REMARQUES SUR LES GRANDES DECISIONS STRATEGIQUES FRANÇAISES DE 1914 A 1940

Histoire et strategie

 Guy Pedroncini

 

De 1914 à 1940 les dirigeants politiques et les grands chefs militaires ont dû prendre des décisions stratégiques capitales engageant le destin du pays soit par le choix d’une politique de défense nationale et d’alliances, soit par la conduite de la guerre et des batailles. Adaptées aux circonstances, elles conduisirent au succès, inadaptées, à l’échec.

De telles décisions stratégiques sont conditionnées par un grand nombre de facteurs : situation intérieure du pays (financière, économique, industrielle), situation internationale, état de l’armée et des armements, contraintes et précédents. Mais les erreurs d’analyse sont fréquentes : la guerre courte se transforme en guerre longue, comme en 1914, la guerre longue en guerre éclair comme en 1939. Pour des raisons différentes, Joffre et Gamelin se laissent surprendre faute d’avoir estimé l’armée adverse à sa juste valeur et de ne pas avoir assez fait la part de l’imagination stratégique de l’ennemi. Car la limite des contraintes, c’est l’imagination.

Il existe cependant une différence : alors qu’avant 1914, dans les situations les plus difficiles, gouvernement et généraux réagissaient avec vigueur, on est frappé de voir une sorte de paralysie des réactions françaises après 1935 lorsque monte la double menace allemande et italienne. On a l’impression d’affolement, un peu comme la proie est fascinée par le serpent, ou comme le joueur d’échecs qui voit bien venir le mat, mais qui ne sait comment le parer, faute d’avoir soit les pièces nécessaires, soit l’imagination ou le génie propres à arrêter le processus fatal.

Dès lors les décisions qui ont pour résultats d’entraîner d’abord une profonde et durable invasion du pays, puis un désastre exceptionnel nécessitent d’être examinées d’aussi près que possible dans le cadre des quelques réflexions que permet un bref article.

Les grands choix stratégiques doivent naturellement être adaptés aux menaces et à leur évolution. De 1914 à 1940, les grandes décisions stratégiques françaises sont liées avant tout aux menaces allemandes, c’est-à-dire à celles qui pèsent sur les frontières du Nord et du Nord-Est. Certes d’autres se dessinent temporairement : la zone alpestre, l'espace méditerranéen, la Tunisie, mais elles ne sont pas comparables à celles du Nord et du Nord-Est (la barrière des Alpes est puissante, la balance des forces en Méditerranée est relativement favorable à la flotte française). Mais il existe une interaction qui modifie les disponibilités militaires, et à la fin de la période il apparaît nettement que l’on ne peut plus faire face à l’ensemble des menaces créées par l'alliance germano-italienne.

Compte-tenu de ces évolutions, les modifications fondamentales restent limitées en temps de paix. Il n’en va pas de même en temps de guerre. Celle-ci est créatrice de situations nouvelles souvent imprévisibles : suivant le mot de Foch "les événements dominent les raisonnements".

En attendant les événements quels raisonnements ont conduit la France dans ses réactions et dans ses précautions face aux défis et aux menaces stratégiques qui pesaient sur elle avant 1914 ?

La grande décision stratégique qu'est le Plan XVII est l’héritage et l’aboutissement d'une longue période de paix : elle avait permis l’établissement de seize plans depuis 1875.

Le Haut commandement français avait accordé, même avant 1870, une vive attention à l’espace belgo-luxembourgeois et manifesté ensuite un certain scepticisme à l’égard de la solidité des accords de neutralité1.

Venant après les traités de 1815, le traité de Francfort avait achevé de démanteler les frontières stratégiques de la France. Comment résister à une éventuelle guerre préventive allemande ?

Le Nord restait protégé par la neutralité de l'espace belgo-luxembourgeois. Par contre le danger à l’Est était évident. L’idée de construire une puissante ligne de défense fortifiée s’imposa rapidement, et elle fut réalisée sous le nom de ligne Séré de Rivières. Mais le général Séré de Rivières fut rapidement préoccupé par le vide qui marquait la frontière du Luxembourg à la mer du Nord. Certes il semblait difficile qu'un homme d’Etat aussi exceptionnel que Bismarck se laissât entraîner à violer la neutralité belge, mais il est intéressant de noter que dès février 1876 l’Etat-Major français avait envisagé une parade à une éventuelle attaque allemande qui passerait par la Belgique : une armée française installée sur la ligne Laon-La Fère-Saint-Quentin tenterait de briser la progression adverse.

C'est cependant le général Séré de Rivières qui attira le plus nettement l’attention sur la fragilité des accords diplomatiques. Par l’historien Eugène Tenot, il fit poser la question de la neutralité belge2. Comment n’aurait-il pas été préoccupé par cette question ? Dès 1880 le ministre de la Guerre avait fait faire par le capitaine Meunier des reconnaissances dans le Grand Duché de Luxembourg pour préparer en cas de guerre des raids de commandos contre les grands viaducs ferroviaires du Grand Duché. Si la France envisageait de telles actions, on ne pouvait les exclure de la part de l'Allemagne.

Mais ces craintes ne préoccupaient encore que médiocrement l’Etat major, persuadé que l’armée allemande ne ferait pas ce qu’il estimait être une faute : diviser ses forces entre la Lorraine et la Belgique3.

