EVOLUTION DE LA PENSEE MILITAIRE SOVIETIQUE :

A LA RECHERCHE D'UNE STRATéGIE "ADEQUATE"

 

Jacques LAURENT

 

 

"L'art militaire1 évolue aujourd'hui à un rythme particulièrement rapide. Presque tous les principes de la stratégie, de l'art opératif et de la tactique subissent des changements radicaux, et cela, sous l'influence non seulement de facteurs technico-militaires, mais également sous celle de facteurs politico-militaires. Au fond une nouvelle théorie de l'art militaire est en train de se créer. Dans ces conditions, le rôle de la science militaire s'accroît brutalement..." 2

Ainsi s'exprimait le général Moïseev, en février 1989, devant les communistes de l'état-major général, pour lesquels il dressait un premier bilan des réformes fondamentales de l'édifice militaire, déclenchées trois ans auparavant lors du XXVIIIe Congrès, mais, en fait, pratiquement lancées par le Plenum du Comité central du PCUS de juillet 1988. Deux années se sont donc écoulées sur les dix que se donnait alors le général Moïseev pour réaliser la refonte totale des "affaires militaires", des plus générales aux plus particulières. Ces dernières : le choix et la fabrication des armements, la définition des structures des unités et la réorganisation des forces, l'élaboration des doctrines d'emploi, les mesures de redéploiement et de planification, etc. ne peuvent, en effet, être concrètement arrêtées qu'en fonction des principes d'un art militaire (stratégie militaire, art opératif et tactique) qu'il faut lui-même - et d'abord - repenser pour tenir compte de la nouvelle doctrine militaire et des bouleversements de la situation géopolitique.

Les réticences du Commandement devant les décisions et exigences des politiques (économies, désarmement, abandons et retraits), le climat semi-anarchique dans lequel est plongée l'URSS, l'incertitude sur l'avenir et les menaces d'éclatement de l'empire, ont, à l'évidence, ralenti le train des réformes. Le projet de "Conception de la réforme militaire", élaboré dès le début de l'automne 1990, n'a toujours pas été soumis à la discussion du parlement soviétique. La base même de l'édifice n'est pas encore en place. Un projet de "Doctrine militaire de l'URSS" a été mis au point et publié3, mais lui non plus n'a été ni discuté, ni adopté. La stratégie militaire qui doit en découler paraît toujours l'objet d'âpres discussions. On la baptise maintenant "stratégie défensive", mais il semble bien qu'il s'agisse encore d'une coque vide dont le nom même est contesté.

Après avoir brièvement rappelé la place que tient la stratégie militaire dans la pensée militaire soviétique, notamment par rapport à la doctrine militaire, l'évolution de cette stratégie depuis la naissance de "l'Armée Rouge des Ouvriers et des Paysans" en 1917 sera survolée, faisant ainsi apparaître son trait principal permanent : la primauté de l'offensive. Les raisons majeures ayant provoqué et imposé le choix d'une autre stratégie seront ensuite évoquées, le fonds de tableau étant ainsi dressé pour présenter les arguments du débat actuel.

 

Politique, doctrine militaire et stratégie militaire

Les liens de subordination et les relations réciproques nouant entre elles la politique, la doctrine et la stratégie sont particulièrement bien définis dans l'esprit des dirigeants soviétiques. La description la plus récente de ces relations est fournie dans la revue mensuelle La pensée militaire de décembre 1990 : "La stratégie militaire est une composante de l'art militaire, sa partie la plus élevée ; elle embrasse la théorie et la pratique de la préparation du pays et des Forces armées à la guerre, la planification et la conduite de la guerre et des opérations stratégiques. En tant que catégorie concrètement historique, elle est liée à la politique de l'état, celle que celui-ci mène à un moment donné et elle en découle. En même temps, la politique se reflète dans la doctrine militaire de l'état. Par suite, les directives de la doctrine représentent bien le cadre qui doit déterminer la stratégie militaire"4.

Dans cette relation triangulaire, la stratégie se trouve toujours subordonnée, soit directement à la politique, soit à la doctrine, elle-même "reflet" de la politique :

La doctrine militaire est bien un choix politique, une prise de position, faite en temps de paix et valable pour une période donnée. Elle porte d'abord sur la définition de la menace à laquelle est soumis le pays, l'identification de l'éventuel agresseur, la nature des guerres possibles (nucléaire, conventionnelle, générale, régionale, etc.) et déclare quelle sera la politique et l'attitude de l'URSS face à ces dangers. Elle définit ensuite, en fonction de cette attitude, les moyens nécessaires pour préparer les forces armées et le pays aux différents types de conflits retenus comme possibles. Cette deuxième partie de la doctrine, son "aspect technico-militaire", fournit les directives générales, mais fondamentales, qui servent, en tout premier lieu, à l'élaboration de la stratégie militaire, à partir de laquelle seront, à leur tour, prises les décisions particulières pour la mise sur pied et l'emploi des forces.

