« RAMAS DE QUELQUES PENSÉES »

A PROPOS DES LIGNES DE FORTIFICATION

DE L'ANTIQUITÉ A 1954

 

Jean-François PERNOT

 

 

S'il est naturel en Algérie d'associer directement ligne Morice et limes car nous sommes toujours en position sur des confins, il convient également de tenter une approche, même rapide, des conceptions et des réalisations qui furent édifiées en matière de lignes de défense des Romains à la guerre d'Algérie, afin de comprendre pourquoi furent édifiés de tels barrages électrifiés (1).

 

Les Byzantins continuèrent tant qu'ils le purent les travaux et méthodes des Romains. Leurs moyens déclinant, nous retrouvons en contrôle discontinu des fortins à l'extérieur des villes, échelonnés de la Palestine au Maghreb. Timgad en est un bon exemple (2). Le patrice Salomon fit construire en 539 le fort extérieur. Pourvu d'une garnison d'un millier d'hommes, il était conçu comme place d'intervention sur le secteur du limes.

 

Les premiers siècles féodaux en Europe connurent des lignes discontinues fondées sur les liens vassaliques. Les moyens et l'état de la société de ces siècles rudes et individualistes reposaient sur des châteaux et des maisonsfortes reliés par estafettes ou par signaux optiques résultant de feux codés allumés au sommet de tours. C'est ce qui restera longtemps comme la technique la plus efficace sans être d'un coût prohibitif. Les seigneurs agissaient ainsi. L'exemple type de cette réalité peut être approché avec la seigneurie de Brancion contrôlant la route entre l'abbaye de Toumus et celle de Cluny et qui fut étudiée par les premiers travaux du jeune Georges Duby dans sa thèse sur le Mâconnais (3). Le château du suzerain est entouré d'un dispositif composé des manoirs tenus par ses hommes liges. Ces points forts peuvent servir d'arrêt ou de réserve de secours selon les événements et les besoins. Face à la présence de seigneurs brigands, les rois capétiens durent utiliser des méthodes de présence identiques pour assurer la cohérence de leur domaine royal direct, à commencer par la route vitale de Senlis à Orléans.

 

 

Il faut donc constater à la période médiévale le passage d'une défense périphérique, les limites de la Pax romana, à la confrontation interne d'agrégats féodaux rivaux et sans notion du bien commun. C'est dans cette même optique que l'on peut comprendre l'établissement d'une ligne organisée ci, Valois fin XIVe-début XVe siècle. Ce dispositif était devenu indispensable pour le duc d'Orléans. Possédant ces terres au nord de Paris-capitale, ce prince devait les protéger de Pierrefonds à La Ferté-Milon en passant par Vez. Ces trois châteaux " capitaux ", reliés par messagers et signaux optiques, devaient permettre de faire contrepoids à l'ensemble féodal sous la suzeraineté de son rival le duc de Bourgogne et lui laisser une liberté de manoeuvres pour faire prévaloir son point de vue à la Cour et dans Paris. Orléans fut assassiné le premier et la forteresse de La Ferté-Milon ne fut point achevée.

 

Le système de ligne fut utilisé avec quelque efficacité jusqu'au xix, siècle contre les Ottomans et les Barbaresques en Méditerranée. Sous le nom générique de tours génoises, l'ensemble des côtes chrétiennes de la Mare nostrum fut maillé par un réseau dense de ces petits points forts qui devaient à l'aide de feux s'alerter les uns les autres en chàlne sur l'ensemble d'une région, afin d'avertir en signalant l'approche puis le débarquement d'un parti musulman. Le nom du massif des Maures est là pour l'attester. En Sicile, du fait du rejet des Angevins, elles sont dites aragonaises. Une garde fut toujours maintenue sur les côtes par ces tours après le grand siège de Malte (quatre mois en 1565), même après la victoire de Lépante (1571) et ce jusqu'à la conquête d'Alger (1830) et l'indépendance de la Grèce (1832).

