L’AUTOMATISATION DU RAISONNEMENT TACTIQUE

 

Jean-Philippe DEBLEDS

La guerre du Golfe a mis en évidence la nécessité pour une armée de priver l’adversaire dès le début du conflit de la maîtrise de son système C3I1. En effet, ce système permet de réagir au plus près du temps réel, donnant ainsi au couple renseignement-feu son efficacité optimale. Ce facteur, particulièrement évident pour le fait aérien, l’est aussi dans la bataille aéroterrestre. D’autant plus que le désarmement induit par les récents accords sur les Forces Conventionnelles en Europe laisse entrevoir un vide tactique en Europe orientale, qui pourrait faire redécouvrir la nécessité de la manœuvre2. Celle-ci ne sera efficace que si elle est cohérente et rapide dans sa conception, décentralisée et enlevée dans son exécution. C’est ainsi que, selon Alain Minc, "face à des situations ouvertes, le temps redevient la première dimension de l’action, bien davantage que l’espace" 3.

La mobilité retrouve donc aujourd’hui une place essentielle dans la manœuvre, place jusqu’à présent réduite par la densité des armes et des unités en Centre-Europe. L’agilité intellectuelle se doit d’en être le facteur déterminant. En effet, le rôle du commandement en temps de guerre peut se ramener à l’affrontement, par C3I interposé, de deux volontés suivant le cycle :

Figure 1 : la modélisation du commandement tactique.

Ce schéma montre que la guerre peut être perdue en raison du risque de décalage entre la bataille réelle et celle menée par l’état-major. Trois causes sont possibles :

- la perception est erronée :

(a) soit par erreur ou retard de transmission, ou par absence d’information,

(b) soit par erreur d’appréciation.

- la décision est inadaptée :

(c) soit parce que le raisonnement est mauvais,

(d) soit parce que la décision prise est bonne mais trop tardive4.

- l’action n’a pas le résultat attendu :

(e) soit parce que les ordres sont mal compris ou mal exprimés,

(f) soit parce que les ordres sont mal exécutés.

Le point (a), qui relève en fait de la bataille du renseignement, sera en partie résolu par la mise en service du Système Informatisé de Commandement et de Communication des Forces (SICCF), qui distribuera la même information pour tous dans des délais raccourcis. En effet, le SICCF (aux niveaux 1ère Armée, corps d’armée et division) et son extension ultérieure vers les régiments (Système d’Information Régimentaire) auront pour principale conséquence de réduire les délais de transmission des renseignements et des ordres, mais avec le risque de surinformer l’état-major5. Celui-ci, travaillant en saturation, aura alors tendance à éliminer des informations suivant des critères temporels, dans le meilleur des cas (par rejet des informations reçues après la prise de décision) ou subjectifs, dans le cas le plus probable.

Les points (b), (c), (d) et (e) sont actuellement traités par l’application de la Méthode de Raisonnement Tactique (MRT) et constituent des sources potentielles d’erreur de commandement. Ils peuvent donc être réglés par un système d’aide à la décision tactique (SADT), le point (b) étant également du domaine du renseignement, pour ce qui concerne l’exactitude et la suffisance. Quant au point (f), il relève de l’instruction et de l’entraînement des forces.

On peut donc se poser la question de savoir si le processus de prise de décision tactique peut s’automatiser. Selon Clausewitz, la guerre est à la fois un art et une science. L’art vient d’éléments insaisissables tels que les forces morales, la ruse, l’innovation, l’imagination ou la qualité d’exécution et reste donc hors de portée de la machine, ces paramètres étant difficilement quantifiables. En revanche, l’ordinateur peut s’occuper de la partie science et aider l’état-major à intégrer le surcroît d’informations que la technique met à sa disposition, en préparant ses décisions et en lui permettant de se consacrer au plus difficile : l’art. Car, si l’art et le génie sont les clés de la victoire, la planification méthodique en est sans doute le complément indispensable. Un SADT ne peut donc pas gagner la guerre, mais il peut contribuer à éviter de la perdre, car "à la guerre, le vainqueur est celui qui commet le moins d’erreurs" (Churchill).

Ainsi, un SADT, pour la conception et la rédaction des ordres en opérations, semble non seulement souhaitable mais possible, à base de systèmes-experts indépendants pour imiter une partie de la MRT, et d’un langage d’optimisation du rapport de forces sous contraintes pour l’autre partie. L’ensemble doit être connecté au SICCF et agir en coopération avec l’état-major, et non à sa place. Il paraît techniquement et financièrement réalisable.

Après avoir défini le contexte général dans lequel devrait s’insérer un SADT, une analyse du processus cognitif de la MRT actuelle permettra de proposer quelques modifications la rendant exécutable par un ordinateur.

LE CONTEXTE GÉNÉRAL D’UN SYSTÈME D’AIDE À LA DÉCISION TACTIQUE

Certes, l’armée ne découvre pas aujourd’hui l’aide que peut lui apporter l’informatique dans son traitement de l’information tactique. Deux sortes d’aide à la décision existent déjà et sont complémentaires : les simulateurs de combat et les automates d’intelligence artificielle. Le premier type de logiciel ne permet pas de conclure que les scénarios tactiques simulés sont bons. Tout au plus peut-il les invalider. En effet, il repose sur une modélisation forcément réductrice de la réalité et certains des paramètres omis peuvent se révéler critiques pour décider du succès du scénario. Si le simulateur annonce que le scénario est mauvais, alors il a raison. Dans le cas contraire, on ne peut pas conclure qu’il est bon. Ces logiciels peuvent aider à se faire une idée de la situation et réduire la marge d’incertitude avant l’action militaire, en préparant les décisions à travers leurs conséquences prévisibles lorsque les temps de réponse ont peu d’importance. Les automates d’intelligence artificielle ne modélisent pas le combat, mais sont plus orientés vers l’imitation du raisonnement humain lors d’une prise de décision. Examinons brièvement deux exemples de chaque sorte.