Le Manuel des officiers explicite bien le rapport existant entre la doctrine (directive du temps de paix) et la stratégie, exécution couvrant à la fois le temps de paix (préparation) et le temps de guerre (application) :

"La stratégie exécute les directives de la doctrine ; elle est son instrument dans l'élaboration des plans de guerre et la préparation du pays à la guerre. En temps de guerre, la doctrine militaire passe au second plan, car, au cours de la lutte armée, on se trouve guidé par des considérations politico-militaires et stratégico-militaires ainsi que par des raisonnements qui découlent des conditions de la situation spécifique du moment. En conséquence, la guerre et la lutte armée sont dirigées par la stratégie et non par la doctrine" 5.

Ce point de vue laisse entendre que si le choix doctrinal du temps de paix se révèle mauvais, la stratégie, dans sa phase d'exécution, peut encore redresser l'erreur.

Reprenant le schéma triangulaire de la relation Politique-Doctrine-Stratégie, on peut donc le dédoubler ainsi en distinguant temps de paix et temps de guerre :

On estime souvent, en Occident, que la doctrine militaire est purement déclaratoire, qu'elle présente peu d'intérêt puisqu'elle n'a aucun rapport avec les capacités réelles du moment. L'exemple le plus frappant et souvent cité est celui de la doctrine du début des années 60, prônant l'emploi exclusif des missiles nucléaires, alors que ces moyens étaient encore largement insuffisants face aux moyens américains.

Mais, les soviétiques le disent eux-mêmes, la doctrine est concernée non par la guerre à mener aujourd'hui, mais par la guerre future, fournissant les jalons qui servent à la formulation de la stratégie et à la conception des systèmes d'armes. Le décalage dans le temps entre l'objectif doctrinal fixé et sa réalisation est inévitable ; c'est le sort des doctrines de n'être jamais ni strictement ni totalement exécutées. L'apparition d'armes nouvelles, par exemple, peut contraindre à leur inflexion, voire à leur abandon et c'est bien pour cela que les soviétiques, afin de donner plus de permanence à leur doctrine, présente celle-ci en distinguant nettement son "aspect politique", valable pour une longue période, et son "aspect militaire", plus évolutif.

 

Traits marquants de l'évolution de la stratégie militaire de 1917 à 1985 6

Avant le nucléaire

Mise à part les foucades de la période stalinienne où le "génie" du dictateur tint bien souvent lieu de "science militaire", l'art militaire soviétique a fait preuve, au cours de son évolution, d'une remarquable continuité. Dès les premières années du nouveau régime, une pléiade de théoriciens militaires, anciens de l'armée tsariste ou jeunes révolutionnaires (Blücher, Yakir, Eideman, Sedyakin, Triandafilov, ...) formulèrent certains des concepts que l'on redécouvre maintenant : intérêt porté au combat dans la profondeur, importance accordée au combat de rencontre et, bien sûr, primauté de l'offensive. La mobilité et la manoeuvre étaient préconisées par Frunze qui admettait néanmoins que, localement, soit concevable une guerre de position. Au milieu de cette floraison d'idées novatrices, émerge l'ouvrage magistral de Svechin, Stratégie, paru en 1927, seul manuel théorique complet avant celui de Sokolovski, 35 années plus tard, et qui, remis au goût du jour des armements modernes, s'adapterait totalement à la conjoncture actuelle. S'y trouve parfaitement analysée l'opposition - ou la complémentarité - de l'offensive et de la défensive, de la guerre de mouvement et de la guerre de position et, principalement, de la "guerre de destruction" et de la "guerre d'attrition", tous sujets qui sont au centre des débats théoriques actuels. Pour Svechin, la guerre de destruction est fondée sur une seule action massive destinée à atteindre d'emblée l'objectif principal de la guerre. Le théoricien trouve ses exemples dans les campagnes napoléoniennes, mais Sokolovski ne s'est-il pas inspiré de cette idée avec la frappe nucléaire initiale massive qu'il préconise ? Pour l'auteur de Stratégie, plusieurs opérations successives et coordonnées dans le temps peuvent être considérées globalement comme composant l'offensive unique majeure. Les opérations qu'il décrit s' appuient sur la vitesse et la masse. A l'opposé, la stratégie d'attrition épuise progressivement l'adversaire, sans opérations militaires importantes, tous les moyens, y compris non militaires, contribuant à cet objectif. Mais ce type de stratégie ne suffit pas à obtenir la victoire. Une phase finale et décisive de destruction reste nécessaire. Car l'objectif dernier est déjà pour Svechin
"la destruction complète de l'adversaire". La préoccupation majeure de l'art militaire est de ne pas permettre l'établissement d'un front solide ; la guerre de position doit être évitée et faire place à une guerre de mouvement.

