L’ALN EXTÉRIEURE FACE AUX BARRAGES FRONTALIERS

 

Général (CR) Maurice FAIVR

 

ÉVOLUTION POLITIQUE ET MILITAIRE.

 

Naissance des Bases de l'est et de l'ouest (1955-1956).

 

Batailles aux frontières et dissensions internes (1957-1959).

 

De l'ALN à l'ANP.

L'ALN extérieure en chiffres.

Le recrutement de l'ALN extérieure.

ORGANISATION DE UALN EN TUNISIE.

Organisation du commandement et logistique.

ORGANISATION DE UALN AU MAROC.

 

ACTIVITÉS DE L'ALN FACE AUX BARRAGES.

Tableau des pertes et des franchissements.

Activités opérationnelles marquantes.

CONCLUSION.

 

ANNEXES.

AI. Sources : archives et bibliographie.

A2. Déclarations de responsables algériens au sujet des barrages.

 

A3. Quelques articles et témoignages algériens.

 

ÉVOLUTION POLITIQUE ET MILITAIRE (1)

 

L'installation de l'Armée de Libération Nationale à l'extérieur de l'Algérie est due initialement aux besoins en armement des rebelles de l'intérieur. Les bandes rebelles constituent en Tunisie et au Maroc des bases autonomes, plus ou moins inorganisées, rattachées aux wilayas quand cellesci se constituent. Ces bases acheminent vers l'intérieur près de 15 000 an-nes de guerre de 1956 à 1957 (2). Les succès de l'armée française en Algérie obligent les dirigeants de la rébellion à se replier en juin 1957 à Tunis. où ils s'efforcent d'organiser les unités extérieures et de les engager en Algérie, avec le soutien, et sous le contrôle, des autorités tunisiennes et marocaines. Des batailles meurtrières consacrent l'échec des tentatives de franchir les barrages installés par l'armée française. Cette défaite entraîne une série de crises internes et de complots des militaires contre les politiques. Ce n'est qu'en janvier 1960 que le commandement militaire est unifié et confié au colonel Boumediene, qui forge alors une armée régulière, bien équipée et entraînée, mais impuissante à franchir en force les barrages. Profondément politisée, cette armée de métier est aussi un instrument de conquête du pouvoir.

 

Naissance des Bases de l’est et de l'ouest (1955-1956).

 

Disposant le ler novembre 1954 de moins de 400 armes, les rebelles algériens s'efforcent d'obtenir des armements et des munitions dans les pays arabes. Dès le mois d'octobre, Boudiaf orientait ses recherches vers la Libye et les achats d'armes à l'étranger. Au Caire, Ben Bella, soutenu par les services secrets égyptiens, négocie avec les autres pays arabes et socialistes. Il établit des filières d'agents et de matériels par Tripoli vers Gafsa et par Tanger vers Nador et Oujda ; il envisage même des parachutages. Soi] adjoint Ahmed Mahsas s'installe à Tripoli puis à Tunis (3).

 

Mais cet approvisionnement est lent à parvenir et les rebelles de l'intérieur sont tentés de se rendre en Tunisie et au Maroc pour y acquérir des ai-mes et de l'argent, soit auprès des rebelles tunisiens et marocains (fellaghas de Salali ben Youssef et Tahar Lassoued, armée de libération marocaine), soit par achat d'armes récupérées sur les belligérants de 1943, qui sont vendues de 13 000 à 20 000 anciens francs en Libye. Une lettre de Ben Bella du 28 novembre 1955 et un rapport de Khider au début de 1956 suggèrent de mises, sur les rebelles tunisiens, contre Bourguiba. C'est dans le but d'obtenir des armes que Mostefa ben Boula:id, chef de la wilaya de l'Aurès, part en Libye pour contacter Ben Bella (4) .

 

Des bandes s'installent à cheval sur la frontière tunisienne. Dénommées d'abord wilaya de Sou Ahras, elles deviendront la Base de l'est. Fortes de 150 à 200 hommes à la fin de 1955, elles comptent 1 200 hommes en juillet 1956, dont 80 % sont implantées en Tunisie. En octobre 1956, le 2e bureau d'Alger estime que quatre bases sont constituées à l'est, deux àl'ouest et trois au sud du Maroc (5).

 

A partir de 1956, l'armement arabe commence à arriver en Tunisie, entre les mains de Abdelha:i, étudiant originaire de l'Aurès. Un dépôt clandestin est découvert par les Tunisiens. Des clans rivaux de la wilaya 1 se disputent cet armement. " Une comission de contrôle composée de Ait Ahmed, Ahm ed Rouabhia et docteur Nekkache " élimine Abdellaï. Ce changement, selon Messaoud Maadad, ranime les dissensions. Ben Bella provoque alors en août une réunion à Tunis sous la présidence de ses représentants Ali Mahsas et Benaouda. Un compromis sur la répartition des armes est conclu. Cependant l'un des chaouia, Abbes Laghrour, se révolte et une fusillade éclate le 18 septembre dans la banlieue de Tunis. Ces incidents conduisent le président Bourguiba à intervenir. Lors de l'accord du 20 mars 1956 avec la France, il s'était engagé à cesser toute aide aux rebelles algériens. Il fait contacter le FLN et propose l'aide de la Tunisie, à condition que les contacts soient rompus avec Salah ben Youssef. Il accepte que les rebelles algériens, d'un effectif limité à2 300, s'implantent dans une bande de 40 km à l'est de la frontière. Le Service de santé tunisien impose le black-out sur ses activités (6).

 

Trois cents armes sont alors acheminées chaque mois sur l'Algérie, et transférées vers la wilaya 1, la base de Souk Ahras et les Sahariens du Souf. A la fin de l'année 1956, Krim Belkacem, qui se trouve encore à Alger, intervient à son tour. Il envoie des troupes de la wilaya 3 (Kabylie) pour éliminer les partisans de Mahsas. C'est désormais Ouamrane, avec le soutien de la Tunisie, qui prend sa place et organise les ravitaillements vers les wilayas 1, 2 et 3. La wilaya de Souk Aliras compte alors 1 600 hommes, organisés en 3 à 4 failek (bataillons) et dispose de 30 FM et 1 300 armes de guerre (7).

 

 

Au Maroc, les responsables du FLN et de la wilaya 5 s'installent en mars 1955 à Nador, où ils bénéficient du soutien de l'ALM. Ils reçoivent de l'armement égyptien débarqué des cargos Dina et Farouk. A l'été 1956, 500 armes par mois sont acheminées de Tanger vers Nador, Oujda et Figuig. La wilaya 5 bénéficie ensuite des armes de l'ALM, à mesure que cette dernière est intégrée dans l'armée royale.

 

Le 19 septembre est créée à Oujda une commission FLN qui va mettre en place des cellules dans toutes les villes marocaines. Des hôpitaux et des centres de repos sont créés. Boussouf exerce un commandement dictatorial, qui suscite les critiques de Abane Ramdane. Il prend le contrôle de la wilaya 5, dont le PC reste à Oujda, ravitaille les wilayas 4, 5 et 6, et organise les transmissions et le renseignement, en particulier par les écoutes des réseaux français. Des officiers marocains, avec la bienveillance du prince Moulay Hassan, aident à la mise sur pied des unités de l'ALN (lettre de Hassan récupérée dans les bagages de Ben Bella, lors de sa capture le 22 octobre 1956) (8).

 

Batailles aux frontières et dissensions internes (1957-1959).

 

Contraint par les opérations de Massu de quitter Alger, Krim Belkacem traverse l'Algérie et constate le 20 mars que le premier convoi venant de Tunisie arrive en Kabylie. Il s'installe à Tunis à la fin de juin 1957 avec le CCE (Comité de coordination extérieur). Une des premières directives du CCE à l'été 1957 fait le point politique et militaire de la situation. " Lu bataille de l'armement est virtuellement gagnée, est-il écrit. Reste le gros problème de l'acheminement. Le CCE consacrera tous ses efforts pour faire parvenir les armes dans les wilayas. " En juillet, le commandant Idir, ancien du 5e RTA, essaie de créer un Front saharien dans la région de Touggourt, mais les méharistes, l'aviation française et les protestations de la Libye l'obligent à se replier (9).

 

Chef du département de la Guerre, Krim Belkacem ne prend pas au sérieux les barrages qui sont en cours d'édification en 1957. Au Maroc, les dirigeants de la wilaya 5, qui en 1956 avaient fait arracher les premiers barbelés établis par l'armée française, s'attendaient à ce que la nouvelle ligne soit " similaire à la première. Ils ne savaient pas qu'elle allait présenter un grand danger au moyen de l'électricité, des explosifs et le nombre de fils de fer barbelés, écrit M. Guentari. Ils avaient laissé volontairement l'armée française établir cette ligne afin d'empêcher la population frontalière d'émigrer au Maroc. Cela afin que l'armée de libération ne manquât pas d'approvisionnement, de liaisons et de protection (en Algérie). Le commandement n'avait pas prévu que la zone frontalièire allait être zone interdite, et que la population serait concentrée dans des endroits étroitement surveillés. Même si le commandement de la révolution avait empêché les Français d'établir cette ligne, cela aurait coûté beaucoup de pertes humaines lors desattaques, car ceux qui effectuaient les travaaux etait des prisoniers civils et militaires (10) ".

 

Au milieu de l'année 1957, les barrages en construction ne gênent pas encore J'acheminement des armes, dont 1 500 parviennent chaque mois en Algérie. Cependant les délais d'acheminement sont très longs, ils dépassent deux mois pour la wilaya 4. D'autre part, Amirouche, de passage en Tunisie, se plaint que les rebelles de l'Aurès récupèrent au passage l'armement des convois. Ouamrane achète des armes à Tripoli, où le PM vaut $50, ainsi qu'en Yougoslavie et en Allemagne. Boussouf prend contact à Tanger avec le trafiquant G. Puchert. Le PM acheté $40 est revendu $120. L'ALN extérieure continue donc à recevoir une masse d'armements modernes : mitrailleuses antiaériennes, bazookas, mortiers et canons sans recul, désormais livrés par des camions militaires tunisiens, et qui lui permettent de harceler les postes français aux frontières, de monter des embuscades et de tirer sur des avions d'observation (11). Un chantier est attaqué près du Kouif en septembre 1957. 24 avions sont successivement attaqués en janvier 1958. Le Il janvier, deux sections du 23e RI tombent dans une embuscade près de Sakiet-Sidi-Youssef. le 30 janvier, un avion T6 est abattu, ce qui entrocine le 7 février l'intervention des B26 sur Sa iet, et le recours aux bons offices des Anglo-Saxons (12).

 

La Base de l'est, sous la direction de Laskri Amara, passe de 1 400 hommes en mai à 1 750 en décembre 1957, elle reçoit pour mission de ravitailler les wilayas 1, 2 et 3. Les volontaires affluent également dans les unités de Tunisie : 2 000 jeunes Kabyles. . par bandes de 50, se met tent enroute, mais tous n'arrivent pas an port, Lawilava 2 revendique un effectif de 4 000 djoundi stationnés enTunisie. Les bandes restent ainsi rattachées à leur wilaya d'origine, avec leurs chefs régionaux, et leurs personnels en transit. Il n'y a pas de commandement unifié, mais le CCE accorde son soutien à toutes ces bandes. Le budget de l'intendance en Tunisie passe de 5,5 à 50 millions d'anciens francs en 1957. Cette croissance incite les responsables à concevoir la réorganisation de l'armée. Deux

thèses s'affrontent : les partisans de la guérilla souhaitent le maintien des bandes autonomes, régionalisées. Bentobbal en revanche veut réorganiser l’armée, augmenter encore les effectifs et créer des écoles de cadres. Lecommandant Idir, au cabinet de Krim, propose l'unification du commandement et la formation d'une armée de 160 000 hommes, de 5 000 officiers, et de 16 000 sous-officiers

 

Sous la férule de Boussouf et de son adjoint Boumediene, la situation de l'ALN Maroc est moins anarchique. Un commandement centralisé se met en place en juillet 1957, et un PC mixte avec l'ALM fonctionne au nord de Béchar. Prison, tortures et exécutions contribuent à la discipline. Boussouf, après avoir éliminé Abane Ramdane, crée six ateliers d'armement clandestins.Les franchissements restent encore possibles dans la partie sud de la frontière et permettent d'alimenter les wilayas 4, 5 et 6. A la fin de 1957, l'année française doit colmater une dizaine de brèches dans le barrage marocain (14).

 

En avril 1958, Krim Belkacem tente d’unifier le commandement militaire. Conseillé par les ex-officiers français, il crée deux comités d’organisation miliaire (COM). Celui de l’ouest est confié à Boumédiene qui a pour adjoint le colonel Saddek, le colonel Lotfi prenant la tête de la wilaya 5. De passage à Tunis, Boumediene se rend compte que les ex-officiers français, qui viennent de déserter, sont mal acceptés par les cadres issus des maquis ou des anciens partis nationalistes. Avec opportunisme, il ernmène au Maroc Zerguini, Chabou et Ben Cherif, auxquels il confie la création et l'organisation des camps d'instruction.

 

Le COM Est est attribué à Mohammedi Saïd, dit Naceur, ancien chef de la wilaya 3 et à ce titre responsable du massacre de Melouza. Ses adjoints sont Amouri et Benaouda, tandis que la Base de l'est reste confiéeà Amara dit Bouglez. Mais le COM Est ne parvient pas à unifier ses troupes ; après le bombardement de Sakiet, en février 1958, il lance des opérations de franchissement meurtrières les deux tiers des katibas de la la zone de Souk Ahras, et une grande partie des mintakas 15 et 16, qui sont interceptées par les unités françaises de réserve, et perdent 65 % de leurs moyens.Poursuivie jusqu'en mai, la bataille des frontières se traduit par 2 400 tués, 300 prisonniers, 3 000 armes individuelles et 350 armes collectives saisies.Alors qu'Ouamrane lance un cri d'alarme, et que certains officiers veulent entraver la construction des barrages, les chefs de guerre à l'est et à l'ouest laissent faire. Le colonel Zerguini estime que c'était une grave erreur tactique (15).

