LA DISSUASION ET

LE MAITRE DE SABRE

Jean-François DAGUZAN

                      "Dans ma stratégie un homme en vaut dix mille, aussi cette stratégie est-elle l'art complet du guerrier."

                       

                      Myamoto Musashi

"Ecrit sur les cinq roues"

 

                      "Mon art est différent du tien. Il consiste non pas à vaincre les autres mais à ne pas être vaincu.

                       

                      - Mais alors quelle est ton école ?

                      - C'est l'école du combat sans arme."

                      - Mais dans ce cas pourquoi portes-tu des sabres ?

                      - Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C'est un sacré défi !"

                      Tsukahara Bokuden

                       

                       

Postulat : La stratégie de l'art du sabre développée au Japon aux XVIe et XVIIe siècles coïncide trait pour trait avec celle élaborée pour la dissuasion nucléaire française.

Il pourrait y avoir deux façons d'aborder cette étude :

- soit une approche empirico-historique, ou logico-déductive, comme on le voudra, qui tendrait à démontrer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Mais était-ce alors la peine de rajouter une nouvelle démonstration à ce constat rien moins qu'original ?

- soit une approche analogique, qui permettrait de suggérer, d'une part que le substrat stratégique national est au fond un sous-phénomène culturel ou, soyons pédants, civilisationnel, et d'autre part de constater, contrairement à l'école qui voit dans la fluidité et la complexité de la stratégie l'impossibilité d'en dégager des règles, l'existence de tendances lourdes dépassant l'anecdote, le temps et l'espace.

"Il est frappant de constater" note Bernard Nadoulek dans son remarquable ouvrage, L'intelligence stratégique, que plus on s'immerge dans l'étude de la stratégie, plus on s'éloigne de l'histoire militaire. C'est dans les couches culturelles les plus profondes que se constitue la vision du monde qui donne un sens au conflit, bien avant que les hommes lui donnent une forme militaire dans la guerre"1.

Sans aller au-delà de la simple approche comparative et sans tirer d'extrapolations audacieuses qui auraient fait la joie des amateurs forcenés de typologie, l'étude des éléments constitutifs et des concepts des deux stratégies est troublante. Elle peut permettre d'offrir un début d'explication à la fascination que la société française a pour le Japon, et, après une période de grande perplexité côté japonais, réciproquement.

 

L'ART DU SABRE AU JAPON

Le sabre est l'âme du Japon. Les trois trésors légués par la déesse mère Amaterasu, conservés au temple d'Ise, sont le miroir, le joyau et le sabre2.

A la fois donc symbole du pays, symbole de la noblesse du samouraï (seul autorisé à porter deux sabres), le katana tient une place à part dans l'histoire du Japon. Sa façon est le fruit d'une alchimie savante et secrète. Sa stratégie et sa tactique furent l'objet d'une lente élaboration pour atteindre sa plénitude à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe.

Pays replié sur lui-même et extrêmement guerrier, le pays du soleil levant vivra jusqu'à la réunification de Tokugawa Ieyasu dans un monde troublé de guerres civiles cruelles et une autarcie à peine écornée par les apports chinois - écriture, esthétique, arts de la guerre - très vite ramenés à une dimension et une spécificité japonaise.

Ainsi la plupart des arts martiaux japonais procèdent-ils d'une origine chinoise laquelle disparait rapidement une fois soumise
au filtre de la rationalité japonaise. Car ce qui caractérise le plus le Japon c'est sans doute cette capacité d'aller à l'essentiel et de savoir extraire l'essence voire la quintescence de ce qui a été inventé par d'autres. Ainsi la Chine longtemps méprisée fut-elle le vivier dans lequel puisa le Japon pour son progrès social et, bien sûr, mental. "Le Japon, notent Camilly et Normand, doit avoir à l'égard de la Chine une dette difficile à évaluer et qui ne concerne pas seulement sa culture ou ses habitudes de vie" 3
.

En effet si le fond culturel et religieux japonais est basé sur le shintoïsme, religion "officielle", elle même fondée sur un animisme "décontracté"4, le bouddhisme zen viendra à partir de 1191 faire franchir un nouveau seuil dans la réflexion sociale et mentale du Japon.

A ses débuts l'art du sabre, et l'art martial en général, n'est qu'un moyen technique à partir duquel est élaborée une tactique, c'est-à-dire combiner les moyens pour tuer son adversaire et ne pas être tué, (le deuxième terme de l'équation étant marginal au Japon ).

L'apport du zen transforme cette tactique en une véritable stratégie qui permet de viser des objectifs qui dépassent la seule action martiale.

Un des hommes clés de cette modification de la pensée nationale japonaise et qui contribua à lui donner cette dimension mentale et "stratégique" fut le moine Takuan (1573-1645).Appliquant le zen aux arts martiaux, Takuan leur imprimait une dimension universelle. Il dépassait le simple aspect technique ou tactique en contraignant le guerrier à ne plus s'attacher à la simple action martiale, à ne plus se focaliser sur l'arme (la sienne et celle de l'agresseur) mais au contraire, s'attacher à penser globalement, et par là à vaincre, ou, plus encore, à ne pas être vaincu. Mais surtout il faisait admettre la mort comme l'élément indissociable de la vie.

"Lorsque vous rencontrez l'attaque du sabre de votre adversaire, si vous regardez votre sabre, votre esprit y sera fixé et vous ne pourrez pas réagir convenablement. Vous serez tué. Lorsque vous voyez le sabre arriver, vous n'y arrêtez pas votre esprit, ne pensez même pas à frapper en vous accordant au rythme du sabre de l'adversaire, ne réfléchissez pas, ne raisonnez pas" 5.