Le principe des opérations menées dans la profondeur fut officialisé dans l'Armée Rouge par les instructions de 1933, préparées sous la direction de Toukhachevski, mais le temps manqua pour le faire appliquer. En effet, la purge qui frappa alors nombre de théoriciens de valeur se traduisit aussi par la destruction de leurs oeuvres. Les enseignements mal digérés tirés de la guerre d'Espagne conduisirent à la dissolution des corps mécanisés et blindés, fer de lance de la stratégie offensive.

La guerre contre l'Allemagne débuta dans l'incohérence. Les moyens de la guerre de mouvement avaient été démantelés, mais subsistait la théorie de la primauté de l'offensive, portée immédiatement hors des frontières. On sait ce qu'il en résulta. Le retour aux sources se fit à partir de 1943, se traduisant par les grandes offensives victorieuses de la dernière période de la "Grande guerre patriotique". Mais il revint au maréchal Zakharov, chef de l'Etat-major général, de réhabiliter officiellement, en 1965, les ouvrages et les théories des premiers stratèges soviétiques.

 

Depuis le nucléaire - La démesure

A cette époque, les possibilités nouvelles offertes par l'apparition des armes nucléaires accouplées aux missiles à longue portée avaient provoqué une "révolution dans les affaires militaires". Khrouchtchev et le maréchal Malinovski, enthousiasmés par ces extraordinaires capacités, exposaient au XXIIe Congrès, en octobre 1961, les principes d'une "nouvelle doctrine militaire". Le terme de "doctrine militaire" faisait là sa réapparition ; créé par Frunze en 1921, il était tombé en désuétude depuis 1935... Staline n'avait pas besoin de doctrine !

La doctrine Khrouchtchev s'appuyait sur la nature décisive des armes nucléaires. Elle se déclarait "défensive", l'URSS ne pouvant être, par principe, l'agresseur, mais elle se traduisait par une stratégie catégoriquement offensive, n'excluant pas les actions préemptives, voire préventives. Cette "stratégie militaire" fût longuement exposée dans le traité bien connu publié sous la direction du maréchal Sokolovski en 1962, réédité et remis à jour deux fois par la suite, en 63 et 68. Il est intéressant de remarquer que l'introduction de l'ouvrage présentait celui-ci comme le premier manuel de stratégie publié depuis Stratégie, l'oeuvre de Svechin datant de 1927. On y retrouve tous les principes stratégiques préconisés par les premiers théoriciens soviétiques d'avant-guerre, adaptés à l'emploi massif de l'arme nucléaire.

Citons Sokolovski :

"Conformément aux indications de Lénine, selon lesquelles il faut savoir changer les procédés de lutte contre l'ennemi quand les circonstances changent, il a été établi, dans la théorie militaire d'avant-guerre, que l'on peut au cours de la guerre utiliser divers procédés pour la conduite de la lutte armée : l'offensive, la défensive, la retraite.

Néanmoins, dans notre doctrine militaire, on a toujours donné une claire préférence au principe de l'offensive pour la conduite des opérations ; c'est par son emploi, seulement, que l'on peut obtenir la destruction complète de l'adversaire. "Vaincra celui qui pourra trouver en lui-même la volonté d'attaquer... écrivait M.V. Frunze, et pour cela... est extrêmement importante la formation de notre armée dans l'esprit d'opérations manoeuvrières de grande envergure."

L'essence de la doctrine offensive soviétique fut tout à fait clairement exprimée dans le projet de règlement de 1939 : "Si l'ennemi nous entraîne dans la guerre, l'Armée Rouge sera l'armée la plus offensive de toutes les armées offensives de tous les temps. Nous mènerons la guerre offensivement, en la portant sur le territoire de l'ennemi"7.

Plus loin, Sokolovski précise la forme que prendront les opérations :

"La destruction des groupements des forces terrestres, des missiles, de l'aviation et des armes nucléaires de l'ennemi sera principalement réalisée par l'application de frappes nucléaires... D'énormes possibilités s'offriront pour l'exécution d'opérations offensives et de manoeuvres par nos forces mécanisées extrêmement rapides. La guerre de position, visiblement, appartiendra au passé ..."

La défensive n'est cependant pas, pour lui, totalement exclue, mais "les procédés des opérations défensives changent radicale-ment... La conduite de la défensive sera fondée sur la manoeuvre très active de groupements de forces hautement mobiles et sur des contre-attaques menées en liaison avec des actions acharnées pour tenir certains secteurs-clefs... La défense linéaire, établie sur des lignes successives et denses, ne trouvera plus d'application" 8. L'auteur insiste également sur "l'importance extraordinaire prise par la période initiale de la guerre", ce qui justifie l'emploi immédiat et massif des missiles nucléaires dans toute la profondeur du théâtre.

