L’ISLANDE OU LE PORTE-AVIONS MALGRÉ LUI

Nathalie BLANC-NOËL

 

 

De tous les pays nordiques, l’Islande est celui dont la politique étrangère est la moins empreinte de volontarisme, c’est à dire celui qui subit le plus les données de sa géopolitique. Car l’Islande n’était, à l’ “état de nature”, même pas disposée à avoir de politique étrangère. Plus que de tout autre exotisme plus ou moins rêvé, c’est de cette île de glace et de feu, si elle avait été mieux connue, qu’auraient dû s’inspirer les utopistes du XVIIIe siècle : l’Islande fut en effet la première démocratie au monde. De surcroît, elle ne se dota jamais d’armée et ne fut jamais en guerre... Le seul conflit portant ce nom auquel elle prit part, bien connu des juristes internationaux car on le baptisa avec emphase “guerre des morues”, fut une dispute pour défendre sa seule source de subsistance, le poisson. Pacifiste du fait de sa géographie, l’île allait pourtant revêtir une importance stratégique fondamentale pour le système de sécurité international.

UN PAYS ORIGINELLEMENT PAUVRE ET ISOLÉ

La géographie de l’Islande la condamnait dès l’origine à deux caractéristiques : la pauvreté et l’isolement ; seulement 18 % des 103 000 km2 de sa superficie sont habités, le reste formant un paysage étrange, lunaire, de glaciers, de laves et de lacs. La ressource quasi-unique du pays est la pêche, car il a la chance de bénéficier des eaux les plus poissonneuses du monde. L’islande ne possède ni minerai, ni pétrole, les seules sources d’énergie abondantes étant l’énergie hydroélectrique et l’énergie géothermique. La dépendance à l’égard du commerce extérieur est donc extrême. Bengt Sundelius, à cause du caractère de cette économie basée sur un seul produit, a pu écrire que l’Islande présentait “beaucoup de caractéristiques d’un pays du tiers-monde dans un cadre nordique” 1. En fait, il y a une sorte de miracle économique islandais, qui fait que ce pays a un niveau de vie comparable à celui de l’ex-Allemagne fédérale, et qu’elle se situe même en tête des pays scandinaves au regard de plusieurs indicateurs économiques : chômage pratiquement nul (il y a en fait une pénurie de main d’oeuvre), croissance de 6,2 % en 1987, augmentation réelle du pouvoir d’achat de 9 % en 1986. Le PNB par habitant est comparable à celui de la France ou du Japon2. Toutefois, le pays a connu en 1987-1988 une crise économique liée à la baisse du dollar et du cours de l’aluminium, et à la baisse des prises de pêche, qui a conduit le gouvernement Palsson (coalition de centre droit regroupant le Parti de l’indépendance, le Parti du progrès et le Parti social-démocrate) à démissionner au profit du gouvernement de Steingrimur Hermannsson, coalition quadripartite des partis progressiste, social-démocrate, communiste (Alliance du peuple) et de la Fédération pour l’égalité des droits et de la justice sociale3. La fragilité de l’économie islandaise fait comprendre pourquoi ce pays on ne peut plus pacifiste s’est farouchement engagé dans ce que l’on a appelé la “guerre de la morue”. L’extension par la “législation pour la conservation des pêcheries” de la zone où l’Islande se réserve des droits exclusifs de pêche (passée de 4 milles en 1952 à 12 milles en 1958, 50 milles en 1972 et 200 milles en 1975) provoqua la colère des autres pays pêchant dans ces eaux ; le conflit alla jusqu’à la rupture des relations avec la Grande-Bretagne et à la menace de se retirer de l’OTAN. Une négociation mit fin au conflit en 1976.

La seconde caractéristique à laquelle sa géographie condamnait l’Islande était l’isolement. L’île ne fut découverte qu’en 874, par un Norvégien, Ingólfur Arnarson, et fut ensuite peuplée par des vikings. Pendant quelques siècles, l’Islande fut le centre d’une vie culturelle riche et rayonnante, dont il nous reste la littérature célèbre des sagas, et surtout, ce qui est plus méconnu, le modèle de la démocratie parlementaire !... En effet, c’est en l’an 930 que se réunit à Thingvellir le premier parlement du monde, dont l’Althing contemporain est le descendant direct... L’Islande connut ensuite une période de déclin, sous la domination danoise. L’esprit national se réveilla à l’époque du romantisme, et en 1918 l’Islande négocia avec le Danemark un accord lui assurant un statut de souveraineté limitée, accord par lequel elle proclamait en même temps sa neutralité permanente. Cette neutra-lité devait être malmenée au cours de la seconde guerre mondiale, puisque le 10 mai 1940 des troupes britanniques débarquaient dans l’île, devançant probablement les troupes allemandes ; en 1941, ce furent les troupes américaines qui les remplacèrent. L’Islande se trouvait malgré elle engagée dans la guerre, mais elle n’en continua pas moins à se considérer neutre, n’ayant jamais formellement renoncé à sa neutralité permanente. En 1944, alors que le Danemark était occupé par les Allemands, elle proclama son indépendance, et le 17 juin de la même année, elle refusa de devenir membre fondateur des Nations-Unies ce qui aurait impliqué une déclaration de guerre à l’Axe. A la fin de la guerre, elle rejeta les propositions américaines visant à installer sur son territoire trois bases permanentes pour 99 ans et n’accepta, par un accord de septembre 1946, qu’une présence américaine limitée pour les besoins de l’armée américaine en Allemagne. Cependant, les événements de Tchécoslovaquie en 1948 lui donnèrent à réfléchir et en 1949, après avoir posé comme conditions son refus de constituer une armée et son refus de permettre le stationnement permanent de troupes étrangères sur son territoire, l’Islande accepta d’être membre fondateur de l’OTAN. En 1950, dans le climat de la guerre de Corée, l’OTAN demanda à l’Islande de revenir sur sa position concernant le stationnement de troupes étrangères ; la demande aboutit en 1951 à la signature d’un accord grâce auquel les Etats-Unis constituèrent une “Force de défense islandaise” (Icelandic Defense Force, IDF) que l’Islande s’engageait à abriter sur des “zones agréées”, c’est-à-dire la base de Keflavik, dont la totalité des effectifs ainsi que le matériel étaient américains. L’Islande posait des restrictions à l’accord, en interdisant la présence d’armes nucléaires sur son sol4.

