JULIEN FREUND : LA GUERRE ET LA PAIX FACE AU PHENOMENE POLITIQUE

 

Gilles Renaud

 

 

Théoricien des essences, Julien Freund a voulu affirmer et déterminer le caractère irréductible du phénomène politique, malgré le moralisme ou les messianismes religieux et théologiques1.

Polémologue2, Julien Freund n’a pas été rebuté par la conflictualité du politique, phénomène de puissance, dont le moyen spécifique est la force, ou les forces, leur équilibre assurant l’ordre.

Julien Freund aboutit ainsi à une définition générale de la politique qui est l’"activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d’une unité politique particulière en garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts"3. C’est à l’étude de cette activité que se consacrent les spécialistes de science politique ou de politologie.

La guerre et le politique

Pour Julien Freund, la guerre ne saurait être analysée hors de la logique politique. En cela, il adopte les mêmes positions que son maître Raymond Aron, mais surtout que celles de Clausewitz qui, à ses yeux, a "vraiment saisi l’essence éternelle de la guerre"4 en ne voyant en elle qu’un simple "fragment de l’ensemble politique"5.

Clausewitz est célèbre pour sa vision de la guerre, "continuation de la politique par d’autres moyens"6. Encore cette formule a-t-elle connu de nombreuses imperfections de traduction. Pour Julien Freund, traducteur de nombreux auteurs de langue allemande, la bonne traduction consisterait à dire : "la guerre n’est rien que la continuation de la politique par d’autres moyens"7. Alors, qu’on lui a souvent fait dire le contraire, Clausewitz affirme la subordination de la guerre à la politique qui l’encadre et la limite.

Englobée dans l’activité politique, la guerre, selon la définition de Clausewitz, est un "acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté"8. Dans ce cadre, l’armée "est le détenteur dans l’État de la violence suprême et extrême, à laquelle celui-ci a recours en période exceptionnelle, soit que la situation lui paraisse désespérée, soit que l’adversaire ait dépassé le seuil de ce qu’il juge tolérable"9. La guerre est donc fondamentalement un acte politique. "En effet, elle exprime directement la réalité fondamentale et caractéristique de la politique : la domination de l’homme sur l’homme"10. La guerre n’est plus qu’une manière parmi d’autres de faire de la politique, car, pour Clausewitz, "l’intention politique est la fin, tandis que la guerre est le moyen, et l’on ne peut concevoir le moyen sans la fin"11. Il y a une relation de subordination de la guerre à la politique qui, par les différents objectifs qu’elle poursuit, influe sur la nature même de la guerre. La guerre ne saurait être une activité autonome. "Elle est une conjoncture particulière du projet politique d’un État"12 qui impose de disposer d’une armée dont le but est "de défendre les personnes et les biens [de cet État] ou d’essayer de les protéger en augmentant ses possibilités d’action"13.

Il n’y a donc pas de guerre à cause des militaires, mais parce qu’elle est nécessaire à l’exécution d’un dessein. "Il est rare qu’un État veuille la guerre pour elle-même, mais il veut être puissant et cette volonté provoque finalement une situation qui rend la guerre inévitable"14. Le commandement militaire, mais surtout étatique, est très important pour Clausewitz : "Subordonner le point de vue militaire au point de vue politique est donc la seule chose que l’on puisse faire"15, ce qui est en parfaite conformité avec la finalité de l’armée "qui est la protection d’une société et non d’exercer elle-même le pouvoir politique"16.

L’armement atomique n’a pas remis en cause cette subordination. Au contraire, elle l’a même amplifiée. "Non seulement les responsables politiques contrôlent l’arme nucléaire, mais seuls ils sont habilités en personne à déclencher éventuellement un conflit. […] Jamais une arme n’a été aussi dépendante de la politique"17.

Par conséquent, la guerre n’est pas un acte autonome et gratuit, hors de tout contexte, mais "l’ensemble des actions qui essaie d’imposer une solution en vertu de la loi du plus fort"18. Ce qui veut dire, pour Julien Freund, que la guerre dépend de l’opposition de deux volontés, de la résistance de l’ennemi. Toutes les forces ne peuvent être jetées en même temps dans la bataille. Et il ne faut surtout pas croire que la guerre règle définitivement et complètement tous les problèmes politiques car "même la défaite totale de l’ennemi continuera à poser des problèmes au vainqueur"19.

La victoire n’est que le moyen qui doit permettre d’atteindre les objectifs que l’on n’aurait pas obtenus sans elle. Elle n’est pas plus éternelle que la défaite n’est irrémédiable.

La nécessité de la prise en compte de l’ennemi conduit Clausewitz à distinguer le "sentiment d’hostilité" et l’"intention hostile"20. La confrontation brutale, voire féroce, entre deux États ne doit pas conduire les soldats impliqués à ressentir une haine personnelle pour ceux d’en face. L’intention hostile est une posture évidemment politique prise à l’encontre de l’ennemi, encore faut-il ne pas se tromper sur le sens du terme ennemi. En effet, l’intention hostile concerne l’ennemi public que je peux ne pas haïr tout en le combattant, l’hostis, et non pas mon prochain, mon ennemi privé, avec qui je suis en contact direct, et que je peux haïr personnellement, l’inimicus 21.

