COMMISSION INTERNATIONALE D'HISTOIRE MILITAIRE

 

Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

La guerre d'Algérie

La défense des frontières

Les barrages algéro-marocain et algéro-tunisien 1956 - 1962

INTERNATIONAL REVIEW OF MILITARY HISTORY

RIVISTA INTERNAZIONALE DI STORIA MILITARE

REVISTA INTERNACIONAL DE HISTORIA MILITAR

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR MILITÂRGESCHICHTE

No 76 - 1997

Ont préparé ce numéro

Jean DELMAS, Serge LAROCHE, Régis TOCCO

Dactylographie : Lyliane VEDEL, Catherine WILLIAM

Traduction : Claire SANDERSON, Nadia NIN

 

SOMMAIRE

 

INTRODUCTION par le général (CR Jean DELMAS

I - Des antécédents :

Ph. RICHARDOT, docteur de l'université de Toulouse, Le plus vieux limes : la défense de l'Afrique romaine 

J.-E PERNOT, Collège de France, Ramas de quelques pensées à propos des lignes de fortification de l'Antiquité à 1954

B.BOUCKENOOGHE, étudiant à l'université de Montpellier Paul Valéry, Un antécédent à la fin du XIXe, siècle. La guerre des Boers

R.RAINERO, université de Milan, Brève histoire d'un barrage dans les guerres coloniales de l'Italie 51

II. - Études sur les barrages :

Général (CR) J. DELMAS, Évolution générale des barrages frontières en Algérie. La bataille des frontières

Général H. SILVESTRE de SACY, chef du Service historique de l'armée de l'Air, Les barrages en Algérie. Une vision aérienne du bouclage des frontières

Général (CR) M. FAIVRE, L'ALN extérieure face aux barrages frontaliers

Madame P. AMELLER (CNRS) et contrôleur général des Armées (CR) R. BOURGERIE, Le coût des barrages terrestres en Algérie

Contre-amiral B. ESTIVAL, Origines et évolution du barrage électrifié à la frontière algéro-marocaine, l'exemple du 3e bataillon de la demi brigade de fusiliers-marins (secteur de Nemours)

Brigadier-chef P. ALIX (SHAT), Une technologie nouvelle pendant la guerre d'Algérie : le système radars-canons sur le barrage algéro tunisien (1957-1962)

Revue historique de l'Armée, 1967, Rôle des Transmissions dans le barrage algéro-tunisien

Médecin général (CR) R. FORISSIER, Le soutien sanitaire des opérations militaires de mise hors de combat des détachements de l'ALN algérienne ayant franchi le barrage électrifié de la frontière algéro-tunisienne en 1958-1959

El Djeich et la Revue historique des Armées, La bataille du djebel M'zi (1960)

III . - Témoignages :

Nota : le grade des signataires de ces témoignages est celui qu'ils détenaient en Algérie au moment de l'action décrite.

A l'Ouest :

Capitaine puis chef d'escadron G. HINTERLANG, Le barrage radars-canons à la frontière algéro-marocaine, entre les monts de Tlemcen et Méchéria (1958-1961) 

Lieutenant puis capitaine H. BAUDOIN, La vie quotidienne dans les postes radars-canons sur le barrage algéro-marocain, au nord-ouest de Méchéria (1961-1962) 

Capitaine B. RIGAL, Au commandement d'une compagnie d'électro mécaniciens sur le barrage algéro-marocain (1960-1962) 

A l'Est :

Général (CR) M. MULTRIER, commandant la ZEC (1961-1962), Le barrage en zone Est-Constantinois 

Lieutenant puis capitaine P. FOUQUET-LAPAR, Opérations sur la frontière algéro-tunisienne et sur son barrage (1954-1956 et 1960-1962) 

Capitaine B. du JEU, Témoignage d'un capitaine commandant un escadron d'automitrailleuses, chargé de la surveillance d'une portion du barrage électrifié à la frontière algéro-tunisienne en 1959-1961 