Ce que Bernard Nadoulek traduit en 1988 dans l'intelligence stratégique par la phrase suivante : "le maître s'appuie sur la maîtrise qui lui permet de prendre l'avantage en toute situation. Son principe est la non pensée, son mot d'ordre est de vaincre avant de combattre" 6.

La stratégie du sabre, et plus généralement la stratégie martiale japonaise, trouve sa structure quasi définitive au XVIIe siècle. Au XIXe, avec l'avènement de l'ère Meiji et l'ouverture au monde extérieur et à sa technique, la vieille tradition des samouraïs est combattue. Au concept de jutsu (art de guerre), on substitue peu à peu le concept de do (voie, chemin, moyen de connaissance). L'art martial perd alors sa finalité guerrière pour être une voie d'accomplissement de soi. Mais les vieux principes de stratégie demeurent. Leur coïncidence avec ceux qui sous-tendent la stratégie de dissuasion française apparait tout-à-fait singulière. Pour être à même d'en apprécier la similitude, un bref rappel de la doctrine française s'impose.

 

LA THEORIE DE LA DISSUASION FRANÇAISE

En renonçant à la force pour assurer ses objectifs en politique internationale, la France a opté après la seconde guerre mondiale pour une position défensive autour de laquelle fut articulée toute son architecture stratégico-militaire :

- la France n'a pas ou plus de vocation expansionniste.

- l'atome permet à une nation moyenne de s'assurer une sécurité presque équivalente à celle des superpuissances.

Partant de là la France développait une posture de stricte défensive essentiellement fondée sur une doctrine originale : la dissuasion comme corollaire de l'arme nucléaire.

Cette architecture est basée sur la célèbre triade, conceptualisée par le général Poirier, et connue sous le vocable de "théorie des trois cercles de la défense"7. Ainsi Poirier isolait trois types d'intérêts d'inégale valeur pour la France.

- le troisième cercle concernant la défense des intérêts de la France dans le monde (Afrique, océan Indien, Pacifique).

- le deuxième concernant la défense du théâtre centre Europe et impliquant la solidarité avec les alliés de l'OTAN.

- le premier concernant l'intérêt vital, absolu, de la défense du territoire national.

La doctrine de la France dans le domaine militaire est essentielle-ment (au sens strict) défensive. Au niveau nucléaire, ce principe s'exprime par la notion même de dissuasion. Son objet est d'empêcher l'adversaire de faire usage de ses armes contre la France en lui opposant une attitude résolue et une virtuelle menace intolé-rable sur ses intérêts vitaux, au risque même de l'anéantissement.

Nous trouvons donc ici trois concepts : premièrement la dissua-sion qui implique le non-emploi des armes que l'on maîtrise ; deuxiè-mement, en cas d'échec, l'acceptation de l'affrontement inégal et troisièmement celui de la mort. Ces trois concepts se retrouvent dans la stratégie du sabre et des arts martiaux japonais en général.

 

LES CONCEPTS JAPONAIS DE LA STRATEGIE DU SABRE

La défense comme postulat

Le concept de base de la stratégie martiale japonaise est la défense.

Tout kata (ensemble, enchaînement traditionnel de mouvements codifiés, exécutés seul ou à deux, illustrant les différentes phases d'un combat contre un ou plusieurs adversaires) de sabre (iaïdo), de karaté, jujutsu ou autre, commence toujours par une action défensive (contre, parade ou mouvement d'interdiction).

L'attaque est non seulement inconcevable spirituellement mais aussi stratégiquement, ce que le maître de sabre Yagüe Munemori (1571-1646) traduit par : "frapper unilatéralement n'est pas sûr"8.

Tout ceci se retrouve dans le principe de base du jujutsu, du judo et de l'aïkido : utiliser l'attaque de l'adversaire pour la retourner contre lui. Takuan dit :

"que votre défense suive l'attaque sans un moment d'interruption et il n'y aura deux mouvements séparés appelés attaque et défense. Le caractère immédiat de votre action amènera inévitablement la défaite de votre adversaire par lui-même"9.

Ce concept, qui donne à la défense une plus grande valeur que l'attaque, a été identifié par Clausewitz : "La défensive est la forme la plus forte de la conduite de la guerre" 10 et avant lui par Suntzu : "L'invincibilité réside dans la défense, les chances de la victoire dans l'attaque". Bernard Nadoulek note que le grand stratège explique qu'il y a une "dissymétrie" fondamentale entre l'attaque et la défense : l'initiative de la première action conditionnant celle qui va suivre. Cette dissymétrie donne l'avantage à l'agresseur si celui-ci parvient à remporter une victoire décisive avant "le point culminant de l'attaque"11, c'est-à-dire le moment où le gros des forces est engagé dans l'action. Passé ce point, l'avantage change progressivement de camp. Dans ce schéma l'avantage passe également au défenseur s'il empêche l'adversaire de déployer ou développer son attaque. Cette théorie n'est en somme que l'illustration de la doctrine FOFA (Follow on Forces Attack) de l'Alliance atlantique.