La guerre en soi a une logique et un but propres : la victoire ou le désarmement de l’ennemi. C’est le concept de "guerre absolue", dont le vainqueur aura su mettre en œuvre des moyens toujours supérieurs à ceux de son ennemi, afin de lui imposer sa volonté au terme de l’affrontement. Cette guerre absolue, qui n’est plus politique car elle devient une fin en soi, obéit donc à un mouvement d’"ascension aux extrêmes" (caractéristique des conflits violents, passionnés ou révolutionnaires), ou la forme pure de la guerre, que Clausewitz définit par une triple action réciproque :

 

première action réciproque : "Chacun des adversaires fait la loi de l’autre, d’où résulte une action réciproque qui, en tant que concept, doit aller aux extrêmes"22.
deuxième action réciproque : "Tant que je n’ai pas abattu l’adversaire, je peux craindre qu’il m’abatte. Je ne suis pas mon propre maître, car il me dicte sa loi comme je lui dicte la mienne"23.
troisième action réciproque : "À supposer que notre évaluation du pouvoir de résistance de l’ennemi soit à peu près vraisemblable, nous pourrons alors y adapter nos forces à proportion, les augmenter de façon à nous assurer la prépondérance ou, si nous n’en avons pas les moyens, faire de notre mieux. Mais l’adversaire fait la même chose ; d’où une nouvelle compétition qui, en théorie pure, implique une fois de plus une poussée aux extrémités"24.

Clausewitz définit deux limites à l’ascension aux extrêmes :

1) L’étendue des moyens et la force de la volonté25, les moyens étant calculables ou quantifiables, la volonté non. "Puisque aucun des deux ne peut faire moins que l’autre, ils seront amenés logiquement à faire, l’un et l’autre, le maximum"26, jusqu’au moment où l’un des deux s’avouera impuissant à maintenir cet effort par manque de réserves, même si les deux ont chacun développé un schéma stratégique. Clausewitz insiste sur le fait que la victoire reviendra au meilleur tacticien, à celui qui aura le mieux su s’adapter au combat réel. "La stratégie est d’intelligence, la tactique est de volonté. L’ascension aux extrêmes n’est que la limite réciproque des volontés"27. Un conflit qui ne laisse libre cours qu’à la confrontation des volontés est une lutte. Elle est caractérisée par la confusion, la férocité, la démesure dans la violence.

La prise en compte des moyens et des enjeux par la stratégie permet la transformation de la lutte désordonnée en un combat "qui met aux prises deux camps dont les forces sont surveillées et, dans la limite du possible, repérables"28. La violence est contrôlée et contenue par des règles : déclaration de guerre, interdiction de certains moyens ou de certaines armes, armistice et traité, statut du prisonnier de guerre ou immunité de la Croix-Rouge. Le droit de la guerre joue ainsi un rôle dissuasif à l’encontre de la violence et permet le calcul stratégique. Ces conventions n’ont pu jouer leur rôle qu’avec "la constitution des États modernes, aux frontières fixes et stables"29.

La stratégie militaire propose donc de faire un usage prémédité, maîtrisé, de la violence "en soumettant son emploi éventuel dans un conflit à un calcul de prévision, à une relative discipline"30, en hiérarchisant, en combinant, en cherchant une cohérence qui minimise le poids de l’imprévu. Cette démarche stratégique est devenue la quintessence de la rationalité dans la conduite d’un conflit. Néanmoins, tout n’est pas rationnalisable dans un conflit, à commencer par le comportement des parties en présence.

2) La pure logique militaire peut ne pas poursuivre le même objectif que le politique qui peut se demander s’il est opportun d’aller jusqu’au bout, parce qu’un compromis peut sembler plus utile31, et plus supportable que l’hyperbolisme de la violence. La stratégie, parce que la guerre est subordonnée à la politique, a pour mission d’exploiter la paix qui suit la victoire, de l’organiser en tenant compte du nouveau rapport de forces.

La victoire ne saurait être une fin en soi, une recherche systématique de la capitulation sans conditions, qui n’aurait aucune conséquence politique, ignorant, par exemple, les négociations à entreprendre. "La communication entre les ennemis est la condition nécessaire à la modération des guerres"32. L’affrontement armé ne saurait annuler les relations politiques existant entre les belligérants. Elle en est un avatar qui utilise des moyens particuliers. "Même en cas de guerre interétatique, le jeu diplomatique n’est jamais entièrement suspendu"33.

Ce refus de l’extrême utopique militaire qui peut risquer de prendre "la place du politique"34, en mettant l’État dans son ensemble au service de la guerre, s’incarne dans la guerre réelle qui, elle, est nécessairement politique. "Le niveau le plus élevé de la guerre est celui de la politique"35. Cette guerre réelle est conduite dans une finalité politique qui la dépasse. Elle prend la forme "d’une diplomatie un peu plus tendue, une façon un peu plus exigeante de négocier"36.