 

Les difficultés avec les gouvernements tunisiens et marocain.

Il faut dire que Kriin Belkacem, qui depuis la création du GPRA (9 septembre 1958), est devenu ministre des Forces armées, et Boussouf, le nouveau ministre des Liaisons et Communications, se trouvent confrontés à des rapports conflictuels avec les gouvernements tunisien et marocain, tandis que se développent les mouvements d'insubordination. Lors de la réunion ininistérielle du 3 octobre 1959, Krim déclare que la pression des Tunisiens est sans précédent. Ils Veulent coniaître nos effectifs, savoir ce qu'on mange... Chaque fois qu'on les a informés, les français le savaient aussitôt ...Mahmoud Cherif ajoute que les stocks d' armes sont sous Ia surveillance de la garde nationale tunisiene. 7 000 fussils, 2 000 PM, 10 millions de cartouches n'ont pas été vues ni contrôlées. Bourguiba déclare au GPRA : "Je ne peux pas me payer le luxe de 1aisser sur le territoire tunisien une armée de 15 000 homnes. Et vous ne tenez pas en main votre armée. " Les Tunisiens bloquent en effet l'acheminement des armes, et selon M. Harbi, saisissent 5 070 fusils, 2 037 FM, 20 bazookas, 45 mitrailleuses, 30 mortiers et 10 millions de cartouches. Ils renouvellent ces opérations en décembre 1958, en février et juin 1959, en exigeant, ce qu'ils obtiennent, la déclaration des dépôts, des camps et des effectifs.

 

Dans le couloir de Figuig, en juin 1958, l'armée royale marocaine interdit le passage des rebelles en direction des wilayas 4, 5 et 6, et exige que le FLN reconnaisse la souveraineté marocaine sur le Touat, Gouraya et Tidikelt, situés en plein Sahara, à 500 km au sud de Béchar. Ainsi le Maroc et la Tunisie se sont donnés progressivement les moyens d'intervenir dans les affaires algériennes, et d'affirmer leur souveraineté(16).

 

Les dissensions internes.

 

Les premières dissensions internes avaient opposé les partisans de Ben Bella aux promoteurs du congrès de la Soummam. Elles avaient conduit àl'élimination de Mahsas et Abdelhaï. On sait que les décisions de la Soumman, sous l'impulsion d'Abane Ramdane, avaient consacré la primauté de l'intérieur sur l'extérieur et du politique sur le militaire, et négligé les bases islamiques du nationalisme algérien. Au i-ejet de ces conclusions par une partie des wilayas 1 et 2 s'couraient les oppositions traditionnelles entre l'Aurès, les Nenientcha et les Kabylie, le conflit entre bourguibistes-conciliateurs et nassériends-radicaux, et la compétition pour la possession des armements. On peut y voir aujourd'hui les prémisses de la lutte pour le pouvoir.

 

Au Maroc, des pétitions circulent, condamnant la direction arbitraire de Boussouf-Boumediene. A l'automne 1958, le colonel Lamouri, commandant Lakhal, soutenus par le clan radical de la wilaya sent un putsch visant au renversement du GPRA et à la pér unités frontalières en Algérie. Ayant découvert le complot, les 3 B (Belkaceni, Boussouf, Bentobbal) font appel à Bourguiba qui fait encercler les insurgés par sa garde nationale. En novembre, un tribunal présidé par Boumediene prononce quatre condamnations à mort et la détention de nombrelix officiers,

 

Du 6 au 12 décembre 1958, quatre chefs de wilayas se réunissent (la wilaya 5 est absente, et la wilaya 2 est présente sans participer) et font un bilan négatif de l'action ci[i GPRA "jugé incapable deremplir sa mission de ravitailleur en armes " Ils décident 11, que " un des colonels devrait pénetrer enTunisie, rassembler tous les contingents et lancer,et lancer une offensive générale sur le barrage, tandis qu’un second colonel attaquerait simultanément de l'intérieur ". La mort au combat d'Amirouche et Haoues (28 mars 1959) fit échouer ce projet (17).

 

Au début de 1959, Mohammedi Saïd est rejeté par la Base de l'est, où il voulait s'installer. Le 21 mars, Ali Hambli, avec ses 150 djoundi, se rallie au 3e Régiment de Ilussards -, il accuse les responsables politiques de vivre dans le luxe alors que les.forceurs de barrage endurent les pires souffrances. Les chefs militaires, réunis pendant l'été 1959, refusent la présence du triumvirat Krim - Boussouf - Bentobbal et mettent Belkacem Krim en minorité. D'anciens officiers français complotent alors pour kidnapper trois colonels dont Boumediene (18).

 

Le tableau suivant fait le point de l'armement, rebelle passé à travers les barrages

 

Pendant le même été, l'insubordination se répand dans les bataillons de les barrages deTunisie, qui perdent cinq à six déserteurs par jour. Par compagnies entières,les soldats abandonnent leur casernement. L'édification de la ligne Challe 400 qui double le barrage principal crée un no man's land de 30 km. zone interdite où les djoundi ne trouvent ni relais ni refuge. La psychose des cadavres suspendus aux barbelés éléctrifiés ainplifie la baisse du moral. Lors d'une visite à Ghardimaou fin 1959. Krim Belkacem est hué aux cris de " vive la paix, de Gaulle". Le capitaine Boutella est rejeté par les cadres du 5e bataillon (19).

 

quelques bilans en 1958-1959.

 

Pendant tous ces mois, les unités de l'ALN ne sont pas restées inactives. On peut observer les actions suivantes

 

- le 26 février 1958, une unité de " passeurs " réussit un franchissement à Dar Zerouk

 

- dans la nuit du 13 au 14 juillet 1958, trois bataillons lancent une attaque massive contre le poste d'Aïn Zana

 

- le 24 août 1958, Krim prescrit de " mettre tous les moyens pour attaquer les frontières " ;

 

- en novembre 1958, un ordre d'attaque massive de Krim Belkacem se réduit à l'est à des tirs de mortier, tandisqu'à l'ouest, 1 400 hommes dont 800 moussebline lancent une attaque généralisée entre Sidi Aissa et la mer

 

- en décembre 1958, deux katibas devant aller réduire la rébellion d'Adjoul Adjoul dans l'Aurès, se brisent sur le barrage près de Tébessa ;

 

- en février 1959, franchissement réussi de 300 à 400 hommes;

 

- les 22-24 juin 1959, franchissement de 54 djoundi qui sont anéatitis à 10 km au sud-est de Bône (20)

 

- le 13 juillet 1959, embuscade meurtrière pour les Français à Ich

 

- en novembre et décembre 1959, les opérations Didouche et Amirouche lancées par Krim Belkacem confirment l'imperi-néabilité des barrages, sur 2 500 soldats d' lite engagés, 800 atteignent le bai-rage et 15 le franchissent

 

Le tableau suivant fait le point de l'armement, rebelle passé à travers les barrages

 

 

Un calcul théorique montre que ce bilan serait sous-estimé de moitié. Diverses tactiques de franchissement ont en effet été expérimentées : les coupures du fil électrifié et les passages en un seul point étant détectés, on a essayé en avril 1958 de saturer la défense française en multipliant les points de passage. Ahmed Draia propose en août d'effectuer de larges brèches au moyen d'armes lourdes et de bengalores, tactique qui échoue en septembre octobre 1958, mais qui est reprise avec de gros moyens en août 1959, lors des opérations Zirout, Didouche et Amirouche.

 

De l'ALN à l'Armée Nationale Populaire.

 

Les sept colonels qui se réunissent pendant 110 jours à partir de juillet 1959 créent une commission militaire composée de Boussouf, Boumediene, Mohamedi et le commandant Slimane, chargée de repenser la stratégie de l'ALN. Du 31 août au 3 septembre, cette commission définit sept buts stratégiques, comprenant en particulier : la destruction des barrages, la création de bases à l'intérieur et l'implantation au Sahara. Les sept proposent également une nouvelle composition du CNRA, oÙ les militaires rentrent en majorité. Du 18 décembre 1959 au 18 janvier 1960, le nouveau CNRA décide de créer un État-Major Général (EMG) confié à Boumediene. C'est un revers pour Krim, qui devient ministre des Affaires étrangères et membre du Comité Interministériel de Guerre (CIG), aux côtés de Boussouf et Bentobbal. Cherif Mahmoud est soupçonné de trahison. Madani remplace le capitaine Bencherif au commandement des frontières (22).

 

Le CNRA approuve à son tour la reprise des actions aux frontières et le retour des officiers supérieurs en Algérie. Les commandants Zbiri et Souhahi réussissent le franchissement, alors que le colonel Lotfi, les commandants M'Barek et Rejaï y trouvent la mort. Quatre officiers abandorment ce projet. Quant à l'EMG, il " renonce aux franchissements en force, qui se sont révélés coûteux en hommes, inefficaces et démoralisants. Le but est de fixer le maximum de troupes françaises sur les frontières par des harcèlements rapides mais violents, combinant l'utilisation de l'artillerie lourde et des fantassins ". Les blindés qui effectuent la " herse " seront également attaqués, ainsi que les avions. Deux commandements subordonnés sont institués en Tunisie : la zone d'opérations Nord dirigée par Bensalem, Chadli et Abdelghani ; la zone Sud confiée à Salah Soufi, Saïd Abid et Mohamed Alleg (23).

 

Prenant la suite de Krim, Boumediene sait utiliser les compétences des anciens officiers français : Boutella, Zerguini, Hoffmann et Chabou. Ces officiers professionnels sont affectés au Bureau technique de l'EMG, d'autres sont en place à la Direction de l'Armement et dans les centres d'instruction, alors que Boumediene conserve comme adjoints directs ses fidèles : Mendjeli, Kaïd Ahmed et Azzedine. Accompagné de ses adjoints techniques il inspecte en février-mars 1960 toutes les unités frontalières, du nord au sud, désigne les commandants d'unité et fixe les dotations d'armement et de matériel (24).

 

" Lentement mais sûrement, l'ALN extérieure perd son caractère initial de armée de partisans et évolue vers une armée cIassique. Composée de 23 000 hommes dont 8 000 au Maroc, elle dispose de tous les services :

intendance, génie, sécurité militaire, transmissions, centre de transit et d'instruction, parc automobile, commissariat politique, etc. La surveillance de la Marine française empêche un approvisionnement en armes lourdes de l'ALN aux frontières marocaines. Aussi les unités cantonnées aux frontières tunisiennes sont l'objet de soins particuliers... Elles sont, avant l'heure, l'embryon de l'État futur et donneront à la future armée nationale populaire (ANP) la quasi-totalité de ses chefs. Aux,ft-ontièi-es tunisiennes, l'armée comprend 21 bataillons, 5 compagnies lourdes d'appui avec canons sans recul et 4 groupes autonomes de mortiers de 106 mm (25). " Fin 1962, elle recevra des canons de 85 mm.

 

Des centaines de combattants et d'officiers planqués dans les villes sont renvoyés aux frontières. Les officiers emprisonnés sont libérés et retrouvent leurs unités d'origine, à la satisfaction de leurs soldats. "La discipline ne repose plus sur le libre consentement des combattants, mais sur la contrainte. Désormais les déserteurs seront punis de la peine de mort, au même titre que les homosexuels. La condition des combattants s'améliore, la strcite définition des rations alimentaires et le contrôle strict sur l'intendance met un terme au trafïc qui a enrichi plusieurs officiers. La gestion financière devient plus rigoureuse. En deux ans, l'état-major réalise de grandes économies.

 

" L'analyse de l'encadrement à l'est permet de distinguer quatre figures de combattants : les officiers issus du mouvement nationaliste... ; les chefs partisans...; les militaires professionnels...; les jeunes officiers formés dans les académies arabes... Ces de catégories sont très marquées par le nationalisme et par le fanonisme (25) " [doctrine populiste et socialiste de Franz Fanon, s'appuyant sur la paysannerie].

 

Ces efforts de réorganisation ne mettent pas l'ALN extérieure à l'abri des actions ennemies. Au début de 1960, la wilaya 5 perd 27 postes radios sur 30, que les services d'écoutes français suivaient depuis le Maroc. En octobre, une opération d'intoxication incite l'ALN de Tunisie à replier ses unités les plus avancées (26).

 

Les armements destinés à l'ALN s'accuniulet t ainsi en Tunisie et dans les pays arabes. Un mémorandum français les estime en février 1960 à8 000 armes en Tunisie, plus 10 000 en stock, 1 000 au Maroc, 8 000 en Libye et 35 000 au Moyen-Orient (27). Le nombre d'an-nes acheminées en Algérie diminue fortement en 1960, et remonte en 1961. Mais les katibas de l'intérieur, contraintes à une tactique de guérilla, disparaissent peu à peu, et l'armement collectif (mortiers, LRAC, mitrailleuses) doit être stocké.