Sous-lieutenant puis lieutenant Jacques VERNET, Cavalier sur le barrage Est, région d'El Ma el Abiod 1959 

Enseigne de vaisseau M. FREVILLE, Marin des sables (1960) 

Capitaine G. LESAGE, Une batterie radar-canon sur le barrage algéro tunisien (1960-1961) 

Lieutenant puis capitaine H. DUTAILLY, Trois expériences d'un fantassin sur le barrage électrifié (à l'Est 1959-1960, et à Mers el-Kébir 1964)

Sous-lieutenant Pierre PATUREL, Construction du barrage électrifié à la frontière tunisienne entre Bir el Ater et Négrine (1960)

D'après l'historique de régiment, Le 2e Régiment de Dragons à Souk Ahras, Négrine et au Kouif (sept.59-août 61) 

Capitaine J. DELARBRE, Les deux dernières années de la ligne Challe 

IV. - Et après :

El Djeich, août 1965, Le déminage 

Colonel J. VERNET ancien attaché militaire en Corée du Sud, La zone démilitarisée (DMZ) en Corée

Colonel C. CARRÉ, ancien attaché de défense en Israël, Note sur les barrages d'Israël

Notice biographique des auteurs 

Glossaire : sigles et termes étrangers 

Table des cartes 

 

INTRODUCTION

Général (CR) Jean DELMAS président de la Commission française d'histoire militaire

 

 

Pourquoi le thème d'études sur la défense des frontières pendant la guerre d'Algérie ? L'abondante bibliographie consacrée à ce conflit est particulièrement riche en livres privilégiant les aspects politiques de cette guerre qui ne voulait pas dire, son nom. Il est normal que dans de tels ouvrages les barrages n'apparaissent qu'allusivement. Mais dans les études qui traitent des aspects opérationnels du conflit, il faut bien constater la part réduite consacrée aux barrages dressés face au Maroc et à la Tunisie. Et si l'on évoque la " bataille des frontières ", c'est toujours pour qualifier une période très limitée janvier-mai 1958. Pendant ces cinq mois, les unités de réserve générale les régiments parachutistes - se sont affrontées à des katibas en provenance de Tunisie. Celles-ci tentaient de, s'ouvrir le passage vers l'intérieur avant qu'il soit trop tard, c'est-à-dire avant le développement redouté du premier barrage à l'est.

Passé cet épisode sanglant, l'intérêt des auteurs pour la défense des frontières s'estompe : il y a des barrages aux frontières marocaine et tunisienne ; rien ne se passe ; rien ne passe.

Il est nécessaire, de rectifier cette vue sommaire.

Accessoirement, parce que limiter l'étude de la défense des frontières à la bataille de 1958, c'est focaliser l'attention sur les " troupes d'élite ", notion très " marchande " si l'on en juge par le succès des collections du même nom, mais notion qui fait si peu de cas de toutes les autres unités des armées françaises.

Deux raisons principales motivent le choix du thème de cette revue

1) La défense des frontières par les barrages terrestres est une des préoccupations majeures du commandement depuis que le Maroc et la Tunisie sont devenus indépendants, c'est-à-dire depuis 1956 et jusqu'au jour de l'indépendance algérienne. Les barrages sont une création continue ; ils évoluent en fonction du développement des armées de libération nationale (ALN) se constituant à l'extérieur des frontières. Si les passages à travers les barrages se tarissent, les harcèlements se développent et la crainte d'un passage en force d'une ALN de Tunisie bien armée est entretenue jusquen 1962. La construction, l'entretien et la défense de ces barrages sont une mission interarmées puisque y participent marins (1) et aviateurs aux côtés de toutes les armes de l'armée de Terre, comme l'illustrent les études et témoignages ici réunis.