Dès 1966, apparaissent certaines inflexions doctrinales. Il est peu à peu admis qu'une première phase conventionnelle puisse précéder l'escalade nucléaire, mais celle-ci reste inéluctable. L'arme nucléaire est faite pour être employée. Certes, la "possibilité de victoire" qu'elle donne (aux soviétiques !) a un effet dissuasif sur l'agresseur éventuel, mais c'est une dissuasion au second degré, dissuasion de fait, fort différente du concept occidental. Les possibilités offertes par l'arme nucléaire ont curieusement pour effet d'exacerber encore les principes stratégiques en vigueur depuis la guerre : primauté à l'offensive, importance de la période initiale, recherche de la surprise, conquête et conservation de l'initiative, combat dans la profondeur à coup de manoeuvres larges et rapides, guerre menée hors du territoire national, destruction totale des forces ennemies et occupation des centres vitaux du territoire de l'adversaire. Le maréchal Ogarkov, jusqu'en 1984, aura beau dénoncer "l'absurdité" de la prolifération nucléaire, les armes de ce type, existantes, ne pourront pas, d'après lui, ne pas être utilisées dans un conflit généralisé, mené, du côté soviétique, selon des principes stratégiques inchangés.

Et, en tout état de cause, malgré le caractère "foncièrement défensif" de la doctrine, toujours répété, la stratégie, chargée de la mettre en oeuvre, restait résolument offensive. Les moyens mis sur pied répondaient à ce type de conduite de la guerre.

 

Depuis le nucléaire - Le retour à la mesure

Il faut attendre 1984 pour constater un retour à une attitude plus équilibrée, à une critique argumentée et à une révision des principes exagérément offensifs de la doctrine Sokolovski et de la formation trop exclusive donnée aux officiers dans cet esprit depuis 40 ans. Le général-colonel Gareev, théoricien militaire de haute renommée, a procédé à cette remise en cause dans un ouvrage consacré à Frunze et sorti des presses deux mois avant l'arrivée de Gorbachev au pouvoir. Dressant un panorama de l'évolution de l'art militaire soviétique, il vante d'abord les mérites des premiers stratèges d'avant-guerre, "imprégnés de l'esprit offensif", mais qui "n'opposaient pas la guerre de mouvement à la guerre de position et un type d'armement à un autre, le succès ne pouvant être atteint que par les efforts combinés de tous les types de forces" 9. - Il se fait aussi ardent défenseur de la théorie du combat dans la profondeur qui avait permis "de sortir l'art militaire de l'impasse de la guerre de position dans laquelle il se trouvait au cours de la 1ère guerre mondiale" 10 - ce qui ne l'empêche pas de critiquer sévèrement la posture adoptée en 1941 avec la sous-évaluation de la défensive, la non-prise en compte de la possibilité d'attaque-surprise, l'imprépa-ration des régions militaires frontalières, l'inexistence de planifica-tion d'opérations défensives et l'absence de formation des cadres en matière de combat défensif. "L'idée de transférer à tout prix la guerre sur le territoire adverse dès le début de la guerre (idée, d'ailleurs, qui n'était fondée ni scientifiquement, ni sur une analyse de la situation concrète, ni sur des calculs opérationnels) passionnait tellement quelques chefs militaires que la possibilité de mener des opérations militaires sur notre propre territoire était pratiquement exclue... L'expérience de la guerre a, une fois encore, montré que la combinaison de l'offensive, en tant que type fondamental des opéra-tions militaires, et de la défensive constitue une loi objective de la lut-te armée et que, comme loi, elle agit avec la force de la nécessité". 11

Passant ensuite aux tendances d'évolution de la théorie de l'art militaire dans les années d'après-guerre, le général Gareev démontre que le développement des armes nouvelles n'a pas autant bouleversé la stratégie qu'on l'a prétendu. Il relève ainsi les "exagérations extrêmes" du livre de Sokolovski : "Il est dit dans ce livre qu'une série complète de principes, de normes et de régles connus, considérés autrefois comme éléments directeurs de la stratégie militaire, se trouvent soumis maintenant à une révision radicale ou perdent totalement leur signification. Il en est ainsi, pour ces auteurs, du principe de la concentration des forces sur la direction décisive, sur celui de l'économie des forces, sur celui de la victoire partielle. Ils ont pensé que le déploiement stratégique, l'offensive stratégique,
la défensive stratégique, la manoeuvre stratégique et d'autres concepts fondamentaux de la théorie de la stratégie avaient beaucoup perdu de leur importance..." 
12. Tout en ne refusant pas l'évolution, il rappelle la loi dialectique de "la négation de la négation" qui impose d'examiner chaque phénomène comme l'un des anneaux de la chaîne générale de l'évolution progressive de l'art militaire : "le plus difficile dans ce processus est de déterminer concrètement ce qui a un avenir dans l'expérience passée, ce qu'il faudra conserver, ce dont il faudra se séparer. D'un côté, on ne peut admettre de se crampon-ner à l'ancien car cela équivaut à préparer la guerre d'hier ; mais, d'un autre côté, lorsque l'on élabore les nouveaux principes de la théorie militaire, non moins dangereux apparaissent les fantaisies sans fonde-ment et les décrochages de la vraie réalité..." 13. Le général Gareev réhabilite ainsi la plus grande partie des principes stratégiques anciens en montrant comment ils s'adaptent à l'emploi des armes nouvelles. Réhabilitation d'autant plus nécessaire que "s'accroît la possibilité de mener une guerre relativement prolongée avec emploi de l'armement conventionnel et, principalement, des nouveaux types d'armes à grande précision." Il ne prend pas position sur la part respective à accorder à l'offensive et à la défensive. Les deux attitudes stratégiques doivent faire l'objet d'études ; elles sont toutes deux nécessaires, complémentaires. Il fait un simple constat historique selon lequel les armées soviétiques, et cela depuis la Guerre civile, ont toujours eu une prédilection pour l'offensive, objet, en conséquence, de davantage de recherches. Au cours de la Grande guerre patriotique, sur 210 opérations du niveau groupe d'armées, 160 ont été des opérations offensives et 50 seulement défensives.