 

L'état-major de l'ouest, jumelé à Oujda avec le commandement de la wilaya 5, achemine vers Figuig les groupes de djoundi qui transitent par le camp de Khemisset ou qui sont instruits au camp de Larache. Des dépôts d'armes sont implantés à Casablanca, Kenitra, Souk el Thata, des ateliers -d'armement près de Tiflet et Souissi, les directions de l'Armement et des Finances à l'ambassade de Rabat. Les colonels marocains Ben Miloudi et Ben Hamou contribuent au ravitaillement de l'ALN. Le 31 mai 1960, un protocole est signé par le prince Moulay Hassan et Ferhat Abbas. Le prince y réitère " sa vonlonté de continuer à apporter au gouvernement d’Alger (sic) son appui constant et son aide matérielle...et à neutraliser les entreprises de la France au Maroc, ". En contrepartie, le GPRA s'engage "à ne rien entreprendre au Maroc qui puisse troubler l'ordre public ". Les articles de ce protocole précisent les modalités d'arrestation des Algériens délinquants et des déserteurs de l'armée française et de l'ALN, d'internement des opposants dans des centres de rééducation civique, d'élimination des agents des réseaux de renseignement français. de contrôle des Algériens aux frontières, et d'information du Maroc sur l’importation et l'acheminement des armes (28) En novembre 1960, Boumediene vient au Maroc procéder à la réorganisation des unités, comme il l'avait fait en Tunisie.

 

C'est à l'été 1960 que les dirigeants algériens se préoccupent de réaliser l'objectif de destruction des barrages. Ils consultent à cet effet des experts soviétiques, chinois, yougoslaves et indonésiens. URSS et Chine proposent de former des spécialistes et, pour une durée limitée. de fournir des conseillers. Un projet égyptien envisage une attaque avec 6 000 hommes fortement encadrés par des officiers dont 30 ont reçu une formation spécialisec. Une expérimentation est même conduite en Chine, qui démontre qu'il faut des avions, de l'artillerie lourde et des effectifs importants. Or les pays du Maghreb refusent l'utilisation de leurs a rodromes, et contrôlent l'artillerie lourde (29).

 

L'augmentation des effectifs est en cours de réalisation par incorporalion d'Algériens et de réfu iés résidant en Tunisie, au Maroc ou en France, qui ont été recensés et sont contrôlés par les cellules du FLN (-30). Selon M. Zerguini, on s'efforce de compléter le recrutement, rural à l’origine, paldes étudiants que l'on envoie se former au Moyen-Orient. Cependant, le gouvernement marocain s'oppose au recrutement d'Algériens servant dans son administration, et beaucoup d'Algériens résidents ne sont pas volontaires pour s'engager dans l'ALN. C'est alors que surgit l'idée de faire appel àdes volontaires internationaux. De sa prison, Aït Ahmed y voit la seule façon de détruire les barrages. mais la création d une brigade africaine se lielirte au refus de Bourguiba, et en août, la Ligue arabe réunie à Clitaura fait la même réponse négative (31).

 

Les efforts d'organisation poursuivis avec persévérance par l'EMCi ii'enipêchent pas les querelles internes de se développer. Au Mai-oc, le colonel Ben Boulïiid échappe à un attentat. Le capitaine ZoLiibir quitte Tlemcen et avec une centaine de djoundi entre en dissidence contre la wilaya 5 : il attaque en janvier 1960 un détachement de L’ALN à la frontière, avant (l'être cerné, puis condamné à mort par un tribunal présidé pai- Boumediene. Le lieutenant Hamidi, fait prisonnier en mai lors d'une tentative (le franchissement près d'Ain Séfra, estime qu’il a été trahi. Le capitaine Moussa est l'auteur en septembre d'une nouvelle conjuration. Enfin, le colonel marccain Ben Miloud, en public, accuse les chefs du FLN de lâchet(,,. Les Marocains interrompent alors leur ravitaillement (32).

 

Tandis que l'armée tunisienne s'oppose par la force aux infiltrations vers le sud, l'ALN de Tunisie n'est pas à l'abri des dissensions et des manifestations d'indiscipline. Les désertions d'un bataillon à l'autre et les absences irrégulières obligent Boumediene à menacer de réagir. Le 5 janvier 1962, le commandant Salah Smahli, accusé de détouniemeiit de fonds, est exécuté. Mais la principale opposition est celle de l'EMG contre le GPRA et le CIG. En août 1960, Ferhat Abbas dresse nu constat alarmiste de la fracture entre les maquis et le FLN extérieur. Au début de 1961, il se rend à deux reprises à Ghardimaou pour faire la leçon à Boumediene. Leur différend concerne la passivité de l'ALN, et surtout le commandement des wilayas, que le GPRA veut conserver, alors que l'EMG le revendique (33)

 

L'état-major de l'ouest, jumelé à Oujda avec le commandement de la wilaya 5 achemine vers Figuig les groupes de djoundi qui transitent par le camp de Khemisset ou qui sont instruits au camp de Larache. Des dépots d’armes sont implantés à Cassablanca, Kenitra, Souk el Thata, des ateliers d’armement près de Tiflet et Souissi, les directions de l’Armement et des Finances à l’ambassade de Rabat. Les colonels marocain Ben Miloudi et Ben Hamou contribuent aur ravitaillement de l’ALN. Le 31 mai 1960, un protocole est signé par le prince Moulay Hassan et Fehart Abbas.

 

Le GPRA, à la demande de Bourguiba, demande que l'EMG livre à la police tunisienne un pilote français abattu le 21 juin 1961. Boumediene s'incline avec difficulté, mais le 15 juillet l'EMG donne sa démission, et se constitue en direction parallèle. Le 19 août, 21 officiers votent une motion réclamant " le retour la Révolution " et la transformation de l'ALN en " armée de militants ". Le conflit ne fait que s'envenimer avec la désignation de Ben Khedda à la tête du GPRA, à la fin du mois d'août (34).

 

Sur le plan militaire, l'année 1962 sera marquée par le harcèlement des postes de Gouared et Bordj Mraou en janvier, et du 6 au 13 mars, par une attaque massive, appuyée par l'artillerie de 85 mm et de 122 mm de Oum Teboul à El Ma el Abiod, avec effort de Lacroix à Sakiet. Le Journal de marche du 153e RI décompte 188 harcèlements et 231 djoundi tués. Boumediene s'efforce alors de prendre en main les wilayas 2 et 5, et d'introduire en Algérie des agents porteurs de ses directives, tandis que les Algériens de l'Exécutif provisoire rentrent avec des valises bourrées de PA et de PM 25 (35).

 

Les représentants de l'état-major voteront contre les accords d'Évian en février, puis en mai 1962. L'ordre du jour de Boumediene du 26 mars affirme que " le cessez-le-feu n'est pas la paix... la lutte continue jusqu'à la Révolution ". Représentant de l'EMG, le capitaine Bouteflika se rend àAulnoye au début de décembre 1961 sous une identité marocaine, et rallie Ben Bella au camp des militaires. Le 30 juin, le GPRA destitue l'EMG, décision sans conséquence par le fait que l'Armée Nationale Populaire est derrière Boumediene (36).

 

Dans les premiers jours de juillet, l'ANP rentre en Algérie. Cinq sousgroupements constitués à l'est sont implantés sur le territoire de la wilaya 2, soumise elle-même à des remous internes. A l'ouest, tous les bataillons rentrent par Oujda, à l'exception d'un sous-groupement chargé de surveiller la frontière marocaine entre Ain Séfra et Tindouf (37).

 

L’ALN extérieure en chiffres.

 

Les évaluations restent grossières, qu'elles émanent d'historiens algériens ou du 2e bureau français.

- D'après Mohamed Teguia, dans L'Algérie en guerre, (Alger, 1981)

p.312, en 1958 l'ALN extérieure comprend 15 000 à 20 000 hommes ; p.415, le 6 juillet 1962, Ben Bella évalue l'ALN à 40 000 hommes dont 35 000 à l'extérieur.

 

 

- D'après Mohamed Harbi, op. cit., p. 265 : (en 1960), l'ALN extérieure perd son caractère initial d'ai-riiée de partisans et évolue vers une année classique. Composée de 23 000 hommes, dont 8 000 an Maroc ci 15000 en Tunisie, elle dispose de tous les services... Aux frontières tuttisiennes, l'armée comprend 23 bataillons, 5 compagnies lourdes d'appui avec canons sans recul et 4 groupes autononies de mortiers de 106 mm.

 

Dans Les feux du désespoir, Yves Courrière indique un effectif d'un peu plus de 12 000 hommes pour l'ALN Tunisie en janvier 1960.

 

D'après le 2e bureau de l'EMI (archives du SHAT IH 1424, 1425, 1426, 1427, 1428, 1598, 1600, 1682, 1773, 1775), l'évolution est la suivante

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les effectifs indiqués + sont des personnels en transit de wilayas

 

 

 

Le recrutement de L’ALN extérieure.

 

 

Selon M. Zerguini (adjoint du colonel Boumediene).

 

Le recrutement était initialement rural ans rité, ce qui po,;ait des problèmes car il était impossible (le trouver un comptable on un secrétaire. En 1 958, il a donc été demandé à la Fédération de France du FLN de susciter des vocations pour rejoindre l'ALN. parmi des jeunes ayant reçu une certaine éducation. L'effort a également porté, dans le même domaine, sur le recrutement de jeunes étudiants ou ayant un bon niveau en Belgique, en Allemagne, au Maroc et en Tunisie, parmi la diaspora algérienne. Très vite, des jeunes âgés parfois de 17 ans, sont envoyés en Syrie, en Égypte, en Irak pour y recevoir un complément de formation intellectuelle, puis militaire. En 1960, un nouvel effort de recrutement porte sur des étudiants algériens.

Selon R.M. Boutella

 

Le recrutement aux frontières (tunisiennes comme marocaines) s’etfectuait de trois manières différentes

 

a) Auprès de tous les " insoumis " qui avaient fui le territoire algérien pour se " dispenser " des " rigueurs du climat " en Algérie.

 

Regroupés dans des camps différents le long de la frontière tunisienne notamment, ils étaient tout d'abord pris en charge par des unités de formation qui les initiaient aux règles élémentaires du combat. puis constitués en unités, ils contribuaient au renflouement des unités à constituer.

 

b) Les divers éléments qui arrivaient en Tunisie ou au Maroc par voie aérienne ou maritime, rejoignaient les camps de formation selon leurs origines géographiques.

 

En Tunisie, en effet, les wilayas 1, 2, 3, et 6 et la Base de l'est étaient représentées. Leurs camps se distinguaient les uns des autres. Il n'était pas admis de voir un élément de la wilaya 3, par exemple, au sein des éléments de la wilaya 2.

 

Tout au long de la frontière (tunisienne comme marocaine), les réfugiés algériens se rassemblaient autour d'un puits ou d'une source hydraulique pour pouvoir survivre.

 

Leurs enfants ayant atteint l'âge de porter les armes étaient systématiquement pris en charge dans les camps de formation, après une visite niédicale décidant de leur aptitude à servir sous les armes. L'âge minimum requis était de 18 années révolues.

 

(1) Voir aNnexe A 1 sur les sources bibliographiques et les archives de référence.Il faut y ajouter les amres prises à l'armée française : 628 en 1955, 3 633 en 1957. 1 851 en 1958, 1 892 en 1959, 1 873 en 1960, 2 344 en 1961. Un rapport Parlange d'octobre 1956 considère qu'il n'y a pas d'armement venant de l'extérieur dans les Aurès-Nementcha (C. PAILLAT, La Liquidtion, p. 282). El Moudjahid de novembre 1957 estime que 75 % , des armes sont prises à l'armée française.

 

(2) Il faut y ajouter les armes prises à l’armée française : 628 en 1955, 3 633 en 1957, 1851 en 1958, 1892 en 1959, 1873 en 1960, 2 344 en 1961. Un rapport Parlange d’octobre 1956 considère qu’il n’y a pas d’armement venant de l’extérieur dans les Aures-Nementcha (C. PAILLAT, la liquidation, p. 282) El moudjahid de novembre 1957 estime que 75 % des armes sont prises à l’armée française.

 

(3) M. HARBI, Le FLN, mirage et réalités, p. 199. C. PAILLIAT, La Liquidtion , pp. 126 et 324 . En février 1956, Nasser affirme au ministre C. Pineau qu'il ne participe ni à l'armement ni à l'entrainement des rebelles algériens. Mais selon LEBJAOUI, Vérités sur la révolution algérienne, p. 129, il fait remettre 80 000 livres à Ben Bella par la Ligue arabe.

 

(4) A son retour, le 11 février 1955, Ben Boulaid est arrêté par la DST à la frontière algéro-tunisieiine. Réf. M. MAADAD, Guerre d'Algérie chrono et commentaires, p. 321.C. PAILLAT, Dossier secret n° 2 . pp. 169, 173, 255 et La Liquidation, p. 305. M. LEBJAOUI, op. cit., p 129

 

(5) IH 1425/1 - 1600/1.

 

(6) M. MAADAD, op. cit., p. 67. M. HARBI, op. cit., p. 210. C. PAILLAT, Dossier secret n° 2 n. 2, pp. 268 à 280.

 

(7) IH 1424-1425. M. HARBI, op. cit., pp. 204-216. M. GUENTARI, op. cit., pp. 105, 604,

645. Y COURIÈRE, L'Heure des colonels, pp. 90 à 100, Les Feux du désespoir, pp. 395-399.

 

(8) M. HARBI, Op. Cit., p. 199. Y. COURRIÈRE, L'Heure des colonels, pp. 104-230.C.PAILLAT, Dossiers secret n° 2, p. 292.

 

(9) M. HARBI, Op.Cit., pp. 199-226. M. GUENTARI, Op. cit., p. 356. M. MAADAD, Op. cit., p. 231.

 

(10) M. GUENTARl op. cit., p. 633.

(11) 1 H ,1424-1425-1426-1682. M. HARBI, op. cit., pp. 212-220. C. PAILLAT, Dossiers secrets n° 2 p. 481.