D’ailleurs pourquoi les Allemands l’eussent-ils fait à ce moment alors que les tensions entre la France et l’Angleterre demeuraient fortes ? Et que l’alliance franco-russe rendait seulement certaine une éventualité qui avait été au coeur de la stratégie allemande alors même qu’existait l’entente des Trois Empereurs et le traité de réassurance ? D’ailleurs le comte Schlieffen, chef de l’armée allemande depuis 1891, avait d’abord conservé la stratégie de ses prédécesseurs. Stratégie oscillante, entre le front ouest et le front oriental : auquel donner la priorité en cas de guerre entre l’Allemagne la France et la Russie ? Mais, peu à peu, le comte Schlieffen orienta sa pensée et ses plans vers une sorte de super-bataille de Cannes, laquelle emportait son admiration. La conclusion de l’Entente cordiale le 8 avril 1904 acheva de le déterminer. Anticipant sur les réalités diplomatiques, il estima que désormais la Grande-Bretagne serait aux côtés de la France en cas de conflit et qu’il serait vain de sacrifier un plan qui dans son esprit donnerait à l’Allemagne une victoire totale aussi éclatante que rapide à des ménagements à l’égard de l’Angleterre. Le plan de 1905, dit plan Schlieffen, était un plan grandiose : il choisissait en bon napoléonien de détruire les forces principales de la coalition adverse, c’est-à-dire l’armée française. Pour ce faire il groupait ses forces à l'ouest en deux ensembles : un défensif à la gauche de son dispositif et un offensif à la droite. Le rapport des forces entre ces deux masses était de 1 à 7. Grâce à l’énorme masse de son aile marchante, il se jugeait en état de tout balayer sur son passage, et après avoir envahi la Belgique descendre vers la basse Seine pour se rabattre ensuite en un gigantesque mouvement de faux sur les arrières des armées françaises et les encercler en les contraignant à la capitulation.

Le risque politique entraîné par la violation de la Belgique était énorme, mais le plan militaire par son audace et son ampleur était à la hauteur du risque politique : l’armée française serait hors de combat avant que la Grande-Bretagne ait pu faire sentir son poids dans le conflit. Au fond l’entente franco-britannique faisait lever contre la France la plus formidable menace stratégique qui eût pesé sur elle.

Mais en 1905 Schlieffen, était assuré de n’avoir à lutter que sur un front : l’armée russe était disloquée et impuissante, la flotte russe au fond du Pacifique4.

Mais son successeur, le comte de Moltke dut faire face à une double évolution : le renforcement progressif des liens franco-britanniques dans le domaine militaire et le redressement de l’armée russe. Elle le conduisit à infléchir le plan Schlieffen dans le sens d’un renforcement de l’armée défensive d’Alsace-Lorraine et d’un affaiblissement de l’aile marchante : le rapport primitif de 1 à 7 tomba ainsi de 1 à 3. Cependant ce plan restait menaçant et n’avait rien perdu de ses visées stratégiques décisives.

De son côté, l’état-major français hésitait entre plusieurs stratégies. Le général Michel dont l’intelligence et la perspicacité dans les analyses l’emportaient largement sur ses capacités d’action estimait justement que la guerre à venir sortirait d’une course
aux armements navals entre l’Angleterre et l’Allemagne et que "la Belgique entière serait le théâtre des opérations futures entre la France et l’Allemagne5. Pour faire face à cette menace mortelle, il jugeait indispensable de masser les deux tiers de l’armée française en arrière de la frontière franco-belge. Son plan fut rejeté, car il supposait l’entrée en ligne des réserves, et le général Michel dut démissionner.

Après quelques hésitations le général Joffre fut appelé à le remplacer. La tâche n’était pas facile : quelle stratégie adopter dès lors que le plan Michel n’est plus envisageable ? Ne restait-il qu’une amélioration du Plan XVI ?

Le général Joffre commença par croiser le fer avec le Quai d’Orsay pour connaître précisément les obligations internationales de la France. Puis il prit ses responsabilités au cours de la séance du 9 janvier 1912 du Conseil supérieur de la Défense nationale6.

Il demanda au gouvernement à être autorisé à faire pénétrer l’armée française en premier sur le territoire du Luxembourg - ce qui lui fut accordé - et de la Belgique - ce que le gouvernement refusa en dépit des efforts de Delcassé pour soutenir la position de Joffre. La chute du gouvernement Caillaux trois jours après ne permit pas d’aller jusqu’au bout de la question. Elle fut reprise le 21 février au cours d'une réunion ultra-secrète.

Poincaré rappela que Joffre avait dit "au cours du précédent échange de vues que selon lui les chances d’une victoire seraient considérablement accrues pour l’armée française si celle-ci était libre de porter l’offensive sur le territoire belge". Poincaré invita alors Joffre à développer sa pensée.

Joffre exposa avec force qu’il fallait d’emblée prendre l’offensive "pour en finir d’un seul coup avec les forces organisées de l’ennemi". Or, "si nous respectons les territoires neutres, l’existence à proximité de la frontière franco-allemande d’obstacles naturels et de barrières fortifiées cantonne notre offensive dans des régions étroitement limitées". Toute offensive en direction de Strasbourg, toute offensive en Lorraine serait bloquée et menacée de flanc. "La situation serait infiniment plus avantageuse s’il nous était loisible d’étendre notre gauche au-delà des frontières dans le Grand Duché de Luxembourg et sur le territoire belge. De ce côté nous pouvons déployer tous nos moyens d’action. En cas de succès nos armées rejetteraient les masses allemandes vers l’Allemagne du Sud et menaceraient directement leur principale direction de retraite et leurs communications sur Berlin. En outre la violation de la neutralité belge nous donne le moyen de faire participer l’armée anglaise de débarquement dont l’appoint procure une supériorité marquée sur nos adversaires. Il est permis d’espérer que cette considération suffirait à décider l’Angleterre à renoncer à ses objections concernant la violation du territoire belge. Voulant la fin qui ne peut être obtenue que par l’écrasement définitif de l’adversaire commun, le gouvernement britannique ne se montrera pas trop scrupuleux sur le choix des moyens". Joffre concluait en estimant que "dans tous les cas", il y avait un intérêt majeur "à ce que nos armées puissent pénétrer sur le territoire de la Belgique au sud d’une ligne Namur-Liège".

