STRATEGIQUE n° 50

NOTULES

 

 

 

STRATEGIE THEORIQUE

Intéressante étude sur les leçons de la guerre chimique lors de la guerre du Yémen (1962-1967) dans le numéro de Comparative Strategy, vol. 10, n° 2, avril-juin 1991. Stuart A. Cohen et Efraim Inbar de l'université israëlienne Bar Ilan s'essaient à une taxinomie du recours à la force par l'état d'Israël. Il est tenu compte, ce qui est finalement assez rare, de l'apport conceptuel de Delbruck (Vernichtungstrategie et Ermattungstrategie). Les auteurs distinguent huit modes d'action militaire rapportés à la variation des objectifs politiques qui mériteraient une discussion approfondie. En revanche, on ne peut qu'être déçu à la lecture de l'essai de Roberto Zadra sur la modernisation des forces nucléaires de théâtre en Europe occidentale, à la fois parce que le rappel historique manque singulièrement de finesse politique et parce que l'étude n'ayant pas été mise à jour, l'impact de l'unification allemande qui bouleverse les données du problème ne peut être mesuré. Passons, afin de s'attarder sur le court, mais très dense, article de John M. Taylor, du National War College, sur l'organisation d'un champ sémantique pour traiter de la stratégie militaire opérationnelle qui reposerait sur trois choix fondamentaux : le type d'opération, la forme de la stratégie et la méthode stratégique d'emploi. Nous aurons à y revenir dans le cadre d'une étude appropriée. F.G.

 

STRATEGIE NUCLEAIRE

La littérature sur ces questions est assez abondante pour que l'on ne craigne pas de créer la compétition. Arrêtant ses travaux en 1989, The Germans and the INF missiles par Susanne Peters, Nomos Politik, Baden-Baden, 1990, est lui aussi victime de la brusquerie des transformations stratégiques de l'Europe et de la fin de la guerre froide. La pénétration et le sérieux du travail la sauvent en grande partie même si ce type d'étude bascule irrémédiablement dans l'histoire et le révolu. Suzanne Peters fait apparaître la voie originale de l'interprétation allemande de la "flexible response". Elle distingue une cohérence, celle de l'Allemagne au sein d'un ensemble qui a été constitué pour en autoriser plusieurs. Cette perception est précieuse : elle fournit des bases essentielles pour aborder ce qui sera la position allemande sur une éventuelle négociation SNF et sur l'acceptation ou le refus de la localisation partielle des TASM sur le territoire allemand. F.G.

En 1960, Daedalus consacrait un numéro spécial au problème de la maîtrise des armements. Cette édition de haut niveau avait alors suscité de nombreuses réactions. Dans sa dernière livraison, hiver 1991, Daedalus récidive, et sous le titre "Arms Control : thirty Years on", offre une tribune à 14 signatures prestigieuses et d'horizons fort divers : T. Schelling, P. Doty, R. Bowie, L. Freedman, A. Kokoshin, J. Nye, A.B. Carter en autres. Se servant de la précédente édition comme base de réflexion, les auteurs dressent une rétrospective des 30 dernières années. Ils montrent que le coeur du problème de la maîtrise des armements se situe en Europe et tout en envisageant l'avenir, expliquent que ce qui représentait une "nouvelle pensée" en 1960 est aujourd'hui largement admis. B.A.

 

L’ACTUALITE STRATÉGIQUE

La réduction des forces navales américaines fait l'objet dans Strategic Review, hiver 1991, d'une étude approfondie de Jeffrey Record de BDM Corporation qui complète heureusement l'article du nouveau commandant en chef du Marine Corps, Alfred M. Gray. En dépit de l'importance des réductions (de l'ordre de 25 à 30 %) et de prestations fort discrètes dans la guerre du Golfe, c'est encore le Marine Corps qui échappera aux coupes les profondes qui pour la Navy seront de l'ordre de 25 à 30 %, Projection de force et flexibilité obligent. L'amateur de géopolitique classique trouvera son bonheur avec l'étude de Henry Barlett et Paul Holman qui opposent aux transformations de l'après-guerre froide et aux incertitudes résultantes la permanence et l'assurance de la géographie. Les représentations classiques (Mackinder, Spykman) servent à déduire l'organisation et la répartition des forces armées. L'exercice ne manque pas d'intérêt malgré un penchant déterministe qu'on pensait dépassé. Le général Edward Rowny, ancien négociateur et conseiller spécial du président Reagan pour les affaires de régulation des armements, fait le bilan des START et esquisse les directions futures des négociations soviéto-américaines dans l'après-guerre froide. Une pierre de touche : la révision du traité ABM ouvrant à une certaine forme de coopération dans la défense stratégique. F.G.

Le général George Butler, nommé commandant en chef du Strategic Air Command (SAC), se livre à un "tour d'horizon" (en français dans le titre) stratégique dans Parameters, printemps 1991, vol. XXI, n° 1. L'exercice vaut une mention particulière quand on sait que le successeur de John Chain est un proche du général Powell et qu'il contribue à la réforme administrative du SIOP (plan de bombardement nucléaire). Les six tendances clés de la fin du siècle n'apparaîtront peut-être pas d'une originalité éblouissante. Elles constituent pourtant les orientations majeures de la stratégie des Etats-Unis pour 20 ans. Ce même numéro présente une analyse de Stephen C. Daffron sur la politique américaine en matière de vente d'armes depuis le début de la guerre froide. Il en conclut à une corrélation très forte entre ventes d'armes et alignement sur les positions des Etats-Unis. Jadis (i.e. il y a encore 2 ans), un client devait faire acte d'allégeance politique. Désormais, le marché est vraiment libre et les affaires reprennent indépendamment des considérations politiques. Il devient donc très difficile pour les Etats-Unis de déterminer ce qui sert ou dessert leur propres intérêts. Quelles seront les missions, donc les besoins, de l'armée de terre américaine, se demande Wallace J. Thies. La guerre du Golfe et les multiples incertitudes dont l'avenir lui semble fait le conduisent à réclamer une plus grande prudence dans les réductions envisagées et l'augmentation de la vitesse de réponse en cas de crise grave. F.G.

On est déjà dans l'après-guerre du golfe avec Foreign Affairs, printemps 1991, vol. 70, n° 2 où le général Vuono, chef d'état-major de l'armée de terre - qu'il va bientôt quitter - tire les leçons de la guerre du golfe en insistant sur le rôle croissant des forces militaires conventionnelles dans le nouveau monde de l'après-guerre froide. Monde que John Lewis Gaddis présente dans son étude sur l'après-guerre froide comme écartelé entre les forces d'intégration planétaire qui renforcent interdépendance et solidarité et les forces de fragmentation (nationalisme, protectionnisme, intégrisme) qui par frustration recherchent les ruptures mais aussi la préservation des identités. Il y a donc un équilibre à trouver et à respecter. C'est là que le raisonnement paraît en difficulté. Gaddis ne se cache pas de sa préférence pour les forces d'intégration, mais il exige qu'elles aient à tempérer leur action pour ne point attenter à la souveraineté nationale et ne pas se transformer en impulsions de fragmentation. Tenant bien intentionné du juste milieu, il cherche à obtenir le meilleur de deux mondes. Difficile. Elève de Henry Kissinger, Peter Rodman expose sa conception originale de la diplomatie au Moyen-Orient. Convaincu de l'inefficacité d'une conférence internationale, il préconise une constellation de tractations bilatérales très inspirées de la "shuttle diplomacy" et dont le pivot reste la relation particulière entre les Etats-Unis et Israël. Elaboration subtile qui s'appuie sur le présupposé que rien d'essentiel n'a changé dans chacun des deux états depuis quinze ans... voire. Assisté d'Alan Romberg, l'amiral Crowe, ancien président du Joint Chiefs of Staff, s'inquiète de l'opportunité de la réduction des forces navales dans la zone Asie-Pacifique alors que l'ascension des puissances régionales (parmi lesquelles la Corée du Nord ) défie les intérêts vitaux des Etats-Unis. A noter enfin que Robert G. Kaiser, rédacteur en chef adjoint du Washington Post, donne un condensé de son prochain livre sur M. Gorbatchev dont il cherche utilement à saisir la dimension historique dans la tradition des grands autocrates russes du passé et peut-être de l'avenir. F.G.