Ainsi, l’Islande a échappé à son double destin de pays pauvre et isolé : d’une part elle est devenue prospère et d’autre part, elle constitue aujourd’hui le point-clef du système de défense occidental sur l’Atlantique.

LE POINT-CLEF DU SYSTÈME DE DÉFENSE OCCIDENTAL

C’est la seconde guerre mondiale qui révéla aux Occidentaux l’importance vitale de l’Islande pour la sécurité européenne. Certes, dès 1920, Lénine avait remarqué, au Congrès de l’Internationale communiste, l’importance de “la position stratégique de l’islande dans toute guerre future, en particulier sur mer et dans les airs”, et le géopoliticien allemand Karl Haushofer avait comparé l’Islande à un pistolet braqué en permanence sur la grande-Bretagne, les Etats-Unis et le Canada. Dès 1933, le ministre de l’Air italien, Italo Balbo, avait dirigé la traversée de l’Atlantique par vingt-quatre avions militaires qui firent escale en Islande. En fait, c’était surtout sur le plan technico-commercial que l’île était importante avant-guerre, pour la prévision météorologique, comme pour les escales des avions postaux. Mais lors de la seconde guerre mondiale, curieusement, les alliés ne réalisèrent qu’avec retard son importance stratégique : il fallut attendre l’invasion du Danemark par les Allemands pour que le président Roosevelt déclarât que le Groënland était couvert par la doctrine Monroe. Rien ne fut dit à propos de l’Islande. Mais en juillet 1941, les Américains acceptèrent de remplacer les Britanniques installés depuis quelques mois en Islande. Tout au long de la guerre, l’île servit de relais pour l’acheminement de matériel vers l’Europe et quelques 45 000 soldats américains y stationnèrent. Le concept de GIUK, ligne Groënland-Islande-Royaume-Uni, était né.

L’importance de l’Islande, au centre du GIUK, était désormais évidente car, comme le dit Winston Churchill, elle fut au cours de la guerre “la gardienne de nos communications atlantiques vitales”. Il devenait alors nécessaire que l’Islande appartînt au camp occidental, ce qu’elle fit, comme on l’a vu, avec certaines réserves. Or depuis cette époque, le schéma n’a pas changé. L’importance de l’Islande est liée à celle du GIUK dans la stratégie de l’OTAN. Depuis les années cinquante, cette ligne est la voie par laquelle l’OTAN pourra acheminer renforts, contingents et matériel à destination de l’Europe. Le GIUK peut aussi être vu comme une sorte de barrière qu’il faudra défendre au sud, afin d’empêcher les soviétiques d’y pratiquer des brèches, ce qu’ils voudraient faire d’une part pour aller couper les lignes de communications maritimes de l’OTAN (SLOC) qui passent au sud du GIUK (carte 1) et d’autre part pour pouvoir se diriger vers la côte est des Etats-Unis, puisque le passage du Nord-Ouest est (ou plus exactement a été jusqu’à une période récente) quasiment impraticable5.

Une force minuscule investie de grandes missions

Dans ce contexte, la Force de défense islandaise a donc logiquement plusieurs missions. La première et la plus évidente est bien sûr la défense de l’Islande elle-même, en attendant des renforts. La base de Keflavik abrite notamment une force de défense terrestre de 450 hommes, dont 120 sont des instructeurs qui pourraient former des renforts, le rôle de cette petite force intermédiaire étant de protéger la base elle-même et les réservoirs de carburant de Hvafjordur6. Dans une interview livrée en 1988, le premier ministre Thorsteinn Palsson déclarait à ce sujet : “Nous sommes évidemment très préoccupés par la menace que font peser les Soviétiques sur l’Atlantique-Nord, où leur présence ne cesse de croître. C’est précisément contre ce danger potentiel qu’est dirigé l’accord de défense que nous avons signé avec les Etats-Unis. […] Nous sommes conscients de l’importance stratégique de l’Islande. En cas de crise, notre pays se trouverait sur la route des convois de ravitaillement destinés à l’Europe. Nous ne pouvons rien changer à la géographie : nous sommes effectivement situés au centre d’un possible champ de bataille !… Mais au-delà de ce constat, nous ne nous berçons d’aucune illusion : quel que soit le cas de figure, nous ne pourrons jamais peser sur la situation. Et seules, les forces américaines actuellement stationnées en Islande seraient incapables de nous protéger si l’URSS devait nous envahir…” 7.