De fait, le concept de défensive dans l'art martial japonais contient une gradation qualitative. Le premier stade de l'apprentis-sage met l'accent sur le triptyque : attaque - défense - contre attaque. L'expert dépasse ce premier stade et doit anticiper l'attaque de l'adversaire en identifiant le plus en amont possible l'intention agressive de l'attaquant potentiel et en la neutralisant, soit au plus tôt au cours de sa mise en pratique, soit avant même que celle-ci n'entre en application (ce qui est l'essence de la dissuasion même). Cette stratégie, ou plutôt cette phase stratégique, implique de devoir bien maîtriser les concepts de seuil critique et d'incertitude que l'on retrouve également, on le verra, dans la notion française de dissuasion.

Ainsi le concept défensif persiste alors que l'acte agressif de l'adversaire ne s'est que peu ou pas physiquement manifesté. Ce niveau de connaissance qui est traduit en japonais par le concept de "sen no sen" (attaque dans l'attaque) qui s'oppose à celui de "go no sen" (la défense puis l'attaque) n'est en fait que le stade intermédiaire de la maîtrise martiale car le but ultime reste le non-combat.

 

Le non-emploi

"Le karaté n'est pas fait pour servir" disait Funakoshi Gichin, "père" du karaté moderne. Ce que le maître de sabre Yagüe Munémori traduisait en son temps par : "vouloir uniquement gagner est une maladie"12. Ainsi l'idéogramme budo qui signifie "la voie du guerrier", peut être lu également "l'arrêt des armes". Dans le concept japonais, la maîtrise des armes doit impérativement conduire à leur non-emploi. Tous les maîtres anciens concordent sur ce point : "Celui qui a maîtrisé l'art n'utilise pas le sabre et l'adversaire se tue lui-même" affirme Yagüe Munémori13. Le très vieux traité de stratégie Ryuko no maki (livre du dragon et du tigre) dit : "si l'ennemi se tourne vers nous, nous allons à sa rencontre, s'il part nous le laissons partir. 5 et 5 font 10, 1 et 9 font 10. Tout cela montre l'accord"14.

Le principe de la dissuasion nucléaire est le même. Jean-Paul Charnay le qualifie de "paradoxe du non-emploi" : "la dissuasion résulte du non-emploi des doctrines d'emploi des armes nucléaires ; et l'emploi de ces doctrines serait la négation de la dissuasion". Cette spécificité a également été perçue par Edward Luttwak qui parle de "logique paradoxale de la stratégie"15.

Le non-emploi, bien entendu, ne doit pas être confondu avec l'abandon et le pacifisme béat, au contraire. Tout réside dans le travail cent fois renouvelé de l'art martial, ce que Léo Hamon appelait : "la stratégie contre la guerre". Sans maturation des techniques dit Itsusaï Chozanshi, pas d'unification de l'esprit et du corps" 16. Seule la maîtrise des armes autorise de ne pas les employer : "la rouille attaque l'épée qui dort au fourreau" scande poétiquement le Hagakuré 17. Cette sentence n'est que la déclinaison de la vieille maxime de Suntzu. "Dans les stratégies de wu on lit : en temps de paix l'homme de bien dort l'épée au côté"18.

 

Du faible au fort

Que sont les arts martiaux japonais ? Une réponse par la connaissance et la technique à la force brute. C'est-à-dire une stratégie du faible au fort. Le principe général qui sous-tend l'édifice martial japonais est qu'une personne dotée de moyens physiques normaux peut, par sa maîtrise mentale et technique, vaincre un ou plusieurs adversaires objectivement plus forts que lui. Or qu'est la dissuasion nucléaire sinon l'expression du même principe ? Le pouvoir égalisateur (Gallois) ou mieux compensateur (Poirier) de l'atome permet désormais à une puissance moyenne d'assurer sa défense, presque au même niveau que les superpuissances pourtant dotées de capacités de destruction mille fois supérieures. Miyamoto Mushashi, célèbre maître de sabre du XVIIe siècle, ne disait pas autre chose en énonçant "dans ma stratégie un homme en vaut dix mille, aussi cette stratégie est-elle l'art complet du guerrier"19.

Ces principes sont vieux comme le monde. On les retrouve dans le très vieux livre du philosophe Lao-Tseu, Tao Te King20 : "le souple vainc le dur, le faible vainc le fort. Mieux vaut que le poisson demeure en eau profonde, les armées dans l'ombre" (36e maxime) "Une guerre se soutient par des coups de surprise, mais c'est par le non faire que l'on gagne le monde" (57e), "cette puissante armée n'aura pas la victoire, c'est la faiblesse et l'humilité qui sont sublimes" (76e), et enfin, "la voie du sage : oeuvrer sans batailler" (181e maxime).

Cette lecture "stratégique" de ce vieux texte philosophique montre, de façon un peu humoristique, combien le concept de dissuasion française est en harmonie avec les concepts millénaires du Tao et du Zen, c'est-à-dire en harmonie avec le monde, et donc en principe juste. Cependant la stratégie du faible au fort et du non-emploi comporte un corollaire qui donne à ce système toute sa dimension et en fait toute son efficacité : l'acceptation de la mort.

 

La mort comme enjeu

Accepter le combat en mettant en jeu sa propre existence modifie totalement la nature du combat. Engager lucidement la totalité de son être dans la bataille fait comprendre à l'adversaire que sa propre vie est également en jeu et qu'il devra la mettre dans la balance pour survivre ou admettre au minimum de très graves atteintes à son intégrité physique.