Il est intéressant de relever, enfin, une remarque du général sur le caractère "offensif" ou "défensif" des moyens, ce point étant justement l'un des objets du débat stratégique actuel :

"En parlant des problèmes concernant les opérations offensives et défensives, il convient de tenir compte de ce qu'une tendance au rapprochement des moyens d'action des forces dans l'offensive et dans la défensive apparaît de plus en plus nettement de nos jours. L'offensive, de nos jours, se présente comme la combinaison de feux, de progression impétueuse des chars et de l'infanterie mécanisée soutenue par l'aviation et les hélicoptères de combat, et d'actions hardies de commandos aéroportés dans la profondeur de la défense et sur les flancs des groupements qui leur font face. A la différence de l'offensive de la période de la Grande guerre patriotique, il ne s'agira plus d'une progression des troupes de ligne en lignes successives, mais d'une défaite décisive et simultanée de l'ennemi sur toute la profondeur de son dispositif...

La base d'une défense, à l'époque actuelle, est également constituée par le feu et la manoeuvre, en combinaison avec une occupation solide de certaines positions. Cette défensive se caractérise par l'emploi de puissants moyens de feu permettant d'appliquer des frappes de destruction sur les forces ennemies, dès leur approche lointaine, ainsi que par la très grande "activité" déployée par les unités qui se défendent". 14

Il ne fait pas de doute que les idées relancées par le général Gareev et ce retour à la mesure auront facilité la transition avec la période nouvelle qui s'est ouverte en 1985.

 

A la recherche d'une stratégie adaptée à la nouvelle doctrine

En 1985, l'état général de l'Union soviétique contraint M. Gorbachev à procéder, entre autres, à une révision fondamentale de la politique extérieure de l'URSS. La relance économique indispensable, tributaire pour beaucoup de l'aide occidentale, impose l'instauration d'un climat de détente internationale - la nouvelle pensée politique - entraînant, à son tour, un effacement de la puissance militaire et un ralentissement des dépenses de défense. Il apparaît également nécessaire de prouver à tous que l'URSS n'a plus aucune velléité agressive. Il convient d'abord de le proclamer : L'existence d'un nouveau texte fondamental, la "Doctrine militaire des Etats-membres du Pacte de Varsovie" est ainsi révélée le 29 mai 1987. Ce document se contentait, en fait, de réaffirmer "l'orientation foncièrement défensive" de la "nouvelle" doctrine et d'énumérer un certain nombre de propositions de désarmement et de confiance visant à l'atténuation de la confrontation Est-Ouest. Il ne donnait aucune information sur une modification quelconque de la stratégie militaire et de la posture des forces. Le scepticisme des Occidentaux quant à la réalité d'un changement était justifié.

Le bien fondé de ce scepticisme était, d'ailleurs, reconnu par les soviétiques. C'est ainsi que le maréchal Akhromeev, en visite aux Etats-Unis en juillet 1988 - alors qu'il était encore chef de l'Etat-major général -, fit assaut de formules nouvelles pour faire sentir à ses interlocuteurs l'ampleur de la révision doctrinale, notamment en ce qui concerne l'aspect "technico-militaire" de la doctrine, c'est à dire celui d'où dérive directement la stratégie militaire.

"Vous nous dites que les deux aspects de notre doctrine, l'aspect politique et l'aspect technique, sont contradictoires ; que, politiquement nous poursuivons des buts défensifs, la défense de notre pays contre une attaque - mais que nous envisageons d'attein-dre cet objectif grâce à une stratégie offensive. Voilà la cause de votre défiance. En réalité, cependant, les deux aspects de notre doctrine sont étroitement coordonnés, l'aspect technico-militaire étant subordonné au politique. Les deux aspects sont de nature défensive."