En deuxième lieu, comme les autres îles de l’Atlantique nord situées entre la Norvège et le Groënland, la Force islandaise a une mission de surveillance : le système de sonars sous-marins SOSUS (Sound Surveillance System) est installé autour de l’Islande (carte 2). La détection aérienne est assurée par les radars de Höfn et Keflavik, récemment renforcés par deux nouveaux radars, au nord-ouest et au nord-est de l’île, auxquels s’ajoutent deux avions Awacs (Airborne Warning and Control System). Pour donner une idée de l’importance de la mission de surveillance de la Force aérienne islandaise, on peut rappeler qu’en 1986, elle a intercepté plus d’avions soviétiques que l’armée de l’air américaine n’en a intercepté dans le monde au cours de la même année8 !… L’activité soviétique est de 160 avions militaires par an en moyenne, ce qui est le taux le plus fort du monde… La surveillance maritime est assurée par neuf avions P-3 C Orion et par un P-3 C néerlandais.

La base islandaise a également une mission de relais dans l’acheminement d’hommes et de matériel vers l’Europe, correspondant au rôle de “route vers l’Europe” du GIUK ; l’OTAN estime en effet qu’en cas de guerre, elle aurait à transporter au cours de la phase initiale du conflit 1,5 million de soldats, 12 millions de tonnes de matériel et 100 millions de tonnes de carburant, la majeure partie du transport se faisant par mer9.

Enfin, elle a une mission de protection correspondant au rôle de barrière du GIUK. Comme l’ont montré les manœuvres de l’OTAN en 1985, “Ocean safari 85” ; l’Islande doit jouer en cas de conflit un rôle très important pour la défense des transports atlantiques. Durant les années quatre-vingts, les Etats-Unis ont souhaité améliorer le programme de défense aérienne de l’Islande, en remplaçant les douze bombardiers F4 par dix-huit bombardiers F15, destinés à lutter contre les bombardiers soviétiques backfire à longue portée armés de missiles anti-navires (air/mer), et donc à renforcer la défense des SLOCs et des porte-avions de l’OTAN. Le gouvernement islandais a accepté le projet en 1985. Puis à partir de 1986, des consultations ont eu lieu entre les gouvernements des deux pays au sujet de la construction d’un nouvel aérodrome (question toujours irrésolue)10.

L’Islande et la présence américaine

Il faut rappeler que la question du soutien de l’Islande à l’OTAN et à l’accord de défense a, depuis que l’OTAN s’est intéressée à l’Islande, fait l’objet d’un intérêt particulier de la part des alliés occidentaux, et parfois même d’une relative crainte ou méfiance envers celle que l’on a, un temps, surnommé l’“alliée réticente” (the reluctant ally). La culture islandaise, on l’a vu, ignore en effet la guerre, à ce point même que sa langue ne comprend pas le vocabulaire nécessaire pour parler des choses militaires et de la stratégie11. Aussi l’Islande pacifiste par nature n’a-t-elle progressé dans son alliance militaire qu’en des périodes où elle se sentait menacée et en prenant des précautions pour se préserver, telles son refus de la conscription nationale12. Une autre précaution de l’Islande vis-à-vis de l’OTAN est tout à fait originale mais significative en même temps d’une certaine ambiguité vis-à-vis de ses protecteurs : la politique islandaise à l’égard de l’OTAN a toujours comporté un volet culturel. Les Islandais ont une véritable phobie de la présence d’un trop grand nombre d’Américains sur leur île13 ; il faut dire que l’île, qui n’a que 250 000 habitants nationaux, abrite 3 000 militaires américains à Keflavik et 100 à Höfn, ce qui représente un total d’environ 5 000 américains avec les familles, et donc cette crainte est en soi réaliste. Aussi les Islandais ont-ils pris des mesures de protection de la culture nationale dès la passation de l’accord de défense, puisque toute augmentation du contingent américain doit être soumise à leur approbation, et que les personnels américains et leurs familles doivent quitter la base le moins possible du fait de réglementations très sévères.