En effet, pour Julien Freund, non seulement la diplomatie et la guerre ne s’opposent pas, mais encore le diplomate et le stratège doivent tous deux préparer les conflits. "Il s’agit de deux grammaires différentes, dont la logique réside uniquement dans la politique"37.

La diplomatie est un "substitut de guerre"38 en ce qu’elle est une utilisation clandestine de la violence par le biais de pressions ou de menaces. Le "renseignement sur l’ennemi et la défense des intérêts du pays mandataire, [...] la prospection d’amitiés nouvelles, les négociations en vue de créer des sympathies, la dissuasion de possibles alliés de l’ennemi virtuel, en les exhortant à la neutralité afin d’isoler, dans toute la mesure du possible, l’ennemi potentiel"39, sont les principales missions du diplomate, sans parler de sa fonction de représentation. Le rôle du diplomate est capital car il assure des négociations directes entre les gouvernements.

Ces négociations sont des "échanges de procédures entre des personnes ou des représentants de groupes ou de collectivités aux idées ou aux intérêts divergents, en vue de parvenir à un accord à propos du dissentiment en cause"40, sur la base de concessions réciproques ou de compensations commandées par un rapport de force. "La principale limite réside, cependant, dans le fait que tout n’est pas négociable"41. Au même titre que la guerre, "la négociation transforme la conjoncture politique, définit un vainqueur et un vaincu, bien qu’ils ne soient pas nettement désignés au moment de la signature"42. Ouvrir de nouvelles négociations peut, en soi, être un sujet de conflit.

Quand le diplomate n’obtient pas le résultat espéré, il faut utiliser le conflit devenu inévitable pour "atteindre les objectifs fixés par la politique en utilisant au mieux les moyens dont on dispose"43 qui ne sont pas tous forcément militaires. La stratégie est ainsi "l’art de coordonner l’ensemble des forces de la nation pour assurer à celle-ci la place et le rôle défini par le projet politique du gouvernement"44.

Que ce soit avec la violence ouverte ou avec la violence clandestine, la politique est "un frein, en tant qu’elle cherche à proportionner l’usage de la violence à l’objectif qu’elle vise"45. Le premier étant bien évidemment la conservation de l’unité politique. Même au prix de pertes matérielles et humaines, l’essentiel c’est la survie, et "politiquement, il n’y a pas de survie sans puissance"46 ou volonté de se défendre, si besoin est, par les armes en sachant en tirer parti. Pour Julien Freund, la puissance est clairement un moyen, une autorité gagnée par de grandes capacités à préserver une indépendance. La souveraineté est le fondement de la guerre. Toute unité politique n’existe qu’à condition de disposer librement du "droit de décider de faire la guerre"47 à ses risques et périls.

Pour Julien Freund, la guerre a donc une fonction protectrice qu’un État ne saurait refuser dans sa politique sans risquer des désordres internes ou devenir la proie d’un autre État. L’État ne peut justifier son existence, et matérialiser "la continuité entre guerre et politique"48 qu’en prenant en charge les problèmes posés par la guerre ou son éventualité. La mission de l’État stratège est la prévision par l’action et la prévention par la dissuasion. "Un projet politique doit toujours être envisagé, quoique non exclusivement, en fonction de la guerre possible ainsi que des diverses manières de la mener"49. Jouir de la paix, c’est envisager le pire pour qu’il n’arrive pas. Mais, si jamais il arrive, il n’y a plus qu’une seule obligation : l’efficacité dans l’utilisation de la force. "En ce sens, il y a un droit de la guerre : elle établit à la fois un équilibre et une certaine justice entre les nations. Cela est tellement vrai que le droit lui-même reconnaît la valeur juridique du jugement de la guerre"50 par les traités de paix, les annexions ou les déclarations d’indépendance.

La guerre est rupture convulsive d’un équilibre et recomposition d’un nouvel équilibre qui n’est, comme l’a montré Vilfredo Pareto, qu’un ordre précaire résultant d’une multiplicité de forces convergentes et divergentes qui s’annulent. Elles ne se contrebalancent plus ou ne respectent plus les règles d’un jeu commun et ses interdits. "Du fait que l’équilibre a pour fondement un rapport de force, il en va de même de la paix, en tant qu’elle est un état d’équilibre"51. La paix est commandée par la crainte de nouvelles batailles qui bouleverseraient le rapport de forces. Julien Freund est d’accord avec Raymond Aron pour dire que le but de la stratégie, comme de la diplomatie, est la paix, moyen du politique52.

Pour Clausewitz, ce n’est pas la recherche de la puissance, mais celle de la paix qui définit l’intervention politique. Cette paix n’est possible que par la réalisation d’un équilibre entre les intérêts, aussi bien dans le domaine intraétatique que dans les relations interétatiques. "Que la politique unisse en soi et équilibre tous les intérêts de l’administration intérieure, ceux aussi de l’humanité est tout ce que l’entendement philosophique peut encore faire valoir, nous l’avons admis par hypothèse, car la politique n’est rien d’autre que le simple gestionnaire de tous ces intérêts vis-à-vis des autres États"53.