A lire Foreign Policy qui, comme presque tous ses collègues américains ou européens, titre "après la guerre du Golfe", on doit constater que les guerres-éclairs conviennent mal aux périodiques trimestriels. A moins que ce ne soit le contraire. Car tout se passe comme si le déclenchement de la guerre avait été trop soudain et sa conclusion trop rapide pour ne pouvoir traiter que de l'un et de l'autre. On n'a pas eu le temps de s'installer dans une durée conflictuelle. Résultat, c'est la guerre, une des plus importantes depuis 1945, qui passe à la trappe de l'entre-deux. Les politologues sont donc dans l'au-delà de ce qui n'est pas même analysé. Cet affrontement tant redouté, si difficilement accepté (à cinq voix de majorité au Congrès) ne serait-il que dérisoire ? Ce que fut cette guerre est-il donc de si peu d'importance dès lors qu'elle est gagnée ? Et pour l'avenir de quoi parle-t-on ? Quoiqu'il en soit, le rédacteur en chef, Charles William Maynes, discute des quatre buts de guerre américains : le pétrole, l'ordre international, la sécurité des Etats-Unis, et, avec un point d'interrogation, la protection d'Israël. Vérités d'évidence, sans doute mais qu'il est nécessaire d'analyser sérieusement tant les élucubrations abondent. On accordera une attention particulière à l'analyse de M. A. Adelman sur la manipulation du prix du pétrole par l'OPEP dans les mois qui ont précédé l'invasion du Koweit, le rôle irakien pour maintenir une véritable discipline sur la marché et la "compréhension" de la diplomatie américaine pour les "besoins" de Saddam Hussein jusqu'à l'été 1990. A noter également l'article original de Joyce R. Starr sur l'important problème de l'eau au Moyen-Orient en Afrique du Nord : la tendance est à la baisse des ressources alors que la démographie reste en hausse, soit une situation explosive sous quinze ans. L'auteur souligne l'urgence de véritables programmes de développement des ressources que le sommet d'Istanbul de novembre 1991 devrait examiner. La situation intérieure américaine est évoquée en termes d'opinion publique par la grande étude de John E. Rielly de l'Institut de Chicago qui donne une image contrastée de l'opinion des élites et du grand public. Il est important de relever l'évolution très négative à l'égard du Japon et positive à l'égard du problème palestinien. Ces deux tendances, si aucun événement majeur n'intervenait, pourraient dans l'avenir apporter d'importants changements dans l'orientation de la diplomatie américaine. Enfin l'étude culturaliste de Michael Vlahos, responsable du centre des études de politique étrangère au Département d'Etat, donne à réfléchir. L'auteur insiste sur le désarroi américain désormais sans grand but national, sur la dissolution de la notion de solidarité de l'occident (the West), l'émergence de la Communauté Européenne comme puissance eurasiatique dominante et d'aires culturelles qui se défont de l'influence des Etats-Unis alors que la culture américaine tend à se fragmenter de plus en plus. F.G.

Lançant un appel à de futures contributions sur la guerre du Golfe, International Security, printemps 1991, vol. 15 n° 4 s'écarte résolument de l'actualité immédiate avec un ambitieux essai de Robert J. Art, de Brandeis University, qui réexamine les principes qui ont inspiré la grande stratégie américaine après la victoire dans la guerre froide. Favorable à des réductions importantes en Europe et en Extrême-Orient, il prend parti pour un engagement plus important des Etats-Unis au Moyen-Orient sous réserve d'une évacuation des territoires occupés par Israël qui trouverait sa contrepartie dans un traité d'alliance avec les Etats-Unis que matérialiserait une présence militaire américaine. Au moment où la reconduction de la clause de la nation la plus favorisée avec la RPC fait l'objet d'une sérieuse discussion aux Etats-Unis, au moment où la Chine populaire est accusée de vendre tout et même le pire à n'importe qui, l'étude, trop brève, de John Lewis, Hua Di et Xue Litai, de Stanford University donne un des meilleurs aperçus sur le commerce des armes de ce pays, son organisation, les niveaux de responsabilités, les antagonismes... etc. On reviendra sur ces études dont l'article ne donne qu'une idée trop restreinte. De Stanford également, Barton Berstein publie une recherche inédite sur la conception précoce (avant Hiroshima) de fabrication et d'emploi d'armes nucléaires tactiques. Les généraux Marshall et Groves en ont envisagé l'emploi en combinaison avec l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon. D'année en année, les archives révèlent les espaces infinis de la pensée anté-dissuasive. A signaler enfin, de James K. Sebenius, ancien membre de la délégation américaine à la Conférence internationale sur le droit de la mer, une nouvelle étude sur l'architecture et les modalités d'une négociation internationale destinée à prévenir l'effet de serre (global warming), c'est-à-dire des
changements climatiques dont les conséquences pourraient être désastreuses, en particulier pour les pays dotés de façades littorales industrieuses et peuplées. L'approche très pragmatique des blocages envisageables et des moyens qui permettraient de les surmonter doit faire réfléchir quiconque penserait encore qu'il ne s'agit là que de rêveries. F.G.

Sous la triple signature du secrétaire à la Navy, du chef des opérations navales (CNO) et du commandant en chef du Marine Corps, Proceedings d'avril 1991 martèle la nécessité des réformes, la renonciation à la marine des 600 navires et définit les nouvelles missions de l'après-guerre froide. Ce long texte mérite d'être lu de près. En revanche avouons que les litanies auto-satisfaites prouvant que tous les matériels étaient nécessaires et censées justifier les demandes en avions furtifs ou en missiles de croisière pèsent quelque peu. Il est des indications intéressantes comme la perspective de réutilisation des très grosses bombes de la seconde guerre mondiale (Tall Boy), mais toutes ces données doivent être considérées avec la
plus grande circonspection. Que penser lorsqu'un expert reconnu comme Norman Friedman écrit p. 49 que sur 51 Tomahawks tirés, 51 ont touché au but ? Or le chiffre officiel donné au Congrès par la Navy elle-même est de 288. Comment, dans ces conditions, lire le paragraphe suivant où l'auteur se félicite de l'absence de destructions aériennes fratricides, sachant, dit-il, que l'OTAN estimait que durant la première semaine de combat en Centre-Europe les erreurs entre amis et ennemis seraient à l'origine de 40 % des pertes alliées (mais 80 % pour l'OTV) ? Une mise au point s'imposerait. F.G.