Accepter sa propre mort c'est faire comprendre à l'adversaire qu'il y a une limite à partir de laquelle le "règlement en espèces", pour reprendre l'expression de Clausewitz, ne pourra se faire sans dommages irréparables pour lui. La stratégie japonaise ne dit pas autre chose, le Tao non plus. Le hagakuré, livre d'heures, à la fois code moral et manuel de stratégie à l'usage du samouraï édicté par Yamamoto Jocho entre 1710 et 1717, est l'ouvrage qui est allé (mais il n'est pas le seul) le plus loin dans cet esprit. La mort conditionne la victoire du samouraï. "Quand on est incapable de se décider si l'on doit vivre ou mourir, mieux vaut mourir"21. Et plus loin : "obstiné, le samouraï ne pense ni à la victoire ni à la défaite. Il se contente de combattre comme un fou jusqu'à la mort. C'est alors seulement que lui vient le succès". Cette attitude n'est pas isolée : le grand samouraï Kato Kiyomana énonce également : "Pour celui qui est né dans la maison d'un guerrier, le seul objectif doit être serrer le sabre long et le sabre court et mourir"22.

Il ne faut pas lire ces préceptes comme a pu le faire l'écrivain Mishima, c'est-à-dire comme un appel à une jouissance auto-destructrice, mais plutôt comme la capacité à mettre l'enjeu le plus élevé sur la table, sa propre vie, pour conduire l'autre à réfléchir. Nous retrouvons alors ce paradigme ni victoire ni défaite qui amène l'adversaire à se retirer sans non plus que nous en tirions avantage. A ce moment là, on peut dire avec Musashi : "quand vous aurez compris la voie de la stratégie vous pourrez tout à coup changer votre corps en pierre et dix mille choses seront incapables de vous atteindre ; "voilà le corps comme un roc"23.

Maxime du stratège, écrit aussi le paradoxal Lao-Tseu, "ne prends pas les devants, laisse toi attaquer, au lieu de reculer d'un pouce, recule d'un pied... Et lorsque deux armées en viennent à combattre, la victoire revient à celle qui sait pâtir" (68e maxime).

Toutefois, l'acceptation de la destruction physique et du combat à mort n'est que l'ultime stade du processus stratégique. L'objectif principal de la doctrine de dissuasion comme de l'art martial japonais étant de ne pas arriver à cette extrémité et donc de convaincre l'adversaire de renoncer. Pour amener l'adversaire qui a passé le cap de la menace pour rentrer dans celui du combat à ses vues. Le stratège doit gérer un certain nombre de notions et de phases qui jalonnent la dialectique de l'affrontement.

 

"Traverser le gué"

Dans la stratégie japonaise du sabre et des arts martiaux en général un certain nombre de concepts de base doivent être appréhendés qui déterminent la victoire ou, mieux, la non-défaite. Il s'agit des concepts de Ma, Yoshi, Yomi, Saki et enfin Sanshin.

 

1 ) Rythme, sensation, perception

Ma représente le concept d'espace-temps. "L'intervalle, temps de pause existant entre deux phénomènes se déroulant l'un à la suite de l'autre" dit Durix24 : "Ma, précise Kenjitokitsu, ouvre l'idée abstraite de distance et d'intervalle, exprime un mouvement de rapprochement ou d'éloignement entre personnes ou objets". Ce que Itto Ittosaï traduit clairement : "le plus important en combat est le ma (...) C'est la justesse du ma qui détermine l'issue du combat"25.

Ce type de concept se retrouve chez Clausewitz dans De la guerre sous le chapitre "Tension et repos". Bien qu'il n'y consacre pas de grands développements, il en perçoit intuitivement toute l'acuité : "Cette distinction spéculative entre équilibre, tension et mouvement, a pour l'action pratique une importance plus essentielle qu'il n'y parait"26.

Yoshi peut être traduit par cadence. Tout combat se déroule sur un rythme particulier. Si les adversaires combattent dans un rythme concordant, il y aura soit neutralisation mutuelle soit défaite de celui qui accepte le rythme de l'autre. Il y a victoire quand l'un des deux adversaires "casse" le rythme et impose un rythme discordant. Cela implique soit d'interférer dans une cadence faible de l'adversaire, soit d'anticiper dans une cadence forte. Pour pouvoir agir dans l'espace et la cadence, il faut alors introduire les notions de Yomi et de sakki.

Yomi, c'est prévoir l'adversaire littéralement cela peut se traduire par "lire" ou "décrypter"27, concept que Poirier utilise sous la forme de "systèmes clignotants"28.

Sakki c'est sentir la volonté d'attaque de l'adversaire. Miyamoto Mushashi explique ainsi Yomi et Sakki : "après avoir suivi la voie réelle du sabre, face à l'adversaire, je saisis ce qu'il pense avant qu'il ne commence le mouvement. Lorsqu'il veut frapper, je l'arrête à la lettre f, lorsqu'il veut entrer, je l'arrête à a, lorsqu'il veut sauter je l'arrête à s, lorsqu'il veut couper je l'arrête à c. C'est ce que j'appelle "maintenir sur l'oreiller"29.

En réalité ces concepts, bien qu'opérant sur des registres différents, sont tous imbriqués et interdépendants et peuvent être inclus dans un concept plus vaste, celui de Zanshin : la vigilance.

Zanshin, c'est cette capacité d'éveil, d'écoute qui permet d'intégrer tous les paramètres d'une situation belliqueuse ; (menace, rythme, contrôle) et qui permet au bout du compte de la maîtriser qu'elle qu'en soit l'issue.

Ces concepts se retrouve dans la théorie de dissuasion française sous les vocables de dialectique de l'incertitude et de seuil critique.