Insistant encore sur les changements apportés à la stratégie, il ajoute : "Guidés par l'expérience de la deuxième guerre mondiale, nous considérions que l'offensive était, pour nos forces, la méthode principale de conduite de la guerre. Jusqu'à une date récente, nous faisions des plans pour refouler l'agression en utilisant, à la fois, des opérations défensives et offensives. Mais nous avons pris en compte les inquiétudes occidentales à ce sujet et nous avons modifié notre stratégie militaire. En cas d'agression, les Forces armées soviétiques seront engagées initialement dans des opérations défensives en réponse. Dans l'entraînement de nos forces, la défensive, aux niveaux stratégique, opératif et tactique, est passée au premier plan." 15

Outre la volonté politique - et diplomatique - d'afficher la ferme décision d'abandonner toute attitude agressive, décision traduite dans la "nouvelle doctrine", d'autres facteurs, relevant de la pure technique militaire ceux-là, imposaient de réviser fondamentalement la stratégie. Il y avait, en premier lieu, les problèmes posés par le manque d'effectifs : les réductions drastiques de personnel, décidées elles aussi par le pouvoir politique, l'insuffisance du recrutement, les phénomènes d'insoumission et de désertion rendaient exsangues les unités de combat et se traduisaient obligatoirement par des coupes sombres dans l'ordre de bataille et la mise en veilleuse de nombre de divisions et d'armées. Simultanément, les bouleversements provoqués par les accords de désarmement, ainsi que par le retrait des grandes unités des groupes de forces stationnés dans les pays ex-satellites, l'abandon des territoires qui, jusqu'à maintenant, ouvraient des possibilités, soit de glacis défensif, soit, bien plutôt, de tête de pont offensive, imposaient redéploiement des forces, modification des structures des unités, changement de stratégie.

A partir de 1987, les articles, discussions, tables rondes publiés dans la presse militaire tournent, pour la plupart, autour du thème de la défensive, de ses avantages, de la manière de la conduire compte tenu des possibilités des armes nouvelles, mais les niveaux abordés sont ceux de la tactique et de l'art opératif, c'est-à-dire au maximum celui du Front. Le souci de ne pas voir perdre les qualités de dynamisme inculquées au corps des officiers depuis des décennies apparaît constant. La défensive doit être "active". Par ailleurs, elle ne se suffit pas à elle-même ; dans l'esprit de tous les commentateurs, elle n'est qu'une phase, nécessaire peut-être, pour préparer la contre-offensive. L'exemple le plus souvent mis en avant est celui de la bataille de Koursk de 1943, "opération défensive du 5 au 23 juillet et opération offensive du 12 juillet au 23 août". La deuxième phase, commençant par une contre-offensive, est présentée comme le démarrage d'une offensive stratégique. Dans un article consacré aux leçons à tirer de cette bataille, les experts Kokoshin et Larionov résument parfaitement la pensée des chefs militaires soviétiques en remarquant : "Il est clair qu'on ne peut détruire l'adversaire par la défensive. C'est pourquoi nos troupes doivent être capables, après avoir repoussé l'attaque de l'ennemi, de mener une offensive décisive qui prendra la forme d'une contre-offensive" 16.

La stratégie défensive

Le thème de la défensive au niveau stratégique ne sera abordé que tardivement, dans le courant de l'année 1990. C'est, en fait, dans le "Projet de doctrine militaire de l'URSS", rendu public en décembre 1990 que se trouve officialisé le terme "stratégie défensive". Dans ce document qui, s'il est approuvé, constituera le cadre fondamental de la Réforme militaire, il y a, pour la première fois, cohérence totale entre, d'une part l'aspect politique de la doctrine, exprimant la volonté de "prévenir la guerre" et affirmant une attitude non agressive, et, d'autre part, son aspect technico-militaire qui doit se traduire par une "stratégie de prévention de la guerre" et une "stratégie défensive".

Que trouve-t-on derrière ces deux concepts ?

Le projet de texte doctrinal n'explicite pas le premier d'entre eux. En février 1989, le général Moïseev reconnaissait que "l'une des tâches très complexes de la science militaire est d'élaborer une stratégie de prévention de la guerre. Jamais un tel problème ne s'est posé à nos forces armées." C'est, sans doute volontairement que les soviétiques ont rejeté l'expression "stratégie de dissuasion", trop évocatrice de la confrontation passée, trop négative, puisqu'elle se limite à interdire à l'adversaire tout espoir de gain dans un éventuel conflit. La stratégie de prévention de la guerre doit vraisemblablement inclure des aspects plus positifs et, par exemple, toutes les mesures militaires destinées à démontrer l'attitude non agressive des forces. Le document doctrinal s'étend, d'ailleurs, sur le volume des moyens à mettre sur pied pour satisfaire le principe de la "suffisance sûre et raisonnable pour la défense" :

"La suffisance en forces et moyens nucléaires est définie par les paramètres combinés quantitatifs et qualitatifs du potentiel nucléaire indispensable pour porter une frappe en réponse dont les conséquences annuleraient tous les avantages de l'agresseur. Une telle suffisance est considérée comme une étape intermédiaire sur la voie menant à la liquidation des armes nucléaires.

La suffisance dans le domaine des armements et des forces armées conventionnelles est considérée comme représentant la quantité minimale nécessaire pour garantir une défense sûre, mais insuffisante pour permettre de mener des opérations offensives de grande envergure" 17.