Dans un tel contexte culturel, la solution de la base américaine permanente n’est pas jugée comme totalement acceptable, mais le problème est qu’il n’y a guère de solutions de rechange et que celle esquissée par les partis hostiles à la présence américaine, solution d’un non-alignement désarmé, n’est guère envisageable, pas plus que la solution à la suédoise d’un non-alignement armé, car l’Islande ne dispose pas de ressources nécessaires pour se doter d’un corps armé crédible au regard de l’importance géopolitique de sa situation géographique. Aussi la politique étrangère islandaise est-elle marquée d’une hésitation entre le sentiment national et une sorte d’attitude de pis-aller, portant, il faut cependant le dire, davantage sur le problème de la base de keflavik que sur celui de l’adhésion à l’OTAN. A deux reprises, le gouvernement a souhaité résilier l’accord de défense de 1951, mais a échoué par manque de consensus dans la classe politique. La première tentative se produisit en 1956 ; une résolution à ce sujet fut adoptée par l’Althing, soutenue par les sociaux-démocrates, le parti du progrès et les communistes. Mais elle ne fut pas suivie d’effet en raison des évènements de Hongrie et de la guerre au Moyen-Orient. La seconde tentative intervint en 1971 ; le gouvernement de coalition de gauche déclara que l’accord de défense de 1951 devait faire l’objet d’une révision et engagea la procédure prévue pour cela devant le conseil de l’OTAN. Mais, alors qu’il ne restait plus à l’Althing qu’à se prononcer, une pétition fut lancée par quatorze personnes en faveur de l’OTAN, demandant au gouvernement de ne pas résilier l’accord de défense. Elle fut signée par la moitié de l’électorat islandais, et il s’en suivit l’échec du gouvernement de gauche aux élection municipales puis sa chute aux élections générales de 1974. Depuis lors, il semble que la question de la résiliation de l’accord de défense soit oubliée, et que le soutien de l’opinion publique se soit amélioré. En 1983 et en 1986, des sondages réalisés sur la question révélèrent que 80 % des islandais étaient favorables à l’appartenance à l’OTAN. Cependant, si 64 % des sondés étaient favorables à l’accord de défense en 1983, ils n’étaient plus que 55 % en 1987, peut-être en raison des relations islando-américaines au sujet des transports transatlantiques ou de la volonté du gouvernement américain d’interdire la pêche à la baleine.

Un point cependant semble rassurant quant à la loyauté des Islandais vis-à-vis de l’OTAN. C’est le fait que depuis 1985, elle cherche à se comporter en membre actif de l’Alliance. Ce que l’on pourrait appeler “l’évolution vers la responsabilisation de l’acteur étatique islandais dans les relations internationales” avait en fait été amorcée en 1979 avec la création de la Commission islandaise sur
la sécurité et les affaires internationales. Cette commission, composée de représentants des partis politiques présents à l’Althing, a pour fonction de superviser la recherche et de veiller à la circulation de l’information sur la politique de sécurité. Elle ne fait pas de propositions au gouvernement, mais publie des rapports sur des points spécifiques afin d’encourager un débat public sur ces questions ; on a pu d’ailleurs noter que la Commission avait joué le rôle de pacificateur de l’opinion publique dans le domaine de la politique de défense. La création de la Commission a représenté un pas important dans l’évolution mentionnée plus haut, puisqu’auparavant, les gouvernements islandais avaient l’habitude de faire appel à des experts étrangers chargés de faire des études sur les questions de politique de sécurité. La seconde étape de l’institution-nalisation de la politique de sécurité islandaise fut le remplacement, au sein du ministère des Affaires étrangères, de la division Défense par un département ministériel de la Défense, décision prise par le ministre Geir Hallgrimsson14. Ce changement très important correspond au désir exprimé depuis 1985-1986 par M. Hallgrimsson de rejeter le rôle d’allié passif que jouait jusqu’alors l’Islande au sein de l’OTAN.

La politique actuelle comporte trois orientations majeures, qui sont : l’activation de la participation islandaise à l’OTAN, une politique envers Keflavik visant à augmenter la participation européenne (stationnement du P-3 C néerlandais) et islandaise (les deux nouveaux radars en construction seront manœuvrés par des Islandais), et enfin l’examen de la question des garde-côtes islandais, le débat portant sur leur équipement de matériel de détection de mines. On le voit, les temps sont apparemment révolus où l’on envisageait la résiliation de l’accord de défense et la fermeture de Keflavik. Les partis de gauche semblent avoir abandonné cette idée au profit d’innovations en matière de politique de défense. Il faut cependant noter que même lorsque des gouvernements de gauche furent au pouvoir, deux facteurs sont intervenus pour limiter une certaine influence gauchiste sur la politique étrangère. Le premier est que les gouvernements de coalition sont obligés de prendre des décisions par négociation, évitant ainsi une trop sérieuse remise en cause de la politique étrangère, et le second est que le ministère des affaires étrangères ne fut jamais attribué au parti d’extrême-gauche de l’Alliance du peuple, ce qui est sans doute le signe d’une auto-limitation de la politique étrangère islandaise15.

