CAVALIER SUR LE BARRAGE EST RÉGION D'EL MA EL ABIOD 

(1959-1961)

 

Jacques VERNET (sous-lieutenant puis lieutenant)

 

 


Le 21e RIMa appartient à la 7e DMR (1) qui a quitté l'Algérois en août 1959 pour s'installer sur la frontière tunisienne, dans la zone dite du SudEst-Constantinois. Cette division tient le barrage face à la Tunisie, de Ouenza au nord, à Négrine au sud, à la limite de la zone saharienne.

 

La DMR a placé ses régiments du nord au sud, dans l'ordre suivant (2) - 3e RCA (PC, Le Kouif),

 

- 2le RIMa (PC, El Ma el Abiod); - RBIM (PC, Bir el Ater);

 

- 2e Dragons (PC, Négrine).

 

Dans son secteur, qui va du djebel Doukhan au djebel Bottena, le 21e RIMa a ses gros installés à El Ma el Abiod (PC, CCS, CEAC, 1re, 3e et 4e compagnies) et une compagnie (la 2e) en poste à Bir Oum Ali.

 

Si, initialement, on aurait pu imaginer que le 21e RIMa participe à un grand raid blindé en Tunisie, sa mission, en octobre 1959, semble bien être de tenir le barrage électrifié qui court sur un ou deux tracés, le long de la route qui va du col du Tenoukla (poste du Dispensaire) à Bir Sbeikia, sur environ 60 km.

 

Je suis affecté comme lieutenant en premier à la 1re compagnie.

 

Devant la recrudescence d'activités de l'ALN sur le barrage, les compagnies portées du 21e sont chargées de maintenir une présence en avant du barrage, qui, dans le secteur, laisse un no man's land de plus de 20 km avant la frontière tunisienne. Pratiquement chaque jour, une compagnie nomadise en avant du barrage, laissant souvent derrière elle une section en embuscade sur un itinéraire que l'on pense utilisé par les fellaghas pour s'approcher du barrage.

 

Une nuit sur trois, une compagnie est désignée pour renforcer la surveillance de nuit du barrage, en particulier dans le sous-quartier du 3e RCA, particulièrement vallonné et coupé d'oueds encaissés où les fellaghas peuvent s'approcher sans être repérés.

 

Les embuscades initiales deviennent rapidement des postes de surveillance fixes qui sont progressivement transformés en véritables blockhaus faits de rondins et de pierres romaines prises dans les nombreuses ruines qui parsèment le secteur.

 

La surveillance du barrage est réalisée comme suit

 

- A la tombée de la nuit, balayage de la portion de réseau relevant du régiment par un élément blindé (EBR + jeeps pour le RCA, half-tracks + jeeps pour le 2le RIMa) puis mise en place des EBR en surveillance sur des points précis. Arrivée et mise en place de la compagnie d'infanterie portée. Veille radio permanente sur le Channel 16 qui regroupe le RCA, la compagnie, des électromécaniciens et l'aviation. Tout le personnel est en alerte jusque vers 1 heure du matin, après quoi on estime qu'un franchissement n'aura plus assez de temps pour s'enfoncer au loin à l'intérieur et sera donc rattrapé sur les bouclages prévus sur le barrage arrière (qui longe la voie ferrée Bône, Tébessa, Le Kouif). Après 1 heure, tour de garde et personnel au repos dans les véhicules et les postes de surveillance.

 

- Au lever du jour, balayage par la même patrouille du début de nuit sur la totalité du secteur de responsabilité pour relever les indices et observations divers.

- Durant la nuit, deux types d'événements peuvent être relatés : l'incident et la tentative de franchissement.

 

a) Incident.

 

Le poste d'électromécaniciens chargé du secteur détecte un incident sur le réseau électrifié. Un élément blindé se porte sur l'incident, toujours signalé par ses coordonnées kilométriques (PK). Il s'agit le plus souvent d'un faux contact dû à la pluie, à des débris de végétation ou à un animal. Le secteur est brièvement neutralisé pour permettre la remise en route du système.

 

b) Tentative de franchissement.

 

Le poste d'électromécaniciens est capable de déterminer s'il y a coupure franche du réseau. L'alerte générale est aussitôt donnée au ni veau secteur. La patrouille blindée se porte au niveau de la coupure pour identifier

l'importance de la tentative. Il peut y avoir accrochage et combat mais, a priori, le bouclage se met en place en s'appuyant, comme il a été dit, soit sur le barrage arrière, soit sur des lignes remarquables (oueds ou routes

importantes) situées 20 à 30 km en arrière du barrage.

 

Lors d'un franchissement, l'artillerie tire sur les itinéraires réputés être utilisés par les fellaghas pour arriver au barrage. L'aviation intervient avec ses " Privateer " surnommés " Avion César " qui illuminent la zone de franchissement à l'aide de bombes éclairantes parachutées. Les régiments voisins peuvent être mis à contribution en participant au bouclage, si celui-ci est prévu très en profondeur (ainsi un bouclage en arrière de Bordj Soukiès, dans le secteur du RBIM, qui s'étend jusqu'à Guentis, février 1960).

 

Le barrage.

 

En septembre 1959, le barrage s'étend sur un seul rideau, du poste du Dispensaire à Négrine Il est dejà dédoublé au nord de Tébessa entre barrage avant, au plus près de la frontière tunisienne, et barrage arrière, le long de la voie ferrée et de la route Souk Ahras - Tébessa. Au sud d'El Ma el Abiod, le barrage est à nouveau doublé (mais la distance entre les deux barrages varie de 200 à 1000 ni maximum) jusqu'à Bir el Ater. Il est à nouveau simple jusqu'à Négrine.

 

Au printemps 1960, le doublement est réalisé entre le Bou Roumane et El Ma el Abiod.

 

Les postes radar.

 

Pour couvrir les plaines des hauts plateaux au sud de Tébessa, des postes de surveillance ont été très tôt installés : S9 à El Ma, S3 à Bir Oum Ali, S2 à Bordj Sbeikla, pour ce qui est du secteur du 21e RIMa.

Les postes électromécaniciens.

 

2 LP (El Ma), 1 MP (Oum Ali), 2 MP (Bir Sbeikla).

 

En avril 1960, je suis affecté à la CEAC du régiment (Compagnie d'Éclairage et Antichars) et prend le commandement d'un peloton d'AMX 13 (5 chars) renforcé de deux half-tracks, de deux jeeps et d'un Dodge 6 X 6. Les missions restent quasi inchangées :

 

- escorte et appui aux compagnies nomadisantes dans le no man's land (déminage de mines AC, accrochage avec des éléments fellaghas surpris en plein jour près de la frontière) ;

 

- participation à la " herse ", avec les half-tracks et les jeeps. Les AMX ne sont pas utilisés pour le balayage du soir et du matin, alors que les EBR du régiment voisin le sont.

 

En juillet 1960, le 21e RIMa se déplace à l'intérieur de la zone de la DMR et remplace le 3e RCA dans le secteur du Kouif. La CEAC s'installe au nord du Kouif, à Aïn Zerga, à côté de la 3e compagnie. Les missions sont inchangées : surveillance du barrage, nomadisation dans le no man's land (beaucoup plus réduit dans cette zone - 5 à 6 km - que dans le sud) et activités de présence en arrière du barrage.

 

Particularités.

 

Les nuits de " herse ", le chef du peloton de service se place au poste des électromécaniciens (PK28) du sous-secteur pour une intervention plus immédiate. Le peloton a reçu un mortier de 60 mm avec lequel il peut faire du tir aux lapins à proximité du poste EM. Pour faire la " herse ", la CEAC a reçu, en matériel " Secteur ", un Dodge 4 X 4 blindé et une jeep Delahaye. A l'automne, le Génie vient expérimenter un système d'écoute sismographique qui est installé en avant du barrage. Les résultats ne semblent pas avoir été concluants. Au même moment, les fellaghas entreprennent de harceler au mortier de 120 mm les cantonnements de la CEAC et de la 3e compagnie.

 

Un DIH (Détachement d'Intervention Héliporté) est fourni à tour de rôle par les régiments de la division et stationne initialement sur l'aérodrome de Tébessa. Ensuite, car il y a de la place à proximité des cantonnements, il sera enlevé directement par les " Bananes " du Groupement d'Hélicoptères no 1 (GHI).

 

C'est ainsi que j'ai été héliporté dans la région de Guentis en juin 1960.

RÉSUMÉ

 

Le lieutenant Jacques VERNET, du 21e Régiment d'Infanterie de Marine, participe aux deux missions principales du régiment dans la région d'El Ma el Abiod (sud de la frontière algérotunisienne) : maintien d'une présence mobile dans un no man's land de 20 km entre frontière et barrage ; participation au balayage nocturne le long du barrage. Il décrit les réactions des troupes du barrage aux incidents et tentatives de franchissement.

 

SUMMARY

 

Lieutenant VERNET, of the 21th Marine Regiment took part in the two main missions undertaken by this unit in the sector of El Ma el Abiod (South of the border between Algeria and Tunisia) which mainly consisted in keeping a mobile presence in a no man's land covering some 20 km, between the border and the barrage, and taking an active part in nocturnal sweeping interventions along the barrage. He describes the reactions of the troops assigned on the barrage along with varied incidents and opposed crossing attempts.

 

(1) La 7e Division Mécanique Rapide, unité expérimentale du théâtre européen, a été transférée en Algérie pour des missions de maintien de l'ordre qui ne correspondaient pas aux missions pour lesquelles elle avait été conçue.

 

(2) Voir glossaire général pour l'explication des sigles.

 

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