LE RENFORCEMENT DE LA PRESENCE NAVALE FRANÇAISE EN OCEAN INDIEN AU DEBUT DES ANNEES 70

 

Jean-Marc BALENCIE

 

Au milieu des années 70, la Marine nationale a temporairement occupé un rôle de tout premier rang dans l’équilibre des forces navales en océan Indien, devançant, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif, les flottes des puissances extra-régionales (soviétique, américaine et britannique) et celles des pays riverains.

Cette présence en force de bâtiments de la "Royale" dans une zone jusque-là plutôt délaissée sur le plan naval par les responsables français s’explique par la volonté de Paris de réagir concrètement à trois formes de menaces mettant alors en péril d’une manière ou d’une autre ses divers intérêts dans la région.

La France va en effet être simultanément confrontée durant cette période à :

- une remise en cause profonde et multiforce de sa présence en océan Indien, laissant craindre, au mieux, un retrait sans gloire rappelant celui effectué au même moment par les britanniques, et au pire, une éviction brutale similaire à celle qui va frapper les portugais en 1974 ;

- une dépendance accrue de son économie envers les matières premières énergétiques provenant du golfe arabo-persique et transitant par certains "points chauds" apparemment hautement vulnérables (détroit d’Ormuz, détroit de Bab el-Mandeb, canal du Mozambique) ;

- une extension des agissements "communistes", tout d’abord chinois, puis surtout soviétiques, dans tout le théâtre indo-océanien, entraînant de sérieuses menaces à l’encontre de la suprématie traditionnelle de l’Occident dans ces parages.

Le renforcement conséquent des "Forces Maritimes de l’océan Indien" (FMOI) à partir de 1974 constitue l’une des réponses les plus visibles adoptées par Paris afin de contrer les menaces multiples pesant sur ses intérêts économiques, et plus largement sur ce que l’on pourrait appeler sa sphère d’influence régionale dans les ensembles insulaires du sud-Ouest de l’océan, zone que nous nous proposons de baptiser "Franconésie"1. Ce redéploiement de bâtiments français en océan Indien à une époque troublée constitue un exemple patent - mais peu connu - d’utilisation de la Marine nationale comme outil de politique étrangère et préfigure par bien des aspects les interventions très spectaculaires opérées ces dernières années aux abords du golfe arabo-persique.

UN DÉPLOIEMENT NAVAL DE FAIBLE ENVERGURE À LA FIN DES ANNÉES 60

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les activités de la Marine nationale en océan Indien ont connu une évolution assez contrastée. Durant les années 50, la présence navale française dans cette zone s’est révélée assez active, en raison de la guerre d’lndochine durant laquelle furent engagés d’importants moyens maritimes, essentiellement amphibies et aéronavals. Le soutien des forces déployées dans la péninsule indochinoise nécessita de multiples transits entre la métropole et l’Asie du sud-est via le canal de Suez. De plus, une bonne partie de l’armada déployée en Extrême-Orient, et plus particulièrement certaines grosses unités comme les porte-avions Lafayette et Bois-Belleau, fournis par les Etats-Unis après-guerre, se firent entretenir à l’arsenal de Diego-Suarez afin d’éviter d’effectuer de longs et coûteux transits pour revenir se faire caréner dans les ports métropolitains2.

A partir du milieux des années 50, le désengagement français d’Asie - illustré spectaculairement par la perte, dans des conditions dramatiques, de l’Indochine et, plus accessoirement, par le transfert pacifique des cinq Comptoirs français de l’Inde au gouvernement de New Delhi - provoqua un ralentissement très net des activités navales en océan Indien. D’un point de vue naval, cet océan ne fut plus perçu comme une voie vitale de communication vers les détroits malais et l’Extrême-Orient, faute de possessions à y défendre3, mais seulement comme une zone de transit vers la Nouvelle-Calédonie et une route maritime alternative en direction de la Polynésie. A ce titre, n’y furent plus affectés que des bâtiments de second ordre, datant bien souvent d’avant-guerre. Le seul fait notable, durant cette période, fut la campagne de deux mois effectuée à la fin de 1963, dans le sud-ouest de l’océan Indien et en Franconésie, par 11 bâtiments de l’Escadre en provenance directe de Toulon et placés sous les ordres de l’amiral Patou4. Mais ce fut là un événement tout à fait exceptionnel.

Au cours de la seconde moitié des années 60, la présence navale oscilla en moyenne entre 5 à 7 bâtiments présents sur zone. A la suite de la fermeture de Suez en juin 1967, la France maintint alors un "noyau dur" de 5 unités opérant à partir de Diego-Suarez et de Djibouti. Cette petite flotte était composée de deux avisos-escorteurs, bâtiments modernes qui commencèrent à être déployés de manière permanente sur ce théâtre à partir de 19635, de deux anciens dragueurs côtiers construits dans les années 50 et transformés en patrouilleurs et d’un vieux bâtiment amphibie hors d’âge.

A ces forces permanentes, il convenait de rajouter la présence temporaire d’une ou deux unités supplémentaires en moyenne chaque mois, qui étaient soit des navires effectuant un transit entre la métropole et le Pacifique, soit des bâtiments stationnaires basés en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie ou à Dakar qui gagnaient l’arsenal de Diego-Suarez pour y subir un grand carénage6.