Poincaré souligne aussitôt les dangers d’une pareille stratégie : elle soulèverait l’Europe contre la France, dresserait les Wallons eux-mêmes. Il faudrait, indique Poincaré, "qu’à tout le moins elle fût justifiée par une menace positive d’invasion allemande". Comme cette menace "est la cause première des accords militaires avec l’Angleterre", celle-ci ne retirerait-elle pas son concours a la France ?

Une fois encore Joffre reçoit l’appui de membres du gouvernement : Delcassé et Millerand soutiennent son point de vue.

Ces divergences ont cependant une portée : le gouvernement estime unanimement que l’alliance anglaise est décisive, et ne doit en rien être menacée.

Or, sondés, les Anglais opposent un non possumus. Il ne reste plus au général Joffre que le Plan XVII dont il avait montré lui-même les limites. Alors une interprétation apparaît qui mérite examen : faute d’avoir obtenu du gouvernement anglais les concessions qu’il estimait nécessaires à une victoire rapide et décisive, Joffre aurait été contraint d’accepter d’engager la lutte contre l’Allemagne dans des conditions stratégiques défavorables ou beaucoup moins favorables. Au fond le gouvernement français aurait préféré les avantages diplomatiques de l’alliance avec l’Angleterre aux avantages stratégiques du plan Joffre

C’est au fond la politique des alliances qui a dicté la stratégie.

Or, en quatre jours, du 19 au 23 août 1914, le plan XVII a échoué, tandis que le plan allemand réussissait et entraînait une profonde invasion du pays. On peut alors se demander si Joffre placé devant une décision politique qui le dépasse n’aurait pas pu imaginer un autre plan.

Or cet autre plan existe. Et non seulement il existe, mais il avait été proposé au Haut Commandement. Il s’agit de ce que j’ai appelé le contre-plan Demange7.

Le général Demange estimait qu’une offensive toutes forces réunies sans que fussent connues précisément les intentions adverses représentait "l’aléa le plus complet," une "lutte à pile ou face". Il proposait donc de renoncer à prendre l’offensive, de ne laisser à l’est que les forces de sécurité indispensables, et de réunir la masse principale des armées françaises contre l’aile droite allemande. Il prévoyait 6 armées : les deux premières garderaient la ligne Toul-Belfort, la troisième arrêterait éventuellement l’adversaire entre Toul et Verdun, les trois dernières formeraient les armées de mouvement. Elles pourraient suivant l’évolution de la bataille intervenir contre l’aile droite allemande ou venir soutenir une bataille en Lorraine, sur la Meuse ou l’Argonne.

Ce plan voulait dire que s’il l’eût fait sien, Joffre aurait gagné un temps précieux et limité l’invasion, puisque des forces importantes analogues à celles qu’il avait dû transporter de l’est vers l’ouest eussent été en place contre l’aile marchante allemande.

Mais ce plan avait contre lui d’être un plan de contre-offensive et par là de ne pas répondre aux tendances et aux idées du temps. Etait-ce pour l’adapter au goût du jour et le rendre présentable à Joffre que le général de Castelnau y travaillait au printemps de 1914 ? Peut-être : dans l’état actuel de notre documentation, il est impossible de trancher. Mais le plan Demange avait l’avantage de respecter l’opposition anglaise à une offensive française en Belgique sans avoir les graves inconvénients du plan XVII. Il avait pour lui l’imagination et la manoeuvre stratégique.

Au fond en 1914 la question de la menace tapie dans l’espace belgo-luxembourgeois n’avait pas reçu de parade satisfaisante.

Des trois plans français - Michel, XVII et Demange - le plus adapté à la situation paraissait être le troisième. Mais n’ayant jamais été appliqué il lui manque la confirmation des faits.

Le choix de 1914 est donc un choix qui eût pu être différent mais qui tel qu’il est reflète l’extrême complexité qui domine des décisions stratégiques aussi capitales. En particulier elles laissent apparaître le grand rôle que joue les contraintes politiques et diplomatiques.

Il en va de même dans la conduite stratégique de la guerre. Le général Michel avait bien vu l’importance des problèmes navals dans les causes de la Grande Guerre, et par suite dans les buts de guerre de la Grande-Bretagne. La Belgique dans cette optique était donc essentielle pour l’Angleterre et pour l’entretien de son armée et la lutte contre les sous-marins, les ports de la Manche. Dans ces conditions que se passerait-il si les Allemands parvenaient à séparer les deux armées ?

Le général Joffre avait été conduit à donner son point de vue dès le mois d'août 1915. Il avait alors décidé d’accepter, s’il était impossible de faire autrement, la séparation des deux armées française et britannique. L’armée anglaise reculerait vers les ports de la Manche qu’elle devrait défendre à tout prix, tandis que l’armée française monterait en partant du sud une contre-offensive destinée a rétablir la liaison d’abord, un front continue ensuite.

Joffre n’eut jamais à appliquer ce plan qui apparaît comme très semblable à celui de 1940 pour sauver les armées refluant sur la côte. Par contre en mars 1918 le problème se posa nettement aux Alliés.

La rupture du front anglais et le recul profond de la Ve Armée du général Gough fit très rapidement se lever la menace d’une séparation des deux armées. Le général Pétain eut d’abord à y faire face seul. Il s’y était préparé.

Dès le mois de juin de 1917, Pétain avait estimé qu’il n’y avait plus rien à attendre comme aide du front oriental, et son 2e Bureau lui avait annoncé à une division près le nombre des grandes unités que les Allemands pourraient transférer vers l’ouest d’ici le printemps 19188. Il avait d’emblée estimé qu’il devrait disposer d’une réserve stratégique d’environ 40 divisions pour faire face à une offensive à visées décisives des Allemands. Pour la réunir il avait cherché à obtenir l’extension du front britannique, il avait négocié avec Pershing l’entrée en ligne de l'armée américaine au milieu de l’armée française en Lorraine, ce qui lui permettait de regrouper en deux grandes masses les forces françaises, leur rendant sa puissance offensive. Il avait accompagné ces mesures interalliées par un programme de 3 500 chars - décision du 20 juin 1917 - et d’avions modernes, et par la Directive n° 4 qui reportait sur la seconde position la bataille d’arrêt d’une offensive allemande tout en allégeant l’occupation de la première position. Devant l’échec de sa demande d'exercer le commandement unique, puis devant celui de Foch pour obtenir une réserve générale interalliée - à laquelle il était d’ailleurs hostile -, il s’entendit avec le maréchal Haig sur un plan de secours mutuel en cas d’offensive allemande. Enfin, cette stratégie d’ensemble était complétée par le déplacement de l’axe stratégique de l’armée française : si les Allemands préféraient au lieu d’attaquer à l’ouest exploiter les richesses de la Russie, il avait décidé de lancer après quatre offensives préparatoires une grande offensive à visées décisives en Alsace.

L’attaque allemande du 21 mars contraint Pétain à renoncer momentanément à ses desseins offensifs et à livrer une bataille défensive. Il jette dans la brèche ouverte par Ludendorff ses divisions réservées - Foch n’aura pas à en faire venir d’autres - et il freine la poussée allemande sans pouvoir agir sur Haig qui a tendance à replier ses forces vers les ports de la Manche comme l’avait pensé Joffre. La menace d’une séparation entraîne l’intervention des gouvernements : le pouvoir politique intervient directement dans la conduite de la bataille. Comment en irait-il autrement ? Le général Pétain estime que si le péril s’aggrave il faudrait replier l’armée anglaise sur la Somme. Le maréchal Haig ne peut prendre sur lui pareille décision
qui entraînerait des conséquences considérables pour la lutte sur mer. A la conférence de Doullens, le général Foch est chargé de coordonner l’action des alliés avant d’obtenir à la conférence de Beauvais le commandement stratégique unique sur le front occidental. Cette désignation satisfait les Anglais : comme le souligne Lloyd George, si les Flandres souffrent c’est pour Foch comme si la France souffrait. Les Anglais par ailleurs considéraient Pétain comme un général moins interallié que Foch en dépit de sa demande du 5 octobre 1917. Cependant les offensives allemandes d’avril montrent que la menace d’une séparation des armées alliées n’est pas totalement écartée, et une nouvelle conférence se tient à Abbeville au début de mai. Lloyd George entend savoir ce que Foch ferait dans le cas d’un suprême péril. Après avoir nié qu’une telle situation puisse se produire, Foch doit admettre que la seule solution qui préserverait l’avenir serait non celle de Joffre mais celle de Pétain.

Mais le danger surgit ailleurs et nécessite une nouvelle décision stratégique majeure : le 27 mai, les Allemands enfoncent le front français au Chemin des Dames. Le choc est tel que Foch vacille : par trois fois, il concède que la guerre peut être perdue, et il propose comme plan une défense pied à pied que l’épuisement des effectifs alliés rend aléatoire. Une nouvelle fois, tout en concédant que "ce serait désastreux".

Le général Pétain propose un plan stratégique de la dernière chance : le retour éventuel à une guerre de mouvement généralisée. Les forces alliées seraient regroupées en deux grandes masses qui contre-attaqueraient les armées allemandes marchant sur Paris. L’arrêt de l’offensive du 27 mai au début de juin permet de ne pas en arriver là.

Après l’échec de l’ultime offensive allemande en Champagne le 15 juillet, grâce à la tactique défensive de la seconde position, commence la longue lutte offensive alliée. Ce qui frappe de juillet à novembre 1918, c’est le manque de manoeuvre des armées alliées. Foch conduit une bataille de refoulement en puissance des armées adverses par extension progressive du front d’attaque. L’idée de manoeuvre liée aux projets du GQG de 1917 reparaît en août et par là se pose un choix stratégique essentiel pour la fin de la guerre. Le GQG propose que pour la défense des intérêts français "l’armée française reste forte et glorieuse", et qu’elle porte le dernier coup à l’armée allemande. Cette stratégie défendue par Pétain est soutenue par Poincaré et par Joffre. Elle prendrait la forme d'une offensive lancée en Lorraine avec des forces très supérieures et viserait à couper les lignes de retraite des armées allemandes, les acculant à un gigantesque Sedan. Foch écarte longtemps cette idée : à ses yeux cette offensive ne ferait que d’allonger de quelques kilomètres la longueur du front d’offensive. Il finit cependant par s’y rallier mais trop tardivement : l'offensive du 14 novembre n’a jamais eu lieu. Tout ce que nous savons maintenant de l’état de l’armée allemande montre qu’elle eût atteint ses buts. Elle eût montré également tout ce que l’on pouvait attendre du couple char-avion qui devait en constituer le fer de lance.

On est placé ici devant l’importance d’un choix stratégique fondamental dont les conséquences pèsent lourd sur l'évolution de l'histoire9.

Victorieuse on pourrait penser que la France a les mains libres pour organiser sa sécurité, voire préparer une nouvelle guerre.

Or ce qui frappe c’est le poids des contraintes nées de la guerre et qui semble d’emblée paralyser la défense de la France au point que l’on peut penser que les décisions politiques prises dans le début des années 1920 contiennent déjà en germe la défaite de 1940.

En effet, le grand problème stratégique du nord demeurait, les accords avec la Belgique étant fragiles et limités. Au Nord-Est, on pouvait espérer que l’occupation de la zone rhénane et des têtes de pont permettrait de garantir un certain temps une certaine sécurité, surtout si le désarmement allemand était efficace. Il est vrai qu’il était présenté comme le commencement d’un désarmement généralisé, et que celui-ci restait préoccupant pour une France inférieure au point de vue démographique et économique. Dans ces conditions ne pouvait-elle pas apparaître comme une sorte de tête de pont anglo-américaine dont le rôle stratégique futur serait de tenir assez longtemps jusqu’à l’intervention "du grand large" ?

Les décisions qu’il fallait prendre pour l’organisation de l’armée française et de la défense du territoire étaient donc d'emblée capitales.

Le maréchal Pétain qui demeurait commandant en chef de l’armée française si un nouveau conflit venait à surgir, avait établi avec son GQG un programme en décembre 1918 et en janvier 1919 : outre l’aviation10, le maréchal Pétain demandait pour la prochaine mobilisation à disposer de près de 7 000 chars constituant "une arme autonome". Il reconnaissait l’importance de ce chiffre, mais il estimait que la formule de l’avenir était "le plus d’hommes possible sous la cuirasse".

Ce programme qui eût maintenu la supériorité française tout en fournissant une armée mobile d’intervention rapide se heurta à des oppositions insurmontables. Outre les réserves de certains grands chefs11, les décideurs politiques se refusèrent à s’engager dans cette voie.

En effet le gouvernement avait d’emblée fait le choix d’une stratégie défensive pour la France. Les dettes de guerre, les réticences des alliés, le poids de la reconstruction, les droits des anciens combattants, la recherche du désarmement, le peu de crédit accordé à l’avenir de l’aviation, le faible écho rencontré par les partisans d’une mécanisation de l’armée12 firent que le gouvernement se refusa à consentir à doter la France d’une armée moderne telle que la fin de la guerre en avait montré la nécessité.

Il ne restait plus qu’à traduire dans l’organisation de la Défense cette décision stratégique de défensive. Et curieusement la France victorieuse adopta la même solution que la France vaincue de 1870-1871 : une ligne de fortifications. A défaut d’une armée d’intervention rapide, elle assurait la sécurité de la mobilisation et paraissait garantir le pays contre le retour à l’invasion fulgurante de 1914.

Mais elle risquait aussi de donner une fausse sécurité au pays : en 1926, le maréchal Pétain attira une fois encore l’attention sur l’insuffisance d’une telle politique. Il rappela que c’était l’armée qui était l’essentiel et pas le béton. Puis, en 1932, il se prononça contre la construction de fortifications à la frontière du Nord, proposant d’affecter les sommes prévues à la création d’une sorte de force de frappe aérienne de 400 appareils qui seraient à la disposition du seul gouvernement pour exercer des représailles sur l’Allemagne si celle-ci persistait à ne pas tenir parole. Une fois encore, le pouvoir politique resta sur ses positions. La volonté défensive de la France ne devait pas être mise en doute au moment ou l’on ne voulait entendre que le mot de désarmement.

Les grands choix stratégiques semblaient donc bien arrêtés. L’arrivée d’Hitler au pouvoir et le rapprochement germano-italien suivi par la victoire de Franco modifièrent les conditions générales et conduisirent les grands décideurs politiques et militaires à réexaminer les choix antérieurs.

Après quelques difficultés entre Hitler et Mussolini, les ambitions coloniales de l’Italie, la guerre d’Ethiopie, et la fin du front de Stresa rapprochèrent les deux dictateurs. Dès lors la stratégie française, outre le renforcement des menaces, dut inclure une nouvelle menace : celle qui venait de l’espace méditerranéen.

Certes la menace allemande reste considérée comme la principale, mais les grands décideurs français finissent par envisager que la guerre pourrait être menée d’abord contre l’Italie. Cela semble être pour eux comme la solution miracle, car on est frappé de les voir comme anéantis et impuissants devant l'évolution d'une situation qui les dépasse : comment combattre à la fois sur le Rhin, les Alpes et l'Afrique du nord ? Manifestement ils n’en croient pas la France capable. Comment en est-on arrivé là ?

Dès avant 1914 la menace italienne avait été envisagée. Mais l’Etat-major estimait secondaire le front des Alpes et éventuellement nord-africain. Il était avant tout préoccupé des forces italiennes qui viendraient coopérer avec l’armée allemande en Alsace du Sud. Et la menace navale italienne était surtout perçue comme la possibilité de gêner le transport du XIXe CA en métropole. L’accord naval de la Triplice le 1er novembre 1913 avait placé la flotte italienne sous direction autrichienne. En compensation la Tunisie serait donnée à l’Italie après la victoire de la Triplice. Mais cet accord ne visait qu’a gêner le transfert du XIXe C.A. et par conséquent à faciliter une rapide victoire allemande13.