L’État doit, par conséquent, aussi bien garantir les intérêts de ses membres qu’obtenir la garantie des intérêts de chaque État par sa coexistence avec les intérêts des autres États54. Il n’y a donc pas de logique propre de la guerre puisqu’elle n’est envisageable que dans cette logique foncièrement politique qui conduit au rétablissement de la paix par le rééquilibrage des puissances. Sun Zi, le premier, avait établi ce principe transcendant : la paix dicte son sens à la guerre.

La paix et le politique

La paix et la guerre sont, l’une comme l’autre, un moyen du politique pour servir les besoins essentiels de l’homme. La paix n’est pas un but du politique, l’homme n’étant pas au service de la société, mais l’inverse. "L’important est donc de ne pas renverser la relation de moyen à fin en faisant par exemple de la paix, qui n’est qu’un moyen politique, une fin, et de la liberté, qui est une fin, un moyen"55.

Pour Julien Freund, la paix est une œuvre politique, au même titre que la guerre. D’autant plus que "politiquement, la paix est toujours la conséquence d’une guerre, l’une et l’autre sont affaires de la politique"56. Ces deux problèmes politiques doivent donc avoir une solution politique qui n’a rien à voir avec une quelconque rêverie philosophique. "Seul celui-là peut faire la paix ou l’établir qui a les moyens de faire la guerre ou éventuellement de l’empêcher"57.

L’étude de la paix ne peut se concevoir sans celle des conflits et des guerres. Julien Freund accorde même une primauté à l’étude des situations belligènes puisque, à son avis, "on ne peut bien connaître les conditions de la paix possible qu’en connaissant d’abord le phénomène de la guerre"58. Penser la paix, c’est d’abord penser la guerre. "La guerre est une affaire grave pour le pays, c’est le terrain de la vie et de la mort, c’est la voie qui mène à la survie ou à l’anéantissement ; il est impossible de ne pas l’étudier"59. C’est pourquoi "la polémologie est une discipline indispensable à la réflexion sur la paix afin de bien montrer qu’elle est un effort politique, [et non] pas une mystique"60.

Ainsi, le polémologue Julien Freund se tourne plus précisément vers des sociologues du début du xxe siècle. Si Julien Freund est sensible à la théorie de l’équilibre social de Pareto qui montre bien la précarité des compromis et des rapports de force, il estime que c’est Georg Simmel qui a été le précurseur de l’analyse de la paix, non plus comme rêve eschatologique d’une fin dernière, mais comme "état exceptionnel de la société"61. Le conflit est alors une forme essentielle de la socialisation, qui ne saurait être éliminée sans faire périr en même temps les sociétés. En effet, "aucune socialisation, pas même le conflit, n’est exclusivement une forme de lutte, car elle est également une forme d’unification"62 dans laquelle Simmel voit le fondement d’une communauté future.

Pour Max Weber également, le conflit est essentiel à la socialisation. Selon Julien Freund, l’analyse webérienne "signifie que la paix n’est qu’un état qui élimine les moyens violents mais non les possibilités de conflit usant d’autres moyens"63. Pour Émile Durkheim, cet état anomique ne peut être maintenu que par des règles et une discipline qui tendent à prévenir ou modérer les conflits.

Le lien entre la paix et la guerre est fort car "toute l’expérience historique de l’humanité manifeste qu’aux guerres succède la paix et à la paix la guerre"64. Mais surtout parce qu’on fait "la guerre au nom [...] de la conception de la paix qu’on veut imposer aux autres. La paix peut être polémogène"65. Ainsi, les Français qui n’acceptèrent pas la conception de la paix propre au nazisme n’eurent plus comme seul recours que de faire de la résistance, c’est-à-dire constituer des milices privées pratiquant la guérilla.

Ce constat est proprement insupportable pour les pacifistes et philosophes de toutes obédiences en qui, malgré leurs bons sentiments affichés, Julien Freund ne voit que différents obstacles à la paix. Il en dénombre quatre. Le premier de ces obstacles est la pensée pacifiste qui, elle-même, comprend trois subdivisions :

 

Le pacifisme utopique, "dont la caractéristique essentielle est la naïveté"66. Du coup, il accumule les erreurs. Selon cette utopie, le bien ne peut qu’entraîner le bien, et le mal ne peut que déboucher sur le mal. De plus, guerre et paix ne peuvent que s’exclure alors que, bien évidemment, guerre et paix doivent être pensées ensemble. L’ennemi, ou l’élément politique, est ici totalement nié et récusé.

