LES BARRAGES EN ALGÉRIE UNE VISION AÉRIENNE

DU BOUCLAGE DES FRONTIÈRES

 

Général Hugues SILVESTRE de SACY

chef du Service historique de l'armée de l'Air

 

Généralités.

 

Les barrages vont, à partir de leur création en 1957, un an après l'accès à l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, devenir une pièce maîtresse du dispositif militaire en Algérie et un souci majeur de tous les commandants en chef. Le témoignage du général Challe(l), sur la période correspondant à son commandement des forces en Algérie, fait état de cette préoccupation de l'étanchéité des frontières et rejoint tout à fait sa directive n 3 du 18 décembre 1959 2), dans laquelle il affirme que le succès de la poursuite de son plan dépendra de trois points principaux : conservation du secret, préparation des opérations, mais " surtout l'étanchéité de toutes les frontières, à laquelle je veillerai personnellement et que je vous demande, chacun en ce qui vous concerne, de considérer comme une tâche essentielle ". Dans ce témoignage, où il attribue l'idée d'un barrage à un marin qui en aurait fait l'expérience, sur 10 km, dans la région de Nemours (3), il considère que la guerre d'Algérie est une guerre en champ clos, et s'il déclare ne pas avoir mené d'actions majeures dans l'édification des barrages, il précise toutefois qu'il s'est attaché à les améliorer, comme ses prédécesseurs et ceux qui lui ont succédé. Tout son plan repose sur cette idée fondamentale de champ clos nécessaire pour que se tarisse le ravitaillement des rebelles.

 

Le bouclage des frontières, dont les barrages restent le symbole, est ainsi essentiel dans le conflit algérien et le restera dans toutes les circonstances. Lorsque le gouvernement décide d'interrompre les opérations offensives en Algérie à compter du 20 mai 1961, dans l'espoir d'un règlement pacifique du problème algérien, il est écrit, au chapitre des principes présidant à cette interruption, qu'" elle n'affecte pas l'action de garde et de protection aux barrages (4) ". De la même manière, à partir du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu, les consignes concernant les barrages sont maintenues.

 

La question posée est de savoir comment l'armée de l'Air répond à ce défi du champ clos rendu nécessaire pour faire face à cette guérilla où l'adversaire tire l'essentiel de ses ressources en matériel militaire de l'aide extérieure. Cette guerre, dont l'une des caractéristiques principales est la poursuite d'un adversaire se diluant dans un paysage propice à toutes les dissimulations, ne paraît pas a priori favorable à la mise en oeuvre d'une stratégie aérienne (5). L'ennemi n'est-il pas, en effet, dépourvu d'aviation ? Et pourtant l'armée de l'Air va se mobiliser et prendre sa place en exploitant toutes ses possibilités, en particulier dans cette bataille des frontières élargie, troisième dimension oblige, à l'ensemble de l'espace aérien algérien. Son souci dépasse donc le strict espace terrestre des barrages et, si elle participe par ses indispensables appuis reconnaissance, feux et transport au combat dans cette zone, c'est dans le cadre plus général de sa mission permanente de défense aérienne du territoire que S'inscrit l'autre part, très importante, de la contribution de l'armée de l'Air à l’ étanchéité des frontières dans le but d'en interdire le passage aux rebelles et à leur logistique. Ce bouclage aérien fait l'objet des deux plans particuliers, " Beyrouth II " à l'est et " Beyrouth III " à l'ouest, dont il est bien précisé qu'ils constituent des cas particuliers de la mission générale de défense aérienne. En outre, au-delà même du strict espace aérien algérien, des dispositions sont prises, le plus en amont possible, pour empêcher le ravitaillement en armement des rebelles algériens, par voie aérienne, en provenance de l'étranger et à destination des pays limitrophes de l'Algérie.

 

C'est cet aspect spécifique de la mission de l'armée de l'Air que cet article a pour ambition de présenter après qu'aient été seulement rappelés les aspects de sa participation aux actions sur les barrages terrestres.

 

 

CONTRIBUTIONS DE L'ARMÉE DE L'AIR A LA DÉFENSE DES BARRAGES TERRESTRES.

 

La première de ces contributions, parce que la plus proche du terrain, mais sans doute aussi la plus méconnue, est la mise à disposition par l'armée de l'Air, au même titre que la Marine, d'équipes de sous-officiers spécialistes hautement qualifiés dans les compagnies d'électromécaniciens du Génie chargées de la mise en oeuvre technique des barrages. Ainsi, des aviateurs comptés sur les effectifs air n'auront jamais aucun contact, autre qu,administratif, avec leur armée d'appartenance, passant la totalité de leur séjour en Algérie au sein de ces compagnies.

 

Mais ce sont le,, reconnaissances à vue et photographiques qui représentent sans doute, par leur caractère journalier, la part la plus importante de la contribution de l'armée de l'Air au bouclage des frontières terrestres. Dans une note de février 1959 (6), le commandant de la Ve Région aérienne considère que la reconnaissance à vue absorbe plus du tiers du potentiel aérien dépensé par les unités de l'armée de l'Air stationnées en Algérie, sans que puisse toutefois être précisée la part revenant à la seule surveillance des barrages. Ces vols ont pour double but de vérifier l'état physique de l'obstacle et de déceler d'éventuelles traces de franchissement. Mais ces missions sont bien entendu exécutées au-delà des limites des barrages, sur l'ensemble des frontières, dans les confins sahariens, où la rébellion tente des actions de débordement, et elles ont existé avant même la construction des barrages. C'est ainsi par exemple que le poste de commandement air directeur de Ouargla se voit assigner en 1957 la surveillance de trois secteurs prioritaires sur la frontière saharo-libyenne, à savoir Bordj Messouda, face à Ghadamès, Fevet-Tin Alkoum, face à Ghat, et Tan Kena-Edjelé (7).

 

Et puis, dans les cas de tentatives de, franchissement, l'aviation apporte l'appui de ses feux et son appui transport par héliportage ou parachutage. En outre, de nuit, elle est en mesure d'assurer l'éclairage d'une zone grâce aux missions " lucioles ". Ces dernières ont longtemps été assurées sur la frontière tunisienne par la Marine avec des Privateer. A compter du ler janvier 1961, elles sont reprises par l'armée de l'Air qui met en place sur le terrain de Telergma un détachement de deux Noratlas (8). Mais d'autres moyens, à l'occasion, peuvent être affectés à cette mission d'éclairage du champ de bataille (9).

 

La part de ces différents appuis consacrée spécifiquement aux barrages est également difficilement mesurable, sauf à se livrer à un dépouillement détaillé de l'ensemble des cahiers d'ordres aériens des différentes unités ayant participé à ces missions. La souplesse d'emploi et le rayon d'action de l'arme aérienne, en effet, permettent à une unité de ne pas être astreinte à se limiter à une zone d'action étroite. Un pilote peut ainsi aussi bien intervenir sur le barrage le matin et être appelé sur un accrochage à une centaine de kilomètres de là dans l'après-midi. Au cours même d'une mission il peut lui être ordonné, sous réserve de disposer de l'armement adéquat, de changer d'objectif en fonction d'une nouvelle priorité opérationnelle.

 

 

Ces missions d'appui-feu sont réalisées par les nombreuses escadrilles d'avions légers d'appui (EALA), longtemps équipées du célèbre T6 puis du T28, armés pour la circonstance (10), réparties sur l'ensemble du territoire algérien et affectées pour chacune d'elles à une zone ou secteur. L'hélicoptère armé, dénommé " Pirate ", inventé par le colonel Félix Brunet et mis en oeuvre par les deux escadres d'hélicoptères, apporte une contribution nouvelle et déterminante dans ces missions d'appui. Des moyens plus lourds y participent également, Mistral, F47 Thunderbolt et AD4 Skyraiders, appartenant aux 6e, 7e, 8e et 20e escadres de chasse stationnées en AFN d'abord, puis en Algérie uniquement, et affectées pour chacune d'elles à un GATAC (11), organisme chargé en particulier du contrôle de l'appui aérien.