Même tonalité satisfaite dans le numéro de Proceedings de mai 1991 avec une bonne étude sur le "sea-lift" commencé le 7 août 1990. Lourde insistance sur le rôle des 92 000 Marines dans l'opération de deception qui fixa les forces irakiennes sur la côte et dans la prise des aéroports du Koweit que compense l'utile description générale des mouvements des unités durant les 100 heures d'opérations terrestres par le brigadier général Edwin H. Simmons. A signaler enfin l'essai de James L. George sur l'évolution de la stratégie américaine, la nécessaire révision de la Maritime strategy et la restructuration des forces. F.G.

Les appréciations sur la guerre sont évidemment fort différentes dans le Bulletin of Atomic Scientists d'avril 1991 vol. 47 n° 3, qui souligne la catastrophe écologique au Koweit. Le rôle des armes chimiques est remis à sa juste place : elles sont inutiles contre des populations et des troupes convenablement protégées. Eric H. Arnett présente en deux trop courtes pages un point de vue très critique sur les performances des 284 missiles de croisière marins du type Tomahawk qui avaient été tirés à la date du 23 février 1991 (donc avant l'offensive terrestre). On lira donc son prochain livre sur le sujet avec attention. Et la polémique sur le caractère indispensable des essais nucléaires se poursuit avec l'article de Frank von Hippel qui accuse les laboratoires nationaux de chercher aujourd'hui les prétextes les plus spécieux, en l'occurrence l'amélioration de la sécurité, pour justifier la poursuite des tests et examine les conclusions des commissions Drell et Kidder sur le sujet. Deux articles sur l'environnement et la sécurité confirment l'importance de la corrélation (à vrai dire ancestrale) entre la qualité de la vie et la violence armée. Daniel Dudney propose quatre scénarios de guerre dus à la dégradation de l'environnement : guerre pour l'eau, guerre de paupérisation, guerre de déclin de puissance et guerre contre l'agression polluante. F.G.

Le numéro de mai, vol. 47 n°4, du Bulletin of Atomic Scientists présente une excellente étude sur la différence entre les armes sophistiquées qui, lors de la guerre contre l'Irak, furent performantes, mais qu'on utilisa en petit nombre par rapport à l'impressionnant catalogue d'explosifs de toutes sortes qui n'avaient rien de chirurgical. Intéressant contraste avec la vision "proprette" voire esthète, que donnèrent les médias, analysée par Daniel Hallin. Le groupe de chercheurs du National Resources Defence Council qui travaille sur les armes nucléaires dans le monde donne deux excellents points de vue sur le complexe nucléaire militaire soviétique (Cochran et Norris) et sur l'arsenal chinois (Fieldhouse), que complète un aperçu plus historique sur l'Inde de Dhirendra Sharma. Impossible de résister à la tentation de mentionner, parmi les notes brèves de la revue, la décision du gouvernement ukrainien de confier l'exploitation commerciale du site du réacteur nucléaire de Tchernobyl à la société californienne Multi Entertainment Holdings soit l'exclusivité de prises de vue et de tournages sur une aire de 30 km. F.G.

Les Adelphi Papers 256 et 257 (hiver 1990/1991)intitulés "America’s role in a changing world" reproduisent les principales communications de la 32e conférence (septembre 1990) de l’ISSS de Londres sur les problèmes de sécurité internationale. On y trouve le regard porté par Stanley Hoffmann sur "America’s Heritage", les contributions sur "The changing currency of power" ou sur "The US and regional conflicts". De même, les interrogations sur l’avenir de l’Union soviétique ("Union, Federation or secession ?") ou sur la réunification de l’Allemagne sont sérieusement menées. Il n’empêche que certaines conclusions de tous ces rapports sont à revoir à la lumière des opérations américaines dans le Golfe entre janvier et mars dernier. B.X.Q.

"Actions extérieures ?" est le titre qu'a choisi la très jeune revue française Enjeux Atlantiques pour son troisième numéro, avril-mai 1991 (et non 1990 comme l'indique une malencontreuse coquille). Comme dans ses deux premiers numéros, la revue adopte une vision très européo-centrée pour poser avec une saine brutalité la question des intérêts, des menaces et des capacités d'intervention de l'Europe dans son environnement vital. Les capacités et le rôle de l'Union européenne en matière de défense, la notion de hors-zone adoptée par l'OTAN lors de son sommet de Londres de juillet (probablement plus important que ceux qui suivront), font l'objet de synthèse efficaces, mais parfois très cursives, par des personnalités ou des experts renommés. Entrer dans le détail de questions délicates comme le fait Michel Deas pour les ATBM n'est vraiment pas superflu. De même on s'intéressera à la longue interview de Madame Kodmani-Darwish sur l'équilibre au Moyen-Orient et à la présentation originale par le rédacteur en chef, Pascal L'Ebrellec, de l'avenir des Européens sur le continent africain. Le parti pris rédactionnel d'aller à l'essentiel est évident. Il n'interdit pas à une telle revue de prendre, dans l'avenir, de l'étoffe. F.G.

Les cahiers du CREST publient leur troisième fascicule, consacré à la politique de défense britannique pour les années 90. En 64 pages, Chilip Sabin présente les choix fondamentaux, en soulignant combien ils deviennent de plus en plus difficiles, le coût d’une modernisation continuelle imposant des réductions, de plus en plus drastiques. La France étant dans une situation comparable, l’auteur y voit une chance pour une collaboration accrue entre les deux pays. J.M.S.

Pour le meilleur ou pour le pire, l'Europe de l'Est est enfin face à elle-même. Il lui faut modeler maintenant son paysage stratégique et procéder dans ce but à une triple transformation : désoviétisation, re-nationalisation, démilitarisation. A la recherche d'un nouveau statut, elle peut choisir entre différentes options : alliance avec un Pacte de Varsovie nouvelle manière ; coopération de sécurité régionale ; association graduelle avec les institutions européennes ; neutralité, ou une certaine forme d'autonomie nationale ; alliance avec un nouveau système de sécurité entièrement européen. Curt Gasteyger, dans un excellent article synthétique, intitulé "The Remaking of Eastern Europe's Security", Survival, mars/avril 1991, analyse chacune de ces options. B.A.

Le très riche sommaire d’Asian Survey, avril 1991, appelle à une lecture approfondie et vigilante. Il y est question de la nouvelle donne asiatique après les événements du Golfe. Des pays acteurs, trop souvent négligés dans d’autres publications, tels que le Pakistan ("Pakistan in the regional and global power structure") ou l’Inde
(India’s regional security doctrine) sont ici à l’honneur. "New Soviet policy forward Southeast Asia : reorientation and change" analyse les mutations dans les relations sovieto-vietnamiennes et leurs conséquences stratégiques, l’Indochine n’étant plus prioritaire dans les préoccupations du Kremlin. Surtout, les articles "Tokyo’s policy responses during the Gulf crisis", "Japan’s comprehensive policy" et "Japan’s official development assistance program : pressures to expand" obligent à dépasser une vue réductrice ou simplement négative sur la "diplomatie du zen". B.X.Q.

Dans les dernières livraisons de l’Asian Defence Journal depuis janvier 1991, il ne faut pas négliger "American military facilities in Singapore" (janvier) comme solution alternative aux bases américaines des Philippines, "Force modernisation in the Asia-Pacific" (mars et avril), "Images of american power : perspectives from Southeast Asia" (mai) et aussi deux articles techniques, "Submarine procurement" et "The antiship missile today" (juin) tirant certains enseignements des opérations du Golfe. B.X.Q.