 

2) Incertitude et seuil critique

"En dissuasion nucléaire, dit Jean-Paul Charnay, le vieux principe de surprise se transpose dans une dialectique subtile entre certitude et incertitude" 30. La notion d'incertitude est donc un des éléments essentiels de la stratégie française de dissuasion. Elle consiste à laisser un flou indispensable sur le moment du recours à l'emploi des armes nucléaires. L'adversaire ne doit pas savoir à partir de quelle limite physique, géographique, matérielle ou morale, la France considère que l'affrontement majeur devient inéluctable. Le "Livre Blanc" de la défense de 1972 énonce : "si la dissuasion est réservée à la protection de nos intérêts vitaux, la limite de ceux-ci est nécessairement floue". Ce concept fut développé par Yagüe Munémori : "La tactique, c'est celle que l'adversaire reconnaît comme une technique mais qu'il ne peut savoir et en conséquent parer"31.

La notion d'incertitude s'accompagne corrélativement de celle de "seuil critique". Celle-ci doit permettre d'identifier à partir de quel moment le seuil de tolérance de l'agression est atteint, et donc à partir de quand il devient nécessaire d'élever la crise à un niveau supérieur et décisif.

Lucien Poirier a mis en valeur cette notion de seuil critique car elle est l'élément essentiel qui conditionnera la décision de l'un ou de l'autre adversaire de monter aux extrêmes ou du moins de franchir une étape supplémentaire dans la confrontation, par le biais par exemple de "l'ultime avertissement".

"La notion de seuil critique manifeste clairement que la stratégie de dissuasion nucléaire du faible au fort s'identifie à une dialectique des incertitudes entre candidat agresseur et dissuadeur, si les opérations militaires devaient être engagées et se développer dans l'espace non sanctuarisé ; chacun des duellistes sait qu'un seuil critique existe qui rendra leurs décisions irrévocables. Et que la situation concrète le fera émerger dans la plage d'incertitudes. Chacun sait donc qu'un moment viendra où il devra s'interroger sur les perceptions de l'autre ; sur le sens que celui-ci donnera à son information reçue sur les développements opérationnels et leurs prolongements probables"32.

La notion de seuil critique se retrouve également chez Myamoto Musahi à travers l'image "traverser le gué" qui symbolise ce moment difficile et incertain où l'on quitte une certaine situation pour en affronter volontairement une autre : "Passer le gué signifie, par exemple, traverser la mer à un détroit, ou traverser cent milles marins de pleine mer à un passage balisé. (...) Cela implique voguer même si vos amis demeurent au port, connaître la route, le bon état de votre bateau et le temps favorable. (...) En stratégie aussi, c'est important. Discernez la compétence de l'ennemi et, connaissant vos points forts, "passez le gué" à l'endroit favorable, comme un bon capitaine traverse une route maritime. Si vous réussissez à le faire, prenez votre temps 33".

Ce passage d'un "état" stratégique à un autre plus décisif se traduit en dissuasion française par l'emploi de l'arme nucléaire préstratégique (autrefois Pluton, désormais Hadès).

 

"Sémé" ou la menace préstratégique

Dans un kata de sabre, la première action vise l'identification de la menace. Cette identification est manifestée à l'adversaire par la saisie de son propre sabre ; temps qui permet à l'autre, s'il perçoit et comprend le message, d'interrompre son action agressive et d'en rester là. Si cette action se poursuit, la deuxième phase est le sémé : la menace. Le sabre est dégainé dans un mouvement qui est plus d'interdiction que de frappe et qui laisse encore à l'adversaire la possibilité de rompre s'il en manifeste l'intention, mais celui-ci reste maintenu sous contrôle34 Cette phase intermédiaire de Sémé correspond donc à la phase d'ultime avertissement, au cours de laquelle la décision d'aller jusqu'au bout du processus nucléaire est signifiée à l' agresseur par un tir unique des armes préstratégiques (Pluton ou Hadès, et ASMP). Ce tir suffisamment signifiant mais non intolérable offre cependant à l'adversaire l'occasion de rompre l'engagement sans autre dommage ; s'il passe outre, il sait qu'il s'achemine vers une échéance tragique car cet acte est aussi la manifestation tangible de l'acceptation de la destruction par la France et corrélativement de sa volonté d'infliger des dommages irréparables.

Toutefois, ce scénario catastrophe marquerait l'échec de la stratégie de fond qui est non seulement le non-emploi mais aussi le paradigme ni victoire ni défaite.

 

L'objectif stratégique : "Aïnuké", ni victoire ni défaite

La dissuasion française repose sur le paradigme : ni victoire ni défaite. La nature même de l'arme nucléaire implique que le combat, pour peu qu'il soit accepté, conduise à la destruction des deux belligérants, tout du moins à l'administration de dommages irréparables. L'objectif stratégique final est donc de dissuader l'agresseur de rentrer dans la logique de l'affrontement ultime. "Ainsi, note Poirier, la validité des théories stratégiques sur lesquelles se fondent et s'organisent les appareils de dissuasion, ne se mesure plus, comme naguère, aux chances de victoire qu'elles procureraient aux belligérants, mais à la probabilité qu'il n'advienne jamais rien de ce qu'elles décrivent comme devant advenir si..."35. Le résultat est celui d'une partie nulle.

Ainsi le nouvel ordre des relations internationales généré par la menace nucléaire après la deuxième guerre mondiale put-il être qualifié de : "ni paix ni guerre", "paix belliqueuse" (Aron), etc. En réalité il s'agit d'un état intermédiaire difficile à appréhender eu égard aux anciennes catégories juridico-politiques, mais très réel.