 

Les B26 interviennent également de nuit, en missions " lucioles "d'éclairage, mais surtout en missions de bombardements de jour, de nuit et par tout temps, dirigés dans ces deux derniers cas par les radars COTAL de l'armée de Terre. Les résultats n'en sont pas satisfaisants. Dans une lettre datée de 1959 (12), adressée au ministre qui avait demandé aux armées d'exprimer leurs besoins en armement faisant appel aux techniques nouvelles, l'inspecteur général de l'armée de l'Air déplore la vétusté de cet équipement. Il écrit :

 

"Il est navrant de voir en 1959 le Commandement opérationnel d'AFN se débattre dans les mêmes difficultés que celui d'Indochine en 1951 pour essayer de rendre son aviation d'appui " tout temps ".

 

Et il fait des propositions pour y remédier

 

" Si l'on veut réellement permettre à l'Aviation de participer efficacement à cette protection des frontières, il est indispensable, comme l'a déjà demandé en août 1956 le commandant de la Ve Région aérienne :

 

" 1) D'installer un radar de guidage de bombardement à chacune des deux frontières de Tunisie et du Maroc ;

" 2) D'équiper un certain nombre d'avions de répondeurs.

 

"L'armée de l'Air dispose actuellement de deux radars MSQI (13) qui sont en compte au 1er CATAC (14).

 

"La solution la plus rapide consisterait évidemment à déplacer ces radars en Algérie et d'équiper certains avions (B26, Mistral, etc.) de répondeurs APWII (15).

...

 

"Si l'envoi en AFN des deux radars MSQI du ler CATAC est impossible pour des raisons politiques, il faudrait commander dès que possible des calculateurs de bombardement et les adjoindre à deux des radars Super COTAL en commande pour l'armée de l'Air. "

 

Ces propositions ne pourront être mises en oeuvre. Elles montrent bien toutefois l'intérêt de l'armée de l'Air pour cette bataille des frontières à laquelle elle affectera en 1961 les Vautour Il N de l'escadron de chasse tout temps 2/6 " Normandie-Niémen ".

 

Cet intérêt, elle le démontre aussi bien évidemment sur les frontières aériennes, domaine immatériel dont elle a, en propre, la responsabilité avec pour missions d'évaluer la nature et le volume de la menace, et de mettre en oeuvre les moyens, actifs ou passifs, pour y faire face. Ce sont ces aspects qui vont être plus précisément abordés, en insistant sur le moins connu, celui des moyens passifs.

 

A propos de la menace aérienne.

 

Que peut-on dire de la menace aérienne réelle représentée par le FLN ? Il est certain que très tôt elle est prise en compte, en tant que menace potentielle, reposant toutefois sur des indices qui semblent assez souvent fragiles. Mais dans la mesure où l'étanchéité terrestre du barrage devient de plus en plus efficace, il est certain que la tentation est grande de considérer que les rebelles essayeront de faire appel au débordement vertical, tentation nourrie par des renseignements, jamais totalement sûrs, mais relativement abondants sur les tentatives du FLN d'utiliser des moyens aériens, voire de mettre sur pied une force aérienne.

 

Cette préoccupation apparat dans de nombreuses directives. A leur lecture toutefois, il est difficile d'évaluer tant le niveau qualitatif que le niveau quantitatif de cette menace aérienne. Alors peut-on aller plus loin dans l'analyse et tenter de voir exactement en quoi elle pouvait consister ? Cette analyse repose sur des renseignements recueillis par tous les organismes spécialisés. Les unités de l'armée de l'Air y participent plus particulièrement par des vols de reconnaissance au-dessus des territoires tunisiens et libyens pour détecter d'éventuels préparatifs d'attaques aériennes ou de Parachutages rebelles à partir de terrains situés dans ces deux pays. Parfois remis en cause pour des raisons politiques bien compréhensibles, ces vols seront toutefois toujours maintenus, aussi bien lors de l'interruption des missions offensives en mai 1961 qu'au moment du cessez-le-feu, même si alors ils sont soumis à l'autorisation expresse du seul commandant supérieur, car ils représentent le, seul moyen sérieux, quoique insuffisant, de déceler de tels préparatifs (16).

 

Cette menace se concrétise principalement par l'aide ouverte apportée par l'Égypte, la Syrie et l'Irak, et l'utilisation possible de terrains situés en Libye et, dans une moindre mesure, en Tunisie, mais aussi au Maroc. Dès 1957, les intentions du FLN d'intervenir par voie aérienne sont connues. Du personnel serait formé, des matériels acquis, des interventions aériennes exécutées au profit des rebelles, des infrastructures mises à disposition.

 

La sélection et la formation d'étudiants français de souche nord-africaine, du niveau du baccalauréat, sont très vraisemblablement entreprises. L'Égypte, la Syrie et l'Irak seraient les pays assurant cette instruction en matière de pilotage, de mécanique aéronautique, de radio et de parachutisme. Pour des formations plus élaborées, sur réacteurs en particulier, il serait fait appel à l'URSS, la Tchécoslovaquie, voire la Chine. Il est également fait état de pilotes algériens formés en France et ayant déserté. En 1957, au moment du bouclage de la frontière algéro-tunisienne, plusieurs renseignements, alors jugés sérieux, font état de la formation d'Algériens au pilotage en Égypte et de leur transfert en Libye à I'ISSUC (17). A la même époque, le FLN envisage l'emploi de parachutistes dont 150 seraient à l'instruction au Caire.

 

S'agissant des matériels, aucun des renseignements ne permet de dire avec certitude que les rebelles en disposent réellement, même si certains, jugés alors de très bonne valeur, font état de l'achat par le FLN au Pakistan de quatre DC3 en décembre 1961 (18) et, selon un témoin (19), de celui de quatre Marchetti stationnés sur le terrain de Tripoli en Libye. En tout état de cause, si tel est le cas, il ne peut s'agir que de matériels peu sophistiqués et sans doute en assez mauvais état. En outre, la véritable difficulté pour le FLN est vraisemblablement de disposer de toute la logistique nécessaire à la mise en oeuvre de cette force aérienne. Quand on se rappelle la valeur opérationnelle démontrée par la si redoutée aviation égyptienne lors des événements de Suez, on peut être sceptique sur les possibilités du GPRA, dans les conditions difficiles rencontrées en terre étrangère, de mettre sur pied un outil crédible.

 

Quant à la disposition de terrains, elle se heurte très probablement toujours aux réticences des États impliqués, réticences allant, dans le cas de la Tunisie, jusqu'à des refus catégoriques. Au total, si la menace ne peut être négligée, elle garde toutefois toujours un certain aspect théorique. On ne peut en outre écarter l'hypothèse de renseignements qui ne seraient que le fruit de la propagande et de l'intoxication.

 

Il reste que des indices ont été relevés, de nature à maintenir la vigilance des forces françaises. Cette vigilance s'exerce longtemps d'une manière plus soutenue à l'est qu'à l'ouest. Du côté de la frontière algéro-tunisienne et dès 1957, il est fait état de possibles posés d'avions en provenance d'Égypte et de zones ayant pu servir à des parachutages (20). A l'été 1957, analysant le dispositif radar mis en place sur cette frontière, l'inspecteur général de l'armée de l'Air estime que " dans c'es conditions, il n'est pas possible d'avoir la certitude qu' il existe un trafic aérien clandestin ravitaillant les hors-la-loi ". A contrario, on ne peut pas l'exclure. Ainsi à la même époque, l'éventualité est émise de largages d'armes provenant également d'Égypte par un avion avec équipage irakien et décollant d'un terrain situé en Tripolitaine concédé à une compagnie pétrolière américaine. Certaines pistes radar laissent penser à des circuits de parachutage 21 . Le Figaro se fait l'écho en juin 1959 d'une émission de Radio-Bagdad commentant l'aide apportée par l'Irak au FLN sous la forme d'un avion chargé d'armes à destination de l'Algérie une fois par semaine 22. Il faut cependant faire la part vraisemblable de la désinformation dans un tel communiqué. Jusqu'à la fin des hostilités, ces indices persistent de parachutages de matériels, mais aussi de personnels appelés à préparer des opérations de largage Plus importantes.

 

A l'ouest, dans une étude datée du 27 février 1960 (23), l'état-major de la VI Région aérienne estime que la menace n'est constituée, au moins à la date considérée, que d'avions légers évoluant à basse altitude.