Pour bien apprécier les enjeux d’une éventuelle normalisation des relations américano-vietnamiennes, il faut se reporter au livre de Frederick Z. Brown, Second Chance : The United States and Indochina in the 1990s, Council on Foreign Relations Press, New-York. Le grand dilemme pour la puissance américaine après le syndrome vietnamien et avant la fierté retrouvée dans le Golfe reste again ou no more (Vietnam). B.X.Q.

La livraison de juin de Défense nationale comporte trois articles à remarquer sur le guerre du Golfe :

- Général (C.R.) Jean Saulnier : "La guerre du Golfe : cas d’espèce reproductible ?". De fait, on parle beaucoup des "enseignements à tirer" de cette campagne, mais si certains auront valeur de "norme" pour les années à venir (guerre électronique, communications, appui spatial, munitions intelligentes, avions furtifs…), il semble nécessaire de tenir compte de points particuliers qui risquent fort de ne pas se retrouver lors d’un conflit futur. Citons par exemple - liste non exhaustive - le terrain, pratiquement désertique pour tout le sud de la zone concernée ; les délais dont a bénéficié la coalition : du 2 août 1990 au 16 janvier 1991, il s’est écoulé 6 mois, dont les alliés ont eu bien besoin pour la mise en place des forces, de l’énorme logistique, et l’acquisition du renseignement sur les objectifs à traiter par la phase aérienne "active". (A cet égard, on peut se demander pourquoi l’Irak, envahissant le Koweit avec des forces surabondantes, n’a pas poussé plus loin, occupant tous les points-clés de la péninsule arabe : les alliés n’auraient plus eu que la Turquie - frontière très montagneuse - et la Syrie comme base de départ. Car les premiers renforts américains - "bouclier du désert" - ne sont arrivés qu’à partir du 6 août…) ; la bonne cohésion des 27 (et non 26) alliés, sans compter les contributions militaires de 10 autres nations ; l’attitude conciliante de l’URSS et de la Chine au plan diplomatique… malgré divers efforts pour retarder l’assaut final jusqu’au moment où les conditions climatiques l’auraient rendu beaucoup plus difficile ; l’existence en Arabie Saoudite de ports modernes, bien équipés, et de nombreuses pistes aériennes. Si donc, il y a des enseignements à tirer, ils paraissent porter surtout sur l’influence déterminante de la supériorité technique : le conflit du Golfe ne semble pas automatiquement "reproductible".

- général (C.R.) Jean Compagnon : "Pourquoi Saddam Hussein n’a-t-il pas employé l’arme chimique ?" Réponse : a/ contre les objectifs civils l’aviation irakienne, littéralement clouée au sol, n’a pu intervenir, et l’efficacité de têtes chimiques légères sur les Scuds "bricolés", très imprécis, eût été plus médiatique que réelle : b/ contre les forces alliées, bien équipées en moyens de protection, les effets auraient été minimes, mais auraient pu entraîner une riposte dévastatrice sur le même mode.

- Gérard Delmaire, "La guerre assistée par ordinateur", rappelle que nous venons d'assister au fonctionnement, en "vraie grandeur" pour la première fois dans l’histoire, du complexe informatico-aéro-spatial, à l’emploi en masse de munitions "intelligentes, à l’utilisation de capteurs passifs - donc indétectables - dans de multiples domaines (depuis la détection jusqu’à la localisation à quelques mètres près, en position et altitude). Mais la dépendance technique des Européens - à cet égard est dangereuse - les Etats-Unis ne seront pas nécessairement nos alliés inconditionnels dans toute situation de crise - donc inacceptable. J.B.M.

 

SCIENCE ET TECHNIQUE

Le numéro de mai-juin de Défense-Armement est surtout consacré aux "retombées" de la guerre du Golfe et à l’éloignement - 800 km - de la menace soviétique. Au plan des techniques et matériels nouveaux, on peut signaler l’article de Paul-Louis Antoine : "Le F.22, Lightning 2". C’est finalement, dans la compétition "fly before buy", l’appareil de Loockeed qui a été retenu comme ATF, ("Advanced Tactical Fighter") au détriment du F.23 "Gray Gost" de Northrop, pour un énorme marché, puisque le seul contrat prévu pour l’Air Force - 648 appareils - représente un ordre de 100 milliards de dollars, auxquels devraient s’ajouter environ 550 exemplaires pour la Navy. Les caractéristiques de l’appareil n’ont pas été divulguées. Toutefois on sait que pour la furtivité, les performances sont "comparables à ce qui avait été demandé" ; pour l’agilité, le F. 22 sera apte aux "cabrioles" nécessaires au combat rapproché : (pendant les essais, un pilote a survolé la base d’Edwards en cabré estimé à 60 degrés !) ; cette agilité, outre la géométrie de voilure adaptative, les volets, etc. vient pour une bonne part du système d’orientation de poussée des deux réacteurs ; pour la vitesse, les deux GE.F.120 de poussée unitaire de 15 à 16 tonnes permettent le vol, sans post-combustion, à Mach 1,4/1,5 ; (et toujours sans P-C, l’"enveloppe de vol" serait supérieure, en terme de vitesse et altitude, à celle du F. 15 employant sa post-combustion, ce qui rend l’appareil beaucoup moins sensible à la détection I.R.) Avec P-C, la vitesse maximale est certainement d’au moins Mach 2,5. Toute l’avionique est présentée comme réunissant les techniques d’ultime pointe actuelles. On notera, pourtant, la conservation du bon vieux système de boutons-poussoirs, préférée au FOG (Fingers On Glass) de commande par contact sur écran tactile - adopté pour le Rafale : les concepteurs ont craint les méfaits d’un effleurement involontaire. L’appareil sera muni d’un canon "chain-gun", et de 8 missiles air-air (Sidewinder et/ou AMRAAM) placés en soute (dans le cadre de la recherche de la furtivité). J.B.M.

Dans le même numéro, le "dossier" de Jean Girodet et Michel Saint-Setier : "Avions de patrouille maritime : une nécessité vitale" passe en revue les appareils actuellement en service, très généralement vieillis malgré les "remises à niveau", et les remplaçants possibles proposés par les divers constructeurs ou groupes de constructeurs (dans une certaine "bousculade" aux contrats). On notera la récente modernisation des avions soviétiques dans ce domaine, ainsi que la croissance de leur nombre qui atteindrait ou dépasserait 350 appareils, (non compris naturellement les multimoteurs d’attaque au missile air-mer, et les chasseurs basés à terre ou embarqués). J.B.M.

Les courtes fiches du "bloc-notes" de ce même numéro de mai-juin signalent notamment :

- l’obus de 76 mm de OTO-MELARA à correction de trajectoire pour le canon de marine destiné à traiter les cibles aériennes évoluant à grande vitesse et en manœuvres évasives : les missiles air-mer et mer-mer en particulier.

- l’arme individuelle P.90 de la FNN Herstal (filiale du GIAT depuis peu ) à munition de 5,7 mm, longueur 50 cm, chargeur de 50 coups, destinée à armer les combattants autres que les fantassins proprement dits (c’est-à-dire la majorité des personnels d’une armée d’auto-défense). On peut dire que ce P.90 réinvente, sous une forme plus moderne, le pistolet mitrailleur dont presque tous les "spécialistes" annonçaient, il y a peu encore, l’inéluctable disparition au profit exclusif du fusil d’assaut léger.