 

(12) Cette affaire de Sakiet est interprétée par P. Le GOYET comme un piège du FLN pour obtenir l'internationalisation du conflit (La Guerre d’Algérie, Perrin 1989. p.131 Pour MAADAD(op. cit., p 106) en revanche il sagit d'un acte prémédité par Algér, visant à punir les Tunisiens en raison de leur soutien à l'ALN. Sans se prononcer sur ces interprétations, on notera que l'affaire a été très habilement exploitée par Bourguiba, qui alerta les médias et gonfla les pertes tunisiennes. Aux journalistes, il fit croire que l'école, fermée depuis des mois,fonctionnait le 30 janvier.

Autres références : M. HARBI, op. cit.,p p. 212-220

 

(13) 1H 1600. M. HARBI, op. cit., p. 229. Y. COURRIÈRE, Le Temps des colonels, p. 90. C.PAILI,AT, Dossier sceret n° 2 p. 471.

 

(14) M. HARBI, op. cit., p. 200. M. GUENTARI.op. cit., p. 608

 

(15) 1H 1426/2 et témoignage de Zerguini. M. HARBI, op. cit., pp. 214-216. LE GOYET, op. cit., p. 93. M. MAADAD, op. cit., p. 108. F. ABBAS, op. cit.,p. 256. Y COURRIÈRE, Le Temps des colonels, p. 362.

 

(16) R. MAI-FK, L'Algérie à Évian, pp. 149-150. M. HARBI, op. cit., pp. 212-213.

 

(17) M. MAADAD, .op.cit., pp. 69 et 124 M. HARBI, op.cit., pp. 214-220-226-245

 

(18) C. PAILLAT. Dossier secrets n° 1, p. 192. M. HARBI, .op.cit., p. 243. Hamdani AMAR, Le lion djebels, Balland, 1973, p 214

 

(19) sources personnelles : " Haut les mains. Nous n’avons plus besoin de toi " . Boutella demande le temps de faire ses bagages et part à pied dans la nuit. Cf. ausssi M. HARBI, op.cit., p 223.

 

(20) Cette affaire est relattée par la presse et la radio arabes comme la prise de Bône.

 

(21) M. TEGUIA, l'Agérie en guerre p.325. H.JACQUIN, La guerre secrète en Algérie,p.222.

 

(22) R. MALEK, L'Algérie à Évian, p. 54. M. HARBI, op. cit., pp. 236 et 251. Seul le 7e objectif de ce plan : porter l'action en France, sera réalisé.

 

(23) M. HARBI, op. cit., pp. 261 à 269 - M. MAADAD, op. cit., pp.165 et 193. F. ABBAS, Autopsie d'une guerre, p. 281. C. PAILLAT, La Liquidation, p. 574. Contrairement à ce qu'aurait déclaré Krim Belkacem au général Jacquin, Bencherif a effectivement franchi le barrage (confirmé par Zerguini, M. Harbi et le 2e bureau : IH 1426/2). Selon Boutella, il aurait franchi par un tunnel dans la région de Sakiet.

 

(24) Témoignage Zerguini. Les ex-officiers français ne seront pas admis au CNRA, à l'exception de Bencherif, qui a déserté en 1957 en égorgeant les soldats français et musulmans placés sous ses ordres.

 

(25) M. HARBI, Op. cit., pp. 261 à 264. L'opinion de M. Harbi doit être nuancée.

 

(26) H. JACQUIN, Op. cit., pp. 227 et 239.

 

(27) Dossier 32 des Affaires étrangères.

 

(28) Ce dernier article permettra ultérieurement au Maroc d'interdire l’utilisation par l'ALN des armes lourdes à l’exception des mitrailleuses de 12,7, des cannons de 20 Flack et des mortiers de 45 à 82. M GUENTARI, op. cit., pp. 437 et 607. C. PAILLAT, Dossier secret n° 1, p 408 1H 1775

 

(29) R. MAIEK, op. cit., p. 60 M. MAADAD, op. cit., p. 142 1H 1426

 

(30) Les renseignements relatifs aux réfugiés sont contradictoires. Issus des zones interdites créées le long des frontières, ils sont selon le FLN 145 000 en Tunisie et 205 000 au Maroc. Suivis par le Croissant-Rouge, ils sont nourris grâce à l’aide internationale, éduqués par des enseignants et des commissaires politiques. Selon le 2e bureau, la moitié de l’aide internationale est prélevée par les Tunisiens et ALN, ils vivent donc dans la pénurie et le froid, et n’ont pas le droit de se déplacer. En avril 1961, des manifestants s’opposent aux rafles du FLN au Maroc, où sur 220 000, 150 000 sont des permanents assimilés. Ref. 1H 1765/1, 1773/2. M GUENTARI, op. cit., pp. 645 à 659, 709 à 715.

 

(31) IH 1773/2. R. MALEK, op. cit., p. 59. Ait AHMED, La Guerre et l’Après-guerre, p. 108

 

(32) M. HARBI, op. cit. ., pp. 261-289. C. PAILLAT, Dossiers sercrets n°1, pp. 406-408 . Y COURRIERE, Les feux du désespoir, p. 542.

 

(34) R. MALEK, op.cit , P. 173. M. HARBI, op. cit., pp. 271-272.

 

(33) M. HARBI, op. cit. ., pp. 269-275, F. ABBAS op. cit., pp.316-317, M. TEGUIA, op. cit., pp. 393_397

 

(35) R. MALEK, op. cit., p. 250. JMO de la zone Est-Constantinois et du 153e RI. L'estimation des pertes par le 153e RI semble exagérée. M. HARBI, op. cit., pp. 288-296-325. F.ABBAS, p. 321.

 

(36) M. HARBI, op. cit., pp. 288-296-325. F. ABBAS, op. cit., p. 321. Y. COURRIÈRE, Les

Feux du désespoir, p. 342. R. MALEK, op. cit., p.224

 

(37) IH 1428/1.

 

(38) Boutella Rabah Mohitmed est né à La Calle le 1er février 1915. Son père était commandant de spahis, il est incorporé le 10 décembre 1933. Sous-lieutenant en 1947, capitaine en 1957, sert en Indochine au 8e RSA. légion d'honneur (JO du 2 août 1954 ). Incarcéré à Fresnes en septembre 1957 dans le cadre de l'affaire Rahmani. Élargi en février- 1958, il déserte. Chargé de l'instruction des recrues en Tunisie en novembre 1958. des services financiers de l'ALN en mars 1959, adjoint du camp de Chambi en octobre 1959. Commandant le 5e bataillon de la Base de l'est en décembre, il en est rejeté par les cadres. Il devient conseiller de Boumediene. Après l'indépendance, commande le centre d'instruction de Bedeau, puis est commandant des blindés et de l'École des blindés. Attaché militaire à Paris en 1968, stagiaire à l'ESG-CSI en 1972. Attaché militaire à Pékin en 1979.

 

 

IMPLANTATION, ORGANISATION ET POTENTIEL

DE L’ALN EN TUNISIE

 

Base de repli et de ravitaillement en armes, où s'implantent temporairement des bandes plus ou moins structurées, l'ALN de Tunisie s'est transformée en 1960 en une armée de métier, dont les bataillons de fantassins seront appuyés en 1961 par quelques compagnies d'armes lourdes.

 

En août 1956, le congrès de la Soummam a défini les structures territoriales (wilaya, mintaka, nahia, kasma), uniformisé les grades et les unités de combat, de l'échelon groupe fawdj) à la section (ferka), à la compagnie (katiba) et au bataillon (failek). A la fin de 1956, Ouamrane prend en main l'organisation des ravitaillements et, en juin 1957, le CCE qui s'installe à Tunis est confronté au problème de l'unification des bandes (1).

 

La Base de l'est, baptisée initialement wilaya de Souk Ahras pour affirmer son indépendance par rapport à la wilaya 2, recueille dans une bande de 40 km à l'est de la frontière, des combattants en transit des wilayas 2, 3 et 4, et s'efforce en même temps d'organiser cinq faileks. Au sud, ce sont les mintakas de la wilaya des Aurès-Nementcha qui occupent le terrain de Thala à Tozeur. Plus au sud, quelques sahariens du Souf et des Chaambas cherchent à s'implanter autour de Ghadamès et Ghat, au Fezzan (2).

 

Après le bombardement de Sakiet, on observe un desserrement vers l'intérieur de la Tunisie des katibas proches de la frontière. Mais dès le mois de février 1958, ces katibas sont engagées en Algérie où elles seront décimées.

 

En avril 1958, alors que les katibas échouent dans leurs tentatives de franchissement en force du barrage (ligne Morice), Krim Belkacem crée les Comités d'organisation militaire, dont le COM Est est confié à Mohammedi Sa:id. En septembre, la création du GPRA entraîne une nouvelle réorganisation (3). Le Commandement des frontières CDF est constitué au Kef en décembre, dans un rôle de soutien logistique de l'avant. Il est dirigé par le commandant Moussa. Les bandes de guérilleros laissent peu à peu la place à des unités militarisées.

 

En novembre 1959, l'ALN est articulée en 5 bataillons autonoi^nes. 8 bataillons organisés en partie pour entrer en Algérie, 9 compagnies plus, ou moins indépendantes, 4 camps d'instruction et une école de cadres.

 

Après la création de l'EMG confié à Boumediene en janvier 1960 (4), avec l'aide des ex-officiers français, les bataillons sont allégés de leurs impedimenta et réorganisés sur un type temaire. Leur 550 djoundi sont répartis entre :

 

- 3 compagnies de combat à 140 hommes, disposant de 6 FM, 3 LRAC, 3 mortiers de 45, 125 PM ou fusils de guerre, 3 PA ;

 

- 1 compagnie d'appui à 140 hommes, mettant en oeuvre 2 canons de 57 SR, 2 mortiers de 81 et 2 de 60 mm, 2 mitrailleuses 12,7, 12 MG 42, 130 PM ou FG;

 

- une section de commandement à 31 djoundi

 

Les secteurs 1 et 2 deviennent zones opérationnelles Sud (Thala) et Nord (djebel Kharouba dans le " Bec de Canard "). 3 000 recrues sont incorporées en octobre-novembre 1960, puis 500 par mois, formées dans cinq centres d'instruction de base de 400 à 500 hommes, dont la direction est assurée par Abdelmoumen à Mellègue. Des formations spécialisées sont dispensées dans une école de cadres, une école d'artificiers et un centre de transmissions (6).

 

L’armement lourd qui arrive de l'extérieur en 1960-1961 permet de créer une première compagnie lourde, équipée de canons de 75 SR, de 85 antichars, de 20 Flack, de mortiers de 120 ou 4,2 pouces, puis de 122 mm tractés. La modernisation est accélérée en 1961, les armes lourdes multipliées par deux, les véhicules automobiles par quatre. Des postes radio sont mis en place jusqu'à l'échelon compagnie.

 

On passe ainsi de 9 bataillons en avril 1960 à 16 bataillons en septembre, 21 bataillons, 3 compagnies lourdes et une section de mortiers en juillet 1961. Cinq bataillons sont rattachés à la Base de l'est, les autres étant dits autonomes. Les compagnies lourdes sont dénommées compagnies lourdes de zone (CLZ). L'organisation évolue peu ensuite, si l'on excepte l'ouverture du Front de l'Est saharien, devenu zone de Ghat en septembre 1961, qui compte 200 hommes à Derj et 100 hommes dans l'oued Tanezrouft. Après le cessez-le-feu, 3 brigades à 3 bataillons sont constituées(7). En juillet 1962, on décompte 21 bataillons, 4 bataillons lourds et une compagnie lourde de zone.

 

L'armement total est estimé en avril 1962 par le 2e bureau à : 8 canons de 105 SR, 120 de 75 SR, 20 à 40 mortiers de 120 et 106, 8 à 12 obusiers de 122, 8 à 12 canons de 85 AC, 40 canons de 37, 6 canons de 76, 20 canons de 20 Flack, 70 mitrailleuses DCA, 500 mortiers légers, 250 LRAC, 1 200 mitrailleuses ou FM, 15 000 PM et FG, 50 postes radio type C9, 150 postes ANPR CIO (8).

 

 

 

Organisation du commandement et logistique.

 

Les mutations de cadres ayant été fréquentes entre les différents commandements, bornons-nous à indiquer l'organisation en février 1961.

 

Boumediene, chef de l'état-major général (EMG), a son PC a GhardimaoLi. Il dispose d'un état-major à quatre bureaux classiques. Il exerce son autorité sur :

- le commandant des frontières (commandant Moussa) [voir organisation logistique] ;

 

- la zone opérationnelle Nord, sous les ordres des colonels Bensaleni et Chabou, disposant de trois bataillons autonomes et de cinq bataillons de la Base de l'est. PC au djebel Kharouba

 

- la zone opérationnelle Sud, sous les ordres de Mecheri Mohamed Naceur, puis de Soufi Salah, disposant de 2 300 hommes, des mintakas 15 et 16, articulés cri cinq bataillons autonomes en cours de formation. PC à Thala (9).

 

La logistique de l'ALN en Tunisie est subordonnée

 

- le directeur de la logistique de l'est, Bayou Saïd, est galemeiit installé à Tunis;

 

- La centralisation du soutien est assurée par le commandement des frontières (CDF) , implanté à Le Kef, sous la direction de Benhamet Mohamed (dit commandant Moussa ou Mourad). Il a pour adjoint Aïssa Dahane et dispose de se tiens identiques à celles de la branche ARG. Le CDF est soumis à une double subordination technique vis-à-vis du MALG militaire vis-à-vis de l'EMG.

 

- trois secteurs dé endent du CDF : le secteur Nord près de Ghardimaou, le secteur Sud à Thala et le secteur Centre à Le Kef. Les secteurs' Nord et Sud alimentent sept bases logistiques, quatre au nord et trois au sud, qui sont elles-mêmes chargées de soutenir les bataillons à la frontière. Les bases sont camouflées en forêt. Le secteur Centre alimente les centres d'instruction et les organisimes implantés autour du Kef.

 

- les dépôts principaux se trouvent à Benghazi et Tripoli en Libye ( 20 000 armes individuelles, 30 à 50 canons de 75 SR ), et à Le Kef ( armement, munitions ) . Les dépôts de matériel radio, qui dépendent de la branche Transmissions-Renseignement du MALG, se trouvent en Libye et à La Marsa, en Tunisie.

 

 

TRANSPORTS.

 

Les matériels sont acheminés en Tunisie

 

- par voie maritime : cargos au départ de Gênes et Trieste vers

Tripoli et Tunis ;

 

- par voie routière : 20 à 25 poids lourds (320 tonnes) font la navette entre l'Égypte et la Libve

- exceptionnellement, pour les matériels radio, par voie aérienne vers Tunis.

 

A 1’intérieur de la Tunisie, les transports sont assurés par voie routière, puis par mulets vers les unités de l'avant. L'ALN disposait en février 1961 de 100 véhicules dont 50 camions, souvent renforcés par des camions tunisiens, militaires et civils. En février 1962, le parc automobile s'élève à 400 véhicules dont 200 camions.

 

Le tonnage de munitions transporte s'est élevé 120 tonnes pour l'opération Didouche, à 400 tonnes pour le plan Boumediene.

 

 

 

SOUTIEN LOGISTIQUE.

 

Fabrication et réparations.

 

Un atelier de réparation des armes et de fabrication de cartouches est installé au djebel Djelloul près de Tunis. I'ALN dispose également d'ateliers de confection de tenues et de chaussures, et de boulangeries.

 

Santé.

 

Le service central est installé au DF sous la direction du docteur Nakache. Le docteur Montouri se trouve à l'hôpital tunisien de Le Kef. Une section de tri fonctionne à Ghardimaou. La chirurgie est assurée à l'hôpital de Souk el Arba. L'ALN dispose de lits dans les hôpitaux tunisiens de Tunis, Le Kef et Sousse. Quelques spécialistes soviétiques et yougoslaves contribuent au soutien sanitaire.

 

(1) IH 1424 à 1427, IH 1600/1. M. GTJENTARI, op. cit., p. 80. M. MAADAD, op. cit., p. 65.

(2) IH 1587/1.

(3) Témoignage Zerguini. La personnalité de Mohainmedi Saïd, qui a été employé successivement par l'Abwehr et par les Services français, est décrite par le 2e bureau à la fois comme " une brute mal dégrossie, et un paysan madré ".

(4) IH 1765/1. M. MAADAD, op. cit., p. 156. R. MALEK, op. cit., p. 54.

(5) IH 1588/2. IH 1761/1.

(6) Témoignage Zerguini. IH 1761/1.

(7) IH 1426/2. IH 1682/2.

(8) IH 1589/1 et 2, IH 1761/1, IH 2833/1.

(9) SHAT, IH 1761/1.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IMPLANTATION, ORGANISATION ET POTENTIEL

DE L'ALN AU MAROC

 

En mars 1955, le PC de la wilaya 5, installé à Nador avec le soutien de l'ALM, dirige quelques groupes isolés de djoundi, alors que les cargos Dina et Farouk débarquent de l'armement sur lequel le Maroc prélève son quota. Larbi ben M'hidi, Abdelhafid Boussouf, Aït Ahmed, Lotfi, sont parmi les militants de ce premier état-major. En août, des écoles de transmissions sont mises sur pied à Oujda, Nador et Tétouan. Des achats de postes radio sont réalisés auprès des bases militaires américaines. Boussouf organise les Transmissions-Liaisons du FLN en même temps qu'un Centre d'écoutes des unités françaises (1).

 

En 1956, alors que l'ALN Maroc reçoit environ 500 armes par mois, des sections sont implantées au nord, de Saidia à Bou Beker. Les sections nos 13, 14 et 15 font mouvement vers le sud, où un PC subordonné de la wilaya 5 s'installe à Figuig. Un service de l'habitat est chargé de recenser les Algériens résidant au Maroc, et le Croissant-Rouge, récemment créé, s'occupe des réfugiés.

 

Le 17 février 1957, le PC de la wilaya 5 avec Boumediene s'installe à Oujda. En mars est créé le centre d'instruction de Berkane, et la zone 8 (mintaka 58) s'organise dans le sud, en liaison avec l'ALM implanté de Goulimine à Figuig. Un commandement centralisé wilaya 5 - ALN Maroc est constitué avec Boussouf et Boumediene.

 

Les décisions du Congrès de la Soummam rentrent peu à peu en application. Elles concernent l'administration bureaucratique (très nombreux registres et rapports périodiques) et la solde mensuelle, qui est de 1 000 F par djounoud, 1 500 pour le sergent (arif) et l'infirmier, 1 800 pour l'adjudant (musaïd), 2 500 à 3 000 pour l'aspirant et le sous-lieutenant (mulazim), 3 500 pour le lieutenant (dhabit aouel) et le médecin (dhabit tham) 4 000 pour le capitaine et 5 000 pour le colonel (sag tham) (2).

 

 

En avril 1958, désigné par le CCE au poste de COM Ouest, Boumediene constitue son PC, avec une douzaine de services (pharmacie, commissariat Politique, transmissions, renseignement, dépôts, fabrication de tenues, boulangerie, photo, sécurité), à la base 15 au nord-est d'Oujda. La zone opérationnelle Nord est Organisée en huit secteurs Politiques sous la direction de Hocine Gadiri. La ferme Bel Hadj à Berkane est exploitée pour l'alimentation de la troupe. Quinze centres d'accueil (Marakiz, pluriel de Merkez) au nord, et huit au sud, reçoivent des missions d'instruction et de logistique. L'hôpital Loustau d'Oujda est le principal centre de soutien Santé.

 

 

Des ateliers de fabrication d'armement sont Boussouf avec des ingénieurs allemands, argentins, hollandais, britanniques et grecs. Ces ateliers sont implantés à :

 

- Tétouan, en 1958. Fabrication de grenades ,

- Souk el Arba en 1958. Fabrication de bombes, grenades, bungalores

 

- Bouznika en 1959. Fabrication de bombes, grenades et armes blanches ;

 

- Shkiret en 1960. Fabrication de mortiers de 45 et d'explosifs

- Timmara en 1960. Fabrication de PM Mat 49 et armes blanches

 

- Mohammedia en 1960. Fabrication de mortiers de 45, 60 et 80 (3).

C'est à partir de 1957 qu'est organisée l'instruction dans les camps spécialisés suivants (4) :

 

- Berkane, fin 1956. 1 500 instruits ,

- Larache, 1957-62. 1 200 instruits dont des terroristes de la Fédération de France du FLN ;

 

- Khemisset, 1957-59. 400 instruits

Kebdani (djebel Nador), 1959-62. 4 000 instruits (spécialistes en explosifs et artifices, commissaires politiques) ,

 

- Seghangan (ouest Nador), 1960-62. 4 000 instruits

- Sammar, Tifasar, Beni Enzar et A:in Messaoud sont des annexes de Kebdani et de Seghangan.

 

Des centres de formation des Transmissions fonctionnent à Oujda,Tétouan et Nador, où l'ALN occupe sept immeubles. D'autres centres spécialisés existent dans les marakiz et dans la région de Nador 5). Quelques

Congolais, Maliens et Mauritaniens sont formés dans ces camps.

 

En juillet 1959, on voit apparaître l'organisation de katibas et de facilas (sections disposant de trois FM, de PM et d'un poste radio), et en janvier 1960, une direction de l'instruction installée à Kebdani, et un commandement des frontières à Oujda (6). En juillet 1960, les effectifs atteignent

 

6 500 hommes répartis comme suit

- centres d'instruction : 920

- zone opérationnelle orientale Nord 3 150 dont 1 900 opérationnels

- zone opérationnelle orientale Sud 1 600 dont 1 200 opérationnels

- Maroc occidental : 800.

 

Selon Guentari, c'est en 1960 que sont créés les bataillons : 5 au nord, plus une CLZ, 6 au sud. Selon le 2e bureau, Boumediene vient en novembre réorganiser l'ALN Maroc, qui comprend alors 12 katibas au nord et 3 bataillons au sud (zone 8), plus 12 commandos de 25 combattants. Dans le même temps, le cargo Bulgaria débarque 1 800 tonnes d'armement semi-lourd, pour lequel le gouvernement marocain imposera des limitations d'emploi.

 

En novembre 1960, un plan de recrutement prévoit d'incorporer 10 000 Algériens résidant au Maroc. 1 000 sont recrutés en décembre, 1 500 en janvier-février et 1 000 en mars 1961. Les pères d'un enfant sont mobilisés. Le Maroc s'oppose au recrutement d'Algériens servant dans son administration (7).

 

En avril 1961, le cargo Chulym, débarque à Casablanca des armements que 100 camions transportent à Nador début mai (8).

 

En juillet 1961, la zone orientale Nord comprend le ler bataillon à Beni Drar, le 2e bataillon à Martimprey, les 3e et 4e bataillons à Bou Beker-Touissit, le 5e, bataillon à Oujda. Ces bataillons comptent 400 hommes articulés en 2 compagnies de combat de 120 hommes, une compagnie lourde à 4 mortiers de 81, 6 canons antichars, 2 mitrailleuses MG, 4 Flack 20, une section de minage et une section d'observateurs frontaliers. La Mintaka 8 crée 4 commandos pour remplacer ceux qui ont été anéantis en novembre 1960.

 

A la fin de 1961, une CLZ (compagnie lourde de zone) est mise sur pied au sud. L'ALN comprend alors 10000 hommes dont 6000 combattants : 5 bataillons et une CLZ au nord, 6 bataillons et une CLZ au sud. Des experts russes, tchèques et allemands instruisent les djoundi à l'emploi des armes lourdes (9).

 

Après le cessez-le-feu, tous les bataillons, à l'exception des Ile et 12e, et les personnels des centres d'instruction sont regroupés dans la région d'Oujda. Ils sont alors de deux types :

 

le bataillon d'infanterie de 500 hommes, Comprenant une compagnie de commandement, 3 compagnies de combat et une compagnie lourde à 4 mortiers de 81, une section de mitrailleuses et une section de 82 antichars ;

 

le bataillon lourd de 300 hommes, comprenant une batterie de 6 canons de 85 mm, une batterie de 6 mortiers de 120 et une batterie antiaérienne à 4 canons de 37 et 4 mitrailleuses lourdes.

 

Un bataillon du génie à deux compagnies sera mis sur pied à Oran en vue d'assurer le déminage des barrages. Un sous-groupement Sud surveille la frontière marocaine.

 

 

(1) M. GUENTARI, op. cit. pp. 105-604-645.

 

(2) M. GUENTARI. op. cit., pp. 144-148.

 

(3) M. GUENTARI, op.cit., pp. 608-645. Seul le mortier de 60 (400 fabriqués) sera utilisé. Le mortier de 45 explosait et le mortier de 80 était à l'essai. La production de PM passa de 1 000 à 2000. Noter que Guentari est bien infonné sur le service de Santé, p. 660.

 

(4) M. GUENTARI, op.cit., pp. 105 et 616. IH 1773/2, IH 1427/1.

 

(5) Camp de terroristes reconnu par Mario Faivre entre Melilla et Alhuceinas en juillet 1961. Témoignage personnel.

 

(6) IH 1775/2.

 

(7) IH 1-588/2, IH 1773/2. Voir modalités du recrutement pp. 108-109.

 

(8) IH 1427/1.

 

(9) M. GUENTARI, op. cit., P. 628.

 

 

 

ACTIVITÉS DE L’ALN FACE AUX BARRAGES

 

 

à l'édification des lignes Pedron, Morice et Challe. Il apparaît que si les ravitaillements des wilayas en armes ont été importants en 1957 et au début de 1958, ils se réduisent notablement après les batailles de Souk Ahras de février à juillet 1958, sans totalement disparaître. En 1957, 1 000 à 1 200 armes pénètrent chaque mois en Algérie, et arrivent aux wilayas après des délais qui vont jusqu'à deux mois et demi pour l'Algérois. Les difficultés du franchissement sont aggravées par 1 'établissement de zones interdites où les convoyeurs ne trouvent plus de refuges ni de ravitaillement(1). En février 1958, 400 an-nes franchissent encore les frontières, mais au premier semestre de 1959, l'EMI estime que 1 300 armes au total parviennent à l'intérieur et la moyenne ensuite n'est plus que de 30 à 60 par mois. Cette évaluation semble sous-estimée. Les difficultés rencontrées au nord ont incité les chefs de l'ALN à utiliser des itinéraires sud, qui ont initialement surpris le commandement français. La "filière rapide " par camions civils transfrontaliers est également employée, mais son rendement est faible. En 1960 et 1961, de petits groupes ont réussi le franchissement au prix de lourdes pertes dès que le passage était décelé. Il semble qu'à la fin de 1961, la moyenne des transferts d'armement ait encore diminué.

 

Selon le colonel (ER) Zerguini, un des adjoints de Boumediene à l'EMG, les franchissements en force du printemps 1958 constituaient une grave erreur. Ensuite, il aurait été décidé, de limiter les transferts d'armes et de les ajuster au maintien d'une petite activité de guérilla et de terrorisme en Algérie, la priorité étant désormais portée sur l'organisation des masses appelées à manifester dans la rue, et sur des harcèlements généralisés ayant pour but de soulager l'intérieur en fixant le maximum de forces françaises sur les frontières (2). On peut se demander s'il s'agit là d'une véritable conceptien stratégique, réfléchie et décidée, ou si ce n'est pas un mode d'action imposé par l'adversaire. Quant aux manifestations de masse, on sait qu'elles ont surpris les dirigeants du FLN, et qu'elles ont été d'abord provoquées par l'évolution de la politique française, le peuple des villes ayant compris que la proclamation d'une Algérie algérienne signifiait Algérie FLN.

 

Il reste que le commandement de l'ALN en Tunisie et au Maroc s'est efforcé de causer le maximum de dommages aux obstacles des barrages, aux unités qui les protégeaient et aux aéronefs qui les survolaient. Des commandos ont été formés et des techniques de franchissement mises au point.

 

Selon Mohamed Zerguini, l'édification des barrages a posé un problème psychologique et un problème technique. Il s'agit d'abord de démythifier le barrage dans l'esprit des djoundi. On leur fait donc effectuer des

 

 

reconnaissances de jour, afin d'observer l'obstacle pendant deux à trois heures. Ils participent ensuite à des sabotages de nuit, au cours desquels ils doivent ramener des matériels (piquets en particulier). Ils acquièrent ainsi une accoutumance et un ascendant qui leur permet de participer à de véritables opérations. Des commandos de franchissement sont formés sur un élément de barrage reconstitué à Mellègue, et des petits groupes interlignes sont introduits au-delà de la ligne Challe et relevés chaque mois. Les procédés de franchissement combinent plusieurs des techniques connues : tuyau de caoutchouc, dérivation électrique, planche basculante, sabotages à grande échelle visant à saturer la défense. Zerguini reconnait que les franchissements massifs de 1958 étaient mal étudiés et ont causé de lourdes pertes. On se contente désormais d'opérations de commandos, visant à la destruction de postes français et à la capture de prisonniers. Pour ces opérations, Zerguini met en application les méthodes que lui a enseignées le colonel Aumeran dans son régiment de zouaves. Une de ces opérations a été effectuée avec succès (sic) par le capitaine Nezzar dans les environs d'Annaba (Bône). Zerguini confirme que Bencherif a franchi le barrage, au prix de lourdes pertes pour son commando d'accompagnement (3).

 

Une étude très intéressante de la zone Est-Constantinois apporte des indications précises sur l'évolution de la tactique de franchissement de 1958 à1960. Il est indéniable que les attaques avec armes lourdes, et les destructions opérées sur de larges étendues ont posé à l'armée française des problèmes de mise à l'abri des troupes, de réparation rapide des dommages, et de maintien en alerte d'unités de réserve générale, problèmes qui se seraient amplifiés si une artillerie plus nombreuse et plus lourde avait été mise el] oeuvre par l'ALN. La riposte ne pouvait être qu'offensive, entraînant des protestations diplomatiques, comme cela avait été le cas dans l'affaire de Sakiet.

 

Une comparaison des pertes dans les zones frontalières montre que de juillet 1960 à mars 1962 les pertes françaises, réglementairement constatées. ont été importantes (163 tués et disparus à 1 est, 109 à l'ouest), et que les pertes estimées de l'ALN ont été quatre fois plus élevées à l'est. sept fois plus à l'ouest. Cette comparaison est intéressante, mais peut être contestée : les pertes de l'ALN ne sont exactes que pour le 1 s prisonniers et les i-alliés. les tués et les blessés faisant l'objet dévaluations non vérifiées (4).

 

Les témoignages sur le barrage, publiés par les combattants algériens. sont généralement imprécis. Mohamed Gueiitari, au terme de lon,,ues recherches, a pu cependant indiquer quelques filières utilisées à partir du Maroc (5). Il précise que " l'AlN fit creuser un tunnel dans la région d'Ahefir. à proximité de Port-Say, mais que sur le point d’ être achevé, le tunnel s'est écroulé. De même on a essayé d'utiliser le tunnel des mines de Lajico et El Abed ; l'opération n'a pas réussi, car le tunnel était étroitement surveillé par l’armée française ". Il écrit qu'en 1960 " la ligne était devenue quasi infranchissable, mais que le comandement de l'ALN a vu qu'il était inéluctable de passer même si cela obligeait à des affrontements avec l'armée française... Pour celaon choisit des endroits montagneux tels que le djebel Asfour, Beni Sour, Sidi el Djilali, Sebdou, Aïn Séfra, Béchar. ".

 

Les unités chargées du transfert des armes étaient accompagnées par un commissaire politique qui remontait le moral de ses hommes. Guentari ajoute : "A 1a fin de 1960, Inactivité des katibas transport des armes fut intero mpue, excepté quelques petits groupes très limités et qui laisse à chaque opération des victimes... (il s'agit probablement des commandos de 25 hommes mis sur pied par la zone 8). Par ordre du Commandement national de 1a Révolution, on mit fin à la navette des katibas, et ce en vue d'éviter des pertes considérables en hommes.

 

Les rapports du 2e bureau apportent des précisions intéressantes sur les éi-atio s de prestige lancées par l'ALN en 1959-60 (6) :

 

OP Le 30 décembre 1958, un plan de vingt jours est élaboré, qui prévoit d'introduire " katibas près de Sakiet et 200 djoundi vers Duvivier. Il se solde par un échec.

 

En février 1959, le tiers des effectifs engages réussissent le fi-anchissement à Morsott, Laverdure et au sud de Négrine.

 

Le 26 août 1959, 1 500 à 2 000 djoundi tentent de détruire le barrage dans la région de Lamy-le-Tarf.

 

Opération Didouche, du Il septembre au 16 octobre 1959. 4 bataillons engagés, 2 actions groupant 3 bataillons, 113 harcèlements, 21 sabotages. 8 tentatives de franchissement. 20 hommes ont franchi au sud de Négrine. 120 tonnes de munitions livrées. 100 hommes restent entre les barrages au nord.

 

0pération Amirouche, du 26 novembre 1959 au 10 janvier 1960. 10 bataillons en-agés, soit 1 300 hommes, 223 harcèlements, 23 sabotages, 8 tentatives de franchissement : 10 hommes pénètrent en Algérie, 30 à 40 dans l'interbarrage, 90 refluent en Tunisie. 10 tués. 220 tonnes de munitions livrées. L'échec de cette opération aurait entrainé le limogeage du commandant Idir.

 

Plan Boumédiene, du 13 mars au 31 mars 1960. 8 300 hommes encaaés, 124 harcèlements. 7 sabotages, 2 tentatives de franchissement (quelques hommes passent au sud de Bekharia, 2 commandos de 50 homnies avec Bencherif), 40 tués, 120 tonnes de munitions livrées.

 

Deuxième plan Boumediene, du 15 juillet au 6 août 1960. 262 harcèlements, 62 sabotages, 9 tentatives de franchissement (quelques hommes dans l'interbarrage, aucun au-delà), 650 tués et blessés, 400 tonnes de munitions livrées.

 

Attaques du 27-28 novembre et du 4 décembre 1960. Actions généralisées. Au moins 10 tués en novembre, 63 tués et 16 prisonniers en décembre. Des convois sont formés pour le franchissement (voir A7).

 

Attaque d'Aïn Zana. Le poste d'Aïn Zana, qui a fait l'objet de plusieurs attaques en raison de sa position tactique, dominant la Medjerda à la limite sud du " Bec de Canard ", a subi une attaque massive dans la nuit du 13 au 14 juillet 1959. Le commandant Idir a prétendu que le poste avait été conquis et que sa garnison forte de 200 hommes avait été éliminée. Cette affirmation est devenue une certitude pour les historiens algériens 7), et pour l'opinion conditionnée par " la culture de guerre " du FLN. Le bulletin de renseignement mensuel, document secret de l'état-major d'Alger, signé par le chef d'état-major de Challe, ne retient pas cette version et décrit ainsi l'attaque d'Aïn Zana :

 

" Dans la nuit du 13 au 14 juillet, les rebelles, agissants sur un front de 90 km entre la mer et Sakiet, mettant en oeuvre simultanément 12 canons de 37 SR et une vingtaine de mortiers de 81 ou 82, attaquaient Aïn Zana (poste et SAS) et la ferme arabe, harcelaient 12 autres postes et sabotaient le barrage en six endroits. L'action principale, dirigée sur Aïn Zana était menée par tout ou partie des trois faileks Bensaleni, Chabo et Hoffmann, appuyés par4 canons de 57 et 4 mortiers de 82 ; le poste a éprouvé des pertes en personnels minimes, mais des dégâts importants. L'attaque secondaire sur la ferme arabe a été conduite par le personnel de l'École des cadres du Kef. Par leur minutieuse préparation, leur coordination dans l'espace et le temps, l'emploi de moyens importants, et en dépit de leur échecs, ces différentes actions témoignent d'un style nouveau qui pourrait modifier les conditions de la lutte aux frontières. " Signé p.o. Colonel de Boissieu.

 

En février 1961, l'EMG décide la mise en place de structures d'acheminement entre les barrages Est. Elles seront chargées d'établir la liaison entre la Tunisie et le Constantinois, et de faciliter le transit des convois de ravitaillement.

Enfin les déclarations des djoundi faits prisonniers au printemps de 1959 nuancent les propos optimistes des officiers de l'ALN concernant la méthode psychologique d'accoutumance aux barrages, et la complicité des populations algériennes au passage des convois. Certains détails ne s'inventent pas, et la précision de leurs informations semble mettre en évidence la sincérité de ces témoins. On pourra objecter cependant que l'action psychologique du FLN, auprès des combattants et des populations, n'a produit son effet positif que plus tard, en 1960-61.

 

 

L'attaque la plus puissante contre le barrage Est a été déclenchée le 6 mars 1962 sur large front. Elle est décrite de façon détaillée dans les journaux de marche du 153e RIM, de la zone Est constantinoise (ZEC) et dans le bulletin mensuel de renseignement du Corps d'Armée de Constantine (8). Selon ce dernier, 300 actions ont été lancées par l'ALN du 6 au 14 mars, de la mer à Bir el Ater. 6 000 obus ont été tirés en cinq jours (les 6, 7, 8, 13 et 14 mars, avec une accalmie du 9 au 12). Trois zones ont été particulièrement visées : La Calle (3 000 obus), Bec de Canard (2 300 obus dont 1 200 sur Afn Zana), Le Kouif (700 obus). De nouveaux moyens lourds ont été mis en oeuvre : canons de 85 antichars, obusiers de 122 et mortiers de 120. Un groupement opérationnel a été mis sur pied, et les commandos engagés disposaient d'appuis lourds et de postes radio (C9, CIO, PP8). La DCA a été très active (canons de 20 en particulier). 13 cadavres ont été trouvés, 1 FM et 8 armes de guerre récupérés. Ainsi s'est déroulé ce dernier " baroud d'honneur " avant le cessez-le-feu.

 

Contrairement à certains récits algériens, les postes implantés à l'est de la ligne Challe (Aïn Zana, cote 878, Mzaret, ferme Colonna), ont été abandonnés et détruits par l'armée française après le cessez-le-feu. L'ALN a occupé les ruines de ces postes sans avoir eu à combattre

 

ACTIVITÉS DE L'ALN A LA FRONTIÈRE TUNISIENNE (de juillet 1960 à avril 1962, selon EMI/2, IH 1425 à 1427)

 

(a) : non suivi en statistique ; (b) : sur les frontières ; barrage principal en numérateur, bretelle en dénominateur

 

 

ACTIVITES DE L’ ALN A LA FRONTIERE MAROCAINE

(de 1958 à 1962 selon EMI/1)

 

 

(a) non suivi. Noter que les pertes de l’ALN son probablement sous-estimées, sauf pour les prisonniers et ralliés.

 

ARMEMENT RECUPERE PAR LES FORCES DE L’ORDRE SUR DES BARRAGES

1 er semestre 1958 : 3300 armes de guerres dont 350 collectives (évaluation approximative)

2e semetre 1958, année 1959 et 1er semestre 1960 : no suivi en statistique

2e semestre 1960 : 357 armes de guerres, dont 5 mitrailleuses, 2 mortiers, 3 bazookas.

1 er semestre 1961 : 612 armes de guerre dont 19 FM ou mitrailleuses, 5 mortiers, 9 bazookas.

2e semestre 1961 : 109 armes de guerre dont 4 FM, 2 mortiers, 1 cannon, 2 bazookas.

1er semestre 1962 : 17 armes de guerre.

 

 

 

 

 

 

 

(1) M. MAADAD, op. cit., 108.

(2) M. MAADAD, présente la même argumentation.

(3) Le 21 bureau a reconstitué l'itinéraire de Beiichei-if (IH 1426/2).

(4) IH 1425 à 1427. voir tableaux pp. 122-123.

(5) M. GUENTARI, op. cit., pp. 192-194-631-632.

(6) 1 H 1426/1 et 2.

(7) M. MAADAD, Op. Cit.

(8) IH 2833/1.

 

CONCLUSION

 

Ainsi les barrages frontaliers ont-ils interrompu le ravitaillement en armes des wilayas de l'intérieur, alors qu'elles étaient laminées par le plan Challe et les commandos de chasse 1 . Ce faisant, ils ont attisé le feu de conflits internes qui ne demandaient qu'à se réveiller, et qui ont perduré avec l'indépendance : conflits entre militaires et politiques, entre Arabes, Chaouias, Nementchis et Kabyles, entre totalitaires et démocrates. Ils ont ainsi contribué à la mise sur pied d'une armée politisée, instrument de conquête du pouvoir, baptisée nationale populaire, à l'imitation des pays socialistes.