 

En effet, la possibilité pour le FLN d'exécuter des ravitaillements par avions de transport est jugée "peu probable dans l'immédiat en raison :

- de la présence française ou américaine sur la plupart des terrains du Maroc utilisables par des avions de transport

 

- de la surveillance permanente du trafic aérien assurée par les stations radars US ;

 

- des difficultés que pourrait rencontrer le FLN pour obtenir un accord préalable des autorités marocaines ".

 

En revanche, l'utilisation d'appareils plus légers " empruntés à des particuliers ou à des sociétés privées, à l'insu des autorités marocaines " pourrait être envisagée à partir de " terrains sommairement aménagés et ne dépassant pas 500 m de long ,, non soumis à la même surveillance et dont le nombre est évalué à sept tout au long de la frontière algéro-marocaine, à Berkane, Oujda, Sidi Bou Becker, Touissit, au nord, à Trarirt, Bou Arfa et Figuig, au sud.

 

Le Piper Club ou tout appareil d'aéro-club de ce type est jugé comme étant le moyen le plus probable. Volant à très basse altitude et capables de transporter des charges de 100 à 200 kg, ces avions légers "pourraient tenter de ravitailler les bandes FLN de l'Ouest algérien en armes légères et munitions ", soit par largages, soit par parachutages.

 

A partir de l'analyse des performances de ces avions et de l'implantation des rebelles dans l'Ouest algérien, l'étude conclut que " les secteurs les plus propices à une intervention FLN par avions légers sont, pour le nord les régions montagneuses des Traras et de Tlemcen, pour le sud la partie occidentale des Ksour, notamment celle immédiatement à l'est du barrage double entre Ain Séfra et Figuig ".

 

En juillet de la même année, des indices supplémentaires viennent à l’appui des éléments apportés par cette étude. L'ancienne piste de Berguent est remise en état sur 900 ni et des décollages de nuit, deux ou trois fois par semaine, de deux Jodels tous feux éteints, stationnés sur le terrain d'Oujda (24), sont signalés. Toutefois une campagne d'expérimentation menée avec un radar, mis spécialement en place dans ce secteur pour une durée d'un mois, ne donne lieu à la détection d'aucune piste sérieuse (25), ce qui ne peut être une preuve formelle, en particulier si les rebelles sont informés de cette campagne.

 

Nous verrons cependant plus loin qu'à la même époque et au sein de ce même état-major de la Ve Région aérienne, à l'occasion d'une étude de mise en place de moyens de détection, cette menace n'est pas forcément estimée de la même manière par tous. Par ailleurs, il ressort d'un témoignage oral que les pilotes stationnés à Méchéria en 1961 n'ont aucune conscience d'une quelconque menace aérienne de la part du FLN (26).

 

En janvier 1961, le général Bigot, commandant de la Ve Région aérienne, rend compte au chef d'état-major de l'armée de l'Air, toujours dans la droite ligne des directives sur la fermeture des frontières, de ses actions en la matière et, pour les justifier, se livre, lui aussi, à une analyse de la menace à l'ouest qui parait avoir évolué depuis un an si on en croit les termes de sa correspondance (27). Après avoir rappelé " les caractères de la menace à l'ouest, qui présente des nuances non négligeables avec celle de l'est ", il considère comme maintenant possibles des parachutages à partir d’avions du type DC4, voire même " des attaques spectaculaires, pouvant s'accompagner de destructions matérielles non négligeables, mais menées par un nombre simultané d'avions à réaction chasseurs-bombardiers des classes Mig 15 à Mig 17 qui restera limité à quelques unités ". Toutefois il ajoute que " ce genre de menace ne semble pouvoir se concrétiser que lorsque les deux conditions suivantes seront remplies :

 

- entrée en service dans les forces marocaines d'avions des classes précitées

 

- Remise à disposition du Maroc des bases françaises ".

 

On verra qu'il préconise dès lors de se mettre en position de contrer une telle menace, en réalisant le dispositif prévu dans le plan " Beyrouth III ".

 

En juillet 1961 enfin, à une époque où les forces françaises viennent de quitter le sol marocain, l'une des conditions évoquées ci-dessus étant

 

donc remplie, le général Fourquet, nouveau commandant de la Ve Région aérienne, dans une autre lettre au chef d'état-major de l'armée de l'Air (28), réévalue cette menace sans y apporter les nuances émises par son prédécesseur. Il écrit :

 

" Au cours des derniers mois, la probabilité de menace, qui jusqu'alors n'affectait pratiquement que la frontière Est, s'est développée à l'ouest jusqu'à devenir égale sur les deux frontières. Cette extension géographique s'est accompagnée d'une extension qualitative. La menace qui jusqu'alors intéressait principalement les vitesses faibles et les couches d'altitude basses s'est étendue vers les grandes vitesses et toutes les tranches d'altitude. "

 

Pour conclure, force est de constater que cette menace restera potentielle jusqu'au cessez-le-feu, aucun document ne faisant état de faits formellement établis, ne seraient-ce que des posés d'avions ou des parachutages amenant du matériel ou du personnel, même si le doute peut subsister à travers certains faits troublants Mais alors pourquoi autant de mise en garde des responsables de la défense aérienne ? La réponse tient au fait que les chefs militaires se doivent d'envisager toutes les éventualités et d'obtenir le maximum de moyens leur permettant d'y faire face. On s'aperçoit à cet égard que les évaluations de la menace à l'ouest font l'objet de plus de correspondances dès lors que la mise en place du dispositif à l'est est acquise.

 

A Propos des moyens mis en oeuvre.

 

Ce sont principalement des moyens de détection, avec radars et guet à vue, et des moyens aériens associés. Leur mise en oeuvre est en constante évolution, pour s'adapter en permanence à la menace potentielle jugée de Plus en plus importante.

 

 

Moyens radar.

 

Nous pouvons nous en faire une première idée à travers un compte rendu (29) établi par l'inspecteur général de l'armée de l'Air qui a reçu mission dès 1956, donc avant même la construction des barrages, de formuler un avis sur " les mesures prises pour la détection des avions étrangers ravitaillant les hors-la-loi ", ce qui prouve que le débordement vertical est déjà, à cette époque, un sujet de préoccupations pour les armées. La frontière Est est alors seule concernée, la menace pesant à l'époque de ce seul côté. Dans ce compte rendu, il fait un état des lieux intéressant, mais accablant. D'une part, la chaîne de détection (radars et guet à vue) n'a pas toute l'efficacité souhaitée. en particulier à basse altitude, mais encore les difficultés de transmission de l'information et d'identification du trafic aérien sont très mal surmontées.

 

Ainsi les moyens de détection, très récemment créés en août 1956 (30), sont définis comme suit dans ce rapport :

 

" Chargée de résoudre ce problème (de détection) , la ZDA (31) a installé une chaîne radar couvrant l'ensemble de l'Est algérien et de la Tunisie jusqu'à la frontière libyenne : Khébir, Kélibia, Sfax, Le Kef, Aïn Beïda, Tozeur, Gabès, Ben Gardane, Toggourt et Biskra.

" Équipées soit d'un ensemble anglais types 21 et 15 (Gabès), soit de deux ANTPS 1D et un ANTPS 10D (Tozeur), soit de deux ANTPS 1D, ces stations radar fonctionnent déjà à l'exception de Tozeur, qui sera mis en service fin octobre. Elles sont reliées au COS (32) de La Reghaia (SDA 913 (33) ) par ensembles radio 399 ; quatre d'entre elles sont exploitées par les FTA (34).

 

" Un système de guet à vue bien étoffé en personnel qualifié et entraîne dans la reconnaissance d'avions doit être organisé afin de combler efficacement les trous de la détection radar en particulier renseigner sur les appareils volant en rase-mottes). Les renseignements de ce guet devraient être communiqués immédiatement aux stations radar les plus proches capables de conduire une interception.