Leur variété - si parfois ils n'échappent pas à une certaine redondance est significative de la diversité des missions en fonction de l'époque, du lieu et de l'arme servie. Quoi de semblable entre la veille dans la plaine d'alfa, style " désert des Tartares ", et le séjour sur le barrage-Avant à l'est, face au Bec de Canard de Ghardimaou ?

2) L'existence des barrages a des conséquences très importantes pour la rébellion algérienne. On pense surtout aux conséquences opérationnelles, c'est-à-dire l'asphyxie de l'ALN intérieure privée de ressources en recrues instruites et en armement. Or, les conséquences politiques ne sont pas les moindres, et à plus long terme. La manière de résoudre le problème posé par les barrages divise les responsables du FLN et des ALN extérieure et intérieure. Le général Faivre le démontre abondamment dans son étude très fouillée, fondée non seulement sur les archives de Vincennes, mais surtout sur les travaux d'historiens algériens. Et comment ne pas s'interroger sur l'existence d'une ALN extérieure intacte, devant laquelle les portes des barrages s'ouvrent le ler juillet 1962 ? Ne vantelle pas peser lourdement sur l'évolution politique de la nouvelle république algérienne ? La question n'est pas inutile.

Ces études sur les barrages-frontières en Algérie sont précédées et suivies d'études complémentaires qui répondent à deux interrogations. Y a-t-il eu des précédents ? Y a-t-il eu des successeurs ?

Pour les précédents, compte tenu de l'identique localisation territoriale, il était tentant d'évoquer le limes romain en Afrique, ce que fait l'article savant de Philippe Richardot. J.-E Pernot a synthétisé dans le

temps la notion de lignes de défense. Le barrage barbelé apparaît lors de la guerre des Boers, mais l'exemple le plus proche, par ses objectifs comme par sa conception, nous est révélé par le professeur Romain Rainero. A ma connaissance, ce précédent a été ignoré des concepteurs des barrages algériens.

Quant aux barrages contemporains ou postérieurs, les conflits de guerre froide ne pouvaient que les multiplier. Celui de Corée demeure, le mur de Berlin a disparu. Mais les conflits locaux y ont recours. Après la "Marche verte ", le Maroc a construit son barrage face aux Sahraouis et Israël protège ses frontières par un barrage utilisant les techniques les plus récentes de l'électronique. La menace majeure est devenue l'infiltration des terroristes. Dans quelle mesure des barrages peuvent-ils assurer une totale imperméabilité "

Comme le précédent numéro français de la Revue internationale (2), celui-ci est un travail collectif des membres de la Commission Française d'Histoire Militaire : la grande majorité des auteurs d'articles et témoignages en sont membres, rejoints par quelques camarades, anciens officiers sur les barrages. Ils ont exhumé de leurs cantines des carnets de notes, de vieilles cartes, des photos, rafraîchi leurs souvenirs et conservé leur vocabulaire de l'époque ; l'adversaire sera, selon les cas, le fellagha, ou le fell, le hors-la-loi ou le HLL, le rebelle, etc.

Tous, à travers leurs études ou leurs témoignages, se sont efforcés d'évoquer, chacun à sa place, leur mission durant des années qui ont marqué leur vie d'officier. Qu'ils soient remerciés de cette collaboration qui témoigne de la vitalité de la Commission Française d'Histoire Militaire où universitaires, professeurs, étudiants se retrouvent avec des officiers en activité ou à la retraite pour confronter les points de vue et mieux se comprendre. Une vitalité qui se manifestera encore lors du 60e anniversaire de la CFHM, en 1998.

(1) La défense des frontières maritimes n'est pas traitée ici. Elle a fait l'objet d'un article très documenté du vice-amiral Guillon dans la Revue Historique des Armées, n°3/1995 : " La contrebande des armes pendant la guerre d’Algérie

(2) RIHM n°75, 1995. Des interventions extérieures françaises à des fins de maintien de l'ordre, d'interposition, et d'assistance aux XIXe et XIXe siècles.

 

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