Le projet Carneade6 est l’un des programmes les plus ambitieux de l’armée de terre. Faisant un large appel aux techniques d’intelligence artificielle, il a pour buts l’étude prospective des systèmes d’armes, l’entraînement des états-majors et l’aide à la décision tactique. Les éléments pris en compte par le programme iront du niveau unité élémentaire jusqu’à celui du corps d’armée inclus. Le logiciel tendra vers une représentation unique de la bataille par contraction du cycle [perception-décision-action] et par la simulation de scénarios. A cette fin, il utilisera trois sortes de terrain : numérique, pour le calcul d’intervisibilité entre les unités en fonction du relief ; représenté par objets7, pour le raisonnement et la décision informatiques ; dessiné, pour l’affichage de ses résultats sous forme cartographique.

Le SED8 est un sous-ensemble de Carneade qui imite la MRT du niveau de la division. Recevant les ordres du corps d’armée, il élabore ceux des régiments sans intervention de l’état-major, en vérifiant que les objectifs assignés à la division sont compatibles avec ses possibilités. Actuellement, seul un démonstrateur sur trois scénarios existe pour étudier la faisabilité du projet.

Janus9 est un jeu de guerre à double action qui simule l’engagement de deux groupements aéroterrestres du niveau unité élémentaire jusqu’à celui de la division inclus. Il pousse l’analyse jusqu’au système d’armes individuel. Le comportement des armes est calculé de façon probabiliste dans leur environnement global. Il a déjà été utilisé par la Section de Recherche Opérationnelle de l’armée de Terre (SROAT) pour calculer les pertes prévisibles lors du récent conflit contre l’Irak.

Esope10 est un autre logiciel de simulation de guerre, en service depuis 1989. Ne travaillant qu’au niveau de l’armée (ou du théâtre d’opérations), il évalue en deux heures les conséquences à trois jours de là des ordres tactiques de l’état-major. Le terrain où se déroule la simulation est acquis de façon très souple, par entrée en machine de photographies satellites de la zone d’opérations.

Ces systèmes, à l’exception du SED, ne répondent donc que partiellement aux préoccupations évoquées en introduction. D’autres logiciels sont aussi en service, mais dans le domaine de l’informatique de gestion appliquée au champ de bataille.

Pour être efficace, un SADT doit absolument respecter trois principes de base :

- être utilisé,

- conserver l’universalité de la MRT,

- être évolutif.

Le premier principe ne serait qu’un truisme si nombre de systèmes-experts ne dormaient dans des armoires pour avoir ignoré cette évidence. En effet, un SADT ne doit pas démotiver les utilisateurs par des délais de réponse supérieurs aux leurs, des réponses d’une qualité décevante ou une trop grande complexité de l’interface de communication. La violation du deuxième principe constituerait une régression intellectuelle. La MRT présente en effet une universalité par niveau tactique, par arme, par armée, en guerre comme en paix, qui est garante de la cohérence et de l’unité de la manœuvre car chaque échelon est fidèle à l’esprit de la mission par reproduction du raisonnement. De plus, la formation des cadres s’en trouve simplifiée, le lieutenant appliquant la même méthode que le général, avec moins de paramètres il est vrai. Le troisième principe n’est qu’un gage de rentabilité de l’investissement à consentir. Le SADT doit pouvoir évoluer comme la doctrine d’emploi des forces, la structure des unités, les capacités des matériels et le terrain d’engagement.

De ces trois principes découlent quelques contraintes. Il s’agit tout d’abord d’adapter le raisonnement tactique tel qu’il est actuellement, pour le rendre automatisable en vue de son exécution par une machine. Le SADT doit en effet proposer directement à l’état-major la manœuvre à exécuter, puis, le cas échéant, rédiger les ordres correspondants et gagner ainsi un temps précieux. La bataille contre les délais est, au même titre que celle du renseignement, une des clés de la victoire tactique de demain.

Il est évident qu’un des problèmes majeurs d’un SADT est l’entrée des données, c’est-à-dire des ordres de l’échelon supérieur ou les renseignements des subordonnés. Ces données, écrites en langage naturel, devraient être comprises par l’ordinateur après avoir été saisies au clavier. Outre des délais prohibitifs incompatibles avec le but fixé, cette solution serait mauvaise car la compréhension automatique du langage fait toujours l’objet de recherches fondamentales. Il est facile d’évacuer cette difficulté en reliant le SADT au SICCF. La réception des ordres est alors automatique mais leur envoi de la machine vers les subordonnés reste soumis à l’autorisation de l’état-major, suivant ce schéma :

 

Figure 2 : l’intégration du SADT dans la chaîne de commandement.

En outre, la structure répétitive de cette chaîne de commandement, où tous les SADT sont les mêmes, conserve l’universalité de la MRT selon le niveau tactique11. Le raisonnement restant le même à tous les échelons, la convergence des buts et des actions est garantie.

Matériellement, le SADT pourrait être, soit intégré directement au SICCF si les capacités en mémoire et en puissance de calcul le permettent, soit hébergé dans un micro-ordinateur relié au SICCF pour recevoir les ordres, et disposer d’une imprimante pour visualiser les ordres conçus avant d’autoriser leur envoi.

C’est cependant dans le domaine psychologique que l’introduction d’un tel système doit faire l’objet du plus grand nombre de précautions. Pour être accepté, et ainsi respecter le premier principe, un SADT ne doit pas inhiber le raisonnement de l’état-major, mais au contraire le stimuler par un travail interactif pour converger vers la meilleure solution tactique. Le risque est grand, en effet, de faire l’économie de la réflexion quand une machine est disponible pour la mener et perdre ainsi les capacités intellectuelles propres au domaine12. Enfin, pour être crédible, un SADT doit livrer ses conclusions partielles à toutes les étapes du raisonnement.

Ce n’est qu’à ce prix que le SADT sera utilisé. Modifiant les habitudes de travail de l’état-major, empiétant sur les compétences de chacun, il doit, pour gagner la confiance de tous, réaliser vite et correctement les tâches subalternes pour permettre au chef de se consacrer à la partie noble, l’art tactique. Ce SADT apparaîtra d’autant plus comme un outil indispensable à l’état-major que ce dernier aura eu l’expérience des conflits modernes.

En effet, ces conflits ont pour caractéristiques d’être courts et de haute intensité. Pour l’état-major, ils sont source de stress, de fatigue et donc d’erreurs. Le modèle de Janis décrit alors les décisions de groupe erronées et leurs causes possibles13 :

- oubli sélectif d’informations,

- hypervigilance débouchant sur l’affolement,

- imagination bridée par la morale et la cohésion du groupe,

- manque de rigueur dans l’analyse.

Les conditions suffisantes d’erreur du groupe sont sa cohésion élevée, son isolement, une direction autoritaire, un stress important et le peu d’espoir pour ses membres de trouver mieux que le chef. Il est clair qu’aucun de ces aléas ne s’applique à un ordinateur. Mais avant de poursuivre l’étude des spécifications d’un SADT, il est nécessaire d’analyser le processus de la MRT et les problèmes posés par son automatisation.

ANALYSE COGNITIVE ET HISTORIQUE DE LA MRT

La MRT peut se définir comme un processus rationnel de prise de décision tactique complexe, utilisé le plus souvent en temps limité par une équipe d’état-major. Elle considère des facteurs que le chercheur opérationnel distingue selon leur degré d’incertitude.

 

Figure 3 : les champs d’action de la MRT.

Elle est appliquée lorsque l’état-major perçoit un changement significatif de la situation, c’est-à-dire à la réception d’un ordre de l’échelon supérieur ou d’un compte-rendu de l’échelon inférieur indiquant une modification notable des conditions d’exécution des ordres. Elle a pour but de produire un plan d’opération ou un schéma directeur en temps de paix, une conception ou un ordre d’opération en temps de guerre. Processus quasi permanent au combat, elle permet à l’état-major d’avoir un temps d’avance sur l’événement et d’orienter ainsi utilement les subordonnés. Elle comporte trois étapes :

- l’analyse, qui est une perception de la situation,

- la recherche des manœuvres, c’est-à-dire les solutions possibles : les MA et les ME14,

- la prise de décision : le choix de la meilleure solution, en vue de déboucher sur la rédaction des ordres.

Le processus complet pour arriver à la rédaction des ordres se fait en deux temps :

- la MRT interarmes, qui a pour but de trouver l’effet majeur15, le MA interarmes de base et le contenu des paragraphes généraux des ordres,

- la MRT appliquée aux armes particulières (transmissions, génie, artillerie...), qui a pour buts de trouver le MA spécifique à l’arme étudiée, lequel concourt à la réalisation du MA interarmes de base et permet d’en déduire les paragraphes correspondants des ordres.

L’enchaînement des trois étapes du processus de MRT est donné par la figure 4, celui des deux temps par la figure 5.

L’état-major a deux sortes de productions pendant le déroulement du processus : une production interne, constituée d’une succession de résultats intermédiaires nécessaires pour arriver logiquement à la solution ; une production externe, contenant les éléments indispensables à la rédaction des ordres complets. La circulation de l’information interne n’est d’ailleurs pas le moindre de ses problèmes. Examinons maintenant, phase par phase, le détail du processus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 4 : enchaînement des trois étapes de la MRT.

L’analyse

Affinant la perception de la situation par l’état-major, elle a pour but de déduire de tous les éléments connus de l’environnement la liste des contraintes16, impératifs17 et demandes de toute sorte, la liste des actions élémentaires à réaliser, en vue de trouver l’effet majeur à réaliser. Elle couvre quatre domaines.

Le cadre général de l’action examine successivement l’action menée par l’échelon supérieur, le style général de notre action, le terrain, la population, la météo, le cadre espace-temps, les forces amies, l’ennemi.

Deuxième domaine, la mission est abordée sous deux angles : l’esprit, en vue de déterminer son importance relative dans l’action de l’échelon supérieur ; puis la lettre, pour en déduire la marge d’initiative possible, les contraintes qu’elle impose. De cette étude se dégagent une première approche de l’effet majeur ainsi qu’une liste des actions élémentaires rapportées au terrain, à réaliser séquentiellement ou parallèlement.

Troisième domaine, l’étude des forces amies : il s’agit d’en dresser un inventaire en détaillant leur état, leur dispositif, les délais d’intervention, leur aptitude à réaliser les actions trouvées ci-dessus, selon la doctrine tactique en vigueur. Il est alors possible de formuler des demandes de modification de délais et de limites sur le terrain, des demandes de renseignements et de renforcements, de dresser une liste de contraintes, et d’en déduire les conséquences sur l’effet majeur.

Dernier domaine, les forces ennemies sont abordées en détail selon leur nature, leur volume (celui qui concerne l’état-major qui applique la MRT), leur attitude, les réactions possibles face à notre action, leurs possibilités tactiques selon le terrain et la doctrine. D’où un inventaire des moyens disponibles dans le temps, des possibilités, des délais et des besoins en renseignements. Il faut remarquer que l’étude des forces amies et celle des forces ennemies peuvent se faire en parallèle, utilisant toutes les deux l’étude du terrain, tandis que tous les autres points sont à étudier séquentiellement.

Enfin, cette phase d’analyse prend fin par l’étude du rapport de forces. Celui-ci se détermine par la comparaison des unités au contact selon l’effet majeur retenu, en tenant compte de l’évolution de la situation dans le temps, et est pondéré par l’attitude des unités, la valeur du matériel, le terrain, la météo... Mais il ne préjuge pas du MA qui sera choisi et par conséquent, il reste encore grossier. A ce moment, l’état-major est donc parvenu à déterminer l’effet majeur définitif, les contraintes à respecter, les demandes diverses et les besoins en renseignements. Tout ceci est soumis à l’accord du chef avant de poursuivre le processus.

D’un point de vue cognitif, cette phase ne présente pas de problèmes particuliers. Entièrement déductive, elle est relativement facile, quoique longue car presque exclusivement séquentielle. De plus, elle manipule beaucoup de paramètres et augmente ainsi le risque d’oubli sélectif en cas de stress. Mais l’expertise est présente, les règles utilisées peuvent être exhibées, elle est donc automatisable.

Élaboration des manœuvres

Cette deuxième phase a pour but de proposer des solutions au chef. L’état-major doit, à l’intérieur de la marge d’initiative définie, imaginer deux ou trois MA remplissant l’effet majeur et qui respectent les contraintes. Cette réflexion se déroule en parallèle dans un premier temps : MA et ME sont élaborés séparément. Ils sont rapportés au terrain, assez généraux et peu nombreux. Puis on procède à leur confrontation pour trouver les avantages, les inconvénients et les risques de chaque combinaison possible. Les MA doivent être suffisamment différenciés pour mettre en lumière tous les risques possibles face à chaque manœuvre de l’ennemi. Le rapport de forces est calculé en détail à chaque fois.

Cette étape pose de réels problèmes cognitifs. Elle nécessite imagination, connaissance de la doctrine et sens tactique, toutes choses d’une difficulté très inégale pour un ordinateur. L’imagination n’est pas un mode de raisonnement connu. Ni déductif ni inductif, ce processus manque de clarté et de rigueur : qu’est-ce que des MA suffisamment différenciés ? Les critères de différenciation sont à peu près connus : espace-temps, moyens utilisés, style de la manœuvre, but à atteindre sur l’ennemi, enchaînement des actions élémentaires..., mais ils ne sont pas quantifiables. La connaissance de la doctrine pose moins de problèmes : l’expertise est accessible et elle peut se mettre sous forme de règles. Quant au sens tactique, il combine expérience et art, et est donc inimitable. Cette étape est par conséquent un point délicat de la MRT, où peut s’exprimer l’art guerrier, mais aussi où l’homme est le plus fragile : soumis au stress et à la fatigue, il peut avoir le souci, conscient ou non, de plaire au tempérament tactique du chef et de ne lui proposer que des solutions dont il saura qu’elles ont de bonnes chances d’être agréées. De plus, comme le note Janis18, en cas de stress, il est difficile de trouver plusieurs solutions.

Décision

Cette dernière étape de la MRT a pour but de décider du MA retenu, en l’aménageant si un compromis est nécessaire19, après prise en compte de tous les paramètres découverts.

Cette phase de décision marque, comme toutes les décisions, une véritable discontinuité dans le temps. L’état-major arrête son travail pour le soumettre à la décision du général, qui a par ailleurs tous les éléments d’appréciation à sa disposition. Mais le chef choisit aussi suivant des critères particuliers qui lui sont propres et qu’il n’est pas tenu de communiquer :

- ce qu’il sait de son état-major, de son expérience, de son habileté,

- sa propre expérience militaire (qui dépend donc de l’homme) : la priorité à telle arme ou telle unité, la qualité d’exécution attendue des subordonnés, la connaissance qu’il a de l’état de ses hommes, de son matériel, du terrain, du milieu,

- son état personnel du moment (vigilance, fatigue...),

- son caractère : audace ou prudence, goût du risque,

- ses relations avec ses voisins, ses alliés et ses chefs,

- la manœuvre future, éventuellement encore tenue secrète,

- les contraintes ou conséquences politiques du MA retenu,

- ...

Notons que ces critères correspondent tous à une notion de risque, à un degré variable ; ce qui est logique : décider, c’est prendre un risque. Puis l’état-major affine le travail jusqu’à la production des ordres.

Une fois ce premier temps terminé, le MA interarmes de base est arrêté. Commence alors le deuxième temps, celui qui va voir les différentes cellules particulières réfléchir à la contribution qui pourrait être la leur pour réaliser ce MA. Le processus utilisé pour cette réflexion est toujours la même MRT, ce qui est un avantage précieux. Ces cellules vont découvrir leur propre MA et les éléments dont elles ont besoin pour les paragraphes qui les concernent20.

Il est alors possible de conclure le processus en passant à l’élaboration des ordres. Ceux-ci, d’une contexture relativement rigide et standardisée au niveau OTAN, doivent utiliser les éléments de la MRT de la façon suivante :

- paragraphe ennemi : reprise de la perception de la situation telle que l’état-major l’a faite lors de l’analyse ;

- paragraphe mission : reprise textuelle de la lettre de la mission donnée par l’échelon supérieur pour que les subordonnés aient un éclairage supplémentaire ;

- paragraphe idée de manœuvre : le "en vue de" reprend l’es-prit de la mission tel qu’il a été trouvé dans la phase analyse ; le "je veux" donne l’effet majeur retenu par le chef ; le "à cet effet" décompose l’exécution du MA interarmes aménagé ;

- paragraphe mission des subordonnés : les missions des unités de mêlée sont détaillées suivant leur rôle dans le MA retenu, ainsi que celles des unités spécifiques selon leur propre MA ;

- paragraphe demandes : reprise de toutes les demandes découvertes pendant le déroulement de la MRT.

Figure 5 : enchaînement des deux temps de la MRT21.

Certains aspects de la MRT nous viennent de loin. Ainsi, l’étude de l’ennemi telle que nous la pratiquons aujourd’hui est due à Napoléon. C’est "l’école des possibilités", par opposition à celle "des intentions" qui étudie la manœuvre ennemie la plus probable et qui a été pratiquée par la Wehrmacht pendant la seconde guerre mondiale. De 1876 (date de création de l’Ecole Supérieure de Guerre) à 1977, la méthode de raisonnement analytique d’une situation tactique ressemble beaucoup à celle que nous pratiquons aujourd’hui, évoluant peu dans son principe et beaucoup dans son application : la complexité croissante des armes oblige à diversifier l’analyse22. La seule différence notable est l’étude des MA : ceux-ci sont tirés de l’analyse des facteurs et sont en nombre proportionnel à la liberté d’action du chef. La MRT 77 introduit la notion de MA différenciés par analogie avec les plans d’expérience orthogonaux de l’industrie, dont le but est de tester le maximum de paramètres par un minimum d’expériences. La MRT 85, appliquée encore aujourd’hui, n’apporte que des modifications de détail.

Enfin, notons que les armées étrangères, soumises à des problèmes comparables, arrivent à des solutions ressemblantes. Ainsi, l’armée américaine utilise une MRT qui est identique à la nôtre23. Seule l’exploitation en est légèrement différente : les MA rejetés font tout de même l’objet d’une planification, au cas où ils serviraient. Les Canadiens utilisent également une méthode semblable, mais avec deux nuances : ils donnent moins d’importance au rapport de forces et les MA et ME sont toujours étudiés séquentiellement, en commençant par celui, de l’ami ou de l’ennemi, qui a l’initiative24. Nos voisins allemands ont, par rapport à nous, trois nuances : les étapes de la phase d’analyse sont abordées dans un ordre différent (mission, amis, ennemi, environnement, rapport de forces) ; ils n’utilisent pas la notion d’effet majeur mais celle d’effort principal ; enfin, s’ils étudient plusieurs MA, ils ne prennent en compte que le ME le plus probable25. L’appréciation tactique belge est un compromis entre la MRT française d’après-guerre et celle de la Bundeswehr : les MA sont déduits de la liberté d’action, et tous les ME possibles sont étudiés, mais suivant leur ordre décroissant de probabilité26.

La MRT constitue donc une démarche à peu près universelle mais processionnelle, relativement lente et dont l’efficacité est liée à la fraîcheur intellectuelle de l’équipe qui la mène. En son état actuel, elle n’est pas imitable par un ordinateur, mais il ne s’en faut que de quelques modifications.

MODIFICATIONS DE LA MRT ET SOLUTIONS TECHNIQUES

Ces modifications touchent aux trois phases et à l’organisation du travail de l’état-major. Il y en a trois :

- concentrer le travail de l’état-major sur l’ennemi,

- faire du rapport de forces le point central du raisonnement,

- prendre en compte la personnalité du chef.

Le premier point est dû au fait que l’ennemi est évolutif dans le temps, personnalisé et caractérisé : il ne saurait donc se réduire à un ordre de bataille et à une doctrine figés et désincarnés, seules données accessibles pour un ordinateur.

Le deuxième point est en fait déjà tacitement appliqué par les états-majors actuels. La phase d’analyse a pour finalité de trouver le point (ou la zone) et le moment optimaux d’application de l’effort : l’effet majeur. Il est donc possible de totalement transformer cette phase de la façon suivante :

1. déduire du cadre général de l’action et de l’étude des amis les contraintes habituelles et les limites du possible (en logistique notamment),

2. déduire l’effet majeur d’une étude grossière du terrain, de la mission, des amis et de l’ennemi, et le transformer en contrainte : avoir telle force, à tel endroit, à telle heure, pour faire telle chose,

3. faire une étude détaillée du terrain, orientée par le point de vue et la mission des amis, pour en tirer une "carte" de coefficients amplificateurs d’efficacité selon le type d’arme,

4. procéder à la même étude pour l’ennemi,

5. de tous les ME entrés en machine par l’état-major, ne retenir que le contour le plus défavorable pour nous, c’est-à-dire l’ensemble des forces rapportées au temps et au terrain, issues des différents ME et qui gênent notre action,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 6 : l’architecture du SADT (SE : systèmes expert).

6. transformer la mission des amis en rapport de forces nécessaire, c’est-à-dire en contrainte.

La deuxième phase consiste alors à trouver toutes les combinaisons de moyens amis, dans l’espace et le temps, qui respectent la liste des contraintes ainsi obtenues. Ce dispositif donne une "force" brute qui, plaquée sur la "carte" des coefficients amplificateurs d’efficacité et en tenant compte de l’évolution du moral, détermine une force pondérée. Cette dernière, rapportée à celle de l’ennemi, doit être supérieure ou égale au rapport de forces déduit de la mission des amis.

Le dernier point a pour but de trier les MA ainsi obtenus suivant des critères explicités par le chef d’état-major27. Il hiérarchise ses critères de choix, puis la machine ordonne ses solutions suivant ces nouvelles contraintes. Comme ces critères sont relatifs à des risques, ceci suppose que les MA trouvés soient évalués suivant les différents risques qu’ils présentent : risques liés au terrain, aux délais, à la coordination entre unités, à la vulnérabilité aérienne ou chimique, à la météo... Certains sont faciles à calculer : les délais de déplacement des unités sont normalisés et le risque présenté par une manœuvre reposant sur l’arrivée de telle unité à telle heure, grâce à un déplacement très rapide au regard de la norme, peut se quantifier. D’autres le sont moins: la réussite d’une action déterminante menée par telle unité voisine ou subordonnée ne fait pas l’objet de statistiques. Cependant, la maœuvre choisie par le biais de ce filtre doit "plaire", condition nécessaire à une bonne exécution. Il faut noter que les critères de choix du chef ne sont pas des paramètres statiques : ils évolueront au cours de la bataille et il n’est donc pas possible de les entrer en machine une fois pour toutes.

Le MA final ainsi obtenu, différents systèmes-experts spécialisés pourront appliquer la MRT des armes spécifiques et aboutir aux MA spécifiques. Un dernier système-expert permettra alors de mettre tous ces résultats sous forme d’ordres.

Les solutions techniques applicables pour réaliser un tel SADT sont au nombre de quatre :

- utiliser des bases de connaissances écrites dans un langage orienté objets,

- fractionner le raisonnement entre plusieurs systèmes-experts indépendants et spécialisés, et les faire travailler en "blackboard"28,

- utiliser un langage de propagation de contraintes pour optimiser le rapport de forces,

- classer les MA obtenus par un tri multicritères.

En effet, le langage orienté objets participe du troisième principe de base : être évolutif. Doctrine d’emploi, unités amies et ennemies, matériels et terrain doivent être décrits de la sorte. Toute modification ultérieure s’en trouve simplifiée, car il suffit alors de modifier l’objet qui a changé et le reste suit par héritage des propriétés. Notons que Carneade utilise déjà un tel terrain pour le raisonnement. Si par exemple le SADT connaît un objet "missile anti-char" muni, entre autres, d’attributs "nom" et "portée", il est alors possible de créer deux instances de cet objet : "Milan", "2000 m" et "Hot", "4000 m". De plus, en supposant l’existence d’un autre objet "mission" dont une instance serait "appuyer", muni d’un attribut "distance optimale entre unité appuyante et unité appuyée = demi-portée de l’arme d’appui", alors il est clair que la mise à jour de la mission se fait automatiquement quand une unité équipée de Milan les remplace par des Hot.

Le fait d’utiliser des systèmes-experts indépendants permet d’extraire à tout moment les conclusions partielles du raisonnement et en assure ainsi la crédibilité. De plus, cette modularité permet un développement simultané de ces logiciels et fait gagner du temps à la réalisation du projet. Leur coordination se fait grâce à un "tableau noir" où ils inscrivent les contraintes qu’ils ont élaborées. La figure 7 en donne un exemple.

Notons qu’à ce stade du processus, aucune solution meilleure que celle accessible à l’homme n’aura pu être trouvée, en raison du principe même des systèmes-experts. Ce qui n’a pas été gagné en qualité l’aura en revanche été en rigueur, aucun paramètre n’étant oublié.

 

Figure 7 : exemple de collaboration entre systèmes-experts.

Puis l’optimisation du rapport de forces sous contraintes utilise une technique particulière et récente d’intelligence artificielle : un langage de programmation par contraintes. Un tel logiciel permet de déclarer plusieurs variables, les relations qui les lient et les contraintes qui pèsent sur elles, puis de trouver une solution (combinaison de valeurs de ces variables) vérifiant toutes ces conditions29. Ici, la solution est une combinaison de moyens amis dans quatre dimensions : le temps, l’espace et les missions. Cette solution, pondérée par le terrain, la météo, la valeur du matériel, le moral..., donne un rapport de forces satisfaisant pour remplir la mission selon l’action ennemie la plus défavorable pour nous. Par exemple :

- Le 1er régiment de chars (ami) est actuellement à X,

- un régiment de chars se déplace en moyenne sur route de jour à une vitesse comprise entre 30 et 50 km/h,

- au point d’application de l’effet majeur, l’ennemi disposera dans le pire des cas de telle puissance de combat,

- au moment d’application de l’effet majeur, il fait jour,

- il faut à cet endroit telle puissance de combat amie.

Conclusion : envoyer le 1er régiment de chars détruire l’artillerie ennemie située à Y, pour rendre favorable le rapport de forces nécessaire à mon effet majeur, le déplacement de X à Y étant possible dans les délais impartis.

Outre l’extrême rapidité de sa réponse, un tel système présente l’avantage de trouver une solution très souvent meilleure que celle de l’homme, par simple exploitation de la puissance de calcul de l’ordinateur. Toutefois, sa qualité est dépendante de celle des contraintes définies en entrée, avec les limites évoquées plus haut.

Enfin, chaque MA trouvé étant évalué selon plusieurs risques, le chef entre ses propres critères et un logiciel de tri multicritères classe les MA selon les préférences exprimées.

Un tel système semble donc techniquement réalisable. Cependant, d’aucuns pourront objecter, à l’instar des Canadiens par exemple, qu’il est délicat de faire du rapport de forces le centre du raisonnement, car les divers coefficients de pondération sont difficiles à trouver : comment apprécier le rôle du terrain, de la météo, de la visibilité, du moral, de la surprise, etc ? Deux solutions doivent être envisagées. La première concerne la valeur comparée des matériels. Ces coefficients peuvent être calculés par les simulations des jeux de guerre. Possédant les propriétés balistiques des armes, Janus peut parfaitement calculer sur un grand nombre de simulations le résultat de duels entre deux types d’armes dans des conditions variées et en déduire le coefficient relatif de pondération des matériels. Les autres facteurs sont d’un accès plus difficile. Une solution est cependant possible, grâce à l’histoire militaire30. L’officier, qu’il soit stratège ou tacticien, ne doit pas se pencher sur les batailles du passé en espérant trouver un schéma utilisable pour le futur. Utile pour l’historien, une telle démarche a de grandes chances d’être une erreur conceptuelle quand elle prétend avoir une valeur opératoire. En revanche, l’histoire militaire est une mine de renseignements plus ou moins indépendants du contexte : connaissant la valeur technique et les quantités de matériels en présence lors d’une bataille, les missions des unités et les résultats de l’action, il est peut-être possible d’isoler tel ou tel facteur comme le terrain, le moral, la surprise... et de le quantifier, ne serait-ce qu’approximativement31.

Enfin, terminons par le rôle qui pourrait être celui du SADT dans l’état-major. En opérations, où son utilisation est optimale, il peut avoir deux fonctions : concevoir et rédiger les ordres plus vite dans les situations où les délais sont primordiaux ; préparer la planification opérationnelle quand l’urgence est moindre. Son usage est suffisamment souple pour le rendre attractif : l’état-major peut n’entrer qu’un seul ME et voir en réponse quelle manœuvre a été calculée. Il peut ensuite essayer d’autres ME très différents et se forger ainsi, par approximations successives, une idée de sa manœuvre : il "sent" son ennemi. Cette utilisation présente l’avantage de ne pas trancher entre l’école des possibilités et celle des probabilités. Le SADT reste évolutif. D’autre part, l’état-major peut ne pas être d’accord avec l’effet majeur calculé par l’ordinateur. Il a alors la possibilité, soit de le modifier, soit d’en proposer un qui soit entièrement nouveau. Outre l’aspect interactif propre à stimuler la réflexion tactique, ce SADT présente alors des qualités pédagogiques certaines : il sert de miroir intellectuel pour l’utilisateur novice, puisqu’à un effet majeur donné, il associe des ordres prévisibles. L’état-major peut aussi imposer son MA, au cas où celui du SADT ne plairait pas, et il serait alors un rédacteur d’ordres intelligent et rapide, ce qui n’est déjà pas si mal. Enfin, en préparation d’opération, il est possible d’utiliser ce SADT pour déduire d’un ennemi donné le volume suffisant de forces amies pour remplir telle ou telle mission. Il aide alors à l’économie des moyens.

CONCLUSIONS

Il est opportun de se demander comment un tel système respecte les trois principes de la guerre. La liberté d’action procurée par le SADT est surtout une liberté d’esprit. Le temps gagné par l’état-major est disponible pour la réflexion et il peut alors consacrer plus d’attention à tel ou tel facteur jugé prioritaire. La concentration des efforts tactiques se manifeste à travers la maximisation du rapport de forces selon l’effet majeur attendu sur l’ennemi. La solution calculée par le SADT assurera un rapport de forces suffisant pour remplir la mission et évitera toute dispersion des actions. En outre, l’emploi d’un SADT identique aux différents niveaux hiérarchiques est de nature à garantir une unité de doctrine et de pensée, propre à la concentration des efforts intellectuels. L’économie des moyens apparaîtra à travers la stricte suffisance du rapport de forces pour assurer l’effet majeur. De plus, ce dernier sera automatiquement appliqué sur un point faible de l’ennemi, en raison de l’optimisation du rapport de forces par la machine.

Il faut noter un point particulier à propos de ce système : sa grande confidentialité. Il doit en effet être sévèrement protégé du point de vue de la diffusion. Un adversaire qui en posséderait un exemplaire bénéficierait d’un avantage tactique exorbitant : il serait dans la situation d’un joueur d’échec qui connaîtrait toujours la réponse adverse avec un temps d’avance.

Quant à sa réalisation, elle ne pourrait pas débuter avant 1993, date de mise en place de Vecteur, terrain numérisé représenté par objets32. Elle devrait être précédée d’une modélisation précise du problème statuant sur sa faisabilité, et qui impliquerait des officiers pour l’expertise tactique et pour la quantification des coefficients tirés de l’histoire militaire, et des ingénieurs pour le conseil technique. La réalisation elle-même se ferait par éléments successifs selon un degré d’urgence et de facilité : la rédaction des ordres, l’analyse du terrain... Enfin, la validation de ce SADT serait possible grâce à Janus, par une simulation qui comparerait les résultats obtenus par le SADT puis par un état-major, face au même ennemi et sur le même terrain.

En attendant, il est peut-être déjà possible d’adopter les propositions de modification de la MRT actuelle telles qu’elles ont été décrites ci-dessus.

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Notes:

1 Command, Control, Communications and Intelligence : commandement, contrôle, communications et renseignement.

2 Combinaison dans l’espace et dans le temps des actions des unités subordonnées pour parvenir à l’objectif que l’on s’est fixé dans le but de remplir la mission (règlement TTA 106).

3 Alain Minc, La vengeance des nations, Grasset, 1990, p. 245.

4 Pour raisonner un problème tactique entièrement nouveau, un corps d’armée peut mettre jusqu’à 12 heures, une division 4 heures et un régiment 2 heures, ce qui fait déjà 18 heures entre l’ordre et l’action, si tous ces processus sont séquentiels et en tenant pour nuls les délais de diffusion des ordres et de mouvement des forces. Ce chiffre est à comparer aux 100 heures qu’a durées la phase aéroterrestre de la guerre du Koweit et montre ce qui aurait pu se passer si l’armée irakienne avait pu ou voulu manœuvrer.

5 Colonel de La Bourdonnaye, “Le système informatique de commandement des forces : pourquoi ? Comment ?” les cahiers de Mars, n° 124, 1er trimestre 1990, p. 118.

6 Combat aéroterrestre représenté numériquement pour l’étude et l’aide à la décision, développé par Dassault Electronique, sortie vers l’an 2000.

7 Un objet informatique est une entité caractérisée, pour la machine, par des attributs communs à une famille et dont les valeurs lui sont propres.

8 Système Expert Divisionnaire, Electronique Serge Dassault.

9 Développé aux Etats-Unis, en cours d’adaptation par la SROAT à des fins d’étude (horizon 1992) et d’entraînement (1995).

10 Evaluation de la Situation Opérationnelle, développé par le Centre d’Analyse de la Défense.

11 La 1ère Armée ne devrait pas avoir de SADT car, étant à un niveau de décision stratégique, le mode de raisonnement n’est plus tout à fait le même.

12 Comme le calcul mental depuis l’introduction des calculettes, par exemple. De plus, le SADT peut tomber en panne et l’état-major doit tout de même fonctionner.

13 Hubert Touzard, “Un modèle de la prise de décision en situation de stress : le modèle de I.L. Janis”, Stratégique 2/89, p. 141.

14 Le mode d’action des amis et le mode d’action de l’ennemi. Un mode d’action est une manoeuvre.

15 Résultat à obtenir sur l’ennemi (ou malgré lui) en un lieu, à un moment, pendant un temps donné. La réalisation de l’effet majeur concrétise le succès de la mission (règlement TTA 152).

16 Prescription ou donnée objective de toute nature imposée et constituant une entrave à la liberté d’action du chef (règlement TTA 152).

17 Mesure à prendre, indispensable pour la réussite de la manœuvre, c’est-à-dire pour la réalisation de l’effet majeur (règlement TTA 152). Dorénavant, ce terme sera employé indifféremment avec celui de contrainte pour alléger le discours.

18 Op. cit.

19 Ce qui est en général le cas, car les MA ne sont pas utilisables tels quels, ayant été choisis suffisamment différenciés pour être révélateurs...

20 En fait, le processus réel est moins séquentiel et plus itératif : la réflexion est commune et la remise en cause des résultats intermédiaires est permanente.

21 Transmissions, logistique, artillerie, aviation légère de l’armée de Terre, génie, renseignements, mouvement.

22 D’après des conférences du lieutenant-colonel Mainie, la méthode de raisonnement, cours de tactique générale, ESG 1935, et du colonel Vidal, Les facteurs de la décision et la décision, novembre 1948, recueil de conférences de tactique générale, ESG 1949.

23 Field Manual 101, Staff Organization and Operation, chapitre 5, 1983.

24 Canadian Forces Command 401, chap. 14, 1990.

25 Heeresdienstvorschrift 100/200, 1988.

26 “L’appréciation S3-G3”, précis G-TG, Institut royal supérieur de Défense, Bruxelles, 1987.

27 Ce point est en fait un retour à la MRT 77, sous une forme peut-être plus rigoureuse.

28 Terme informatique désignant un “tableau noir” où des systèmes-experts viennent déposer des conclusions qui seront utilisées par d’autres.

29 Exemple : “Bull Cediag Charme, langage industriel de programmation par contraintes”, Minutes techniques des Conférences d’Avignon 1989.

30 Jean-Michel Sandeau, L’histoire militaire comme mémoire des systèmes d’aide à la décision, FEDN, dossier n° 33, 1990.

31 Voir à ce sujet la quantification de “la valeur du commandement : l’exemple de la bataille de la Moskova”, par les généraux Le Seigneur et Lacombe, Revue historique des armées, 1990-4.

32 Réalisé par l’OTAN dans le cadre du Digital Geographic International Working Group.

 

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