 

" On peut admettre que la couverture de détection sera pratiquement totale sur la zone soumise à investigation après une période de rodage qu' on peut estimer à six mois. "

 

C'était faire preuve d'un bel optimisme ! En effet, les difficultés subsistent bien au-delà de ce délai de six mois et autant dire jusqu'à la fin des opérations en Algérie. L'interdiction du ravitaillement par air de la rébellion fait ainsi l'objet des deux opérations particulières : " Beyrouth Il "pour la frontière algéro-tunisienne et " Beyrouth III " pour la frontière algéro-rnarocaine. Elles sont définies de la sorte dans une fiche établie en décembre 1957 par le 3e bureau de l'état-major de l'année de l'Air pour le secrétaire d'État aux forces armées " Air " (35)

 

" Donner au système de surveillance de l'espace aérien de l'Algérie son maximum d'efficacité.

 

" 1) Mettre en place les moyens nécessaires pont, interdire le ravitaillement par air des rebelles en faisant ne couverture face la frontière algéro-tunisienne ;

 

"2) Se préparer à étendre la surveillance marocaine face à la frontière algéro-marocaine. "

 

Le dispositif face à l'est est conçu pour permettre de détecter, identifier, arraisonner et éventuellement détruire tout aéronef agissant au profit de la rébellion algérienne et tentant de pénétrer clandestinement en Algérie.

 

Les stations sont alors installées en Tunisie, à Bizerte, Kélibia, Sfax et Gabès, en Algérie, à Djidjelli, Bône, Aïn Beïda, Bir el Ater, Biskra et M'Sila. Deux sont fixes, les autres mobiles, deux de ces dernières n'étant pas mises en oeuvre par manque de personnel. Toutes ne fonctionnent que 12 à 14 heures sur 24, en effet un fonctionnement en continu demande beaucoup de personnel et, au demeurant, aucun moyen d'interception de nuit n'est disponible.

 

Deux ans plus tard le dispositif se compose, outre la seule station de Bizerte en Tunisie qui assure un préavis intéressant permettant de repousser le Plus à l'est possible l'éventuelle ligne de première interception, des six stations de radars de campagne (SRC) de Bône-les-Salines, Jean Rigal, Bir el Ater, Biskra, Djidjelli et Hassi-Messaoud, dépendantes du SDA de Constantine. Ces stations sont maintenant toutes capables d'un contrôle altimétrique. Mais elles ne fonctionnent toujours pas 24 heures sur 24, alors même que les nécessités opérationnelles l'exigeraient, comme l'indique le commandant de la VIe Région aérienne dans une lettre au ministre des Armées Air datée d'avril 1960 (36), où il lui propose des solutions pour y parvenir. Il écrit :

 

"La permanence de veille de nos stations radar de l'est devient une nécessité opérationnelle de première urgence.

 

" La réalisation de, cette veille 24 hl 4 peut être envisagée à l’occasion de la réorganisation du dispositif Beyrouth II " qui permettra :

 

" a) D' améliorer, la couverture radar face à l'est grâce emplacement des stations radar de campagne .-

 

- transfert de la SRC de Bône-les-Sali es à Bou Zizi

- transfert de la SRC de Jean Rigal au djebel Dokkane

- transfert de la SRC de Bir el Ater à El Oued.

 

" b) De gagner du personnel en supprimant les deux stations de radar de campagne de Djidjelli et Biskra dont les couvertures radar ne seront plus justifiées d fait de cette amélioration. "

 

Ces propositions ayant été acceptées, et après quelques retards de mise en application, la frontière Est voit l'installation en 1961 de ce nouveau dispositif, qui sera le dernier mis en place, s'agissant des stations principales.

 

A l'ouest, en raison de la moindre menace, le système mis en place sera pendant très longtemps plus léger. Jusqu'en 1961, la seule station radar existante est celle d'Oran-la-Sénia. " Beyrouth 111 ", dans une première version, prévoyait l'installation de quatre stations à El Aricha, El Harchaia, Beni Ounif et Bou Hamama, près de Colomb-Béchar. Toutefois, l'armée de l'Air considère que la protection de la frontière Ouest est en partie assurée par les stations américaines de Siifdia et de Djenane-Krater au Maroc où sont installés des contrôleurs français et avec lesquelles des protocoles d'accord ont été passés en matière d'échange d'informations de défense aérienne.

 

Un dispositif allégé est dès lors adopté qui consiste longtemps à prévoir l'installation, en sus du radar d'Oran, d'une seule SRC au Kreider (60 km au nord-nord-est de Méchéria) dans un premier temps et uniquement dans le cas où la couverture américaine ferait défaut, et dans un deuxième temps d'une autre SRC à Oued En Namous (90 km au sud de Beni Ounif), en fonction de l'évolution de la menace. Le dispositif n'est progressivement mis en place que courant 1961, comme le préconise alors le commandant de la Ve Région aérienne dans les correspondances déjà citées (37) au chapitre de l'évaluation de la menace. Toutefois en raison de difficultés de personnel, son activation n'est pas permanente.

 

En effet, au printemps 1961, l'état-major de l'armée de l'Air ayant décidé (38) " de ne procéder à aucun renforcement des forces aériennes en Algérie ni en personnel ni en matériel, en raison de la conjoncture politique ", qui est en pleine évolution, les prévisions du début de l'année ne peuvent être réalisées, non seulement sur le dispositif face à l'ouest mais sur l'ensemble du plan de défense aérienne qui doit être revu à la baisse. De la sorte, si l'existence des stations n'est pas remise en cause, en revanche leur mode de fonctionnement, et en particulier la durée de leur veille, est modifié. Cette décision aura en outre des effets sur un dernier aspect du dispositif non encore évoqué, celui du système de surveillance ANTPS 1D.

 

Ce système est mis en place face à l'une et l'autre frontière. Il est composé de stations équipées du radar ANTPS ID ne disposant pas de sitométrie, incapables de mener seules une interception, théoriquement armées par des équipes réduites FTA et devant s'insérer dans le dispositif " Air ". Selon la même lettre du 21 janvier (39), le but recherché est :

 

" Sur la frontière Est d'améliorer la détection des stations radar de campagne en comblant au maximum les trous de détection existant entre les différentes stations et d'apporter simultanément un complément au dispositif de guet humain ".

 

" Sur le front Ouest d'apporter un complément au dispositif de guet antiaérien du barrage et si le dispositif " Beyrouth III " venait à être déployé, d'améliorer le dispositif de détection, notamment dans les altitudes basses, obtenu à partir des stations d'Oran, du Kreider et d'Oued En Namous.

 

" Le dispositif ainsi réalisé permettra

- d'être averti en permanence de franchissements éventuels de la frontière par des avions clandestins ;

- d'être à même d'arraisonner et de détruire ces appareils

- d'intervenir en cas de parachutage dans les meilleurs délais sur les lieux mêmes de ces parachutages. "

 

A l'est, après la réorganisation de " Beyrouth II ", les stations ANTPS 1D sont prévues à Bir el Ater, Jean Rigal et Besseriani. A l'ouest, elles le sont dans un premier temps à Takkouk et aux points RI, R4 et R7 du barrage,

dans un deuxième temps à Tizza et Oued En Namous, sauf dans le cas où un SRC y serait installé dans le cadre de " Beyrouth III ". Après les décisions du printemps 1961, les stations de Tizza et de Jean Rigal sont supprimées. Par ailleurs la priorité absolue du général en chef passant de la menace aérienne à la menace terrestre, l'armée de Terre ne se trouve plus en mesure d'armer l'ensemble des stations ANTPS 1D. Elle laisse en place le personnel déjà positionné, sans toutefois en assurer la relève, à charge Pour l'armée de l'Air d'assurer l'armement des dernières stations et la relève des anciennes. Tout cela ne se fait pas sans difficultés pour l'armée de l'Air qui doit envisager de n'en armer certaines que si la menace se fait réalité et avec du personnel pris sur les ressources de la métropole.

 

Toutefois, comme le souligne une fiche établie en 1960 par le bureau " Défense aérienne " de la Ve Région aérienne (40), " l'évolution prévue dans le dispositif " Beyrouth ", bien que présentant une nette amélioration sur ce qui existe actuellement, ne suffit pas à garantir l'étanchéité de nos frontières Est et Ouest ." La raison principale en est la difficulté pour les radars à détecter à très basse altitude, tranche où la menace potentielle est importante. Le seul palliatif serait la multiplication des stations dont le nombre idéal, en l'état des matériels existant, est alors évalué à une trentaine pour la couverture des deux frontières. Ne serait-ce que pour des raisons de disponibilité de personnel, cette solution n'est pas envisageable. Et le rédacteur de la fiche de conclure, reprenant des directives données au plus haut niveau :

 

" C'est pour compléter notre action dans ce domaine que nous avons demandé aux GATAC I et II d'étudier et de mettre sur pied un réseau étoffé, de guet antiaérien, en liaison avec les corps d'armée de Constantine et 0ran."