- le missile antimissile ARROW, développé conjointement par Israël et les Etats-Unis (soit Israël Aircraft Industries et la Strategic Defense Initiative Organisation) a effectué un second tir d’essai "satisfaisant". (Commentaire discret, de rigueur en Israël pour tout ce qui touche la défense.) On sait que le ARROW est un candidat sérieux au complexe antimissile américain, le GPALS, ("Global Protection Against Limited Strikes") qui, partie de la SDI (relancée par le discours du 2 août 1990), vise la défense du territoire contre d’éventuelles menaces "tiers-mondistes". J.B.M.

Le numéro de mai de Science et Avenir, sous la signature de
Sylvestre Huet, présente l’article : "Science et défense. Les liens se renforcent", consacré aux "entretiens" annuels qui allaient se tenir les 14 et 15 du mois. Cet article examine les montants et la répartition des crédits de recherche de défense ; les effectifs chercheurs et ingénieurs de l’Etat et des entreprises privées ; la nécessaire plus grande osmose entre les domaines civil et militaire, d’où la tendance à financer de plus en plus des travaux fondamentaux. Notamment, par exemple, le système nerveux central, qui intervient dans les capacités de veille attentive, mises en cause aussi bien, par exemple, chez un contrôleur du ciel ou un opérateur de centrale nucléaire, que chez un pilote ou le servant d'un radar de système de défense A.A. On ne peut que regretter que l’archaïque concurrence interne disperse encore beaucoup trop les capacités énormes disponibles en Europe ; avec duplication, triplication, voire pire, de recherches fondamentales sur une même question. Cet aspect, lui aussi "fondamental", nous semble manquer dans l’article. J.B.M.

Le même Science et Avenir de mai se penche sur une conséquence rarement évoquée de l’accident de la nuit du 25 au 26 avril 1986. Sous le titre "Cinq ans après, le syndrome Tchernobyl", Pierre Kohler fait observer cette conséquence, parfaitement résumée par le sous-titre : "La plus grande catastrophe nucléaire du nucléaire civil n’a pas fini de secouer l’URSS. Les autorités soviétiques sont confrontées aux problèmes de sécurité et doivent faire face à une contestation croissante des populations. Les programmes sont remis en cause. Une situation dramatique dans un pays qui connait déjà une grave pénurie d’énergie" (c’est nous qui soulignons). Le remède, outre l’amélioration de la sécurité des RBMK et même des VVER - nos PWR, mais sans enceinte de sécurité et munis de dispositifs de contrôle insuffisants par mesure d’économie - pourrait être (ce qui est valable pour toutes les nations "de l’Est", Chine comprise), de venir apprendre auprès des Occidentaux les moyens de limiter le gaspillage. J.B.M.

Encore dans le Science et Avenir de mai, à signaler l’article de Sylvestre Huet, "Le laser passe aux rayons X" : les premières "bouffées" de laser X ont été obtenues, presque simultanément, à Orsay, Livermore et Princeton. Il y a seulement 5 ans le concept d’un miroir de rayons X était considéré comme une aberration. On n’avait pas pensé aux multiples couches ultra-minces agissant par effet de réseau. Les applications, un fois les techniques maîtrisées, seront nombreuses : par exemple en biologie ("outil" et imagerie), en informatique ("mini-micro-gravure" de circuits par exemple), en ultra-polissage, en repérage de molécules par hologrammes, en étude de l’absorption d’un gaz par une surface… et pour des applications de défense - sans parler de celles auxquelles personne ne pense avant la pleine disponibilité de l’"outil". J.B.M.

Le numéro de juin de Science et Avenir consacre un article très intéressant ("Les nouveaux maîtres de l’invisible", par Sylvie Garcia) aux "super-microscopes" permettant des grossissements de l’ordre de cent millions de fois. Le microscope optique classique "plafonne" à quelques milliers de fois seulement ; le microscope électronique à quelques centaines de milliers. Un tel grossissement fait accéder à un niveau inférieur à l’angström - 10-10m - c’est-à-dire à l’atome. Ce "bond" est récent, mais en une dizaine d’années plusieurs systèmes ont vu le jour : en 1980, le microscope à "effet tunnel" d’électrons, puis celui dit "à force atomique", enfin, dernier-né (en France, brevet de la société Spiral) l’instrument à "effet tunnel" aussi, mais de photons. Sans entrer dans les détails techniques, ces instruments ne donnent pas la vision directe des surfaces ; ils servent de "palpeurs" - palpeur matériel seulement pour celui à force atomique - qui balayent cette surface ligne après ligne. Les "creux et bosses" donnent lieu au passage d’un courant plus ou moins intense (quoique toujours très faible) qui, amplifié est reçu par un ordinateur dont l’écran restitue le "paysage". Ces super-microscopes ont déjà reçu de multiples applications en biologie, chimie des matières plastiques, métallurgie, produits pharmaceutiques, contrôle optique, etc. On peut considérer comme "inévitable" que ces appareils soient utilisés dans la recherche fondamentale de Défense et dans certains contrôles de qualité de matériels militaires. J.B.M.

Science & Vie d’avril publie, sous la signature d'Hélène Guillemot, l’article "Ni moteur, ni hélice, ni gouvernail…", signalé en couverture par le titre "MHD : la vitesse sans moteur et sans hélice", avec dessin d’un sous-marin encadré de tuyères et… d’aimants. Il s’agit d'appliquer le principe, bien connu de la Magnéto-Hydro-Dynamique, MHD, à la propulsion des embarcations en général, et plus particulièrement à celle des sous-marins. Rappelons le principe de la MHD : un conducteur parcouru par un courant - continu - plongé dans un champ magnétique perpendiculaire au courant, subit une force dont la direction est perpendiculaire au plan déterminé par les directions du champ et du courant - force de Laplace-Lorenz. Cette force s’applique à tout corps conducteur, notamment l’eau de mer puisqu’elle est salée. Ceci permet d’envisager d’équiper un navire d’une sorte de tuyère dans laquelle l’eau, faisant office de conducteur entre deux électrodes longitudinales, soumise à un fort champ magnétique vertical (créé dans cette tuyère par un bobinage supraconducteur), entrerait par l’avant et serait violemment éjectée vers l’arrière par la force de Laplace. Par réaction, le navire serait propulsé par l’avant. (Naturellement, il faudrait deux "réacteurs" symétriques par rapport à la coque pour ne pas "tourner en rond", et, en différenciant les poussées babord et tribord, le système permettrait de se passer de gouvernail mais ne pourrait éviter la présence des "barres" de plongée.) L’auteur explique qu’une forte partie des bruits émis par un sous-marin provient de l’ensemble moteur-arbre-hélice ; de nos jours, surtout cette dernière si la vitesse de rotation engendre le phénomène de cavitation. (Problème assez bien dominé par les Occidentaux depuis un certain temps et depuis peu par l’URSS… grâce à ses services de renseignements, non ceux de recherche.) En 1962, le principe MHD avait été étudié aux Etats-Unis, mais abandonné en raison des faibles inductions magnétiques pouvant être créées et de la très faible conductivité de l’eau de mer, ce qui conduisait à des rendements énergétiques infimes. Mais Mme Guillemot rappelle que la supraconductivité pourra produire des champs magnétiques beaucoup plus puissants que ceux concevables il y a 30 ans, ce qui modifie considérablement les données du problème. La propulsion par MHD serait en étude aux Argone Laboratories, à Riga, à Grenoble, et à Kobé où est construit un "démonstrateur" sous la forme d’une vedette.

Le raisonnement n’est pas convaincant, tout au moins pour l’avenir du sous-marin à moyen terme. Les hélices modernes ne "cavitent" qu’aux très grandes vitesses, qu’utilisent rarement les sous-marins ; le SNLE, discret par nécessité, n’évolue en zone de patrouille qu’à la vitesse minimale de tenue de profondeur aux barres, et le SNA - comme le chasseur à l’affût - guette en silence lent… notamment pour ne pas auto-brouiller son sonar passif ; sauf donc, aux grandes vitesses, les bruits principaux émis par le sous-marin sont ceux de l’ensemble réacteur, notamment des pompes d’échangeurs. Or, MAD ou hélice, il faudra bien avoir la source d’énergie qui risque d’ailleurs de devoir être beaucoup plus puissante car on ne saurait modifier la très faible conductibilité électrique de l’eau de mer. (Y aura-t-il la place pour un plus puissant réacteur ?) ; le supraconducteur à température normale, ambiante, espéré à la fin des années 1980, ne semble plus guère à l’ordre du jour. Avec ceux à "haute température", (dont on ne sait pas encore faire des "fils"), il faudrait soit embarquer l’azote liquide de refroidissement pour croisière de 2 mois, soit recycler le gaz dans une petite "usine" de bord, consommatrice de courant et génératrice - compresseur volumétrique - de bruit ; le fort courant électrique dans l’eau produira un effet Joule qui peut être favorable à l’autoguidage thermique d’une torpille. Par ailleurs - point noté par l’article - il se traduira par une électrolyse produisant des bulles d’oxygène et hydrogène. L’auteur indique 1 litre de gaz pour 10 m3 d’eau traversant les tuyères. C’est déjà beaucoup - sillage réflecteur sonar - et trop si ces bulles engendrent des phénomènes d’oscillations dans les tuyères ; enfin, et quoique l’article évoque des "écrans électromagnétiques", ou des "contre-champs", on peut penser que la création de formidables champs magnétiques ferait la joie des opérateurs des détecteurs d’anomalies magnétiques - MAD - moyen de détection qui a amené déjà l’Union soviétique, riche en titane, à utiliser ce métal pour les coques de ses récents sous-marins. Le système n’est pas absurde : il ne viole aucune loi de la physique. Mais sa mise en application pratique relève pour le moins d’un lointain avenir. J.B.M.

Le salon de l’aviation du Bourget a fait la "une" des revues spécialisées : Air et Cosmos, etc. Dans les faits nous avons préféré le numéro spécial habituel de Science et Vie, hors série : "Aviation 1991", qui comme tous les deux ans est moins consacré aux appareils exposés qu’aux développements prévisibles à court et moyen terme.

On ne peut qu’indiquer ici les articles les plus intéressants.

- Henri Eyraud : "Les incertitudes stratégiques actuelles". La nouvelle situation européenne et l’instabilité de l’URSS obligent à réviser l’analyse des menaces qui a prévalu depuis quarante ans. Conséquences sur la défense de l’Europe ? La guerre du Golfe, assez particulière, ne permet de tirer que des enseignements limités surtout à l’aspect technique des problèmes.

- Germain Chambost : "La composante française". Outre la cinquantaine d’avions de combat - 2500 sorties - et les hélicoptères, dont 120 Gazelle (60 porteurs du HOT), il convient de ne pas oublier la tâche obscure mais indispensable des Transalls, C.130 et DC.8, ainsi que les C.135 ravitailleurs. (Car le système de ravitaillement français - après quarante ans d’OTAN - n’est pas compatible avec le système américain de ravitaillement en vol. Exemple plutôt stupéfiant de non-interopérabilité !).

- Richard Nazaretian et Bernard Thouanel : "La première guerre électronique". Article qui se résume presque par son sous-titre : Bien avant la nuit du 16 au 17 janvier 1991, une guerre avait commencé, pour l’heure totalement inaccessible à nos sens. Les stratèges en avaient décidé ainsi : avant la moindre attaque, on rendrait l’armée irakienne sourde, muette, aveugle. Affaire de moyens électroniques".

- encore Richard Nazaretian et Bernard Thouanel : "Les effets de la furtivité". Il s’agit de la description - dans la mesure de ce qui en a été révélé - de l’action des fameux F.117.A. dont, malgré une sortie pour l’affaire de Panama, c’était là le premier engagement décisif pour la validité du concept : en nombre et contre un adversaire disposant encore de certains moyens de détection et de défense A.A. Résultats probants : aucune des pertes alliées enregistrées n’a concerné un F.117, y compris par accident. 1270 sorties et 6905 heures de vol ; taux de réussite des attaques de l’ordre de 80 à 85%. D’où la déclaration du général Charles Horner : "La technologie de la furtivité et la précision des munitions intelligentes est en train de changer les données de la guerre aérienne". (Un problème mineur : pourquoi F - pour fighter, chasseur - alors que c’est un appareil d’attaque d’objectifs au sol : il aurait pu - dû - être le A.17.).

- Agence DPAS : "L’appui rapproché : une tâche délicate". Exposé sur les divers aéronefs d’appui aérien rapproché pendant la "Guerre des 100 heures" : hélicoptères et avions. A noter : l’appui logistique héliporté se traduisant par la création-surprise d’une base en désert irakien  et la polyvalence de l’avion A.10 pourtant ancien - entrée en service en 1974 ; trop souvent les hélicoptères et les chasseurs bombardiers ont dû employer des "armes surabondantes" et très chères, pour des cibles que le A.10 détruisait avec son très puissant canon GAU-8A (30 mm, mais très grande vitesse initiale d’un obus à noyau de carbure d’uranium) "autour" duquel il est construit ; cibles qui, en revanche, eussent résisté aux 20 mm des avions ou des hélicoptères d’escorte. Le A.10 pouvait donc réserver ses armes "sophistiquées" aux seuls objectifs en valant l’emploi.

- agence DPAS, "Le transport aérien militaire : une arme stratégique". La dispersion géographique à prévoir pour les futurs théâtres d’opérations exige la possession d’une puissante flotte de transport aérien pour la "projection de puissance" rapide. Malgré leurs capacités dans ce domaine, très supérieures à la totalité des moyens européens (parc dit "Civil Air reserve Fleet"), pas toujours bien adaptés aux besoins1, les appareils du Military Airlift Command sont vieillissants.

- encore de l’Agence DPAS, "La prolifération des missiles sol-sol". 18 nations disposent actuellement de missiles balistiques ; il y en aura 24 dans moins de 10 ans et à portées très supérieures. L’URSS a été le grand fournisseur à l’origine, mais la Chine et la Corée du Nord "prennent le relais" du rôle "perturbateur". Le Brésil et l’Argentine, pendant un temps fournisseurs de "savoir-faire" ont à peu près renoncé, tant en raison de leur situation financière que d’"amicales" pressions américaines.