L’intérêt soviétique pour l’Islande

Malgré la solide implantation américaine en Islande, la stratégie soviétique s’est depuis longtemps beaucoup intéressée à cette île, comme l’ont prouvé les exercices “Summerex 85” qui ont montré que les Soviétiques chercheraient, en cas de conflit, à couper les lignes de communication occidentales. D’autres signes de cet intérêt résident aussi dans le fait que l’URSS est toujours prête à aider l’Islande en achetant les produits de sa pêche, et aussi dans le fait qu’il y a plus de navires soviétiques qui visitent le port de Reykjavik que de navires d’autres nationalités ; le 24 avril 1989, l’Althing a accordé à l’URSS un droit de pêche, depuis longtemps convoité, dans les eaux territoriales en échange d’une augmentation du commerce bilatéral. Plus significative encore est la présence diplomatique soviétique en Islande, puisque le personnel de son ambassade excède en nombre les personnels de toutes les autres ambassades réunies… Il est clair que l’actuelle orientation stratégique soviétique, donnant la primauté aux opérations de marine, et l’édification des bases de Kola constituent un accroissement de la menace du point de vue islandais ; c’était notamment l’avis de Mathias Matiesen, qui était ministre des Affaires étrangères en 1986, et avait déclaré : “Notre liberté est menacée par l’énorme développement de la marine soviétique, dont l’objectif explicite et implicite est d’étendre sa sphère d’influence sur tous les océans” 16. C’est aussi l’avis de Steingrimur Hermansson, aujourd’hui premier ministre, qui déclarait en 1988 lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères : “Pour ma part, je crois que tout accroissement des forces dans l’Atlantique nord accroît l’importance de l’Islande, donc la menace qui pèse sur nous” 17. Pour comprendre l’importance de cette menace, il faut étudier les scénarios des grandes puissances et la place qu’y prend l’Islande.

StratÉgies et scÉnarios

Si les sous-marins stratégiques soviétiques ont maintenant une portée assez longue pour pouvoir opérer à partir de la mer de Barents, les sous-marins nucléaires d’attaque n’ont pas diminué leur fréquentation des alentours de l’Islande. De plus, le trafic soviétique aérien et naval à travers le GIUK a augmenté ces dernières années. Les bombardiers Backfire et Badger constituent une réelle menace pour les forces de l’OTAN, puisqu’ils sont destinés à couper les SLOCS, à empêcher l’accès à la mer de Norvège à l’OTAN, et à protéger les sous-marins stratégiques soviétiques. Pour s’assurer la route de Mourmansk vers le GIUK et l’Atlantique sud, la stratégie soviétique exigerait aussi la neutralisation de toutes les îles du grand nord, comprenant les Feroë, le Svalbard, Bear Island (Bjørnø), Jan Mayen, mais aussi le Groënland et l’Islande, ce qui explique la politique de soutien à l’idée d’une zone dénucléarisée dans le nord, zone à laquelle M. Gorbatchev a donné sa dimension maximale18.

En face, la stratégie maritime de l’OTAN consiste à amener des forces dans la mer de Norvège, à combattre les sous-marins stratégiques soviétiques le plus possible dans leurs eaux territoriales et à garder les SLOCS intactes pour pouvoir renforcer la Norvège. Comme l’OTAN ne dispose pas d’assez de porte-avions, les aérodromes d’Islande et de Norvège seraient d’une utilité primordiale19.

Néanmoins, certains - assez minoritaires - pensent au contraire que le déplacement du cœur des opérations dans les stratégies des deux grands vers le grand nord a fait quelque peu baisser l’importance stratégique du GIUK et de l’Islande. C’est l’avis de Gunnar Gunnarsson20 qui pense qu’avec l’avènement des sous-marins nucléaires les plus perfectionnés, les Soviétiques ont moins besoin de faire des brèches dans le GIUK21 ; cependant, si l’importance du GIUK pour les sous-marins stratégiques soviétiques est moindre, il demeure toujours un enjeu pour les lignes de communication occidentales. G. Gunnarsson remarque également que la stratégie américaine ne cherche plus seulement comme par le passé à défendre la zone au sud du GIUK, mais cherche à étendre son contrôle au nord ; néanmoins, la nouvelle stratégie ne fait que s’ajouter à l’ancienne et le rôle de barrière du GIUK (défense des SLOCs et contrôle de l’Atlantique) n’est pas abandonné ; il constituerait seulement une option importante dans une tactique de réponse flexible. Même si l’importance géopolitique de l’Islande est quelque peu modifiée comme le démontre G. Gunnarsson, il semble tout à fait improbable que cette importance ait diminué alors même que les eaux nordiques n’ont jamais été aussi vitales pour les deux grands… Il ne faut pas oublier que sur cette route, l’Islande est à mi-chemin entre les deux protagonistes majeurs… Aussi des auteurs ont-ils réfléchi à l’inverse sur la situation stratégique qui résulterait d’une prédominance soviétique en Islande ; il apparaît que si l’Union soviétique contrôlait l’Islande, l’Atlantique nord et avec lui le système nordique22, mais aussi la Grande-Bretagne seraient en danger : donc la sécurité de l’Europe toute entière serait menacée. Le Suédois Nils Andrén, raisonnant en termes d’“équilibre nordique”, montre que si l’URSS prédominait dans la portion d’Atlantique entre la Scandinavie et le Groënland, la crédibilité de l’OTAN en Norvège serait gravement atteinte puisqu’elle dépend grandement des renforts qu’il ne serait plus possible de lui envoyer, et qu’il en résulterait des pressions accrues sur la Finlande et la Suède23. Il faut dire que le contrôle de l’Islande irait logiquement de pair avec le contrôle de la Norvège, ce qui assurerait aux forces du Pacte de Varsovie le contrôle de la mer de Norvège.