 

En effet, au début de l'année, dans sa directive opérationnelle no 3 du 13 février 1960 (41 le commandant de la Ve Région aérienne, le général Martin, précisant pour J'armée de l'Air les directives de Challe, écrit :

 

" Dans le cadre d' action qui nous été ainsi traité, il incombe, principalement à l'armée de l'Air, d' abord, de garantir l'étanchéité des frontières, aussi bien au sol en appuyant les forces terrestres, que dans la troisième dimension en nous opposant ou en répliquant à toute intrusion rebelle. Le guet antiaérien qui pallie les insuffisances du dispositif radar et le renseignement qui permet la riposte immédiate éventuelle de la Force aérienne d'intervention (42) constituent, dans ce domaine, des facteurs essentiels du succès... "

 

Et il précise pour le général commandant le GATAC 1

 

" Son premier objectif restera l'imperméabilité de la frontière tunisienne. Je lui demande de faire en sorte que jamais la vigilance aérienne ne se relâche sur les barrages et d'être toujours à même de concentrer ses moyens sur une zone éventuelle de franchissement. Il faut arriver, dans la mesure du possible,de palier les insuffisances techniques de notre réseau radar par un système rénové de guet antiaérien dont l'efficacité devra être son souci constant. "

 

Au général commandant le GATAC 2, il prescrit

 

" La menace qui pèse sur la frontière ouest ne doit pas être négligée. Le dispositif aéroterrestre doit être en mesure d'intervenir en tout onielit sur des tentatives de franchissement. Le dispositif de défense aérienne " Beyrouth III " sera préparé pour pouvoir jouer dans les délais fixés. Mais, ici aussi, un effort particulier devra rendre valable le guet antiaérien.

 

Dans cette perspective, et vraisemblablement pour répondre à " l'effort particulier " qui lui est ainsi demandé, le commandant du GATAC 2 est amené à faire preuve de beaucoup d'imagination. A l'été 1960, il propose au commandant de la Ve Région aérienne l'expérimentation d'u 1 ne ligne de guet acoustique le long du barrage OueSt 43. En effet, en attendant que soit réalisée la ligne de détection électromagnétique à base de radars ANTPS 1D, efficaces à basse altitude (44), il faut pallier l'insuffisance du dispositif de guet à vue aux " possibilités nulles de nuit et réduites de jour. ", selon les termes mêmes de cette autorité.

 

Pour ce faire, le commandant du GATAC 2 présente deux systèmes distincts dont la réalisation lui semble possible dans des délais, certes différents, mais compatibles avec le besoin opérationnel. Le premier, le plus sophistiqué. " est à base de détecteurs acoustiques, analogues auant aux principe de fonctionnement à ceux qui furent utilisés pendant la guerre 39-45. Toutefois, ils ne nécessitent ni la précision en direction, ni la portée de ces derniers. Dans le problème actuel, le but à atteindre est seulement la détection du bruit d’un avion dans une zone donnée ". Ce système a l'avantage de ne pas présenter d'inconnues techniques et de ne nécessiter qu'un personnel réduit. Le second " consiste en la construction de murs réflecteurs pour augmenter l’acuité auditive d’un observateur. " Il est plus simple que le précédent et peut donc aboutir plus rapidement, en revanche, il nécessite un personnel plus nombreux.

 

Les réactions suscitées par cette demande ne manquent pas d'intérêt, à plus d'un titre. L'archive consultée est l'exemplaire reçu par la Ve Région aérienne et nous avons la chance de pouvoir y lire les mentions manuscrites portées à chaud par le destinataire, en l'occurrence le chef d’état-majorr de ce grand commandement. Cette autorité note, à propos du premier système, que " la menace est, à (son) avis, inexistante et ne justifie pas les sommes que coûtera la réalisation d' un tel dispositif ". Et il se livre plus loin à un rapide calcul du personnel nécessaire à la mise en oeuvre de la deuxième solution, pour conclure que cela représenterait " une armée ".

 

Puis, dans une fiche plus élaborée établie par l'adjoint pour la Défense aérienne du commandant de la Ve Région aérienne, ce dernier indique qu'il partage l'avis du chef d'état-major, pour ajouter immédiatement :

 

" Toutefois, étant donné que le général comandant le GATAC 2 :

- a parlé de ce projet au général Crépin (45)

- insiste pour qu’on approfondisse cette étude incomplète

y a lieu de faire une copie de document et de la transmettre à l’inspection de l'Artillerie en Algérie (FTA) po- ur lui demander, malgré les difficultés évidentes que présenterait la réalisation d' un tel projet

- son avis,

- des précisions techniques suplémentaires permettant de déterminer approximativement le nombre d’installations à réaliser et, par conséquent , la note payer en infrastructures et en personnel. "

 

 

Le chef d'état-major accepte cette démarche tout en insistant sur le fait qu'il " n'y croit pas ".

 

On peut ainsi mesurer la divergence des avis sur la menace elle-même. Mais, dans la mesure où le problème est jugé important au plus haut niveau de la hiérarchie, il y a lieu, en dépit des doutes (voire plus) exprimés, de ne prendre aucun risque et de s'entourer de toutes les précautions.

 

Dans sa réponse (46), l'inspecteur de l'Artillerie en Algérie qualifie la solution des murs d'écoute " d'archaïque, de faible rendement et nécessitant une véritable débauche de personnels ". Il ajoute : " Les détecteurs acoustiques sont certes plus intéressants. Leur efficacité ne légitimerait sans doute pas les dépenses et les délais envisagés. " C'est le coup de grâce à ce projet qui ne verra jamais le jour. Et ainsi, dans sa réponse au GÂTAS 2 (47) le commandant de la Ve Région aérienne dit ne pas vouloir donner suite à cette expérimentation d'une ligne de guet acoustique, mais indique que le projet d'implantation d'une ligne de détection électromagnétique à base de radars ANTPS 1D a été étudié et approuvé dans son ensemble, dans le cadre de l'opération " Beyrouth III ". C'est bien ce qui est réalisé comme nous avons pu le voir précédemment.

 

Cet essai infructueux pour améliorer les performances du guet à vue rend d'autant plus nécessaire la mise en oeuvre de moyens plus classiques. Pour sensibiliser et former les guetteurs, des franchissements délibérés des barrages dans le plan vertical sont effectués par des avions français à l'insu des personnels mettant en oeuvre les moyens de surveillance du ciel, radars ou guet à vue. Ces expérimentations, à l'ouest, font l'objet d'une note (8) qui met en évidence le peu de fiabilité à accorder au guet à vue. Il y est écrit en guise de conclusion que : " Le franchissement du barrage par la voie aérienne de jour comme de nuit par le FLN paraît facile dans l'état actuel des choses. " Ces observations sont également valables pour la frontière Est. Plusieurs documents indiquent clairement le peu d'efficacité du guet à vue révélé au cours des missions " Piegeac (49) " consistant à faire survoler de nuit la région des barrages par des avions sans plan de vol et tous feux éteints (50).

 

Malgré les faiblesses inhérentes au système et pour faire face aux difficultés rencontrées, les chaînes de guet à vue font l'objet de recherches constantes d'améliorations en liaison avec l'armée de Terre qui les arme. Le choix se porte sur un nombre limité de postes de guet dans le but, selon les termes d'une étude du bureau " Défense aérienne " de la Ve Région aérienne (51), de " renforcer la notion de responsabilité trop imprécise dans le système précédent, de garantir une meilleure qualité des observations et une plus grande célérité des transmissions ". Par ailleurs, " les postes ont été plus spécialement choisis parmi ceux tenus par des personnels artilleurs FTA plus préparés par leur formation de base à ce genre de mission. La mission de guet confiée à l'ensemble de ces postes est une mission permanente ". C'est ainsi que dans le SDA de Constantine, l'organisation établie sur ces bases se traduit par la mise en place de trois chaînes de postes de guet installées parallèlement à la frontière algéro-tunisienne et d'une chaîne entourant le massif des Aurès.

 

La première, la chaîne " Juliette ", se situe sur le barrage avant de Oum Teboul, sur la côte méditerranéenne, à Négrine, et est constituée de 24 postes, en majeure partie tenus par l'artillerie. La deuxième, la chaîne " Oscar ", double pratiquement la première, le long de la voie ferrée BôneTébessa, avec 17 postes appartenant à diverses armes, placés en quinconce de façon à boucher les trous de la première. Y sont adjoints les postes d'artillerie de l'est des Nementcha, de Gentis à Chéria. La troisième, la chaîne "Papa", encore plus à l'ouest, le long de la voie ferrée de Philippeville à Biskra, se compose de 23 postes qui appartiennent à diverses armes et en particulier à l'artillerie antiaérienne. La quatrième, ceinturant les Aurès, est constituée de 19 postes. Par ailleurs des mesures sont prises pour simplifier et accélérer le processus de transmission des messages de guet aérien, de sorte que, sur la frontière Est, les résultats obtenus sont nettement supérieurs à ceux du réseau établi sur la frontière Ouest.

 

Sur la frontière algéro-marocaine, le dispositif n'est pas installé dans la profondeur comme c'est le cas à l'est, mais est composé de l'ensemble des postes du barrage, de Port-Say à Duveyrier, ce qui n'est pas forcément un gage d'efficacité comme semblent le prouver les résultats constatés dans le Constantinois. Sans doute faut-il voir dans cette organisation moins performante la conséquence d'une menace longtemps jugée moindre.

 

L’opération " Avomarc ".

 

Enfin, pour en terminer avec les dispositions prises pour empêcher le ravitaillement par air de la rébellion, au-delà du strict espace aérien de l'Algérie et de ses frontières couvertes par l'opération " Beyrouth ", des mesures de défense aérienne sont appliquées également au trafic aérien à destination de la zone nord-africaine qui fait l'objet d'une surveillance de la part des services de renseignement français. Ceux-ci sont ainsi amenés à prévenir les organismes de la défense aérienne chargés de la mise en oeuvre de l'opération " Avomarc " qui prévoit que

 

" Pour s'opposer à l'acheminement éventuel, par la voie des airs, d' ne aide extérieure au profit de la rébellion, la défense aérienne en Algérie peut être appelée sur ordre particulier Centre de Commandement de Défense Aérienne (CCDA) de Taverny, à intercepter tout avion civil ou militaire, pouvant même porter les marques d'un pays ami, et se livrant à une activité préjudiciable à la Défense nationale (52 ). "

 

Dans le cadre de cette opération, la mission assignée à l'armée de l'Air est de " détecter, identifier, intercepter, arraisonner et éventuellement détruire tout aéronef dont la mission, sur ordre particulier du CCDA, devra être impérativement interrompue (exemple livraison d'armes au FLN) (53) " Tous les moyens de détection radar sont mobilisés et pour pallier le manque de détection au-dessus de l'espace maritime, il est prévu la mise en place de deux bâtiments de la Marine pour assurer des piquets radars.

 

C'est en application de ce plan que, selon les termes du journal des marches et opérations de l'escadron de chasse tout temps 2/6 " Normandie-Niémen " (54), le 21 décembre 1960 après décollage sur alerte d'un Vautour II N, " un DC4 libanais transportant 5 tonnes d'armes est arraisonné de nuit et contraint à atterrir à Sénia après plusieurs tirs de semonce ", sans que soient précisées ni la provenance de l'avion, ni sa destination (55).

 

Moyens chasse.

 

La mise en oeuvre de tous ces systèmes de surveillance ne servirait a rien s'il n'existait derrière une aviation de chasse capable d'intercepter l'intrus éventuel. Certes, en 1957, l'AFN n'en est pas dépourvue puisque y sont stationnées les 6,, 7e, 8e et 20e escadres de chasse de jour, équipées à l’époque du Mistral et du F47 Thunderbolt. Devant l'absence de moyens de chasse de nuit, la fiche déjà citée du 3e bureau de l'EMAA (56) indique que " l'EMFA (57) a prévu, si les menaces de parachutages devaient se préciser, que l'Air pourrait disposer sur préavis de dix jours, d'une formation de trois F6FN (58) de la Marine ". La menace reste toutefois bien théorique et la mission principale de ces unités n'est pas l'interception d'intrus éventuels aux frontières, comme le confirment des témoignages de pilotes de chasse ayant opéré en Algérie (59), mais bien plutôt la reconnaissance armée ou l'appui-feu. Par ailleurs, une force aérienne d'intervention est prévue, composée de moyens aériens en alerte à douze ou vingt-quatre heures en métropole. Ce sont des Mystère IV, puis SMB2, des F 84 F, des RF 84 F et des RT33. Les unités prévues pour intervenir dans ce cadre viennentt régulièrement en détachement pour s'entraîner aux conditions d'exécution des missions opérationnelles en Algérie.

 

Pour s'opposer plus particulièrement à la menace nocturne, est mise sur pied en 1958, parrainée par la 30e escadre de chasse tout temps de Tours, J'escadrille de chasse de nuit 1/71, basée à Tébessa puis à Bône et équipéeP., de MD 315 Radaes, renforcés en 1959 par des NF.11 Météor, avant que ces derniers ne soient remplacés en 1961 par des B26 armés en chasseurs de nuit, sous la dénomination de B 26 N. L'unité, pour être en mesure d'assurer la mission sur les deux frontières, entretient des détachements à Ouargla, Tébessa, El Oued, Oran et Méchéria, les équipages y passant quinze jours d'affilée avec prise d'alerte toutes les nuits. En octobre 1960, la 6e escadre de chasse de jour, basée à Oran, devient escadre de chasse la 6e escadre de chasse tout temps et est équipée du Vautour II N. Ainsi sont enfin réunis les moyens les mieux adaptés à cette mission particulière.

 

La menace étant constituée à la fois d'hostiles lents et, à un moindre degré, d'hostiles rapides, les chasseurs doivent être adaptés à ces deux cibles. Ce sont, pour s'opposer aux hostiles lents, les MD 15 R et B 26 N, pour s'opposer aux hostiles rapides les Vautour II N. En fonction des performances des radars et des intercepteurs, pour obtenir une couverture aussi continue que possible du territoire algérien et repousser au plus près des frontières les lignes de première interception, sont ainsi définis, en juillet 1961, pour compléter les détachements déjà opérationnels, des déploiements optima pour les MD 315 R et B 26 N d'une part et les Vautour II N, d'autre part 60), Soit :

 

- 4 terrains à l'est : Bône, Tébessa, El Oued, Hassi-Messaoud ,

 

- 3 terrains à l'ouest : Oran, Méchéria, Colomb-Béchar, avec un MD 315 R et un B 26 N, sur chacun de ces terrains

 

-2 terrains à l'est : Télergma et Ouargla,,

 

-2 terrains à l'ouest : Oran et Colomb-Béchar, avec 2 Vautour II N sur chaque terrain.

 

Des difficultés liées à la disponibilité de toutes les ressources demandées font que ce dispositif ne sera jamais complètement opérationnel, avec en particulier une brèche dans le Sud algérien.

 

La juxtaposition de ces moyens passifs et actifs requiert ensuite, bien évidemment, la mise au point de procédures et l'exécution de nombreuses missions d’entraînement afin de rendre ce dispositif le plus efficace possible, sans que toutefois il faille se leurrer sur son étanchéité parfaite. Il présente en effet, malgré tout, trop d'imperfections pour pleinement satisfaire les responsables de la défense aérienne en Algérie. Le commandant de la Ve Région aérienne écrit au sujet des mesures actives contre les actions aériennes à basse altitude, dans sa lettre du 21 janvier 1961, déjà citée (61) :

 

"Je compte faire procéder à des exercices en vraie grandeur dès que tout le dispositif radar et humain pourra être considéré comme opérationnel. Il y a malheureusement lieu de prévoir que le champ d'application de ce procédé restera limité aux opérations de jour par bonne visibilité. " Et il préconise " l'emploi de l'artillerie de CA à déployer en barrage des cheminements pouvant subsister hors des vues du dispositif de surveillance et de contrôle entre les frontières et les zones d'action reconnues comme probables. "

 

Ceci étant, la consultation des journaux de marche de l'escadrille de chasse de nuit 1/71 révèle la réussite d'un certain nombre d'interceptions sur des avions non identifiés dont certains sont contraints à atterrir pour justifier de leur présence dans l'espace aérien algérien sans autorisation. Aucun, d'après un ancien commandant de cette unité (62), n'avait de lien démontré avec la rébellion et les archives ne font mention d'aucune interception d'avions affrétés par le FLN et à destination du territoire algérien. La destination du DC4 libanais déjà cité, était, eu égard au type d'appareil, plus vraisemblablement le Maroc que l'Algérie (63). Le rôle de la chasse de nuit n'aurait-il été qu'essentiellement dissuasif, que sa mission n'aurait pas été inutile

 

Conclusion.

 

Aux termes de l'examen de l'effort consenti par l'armée de l'Air dans le bouclage des frontières, que peut-on en conclure ? Au sujet de la menace aérienne rebelle, sans qu'elle ne se soit concrétisée d'une manière significative, elle ne peut être niée. En effet, très rapidement après son indépendance, l'Algérie a mis en oeuvre une aviation militaire, confirmant ainsi les renseignements obtenus sur la formation des personnels. Au point de vue de son engagement, il n'est pas exagéré de dire que l'armée de l'Air n'a pas lésiné sur les moyens mis en oeuvre. " En 1958, (elle) aligne face à ce que l'on appelle, à l'époque, la rébellion, près de 50 000 hommes, soit 40 % du plafond d'effectifs (135 000 hommes) qui lui a été consenti (64) " et multiplie le nombre d'aéronefs stationnés en Algérie par cinq entre le leur janvier 1955 et le leur janvier 1958. Quant à leur efficacité, elle a été à la mesure des possibilités techniques des matériels équipant les forces à l’époque. S'agissant des moyens de défense aérienne, si le dispositif mis en place n'a jamais été entièrement satisfaisant aux yeux mêmes des spécialistes de la Défense aérienne, comme le laisse entendre la dernière citation du commandant de la Ve Région aérienne, il ne faut pas oublier qu'il a fallu attendre la mise en service d'un aéronef comme l'AWACS au début des années 1990 pour obtenir une couverture radar satisfaisante à basse altitude. On ne peut dès lors pas s'attendre à ce que le matériel utilisé en Algérie trente ans plus tôt ait couvert tous les besoins opérationnels.

 

Mais au-delà de ces constatations, peut-on répondre clairement à la question de savoir si l'armée de l'Air a eu un poids déterminant dans cette bataille des frontières habituellement considérée comme une bataille terrestre ? Les éléments de réponse se trouvent dans une intervention (65) faite par le général Jouhaud, à l'époque où il occupe le poste de général adjoint interarmées au général commandant supérieur interarmées en Algérie. Ce haut responsable militaire s'exprime de la sorte :

 

" ... la tâche la plus urgente de nos troupes est de tarir la source des armes. Sans armes, ni munitions, ni explosifs, que pourraient faire les rebelles ? Aussi le commandement s'efforce-t-il de surveiller les frontières terrestres et l'espace aérien ou maritime.

 

" Les frontières terrestres ont été rendues imperméables par un dispositif combinant des réseaux de barbelés, des systèmes radars-canons et des zones interdites où le rôle de, l'aviation de coopération est prépondérant.

 

"La mer est surveillée au large et près des côtes de manière à pouvoir arrêter tout navire suspect et à interdire toute tentative de débarquement.

 

" Enfin l'espace aérien est soumis aux investigations systématiques de stations radars. Malgré les renseignements presque toujours négatifs fournisjusqu'ici, le dispositif sera maintenu par mesure de précaution. "

 

L'affaire des frontières est bien à traiter dans sa globalité et toutes les composantes de l'outil militaire sont mises à contribution pour que l'Algérie reste ce champ clos où les rebelles doivent se retrouver asphyxiés, privés des ressources dont ils ont besoin pour entretenir leur guérilla. Et il se trouve que l'armée de l'Air s'est montrée à même d'y développer tous les aspects classiques de sa stratégie : appui aux forces terrestres, défense aérienne, voire même actions offensives autonomes, dans une opération comme celle de Sakhiet par exemple, non évoquée dans cet article, mais qui peut être considérée comme une contribution à l'étanchéité des barrages Par son effet dissuasif vis-à-vis de l'aide apportée au FLN par les Tunisiens. Dans cette perspective de complémentarité des forces armées engagées, il n'y a donc pas lieu de s'interroger sur la primauté d'une armée sur l'autre. Toutes apportent leur pierre à l'oeuvre commune. Remarquons simplement, concernant l'armée de l'Air, qu'elle y a sacrifié plus qu'elle n'aurait souhaité

 

 

faire. En effet, " constatant que les ressources attribuées à l'armée de l'Air pour 1958 - ressources à la rigueur acceptables en situation stabilisée apparaissent très inférieures aux besoins créés par la guerre d'Algérie, le général Bailly (66) est contraint de dissoudre cinq escadrons de chasse du ler Commandement aérien tactique, rattaché à l'OTAN, et deux escadrons de la défense aérienne du territoire, placés sous commandement national 67 ", marquant ainsi à quel prix l'armée de l'Air a payé son tribut au conflit algérien et en particulier à la garde des frontières.

 

 

 

RÉSUMÉ

 

Le bouclage des frontières dans le conflit algérien, dont les barrages restent le symbole, est essentiel dans la stratégie de tous les différents commandants en chef. Comment l'année de l'Air répond au défi de ce bouclage rendu nécessaire pour faire face à une guérilla où l'adversaire tire l'essentiel de ses ressources en matériel militaire de l'aide extérieure ? Cette guerre, dont l'une des caractéristiques principales est la poursuite d'un adversaire se diluant dans un paysage propice à toutes les dissimulations, ne paraît pas a priori favorable à la mise en oeuvre d'une stratégie aérienne. L'ennemi n'est-il pas, en effet, dépourvu d'aviation'? Et pourtant l'armée de l'Air va se mobiliser et trouver l'occasion de prendre toute sa place en exploitant toutes ses possibilités, en particulier dans cette bataille des frontières élargie à l'ensemble de l'espace aérien algérien. Son souci dépasse donc le strict espace terrestre des barrages et, si elle participe par ses indispensables appuis reconnaissance, feux et transport au combat dans cette zone, c'est dans le cadre plus général de sa mission permanente de défense aérienne du territoire que s'inscrit l'autre part, très importante, de la contribution de l'armée de l'Air àl'étanchéité des frontières dans le but d'en interdire le passage aux rebelles et à leur logistique. Ce bouclage aérien fait l'objet des deux plans particuliers, "Beyrouth Il" à l'est, mis en oeuvre très tôt en raison de la priorité de la menace, et " Beyrouth III " à l'ouest qui ne sera jamais complètement mis sur pied. L'un et l'autre reposent à la fois sur des dispositifs de détection, radars et guet à vue, et des moyens actifs principalement mis en oeuvre par les unités de chasse. En outre, au-delà même du strict espace aérien algérien, des dispositions sont prises, le plus en amont possible, pour empêcher le ravitaillement en armement des rebelles algériens, par la voie aérienne. en provenance de l'étranger et à destination des pays limitrophes de l'Algérie.

 

C'est cet aspect spécifique de la mission de l'armée de l'Air que cet article a pour ambition de présenter après un rappel sur sa participation aux actions sur les barrages terrestres et une tentative d'évaluation de la menace

aérienne rebelle aux frontières.