Le texte de décembre 1990 est un peu plus explicite en ce qui concerne le contenu de la "stratégie défensive" : "L'évolution de la théorie et de la pratique de l'art militaire est réalisée sur la base d'un concept de "stratégie défensive", en conséquence de quoi les efforts essentiels pour la défense du pays sont concentrés à l'intérieur des frontières d'état de l'URSS. Le premier échelon stratégique est constitué par les troupes des régions militaires frontières et les unités de la Marine. La réserve stratégique est formée par les troupes des régions militaires de l'intérieur.

Il est totalement exclu que les Forces armées soviétiques portent un premier coup, préventif. Au début d'une agression, la défensive est la forme principale des opérations. Les actions ultérieures des Forces armées de l'URSS sont déterminées par la nature des opérations de l'ennemi et dépendent des moyens et procédés de lutte armée qu'il emploie" 18.

Ce texte peut apparaître, pour le lecteur occidental, assez anodin, peu contraignant, équivoque même puisqu'il laisse la porte ouverte à toutes les interprétations en ce qui concerne la deuxième phase de la guerre et qu'il omet de préciser l'objectif final recherché : simple retour au statu quo ? Destruction des forces ennemies ? Occupation de son territoire ?

Il n'en est pas moins certainement révolutionnaire aux yeux des militaires soviétiques.

L'accent exclusif est mis sur la défensive ; le mot "offensif" n'apparaît pas, ne serait-ce que sous sa forme édulcorée de "contre-offensive". La guerre, tout au moins dans sa première phase, doit se dérouler sur le territoire national ; on ne parle plus de la porter chez l'ennemi. Il faut passivement attendre le premier coup ; on ne parle plus de surprendre l'ennemi. Le terme même de "stratégie défensive" écorche les oreilles.

Les réactions, pour la plupart fort critiques, ont été nombreuses dès le début de l'année 1991.

Dans un article intitulé : "Tout a-t-il bien été soupesé dans notre doctrine militaire ?", le général Vorobiev, théoricien de renom, tout en reconnaissant le bien fondé de la doctrine défensive et en approuvant les mesures prises pour la restructuration des forces "dans un esprit défensif" s'élève contre l'immixtion de la doctrine dans l'art militaire. D'après lui, il est suffisant que la doctrine impose aux forces armées de se mettre en mesure de "remplir leur mission quelle que soit la forme du déclenchement de l'agression". Mais elle n'a pas à leur préciser comment. Or, le texte stipule que : "au début de l'agression, la forme principale des opérations est la défensive. Une telle exclusivité n'est pas justifiée. Cela peut être perçu comme si, en toutes circonstances, on nous prescrivait d'agir passivement... En repoussant l'agression, nous sommes en droit de choisir les procédés adaptés correspondant à la situation qui s'est créée. La doctrine militaire ne peut et ne doit pas imposer des schémas à l'art militaire, lui imposer unilatéralement l'emploi de tel ou tel type d'opérations" 19. Cette attitude trop passive paraît au général d'autant plus dangereuse que l'emploi massif des armes nouvelles rendra plus critique que jamais la période initiale d'un conflit. Il propose d'amender ainsi le texte doctrinal : "L'évolution de la théorie et de la pratique de l'art militaire est réalisée sur la base de la conception d'une stratégie de "réaction adéquate". Les forces armées doivent être en mesure de choisir et d'appliquer les formes et méthodes de conduite des opérations qui répondent à la situation et leur assurent de prendre l'avantage décisif sur l'adversaire. Par ailleurs, limiter son ambition à "repousser" l'agresseur semble au général Vorobiev un objectif par trop modeste. C'est faire preuve de "pacifisme" que de renoncer a priori à la destruction des forces adverses, à l'occupation du territoire de l'ennemi, à lui asséner un coup insupportable.

D'autres critiques vont encore plus loin. Le maréchal des troupes blindées Losik, s'interrogeant sur les limites de la suffisance, n'admet pas, lui non plus, la passivité en début de conflit ; "Nous ne devons pas considérer notre refus d'entamer les opérations les premiers, comme un accord pour donner, à l'avance, l'initiative à l'autre partie dont les moyens de guerre modernes sont capables de décider de l'issue de la guerre en quelques heures" 20. Pour le maréchal Losik, une distinction trop nette entre défensive et offensive n'a aucun sens pour les armées modernes. "Compte tenu de la puissance de feu colossalement croissante et de la mobilité des armées modernes, c'est un caractère offensif-défensif qui domine dans leurs opérations. La défensive, à tous ses niveaux, est menée activement avec des phases nettement offensives. La seule défensive ne peut mener qu'à la défaite ; elle est suicidaire". La même remarque est appliquée aux structures et aux armements. "Tout naturellement, la composition et la structure de nos formations interarmes ( jusqu'au niveau du Front inclusivement) doivent être universelles, c'est à dire aptes à mener des opérations aussi bien offensives que défensives... Il en est de même pour les armements. Ces derniers temps, a vu le jour une théorie pseudo-scientifique faisant une distinction entre armes offensives et armes défensives, les premières, comme le char, étant qualifiées de "mauvaises"... Or, le char, comme le montre l'expérience, est le type d'arme universel, apte à l'attaque comme à la défense."