Cette perspective est tout à fait désagréable pour l’OTAN, qui dispose de peu de solutions pour remplacer la clef islandaise. Erling Bjøl les a étudiées24 et en a déduit que les îles Feroë, tout d’abord, qui jouent actuellement un rôle assez secondaire de surveillance dans le système de l’OTAN, ne conviendraient pas, car le climat politique y est mauvais. Pour des raisons économiques surtout, ces îles ont pour ennemis la Grande-Bretagne (problèmes de pêche), l’Ecosse (conflit sur le plateau continental), et les Shetland ( qui ont trouvé du pétrole, ce qui n’est pas le cas des Féroë) ; or le lien entre la politique étrangère et l’économie de cette île est évident lorsque l’on sait que le premier syndicat féringien a demandé le démantèlement des installa-tions de l’OTAN à moins que ses membres ne soient plus compré-hensifs pour l’économie de l’île. De plus, les îles Feroë se sont décla-rées démilitarisées en 1984. l’Union soviétique semble s’y intéresser par le biais des pays du CAEM, qui leur ont proposé durant la crise économique qui les a touchés entre 1977 et 1982 des accords de commerce et de pêche. L’agence de presse Novosti pousse même jusqu’à éditer une lettre d’information en langue féringienne !…

Le Groënland, selon E. Bjøl, représenterait une meilleure solu-tion de rechange ; cependant, bien que l’accentuation des stratégies navales en renforce l’importance, le Groënland est surtout utile pour la surveillance avancée, comme en témoignent les installations de systèmes BMEWS (Ballistic Missile Early Warning System) à Thulé. Mais là encore, il semble que le climat politique devienne mouvant. Comme les îles Féroë, le Groënland s’est déclaré zone démilitarisée en 1984. La question du retrait de l’OTAN n’a cependant pas été abordée. Au contraire, on constate un certain rapprochement avec les Etats-Unis et un refus de la proposition soviétique d’aider le Groënland à développer sa flotte de pêche ; un des instruments de ce rapprochement est la Conférence Circumpolaire Inuit - à laquelle s’intéressent d’ailleurs les Soviétiques -. Par contre, des “chercheurs de la paix” ont lancé un mouvement “anti-base” au Groënland25.

Devant le succès que connaît au Groënland et aux îles Féroë, mais aussi dans d’autres pays nordiques, tels la Finlande, l’idée d’une zone dénucléarisée en Europe du Nord allant de la Scandinavie au Groënland, on peut se demander ce qu’il en est en Islande et si une vague de pacifisme, favorisée par la popularité internationale de
la Perestroïka, ne risque pas de l’atteindre. Or la Perestroïka et le climat de détente internationale qu’elle a engendré ne signifient pas forcément que l’importance géopolitique de l’Islande va désormais être nulle.

La perestroïka et l’importance géopolitique de l’Islande

On pourrait douter qu’à l’heure où sonne la Perestroïka et où se fissure le pacte de Varsovie, l’Islande ait encore une quelconque signification pour l’URSS, empêtrée dans ses échecs internes, se faisant à l’extérieur championne de la paix et du désarmement. Certes au moment où plane la plus grande incertitude sur le devenir de l’empire soviétique26, on ne peut décemment prophétiser sur
sa stratégie future. Mais force est de constater, loin des passions journalistiques, que pour l’instant, la stratégie des années quatre-vingts, qui avait fait de l’Union soviétique une grande puissance navale, demeure. Même si aujourd’hui le théâtre européen sur lequel portait autrefois l’essentiel des stratégies est profondément modifié, puisque l’URSS ne peut plus compter sur la plupart de ses alliés en Europe et que le pacte de Varsovie est moribond, le volet maritime de la stratégie soviétique demeure. On sait que le slogan de la “suffisance raisonnable”, lancé par M. Gorbatchev27, signifie pour l’armée soviétique restructuration des forces et modernisation du matériel. Ceci est particulièrement flagrant en ce qui concerne la marine, à laquelle les autorités soviétiques accordent depuis longtemps une priorité : elle est obligée de détruire de nombreux navires, non du fait de conventions de désarmement, mais pour cause d’obsoles-cence généralisée, cependant que les programmes de construction de bâtiments plus modernes sont toujours valides28… Même dans l’hypothèse d’une dislocation totale de l’URSS, on peut penser que le “complexe militaro-industriel” continuerait, au moins pour un temps, ces programmes sur leur lancée, tel une machine aveugle… L’outil idéal d’une défense “raisonnable” ou minimale, recentrée sur l’efficacité au lieu de la quantité, pourrait être la marine, appuyée par un nombre minimal de têtes nucléaires29.