 

Le pacifisme policier, qui se propose d’institutionnaliser la paix, "est analogue aux tendances cherchant à institutionnaliser, par exemple, le socialisme ou le communisme, considérés comme des buts de l’humanité. Le plus souvent, les hommes cessent d’être libres dans ces régimes"67. Mais rien ne garantit que cette institutionnalisation serait pacifique. Tous les régimes ou institutions politiques ont fait la guerre ou la paix. Même les démocraties ont "toutes fait la guerre et la paix, exactement comme n’importe quel autre régime"68. Cette institutionnalisation se ferait au moyen "d’une police internationale, seule détentrice légitime du monopole des armes atomiques, avec l’espoir qu’elle créera une sécurité telle que d’ici deux cents ou trois cents ans personne ne songera plus qu’il pourrait y avoir une autre situation que pacifique"69. Julien Freund voit là un véritable danger d’oppression pour tout État qui serait suspecté de vouloir remettre en cause le statu quo. Qu’est-ce qui empêcherait cette police de s’immiscer dans les affaires intérieures du perturbateur ? L’ONU a eu cette démarche au Congo, l’opération étant alors facilitée par l’inexistence de l’armée congolaise. Julien Freund s’inquiète de "ce que ferait, par contre, la police internationale le jour où son intervention risquerait de provoquer un conflit sanglant avec une armée nationale, jalouse de son indépendance et décidée au combat ? Que peut signifier dans ce cas la paix institutionnalisée ? Une armée de la paix reste une armée !"70.

Même si la police internationale n’a pas l’arme nucléaire, elle sera un instrument de tyrannie, au moins à l’encontre des petits États, avec l’assentiment des grandes puissances.

Si elle dispose effectivement du monopole nucléaire, ce sera exclusivement parce que les grands s’en seraient dessaisis. Mais alors, qui décidera de l’emploi de l’arme nucléaire ? Qui pourra contester la puissance du chef de cette police, devenu, de fait, le maître de la politique mondiale ? On cumulerait alors les dangers des guerres nucléaires incontrôlées et d’une dictature militaire.

 

Le pacifisme terroriste, renforcé par l’institutionnalisation de la paix, aspire à criminaliser la guerre ou les interventions militaires. Finalement, il aboutit à criminaliser l’opposant au statu quo ou à la cause juste. Ce pacifisme rend impossible la paix car "pour faire la paix, il faut être deux, comme pour faire la guerre"71. La guerre du Viêt-nam a été l’occasion de condamnations morales pour crimes de guerre, bien évidemment tous commis par les forces américaines ou pro-américaines. Bertrand Russel et Jean-Paul Sartre ont été à la pointe de cet activisme pour la paix morale, contre la paix dépendant d’un traité de paix. Pourtant, "rien n’est plus dangereux dans l’ordre des relations internationales, déjà si fragiles, que la parodie de justice"72. La paix sans traité, c’est la justice sans loi. Montesquieu a démontré que cette justice autoproclamée, privée, ne pouvait que conduire au despotisme et à la terreur. Bien évidemment, les négociateurs vietnamiens ont négocié avec les "criminels de guerre" américains quand il s’est agi de régler le conflit.

Le deuxième obstacle est l’attribution du prix Nobel de la paix. Alfred Nobel rêvait de découvrir une substance ou une "machine" dont les effets seraient si destructeurs que la guerre deviendrait impossible. Là encore le politique est évacué, mais cette fois-ci pour laisser la place à la philanthropie qui a pour source l’initiative privée. En effet, ce prix récompense la personne qui aurait le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des congrès pacifistes. Le problème est que la paix "unit moins les individus que les collectivités nationales et les États"73. Le Comité Nobel est dangereux en faisant croire que les bons sentiments sont prépondérants à la politique. "Au contraire, il faut penser et réaliser la paix dans les conditions concrètes qui sont les nôtres, avec la conscience que la découverte de la fission est irréversible, c’est-à-dire que nous ne pouvons pas faire comme si la bombe atomique et les missiles antimissiles n’existaient pas. Ils existent, de même que nous sommes confrontés à l’explosion démographique ou à l’éventualité d’une immense famine dans le monde"74.

Une aussi fausse conception de la paix ne peut que conduire à distinguer des personnes ou des institutions hermétiques à la réalité politique de la paix. Sur les 77 prix effectivement décernés, la Croix-Rouge en a obtenu 4, que ce soit par son fondateur Henry Dunant (1901), par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), seule (1917 et 1944) ou associée à la Ligue des Sociétés de Croix-Rouge. Pour rester dans le domaine de l’assistance médicale ou humanitaire, on peut y associer le docteur Schweitzer (1952) ou Mère Thérésa (1979).

Conformément à sa vocation, le Prix a récompensé 17 institutions ou personnalités pacifistes comme le Bureau International Permanent de la Paix (1910), Nicholas Murray Butler, créateur de la Fondation Carnegie pour la paix internationale (1931), René Cassin, président de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (1968), Amnesty International (1977), l’Internationale des Médecins contre la guerre nucléaire (1985), Élie Wiesel (1986) ou Joseph Rotblat et son mouvement antinucléaire "Pugwash" (1995). Le prix 1997 a été quant à lui décerné à la "campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel" et à Jody Williams, son coordonnateur.

Le système des Nations unies obtient, lui, 5 prix avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (1954 et 1981), le secrétaire général Dag Hammerskjöld, mort au Congo (1961), l’UNICEF (1965) et les Forces des Nations unies, gardiennes de la paix (1988).