Après la Grande guerre, l’Afrique du Nord et la Méditerranée préoccupèrent certains grands chefs français… Franchet d’Esperey estimait au sortir de la guerre que la "Tunisie constitue l’un des enjeux d'un conflit européen". S’oriente-t-on vers une stratégie élargie ?

Les préoccupations européennnes l’emportent, et ce n’est qu’avec la menace germano-italienne que l’espace méditerranéen apparaît nettement dans les préoccupations militaires françaises. Le 25 janvier 1933 le Conseil supérieur de la Guerre estime que la France ne pourra pas faire front à la fois sur le Rhin, les Alpes et l’Afrique du Nord.

Alors que faire ? Céder sur la Tunisie ? Economiser des forces par exemple en poussant d’emblée l’armée française à la frontière belgo-luxembourgeoise14 ?

Ou alors prendre la décision politique de ménager l’Italie à tout prix et de conserver son alliance avec toutes les concessions nécessaires ? Barthou semble avoir compris cette nécessité. Après l’assassinat de Barthou, Laval a jugé également indispensable l’entente avec Rome. La politique commande la stratégie. Mais cette politique ne résiste pas à la guerre d’Ethiopie et aux sanctions. Devant l’étendue des menaces créées par cette évolution de la situation internationale, l’Etat-Major ne voit pas d’autre solution qu’un retour au front de Stresa, et il le demande le 8 mai 1936. Le 4 juin le général Georges dresse un bilan éloquent : si la France dispose de l’alliance italienne sa situation militaire est bonne, si l’Italie est neutre
la situation est délicate, si elle est hostile la situation
"est franchement mauvaise".

La menace italienne est un révélateur de la faiblesse française et de l’impuissance des gouvernements tiraillés entre plusieurs contraintes à choisir une stratégie nette et claire et d’en assumer les conséquences.

Or la situation continue à se dégrader sans que la stratégie se précise. Le 15 février 1937 Pierre Cot expose que l’appui aérien anglais "suffit à peine à contrebalancer l’alliance germano-italienne", et il craint de voir en 1938 l’Allemagne et l’Italie disposer de forces aériennes quatre fois plus importantes que celles de la France15.

La situation apparaît si grave que la question se pose finalement : faute de pouvoir changer de politique extérieure pourquoi ne pas changer de stratégie ? L’Italie ne pourrait-elle pas devenir l’adversaire principal à abattre en premier ? Cette idée progresse en 1937 et en 1938.

Le 3 novembre 1937, Daladier déclare : "L’hypothèse d'un conflit dans lequel la Méditerranée deviendrait le centre d’action principal oblige à considérer que ce qui n’était que variantes peut devenir l'essentiel". Le 8 décembre 1937 Gamelin se rallie à cette idée : l’Italie pourrait devenir notre premier objectif car estime-t-il c’est un "adversaire de qualité inférieure". Dans cette hypothèse l’armée française pourrait atteindre le Pô et la Tripolitaine. Daladier pense d’ailleurs que des succès rapides contre l’Italie entraîneraient l’effondrement du régime mussolinien.

A ces vues Darlan ne se rallie pas. Pour lui l’Allemagne est l’adversaire principal, et le danger italien est faible : avec la flotte anglaise la maîtrise de la Méditerranée est assurée. Par contre le général Aubé, chef d’état-major de l’armée de l’Air, soutient Gamelin : il serait avantageux d’attaquer d’abord l’Italie. Mais il estime qu’il faudrait une puissante aviation. En effet l’attaque contre l’Italie dans l’état des forces aériennes françaises conduirait à baisser la garde face à l’Allemagne. De plus il faudrait renforcer l'aviation en Afrique du Nord où la France ne dispose pas d’aviation légère ni d’aviation de défense suffisantes. Pierre Cot intervient dans cette discussion stratégique en indiquant que l’Allemagne produit fin 1937 300 avions par mois, l’Angleterre 150 et la France 50. Il juge qu’en 1940 la France alignerait 2 500 avions dont 20 % seulement seraient modernes face à 3 à 4 000 avions allemands, modernes à 50 %. Il confirme que l’Afrique du Nord est démunie d’aviation.

Daladier conclut à la nécessité de renforcer les fortifications. Les délibérations ultérieures du CPDN montrent que pour les dirigeants politiques et les chefs militaires la victoire du général Franco crée en Méditerranée "une situation alarmante". Une nouvelle fois le gouvernement et Gamelin sont placés devant le choix : le Nord-Est et la Belgique ou bien la Méditerranée. C’est au milieu de ces incertitudes qu’intervient en juin 1938 la déclaration de Daladier qu’il faut renoncer dans la situation générale de la France à augmenter l’armée française. Gamelin souligne aussitôt que cette décision "jointe aux insuffisances de notre production d’armements est d’une gravité exceptionnelle". La solution de Gamelin est de créer un front fortifié de la ligne Maginot à la ligne Mareth à l’Ouest et un front fortifié à l’Est de la Baltique à la mer Rouge16.

Le 5 décembre 1938 le général Gamelin se prononce pour une stratégie donnant la priorité à une attaque contre l’Italie. Paul Reynaud fait des réserves car il est impossible d’augmenter la production des armements : "C’est un problème insoluble dans l’état social actuel de la France". Mais Reynaud compte sur le concours anglais. Gamelin est beaucoup moins optimiste "Nous aurons dans l’immédiat deux divisions et 120 avions".

