prenais le commandement, et nous subissions immédiatement un entrailnement spécialisé durant deux semaines. Cette formation ne présentait aucune difficulté pour du personnel Marine : le radar en effet nous était familier, c'était notre AN/PQIO, mais placé cette fois en configuration antimortiers, auquel était associée une table traçante. La mission des équipes consistait à déterminer la position des mortiers lourds, Puis de les contrebattre par des tirs d'une

batterie jumelée. Les radars étaient aptes à détecter, acquérir, puis à assurer la poursuite automatique de tout objectif à trajectoire élevée ; ils transmettaient ces éléments à la table traçante qui restituait les variations des cordonnées du projectile en fonction du temps (gisement, altitude et distance horizontale). Il était simple, connaissant une partie de la trajectoire du mortier qui est par définition une parabole, d'en déterminer l'origine et donc la position de la pièce. L'activité opérationnelle d'une section amimortier consistait à assurer une veille permanente aux heures fixées par le commandant opérationnel local, dans une zone prioritaire déterminée et qui comprenait les points sensibles à protéger.

 

Dès qu'un écho était détecté, l'opérateur arrêtait sa recherche dans le plan du gisement de détection et s'efforçait de prendre l'écho de l'obus suivant en poursuite automatique, ce qui était simple avec un peu d'entraînement. La table traçante restituait la trajectoire, et il était possible de déterminer la position du tireur en moins de deux minutes, les coordonnées du mortier étant alors transmises à la batterie associée pour déclencher un tir de contrebatterie immédiat. Cela nécessitait un rattachement topographique parfait entre les canons et le radar, que ce dernier pouvait facilement étalonner lors des tirs de réglage.

 

Le transfert de l'échelon précurseur à la frontière marocaine devait avoir lieu le 24 avril, le putsch des Généraux le retarda au 3 mai 1961. Il comprenait également une section de radar de surveillance du sol qui s'installa sans difficulté à la ferme Romero, à la place des hommes du 403e RA. Cette position, située à l'ouest de Marnia, permettait d'exercer une veille efficace entre la ferme Perret nord et la gare frontière de Zoudi el Bernal. Il n'en fut pas de même pour la section antimortiers que je commandais. En effet, il avait été prévu de nous installer dans les postes que nous étions censés défendre et qui nous auraient assuré la logistique et la protection dont nous avions besoin. C'était partir du principe que les radars doivent être situés sur des hauteurs et de ce fait méconnaître totalement leur emploi qui, pour éliminer les effets de sol, nécessite une position à l'intérieur d'une cuvette, dont le masque placé entre 200 et 1000 m, doit avoir un site compris entre 1 et 5 degrés.

 

Je ne découvrais cette erreur qu'une fois sur place et comme aucun des sites prévus ne remplissait bien évidemment pas les conditions, il me fallut revoir entièrement le schéma d'implantation. Compte tenu de l'intensité des activités rebelles contre nos positions, il était impératif de mettre en place le plus rapidement possible les deux équipes opérationnelles, quelles que puissent être les contraintes de protection et de vie, notamment. Ce fut fait le 9 mai au sud et le 14 mai au nord, soit respectivement six et huit jours après notre départ du Constantinois. Il est évident que la recherche des sites radar n'avait pas été menée avec le soin nécessaire, et les résultats ne furent pas, tout du moins au début, à la hauteur des espérances.

 

Ce fut particulièrement vrai au nord où le site choisi, près du poste de Sebabna, pour couvrir au nord les postes de Signal et Perdreaux, au sud Alazetta, se révéla finalement décevant. L'appui feu prévu était assuré par

 

une batterie de 105 du 66e RA. Léquipe Nord fut transférée ensuite à Namat pour protéger les postes de Ravel, de la cote 811 et de Zou, mais il ne semble pas qu'elle obtint de plus grands succès.

 

Il n'en est pas de même au sud, où après un transfert à Tanout, à quelques kilomètres du site initial, la protection des postes de Tiskert, du Ras Asfour et Deglene fut beaucoup plus efficace. Ces rebelles dont les harcèlements duraient auparavant plusieurs heures avec parfois plus de 200 coups tirés sur un même poste, furent obligés de changer complètement de méthodes ; traqués par les tirs de contrebatterie du 10e RAMa, ils étaient dès lors contraints de ne se manifester que très brièvement par des salves de 2 à 6 coups, de changer continuellement de position et de s'abriter aux pieds des falaises pour se protéger de nos réactions qui étaient à chaque fois un

 

tir de neutralisation de 40 coups au minimum. C'est ainsi que 63 mortiers au moins ont pu être localisés dans l'année qui suivit.

 

A la fin du mois de mai, le reste de l'Unité rallia Marnia où elle installa son PC à la Redoute. Il ne s'agissait en fait que de la section de commandement qui avait fort à faire pour mettre un peu d'ordre dans l'invraisemblable patchwork que représentait l'Unité. Celle-ci était rattachée organiquement à la IVe Région maritime ; chaque équipe était mise

 

pour emploi aux ordres des commandements opérationnels locaux, les matériels étaient prêtés à la Marine par l'armée de Terre , les radars et appareils de transmission étaient soutenus par un détachement du 106e CMT, les véhicules par le 62e CRD de Marnia; le support vie était fourni par les unités au contact et par le 22e RIMa pour la section de commandement. C'est la situation à laquelle nous avions abouti à la suite d'une décision dont le but était de remettre de l'ordre... Il est vrai que nous vivions alors une période pour le moins troublée, qui développait les aptitudes à la souplesse.

 

Seules ne comptaient en fait que les activités opérationnelles et notre vision se limitait au court terme et au soutien des unités en difficulté. La quasi-absence de protection, les fatigues des interminables veillées nocturnes, l'inconfort des tentes glaciales ou brûlantes n'entamaient pas la détermination des opérateurs et des chefs de quart, à ne pas manquer l'écho furtif et gagner les précieuses secondes qui permettront de faire taire l'adversaire et soulageront les amis.

 

Je quittais l'Algérie à la fin du mois de juillet 1961, appelé à de nouvelles aventures à Bizerte... De cette année, décevante à bien des titres, le jeune officier que j'étais gardera heureusement la magnifique image que m'ont donné du mot " servir " tous mes camarades de l'armée de Terre quel que soit leur rang ou leur fonction. Je les en remercie.

 

 

RÉSUMÉ

 

L'électrification des barrages exigeait des personnels très qualifiés. Pour renforcer les personnels du Génie, on a fait appel à des marins. L'un d'entre eux évoque l'affectation originale d'un jeune officier de marine au milieu des sables, dans le Sud algérien, face à la frontière tunisienne, puis en Oranie, face au Maroc.

 

SUMMARY

 

The electrification of the barrages required a highly qualified staff. In order to reinforce the Ingineering staff, sailors were brought into the area. One of thern recalls the somewhat unusual posting of a young naval officier in the Southem Algerian sands facing the Tunisian border.

 

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