ce schéma, dans l’état actuel de la pensée militaire soviétique, est très probable, car il permettrait une projection de puissance à l’extérieur des terres, et donc se passant de l’appui de populations récalcitrantes. (Les Etats-Unis ont déjà adopté, depuis la présidence Reagan, une stratégie maritime). Or dans toute stratégie maritime, la position géographique de l’Islande, au milieu de l’Atlantique nord et à mi-chemin entre deux continents, ne peut être qu’une position importante. C’est pourquoi, en l’état actuel des choses, il vaut mieux ne pas jeter trop tôt aux orties la “sagesse” héritée des deux dernières décennies, et garder à l’esprit les scénarios qu’elles ont produits…

LE REFUS DE L’INNOCENCE PERDUE

Ainsi, on le voit, l’Islande se présente comme un acteur étatique aux vertus presque bibliques : petit, pacifique, innocent en somme. Mais un acteur auquel s’applique à merveille la prédiction : “aux innocents les mains pleines”, car il se trouve qu’il est doté d’une position à laquelle les “grands” prêtent une valeur inestimable. Or le don qui est entre les mains islandaises est un bien dangereux, qui n’enrichit que très peu l’Islande, et en revanche l’expose aux vents de toutes les colères et de toutes les convoitises. Son enrichissement, tout d’abord, provient du fait que la valeur de la position géostratégique de l’Islande lui prête une voix un peu plus forte, quand le besoin s’en fait sentir, que n’aurait n’importe quelle autre petite île démunie voulant s’exprimer sur la scène diplomatique. La guerre des morues a illustré ceci : il a suffi de la menace du désengagement de l’OTAN pour que soit exaucé le vœu de la zone économique… D’autre part, la valeur de l’Islande lui confère l’assurance qu’elle ne sera jamais négligée ; sa sécurité lui est obligatoirement garantie, et sa dérive, en cas de problème très grave, en matière économique par exemple, serait sans doute freinée par son protecteur… Mais le danger, en revanche, vient du fait que la position islandaise est si indispensable pour la victoire - a fortiori dans l’hypothèse d’une bataille dans la mer de Norvège - que l’écoute de sa volonté rencontrerait indéniablement des limites.

Ainsi apparaissent les contraintes, les paradoxes ; l’Islande, originellement isolée, pauvre et donc libre, ne peut échapper au monde de la guerre moderne, pour laquelle un rocher peut avoir plus de valeur qu’un million d’hommes. Aussi l’acteur islandais est-il un acteur déchiré. Déchiré entre sa nature neutre et pacifique, et son rôle de pion convoité dans une guerre qui lui est - au moins culturellement - étrangère. Déchiré entre des aspirations idéologiques séduisantes (pacifisme, démilitarisation, non-alignement…) et les réalités présentes si contraires au réveil des idéaux (sous-marins nucléaires soviétiques proches, exemples malheureux de pays moins chanceux tels que l’Afghanistan, dépendance énergétique vis-à-vis de l’Union soviétique qui fournit le pétrole à l’Islande…).

La culture politique de l’Islande, est, dit-on, faite de pragmatisme, de bon sens simple et rural. Aussi est-elle parvenue à concilier ces contradictions de façon assez brillante, obtenant à force de sagesse à la fois prospérité et sécurité. Mais ce bon sens si logique à l’heure où la détente se pare de nouveaux atours, et où les idéaux de paix semblent soudain plus réalisables, ne va-t-il pas conduire l’Islande à faire le choix du retour à sa nature profonde, au risque de se voir abandonnée, seule face à ses problèmes économiques ?… En d’autres termes, à l’heure où le Pacte de Varsovie se disloque et où l’OTAN recherche une nouvelle définition, la voie du désengagement ne saurait manquer de tenter l’Islande. A l’heure où d’autres peuples, en URSS, en Europe centrale, se mettent à se rappeler qui ils sont, et à vouloir vivre pleinement leur identité, l’Islande pourrait bien, elle aussi, effectuer son retour aux sources, à la recherche de l’innocence jamais tout à fait perdue…

________

Notes:

1 Bengt Sundelius, (ed.) Foreign Policies of Northern Europe, Boulder, Colorado, Westview Press, 1982, p. 19.

2 Paul Giniewski, “L’Islande, terre de paradoxes ou pays modèle ?” Politique internationale, n° 39, printemps 1988, pp. 345-353.

3 Alfred Grosser (dir.), “Les pays d’Europe occidentale en 1988”,4 Notes et études documentaires, La Documentation française, 1989.

4 L’accord prévoit que chacune des parties peut à tout moment demander au Conseil de l’OTAN sa révision. Dans un délai de six mois après la demande, les parties peuvent l’une ou l’autre décider de résilier l’accord en prévenant l’OTAN douze mois à l’avance. Le nombre des effectifs américains en poste à keflavik est soumis à l’approbation des autorités islandaises.

5 André Vigarié, “Stratégie océanique de l’URSS : le poids de la route maritime sibérienne”, Relations internationales, printemps 1990, n° 61. Voir aussi : Yves Lacoste, Questions de géopolitique. L’islam, la mer, l’Afrique, Paris, Le livre de Poche, Biblio/Essais, 1988, pp. 136-150.