 

C'est ce moyen qui sera également choisi par les Anglais pour parer la concentration et les velléités françaises à partir du camp de Boulognesur-Mer vis-à-vis de l'ensemble de la côte sud de l'Angleterre. Ces 103 tours d'artillerie appelées les Martello Towers, non réalisées sur un unique modèle, devaient servir de sentinelles, d'appâts pour fixer les premières vagues françaises et surtout de pièges pour les sapeurs d'ouverture. Elles reprenaient pour le compte du Royaume-Uni les leçons d'un échec en Corse en février 1794. La Royal Navy ne put s'approcher de Saint-Florent du fait des tirs des 4 tubes de 137 mm servis par les 30 hommes de la tour établie à la pointe Mortella qui commandait le golfe, d'où leur nom. Le musée des Plans-Reliefs possède dans ses collections un modèle Martello d'instruction afin que les voltigeurs commandos français connaissent, avant le débarquement en Grande-Bretagne, la nature interne des objectifs à prendre. Les touristes débarquant maintenant du Shuttle ne les, remarquent pas sur la bande côtière. Ne citons que celles établies entre Folkestone et Rye où pourtant elles sont bien visibles sur les plages. Leur construction débuta en 1805 avec 73 tours et 2 redoutes circulaires achevées en 1808. Fut entrepris alors un second programme de 29 tours sur la côte sud. L'ensemble fut achevé en 1812, couvrant d'Aldeburg à Newhaven. Il en fut implanté ensuite en Irlande, au Canada, en Afrique du Sud et aux États-Unis. La dernière fut abandonnée en cours d'achèvement en 1873 à Key West en Floride. Ces tours furent en Angleterre, au cours de la Seconde Guerre mondiale, de bons postes d'observation des mouvements allemands en Manche et en particulier pour la défense aérienne face aux vagues de la Luftwaffe.

 

Cette démarche faisait suite à une pratique constante, depuis la seule réussite d'invasion venue du continent lors de la bataille d'Hastings (1066), avec l'organisation des villes côtières regroupées sous l'appellation des Cinque Ports. Cette structure fondée par Édouard le Confesseur unissait à l'origine Sandwich, Douvres, Hythe, Romney et Hastings, Cette organisation défensive perfectionnée par l'ajout de villes supplémentaires visait, contre certains privilèges, à mettre les ports en état de défense tout en permettant au roi de pouvoir compter sur une certaine quantité de navires. Ces flottes, à la composition négociée par accords entre ces villes et le roi contre exemptions de taxes, devaient être totalement armées, équipées et utilisables pour différentes opérations défenses contre toutes tentatives continentales. Cette ligne côtière fut relayée par la construction de 20 forts d'intervalle sous Henri VIII. Le plus célèbre était celui de Deal dont les batteries avaient été établies en demi-torrioni à l'italienne disposés en trois hauteurs afin de former symboliquement les pétales d'une Rose Tudor . Le Lord Warden of Cinque Ports (charge illustrée par Pitt le Jeune, Wellington, Churchill et l'actuelle Queen Mother) est logé en résidence officielle, à proximité, dans Walmer Castle. Ce fort est, comme le premier cité, toujours visitable et sert à l'éducation " esprit de défense " des jeunes Britanniques, tout comme en histoire de l'architecture. Cette mise en condition de veille et de combat, si elle fut efficace à partir de 1940 (salles de guerre, PC souterrain visitables à Dover Castle), avait fait ses preuves bien souvent au Moyen Age contre les Français et avait été associée sur toute la côte contre l'invincible Armada en 1588. Upnor Castle, proche des chantiers navals de Chatham à côté du vieux port de Rochester, en est l'exemple patrimonial toujours visitable avec profit. C'était la grave inquiétude de la défense de Londres du fait de l'embouchure d'une Tamise Pénétrable laquelle causa beaucoup d'ennuis devant l'audace victorieuse clés Hollandais au XVIIe siècle. Depuis l'échec Jacobite définitif après Culloden (1746), ces côtes britanniques restèrent inviolées. Des forts bien conçus, comme Tilbury Fort au XVIIe devant Dartford, toujours sur la Tamise, ou Fort George (sous Georges II, construit de 1745 à 1746) devant Inverness, assurèrent alors une dissuasion efficace.