Du côté japonais, le concept de non-victoire allait avec l'essor du zen et la lente pacification du pays, devenir un des objectifs majeurs de la stratégie martiale. "Le secret des arts martiaux, disait Kodo Sawaki (maître zen du début du siècle), c'est qu'il n'y a ni victoire, ni défaite"36.

C'est ce concept développé sous le nom aïnuké que Kenji Tokitsu explique comme la "situation dans laquelle aucun des deux adversaires n'arrive à tuer l'autre et où il n'y a pas de victoire ou de défaite ni pour l'un ni pour l'autre. Fondamentalement, la voie du sabre qui tue l'adversaire rejoint une idéologie qui vise au dépassement de la victoire ou de la défaite en combat"37. On retrouve ce concept, sous différentes formes au fil des écrits des maîtres : "vouloir uniquement gagner est une maladie" (Yagüe). "Si on ne cherche pas la victoire à tout prix, il n'y a pas de défaite. En même temps, celui qui ne sait pas en esprit, ce qu'est la défaite ne peut pas vaincre. A l'ombre de la victoire absolue, réside la défaite absolue" (Ito Ittosaï)38.

Peut-on, à travers ce voyage au sein des concepts qui fondent l'armature de la stratégie du sabre, chercher des corrélations avec
la stratégie japonaise aujourd'hui ? Il semble que la tâche serait hasardeuse. Jean Esmein a montré dans son remarquable livre 1/2 plus 39 que la stratégie militaire japonaise, de l'ère Meiji à Hiroshima, avait subi des voies quelque peu différentes et, en tout cas, parfois contradictoires. La stratégie commerciale est également moins homogène qu'on ne le pense en Occident. Enfin, aujourd'hui, la défense du Japon fondée sur le non-recours à la force n'a pu s'exprimer librement en raison des exigences du vainqueur de la seconde guerre mondiale, les Etats Unis. Il aurait pourtant, sur le strict plan intellectuel, été intéressant de voir quel type de doctrine nucléaire les Japonais auraient pu élaborer.

En revanche, les corrélations établies avec la doctrine française peuvent servir à valider cette dernière. En effet, tout pratiquant sérieux d'art martial sait que dans le combat individuel, les préceptes des maîtres japonais sont absolument justes, et que les appliquer, ou non, conditionne l'issue du combat. Matsumura Seizan dit lumineuse-ment pour synthétiser cela : "Lorsqu'on gagne, il y a des victoires surprenantes, mais lorsqu'on perd, il n'y a pas de défaite surpre-nante. (...) Lorsqu'on combat en négligeant les règles et en faisant des erreurs techniques, on est certain de la défaite..." 40. L'application de ces régles serait-elle moins efficace dans le cadre de la dissuasion ?

D'aucun objecteront qu'on ne peut comparer un duel et une guerre ou une crise collective ; on répondra que l'acte de dissuasion nucléaire est un acte individuel même s'il concerne la collectivité nationale en son entier et qu'il s'exerce dans un environnement international. Mais, surtout, l'échelle n'a qu'une importance relative ; Jean-Paul Charnay note que "la stratégie n'est pas question de grandeur, mais d'élaboration, de conceptualisation dans un environ-nement plus ou moins hostile ou accueillant, face à des entités plus ou moins ennemies ou amicales". Il propose alors la prise en compte du concept "d'entité stratégique", mieux à même d'intégrer la pluralité, les divers types d'acteurs stratégiques : "On entend par entité stratégique tout ensemble humain individualisable, de la personne à la constellation de peuples ou de nations qui peuvent être sujets ou objets dans le devenir historique, joueurs dans un jeu, pôles de décision pour soi ou pôles de suscitation pour d'autres"41.

"Vaincre ses alliés" : dissuasion et alliance

La logique de la dissuasion nucléaire conduit à relativiser, voire à rejeter en dernier ressort, les alliances militaires. La maîtrise du feu nucléaire ne peut être partagée. En fait, il y a antagonisme, voire contradiction, entre dissuasion nucléaire et alliance. Le dictionnaire de géopolitique insiste sur ce paradoxe apparent : "Comme le soulignaient déjà Kahn et Werner (...), il y a flagrante contradiction entre les intérêts vitaux et les risques énormes acceptés par une coalition. Alliance et menace nucléaire sont deux concepts antinomiques". Cette antinomie induit donc corrélativement l'autonomie absolue de décision42 et l'indépendance nationale. Poirier insiste sur ce point : "L'autonomie de décision est bien
la condition nécessaire et permanente pour qu'un projet politique, quel qu'il soit, puisse être conçu et lancé par un gouvernement quelconque 
43
".

Cette attitude n'exclut pas une solidarité militaire avec les alliés traditionnels de la France. Mais celle-ci reste possible jusqu'au moment où les intérêts vitaux du premier cercle sont menacés, c'est-à-dire le "sanctuaire" national.

Ce concept est traduit dans le Hagakuré par une maxime singulière : "la vraie victoire c'est celle qu'on remporte sur ses alliés. Vaincre ses alliés c'est se vaincre soi-même. C'est la victoire de l'esprit sur le corps"44.