Si plus d’une vingtaine de prix ont eu pour lauréat des personnalités politiques de premier plan, neuf de ces prix récompensaient une action de politique intérieure. Ainsi, par exemple, avec Martin Luther King (1964) ou Andrei Sakharov (1975), avec monseigneur Desmond Tutu (1984) ou le couple De Klerk-Mandela (1993). Trois prix ont été attribués à des dirigeants développant une vision moraliste des relations internationales : à savoir, le président américain Wilson (1919), Aristide Briand et Gustav Stresemann (1926), et Frank Billings-Kellogg (1929). Tous entendaient vaincre la guerre et en appelaient à la bonne volonté des parties pour le règlement des conflits. Seule une dizaine de prix ont un rapport avec le règlement politique des conflits internationaux :

 

1906 : le président américain Theodore Roosevelt, pour le traité de Portsmouth de 1905 qui met un terme à la guerre russo-japonaise ;

 

1925 : sir Austen Chamberlain et Charles Dawes pour leur proposition d’échanger l’évacuation de la Ruhr contre le paiement par l’Allemagne d’annuités variables selon sa prospérité économique ;

 

1945 : Cordell Hull pour son appel à la coopération internationale et en faveur de la création des Nations unies. Il était opposé au plan Morgenthau de vengeance à l’encontre de l’Allemagne ;

 

1950 : Ralf Bunche, président de la Commission de la Palestine des Nations unies, pour sa médiation dans le conflit judéo-arabe ;

 

1953 : le général George Marshall, pour son plan de reconstruction de l’Europe ;

 

1971 : Willy Brandt ;

 

1973 : Henry Kissinger et Le Dûc Tho (qui le refuse), pour la signature du cessez-le-feu à Paris le 27 janvier 1973, qui met un terme à la guerre américaine du Viêt-nam ;

 

1978 : Anouar el Sadate et Menahem Begin ;

 

1990 : Mikhaïl Gorbatchev ;

 

1994 : Yitzhak Rabin et Yasser Arafat pour les accords d’Oslo ;

 

1996 : monseigneur Carlos Belo et José Ramos-Horta, pour le conflit du Timor oriental.

Le troisième obstacle, ce sont les encycliques du pape car "elles tendent à confondre paix religieuse et paix politique ou du moins à ne concevoir d’autre paix valable que celle qui se fonde sur la religion"75. La paix des cœurs n’est pas la paix politique car "la première se fait avec le prochain, la seconde avec une autre collectivité"76. Il ne faut pas confondre (voir supra) les deux sens du terme "ennemi" : l’inimicus, ou ennemi privé, et l’hostis, ou ennemi public. Le texte évangélique "ne signifie surtout pas que l’on aimera des ennemis de son peuple et qu’on les soutiendra contre son propre peuple"77.

Il ne faudrait pas oublier que les religions sont à l’origine de nombreuses guerres et que c’est l’émergence de l’État au xvie siècle qui a permis de mettre un frein aux guerres de religion. La conscience privée ne saurait remplacer la paix politique qui "doit faire régner la concorde aussi bien entre les croyants qu’entre les incroyants, en conséquence elle ne saurait s’orienter selon les critères religieux"78.

Le quatrième et dernier obstacle, c’est l’Organisation des Nations Unies. En effet, l’ONU est victime d’un vice initial puisque la Charte du 26 juin 1945 se refuse à concevoir qu’il y ait un ennemi politique parmi les membres de l’organisation. Bien qu’elle ait tenté de tirer les conséquences de l’échec de la Société des Nations en s’intéressant aux aspects économiques et sociaux des relations internationales, en s’efforçant de limiter l’émergence de blocs régionaux et en disposant d’un Conseil de sécurité, concert rénové des grandes puissances où rien ne peut être décidé sans l’accord des cinq membres permanents (États-Unis, Union soviétique, Grande-Bretagne, Chine et France), chacun disposant d’un droit de veto, l’ONU n’a pu honorer sa mission à cause de sa vocation même "de réunir tous les États du monde dans une même organisation internationale, appelée à préserver la paix"79. Les États membres étant, de par la Charte des Nations unies, des amis unis contre l’ennemi extérieur, l’ONU ne pouvait qu’être paralysée "dès que l’ennemi a surgi à l’intérieur, parmi les amis"80. Malgré le respect des apparences, en séance à New York, il y avait inimitié politique entre le représentant d’Israël et celui de Syrie, entre le représentant des États-Unis et celui de l’URSS. Étant tous amis, ils ne pouvaient faire la paix puisqu’on la fait avec l’ennemi et qu’il est impossible de se reconnaître comme ennemis. "C’est pourquoi l’ONU ne peut rien réaliser que des trêves, des cessez-le-feu, sans jamais établir de paix. Le jour où les membres se reconnaîtront officiellement comme ennemis, c’est l’ONU qui cessera d’exister"81. Sur le terrain, les inimitiés sont bien présentes. On peut ainsi voir durant des opérations de maintien de la paix, au sein des Casques bleus, des contingents choisir leur camp selon leur culture ou leurs affinités et intérêts nationaux.