 

Nous ne pouvons développer ici ce qui se passait parallèlement sur les confins de l'Est, notons cependant qu'autour de Moscou un cercle de monastères fortifiés formaient une couronne efficace d'arrêt face aux envahisseurs venus du plus profond de l'Orient. Ainsi la force militaire était associée, protégée par la Puissance Divine, dans la défense de la Troisième Rome, celle de l'orthodoxie.Mais revenons en Occident. A Malte qui vécut toujours sous la tension 1565 et 1571, les d'une nouvelle invasion ottomane malgré les succès de chevaliers organisèrent bien sûr la défense des cités composant l'ensemble du site de résidence du Grand-Màltre en transférant la capitale de Birgu - devenue Vittoriosa après 1565 - au centre du site admirable dans cette Maitre victorieux (5). Il fui Valetta créée ex nihilo par la volonté du Grand décidé d'entourer d'abord les trois cités de l'est du Grand Port d'une première ligne, les Santa Margherita Lines (1638), puis d'une seconde plus vaste les Cottonera Lines (1670) laquelle occupe tous les sites défendables afin d'empêcher comme toujours l'installation de batteries de rupture par l'armée de l'envahisseur, confortant les Floriana Lines (1635) lesquelles protégeaient les approches de la nouvelle capitale Valletta. Sur la côte, les tours furent toujours entretenues, mais fait nouveau, des retranchements en murailles et terre furent également installés en permanence sur tous les emplacements susceptibles d'être des lieux de débarquements barbaresques. Nous sommes en présence de tout un échantillonnage complet de ce qui était possible de réaliser pour stopper l'ennemi dès ses premières approches avant même qu'il ne pose le pied sur le sol ! Cette démarche sera portée à son effort maximun vers 1880 par les Anglais qui étaient alors la puissance souveraine, avec les Victoria Lines qui couperont l'île de Malte en deux du nord au sud de l'île devant la ville de Mosta afin de protéger àl'ouest la capitale de tout débarquement italien depuis la Sicile et Tarente. Nous étions dans le contexte de la Triplice, l'Italie unifiée pour ses intérêts immédiats avait choisi le camp des Empires. Elle se donnait une marine de guerre et désirait alors être une grande nation comme les autres puissances européennes par des colonies, mais voulait surtout retrouver sa stature d'Empire romain sur la Méditerranée !

 

En France deux attitudes vont se développer. Tout d'abord en prenant des places sur les Habsbourg d'Espagne afin d'avoir des frontières plus cohérentes, Louis XIV se créa un glacis stratégique afin d'avoir une large marge de manoeuvre négociable lors des négociations de paix.C'est ainsi qu'avec l'aide de ses conseillers Turenne, Louvois et même Condé revenu pardonné, la France s'est propulsée en avant de la frontière des quatre rivières du partage de 843, permettant ainsi à Vauban de mettre ces nouvelles donnes en " partition ". Ainsi vont être composées les deux lignes principales, composées à chaque fois de 13 places, lesquelles permettront une défense élastique (6). Le succès final de la bataille de Denain marque bien l'intérêt stratégique capital de la conception, associant places fortes et armées de manoeuvre. Lille est tombée, l'envahisseur a pénétré profondément entre les deux lignes, mais il se trouve maintenant pris de flanc dans une nasse et une année, même composée en partie de miliciens, mais bien commandée, a pu retourner la situation en sa faveur. L'adversaire ne peut plus étirer sans rupture ses voies de logistique. Vauban n'a pas conçu que cela. Il avait su s'adapter dans ces Flandres où les fleuves coulent, SO-NE quasiment perpendiculairement aux frontières qu'il faudrait établir, NO-SE. Sébastien Le Prestre à l'instar des Néerlandais qui bloquaient les bouches l'Escaut depuis 1648, établit à plusieurs reprises des lignes de fortification de campagne en particulier à partir de Menin et concernant la Lys et l'Escaut(7). A l'est, en Hainaut, pour défendre Maubeuge, il sera réalisé en terre les lignes de la Haine et de la Trouille au contact des deux rivières homonymes, face, à l'armée de Marlborough (8). Progressivement s'est donc édifié le pré carré en abandonnant des places avancées impossibles àdéfendre au cours d'un conflit car trop isolées ou trop en flèche par rapport aux limites cohérentes du royaume.

 

L'exemple le plus célèbre est celui de la place de Mont-Royal sur la Moselle chargée d'affirmer la présence française et l'intérêt porté aux trois électorats ecclésiastiques rhénans. Après dix ans de travaux, dès l'ouverture des hostilités lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, elle fut abandonnée immédiatement après destruction afin qu'elle ne puisse servir de base offensive à l'ennemi. Les lignes deviennent cohérentes au niveau stratégique car une place forte n'est pas faite pour résister éternellement dans tous les cas, trois mois le plus souvent. Il faut donc jouer de la profondeur des deux lignes de places entretenues au meilleur niveau. Ceci suppose aussi des combats dans les intervalles. Les lignes de fortifications du moment, celles établies selon les traditions héritées des récits les attribuant aux Romains (Alésia, Massada ... ) par les soldats eux-mêmes, renforcent peu à peu avec la défense immédiate du sol sacré du royaume la notion de frontière linéaire et non plus la large marche aux interpénétrations multiples de chaque camp, l'étape du mur d'Hadrien est retrouvée.

 

Au cours du XVIIIe siècle avec le débarquement et la prise de la citadelle de Belle-Isle, donc après ces événements fâcheux de 1761, il fut établi en permanence comme à Malte sur la totalité du pourtour côtier des réduits fortifiés et équipés ainsi que des lignes de retranchements, lesquelles devaient barrer tous les lieux de débarquements estimés possibles (9). Sous l'Empire, pour l'accomplissement de la mission de résistance, la cité " capitale ", le Palais, sera entourée d'une enceinte bastionnée complète. Sur le Pourtour de l'île, afin de contrer les débarquements futurs, de-, batteries et des fortins seront établis aux points permettant des tirs d'interdiction. Les finances ne permettaient pas alors un financement de lignes continues. Cette solution fut appliquée sur l'ensemble des côtes avec en particulier les réduits type 1846.

 

Le problème clé qui se pose depuis l'occupation de Strasbourg en 1681 est celui du statut de Paris. Maintenant que la défense se situe sur les trou tières et que la capitale française est sujette à des soulèvements récurrents, doit-on rétablir des fortifications qui risquent parfois de se retourner contre le pouvoir central ? Pour Vauban la réponse est positive d'un point de vue stratégique, Paris ne doit jamais tomber car elle est le symbole et la t te de la France. Aussi préconise-t-il une enceinte en avant de celle démolie, intégrant tous les sites où l'envahisseur peut placer ses batteries et proposant même deux citadelles : l'une pour interdire l'accès par le confluent avec la Mame et l'autre - celle qui sera réalisée sous Louis-Philippe - le Mont-Valérien dominant tous les accès possibles à l'ouest. Ces travaux apporteraient en retour du travail et des capitaux pour les entreprises parisiennes. Marques permanentes d'actualité, le commissaire général des Fortifications (10) est à l'origine du concept de " défense globale ", associant le facteur économique et la cohésion sociale. Les batailles du XVIIIesiècle connaîtront des redoutes en terre et des retranchements tant à Fontenoy (11) qu'à la Moskova lors de la campagne de Russie en application des " fortifications du moment " prônées dans les oeuvres des théoriciens comme La Mamye de Clairac en 1749 (12).

 

Lors des débats après 1815, dans le cadre du Comité des fortifications, tout fut repris. Dans les conditions financières et politiques du premier XIXe siècle, les solutions techniques ne pouvaient être que limitées (13). Le siège de Paris en 1814 avait démontré que les ouvrages construits à la hâte, même appuyés sur les terrassements du canal SaintDenis en travaux, ne pouvaient suffire. Le débat fut tranché en 1840 du fait de la crise avec l'Angleterre, laquelle aurait pu déboucher sur un véritable affrontement militaire. Adolphe Thiers en profita pour faire établir une ceinture double : une enceinte bastionnée incluant certaines communes suburbaines et un cercle de forts détachés. Se posera en 1870, avec les progrès de l'artillerie, le problème de la faible distance entre les forts et le corps de place. La couverture et le flanquement n'étaient plus au maximun des portées efficaces. De ce fait la profondeur nouvelle du terrain tactique, battu par les canons rayés à culasse mobile prussiens. n'était pas occupée par la défense parisienne. L'ennemi surclassait par ses armements modernes et surtout par sa présence sur des zones de commandement topographiques, qu'il aurait été indispensable d'occuper par des fortifications permanentes afin de ne pas se laisser enfermer dans la trop faible distance entre le corps de place et les forts détachés. La défense active, donc intelligente, de Denfert-Rochereau à Belfort démontrait que le terrain bien tenu par les lignes actives d'un camp retranché compensait des effectifs supérieurs et des armements technologiquement plus performants.

 

La défaite encore une fois obligea une relecture déchirante de l'ensemble des moyens et du potentiel de défense du territoire national. Avec le général Adolphe Séré de Rivières, ce fut le seul moment où, après Vauban, la France posséda un outil qui répondait alors avec une cohérence totale tant à la question stratégique de la défense de la nouvelle frontière, qu'aux possibilités de financement associées aux réalités démographiques et techniques du inoment, donc militaires (14). Ne voyons tout d'abord que ce qui a été conçu et mis en chantier dès le départ du dernier Prussien en 1874 jusqu'à la mise à la retraite brutale du général en 1880. Séré de Rivières, qui avait gravi tous les échelons et servi au Dépôt des Fortifications, connaissait parfaitement les débats et les solutions proposées depuis 1815 en particulier les propositions du général Maureillan. Ainsi s'explique les mises en étude sous couvert dès 1871, la rapidité des choix des emplacements ainsi que l'ouverture de nombreux chantiers simultanés à partir de 1874. Les Conseils de Défense, où se retrouvaient chefs militaires, membres du Gouvernement et hommes politiques, députés souvent généraux, furent donc réunions pour une fois d'une grande unité de vues. Il y fut décidé deux rideaux défensif,-, avec deux trouées contrôlées pour endiguer puis battre l'envahisseur aux frontières. Les troupes de manoeuvre devaient elles agir en avant, mais en liaison avec ces fortifications permanentes. L'ensemble fut de toute façon dissuasif, les Allemands n'attaquèrent point pendant un tiers de siècle et leur erreur stratégique de septembre 1914 - le gauchissement sur l'Ourcq montre bien que ces ouvrages impressionnaient malgré les grandes déclarations de mouvement en rase campagne ! Après l'élimination interne de Séré de Rivières et les progrès foudroyants des explosifs brisants, les coûts de mise à niveau obligés effrayaient les responsables. Tout ne sera pas alors protégé par le béton, mais au contraire il fut établi des séries de batteries à l'air libre hors des forts, c'était la revanche des fortifications de(des) campagne(s) contre le fort, ville en réduction. Et si encore les chefs étaient restés cohérents, il n'y aurait pas eu la capitulation de Maubeuge ni la prise sans combat de Douaumont!

 

La Première Guerre mondiale aurait dû permettre des enseignements nouveaux et donc des solutions novatrices. Il n'en fut rien pour trois raisens- Tout d'abord un nouveau conflit était refusé effectivement, puis les coûts ne Pouvaient être totalement acceptés en cas d'une ligne continue Complète, compte tenu des reconstructions en cours, enfin après échec des réparations et la crise de 1929, il fallait parer à court terme. Ceci explique qu'avec un vice-président de la Guerre vieilli, un Pétain qui ne voyait pas les mutations, un Gamelin ne voulant pas prendre en compte l'hypothèse ardennaise, nous n'aurons ni corps de bataille, ni ligne cohérente. Ce fut la réalisation de magnifiques, parfois de trop gros, cuirassés enterrés formant une ligne inachevée du fait de la Belgique. C'était surtout une auto-censure en portée de tir des casemates d'artillerie, afin ne pas provoquer les Allemands des accords de paix à la suite de Briand. L'outil était dans l'ensemble excellent, mais mal réparti dans certains cas. La faute centrale venait du fait que personne ne voulait concevoir de manoeuvre intégrant ces ouvrages fixes car c'était moins facile que de faire simplement pivoter des divisions. Nous savons ce qui s'est passé un certain 10 mai 1940 avec des officiers allemands offensifs et une belle opération d'intoxication faisant croire à l'importance redoutable de la ligne Siegfried! Côté français, il faut le redire : quasiment tout a tenu (15). L'ouvrage de La Ferté - terminus de la ligne fixe et réalisé au rabais - est tombé parce que trop exigu, non complété et qu'il fut " lâché " par ses défenses d'artillerie externes (16). Les autres furent attaqués de dos puisque la Wehrmacht avait réussi la manoeuvre de revers du fait de la percée hors zone d'ouvrages CORF ! L'ensemble n'a donc pas démérité : les Italiens ne sont pas passés malgré leur supériorité numérique énorme (17) et les Allemands durent attendre des ordres écrits de reddition après l'armistice, afin de pouvoir entrer dans les ouvrages de l'Est!