- Paul Merlon, "Les techniques anti-missiles". Ici encore le sous-titre résume le contenu de l’article : "Les missiles sol-sol du futur n’auront rien à voir avec les vénérables Scud : ils seront infiniment plus difficiles à arrêter. Les problèmes que cela pose sont ici principalement illustrés à travers l’exemple de la défense navale. De fait, le Scud ou SS-1, dérivé du V2 allemand est un "quadragénaire", retiré du service par l’Union soviétique en 1972, ce qui permit de le distribuer généreusement aux pays amis. En fait, aucun Scud B, de portée trop faible, n’a été tiré sur Israël et sur l’Arabie Saoudite ; ce furent des Al-Hussein et Al-Abbas, utilisant les quelques 510 Scud B reçus de l’URSS mais modifiés par des techniciens est-allemands et nord-coréens : allongement et réduction de la charge de 1000 à 500 kg. Contre ces missiles "primitifs", les Patriots (SAM.D : étude lancée en 1962) ayant reçu des améliorations électroniques dans les années 80, ont une certaine capacité ATM, mais ce ne sont pas des anti-missiles. L’auteur expose les problèmes de manière claire, notamment en prenant comme exemple le futur ASTER franco-italien, dont le deuxième étage aura une très grande agilité grâce au "pilotage en force" : les gouvernes, et notamment en haute altitude - air peu dense - ont une faible efficacité. Le pilotage en force utilise des petites tuyères latérales placées à hauteur du centre de gravité, ce qui permet les évolutions serrées pour aller jusqu’à collision ou quasi collision. Le Patriot étant notoirement insuffisant, les Etats-Unis coopérent à l’ARROW israëlien ; mais dans le cadre du GPALS d’autres ABM sont en étude plus ou moins avancées : défense tactique, (ATM), les PAC II, dérivés du Patriot, ERINT, ACES, IHAAD. Défense contre missiles "stratégiques" (ABM), les GB I, et E2 I. Très peu de détails ont filtré sur ces études qui, sans être des "Black programs" (secrets), sont pour le moins "Dark", c’est-à-dire très confidentiels. On ne sait rien, ou presque, des projets soviétiques dans ce domaine.

- agence DPAS : "Force aérienne soviétique : moins de poids, plus de muscles". En fait, il ne s’agit pas de masses, ni, dans une certaine mesure, de poussée ; mais de réduction du nombre compensée par l’amélioration des performances. L'URSS - qui produit à elle seule plus d’avions de combat que l’ensemble du reste du monde - a réduit quelque peu ses cadences, mais les nouveaux avions étant très nettement plus "sophistiqués" que les anciens, le coût global annuel de production devrait augmenter.

- Les trois derniers articles, "Une nouvelle frontière : évoluer à basse vitesse" (et grande agilité), de Bill Sweetman, "Horizon 2000 : vers l’écran total" de Claude Moreau, et "vers un dialogue au doigt et à l’œil" de Claude Moreau, sont relatifs aux techniques avancées qui seront celles des appareils de combat opérationnels vers l’an 2000. Articles très intéressants pour les lecteurs ayant déjà un certain "fond de connaissances" de ces questions. J.B.M.

Dans le numéro d’avril de Défense nationale, signalons "L’aéronautique navale soviétique", de claude Monnier (évolution, croissance, matériels…) et la première partie de "Le combat aérien moderne : un défi scientifique ?" de Paul-Emile de Montlebon : rappel historique et problèmes nouveaux liés à la formidable augmentation des portées des armes et moyens de détection. J.B.M.

Le numéro de mai de Défense nationale, offre plusieurs "chroniques militaro-scientifiques" : deuxième partie du "Combat aérien moderne" de P-E de Montlebon : les moyens d’action (le vecteur, la conduite de tir, les contre-mesures électroniques, les munitions) ; la relation homme-système d’armes, c'est-à-dire la gestion par le pilote de la "plate-forme", des capteurs, des armées et des contre-mesures, ensemble de tâches dont la complexité et la multiplicité croissantes exigent une véritable mutation des interfaces homme-machine. (Le lecteur intéressé par ces questions peut consulter Modern Air combat de Bill Gunston, Mike Spick et Patrick Facon, Salamander Books) ; de Claude Monier, "vers un satellite d’observation tactique" : le pouvoir de résolution de SPOT, 10 m, est insuffisant pour que ce satellite (civil) puise être "requis" pour des applications tactiques. Par ailleurs, exploité par une société privée, il ne peut offrir toutes les garanties de discrétion que doit avoir un système de renseignement. La mise en service de Hélios fournira un puissant moyen d’aide à la gestion des crises et à la décision. Son seul, mais grave défaut, sera d’être unique. Le ministre de la Défense a récemment déploré le fait que dans la guerre du Golfe, les forces françaises aient dû se rattacher totalement au renseignement américain. Des réformes sont prévues, mais elles ne sauraient remplacer des engins de type KH 11 et 12, ou Lacrosse (à radar, donc tout temps.) La France seule ne peut tout faire, mais c’est encore un point qui devrait concerner l’ensemble de l’Europe. Guy Valaison, dans le bref article "L’information embarquée" se penche sur les moyens informatiques de la Marine nationale. L’acronyme SENIT, Système d’Exploitation Naval des Informations Tactiques de 1962 a été périodiquement amélioré. Le SENIT 6, qui commence à équiper les bâtiments les plus récents, représente un progrès techniques de 2 "générations". Il informe, mais aussi agit et décide, quoique sous contrôle humain. Il est devenu un SISC : Système de Combat, antinavires, anti-aérien et anti-sous-marins. Mais les délais admissibles de temps de réaction diminuent inéluctablement : le moment vient où il faudra choisir entre contrôle humain avec perte d’efficacité ou automatisme total. J.B.M.

 

SOVIÉTOLOGIE

Dans le numéro d'avril 1991 de Asian Defence Journal, G. Jacobs proposait un article sur les forces spéciales américaines : deuxième volet de son étude, dans le numéro de mai de la même revue, sur les Voiska Spetsialnogo Nazacheniya (Soviet Spetsnaz). Ces forces d'élite qui ont formé leurs semblables à Cuba, en Corée du nord, au Vietnam, en Afghanistan (entre autres), dépendent (pour certaines) du GRU et comprendraient de 27 à 30 000 hommes. Mais le KGB et le ministère de l'intérieur (MVD) ont également leurs forces spéciales affectées à la sécurité intérieure. Chaque année pour chaque unité, 100 appelés environ sont sélectionnés sur un CV sévère et entraînés à l'école militaire de Krasnodar (Transcaucasie) ou à L'vov et Mukachevo dans le district militaire des Carpates. L'auteur situe ces forces au sein de la défense soviétique et montre que leur caractéristique est une extrême flexibilité et une adaptation totale à des situations aussi ponctuelles que variées. B.A.

Un court article de Heinz Schulte dans le numéro de juin 1991 de Jane's Intelligence Review (qui a succédé à la Jane's Soviet Intelligence) passe en revue, sous le titre "The Aim of military Intelligence : the Unification of Germany revisited", les différents systèmes d'armes que les officiers de renseignement allemands ont pu examiner immédiatement après la réunification. Peu de surprises a priori : ces matériels sont robustes, faciles à manier, manquent d'électronique, tiennent peu compte du "confort" du personnel, mais fonctionnent bien. Par contre, les Allemands ont été surpris de l'efficacité des communications et de l'extrême préparation des troupes, susceptibles d'avancer, en temps de guerre, de 50 km par jour. B.A.