 

 

 

SUMMARY

CLOSING FRONTIERS : AN AERIAL VISION

 

During the Algerian conflict the closing of frontiers, of which barrages rernain the symbol, was essentiel to the stratégie of ail the commanders-in chief involved. Closing frontiers had become necessary towards guérilla warfare, where most of the enemy's military equipment came from foreign aid. How did the air force rise to ibis challenge'? One of the main characteristics of this war was the difficulty of pursuing an enemy who could be easily camouflaged in surrounding countryside. This did net seem to faveur the implementation of an aerial strategy. Despite the fact that the enemy was lacking in aviation, the air force mobilised itself. It found the opportunityto establish itself by exploiting its full potentiel, in particular in this borderconflict, which extended to the whole of the Algerian air space its concemt herefore lay beyond the strict land area of the barrages. It contributed essential extra support, bringing armements and transport to the fighting zone, although its permanent mission lay within the more general framework of aerial territorial defence. This in turn was in keeping with the other very important element : the contribution of the air force to the complete closing off of frontiers, the purpose of which was to prevent rebels, and their logistics, from crossing.

 

The closing off of borders by air was the objective of two particular plans : Beirut II, in the East, activated at a very early stage due to the priorité of the threat ; and Beirut III, in the West, wich was never fully implemented. These plans were based on détection devices, radars and lookout points, but also on active measures, implemented mainly by fighter Units. Moreover, even beyond the Algerian air space, measures were taken, as elosely as possible, to prevent the Algerian rebels from receiving armament suppliens by air, which came from abroad and were destined for countries borderind with Algeria.

 

It is this particular aspect for the air force's mission that this article aims to présente recalling its participation in actions on the land barrages, and attempting to evaluate the aerial threat to the frontiers.

 

 

 

(1) SHAA, Histoire orale, témoignage n° 39, bande 2, face 1.

(2) SHAA, 1 160.

(3) Selon le contre-amiral Estival, dans son article sur les unités à terre de la Marine en Algérie publié dans le numéro 2/92 de la Revue historique des armées, ces premiers essais à l'été 1956 seraient dus au 3e bataillon de la demi-brigade des fusiliers marins alors commandé par le capitaine de corvette Frain de La Gaulayrie.

 

(4) Directive n- 126/5e RA/3/OPE/TS du 18 mai 1961. SHAA, 1 160.

(5) Lire à ce sujet la communication de P. Facon, "L'adaptation de l'armée de l'Air à la guerre d'Algérie : la lutte antiguérilla", colloque Air 87 Histoire de la guerre aérienne", Paris, ENSTA, septembre 1987, publiée par le SHAA, pp. 328-344.

 

(6) Note de service n- 601/VRA/3/S du 13 février 1959. SHAA, 1 159.

(7) Lettre n- 1593/CAA/3/OP/S du 14 février 1957. SHAA, 1 159.

(8) Note de service n° 4066/VeRA/3/OPE/S du 20 décembre 1960. SHAA, 1 159.

(9) Voir en particulier le JMO de l'escadrille de chasse de nuit 1/71. SHAA, G 7988.

 

10) En effet, dans le système américain d'appellation des aéronefs, la lettre T (pour training) s'applique aux avions " écoles ", donc en principe non armés.

 

(11) Groupement aérien tactique. Il en existe trois en Algérie : le GATAC 1, PC àConstantine, le GATAC 2, PC à Oran, et le GATAC 3, PC à Alger. En zone saharienne, deux organismes à vocation identique, les postes de commandement air directeur, sont implantés àOuargla et Colomb-Béchar.

 

(12) SHAA, E 2972.

(13) Matériel OTAN avec lequel on estime que la précision des bombardements est la

même que celle des bombardements effectués à vue à l'aide de l'appareil de visée Norden.

(14) Commandement aérien tactique.

 

(15) Matériel OTAN permettant au radar de situer l'avion avec précision.

 

(16) Directives 775 du 7 mars 1962, modifiées par message n- 943 du 20 mars 1962. SHAA, 1 160,

(17) SHAA, 1 143,

(18) ldem.

(19) Témoignage recueilli par l'auteur.

 

(20) SHAA, 1 159, 1 143 et 1 144.

(21) SHAA, 1 143.

(22) Idem.

(23) SHAA, 1 267.

 

(24) Note n° 76/GATAC2/CDT/TS du 26 juillet 1960. SHAA, 1 267.

(25) Compte rendu n° 14/SDA10/952/CRP/OPS/TS du 26 août 1960. SHAA, 1 267.

(26) SHAA, Histoire orale : interview en cours du général Lartigau. Par ailleurs divers

autres témoignages recueillis par l'auteur confirment ce sentiment ressenti aussi bien sur la

frontière de l'est que sur celle de l'ouest.

(27) Lettre n- 009/VeRA/DA/CABfTS du 21

 

(28) Lettre n, 2673/VeRA/3/DA/S du 8 juillet 1961. SHAA, 1 267.

 

(29) Lettre n° 621/IGAA/EM/S du 26 octobre 1956. SHAA, E 1052.

(30) Instruction provisoire n° 7072/EMAA/1/O.S du 4 août 1956. SHAA, 144.

(31) Zone de Défense Aérienne.

(32) Centre d'opérations de Secteur.

(33) Secteur de Défense Aérienne.

(34) Forces Terrestres Antiaériennes.

(35) Fiche n° 3499/EMAA/3/OP/TS du 4 décembre 1957. SHAA, E 2972.

(36) Lettre n° 104/S/CLOG/TS du 26 avril 1960. SHAA, I 267.

 

(37) Lettre n° 009/Ve RAJDA/CAB/TS du 21 janvier 1961 et lettre n° 2673/V,RA/3/DA/S du 8 juillet 1961. SHAA, I 44 et I 267.

(38) Directives visant à l'adoption du plan de défense aérienne de l'Algérie à la conjoncture nouvelle, émise par la Ve Région aérienne le 13 avril 1961. SHAA, I 265.

 

(39) Lettre n° 009/VeRA/DA/CAB/TS du 21 janvier 1961. SHAA, I 44.

(40)Fiche n° 706/3/DA/S du 31 mai 1960. SHAA, I 266.

 

(41) SHAA, I 160.

(42) Voir ci-après p. 86.

(43) Lettre n° 89/GATAC2/CDT/TS du 19 août 1960. SHAA, I 266.

 

(44) Voir supra.

(45) Alors commandant supérieur des forces en Algérie

 

(46) Lettre n° 11377/ART.10/FTA du 22 octobre 1960. SHAA, I 266.

(47) Lettre n° 146/3/DA[rS du 5 novembre 1960. SHAA, I 266.

(48) Note n° 97/CAO/3/OPE/FS du 16 juillet 1960. SHAA, I 267.

(49) SHAA, I 266.

(50) Ces avions servent aussi de plastron, pour l'entraînement des contrôleurs aériens et de la chasse de nuit.

 

(51) Étude n° 73/Ve RA/3/DA du 5 janvier 1961. SHAA, I 265.

 

(52) Ordre d'opération complémentaire de l'ordre d'opération " Avomarc " n° 47/VeRA/ 3/DA/TS du 7 février 1961. SHAA, E 2339.

(53) Idem.

(54) SHAA, G 7718.

(55) Lire à ce sujet le récit qu'en fait le LCL (R) René Lussaguet, commandant de bord

du Vautour, dans " SO.4050 VAUTOUR " d'A. Crosnier dans la collection Histoire de l'aviation, n° 2, Éditions Lela Presse, Boulogne-sur-Mer, 1996, p. 257.

(56) Fiche n° 3499/EMAA/3/OP/TS du 4 décembre 1957. SHAA, E 2972.

(57) État-Major des Forces Armées.

(58) Hellcat de l'Aéronavale.

(59) Lire à ce sujet l'article du général Robineau ," Chasse lourde sur les djebels " paru dans le numéro 2/1992 de la Revue historique des Armées.

 

(60) Lettre (déjà citée) n° 2673/VeRA/3/DA/S du 8 juillet 1961. SHAA, 1 267.

 

(61) SHAA, I 44.

(62) Témoignage du général Pintor, commandant de l'ECN 1/71 en 1959.

(63) Lire le témoignage déjà cité du lieutenant-colonel (R) René Lussaguet (note 55 supra).

(64) Patrick FACON, " L'Algérie et la politique générale de l'armée de l'Air (1 954-1958) " ,Revue historique des Armées, n° 2-1992, p. 76.

 

(65) Reproduite dans le n' 134 de février 1958 de la revue Forces aériennes françaises.

 

(66) Alors chef d'état-major de l'armée de l'Air.

(67) Patrick FACON, Op. cit., p. 84.

 

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