Cet énoncé paradoxal ne veut pas dire que le nec plus ultra de la stratégie est de liquider ses alliés une fois la victoire acquise, mais qu'une bonne alliance ne peut exister que si on est suffisamment fort soi-même, jusqu'à pouvoir envisager face à des enjeux supérieurs ou vitaux, de s'en passer. Quand le problème de la vie et de la mort est posé, on y est confronté toujours tout seul. "C'est en nous-même, dit Taishen Deshimaru, que se trouve la racine, l'origine de la vie et de la mort" 45. Et de fait, le massacre de Mers-el-kébir ne fut-il pas la tragique illustration de la maxime du Hagakuré par le samouraï Churchill ?

Tsuru no Sugomori. Les grues restent dans le nid.

En termes de jeu de go, le terme : Tsuru no Sugomori (les grues restent dans le nid), symbolise la fin de la partie, c'est-à-dire le fait que les pions de l'adversaire sont captifs.

En termes de stratégie martiale, on suggérera que les armes restent au fourreau. Le stade suprême de la stratégie est, on l'a vu, le non-emploi et au-delà l'aïnuké46.

Tenter d'atteindre ce but passe cependant par une dure éducation martiale et mentale. Le non-emploi n'est réservé qu'à celui qui a maîtrisé ses armes et sa pensée. Cette voie n'est donc réservée qu'à quelques hommes ou quelques nations.

Or, désormais, la peur du nucléaire n'est plus l'élément clé de la dissuasion. La crainte s'est estompée et de nombreux pays cher-chent à se doter d'une arme dont le non-emploi n'est plus le corol-aire. Il va falloir à la France plus que jamais la sérénité des sages. Ceci nous ramène à l'anecdote de Tsukahara Bokuden placée en exergue.

"Mon art est différent du tien. Il consiste non pas à vaincre les autres mais à ne pas être vaincu.

- Mais alors quelle est ton école ?

- C'est l'école du combat sans arme.

- Mais dans ce cas pourquoi portes-tu des sabres ?

- Cela me demande de rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations. C'est un sacré défi".

Sacré défi en effet. La France aura à puiser dans la sagesse des hommes de sabre japonais pour maintenir une doctrine qui, si elle parait en "harmonie avec le monde" au sens du zen, est soumise à la pression d'une vie faite de soubresauts et de convulsions.

C'est donc dans sa force morale que la France devra trouver l'énergie pour affirmer sa position qui est faite de paix mais aussi de résolution. Lao Tseu :

"L'homme de bien se défend résolument, sans plus. Il ne conquiert rien par la force.

Il est résolu sans orgueil.

Résolu sans ostentation.

Résolu sans provocation.

Résolu par nécessité.

Résolu sans aucun désir de dominer".

Epilogue : le maître de thé et le samouraï

Un jour un samouraï vantard, mais compétent, se targua auprès de ses amis de beuveries de pouvoir gagner cent sabres, c'est-à-dire cent combats d'affilée. Pari fut tenu et l'homme se posta à l'extrémité d'un pont et défia toutes les personnes qui passaient qui portaient un sabre. Il gagna ainsi 99 sabres.

La centième personne fut un maître de thé qui vaquait à ses occupations. Le samouraï l'arrêta et le mit au défi de combattre. L'homme pensa : "je n'ai aucune connaissance dans l'art du sabre, je ne pourrai pas mourir en faisant bonne figure et ma famille sera déshonorée". Il prétexta auprès du samouraï un rendez-vous impératif lui demandant de lui octroyer un délai de grâce afin de remplir ses obligations. Celles-ci honorées, il se ferait un devoir de venir se faire tuer ici même.

Bien que méfiant le samouraï acquiesca et autorisa le maître de thé à poursuivre son chemin.

Celui-ci se rendit en toute hâte chez un maître de sabre de sa connaissance pour lui exposer le fond du problème et lui demander de lui apprendre les rudiments de technique qui lui permettraient de mourir dignement.

Après avoir écouté, le maître de sabre lui demanda de servir le thé. Le maître de thé s'exécuta, déployant toutes les facettes de son art dans la totale maîtrise de ses gestes et de son mental.

Le maître de sabre but le thé et dit :

"Il m'est impossible de vous apprendre des techniques de sabre en si peu de temps. Néanmoins voilà ce que vous allez faire. Le moment du combat venu, mettez vous dans l'état d'esprit qui est le vôtre quand vous accomplissez la cérémonie du thé. Levez le sabre au dessus de votre tête et quand vous sentirez un mouvement, frappez de toutes vos forces devant vous".

Le maître de thé remercia avec effusion le maître de sabre, tout heureux d'avoir trouvé une solution pour mourir dans l'honneur.

Le lendemain, il se présentait au lieu dit devant le samouraï qui ne l'espérait plus. Le maître de thé se mit en garde et attendit. Au moment d'attaquer, le samouraï s'arrêta perplexe. Il n'y avait aucune faille chez l'adversaire, aucun frémissement de la pensée. N'importe quelle attaque se solderait par sa mort inéluctable. Pour le samouraï, il ne faisait aucun doute que l'homme qui lui faisait face était un maître dans l'art du sabre. Pétrifié de peur, il se jeta au pied du maître du thé et implora son pardon. Celui-ci éberlué le lui octroya.

 

 

Notes:

1 Bernard Nadoulek, L'intelligence stratégique, Etude CPE n° 100, ministère de la Recherche, Paris, 1988, p. 17.

2 Ce n'est pas par hasard si, avec le miroir et le joyau, le sabre est le troisième emblème de la couronne impériale. Le miroir parce qu'il réfléchit l'âme, le joyau en qui se concentrent la beauté et la pureté, et enfin la lame pour la charge d'efficacité et de justice qu'elle représente. Jérôme Camilly et Jacques Normand, L'arme de vie, Paris, La table ronde, 1981. pp. l03-104. Voir également Inazo Nitobe, Le bushido, Paris, SIAM, 1982.