 

Cette armée est devenue en même temps une armée régulière. Imposant une discipline implacable, Boumediene a eu l'intelligence d'utiliser les anciens officiers français pour transformer des bandes de partisans régionalistes en bataillons de tirailleurs de type européen, avec l'ajout de la formation idéologique et islamique. Confrontée à l'obstacle des barrages, vaincue en terrain libre en 1958, cette armée a été contrainte d'adopter une stratégie de fixation des effectifs français, en mettant en oeuvre avec une efficacité certaine sabotages, harcèlements, contournements, franchissements légers, jusqu'à l'emploi d'armes lourdes, coordonné sur large front. Lors du CNRA de février 1962, Bentobbal reconnaît toutefois avec lucidité que " la victoire ne sera pas obtenue par les armes. Impossible d'aboutir à une indépendance idéale (2) ". Contrairement à " la culture de guerre " que le parti unique s'est appliqué à inculquer aux jeunes générations, ce n'est pas une armée victorieuse qui rentre en Algérie en juillet 1962.

 

La présence de combattants étrangers sur les territoires marocains et tunisiens a posé des problèmes difficiles aux gouvernements de ces pays, écartelés entre le soutien d'un peuple frère, le maintien de leur jeune souveraineté, le respect des règles internationales (3) et des accords conclus avec la France, et l'espoir de gages territoriaux ultérieurs. Ils ont été ainsi amenés à exercer un contrôle qui limitait la liberté d'action de l'ALN extérieure et qui entretiendra un certain ressentiment dans l'esprit des soldats et des militants algériens.

 

 

 

 

 

 

(1) " Vous n'étiez plus que quelques chats ", dira Ben Bella en 1962 aux chefs des wilayas (cité par M. HARBI, op. cit., p. 359).

 

(2) Cité par R. MALEK, op. cit., p. 224. Déjà en 1960, le capitaine Slimane Hoffmalui déclarait : " Il ne fai4t pas être optimiste comme ils le sont à Tunis. La France est forte et ce n'est pas avec ses moyens actuels que l'ALN pourait battre, l'armée française. Pour l'instant, l'essentiel est pour l'ALN de tenir. , ( interrogatoire d'un rallié de haut rang. source Defnat.) Le mythe de la victoire militaire demeure prégnant dans l'Algérie d'aujourd'hui. " La liberté s'arrache et ne s’octroie pas ", écrit M. MAADAD, op. cit., p. 215.

 

(3) On n'a pas suffîsamment noté que cette présence était contraire au Droit international.

 

ANNEXE AI

Sources : archives et bibliographie

ARCHIVES.

Service historique de l'armée de, Terre (SHAT), Vincennes.

IH 1424 à 1428. Bulletins mensuels de renseignement de l'EMI/2. 1956-52.

IH 1587*, 1588*, 1589*. Fiches EMI/2 sur frontières tunisienne et marocaine.

IH 1598 et IH 1600. Mémento EMI/2 et statistiques de la rébellion.

IH 1671*, 1672*, 1673. Interrogatoires de ralliés.

IH 1682-92. Évolution du potentiel.

IH 1708*, 1709*, 1759. Incidents de frontières.

IH 1743. Organisation de l'ALN extérieure.

IH 1761*. Organisation, logistique et activités de l'ALN Tunisie.

IH 1763*, 1764*, 1765*. Aide tunisienne au FLN.

IH 1776*, 1777*. Aide marocaine au FLN.

IH 1773, 1774, 1775. Organisation et activités de l'ALN Maroc.

IH 1929, 1930, 1931. Directives du commandant en chef.

IH 1988. Barrages Est et Ouest.

IH 2828, 2833. Bulletins mensuels du CA de Constantine.

11-1 2933. Directives du commandant du CA de Constantine.

JMO du 153e RI et de la zone Est constantinoise.

 

Service historique de l'armée de l'Air (SHAA), Vincennes.

 

1966. Base aérienne n° 213 - Bône.

 

Ministère des Affaires étrangères.

 

SEAA no 33*. Comité des affaires algériennes, 1960.

 

Nota. - Les documents marqués d'un * ont été obtenus par dérogation.

 

BIBLIOGRAPHIE.

 

Ouvrages algériens.

ABBAS Ferhat, Autopsie d' ne guerre, Garnier, 1960, 343 p.

 

AÏT AHMED Hocine, La Guerre et l'Après-guerre, Éd. de Minuit, 1964, 204 p.

 

GUENTARI Mohamed, Organisation politico-administrative et militaire de la révolution algérienne, 2 vol., OPU, 1994, 949 p.

 

HAMDANI Amar, Le Lion des djebels, Balland, 1973, 355 p.

 

HARBI Mohamed, Le FLN, mirage et réalités, Éd. JA, 1985, 446 p.

LEBJAOUI Mohamed, Vérités sur la révolution algérienne, Gallimard, 1972, 249 p.

 

MAADAD Messaoud, Guerre d'Algérie, chrono et comentaires, ENAG, 1992, 328 p.

 

MALEK Redha, L'Algérie à Évian, Le Seuil, 1995, 407 p.

 

TEGUIA Mohamed, L'Algéi-ie en lierre, Alger. 1981, 4î5 p.

 

 

Ouvrages français.

 

COURRIERE Yves, L'Heure des colonels, Fayard, 1970, 630 p. - Les Feux du désespoir, Favard, 1971, 675 p.

 

JAC,QUIN Henri, La guerre secrète en Algérie, 01. Orban, 1977, 320 p.

 

JOUHAUD Edmond, Ce que je n'ai pas dit. Fayard, 1977. 440 p.

 

LE GOYET Pi ri-e. la Guerre d'Algérie, Perrin, 1989, 502 p.

 

PAILLAT Claude, - Dossiers secrets sur la guerre d'Algérie n° 1. Livre contemporain

1961, 538 p. - Dossiers secrets sur la guerre d'Algérie n° 2 , Presses de la cité

1962, 546 p. - la liquidation , R Laffont, 1972, 793 p.

 

Articles et témoingnages

 

(El Djeich, El Moudjahid, etc.) Voir annexe A3

 

COMMENTAIRE.

 

Les ouvrages cités ci-dessus contiennent des information intéréssante mais incomplètes sur l'ALN extérieure.

Sur l'organisation militaire et la tactique, le colonel (ER) Zerguini rencontré le 11 juillet 1996 à Paris, donne le précieux témoinage d'un ancien adjoint de Boumediene. Noter que les colonels Zerguini et Boutella contestent les jugements de M. Harbi, qu'ils ,n'ont jamais vu sur le terrain.

 

Dans ses deux volumes, M. Guentari décrit de façon détaillée plusieurs aspects de l'ALN Maroc ; il connaît bien l’organisation militaire, administrative et politique, le Service de santé. les transmissions, l'organisation judiciaire, les fabrications d'armement et les camps d'instruction. M. M. Maadad, F. Abas et A. Ahmed apportent surtout des jugements, de nature politique.

 

Couirrière et Paillat font état de renseignements recueillis au jour le jour de la bouche de témoins et d'acteurs. Mais il n'existe pas à notre connaissance d'étude synthétique de cette armée. Il faut recourir aux archives du, SHat (série IH) pour avoir une vue complète de l'évolution de l'ALN extérieure, et relier entre elles les informations partielles contenues dans les ouvrages et les témoignages cités.

 

ANNEXE A2

 

Déclarations de responsables algériens au sujet des barrages

 

Mohamed Harbi, directeur de Cabinet du ministre des Forces armées (1959-60), expert aux négociations d'Évian (mai 1961), secrétaire général au ministère des Affaires étrangères (sept. 1961-oct.1962).

 

Extrait de Le FLN, mirage et réalité, p. 213.

" Malaise dans les bases arrière (en 1958).

" Peu au fait des questions militaires, les chefs de l'ALN réagissent avec une incroyable pusillanimité à la construction de la ligne Morice. Par ailleurs, leur méconnaissance des conditions politiques et sociales du développement de la lutte, leur mépris de la politique vont produire, dans les bases arrière où s'encombrent les combattants, malaise et désorganisation. A l'est, interrogés par les populations frontalières qui leur demandent si elles doivent obtempérer aux ordres de l'armée française et aider à la construction du barrage, les responsables militaires répondent " Travaillez et versez-nous une quote-part d fruit de votre travail ; il nous faut des ressources financières "... A l'ouest, le capitaine Mahmoud (Abdallah Larbaoui) soumet à l'état-major un plan de destruction du barrage naissant. " Les barbelés ne sont pas un obstacle sérieux au passage de la frontière ", lui objecta la Direction du Comité d'Organisation Militaire (COM) Ouest (1). Il eut beau expliquer que les obstacles seraient gardés, rien n'y fit. On trouvait même que c'était un excellent moyen de freiner l'afflux de réfugiés algériens.

 

"Le barrage mis en place, son efficacité se fait sentir très vite. Mais pour justifier leur incurie, Krim Belkacem et Mahmoud Cherif (2) continuent à faire croire à son inefficacité. Le 5 mai 1958, les deux chefs décla

rent à El Moudjahid : " Les réseaux électrifiés ne créent pas de difficultés serieuses po r l'ALN. " Douze ans après l'indépendance, un rédacteur d'El Moudjahid écrit encore : " Cette ligne ne servit à rien... L'ALN avait fait de ce barrage une passoire... "

 

"Cet optimisme de commande est démenti par les faits. Le 8 juillet 1958, le colonel Ouamrane(3), responsable de l'armement, tirait la sonnette d'alarme

 

"L'ALN, qui a atteint une puissance respectable par ses effectifs et son armement, subit actuellement de lourdes pertes : plus de 6000 moudjahidines tombés en de mois dans la seule zone de Duvivier, l'ennemi ayantaugmenté ses moyens et adapté sa tactique (école Bigeard). Si au cours de l'année écoulée nous avons pu acheminer à l'intérieur un armement assez important, le renouvellement et l'approvisionnement en munitions est actuellement très difficile à cause du bouclage des frontières. "

 

" Tardif, ce constat intervient après la saignée. Alors que la nécessité d'un commandement unifié s'impose, la dégradation atteint les bases arrière. En Tunisie, les structures de distribution de l'armement provoquent des révoltes constantes... ".

 

Le colonel Lotfi (4), chef de la wilaya 5 depuis mai 1958, s'entretient en mai 1959 avec les responsables de la wilaya.

 

Extrait de A travers les wilayas, novembre 1960

 

" Le barrage de l'ouest qui encadre la voie ferrée à partir de Méchéria, ne nous gêne pas pour passer les monts des Ksour..

 

" Ce barrage est constitué de 700 km de réseau barbelé proche de la frontière au nord de Port-Say et Sidi Aissa, il s'en écarte pour aller protéger la voie ferrée de Méchéria à Ain Séfra, au-delà de Colomb-Béchar, et remonte vers la frontière marocaine pour protéger le Méditerranée-Niger.

 

" Le barrage est quotidiennement traversé par nos éléments qui trouvent des abris sûrs dans les monts des Ksour. "

 

Le colonel Lotfi trouvera la mort le 27 mars 1960 en essayant de franchir le barrage dans la région de Béchar,

 

 

Colonel Si Salah, chef de la wilaya 4.

 

Message chiffré au GPRA du 15 avril 1960, cité par Le Goyet dans La Guerre d'Algérie, p. 328 :

 

" Puisqu'il semble définitivement établi que nous n'entretiendrons entre nous 7u'un langage de sourds, nous nous permettons de vous envoyer ce dernier message... Vous avez interrompu radicalement tout acheminement de ... compagnies et de matériel de guerre depuis 1958 La wilaya 1 n'a pas de chef, la wilaya 3 également. Vous n'avez rien fait pour soulager cette dernière... Vous êtes enlisés dans la bureaucratie. Ne pouvons plus en aucune manière assister les bras croisés à l'anéantissement de notre chère ALN ...

 

" Pour essayer de vous justifier, vous nous dites que l'EMG n'a 7u'un mois et demi d'existence. Mais alors qu'auraient fait les deux COM précédents Est et Ouest ? Ont-ils fait leur devoir ? Sinon y a-t-il eu des sanctions ? "

 

Hocine Aït Ahmed, chef historique du FLN, adresse de sa prison un rapport au GPRA le 29 juillet 1960.

 

Extrait de La Guerre et l'Après-guerre, Éd. de Minuit, 1964, p. 108

 

" L'appel au volontariat.

" Nous devons concevoir l’appel au volontariat comme un fait d’intertionalisation.

" ... Voilà maintenant, par la faute du GPRA, la ligne Bourguiba qui vient au secours de la ligne Morice !

 

" ... A mon avis, la meilleure façon de poser le problème du volontariat est de lui fixer officiellement et publiquement comme objectif la destruction des deux barrages.

" ... La destruction des deux barrages par les volontaires revêtirait une portée politique et stratégique considérable... Sur le plan stratégique, elle aurait pour effet de fixer les meilleures troupes françaises le long des frontières...

 

" Le volontariat rendrait explosive la situation en Afrique du Nord...

 

" Il n'y a pas de doute que le " sus aux barrages ! " possède une valeur de symbole. Il doit donner naissance à un courant politique, à une série de slogans qui fouettent les consciences et frappent l'imagination des élites et des masses :

 

" - Les barrages empêchent l'intégration de l'Algérie au Maghreb, au monde arabe, à l'Afrique, etc. Il appartient aux Maghrébins, aux Arabes, aux Africains de les détruire.

" - Les barrages construits grâce à l'aide financière et technique des pays de l'OTAN doivent être détruits grâce à l'aide des volontaires des pays de Bandoeng.