 

C'était pourtant un travail synthétique remarquable. Toute l'armée de Terre avait été concemée, mais tous ne s'étaient pas impliqués de la même manière et avec autant d'énergie. Les solutions techniques étaient remarquables. Si les Allemands purent attaquer certains organes, c'est qu'ils avaient pu après la récupération des Sudètes répéter en vrai grandeur sur des " licences d'ouvrages Maginot " réalisés avec notre aide par nos anciens amis tchèques. C'était nettement supérieur aux petites maquettes établies à partir des services de renseignements.

 

L'électromécanique avait été portée à un niveau exceptionnel. Les garnisons s'appelaient maintenant " équipage ", cela préfigurait ce qui allait se passer sur les confins tunisiens et marocains. En Afrique du Nord en cette fin des années 50, dans le cadre de cette guerre mettant aux prises Empire et Décolonisation, il fallait, afin d'effacer tous les échecs et les humiliations, réaliser la synthèse efficace, parfaite, sans faille d'un tel passé, d'une telle série d'expériences : limes, ceinture de fer de Vauban, rideaux du système Séré de Rivières, ligne Maginot, redoutable héritage technique, stratégique et tactique qu'il nous faut maintenant analyser trente ans après !

 

1) Cf. l'article " Fortifications " par le général J. Delmas dans l'Encyclopedia Universalis,

t. 7; et celui du colonel J.-M. Goenaga, Dict. d’art et d’histoire sous dir. d'A.Corvisier, PUF, 1988, pp. 322-346, en particulier sur les Fortifications passagère et l’organisation du terrain.

 

(2) J. LAssus, Visite Timgad, guide officiel, Alger, 1969.

 

(3) Cf. L'Histoire de la civilisation française de G. DuBuy et R. MANDROU, t. 1, p. 47 (extrait de La société aux XIe , et XIIe siècles dons la région mâçonnaise, 1953).

 

(4) J- BARNES, Deal and Walmer Castles, English Heiitage, 1991.

 

(5) Cf. S.C. SPITERI, Forteresses of the Cross, Malta, 1994 : sur le mont Sciberras.

 

(6) Cf. les schémas dessinés par le colonel P. Rocolle dans 2000 ans de fortifications, françaises, et les travaux de B. Pujo et d'A.Blanchard.

 

7) J.-F. PERNOT, Vuban réformateur, CRDP Paris, 1984, p. 54 (Vincennes/SHAT/Génie, Archives, par

ex : art. 4, sect. 1, § 2, carte 1, pc 10b, 14/06/1996

 

(8) Colloque Assoc. Vauban, Vauban, et ses successeurs en Hainaut et entre Sambre et Meuse, 1994, pp.

21-46 (B. Van Mol, A-V. Sautai-Dossin, N. Faucherre)

 

(9) colloque Assoc. Vauban 1989, Vauban à belle-Ile, ed. 1990

 

(10) J,-F. PERNOT, Vauban réformateur " De l'importance dont Paris est à la France ", pp. 59-61.

 

(11) J.-P. Bois, Fontenoy, 1996, p. 98.

 

(12) A. BLANCHARD, Les Ingénieurs du Roi...., op. cit., p. 397.

 

(13) M. BARROS, Les fortifications en Ile-de-France 1791-I945, sous dir. J.-F. Peniot.

IAURIF, 1993 ; Cahier du CREPIF, Fortifications 40, 1994 , sous dir. J.-F. Pernot.

ue Assoc. Vauban 1989, Vauban à Belle-Ile, éd. 1990.

 

(14) Ass. Vauban, Colloque Séré de Rivières, Épinai 1995, sous dir. J.-F. Pemot (sous presse).

 

(15) Cf. l'ensemble des travaux remarquables du lieutenant-colonel Ph. Truttmann sur " LesMurailles de France" et le Colloque du Mémorial de Verdun 1995, De l'oppidum l'enfouissement, sous dir. G. Pedroncini et J.-F. Pemot, 1996.

 

(16) Cf. De l'oppidum.... op. cit., La Ferté par P. Vanderputien, pp. 359-381.

 

(17) B. MORE[-, G. LESUEUR, La Ligne Maginot en Haute Ubaye, 1991 (en particulier le

col de Larche et le fort de Roche-la-Croix).

 

 

 

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