 

POLÉMOLOGIE

Il n’est pas trop tard pour signaler la bibliographie thématique en langue française Guerre, paix et désarmement publiée en 1989 par Erik Poole et Annie Bourret aux Presses de l’Université Laval (Québec). 5 700 titres remarquables présentés avec index des auteurs et des sujets. Pour une fois qu’un tel instrument de travail n’est pas anglo-saxon... J.M.S.

L'eau au Moyen-Orient va rapidement devenir un enjeu stratégique. Joyce Starr décrit les "Water Wars" dans Foreign Policy, n° 82, 1991. Actuellement 10 pays sont très menacés et d'ici 10 à 20 ans à peine, leur situation sera tragique. En Egypte, par exemple, le Nil fournit 86 % de l'eau utilisée chaque année, mais en 1988 son niveau avait tellement baissé que les autorités ont été obligées de puiser dans les réserves du lac Nasser. La pénurie entraînerait pour ce pays la fin du tourisme et la mort de l'agriculture (scénario semblable pour les pays riverains du lac Victoria). La guerre du golfe a entraîné la suppression des subventions que comptait octroyer le Koweit pour le développement du nord Sinaï. En Israël, le secteur agricole rapporte 5 % du produit national, mais utilise 70 % de l'eau. 70 à 80 % des réserves aquifères se trouvent en Cisjordanie. L'eau de la bande de Gaza sera inutilisable en l'an 2000, avec une population avoisinant le million. Des accords pourraient être passés avec la Jordanie et la Turquie, mais les suspicions politiques sont trop fortes. En novembre 1991 aura lieu à Istambul un sommet de l'eau ; ce sera la première fois qu'une décision collective aura une chance d'être prise. B.A.

 

DÉSARMEMENT

La collection ARÈS, publiée par un réseau de centres et groupes de recherche parisien et provinciaux sous l’impulsion du CEDSI de Grenoble continue sa carrière et l’on ne s’en plaindra pas. le premier fascicule (1990-1) du volume XII sous la direction de Jean-François Guilhaudis contient un dossier sur la négociation du désarmement en Europe (études de J. Klein, V.Y. Ghebali, I. Bellany et D. Colard) et rend compte de l’actualité du désarmement et de la course aux armements en 1989. Comme d’habitude, un guide des plus utiles. J.M.S.

Le supplément spécial d'Arms Control Today vol. 21, n° 2, mars 1991 pose des questions fondamentales telles que la régulation des armements au Moyen-Orient en s'inquiétant des propos de George Bush sur le "business as usual" ; des questions gênantes portant sur le lien que l'exécutif américain et la SDIO cherchent à établir entre le succès - très discutable - des Patriot et une défense antibalistique stratégique, et des questions originales telles que les répercussions juridiques à long terme des bombardements américains contre des installations nucléaires irakiennes placées sous contrôle de l'AEIA. Mais la prolifération nucléaire (le cas nord-coréen est évoqué par Jacqueline Smith et Leonard Spector) et les traités et négociations d'arms control restent au centre des préoccupations comme en témoigne la table-ronde au cours de laquelle on relèvera l'intervention du soviétologue "historique" Raymond Garthoff. F.G.

Pourquoi START ? interpelle Jack Mendelsohn dans le n° 3 vol. 21 d'avril 1991 d'Arms Control Today. Tout simplement parce que les Etats-Unis y trouvent un avantage considérable en canalisant le développement des forces soviétiques dans des voies prévisibles. Une statistique "épatante" : durant les sept années d'application du traité, les Soviétiques devront détruire une arme toutes les 70 heures. Auraient-ils à s'en plaindre ? On peut en douter devant le bilan dressé par David Morrison (avec carte à l'appui) sur les problèmes posés à travers le territoire soviétique par la surveillance et la sécurité des stocks d'armes nucléaires. F.G.

Beyond 1995, the future of the NPT regime, ed. Joseph F. Pilat and Robert E. Pendley, introduction de Hans Blix, New York, Plenum Press, 1990, et European Security in the 1990, deterrence and defence after the INF treaty, Walter Laqueur and Leon Sloss, introduction de David Abshire, New York, Plenum Press, 1990 marquent le début d'une collection lancée par le jeune centre d'études de sécurité nationale (CNSS) de Los Alamos. Comme il est naturel, la rédaction cherche un style et hésite entre plusieurs voies, comme il est manifeste. Le premier ouvrage fait de contributions internationales (d'où, comme à l'ordinaire, la France est absente) offre un panorama presque complet des problèmes posés par le contrôle de la prolifération nucléaire à l'horizon de la conférence de 1995 qui doit statuer sur la nécessité de reconduire le traité. Eminents spécialistes et hautes autorités internationales affirment que sans le TNP le monde courrait à sa perte. Ils ont sans doute raison mais leurs voix se font mutuellement écho et le diable, car c'est lui qui importe, n'a point ici d'avocat. Cela dit, avec 70 pages de documents en annexe, l'ouvrage prend une dimension de référence indispensable dans une tonalité très proche des publications du SIPRI. Même projet dans le second ouvrage qui, sur la sécurité de l'Europe, offre cette fois près de 100 pages de documents officiels originaux pour la période 1948-1989. On pourrait discuter de la sélection, mais là n'est pas l'essentiel. Les cent premières pages confiées à deux experts américains renommés, heureusement secondés par l’Allemand Philipp Borinski, apparaissent comme de purs exercices de style auxquels l'évolution des temps ne pardonne pas puisque l'on s'arrête en 1988. Le tour d'horizon des pays européens (sauf l'Allemagne) témoigne d'une superficialité intellectuelle beaucoup plus inquiétante que l'obsolescence de l'analyse. F.G.

 

GÉOPOLITIQUE ET GÉOSTRATÉGIE

Pour le lecteur désireux de connaître l’arrière-plan historique et géopolitique de la guerre du Golfe, Charles Zorgbibe a réalisé un Que sais-je ? qui a toutes les qualités que l’on en attend. Géopolitique et histoire du Golfe est un guide bref, mais sûr, qui s’arrête en décembre 1990. J.M.S.

Dans Survival de mars-avril 1991, Shahram Chubin, fin analyste des problèmes du Moyen-Orient, dresse sous le titre "Pre-War Gulf Security", un tableau précis de la situation diplomatique du golfe Persique après la guerre. La sécurité de cette région ne peut longtemps dépendre d'une force étrangère, il est peu probable qu'elle devienne soudainement sûre et stable. Tous les équilibres ont été bouleversés. De nouveaux paramètres sont maintenant à prendre en compte : altération du mythe de la solidarité arabe, retour de la Turquie sur un plan militaire, fin de la marginalisation de la Syrie et de l'Iran, grands bénéficiaires du conflit, affaiblissement de l'Arabie Saoudite, liens avec le problème israëlien... Chubin suggère en fin d'analyse, la création d'un mécanisme, forum de discussions, où les acteurs pourraient apprendre à se rencontrer sans discuter seulement et obligatoirement de problèmes de sécurité. B.A.

 

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Notes:

1 Les avions civils soviétiques (Aeroflot) sont systématiquement organisés pour pouvoir passer très vite du transport civil au transport militaire… d’où leur inconfort.

 

 

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