" - Les barrages cachent le génocide et préparent le partage de l'Algérie et du Maghreb. "

 

Dans une interview de juin 1963, Aft Ahmed donne son avis sur les causes de la crise du GPRA de l'été 1962 (même référence, p. 167)

 

"Les causes de la crise ? C'est la ligne Morice, ce sont les barrages électrifiés... Asphyxiée, L'ALN poursuivait un combat de plus en plus inégal. La crise de direction fut fondamentalement une conséquence de la crise sur le terrain... "

 

Ferhat Abbas, chef du GPRA, dresse en août 1960 un tableau alarmiste de la situation

 

Extrait de M. Harbi, op. cit., p. 275

 

" Il convient de partir des constatations suivantes

 

" a) Il devient de plus en plus impossible de franchir les barrages pour alimenter la Révolution à l'intérieur du pays.

 

" b) Les maquis ne s,aut-aient sinon allet- à la victoire, du moins vivre longtemps, s'ils ne sont pas dirigés, alimentés pat- des troupes fraîches, un armement efficace et de l'argent en quantité.

 

"De ces constatations on peut déduire que :

 

" a) Les maquis demeurent isolés de l'extérieur et isolés entre eux.

 

" b) De plus en plus, il existe deux FLN coupés l'un de l'autre, celui de l'intérieur et celui de l'extérieur.

 

c) De plus en plus, à l'insécurité permanente de l'occupant... s'est peu à peu substituée l'insécurité permanente de l'ALN (celle-ci ne peut rester en général plus de douze heures dans un même village).

 

" d) De plus en plus, le GPRA méritera, s'il ne recherche pas et n'applique pas les moyens de modifier radicalement une telle situation, d'être appelé " l'organisation evtérieui-e de la rébellion " sans aucun lien avec l'illtérieur, ce qui est lourd de conséquences politiques... ".

 

Dans Autopsie d'une guerre, Éd. Gamier, 1980, Ferhat Abbas revient à plusieurs reprise sur les difficultés rencontrées par l'ALN pour franchir les barrages, sur la situation de l'ALN extérieure et les relations entre l'ALN et le GPRA

 

- p. 256 "Amirouche sous-estimait l'efficacité de la ligne Morice... L'asphyxie ne venait pas de la carence du GPRA, mais de la quasi impossibilité pour l'ALN de firanchir les frontières. "

 

- p. 281 : " En janvier 1960 à Tripoli, le CNRA ordonne que les militaires rentrent en Algérie, y compris l'état-major. Seuls exécutèrent cet ordre le colonel Ben Cherif, le colonel Lotfi et son suppléant le commandant M'Barek, enfin le commandant Tahar Zbiri. "

 

- p. 285 : " Le commandant Moussa, chargé de l'intendance, finit palmettre de l'ordi-e. Les djoundi se révoltaient parce qu'ils étaient mal nourris, mal habillés, mal couchés. "

 

- p. 286 : " L'ALN manque de tout, elle ne peut plus attaquer faute d'armes et de munitions. Elle se contente de durer en fuyant l'adversaire. "

 

- p. 309 (à l'occasion d'une visite à Boumediene) : " Je ne lui ai jamais révélé que si j'avais échoué, il aurait été arrêté, jugé et probablement fusillé. "

 

- p. 317 (nouvelle rencontre avec Boumediene) : "Je l'ai remis à sa place et le renvoyai à son travail : ravitailler l'intérieur et d'abord armer les wilayas, ce qu'il n'a pas été en mesure de faire. "

 

 

Le commandant Kaïd Ahmed, dit commandant Slimane, membre de l'état-major de Boumediene, déclare à la Commission de préparation du Congrès du FLN, en décembre 1963.

 

Extrait de M. Harbi, OP. cit., p. 276 :

 

" S'il n'y a pas eu un apport en cadres et en matériel important à destination de l'intérieur, il y a eu dans la stratégie militaire un phénomène nouveau... L'existence d'une force conséquente sur les frontières Est et Ouest, la pénétration au Sahara (front du Mali et front de Libye) qui a amené les Français à faire craquer le quadrillage et a permis à l'intérieur d'éclater en guérillas et de revenir à la méthode de 1954-1958... Devant l'importance prise par l'armée aux frontières, il y a eu crainte... on a voulu faire croire que sur le plan militaire nous étions en état d'infériorité et que le rapport de forces était tel qu'il fallait négocier à tout prix avec la France. "

 

Redha Malek, dans l'Algérie à Évian (Seuil, 1995) décrit p. 42 : " Le sentiment d'abandon des wilayas... les armements amassés ne parviennent que parcimonieusement ". La ligne Morice constitue " le premier problème sérieux " du FLN. Ses conséquences sont à la fois politiques, diplomatiques, militaires et psychologiques.

 

P. 55-56, il précise les buts stratégiques fixés par la Commission militaire d'août-décembre 1959

 

1) Ralliement des harkis

2) Destruction des barrages

3) Destruction du potentiel économique de l'Algérie

4) Implantation au Sahara ;

5) Créer des bases à l'intérieur

6) Alger capitale de l'insurrection

7)Porter les actions en France.

 

P. 59-60, il évoque le problème des volontaires internationaux, et le expérimentations demandées à la Chine pour la destruction des barrages.

 

P. 149-150, il cite les déclarations de Krim Belkacem, le 3 octobre 1959 sur la pression des Tunisiens.

 

Dans Vérités sur la Révolution algérienne (Gallimard, 1972), Mohame Lebjaoui, membre du ler CNRA, ex-président de la Fédération de France du FLN, et de l'Amicale des Algériens, intitule un chapitre : " Armer1a Révolution ".

 

Il dément d'abord la légende de Ben Bella agent égyptien, retenue pa certains dont Albert Camus, et décrit l'itinéraire de Ben Bella, depuis so évasion de la prison de Blida en 1952. Via Marseille, Ben Bella rejoint alors le Bureau du Maghreb au Caire, où siègent Allal el Fassi, Salah Be Youssef et Mohamed Khider, en liaison avec Fathi Dib, conseiller de Nasse pour le Maghreb. Tandis que les Marocains achètent des armes en Europ Ben Bella visite les camps d'instruction tunisiens en Libye, sous la conduite du tunisien Abdelaziz Chouchane. En juin 1952, il se rend avec Ben Boula'id à Beme où les trois mouvements de libération unissent leur action. Boudiaf à Tétouan et Nador achète des armes aux Espagnols, sous l'oeil bienveillant du général Valino, tandis que Ben Bella à Tripoli expédie vers l'Aurès les armes abandonnées par l'Afrikacorps et la 8e Armée britannique.

 

En août 1954, Nasser accroît son aide et met à la disposition des mouvements de libération ses attachés militaires à Madrid et Tripoli. En janvier 1955, Ben Boulaïd Mostefa, chef de la wilaya de l'Aurès, vient Chercher des armes à Tripoli, où il est pris en charge par A. Chouchane, avant de rencontrer Ben Bella, d'être blessé et fait prisonnier à son retour à la frontière algérienne, le Il février 1955. C'est en juin 1955, après la défaite de Salah Ben Youssef, que les centres d'instruction et les stocks tunisiens de Libye sont remis à Ben Bella. Nasser accorde 80 000 livres et met 2 bases égyptiennes à la disposition du FLN. Ben Bella achète des armes avec cet argent et s'empare du yacht Dina, appartenant à la reine de Jordanie. Convoyé par Mohamed Boukharrouba (futur Boumediene), le yacht est interdit à Nador et s'échoue sur la côte. L'armement débarqué à dos d'hommes est dirigé vers la wilaya 5. 160 PM sont donnés à l'ALM (année de libération marocaine), qui s'en sert pour attaquer les forces françaises du Maroc.

 

En juin 1956, Ben Bella rencontre pour la première fois Nasser, qui promet des armes.

 

Après la restauration de Mohammed V (15 novembre 1955), le docteur Hafed, chef de l'ALM, met tous ses réseaux à la disposition du FLN. Le soutien du roi se confirme : il fait acheter le cargo Athos (qui sera intercepté par la Marine d'Oran), et reçoit à Rabat les " dirigeants historiques ", qu'il invite à la Conférence de Tunis. C'est alors que leur avion est intercepté (22 octobre 1956). Boussouf devient responsable du FLN au Maroc, il reçoit 250 millions d'anciens francs de Mohammed V, 100 000 dollars du docteur Hafed, puis 117 millions d'anciens francs de maître Cherif, conseiller du roi. Le prince Hassan donne des armes des arsenaux marocains par l'intermédiaire du docteur Khatib, ministre des Affaires africaines.

 

(1) Le colonel Houari Boummediene est alors le chef du COM Ouest

(2) Krim Beldacem est alors ministre des Forces armées, Mahmoud Cherif, ancien chef de la wilaya 1, lui est adjoint.

(3) Colonel Omar Ouamarane, directeur de l’Armement et du ravitaillement général (DARG). Rapport CCE.

(4) Lotfi, de son vrai nom Dghine Benali.

 

 

 

ANNEXE A3

 

Quelques articles et témoignages algériens

 

Dans les Récits de feu, publiés par Mahfoud Kaddache (Éd. SNED, 1977), on trouve plusieurs récits évoquant les combats aux frontières et contre les barrages :

 

a) Brahim Berbedj raconte "La guerre en wilaya 2 ".

 

Il commande en août 1957 une katiba qui se rend de Collo en Tunisie pour y chercher des armes. Franchissement facile du barrage avec 280 hommes 45 mulets, près de Lagrine. Deuxième voyage et franchissement difficile près de Dar el Beida en novembre 1958. Il reste en Tunisie : après quatre mois d'entraînement, il est affecté au bataillon n° 11, puis n° 17. Harcèlements et attaques de El Hamri, Aïn Zana et Aïn Kentia.

 

b)Haous Lefkir et Ali Rebane évoquent " Les rescapés des barbelés de la mort ".

 

C'est l'histoire de 150 jeunes Kabyles, non armés, qui gagnent la Tunisie entre le 15 septembre et le 24 octobre 1957, au prix de dures épreuves.

 

c) Abdelhamine Chirane décrit une " Bataille dans le Sud " qui se déroule le 29 juin 1957 dans le djebel Grouz à l'ouest de Figuig. Cet épisode se situe avant l'établissement du barrage au nord de Colomb-Béchar, et fait intervenir des unités françaises stationnées au Maroc (Bou Arfa) et en Algérie.

 

El Djeich, organe de l'Armée n ationale populaire, publie en novembre 1966 des récits de combats aux frontières

 

- accrochage victorieux de Fema. Le 29 juillet 1957, le commandant de la Base de l'est monte une embuscade contre un convoi français au sud-est de Souk Ahras. Il aurait détruit 6 GMC, 2 voitures légères, 1 avion et récupéré 50 armes ;

- attaque d'A:fn Zana le Il novembre 1957, avec bazooka, mitrailleuses et mortiers. Le poste et celui de Mitoum auraient subi de lourdes pertes ;

- la bataille du djebel M'zi. Est reproduit ci-contre avec un article de la RHA sur le même sujet (cf. p. 211).

 

Dans sa biographie de Krim Belkacem Le Lion du djebel (Éd. Balland 1973), Hamdani Amar écrit que les chefs des wilayas 1, 3, 4 et 6, réunis du 6 au 12 septembre 1958, adressent un certificat de carence au CCE.

 

Dans L'Algérie en guerre (Alger 1981), Mohamed Teguia évoque (p. 325) les opérations d'envergure lancées depuis la Tunisie contre le barrage Est en février 1959, avec des canons sans recul.

 

 

RÉSUMÉ

 

Les besoins en armement des rebelles algériens les conduisent àimplanter en Tunisie et au Maroc, dès 1955, des bases qui dépendent des wilayas en cours de constitution. Ces bases acheminent vers l'intérieur près de 15 000 armes de guerre de 1956 à 1957. Contraints de se replier àTunis, les dirigeants de la rébellion s'efforcent d'organiser les unités extérieures et de les engager en Algérie, avec le soutien, et sous le contrôle, des autorités tunisiennes et marocaines. Des batailles meurtrières consacrent, de février à mai 1958, l'échec des tentatives de franchir les barrages installés par l'armée française. Cette défaite entraîne une série de crises internes et de complots des militaires contre les politiques. Ce n'est qu'en janvier 1960 que le commandement militaire est unifié et confié au colonel Boumediene, qui avec l'aide d'ex-officiers français, forge une armée régulière, bien équipée et entraînée, mais impuissante à franchir en force les barrages. Cette armée met alors en oeuvre, avec une certaine efficacité, sabotages, harcèlements, franchissements légers, jusqu'à l'emploi d'armes lourdes, coordonné sur large front. Profondément politisée, cette armée de métier est aussi un instrument de conquête du pouvoir.

 

 

SUMMARY

 

THE FOREIGN NLA AND FRONTIER BARRAGES IN ALGERIA

 

From 1955 onwards, the armament needs of the Algerian rebels led to the setting up of bases in Tunisia and Morrocco, which relied on wilayas that were becoming established. From these sites nearly 15 000 military weapons were transported inland between 1956 and 1957. The rebel leaders, forced to withdraw to Tunis, endeavoured to organise the foreign units of the NLA and involve them in the Algerian conflict, under the control of and with the support of the Tunisian and Moroccan authorities. During February and May 1958, attempts to cross barrages installed by the french Army inevitably failed. This led to a series of internal crises and military plots against politicians. Only in January 1960 was the military command united and entrusted to Colonel Boumediene. With the help of former French officers, Boumediene formed a regular army, well equipped and well trained, but powerless to cross the frontière by force. This army consequently carried out minor border crossings, sabotages and other harrassments, with some success, even going as far as using heavy weapons coordinated along broad fronts. This standing army, which was profondly politicised, was also an instrument to win power.

 

 

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