Que faire ? L’idée d’attaquer en Tripolitaine apparaît ; mais le général Noguès demande un délai de 35 jours pour être en mesure d'attaquer. Daladier est très déçu par cette exigence de Noguès : il pense toujours qu’une défaite entraînerait la chute de Mussolini. Mais il concède lui-même que les avions italiens sont plus nombreux que les français et qu’ils vont plus vite et plus loin. Cependant Gamelin soutient cette idée : si les Italiens ont 150 000 hommes en Tripolitaine la France peut mobiliser 441 000 hommes en Afrique du Nord. Par ailleurs Gamelin ne croit pas au rôle de l’aviation : "Que peut-elle contre des hommes enterrés dans des tranchées étroites". De toute manière il faudrait pour attaquer en Tripolitaine des moyens "dont on ne peut doter nos forces en Tunisie" 17.

Au fond ni le gouvernement ni le Haut commandement n’arrivent à fixer une stratégie précise : on demeure dans l’indécision. Ce qui est une forme de décision.

La situation s'aggrave aux yeux de Gamelin : le 3 décembre 1938, il écrit à Daladier que l’Allemagne dès le printemps de 1939 sera en mesure de mener la guerre simultanément contre la France et la Pologne. Pour répondre à la menace allemande il faudrait un effort considérable, "non seulement sur le plan aérien pour rattraper le temps perdu mais sur le plan terrestre et peut être demain sur la plan naval. La situation peut donc devenir rapidement grave, même pour la défense de notre territoire" 18.

Il est donc impossible de jouer le destin du pays dans une offensive initiale. Une attitude défensive est seule concevable au début de la guerre. S’esquisse ainsi une stratégie de guerre longue au cours de laquelle le blocus affaiblira l’Allemagne. Aussi le général Gamelin se prononce-t-il pour donner la priorité à l’aviation de chasse, et compte-t-il sur l’effort de réarmement anglais pour "songer à attaquer l’Allemagne" 19.

La décision semble bien prise en mai et en juin 1939 : si le conflit est inévitable il faudra adopter une stratégie défensive à l’abri de la ligne Maginot et attendre que les programmes de réarmement français et britannique permettent de disposer des forces nécessaires.

Une fois encore reparaît le problème de l’espace belgo-luxembourgeois. Gamelin semble s’être orienté vers une prolongation de la ligne Maginot dans le nord20.

La guerre déjoue les prévisions : l’Italie reste neutre, mais l’URSS signe un pacte de non agression avec l’Allemagne.

Dès lors la situation est bloquée par les deux lignes fortifiées de l’ouest. Avant la percée allemande de mai 1940, on est frappé de voir que le Haut commandement français ne semble pas imaginer ce que peut faire le commandement adverse et qu’il se perd dans des idées stratégiques non d’imagination mais de rêves qui flottent tantôt vers les Balkans, la Méditerranée et le Caucase, tantôt vers la Russie et le Nord

Quant à l’Italie elle fait l’objet de spéculations diverses21. Elles achèvent de montrer l’impuissance pratique de la France à agir dans le domaine militaire. Comment ne pas être frappé d’entendre l’amiral Darlan estimer que si l’on voulait agir aux Baléares il faudrait une division et que ce serait "une opération de grande envergure" ? Lorsqu’on envisage le transport d’une division en Corse, l’amiral Darlan assure ne pas en avoir les moyens et suggère de faire appel à des transports étrangers !

Aussi voit-on le général Gamelin se raccrocher à l’espoir que des mouvements populaires abattraient les régimes dictatoriaux. Certes le rôle d’un généralissime est de faire entrer tous les éléments dans sa décision : mais ce qui surprend c’est l’impuissance à monter des opérations obéissant à une stratégie d’ensemble. Cela peut s’expliquer par le caractère des hommes, mais aussi par l’absence de moyens nécessaires à l’établissement d’une stratégie efficace.

Au total, si en 1914 et pendant la Grande guerre des décisions stratégiques ont été prises qui étaient inadaptées aux réalités au moins marquaient-elles une volonté de faire face et de tenir quelles que soient les infériorités. Au contraire, après 1918, on est frappé de constater une série de flottements, d’incertitudes, de paralysies. La stratégie française reflète les incertitudes politiques, économiques et sociales du pays. Au lieu de rester au-dessus, elle s’y enlise.

Lorsque Weygand riposte à Herriot qu’il est chargé de défendre le pays avec des divisions et non avec des idées, il pose le problème essentiel. La défense nationale a trop dépendu des idées de désarmement, de sécurité collective, des contradictions de la diplomatie. Et de cette contradiction majeure : comment signer des alliances et donner des garanties sans avoir les moyens militaires pour soutenir cette politique ? C’est dans cette impuissance à sortir des contradictions intérieures et extérieures qu’il faut sans doute en dernière analyse chercher les raisons de l’effondrement de 1940.

Et les réactions face à la catastrophe la plus importante de l’histoire de France qui n’a fait que traduire dans les faits une politique de défense inadaptée aux réalités. "Rien de plus frappant que cette incapacité des milieux dirigeants à remplir leur mission, et à jeter les bases d’une étude précise de la situation internationale.22

 

Bibliographie

G. Pedroncini :

- "La neutralité belge et luxembourgeoise et le Plan XVII", Actes du colloque de Téhéran de 1976.

- "La séance du CSDN du 9 janvier 1912", Revue d’histoire diplomatique, 1977.

- "La Tunisie dans la stratégie française", Actes du colloque de Tunis de 1982.

- "Italia e Francia", Actes du colloque d'Avignon et Actes du colloque de Rome, Franco Angeli, Milan, 1984.

- "Trois maréchaux, trois stratégies", guerres mondiales et conflits contemporains, n° 145.