Le retour du balancier vers un dosage offensive-défensive plus équilibré est sensible dans tous les domaines, y compris l'entraînement. Citons le général Reznichenko s'exprimant en janvier 1991 dans Pensée militaire : "Dans le cadre de l'orientation défensive de la doctrine militaire de l'URSS, les chefs, les états-majors et les unités doivent être prêts non seulement à mener des opérations défensives et des contre-attaques, mais également à lancer des contre-offensives et des opérations offensives. ... Si une opération de contre-offensive est menée, comme c'est le plus vraisemblable, après avoir infligé à l'ennemi un revers décisif lors du combat défensif, on pourra alors déclencher l'opération offensive simultanément avec l'opération défensive, mais sur une autre direction, où l'adversaire sera contraint à la défensive" 21. Dans ce même article où les paragraphes consacrés aux opérations offensives et aux opérations défensives font part égale, l'auteur s'étend longuement, dans ses conclusions, sur l'importance accrue du rôle de la manoeuvre, sur le dynamisme qu'il faut inculquer aux jeunes officiers et sur l'élaboration d'une nouvelle théorie du combat interarmes - "la tactique du combat aéroterrestre dans la profondeur, dans laquelle se trouveraient réunis tous ces nouveaux éléments : harcèlement radio-électronique, destruction par le feu appliqué dans la profondeur par toutes les armes à haute précision, y compris l'aviation, large emploi des commandos aéroportés et des unités spéciales, actions déterminées des unités interarmes simultanément de front, de flanc et sur les arrières..."

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Dans le cadre de leur nouvelle doctrine militaire défensive, les militaires soviétiques semblent éprouver beaucoup de difficultés à renoncer aux principes et à l'esprit dans lesquels a été moulée l'Armée Rouge, puis l'armée soviétique depuis 70 ans.

Après une éclipse de trois années à peine, la primauté de l'offensive renaît de ses cendres. La "stratégie défensive" n'aura, sans doute, été qu'une expression passagère. La stratégie "adéquate" ou "de réaction adéquate" permettra de revenir discrètement aux vieux errements.

 

Notes:

1 Les termes écrits ici en gras correspondent à la terminologie militaire officielle soviétique, remarquablement cohérente et précise. Pour retrouver éventuellement leur exacte définition, on pourra se reporter à l'article paru dans Stratégique 1984/3 : "Un outil pour la pensée militaire soviétique".

2 Général-colonel M.A.Moïseev : "A partir des positions de la doctrine défensive", Etoile rouge, 10 février 1989.

3 Une traduction intégrale accompagnée d'un commentaire, va paraître dans Jacques Laurent, "Le projet de Doctrine militaire de l'URSS. - Texte fondamental ou exercice de style ?" dans Georges Tan Eng Bok, La puissance militaire soviétique en transition : armée, société et réformes.

4 V. Koroshuvin, "Quelques problèmes actuels de stratégie militaire" La Pensée militaire, n° 12/1990, p. 28.

5 Manuel de l'officier, Moscou, Editions militaires, 1971, p. 69

6 Une excellente anthologie des théoriciens militaires soviétiques de 1917 à 1980 a été présentée par Harriet et William Fast Scott, L'art soviétique de la guerre, Boulder, Westview, 1982.

7 V.D. Sokolovski, Stratégie militaire, Moscou, 1963, p. 168.

8 V.D. Sokolovski, op. cit., p. 250.

9 M.A. Gareev, M.V. Frunze, théoricien militaire, Moscou, Editions militaires, 1985, p. 227.

10 M.A. Gareev, op. cit., p. 228.

11 M.A. Gareev, op. cit., p. 231.

12 M.A. Gareev, op. cit., p. 239.

13 M.A. Gareev, op. cit., p. 239.

14 M.A. Gareev, op. cit., p. 245.

15 S.F. Akhromeev, Verbatim de l'exposé fait à New York devant le "Conseil pour les relations étrangères", 11 juillet 1988.

16 A. Kokoshin et V. Larionov, "La bataille de Koursk à la lumière de la doctrine défensive actuelle", revue "M.E.M.O.", n° 8, août 1987.

17 Numéro spécial de la revue La Pensée militaire, décembre 1990, "Doctrine militaire de l'URSS", p. 27.

18 Ibid, p. 28.

19 I. Vorobiev, "Tout a -t-il été bien soupesé dans notre doctrine militaire ?", Etoile rouge, 26 janvier 1991.

20 O. Losik, "Où sont les limites de la suffisance raisonnable ?", Etoile rouge, 5 mars 1991.

21 V.G. Reznichenko, "Préparation et conduite des opérations d'armée", La Pensée militaire, n° 1/1991, p. 24.

 

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