De plus, elle perd de son prestige, car au lieu de contribuer à la neutralisation des conflits, elle n’a cessé d’être à la remorque d’un État, ou d’un groupe d’États déterminé. Puis, elle a également voulu s’institutionnaliser en développant une politique autonome. Les responsables de l’ONU "s’enlisèrent dans leur propre routine de fonctionnaires en mimant l’ordinaire politique des États membres"82. Par conséquent, à la somme des politiques purement nationales des États membres, s’ajoute une politique supplémentaire, tout aussi égoïste. L’ONU a perdu sa signification et son autorité "sous prétexte d’être l’ébauche de l’État mondial... alors qu’elle n’avait de chances de s’imposer qu’en trouvant une solution solide et durable aux situations qui étaient de sa compétence"83.

À ces différents pacifismes qui ratent leur but, Julien Freund oppose la neutralisation, à ne pas confondre avec la neutralité. "Elle consiste avant tout dans la saisie claire de l’enjeu politique du conflit, qui se réduit presque toujours à une question de rapport de forces"84. Pour utiliser le langage parétien, il faut débarrasser le conflit des dérivés et des résidus85 qui, par la manipulation des sentiments et des émotions, en brouillent la juste analyse. La criminalisation amplifie énormément ces phénomènes, alors que la paix ne saurait se faire sans reconnaître le droit à l’existence de l’altérité. "La paix n’est donc pas l’abolition de l’ennemi, mais un accommodement avec lui, elle n’est donc pas non plus n’importe quelle reconnaissance, mais la reconnaissance de l’ennemi"86. Exclure l’ennemi, c’est appeler à la guerre ou faire en sorte qu’elle continue.

Pour Julien Freund, il n’y a que deux moyens de mettre fin à la guerre :

1) La victoire de l’une des parties sur l’autre. C’est le cadre de la guerre classique où la neutralisation n’intervient qu’après la victoire, lorsque vaincu et vainqueur font acte de reconnaissance mutuelle par la signature d’un traité"87.

2) La négociation quand le conflit est sans issue parce qu’aucune des deux parties en présence n’arrive à prendre un avantage décisif. Cette solution se présente le plus souvent dans les conflits marqués par le rôle du partisan. Dans ce cas, "la neutralisation joue un rôle déterminant, soit sous la forme de l’intervention d’un tiers, soit sous celle d’une organisation internationale, soit sous celle de la reconnaissance directe"88. La neutralisation implique que des négociations, encore moins la paix, ne sont pas possibles tant qu’il n’y a pas reconnaissance.

La paix n’est donc pas une fatalité. Elle dépend de la volonté et de la décision des hommes. Elle est "relationnelle, elle n’est pas une juxtaposition de volontés neutres"89. La neutralisation, en plus de proposer une solution, est une prophylaxie en encourageant la prévention et l’étude des conflits. On peut alors, sinon éviter la guerre, du moins savoir la conclure, sans imaginer une paix utopique. "La paix ne sera jamais l’amitié pleine et authentique qu’elle vise, elle restera un équilibre entre les inimitiés"90. La paix ne saurait donc être confondue avec une absence de conflit. Elle "est un compromis qui laisse subsister des chances d’un conflit parce qu’il y a des situations sur lesquelles on ne transige pas"91. La paix est grosse des conflits futurs. Cette "impossibilité de demeurer perpétuellement dans la paix ou la guerre est pour Simmel un des signes de la finitude de l’être, ce qui veut dire sa limitation"92.

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Notes:

 

1 Voir son ouvrage fondamental, L’essence du politique, Paris, Sirey, "Philosophie politique", 1965.

2 Julien Freund a collaboré avec Gaston Bouthoul à l’Institut Français de Polémologie et a lui-même créé un Institut de Polémologie à l’Université de Strasbourg.

3 Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Seuil, 1986, p. 177.

4 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 590.

5 Voir Raymond Aron, Penser la guerre. Clausewitz, tome 1, L’âge européen, Paris, Gallimard, 1976, pp. 10-11.

6 Carl von Clausewitz, De la guerre, Paris, Éditions de Minuit, 1955, 1re partie, livre premier, chap. 1, § 24, p. 67.

7 Julien Freund, "Guerre et politique de Karl von Clausewitz à Raymond Aron", Revue française de sociologie, vol. 17, 1976, p. 646.

8 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., chap. 1, §2, p. 51.

9 Julien Freund, "La finalité de l’armée", Études polémologiques, n° 20-21, avril-juillet 1976, pp. 31-47.

10 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., chap. 1, § 24, p. 67.

11 Ibid.

12 Julien Freund, Politique et impolitique, Paris, Sirey, "Philosophie politique", 1987, p. 142.

13 Julien Freund, "La finalité de l’armée", op. cit., p. 38.

14 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 596.

15 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., 3e partie, livre VIII, chap. 6, p. 706.

16 Julien Freund, "La finalité de l’armée", op. cit., p. 40.

17 Julien Freund, "Guerre et politique…", op. cit., p. 650.

18 Ibid., p. 39.

19 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 592.