6 Bjørn Bjarnasson, “Iceland’s Security Policy : Vulnerability and Responsibility” in Johan Jørgen Holst, Keneth Hunt et Anders Sjaastad (eds.), Deterrence and Defence in the North, Oslo, Norvegian University Press, 1985, pp. 133-156.

7 Paul Giniewski, “Entretien avec Thornsteinn Palsson”, Politique internationale, n° 39, printemps 1988, pp. 355-359.

8 Jane’s Defence Weekly, 8 août 1987.

9 Paul Vidal-Grégoire, “L’Islande : l’allié désarmé de l’OTAN”, Défense nationale, novembre 1988, pp. 95-106.

10 Philippe Orengo, “L’Islande en 1989” dans Alfred Grosser (éd.), “Les pays d’Europe occidentale en 1989”, Notes et Etudes documentaires, n° 4912-4913, La Documentation française.

11 La pureté originelle de cette langue, n’incorporant officiellement pas de néologismes d’origine étrangère, fait l’objet de la protection d’un Bureau national de linguistique : toute création de néologisme fait appel à la base originelle de la langue, dans laquelle on puise pour créer des mots nouveaux. Par exemple, lorsque les Etats-Unis signèrent avec la Norvège un accord de préstockage de matériel militaire en 1980, la question intéressa beaucoup les Islandais, quelque peu inquiets que cet accord puisse signifier que le relais de Keflavik n’était peut-être pas assez sûr pour garantir l’acheminement des renforts à la Norvège. Comme il n’existait pas de mots pour désigner l’idée de préstockage, on a retrouvé un mot que les Vikings utilisaient pour désigner des cabanes situées derrière leurs demeures, servant à entreposer leurs lances !…

12 John Fairlamb a dressé un tableau des réactions de l’Islande face aux agressions soviétiques dans le monde :

13 On trouve l’illustration de ces sentiments dans le prix Nobel de littérature de 1955, Laxness, Halldor, Station atomatique, ed. Rombaldi, Paris, 1973.

14 Il fut remplacé en 1988 par M. Jon Baldvin Hannibalsson, président du parti social-démocrate.

15 L’attitude des partis politiques islandais face à la politique de défense de leur pays est la suivante : Le Parti de l’Indépendance de M. Thorsteinn Palsson (conservateurs), généralement le plus largement représenté à l’Althing, soutient l’adhésion à l’OTAN et le maintien de la base.

16 Cité dans “L’Islande dans les années quatre-vingt-dix”, interview du premier ministre Steingrimur Hermansson dans Défense nationale, novembre 1988.

17 Ibid.

18 Evgenia Issraelian, “L’Initiative de Gorbatchev à Mourmansk et les mesures de restauration de la confiance dans l’Arctique”, Etudes internationales, mars 1989, vol. XX, n° 1, pp. 61-70.

19 Johan Jørgen Holst, Kenneth Hunt et Anders Sjaastad (eds.), Deterrence and Defence in the North, Oslo, Norvegian University press, 1985, p. 149.

20 Gunnar Gunnarsson, “Icelandic Security and the Artic”, dans Kari Möttöla (ed.), The Artic Challenge, Nordic and Canadian Approaches to Security and Cooperation in an Emerging International Region, Boulder et Londres, Westview, 1988. G. Gunnarsson est professeur à l’université d’Islande à Reyjavik.

21 Dans le même sens, voir : Yves Lacoste, Questions de géopolitique, op. cit.

22 Nous définissons le “système nordique” comme un ensemble comprenant non seulement la péninsule scandinave, mais aussi les îles appartenant aux pays nordiques (Groënland, Feroë, Jan Mayen, Svalbard) et les mers reliant ces terres.

23 Nils Andrén, “Prospects for the Nordic security Pattern”, Cooperation and Conflict, 1978, XIII, p.185.

24 Erling Bjøl, “Nordic Security”, Londres, IISS, Adelphi Papers n° 181, printemps 1983.

25 H.C. Bach et Jorgen Taagholt, Grønland og Polaromradet - sikkerhedspolitisk set. Copenhague, Defence command, 1976, p.59-65. Des “chercheurs de la paix” canadiens, américains et néo-zélandais ont lancé un projet de zone démilitarisée dans l’Arctique. Voir : Paul Claesson, Grønland Middelhavets Perle, Copenhague, Eirene, 1983, pp. 127-137. Cité par Erling Bjøl.

26 Voir par exemple, Hélène Carrère d’Encausse, La gloire des nations ou la fin de l’Empire soviétique, Paris, Fayard, 1990.

27 Mikhaïl Gorbatchev, Perestroïka, vues neuves sur notre pays et sur le monde, Paris, Flammarion, 1987, coll. J’ai lu, p. 301.

28 Voir dans le numéro 6/1990 de la revue de la “Gesellschaft für Wehr - und sicherheitspolitik” l’article de S. Bryern, ou sa recension dans Défense nationale, octobre 1990. Voir aussi Jean Labayle-Couhat, “La marine soviétique va-t-elle désarmer ?, Armées d’aujourd’hui, avril 1990, n° 149.

29 Alexei Arbatov, “Quelle défense est suffisante ?”, La vie internationale, 1989, n° 3.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin