DES ARMES POUR DES GUERRES LIMITEES : ESSAI DE PROSPECTIVE

 

Alain BRU et Jean-Baptiste MARGERIDE

 

L’objet de cet article est, si l’on ose dire, très limité : les guerres limitées font-elles (et, surtout, feront-elles) appel aux "techniques de pointe", comme celles mises récemment en œuvre contre l’Irak ?1 Et si oui, sous quelle forme ?

Généralités

Avant de passer aux techniques, nous avons cru devoir préciser quelques points qui forment une sorte de préalable, "point de passage obligé".

En premier lieu, qu’entendons-nous par l’expression : "guerre limitée", qui suscite plusieurs définitions très pertinentes, mais sensiblement différentes : le point de vue du politologue ne saurait coïncider exactement avec celui du stratège, et moins encore avec celui du technicien2.

Nous dirons, pour notre part, que nous appelons "guerre limitée" le conflit qui oppose :

- soit un Etat "secondaire" à un corps expéditionnaire à effectifs eux aussi limités (quelques dizaines de milliers d’hommes) d’une nation ou d’une coalition de nations dont aucune n’est une "super-puissance" militaire3. Exemple : une hypothétique intervention - d’une non moins hypothétique armée européenne - dans les Balkans4.

- soit deux états, ou fractions d’état, de type "secondaire" aux plans scientifique, technique et industriel. L’un et l’autre des partis, d’ailleurs, pouvant être soutenu de manière plus ou moins discrète par une nation, ou un groupe de nations, plus "évolué". Les exemples ne manquent pas : Serbie contre Slovénie, Croatie puis Bosnie ; Arménie contre Azerbaïdjan : sans compter les multiples foyers de violence qui continuent, avec des pauses et des reprises d’affrontements féroces, à ravager certaines zones en Afrique, au Cambodge, en Moldavie, en Géorgie...

- soit, enfin, l’engagement d’une petite fraction des forces armées d’une "super-puissance" autre que les Etats-Unis, (en clair : de l’ex-URSS) pour la main-mise sur un pays secondaire, mais très intéressant au plan stratégique. Exemple : celui de l’Afghanistan. Depuis l’implosion de l’Union soviétique, ce "cas de figure" est à exclure, au moins à moyen terme5.

Dans le moment, les récents événements ont modifié une donnée capitale de ces conflits limités : l’implosion de l’URSS se traduit par la volonté des républiques de la CEI de transformer la majorité du monstrueux complexe militaro-industriel, hérité du communisme, en système de production de biens de consommation. Ceci concerne au premier chef la Russie, où des voix officielles - A. Kokochine, M. Maleï, etc - estiment ce complexe à un ordre de 70 % des capacités industrielles6.

Mais, sans compter les indispensables frais de lutte contre la désastreuse pollution, de remplacement des centrales nucléaires dangereuses, de relance de l’agriculture7, la seule conversion du complexe est estimée à quelque 150 milliards de dollars, dont les occidentaux ne se sont engagés à verser "que" 24 milliards.

La Russie, comme les autres républiques de la CEI - mais pour celles-ci dans une moindre mesure semble-t-il -, se trouve dans une situation paradoxale : pour faire face aux besoins urgents et multiples - dont l’élimination de ce très excessif complexe qui l’a conduite à la faillite8 - elle a un besoin de devises à la fois urgent et prolongé. Or le seul domaine pour lequel elle se trouve être techniquement compétitive est celle des armements. Ceci explique les grandes "soldes" en cours : blindés anciens vendus au coût de la ferraille ; chars et avions récents - T.72, Mig 29...- proposés à des prix presque dérisoires ; canons et munitions "bradés", etc.9

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les "voix autorisées" russes citées plus haut n’ont pas parlé de liquidation de ce complexe : le seul moyen, pendant longtemps, de pouvoir offrir quelque chose au marché international, c’est de proposer des armes et des munitions.

Avec une rare franchise elles ont déclaré que leur pays se propose - jusqu’à complète "pérestroïka" au moins, du tissu industriel russe (le mot signifie "reconstruction", "rétablissement") de garder une part importante du marché des armements que détenait l’URSS, pendant des décennies première ou deuxième exportatrice mondiale10 : 20 à 40 %, selon les diverses déclarations, des capacités de recherche, développement et fabrication seraient conservées.

Toutefois il ne sera plus question de continuer, comme par le passé, à distribuer gratuitement aux régimes marxistes pauvres les armes qui, même passablement périmées, permettaient au pouvoir en place de tenir la population en soumission, voire de menacer, les voisins : désormais il s’agit de se comporter en "honnête marchand de canons", lequel se préoccupe surtout de la solvabilité de l’acheteur.

D’autre part, les Etats-Unis, malgré leurs difficultés économiques actuelles, sont dans une position de force telle que, de bon ou de mauvais gré, la Russie devra s’imposer certaines limites dans ces ventes11.

En d’autres termes, le "contrat de bonne conduite" relatif aux ventes d’armes, passé sous les auspices ONUsio-américaines devrait être à peu près respecté dans l’avenir à moyen terme, même par la Chine.

Il faut pourtant corriger quelque peu l’optimisme qui, saisissant l’Occident, amène cette fois à une "course au désarmement", afin de bénéficier des "dividendes de la paix". En effet, les suites de décennies de propagande/désinformation menée avec une habileté remarquable par l’URSS ont laissé des traces qui perdureront longtemps. Nous jugeons encore très souvent en fonction de catégories - au sens de Kant - marxistes. Ceci se traduit (de manière inconsciente) dans les écrits et les discours et paroles des journalistes, politiciens et "hommes de la rue". Le marxisme a laissé son empreinte dans le tiers-monde (l’Occident est le pillard, cause de la pauvreté) ; dans le lobby écologique (l’Occident est le seul pollueur) ; voire dans les ONG qui, à travers les "filtres polarisants", n’ont jamais vu les torts que d’un seul côté12. Pour une majorité des états du tiers-monde et pour la plupart des "intellectuels" engagés de l’Ouest, ce sont les démocraties occidentales - plus particulièrement l’Amérique - qui sont responsables de tout ce qui va mal sur Terre : faim dans le monde, pollution chimique et nucléaire, disparition d’espèces animales et végétales , conflits "tribaux" ou autres. récent "trou" de la couche d’ozone13, effet de serre, pluies acides nordiques14...

La prépondérance occidentale est donc reconnue, mais mal admise ; parfois déniée comme en ex-Yougoslavie depuis des mois. Il est vrai que l’Europe, jusqu’à l’embargo, avait beaucoup parlé, mais peu agi ; et que les Etats-Unis, en année électorale, n’y trouvent pas l’aiguillon d’une prolifération nucléaire imminente dans des mains jugées, à tort ou à raison, comme peu rationnelles.

On peut penser que cette prépondérance se maintiendra à moyen terme - 15 à 20 ans -, mais fléchira ensuite pour deux raisons :

- la montée en puissance du monde asiatique. Par exemple le rapport des PIB du Japon et des USA est passé de 24 à 55 % en 20 ans de 1971 à 1990 ;

- le vieillissement des populations. Déjà sensible et peut-être irréversible, il s’accélèrera avec l’arrivée des "cohortes"15 du "Baby-boom" à l’âge de la retraite : soit à partir de 2005.

Malgré l’actuelle prédominance occidentale - au sens large : en y incluant le Japon - le "Nouvel Ordre mondial" ne sera pas exempt de conflits, que leurs causes soient futiles - comme la conquête d’un petit archipel sans ressources, sous un climat presque polaire - ou religieuses, ethniques, politiques, parfois pseudo-économiques. La polémologie n’a pas réussi à relever, depuis la lointaine époque pour laquelle nous possédons des documents fiables, une seule année sans conflits externes ou/et intérieurs. sur le futur considéré ici - une vingtaine d’années - ces guerres limitées persisteront.

Il y a quelque trente ans, déjà, l’ingénieur de l’armement Camille Rougeron avait étudié - dans divers articles et ouvrages - ce qu’en 20 ans (1940-1960) les techniques avaient apporté dans ce domaine aux forces légères (telles que guérillas, troupes parachutées, etc.). Il relevait plus spécialement :

- les moyens de lutte anti-chars par les roquettes et grenades à fusil, ainsi que les premiers missiles A.C, qui venaient d’apparaître (SS.10 et 11, ENTAC)16...

- la quasi-artillerie que constituait les mortiers tirant des obus à propulsion additionnelle, leur donnant des portées de 13 km pour le 120 mm (contre 11,5 pour le canon de 105 type HM.2 ; 8 km pour le mortier de 81 mm17 ;

- les fusils d’assaut, "mini fusils-mitrailleurs", démultipliant la puissance de feu de l’arme individuelle ;

- les mines A.C et A.P, indétectables par appareils électromagnétiques ;

- les liaisons immédiates par radios, de volume et masse en constante réduction.

Par ailleurs, il relevait le fait que ces forces pouvaient utiliser des véhicules légers - parachutés ou réquisitionnés - ce qui, s’ajoutant à la légèreté des matériels, conduisait à une nette diminution des difficultés logistiques.

L’ensemble permettait donc déjà à ces troupes légères de lutter sans trop de désavantage contre des forces terrestres "classiques".

Un point, toutefois, restait à résoudre : la lutte contre l’aviation d’appui tactique de l’ennemi, s’il en possédait une18 : sinon abattre l’appareil, au moins le contraindre à une certaine circonspection.

A cette époque, l’hélicoptère était presque exclusivement consacré aux transports : les premiers essais de montage de mitrailleuses - en "sabords" latéraux - et de missiles A.C. avaient été tentés ; mais ils étaient l’objet de vives critiques : en effet les fortes vibrations de la machine en faisaient une "plate-forme" de tir ne permettant guère que l’arrosage de zone, et les fils de guidage des missiles A.C. étaient trop souvent soufflés au sol - où ils se rompaient dans les taillis - par la voilure tournante. D’ailleurs le guidage de ces missiles "filaires" était mené par les vibrations : les optiques stabilisées n’étaient pas encore au point.

Trente ans ont passé depuis les travaux de Camille Rougeron. Où en sommes-nous, et où en serons-nous à terme d’une vingtaine d’années ?

Les panoplies militaires des états secondaires ont fait un bond quantitatif et qualitatif. En 1960, beaucoup de ces états venaient seulement d’accéder à l’indépendance et leurs armées naissantes ne disposaient guère que d’armes individuelles ou collectives légères, restes du second conflit mondial, parfois du premier. Au cours de la décennie 60, ils ont commencé à recevoir des matériels lourds, souvent assez dépassés19 mais qui leur ont permis de débuter la formation de leurs personnels dans des spécialités jusqu’alors inconnues.

Il est donc plus "parlant" de considérer les montées en puissance après la période de rodage, c’est-à-dire quand ces états secondaires ont reçu les premiers chars conçus après le conflit, des avions à réaction, etc.

Un exemple typique est celui de la Libye, qui sous le roi Idriss - renversé en 1969 - n’avait guère qu’une garde royale presque symbolique. Elle alignait :

En 1972 :

- chars : 6 Centurion, 200 T 54/55, 15 T 34 (total : 221)

- avions : 10 F.5, 12 Mirage III-5 (total : 22)

- artillerie de campagne : 163 pièces, toutes tractées.

En 1991 :

- chars : 1 500 T 54/55, 350 T 62, 300 T 72 (total 2 150)

- avions : 60 Mirage III-5 et F1, 100 Mig 21, 140 Mig 23, 58 Mig 25, 55 Su 20/22 et 24 (total 412).

- artillerie : 720 pièces tractées et 370 automoteurs (total 1 090, plus 650 MRL)

- missiles : 40 Frog 7, 80 Scud B.

(S’ajoutent 3 000 missiles A.C., 600 canons A.A, des missiles S.A, etc.)

Cet exemple est presque caricatural, puisque les matériels terre et air sont en nombre du même ordre de grandeur, nettement supérieurs parfois, à ceux de la France pour une population 12 fois plus faible et un PIB 40 fois inférieur. Mais, de manière générale, les nations du tiers-monde ont voulu s’équiper en matériels militaires "majeurs"20, fussent-ils quelque peu dépassés, comme signe de modernité et d’indépendance.

On a calculé que, dans son ensemble, le tiers-monde dépense plus pour acheter des armes que l’aide qu’il reçoit des pays industrialisés, malgré les dons et les ventes à prix symbolique.

Cette multiplication des matériels guerriers, un peu partout sur terre, ne manque pas d’inquiéter : trop de nations, puisqu’elles en ont les moyens, resteront tentées de résoudre les litiges internes ou externes par les armes plutôt que par la diplomatie.

On objectera que beaucoup des matériels en cause sont passablement vieillis, et n’ont donc pas l’efficacité de ceux en service dans les armées des nations industrialisées21. Ceci joue, comme on l’a vu lors de la guerre du Golfe, si l’adversaire utilise les moyens les plus modernes ; mais pas lors de l’affrontement entre ennemis qui disposent de moyens de la même "génération" ou à peu près ; et moins encore si l’un des partis n’a que peu ou pas de matériels majeurs à opposer à l’autre.

Dans l’actuel drame yougoslave, il n’y a guère de différence, pour le combattant ou le civil croate, serbe ou bosniaque, à être pris sous le feu de chars T.55 au lieu de T.80, ou de recevoir des roquettes des premiers types BM.21 ; ou encore, à être bombardé par des avions Kraguj, Jastreb ou Galeb plutôt que par des Mig 29 ou des F.15 : à poids de munition égal reçu, les pertes sont les mêmes.

Pourtant, c’est ici que les techniques récentes, appliquées aux armes légères des pays ou ethnies agressées, peuvent rétablir la balance au point de décourager l’agresseur - si, évidemment, les nations avancées veulent bien ouvertement prendre le parti des agressés, et leur livrer rapidement les matériels adéquats, d’ailleurs légers, donc aéroportables, voire parachutables.

Reprenant le cas des pseudo-milices serbes22, les reportages télévisés nous ont montré ce dont elles disposaient et, surtout, l’armement de leurs adversaires : les inévitables AK.4723, auxquels s’ajoutaient des Mauser 1898 K, des fusils de chasse et autre bric-à-brac dépareillé - dont les munitions sont rares. Pour les armes antichars, les non moins inévitables RPG.7, maintenant vieux de plus de 30 ans, de portée inférieure à 200 m sur cible mobile, récupérés dans les casernes de l’armée fédérale. Quelques mitrailleuses, également récupérées, mais avec le problème des munitions, et donnant une capacité A.A. dérisoire.

Peut-on faire remarquer que les résistants afghans étaient encore moins bien pourvus en décembre 1979 : quelques "pétoires" dignes de musées ? C’est oublier que les pechmergas24 :

- ont récupéré sur les unités soviétiques, par embuscades en général, et sur l’Armée officielle afghane, "peu motivée"25, des mitrailleuses légères et lourdes, des lanceurs de roquettes avec rampes et, surtout des LRAC (RPG.7, mais aussi 16 et 18) et des missiles AA portatifs SAM 7 et légers - sur véhicules ou remorques - SAM 9 ;

- ont reçu (discrètement) des copies chinoises du SAM 7, le HN-5, et HN-5A (amélioré), ainsi que des FIM-92A Stinger, américains.

Le résultat, pour les forces soviétiques et afghanes gouvernementales, s’est traduit par les multiples épaves de blindés et de camions qui jonchent encore les routes, et celles d’hélicoptères dans le fond des vallées26.

Que pouvons-nous proposer au plan des matériels spécifiques de ces conflits limités prévisibles pour l’avenir à une vingtaine d’années27 ?

Très généralement, les techniques actuelles ou du futur à très court terme devraient permettre - ou contraindre à - un net allègement, ce qui se traduira par une facilité de transport, soit au sol sur véhicules semi-légers28, soit par avions autres que "géants"29, soit par navires non spécialisés, tels que des car-ferries réquisitionnés ou des cargos "ro-ro" ("Roll on - Roll off").

Mais un effort spécial doit être fourni par les pays européens sur leurs capacités de transport aérien, en nombre et en rayon d’action, s’ils veulent pouvoir intervenir : en règle générale mieux vaut relativement peu, mais tout de suite, que beaucoup mais après plusieurs mois30.

Faute de pouvoir examiner en détail dans un bref article l’extrême diversité des équipements militaires, nous nous limiterons ici à quelques considérations sur celui des forces que les nations industrialisées devront créer, ou compléter selon le cas, pour être en mesure, soit d’intervenir directement dans les plus brefs délais, soit de fournir au camp qu’elles auront décidé de soutenir.

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AÉRONEFS

- Hélicoptères

Nous avons déjà exprimé notre scepticisme devant l’actuelle mode de l’hélicoptère de combat, trop cher et trop vulnérable. En revanche, l’hélicoptère de type transport nous paraît indispensable : pour les transports logistiques ; pour ceux de troupes à déplacer rapidement ; pour la lutte ASM ; pour porter des radars de surveillance en mer et à terre, etc.

- Avions d’appui direct

Les succès des avions de type A.10 lors de la guerre du Golfe, malgré leur ancienneté - premier vol : 10 mai 1972 -, ont montré la pertinence de la formule : plage de vitesse, protection du pilote, armement (canon GaU.8 de très grande puissance et cadence, 11 pylônes pouvant emporter une étonnante variété de bombes, missiles et roquettes), disposition masquant en partie l’émission IR des sorties des réacteurs, moteurs et structures permettant le retour à la base en dépit d’avaries graves. Depuis 1963, début des études sur l’"AX" qui deviendrait cet A.10, les techniques ont fait des progrès considérables.

- sur les groupes propulseurs et leur masquage I.R. (cf. FA.117 "furtif") ;

- sur les missiles et bombes-missiles pouvant être tirés hors de la portée des moyens A.A. légers de l’ennemi : lancement en "stand-off"31, autoguidés par dispositifs genre DSMAC ou téléguidés par faisceau laser, télévision, etc. ;

- sur les masquages des émissions I.R., la diminution de la "réponse" radar (SER) ;

- sur les optiques de bord - caméra TV à fort grossissement : moyens d’observation de nuit en I.R. passif et amplification de lumière ;

- sur les aides à la navigation et à la conduite de tir.

En bref, sans vouloir "copier en mieux" le A.10, il semble souhaitable que les avions d’appui rapproché de l’avenir s’inspirent de sa philosophie générale, y compris son coût limité, en utilisant au mieux les progrès techniques réalisés depuis 20 ans tant pour l’avion que pour son armement.

Naturellement, il s’agit là d’appareils très différents de ceux "de pointe", tels que l’ATF ou le F.22, dont l’emploi pour l’appui tactique serait un gaspillage, avec probablement un rendement inférieur. Toutefois, l’avion d’appui devra souvent être protégé contre la chasse adverse, même si elle a un niveau de performances très inférieur à celui de ces chasseurs du proche avenir.

BLINDÉS

La masse toujours croissante du char32 nous semble, depuis bien longtemps, marquer une sorte de dégénérescence comparable à celle des dinosaures ou celle des cuirassés. On a pu croire le rendre invulnérable par l’entassement d’acier, puis par l’emploi - par dessus l’acier en général - des blindages composites ou réactifs : mais les obus-flèches et les charges creuses doubles (en "tandem"), l’attaque par le "toit", ont rendu vain cet espoir... sauf à en arriver à des engins monstrueux, de centaines de tonnes, donc n’ayant plus de mobilité - qu’elle soit tactique, opératique ou stratégique - suffisante.

De toute façon, il est évident que mêler au combat des chars lourds avec des transports de troupe nécessairement peu blindés -puisque le volume à protéger est beaucoup plus important - constitue une contradiction. A moins de supposer que l’infanterie d’accompagnement, sans intérêt, n’est là que par tradition : on a pourtant vu, au début de la guerre du Kippour, ce qu’il coûtait de s’en remettre à des chars complètement "à sec" d’infanterie.

Existe-t-il encore un réel besoin de chars ? Sans aucun doute, puisqu’il faut pouvoir lutter contre les blindés ennemis (chars et VTT) et, le cas échéant, servir d’artillerie de tête (avec obus explosifs classique) : par exemple, en combat de rues, pour éliminer avec précision des fantassins retranchés dans un immeuble33.

Malgré l’engouement général pour le char de plus en plus lourd, depuis le milieu des années 80, un certain nombre de constructeurs ont étudié, voire produit et vendu, des engins de masse inférieure à 20 tonnes : FMC Corporation, avec CCV-Light : Cadillac avec le Stingray ; AAI avec le RDF/LT, (sans oublier les plus anciens AMX 13/105 et Kavalier). Les chars de FMC et Cadillac portent des 105 normaux, car les "liens élastiques" entre canon et tourelle ont fait des progrès continus depuis la guerre34. Actuellement, il serait possible de monter un 120 mm sur ces chars et, dans 10 ans, un 140 sur leurs successeurs.

Un char de faible masse unitaire - tout est relatif - serait beaucoup plus facile à transporter sur route35 (les remorques d’entreprises de T.P. sont recensées par le Commissariat aux E.T.P./B.), sur wagons plats simples (non "S"), sur avions de fret non géants, et sur cargos à ponts non spécialement renforcés. Autre facilité, tactique et opérationnelle : le passage sur ponts permanents ou du génie de "classe" limitée36.

Mais désormais, le prix de revient d’un char n’est plus seulement une fonction simple de sa masse : l’électro-informatique devient une part importante du coût d’étude, développement et fabrication (surtout si la série produite est faible). Certaines applications sont maintenant nécessaires : les vision et visée nocturnes par exemple. Toutefois, il semble excessif d’en arriver à faire d’un blindé une sorte d’ordinateur à la fois ambulant et de haut niveau. Un char, en effet, ne revient pas à sa base après chaque mission, contrairement à un avion, pour y trouver un personnel de maintenance hautement qualifié. En campagne, il faudra se limiter aux dépannages et aux réparations simples - pour ne pas dire simplistes - faites le plus souvent par l’équipage qui ne dispose pas d’un stock de "boîtes noires" : le blindé hyper-sophistiqué (comme on commence à le constater pour les voitures routières "grand public") risque fort de se trouver agir le plus souvent en "mode dégradé.

ARTILLERIE DE CAMPAGNE

Comme pour les chars, bon nombre d’automoteurs occidentaux actuels paraissent avoir été produits sans que soit tenu compte des difficultés de déplacement qu’apportent des masses et dimensions "hors tout" excessives, tels les 155 mm Au.F1 de 41 t., Palmaria de 42 t., Bandkanon suédois de 53 t., etc.

De ce point de vue, et malgré des portées et des cadences de tir plus faibles, les pièces soviétiques (152 mm Mle 1973, ou 2S3 et 122 mm Mle 1974, ou 2S1 - le premier à capacité nucléaire 2 à 5 kt), semblent préférables ; et plus encore le "type 75" japonais malgré un poids un peu supérieur (25,3 contre 25 et 16 t.) qui en 155 mm bénéficie d’une cadence de tir exceptionnelle : 18 coups en 1 mn, grâce à deux barillets rotatifs de 9 chacun (dont le principe semble bien avoir été emprunté à l’AMX 13).

Ici aussi on peut penser que la mise en application des progrès techniques réalisés depuis une vingtaine d’années (moteurs plus légers et compacts, etc.) devrait permettre de gagner encore sur les masses.

ENGINS ANTICHARS D’INFANTERIE37

Les L.R.A.C. récents, malgré des masses à peine supérieures à celles de leurs prédécesseurs, ont à la fois une plus grande portée pratique38 et une capacité de performation très améliorée, grâce, à des calibres supérieurs de charge creuse : ordre de ø = 110 à 120 mm au lieu de 90 ; de meilleures formes de charge et revêtement39 ; l’apparition des doubles charges (en "tandem"), qui mettent en échec les blindages composites et réactifs.

Au plan des missiles AC, les engins genre Milan sont considérés comme des armes d’infanterie, de manière assez discutable : avec un missile de 12 kg dans son emballage-tube de lancement, et un poste de tir de 17 kg, il faut 3 hommes pour porter ce poste de tir et 2 missiles. Dans les faits, ce poste de tir est monté le plus souvent sur un véhicule léger, qui porte aussi quelques munitions40.

Beaucoup plus de style "fantassin" semble être le missile du type du récent ACCP Eryx : le poids de la munition, 10 kg en emballage, et surtout celui du poste de tir - qui peut être utilisé en position couchée (petit trépied dépliant) ou épaulé, 4 kg, permettent à un seul homme de porter un "coup complet", et 3 coups pour 2 hommes. La munition, de 162 mm de diamètre, a des capacités de perforation permettant de faire face à un nouvel accroissement de la protection des blindés. Le missile peut être tiré depuis un espace clos, avantage non négligeable en combat urbain.

En revanche, la portée actuelle est très inférieure à celle du Milan et, a fortiori de coup au but largement supérieure41. Mais prendre la portée comme critère est incomplet : ce qui compte beaucoup est la surface battue : il faut alors compter selon les carrés des portées : en passant de 350 à 600 m la portée est multipliée par 1,7, mais la surface battue par 3.

On peut raisonnablement penser, d’ailleurs, que ce premier ACCP pourra être sensiblement amélioré en portée ; si nécessaire, très simplement par une légère augmentation de la masse de progersol propulsif : une portée de 800 m fait passer les nombres qui précèdent à 2,28 et 5,2.

Nous ne croyons guère, au moins pour le fantassin - il peut en être autrement pour la lutte A.C. air-sol - au missile de type "tire et oublie", autoguidé vers sa cible dans l’immédiat ; la munition du fantassin et plus généralement de l’armée de Terre, doit être économique pour être disponible en grande série... Ce qui en diminue encore le coût unitaire42.

Mais peut-être à l’échelle européenne, sera-t-il possible de produire des "titres et oublie" à coût limité dans un avenir pas trop lointain.

MORTIERS

Après avoir été, entre les deux guerres, le précurseur dans les mortiers légers et moyens (60 et 81 mm, ce dernier mondialement copié, sauf la seule Grande-Bretagne), l’armée française utilise actuellement surtout la version lourde et rayée de 120 mm - 580 kg sur affût à roues, tractable. C’est là un matériel que l’on pourrait qualifier de "canon d’infanterie", et qui n’a plus grand chose à voir avec la philosophie originelle de ce type d’arme : il convient à une infanterie motorisée sur transports de troupe blindés.

Toujours dans l’optique de l’allégement pour faciliter les transports opérationnels ou stratégiques43, il nous semble souhaitable que les unités de "guerre limitée" disposent, au contraire, de ce qui existe de plus léger dans chacun des calibres. Ce type de matériel existe déjà d’ailleurs : en 120 mm au poids de 92 kg et portée de 9 km ; en 81 mm "LP", 43 kg et portée 8 km (l’un et l’autre décomposables en trois fardeaux) ; en 60 mm avec multiples versions, dont la "LP", 23 kg et portée 5 km (décomposable en deux fardeaux) et la "commando", 10 kg et portée 1 km (charge 2) semblent les plus intéressantes.

Des améliorations sont encore possibles :

- sur la masse, par remplacement de l’acier des plaques de base par un matériau de densité moindre : titane, alliage Al-Li, composites fibres et plastique...

- sur la portée, où peuvent jouer simultanément l’adoption de meilleurs aciers pour les tubes (autorisant l’emploi de charges propulsives initiales plus puissantes44) et sur le perfectionnement des propulsions assistées.

L’important progrès du mortier, au moins pour les calibres 81 et 120 mm pour le moment, est la récente capacité à tirer des obus à charge creuse et tête chercheuse radar qui, en fin de trajectoire, les guident pour attaque des blindés par le "toit"45 ; ce "toit" ne saurait être fortement blindé, à la fois pour une question générale de masse et pour celle de stabilité en dévers46.

Mais si le mortier léger existe et peut s’améliorer, une difficulté subsiste, "incontournable" : le poids des munitions, donc leur logistique : 6 à 8 coups complets, selon les calibres, pèsent autant que l’arme légère. Il existe donc un difficile problème pour amener les munitions jusqu’aux pièces. On peut penser à des véhicules petits et de très faible hauteur pour être discrets ; au transport par hélicoptères ; au parachute ou - en emballage résistant et amortisseur - au largage direct à très basse altitude, etc.

problème donc actuellement mal résolu, mais qui pousse à espérer que la technique de l’obus-radar A.C. de mortier pourra être étendue au calibre 60 mm employé avec le tube longue portée (5 km) : pour la même masse, on a 1 coup de 120, 4 de 81 et 7 de 60. Or un diamètre 50 mm d’une charge creuse actuelle perce 300 mm de blindage, ce qui est surabondant pour les chars les plus lourds47.

ARMES INDIVIDUELLES

Depuis les premières armes à feu individuelles, on peut relever une tendance constante à l’augmentation de la cadence de feu.

Nous en sommes arrivés au fusil automatique48 de petit calibre, dit d’"assaut", pouvant tirer par rafales à la cadence de 600 à 700 cps/mn. Toutefois, il faut bien voir que ces armes sont loin de tirer 600 projectiles à la minute : les chargeurs, de 25 ou 30 cartouches, doivent être remplacés. Or à 600 coups/mn un chargeur de 25 est vidé en 2,5 secondes par le tir continu, puis il faut 6 à 8 secondes pour faire l’échange contre un chargeur plein : la cadence réelle est donc au mieux de 200 coups/mn49.

Par ailleurs, si la grande cadence de tir est un avantage, elle se "paye" par le poids des munitions à porter par le fusilier. Toujours avec des chargeurs de 25 coups, 8 chargeurs n’offrent au total que 20 secondes de feu continu.

Le problème actuel est celui de munitions plus légères et plus compactes, permettant à la fois l’emploi de chargeurs de 50, voire 100 coups (en piles imbriquées) et l’emport d’un nombre supérieur de ces chargeurs, plus légers malgré leur capacité supérieure.

Ce problème était à l’étude dans plusieurs pays, avec une large avance pour la RFA chez Heckler & Koch avec le fusil G.11, arme tirant des munitions sans étui au calibre de 4,7 mm, à performances balistiques meilleures que celles de la cartouche 5,56 malgré une masse unitaire de 5 g (dont balle de 3,4 g) contre 12 g (dont balle de 3,6 g), ce qui, associé à des chargeurs jetables de matière plastique, permettait l’emport de 3 fois plus de munitions pour un même poids (en chargeurs de 50 ou de 100 imbriqués).

Le G.11 était en fin de mise au point et devait équiper la Bundeswehr, mais le coût imprévu - et imprévisible - de la reconstruction de l’ex-RDA a conduit à y renoncer pour le moment et à conserver le 5,5650.

Nous ne doutons pas qu’une solution de ce genre finira par s’imposer, malgré les universelles réductions de budgets militaires : il suffira qu’une nation industrialisée l’adopte pour que tous les petits calibres en service - M.16, FAMAS, H.K.33, SIG.530 et autres F.N.CAL d’une part, A.K.74 d’autre part - soient radicalement périmés.

En attendant, relevons l’existence du P.90 (de la F.N. Herstal, rachetée par le GIAT), qui est une sorte de pistolet-mitrailleur, mais à chargeurs de 50 coups d’une munition de type classique en 5,7 mm, beaucoup plus puissante que le très ancien 9 mm "Parabellum"). Ce P.90 est en compétition pour le contrat de l’US Army, PDW (Personal Defense Weapon).

DÉFENSE ANTI-AÉRIENNE51

Les aéronefs modernes disposent de munitions (au sens large) et de systèmes de navigation et d’aide aux tirs qui leur permettent de pratiquer ces tirs à des distances les mettant radicalement hors de portée des armes de petit calibre, y compris les mitrailleuses lourdes et canons mitrailleurs légers... Mais ceci, seulement si les objectifs sont repérables de loin - voire fixes, et ayant été détectés par avions de reconnaissance ou satellites d’observation.

Il subsistera pourtant des situations qui contraindront les aéronefs à s’exposer de plus près, malgré les performances des optiques de bord - telles les caméras T.V. à fort grossissement - pour pouvoir détecter des objectifs tels que des fantassins, des chars, canons, camions, etc. bien camouflés.

Ces aéronefs pourront alors se trouver à portée de mitrailleuses. Il faut alors distinguer entre avions et hélicoptères : les avions actuels, pour des questions de résistance de structure à de fortes accélérations transversales ("facteur de charge") sont nettement moins vulnérables que ceux de 39-45 aux simples balles de mitrailleuse ; par ailleurs leur vitesse - même en phase d’assaut - est presque double de celle des hélicoptères : compte tenu du temps perdu initialement pour orienter l’arme, un avion est soumis à ce genre de feu pendant une durée de l’ordre du tiers de celle que doit affronter un hélicoptère. (En outre, l’aéronef à voilure tournante, s’il est plus manœuvrant, est nettement plus sensible à une rafale d’arme automatique : ce qui explique les taux de pertes observés depuis une trentaine d’années).

Mais l’ennemi principal des avions et des hélicoptères (dans le "cas de figure" considéré ici), facteur nouveau et en progrès rapide, sera le missile sol-air portatif, à poste de tir épaulable. Les modèles récents dérivés des SAM 7 et plus encore des FIM-92 Stinger 52 sont mieux protégés contre les leurres I.R. par analyse du spectre53. Ceux de l’avenir le seront évidemment mieux encore.

Ces missiles peuvent être encore améliorés sur deux points :

- la portée (de 4,8 km actuellement pour le FIM-92). La solution simpliste consisterait à augmenter la masse de propergol (solide), puisque le passage du poids du missile, seul, de 11,3 à 13 ou 14 kg le laisserait portable. Mais, pour un engin dont le développement a été lancé en 1972, il doit être possible de remplacer le propergol d’origine par un autre plus performant, d’améliorer la tuyère, etc. de manière, tous perfectionnements combinés, à dépasser une portée de 6 km ;

- l’efficacité de la "tête militaire" (l’ogive). Ceci, tant par ses propres capacités destructrices que par une meilleure maniabilité de l’engin, qui, combinée à un détonateur de proximité perfectionné, amènera l’engin à exploser plus près de sa cible (grossièrement, efficacité proportionnelle à 1/D2).

Nous avons noté que le SATCP Mistral n’est pas exactement un Manpad. Il semble relativement facile, et peu coûteux, d’en tirer une version allégée, portable avec poste de tir et épaulable.

RECOURS AUX SATELLITES

De manière générale, les satellites à vocation purement militaire continueront, dans la période considérée, à n’appartenir qu’à des nations déjà techniquement très évoluées : Etats-Unis, Russie, Europe ; bientôt Chine et Japon.

Il est évident que si, lors de l’un de ces conflits, un des adversaires dispose de ces moyens (corps expéditionnaire) ou est appuyé sur ce plan par l’une des puissances spatiales - l’autre ne l’étant pas - il bénéficiera d’avantages qui peuvent être décisifs, et que nous allons tenter de résumer54.

1. Satellites de navigation et positionnement. Les systèmes genre GPS sont accessibles à tout utilisateur, au moins en version non codée avec alors une précision de positionnement de moins de 100 m. De multiples récepteurs (ordre de 20 000 F, volume de deux paquets de cigarettes) sont proposés sur le marché mondial, et sans aucune restriction à l’achat. Dans les zones à cartographie rudimentaire, ces récepteurs peuvent être extrêmement utiles55 ; de plus, ils remplacent à peu de frais les traceurs de route (à plate-forme inertielle, accéléromètres, etc.) envisagés il y a peu pour les blindés.

2. Les satellites d’écoute permettent de capter les messages de l’adversaire, de connaître l’emplacement de ses radars fixes (et longueur(s) d’onde), ceux des centres de communication et P.C. non mobiles, etc. ce qui en permet l’attaque dès l’ouverture des hostilités.

3. Les satellites d’observation fine, en visuel de jour et beau temps, radar de nuit ou mauvaises conditions météo, permettent de déterminer la répartition des forces de l’adversaire : nature, volume et "attitude" (argot militaire signifiant - dans certaines limites - les intentions probables).

Nous arrêterons là cette "liste" déjà bien longue (trop longue), quoique nous aurions pu encore parler de brouillage, de lanceurs multiples légers de roquettes sol-sol, de la défense A.A. des arrières, de l’éventuelle nécessité de forces de D.O.T.

On notera que nous avons laissé de côté de larges pans des forces armées que détiennent les nations industrialisées : en particulier, ce qui a trait à la Marine. La guerre limitée, dans le temps souvent, dans l’espace toujours, ne met guère en œuvre des forces navales, à l’exception de navires de transport et d’une éventuelle escorte dans le cas d’un corps expéditionnaire. Mais il est évident que l’adjonction de bâtiments de guerre, en particulier de porte-avions, constituerait un appoint puissant, peut-être décisif, à l’action de ce corps expéditionnaire.

 

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Notes:

1 Rappelons “en vrac” quelques exemples : “super” - guerre électromagnétique (cf. Stratégique n° 51-52), dès avant les combats, puis pendant la phase de bombardements aériens et les opérations terrestres : missiles mer-sol à longue portée et air-sol “stand-off” auto-guidés : guidage de projectiles par lasers stabilisés, “verrouillés” sur cible : dispositifs de vision nocturne passifs : recours massif aux multiples types et possibilités des satellites : première tentative de défense ABM en situation de combat.

2 Ce que nous a clairement montré les divergences qui se sont fait jour entre nous à ce sujet, quoique nous nous connaissions depuis longtemps déjà : ce qui suit n’a donc été qu’un compromis entre les idées d’un (ancien) militaire et celles d’un ingénieur.

3 En clair, et actuellement, coalition dont les Etats-Unis ne feraient pas partie : cas très exceptionnel dans les démocraties occidentales, l’opinion publique américaine considère ses soldats de métier comme des “citoyens à part entière”, et de ce fait leur accorde, même si le conflit est impopulaire, tous les moyens sophistiqués visant à réduire les pertes. De ce point de vue, les Etats-Unis ne mènent jamais la guerre limitée.

4 Bien rares sont les media qui ont relevé, dans les raisons du retournement danois, que les sondages créditaient d’un “oui à Maastricht” confortable, l’exploitation in extremis par les partisans du “non” d’un thème simple : “Les jeunes Danois risquent d’être envoyés en Yougoslavie”.

5 L’Europe occidentale et centrale, épuisée au plan humain par les deux conflits mondiaux et vieillissante par effondrement de la natalité, ne semble pas susceptible d’être un futur “perturbateur”. En revanche, la République de Russie - population importante : énormes ressources potentielles - peut le redevenir si, par malheur, elle vient à verser dans un régime non démocratique. La Chine et l’Inde, surpeuplées, peuvent aussi devenir “perturbateurs”. A noter que l’Inde, berceau du pacifisme, consacre proportionnellement plus à l’armée que la Chine. Mais il ne semble pas que de tels événements puissent se produire avant 15 ou 20 ans, au moins.

6 Compte tenu, toutefois, du fait que certains des ministères liés à la défense produisaient une partie de biens “civils”. Par exemple Minekektronprom, téléviseurs, récepteurs radio, batteries électriques... : Minoboronprom, réfrigérateurs, récepteurs radio, montres, optique... On peut ajouter tout ce qui a trait à l’espace, à l’informatique, à l’aviation civile (tous appareils devant pouvoir être très rapidement transformés en avions-cargos militarisés ou en transports de troupe). En un mot, tout ce qui pouvait intéresser l’Armée soviétique était en partie, ou totalement selon le cas, sous la coupe du ministère de la Défense.

7 Avant le premier conflit mondial, l’Empire russe était le “grenier à blé” du monde.

8 Ce qui n’empêche pas la modernisation des forces armées. Par exemple, remplacement de chars non périmés par des T.80 : renforcement aéronavals par équipement des régiments de la presqu’île de Kola en Tu-22M “Bakfire” en place des Tu-16 “Bear”...

9 On peut se demander d’où viennent les inépuisables munitions des “milices” serbes agissant contre les Slovénie, Croatie et Bosnie. Tous les chars yougoslaves et la majorité de l’artillerie ont été fournis par l’URSS ou sont des copies conformes de matériels soviétiques.

10 Au moins jusqu’en 1990 : 37 % contre 34 % aux Etats-Unis.

11 ceci vaut aussi pour les autres républiques de la CEI, mais le complexe militaro-industriel y est très nettement moins développé.

12 Qu’il s’agisse de nucléaire ou de pollution chimique, de consommation d’eau, on constate encore une bien curieuse disproportion dans les jugements portés sur l’ex-Est d’une part, sur l’Ouest d’autre part...

13 Découvert en 1985 officiellement, mais retrouvé depuis par les astronomes de Meudon sur des photographies de spectres d’étoiles prises en Antarctique au début des années 1950.

14 Un article de Science et avenir de juin 1992, “20 ans d’écologie” indique, p. 47 : “Les Suédois découvrent les effets des pluies acides, venues d’Europe occidentale, sur leurs lacs”. L’auteur aurait peut-être dû consulter les intéressés, qui constatent ces pluies quand le vent vient du Sud-Est et non du Sud-Ouest.

15 Pour les démographes, une cohorte est l’ensemble des individus nés une même année.

16 La France a produit plus de 300 000 de ces missiles A.C. Défensifs, en grande majorité pour l’exportation : SS 10, 29 849 ; SS 11, 168 450 ; ENTAC, 139 417. Fins respectives de production en 1962, 1978 et 1974.

17 Il notait, aussi, l’apparition des mortiers légers : 80 kg pour le 120 contre 500 kg pour les matériels classiques à tracter sur roues ; 40 kg pour le 81 mm.

18 Appui nécessairement fait alors “à vue”, ce qui, malgré le passage de l’hélice au réacteur, demandait des conditions météo suffisantes et limitait la vitesse en assaut - obligatoirement fait à basse altitude - à un ordre de grandeur de 450 km/h : à partir de 600 km le pilote n’a plus le temps de repérer son objectif, sauf en zone désertique.

19 Période où les Etats-unis et l’URSS distribuaient à leurs clients respectifs (vendaient au prix symbolique de 1 dollar ou rouble la pièce) des matériels excédentaires du récent conflit mondial : chars T.34 et BT.7 Stuart, Sherman. Avions à pistons et hélices tels que des Mig 3 et 9, Yak 3, P.47, P.51, F4-V, etc. Avant rupture, la Tchécoslovaquie avait fourni à Israël naissant des Messerschmitt 109... et à la Syrie des chars Panzer IV.

20 Les matériels dits “majeurs”, par opposition à l’armement léger, sont par exemple les blindés, les avions de combat et hélicoptères armés, les navires de guerre...

21 Pas toujours, d’ailleurs : la France, par exemple, détient encore des AMX 13, chars et VTT, des canons de 105 HM.2, des Crusader, Mirage III et IV, etc. plus âgés que leurs équipages. Nous utilisons des navires remontant aux débuts des années 60, alors que le Japon remplace ses frégates et destroyers des années 70.

22 Qui a jamais vu des milices de volontaires disposer de chars, de canons et de chasseurs bombardiers ?

23 Au moment où l’Union soviétique a commencé à fabriquer le F.A. AK.74 (de 5,45 mm au lieu de 7,62, et balle conçue pour être déséquilibrée à l’impact, de manière à infliger systématiquement de graves blessures), on estimait que la production du F.A. AK.47 avait été de 35 millions d’armes. Compte tenu de la poursuite de la production pour les pays ou partisans amis, de la copie chinoise, et de la fabrication par les ex-nations de l’ex-pacte de Varsovie, ce sont au moins 60 millions de Kalashnikov qui existent dans le monde. Le nombre de L.R.A.C. RPG.7 n’est pas connu, mais il ne saurait être inférieur à quelques millions.

24 Rappelons que ce fut au prix de pertes effroyables en combattants et en civils : il y avait 14 millions d’Afghans avant l’invasion, soit le quart de la population de la France. On compte, environ 1,5 million de tués, 2 millions de mutilés - notamment beaucoup d’enfants attirés par des mines imitant des jouets en matière plastique - et 5 millions de réfugiés, essentiellement au Pakistan. A l’échelle de la France, et à titre de comparaison, ceci donnerait 6 millions de morts, 8 millions de mutilés, 20 millions de réfugiés.

25 Armée équipée à la soviétique et donc en général dotée de manière à peu près identique. Or l’équipement standard de l’infanterie comprenait des L.R.A.C., missiles antichars et missiles sol-air portatifs, parfaitement inutiles contre un adversaire qui n’a jamais eu que de rarissimes blindés récupérés, et pas le moindre avion ou hélicoptère.

26 On notera que, comme pour les aéronefs américains au Vietnam, à nombre de missions égal, les hélicoptères armés subissent 5 à 6 fois plus de pertes que les avions : les performances des appareils à voilure tournante s’améliorent moins vite que celles de leurs ennemis immédiats, les missiles A.A dits “Man Portable Air Defense Systems”, ou Manpads.

27 Nous excluons, naturellement, le recours aux armes nucléaires, malgré une dissémination à prévoir : même de quelques kilotonnes seulement, une explosion atomique sort du domaine étudié ici.

28 Pour prendre le cas de productions françaises, des “fardiers” Lohr - 680 kg ; C.V. 500 kg, traction jusqu’à 800 kg ou des camions légers 6X6 - 5 700 kg : C.V. 4 300 kg : traction jusqu’à 6 t. - tous terrains, nous paraissent plus intéressants dans cette optique que les gros TRM.

29 Tels que les C.5A et autres Antonov. Toutefois il conviendrait que ces avions-cargo moyens aient un rayon d’action important : les Transall, par exemple, ont “les pattes trop courtes” pour une intervention rapide lointaine si le trajet ne permet pas de refaire le plein sur des aéroports de pays amis.

30 George Patton : “Un bon plan exécutable immédiatement vaut mieux qu’un plan parfait qui ne pourra commencer que dans une semaine”.

31 C’est-à-dire, hors de portée des défenses ennemies (ici, des Manpads et des canons-mitrailleurs genre 23, 25, 30, 37 et 40 mm).

32 Cf. “Réflexions sur l’avenir du char”, Défense nationale, mai 1992.

33 Le “char-artillerie” présente quelques inconvénients : calibre plus faible que le “vrai” canon de campagne : trajectoire très tendue qui interdit l’emploi en obusier pour toucher “l’autre côté de la colline” : normalement, à bord, peu de munitions “artillerie” par rapport à celles A.C.

34 L’AMX 13 de 1955 portait déjà un 75 mm de même puissance que celui du Panther de 1943.

35 Le “talon d’Achille” du blindé est, précisément, ses chenilles : depuis l’exceptionnel 38.T tchèque, qui parcourait couramment 3 500 à 5 000 km sans problème, on n’a guère vu de char capable de faire plus de 800 à 1 000 km sans réparation aux chenilles, au moins.

36 L’expérience - en France au moins - montre que les caractéristiques fournies au Génie, pour étudier le pont d’équipage devant faire passer les futurs chars et automoteurs, sont toujours sous-estimées à 15 % en masse. Il suffit donc de prévoir cette surcharge. Mais l’affaire est plus délicate si la largeur des nouveaux engins dépasse nettement celle indiquée au départ.

37 Nous nous limitons ici aux engins portables par le fantassin à pied.

38 Ordre de 350 m sur but mobile, il ne faut pas confondre la portée obtenue en démonstration, au “polygone” (500 m devant d’éventuels clients) par des tireurs très entraînés et celle du combat réel - avec son “stress” - par des hommes qui, au mieux, ont tiré 2 ou 3 roquettes d’exercice.

39 Depuis qu’existent les “supers-ordinateurs” (depuis le “Cray” 1, maintenant bien dépassé), il est possible de simuler les problèmes de détonique ; donc d’optimiser les formes. Le “bazooka” de 1942 perforait deux fois son calibre ; les charges actuelles percent 6 à 8 fois leur diamètre.

40 Il fallut les Malouines et la mise à terre de missiles Milan à porter à bras pour découvrir qu’aucun “brélage” particulier n’avait été prévu. Les hommes se débrouillèrent avec des brélages prévus pour le transport des 3 composants du mortier de 81 mm et des cordages.

41 Grâce à l’utilisation de systèmes de guidage - électronique et pilotage (en force) - plus modernes que sur les missiles précédents et faisant appel à des composants électroniques “grand public”, ce qui diminue considérablement les coûts.

42 Encore plus généralement, ceci s’applique à presque tous les matériels Terre : nous avons été surpris de trouver récemment, comme argument à la louange du char Leclerc, qu’“il dominera les autres chars du début du XXIe siècle comme, en leur temps, les Panzer V et VI avaient dominé leurs adversaires”. Certes oui, à un contre un ; mais finalement la multitude de T.34 et des Sherman a écrasé le petit nombre de Tiger et Koenig-Tiger produits.

43 Sans pour autant récuser le mortier lourd d’un corps de bataille blindé et mécanisé : à charge maximale les obus rayés “PEPA” permettent le tir jusqu’à 13 km.

44 Par exemple, le 60 mm “commando” devrait pouvoir tirer autrement “qu’exceptionnellement” en charge 3.

45 Les obus-radars Merlin ont déjà été évoqués dans un récent Stratégique. Rappelons que, à la retombée, le radar fait un balayage du terrain et dirige l’obus sur le premier blindé en mouvement repéré. A défaut d’en trouver, le second balayage dirige l’obus sur un blindé arrêté.

46 Il s’agit donc bien d’un projectile de type “tire et oublie” - “fire and forget”. Mais le problème est beaucoup plus simple à résoudre pour l’obus à trajectoire très “plongeante”, du mortier, qui domine le terrain, que pour une roquette de L.R.A.C. ou un missile A.C. se déplaçant au ras du sol dans une “ambiance” - arbres, buissons, etc. qui masque sa cible à certains instants.

47 Et si ce progrès peut être réalisé - ce que nous pensons - il sera possible de l’étendre à des grenades à fusil à propulsion assistée - telles les MECAR, antipersonnel/véhicule - avec portée de l’ordre de 600 m : au plan de “stress” de combat, pouvoir tirer à 600 m au lieu de 350 m - L.R.A.C. - sont deux choses très différentes. Par ailleurs, tout fantassin fusilier serait désormais en mesure d’attaquer les blindés de manière beaucoup plus “confortable” (600 m au lieu de 80) et sûre (percer le toit et non la plage avant ou le masque de tourelle) qu’avec les grenades AC actuelles qui, de face, ne permettent guère d’engager que les transports de troupe.

48 Fusil “entièrement” automatique, tel un F.M. ou une mini-mitrailleuse. Rappelons le pistolet dit “automatique” ne fonctionne, comme le revolver, qu’au coup par coup : l’utilisateur doit laisser la détente revenir en avant pour tirer à nouveau. (Il a existé des fusils de ce genre, dits semi-automatiques ; d’ailleurs la plupart des fusils d’assaut portent un levier permettant le passage de la rafale au coup par coup, voire une position de rafale limitée - à 3 coups en général).

49 Il est peut-être inutile de dire que le remplacement du chargeur est un moment d’angoisse pour le soldat qui, pendant ces interminables 6 à 8 secondes, se trouve incapable de riposter.

50 Heckler & Koch, par voie de conséquence, a dû être vendu à Royal Ordnance et le G.11 sera peut-être britannique (le Royaume-Uni avait déjà étudié un calibre 4,85 mm, mais en munition de type classique : fusil EM.2 “Model” 4,85 mm).

51 Nous nous limiterons ici à la lutte anti-aérienne de l’extrême avant.

52 Le Blowpipe britannique, de Short, vendu seulement au Canada - 100 lanceurs - en dehors du Royaume-Uni, n’a guère reçu d’améliorations depuis qu’il est opérationnel. Il est vrai qu’il est en limite de portabilité : 21,5 kg avec poste de tir, contre 13,6 kg au Stinger (et 9,2 kg au SAM 7), malgré une portée un peu inférieure. Les Stinger, Blow pipe, etc. sont munis d’un système IFF.

53 Les leurres pyrotechniques brûlent à température élevée - émission de lumière blanche - alors que même en post-combustion allumée les sorties de réacteurs n’émettent que des flammes orangées. On conçoit que des filtres I.R. puissent faire la différence. Ceci semble s’opposer à ce que nous avons dit de la recherche de “furtivité” des avions. Mais l’appui direct exige la plongée à basse altitude, puis une “ressource”. Malgré des réacteurs placés au-dessus de l’aile - comme le FA.117 - le premier temps montre les entrées d’air à l’ennemi muni d’un Manpad à tête radar. Ce problème est assez bien résolu par des lames-grilles. En revanche, lors de la ressource, les sorties de gaz chauds sont bien en évidence pour les Manpads à têtes I.R. : il s’agit qu’elles ne soient pas leurrables.

54 Liste non exhaustive, mais dont nous éliminons les satellites d’alerte avancée et les éventuelles défenses spatiales, puisqu’il s’agit de conflit limité.

55 Comme ce fut le cas pour les coalisés dans la guerre du Golfe. Malgré la réalisation préalable d’une cartographie précise, il restait difficile de se positionner en zone désertique (les Etats-Unis avaient ouvert la “clé” permettant ce positionnement à quelques mètres près).

 

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