20 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., 1re partie, livre premier, chap. 1, §3, p. 52.

21 Julien Freund, "Les lignes de force de la pensée politique de Carl Schmitt", Nouvelle école, n° 44, printemps 1987, p. 15.

22 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., p. 53.

23 Ibid., §4, p. 54.

24 Ibid., §5, p. 54.

25 Ibid.

26 Raymond Aron, Penser la guerre. Clausewitz, tome 1, op. cit., p. 111.

27 Julien Freund, Philosophie et sociologie, Louvain-la-Neuve, "Perspectives sur l’homme", 1985, p. 115.

28 Julien Freund, Sociologie du conflit, Paris, PUF, "La Politique éclatée", 1983, p. 76.

29 Ibid., p. 78.

30 Ibid., p. 99.

31 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 594.

32 Raymond Aron, Penser la guerre. Clausewitz, op. cit., p. 105.

33 Julien Freund, Sociologie du conflit, op. cit., p. 193.

34 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., 1re partie, livre premier, chap. 1, § 23, p. 66.

35 Julien Freund, "Guerre et politique…", op. cit., p. 647.

36 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., 3e partie, livre VIII, chap. 3b, p. 685.

37 Julien Freund, "Guerre et politique…", op. cit., p. 646.

38 Julien Freund, Qu’est ce que la politique ?, op. cit., p. 44.

39 Julien Freund, Sociologie du conflit, op. cit., p. 163.

40 Ibid., p. 279.

41 Ibid., p. 284.

42 Julien Freund, Qu’est ce que la politique ?, op. cit., p. 44.

43 Général André Beaufre, Introduction à la stratégie, Paris, Économica, "Enjeux internationaux", 1985, p. 17.

44 Colonel Loup Francart, "L’évolution des niveaux stratégique, opératif, et tactique", Stratégique, 68, 4/97, p. 23.

45 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 595.

46 Ibid., p. 606.

47 Ibid., p. 609.

48 J.F. Kervegan, Hegel, Carl Schmitt, Le politique entre spéculations et positivité, Paris, PUF, "Léviathan", 1992, p. 178.

49 Julien Freund, Politique et impolitique, op. cit., p. 148.

50 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 613.

51 Julien Freund, Politique et impolitique, op. cit., p. 159.

52 Raymond Aron, Penser la guerre. Clausewitz, op. cit., tome 1, p. 164.

53 Carl von Clausewitz, De la guerre, op. cit., p. 705.

54 Voir Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, tome 1, L’âge européen, op. cit., pp. 173-sq.

55 Julien Freund, Le nouvel âge, éléments pour la théorie de la démocratie et de la paix, Paris, Marcel Rivière, 1970, p. 184.

56 Julien Freund, Le nouvel âge…, op. cit., p. 55.

57 Julien Freund, "La finalité de l’armée", op. cit., p. 42.

58 Julien Freund, Le nouvel âge…, op. cit., p. 193.

59 Sun Zi, L’art de la guerre, Paris, Économica, "Bibliothèque stratégique", 1990, p. 99.

60 Julien Freund, Le nouvel âge…, op. cit., p. 196.

61 Julien Freund, Sociologie du conflit, op. cit., p. 50.

62 Julien Freund, préface à G. Simmel, Le conflit, Saulxures, 1992, p. 13.

63 Julien Freund, Sociologie du conflit, op. cit., p. 51.

64 Ibid., p. 343.

65 Ibid., p. 355.

66 Julien Freund, Le nouvel âge¼ , op. cit., p. 198.

67 Ibid., p. 185.

68 Ibid., p. 154.

69 Ibid., p. 201.

70 Ibid., p. 187.

71 Ibid., p. 55.

72 Ibid., p. 204.

73 Ibid., p. 209.

74 Ibid., p. 210.

75 Ibid., p. 214.

76 Julien Freund, Sociologie du conflit, op. cit., p. 345.

77 C. Schmitt, La notion de politique. Théorie du partisan, Paris, Calmann-Lévy, "Liberté de l’esprit", 1972, p. 70.

78 Julien Freund, Le nouvel âge¼ , op. cit., p. 214.

79 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 495.

80 Julien Freund, Le nouvel âge¼ , op. cit., p. 218.

81 Ibid., p. 219.

82 Ibid., p. 217.

83 Ibid., p. 218.

84 Ibid., p. 191.

85 Julien Freund, Pareto. La théorie de l’équilibre, Paris, PUF, 1974, pp. 80-115.

86 Julien Freund, Le nouvel âge¼ , op. cit., p. 224.

87 Ibid., p. 192.

88 Ibid., p. 192.

89 Julien Freund, Qu’est ce que la politique ?, op. cit., p. 45.

90 Julien Freund, L’essence du politique, op. cit., p. 663.

91 Julien Freund, préface à G. Simmel, Terre et mer. Un point de vue sur l’histoire mondiale, Paris, Le Labyrinthe, 1985, p. 75.

92 Julien Freund, préface à G. Simmel, Le Conflit, Saulxures, 1992, p. 13.

 

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