- Pétain, le soldat et la gloire, Perrin, 1989.

Archives : SHAT, archives du CSDN et du CPDN.

 

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Notes:

 

1 Ils sont souvent fort complexes. Par exemple en ce qui concerne le Grand Duché de Luxembourg, le traité de Londres du 19 mai 1839 séparant la Belgique de la Hollande et du Luxembourg avait fixé les frontières du Grand Duché. Elles se trouvaient garanties à la fois par l’article Ier du traité et par l’acte d’accession de la Prusse et de l’Autriche aux dispositions concernant le Grand Duché (Martens, tome VII, 1842, pp. 788-791 et 799-795). La neutralité du même Grand Duché était garantie par le traité de Londres du 11 mai 1867 (Martens, tome XVIII, pp. 432-450). Cette question avait été soulevée par le représentant de la Prusse. Les Anglais estimant que le Luxembourg était garanti par le traité de 1839, la Prusse avait obtenu que cette garantie ne se limitât pas aux frontières, mais fût étendue à la neutralité même. Cette neutralité était essentiellement militaire, le Luxembourg pouvant conclure des traité de commerce et entrer dans une union douanière. Par contre la neutralité était absolue : l'article II spécifiait qu’il formerait “désormais Etat perpétuellement neutre... Ce principe de neutralité est et demeure placé sous la sanction de la garantie collective des Puissances signataires du présent traité, à l'exception de la Belgique qui est elle-même un état neutre”. Les puissances garantissant la neutralité étaient l’Autriche, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, la Prusse et les Pays Bas.

2 E. Tenot Les nouvelles défenses de la France. La frontière 1870-1882, Dumaine, Paris, 1882. Tenot soulignait que la neutralité belge ne reposait “que sur des conventions diplomatiques et des événements peuvent surgir qui fassent de cette neutralité une fiction décevante” pp. 310-312.

3 Rappelons que jusque vers les années 1890 les deux armées actives française et allemande avaient des effectifs comparables.

4 Rappelons que Guillaume II avait proposé à son cousin Nicolas II d'être le grand amiral du Pacifique pendant que lui-même serait le grand amiral de l’Atlantique. Nouveau traité de Tordesillas, mais sans bénédiction ni bulle de démarcation du Pape.

5 Lettre au ministre de la guerre, février 1911.

6 Guy Pedroncini , “La séance du 9 janvier 1912 du CSDN”, Revue d'histoire diplomatique, 1977, 1 et 2. “L'influence de la neutralité belge et luxembourgeoise sur la stratégie française. Le Plan XVII”, colloque de Téhéran, actes de 1978, et Colloque de Luxembourg 1977, Metz, 1978.

7 Je l’avais découvert dans le Fonds Roques à Montpellier, et il en existe un second exemplaire pratiquement identique au SHAT (carton 7 N 1771).

8 Général Delmas, L'état-major français et le front oriental après la révolution bolchevique, novembre 1917-novembre 1918, thèse, Paris, Sorbonne, 1965.

9 Je n’entrerai pas dans les discussions auxquelles cet arrêt prématuré des hostilités a donné naissance, et que nous savons maintenant que Foch a regretté en son for intérieur. Mais je pense que ce fut une erreur que Poincaré, Joffre et Pétain, pour ne citer que les plus notables, n’auraient pas commise. Il est remarquable que de Gaulle à la fin de sa vie se soit rencontré avec Pétain pour le regretter.

10 Rappelons que l’aviation française était la première du monde au moment de l’armistice. Mais très rapidement on est passé de près de 180 000 travailleurs à 5 000 dans les usines d'aviation.

11 Faut-il rappeler le jugement de Foch au début d'août 1918 ? Il jugeait que ce qui allait donner la victoire aux Alliés c’était la supériorité numérique la plus forte possible et que “si les tanks, si les avions mangeaient trop de ces effectifs ce serait une erreur”.

12 Le député Duboin prêcha dans le désert, le général Estienne également. Et pourtant dès les années 1920 leurs vues annonçaient la guerre éclair des blindés de 1940.

13 Les accords navals franco-anglais de 1913 considérant la mer du Nord comme la mer de la décision et exigeant par là la présence de tous les cuirassés modernes anglais, avaient eu pour conséquence de concentrer la flotte française en Méditerranée. L’amiral Boué de Lapeyrère estimait pouvoir vaincre la flotte italienne en quelques heures. En 1940 on aura une solution voisine avec l'envoi, en avril, de la Force de Raid en Méditerranée.

14 Cette solution est défendue par le maréchal Pétain. Au lieu d'un front de 350 kms l’armée française ne tiendrait que 80 kms. Les fameuses manoeuvres Dyle ou Escaut de 1940 auraient été sans objet.

15 Délibérations du CPDN. Les archives montrent la distance qui sépare les déclarations officielles ou les plaidoyers des souvenirs ou des mémoires avec ce qui se dit ou s’est dit dans le secret des délibérations des hautes instances de la Défense nationale.

16 On est frappé des grandes constructions stratégiques de Gamelin, et aussi du fait qu’elles reposent sur des sables mouvants.

17 Délibérations du CPN.

18 SHAT, archives Gamelin.

19 Procès verbal du CPDN, 25 novembre 1938.

20 Ibid.

21 G. Pedroncini, “L’Italie dans la stratégie française”, Actes du colloque de Rome, Franco Angeli, Milan, I984.

22 Pierre Renouvin, Les crises du XXe siècle, tome VIII de l’Histoire des relations internationales, Hachette , 1958, p. 197.

 

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