3 Jérôme Camilly et Jacques Normand, op.cit p. 75.

4 Pour aborder le shintoïsme on consultera avec profit le kojiki, texte sacré du shinto, trad MM Shibata, Paris, G.P. Maisonneuve et Larose, 1974 ; et Louis Frédéric, Le shinto, rite, religion au Japon, Paris, Bordas, 1972. et plus largement Jean-Pierre Berthon "La religion" dans L'état du Japon, J.F. Sabouret éd., Paris, La découverte, 1988. pp. 217-230.

5 Mystère de la sagesse immobile, Paris, Albin Michel, coll. spiritualités vivantes, 1987.

6 Bernard Nadoulek, op. cit.

7 Lucien Poirier, Essais de stratégie théorique, Les sept épées, FEDN, 1983, pp 285-313.

8 cité par Kenji Tokitsu, La voie du karaté (Pour une théorie des arts martiaux japonais). Chapitre 6, "Cinq maîtres de sabre de l'époque Edo", Paris, Le seuil, 1979, p. 125.

9 Mystère de la sagesse immobile, op. cit., p. 401.

10 De la guerre, Paris, Ed. de minuit, 1961.

11 L'art de la guerre, texte de Samuel Griffith. Paris, Flammarion, coll . "champs", 1972. Bernard Nadoulek, op.cit , p. 401.

12 Kenji Tokitsu, op. cit , p. 127.

13 Les codes des arts martiaux, Paris, Retz, 1981, p. 133.

14 Adèle Westbook, Oscar Rati, Le guide des arts martiaux, Paris, p. 422. La coïncidence entre Sun Tzu et de nombreux stratèges japonais n'est pas étonnante. Le stratège chinois a été très tôt un "best-seller" au Japon : voir l'appendice II de la traduction de Griffith, "influence de Sun Tzu sur la pensée militaire japonaise". pp. 229-240.

15 Jean-Paul Charnay, Métastratégie, Paris, Economica, 1990, p. 189. Edward Luttwak, Le paradoxe de la stratégie, Paris, Odile Jacob, 1988.

16 Kenji Tokitsu, op.cit., p. 161.

17 Hagakuré, op. cit.

18 L'art de la guerre, op.cit., p. 140.

19 Le livre des cinq anneaux, Paris, Belfond, 1982. On pourra comparer avec la version de M et M Shibata : Ecrits sur les cinq roues. Paris, G.P. Maisonneuve et Larose, 1977.

20 Tao te king (traduction : F.Houang, P.Leyris), Paris, Le seuil, coll. Points, 1979.

21 Hagakuré, op.cit.

22 Ideals of the Japanese warriors, Burbank, Calif, Ohara publications, 1985, p. 131.

23 Le livre des cinq anneaux, op.cit., p. 114.

24 Claude Durix, Le sabre et la vie, (chronique pour l'unité de l'être), Paris, Guy Trédaniel - Ed. de la Maisnie. 1985, p. 336-337.

25 Kenji Tokitsu, op.cit., p. 114 et p. 67.

26 Karl von Clausewitz, op.cit., p. 233.

27 Kenji Tokitsu, op.cit., p. 98.

28 Lucien Poirier, op. cit., p.351.

29 Le livre des cinq anneaux, op. cit., p. 66.

30 Jean-Paul Charnay, op. cit., p. 123.

31 Kenji Tokitsu, op. cit., p. 222.

32 Lucien Poirier, op. cit., p. 222.

33 Le livre des cinq anneaux, op. cit, p.114.

34 Pierre Delorme, Iaïdo. La voie du sabre, Paris, Trédaniel, 1978.

35 Lucien Poirier, op. cit., p. 118.

36 Cité par Taïshen Deshimaru, op. cit. p. 33.

37 Kenji Tokitsu, op. cit., p. 137.

38 Kenji Tokitsu, op. cit., p. 137.

39 Jean Esmain, 1/2 plus, Paris, Les sept épées, FEDN 198, p. 23.

40 Kenji Tokitsu, op. cit., p. 167.

41 Jean-Paul Charnay, critique de la stratégie, Paris, l'Herne, coll. classiques de la stratégie, 1990, pp. 57 et 126.

42 Soppelsa et alii. Dictionnaire de géopolitique. Paris, Dalloz, 1988, p. 14.

43 Lucien Poirier, op. cit., p. 118.

44 Hagakuré, op. cit., p. 66. Dans un autre ordre d'idée, Luttwak considère "qu'une victoire détruit totalement une coalition" ; la victoire conduit donc inéluctablement à la fin des alliances. Ce qui est une autre lecture de la maxime du Hagakuré. Edward Luttwak, op. cit., p. 162.

45 Zen et arts martiaux, Paris, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 1983, p. 121.

46 Clausewitz avait perçu ce phénomène sans lui donner, bien sûr, la même signification. Mais il a pourtant appréhendé le but fondamental de toute stratégie : "pour la stratégie, la victoire, c'est-à-dire le succès tactique, n'est à l'origine qu'un moyen et les facteurs qui devraient conduire directement à la paix sont son objet final". Cité par Jean-Paul Charnay, Critique de la stratégie, op. cit., pp. 24-25.

 

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