Certains transits entre la métropole et le Pacifique eurent un caractère prestigieux ou spectaculaire. Entrent dans cette catégorie les croisières que le Groupe Ecole effectua en océan Indien au cours des campagnes d’application 1964-1965, 1965-1966 et 1969-1970, et surtout les transits rapides en direction de la Polynésie qu’effectua à deux reprises le groupe aéronaval "Alfa" (en avril-mai 1966 et en avril 1968) à la veille d’une campagne de tirs au Centre d’Essai du Pacifique (CEP)7.

En cette période de calme apparent, les activités imparties aux FMOI se bornaient à effectuer des allées et venues entre Diego-Suarez et Djibouti, à relâcher fréquemment aux Comores et beaucoup plus épisodiquement à la Réunion, à montrer le pavillon auprès des pays riverains et à entretenir de bonnes relations avec certaines marines amies (britannique, portugaise, sud-africaine, éthiopienne, pakistanaise). Le "temps fort" de cette modeste présence navale se produisait lors de la croisière traditionnelle qu’effectuait de janvier à mars un aviso-escorteur en direction de la mer Rouge, de la mer d’Oman et du golfe arabo-persique. Chaque année le rituel était le même : partant de Diego-Suarez, ce bâtiment relâchait quelques jours à Djibouti à la fin janvier, d’où il gagnait Massaouah pour participer début février en compagnie d’unités américaines, anglaises et soviétiques aux "Navy Days" de la marine éthiopienne, c’est-à-dire aux festivités célébrant la sortie d’une nouvelle promotion de ses élèves-officiers8 ; après avoir retouché Djibouti, le bâtiment effectuait une mission de représentation d’environ deux semaines à l’intérieur du Golfe, le conduisant, la plupart du temps en Iran, à Bahrein (qui abritait à l’époque une petite base navale anglo-américaine) et de manière plus épisodique dans certains ports de la rive arabe du Golfe, avant de regagner Diego-Suarez.

Ce port, véritable "proue pointée vers le nord-est de cet immense île-porte-avions que figure Madagascar dans l’océan Indien" 9 était sans conteste la meilleure installation militaire dont disposait la France dans la région.

D’un point de vue "stratégique", le site de Diego-Suarez était situé à 4 jours de mer de Djibouti, à 2 de la Réunion et à 1 des Comores, c’est-à-dire qu’il était presque idéalement placé au centre de la sphère d’influence française en océan Indien. Il constituait en outre, en cas de fermeture du canal de Suez, un relais important pour les navires empruntant la route du Cap, qu’ils passent par le canal du Mozambique ou qu’ils contournent Madagascar.

D’un point de vue maritime, "Diego" possédait une rade magnifique, accessible à des navires calant 20 mètres. Il s’agissait là d’un très vaste plan d’eau en eau profonde, dont la superficie équivalait approximativement à celle de la rade de Brest10.

Mais la valeur de ce "joyau stratégique" reposait surtout sur un arsenal remarquablement équipé qui constituait l’établissement industriel le plus moderne de Madagascar. Il était équipé en particulier d’un bassin de radoub de 200 mètres de long, capable d’accueillir des croiseurs et même des porte-avions légers.

Outre ce bassin, l’arsenal possédait une fonderie pouvant produire plus de 10 tonnes de métal par jour et des ateliers permettant la réparation de coques et de machines ainsi que la fabrication de pièces aussi délicates à réaliser qu’une hélice de paquebot. Ces installations étaient complétées par divers magasins, des entrepôts frigorifiques, des cantonnements, un hôpital et une école de formation technique réservée au personnel malgache. Enfin, à proximité du port se trouvaient plusieurs aérodromes faciles d’accès (celui d’Arrachat et surtout la BAN d’Andrakaka) ; un centre d’instruction au débarquement aménagé à Cap Diego ; un centre de repos pour les équipages situé à Raména ; ainsi qu’un ensemble d’installations terrestres défensives occupées par des éléments de la Légion étrangère11.

Ces installations étaient en grande partie largement surdimensionnées pour la demi-douzaine de navires stationnés alors en océan Indien. En fait, la présence militaire française dans la région s’inspirait essentiellement des dispositifs mis en place en Afrique occidentale et centrale et reposait plutôt sur des forces terrestres basées en majeure partie à Madagascar. La "Grande Ile" et non la Réunion abritait l’état-major de la zone sud de l’océan Indien, et près de 4 200 militaires français (légionnaires, parachutistes, aviateurs et marins) occupaient divers cantonnements répartis dans tout le pays12.

Ainsi, bien que possédant l’une des plus grandes bases navales de l’océan Indien et disposant d’une marine alignant à cette époque un nombre élevé de bâtiments en service (près de 240, de tous types, en 1967), la France n’affectait à cette époque qu’une petite poignée de bâtiments sur ce théâtre. Les raisons de cet apparent paradoxe étaient somme toute relativement simples. Jusqu’à la fin des années 60, l’océan Indien faisait figure de zone relativement stable où la Royal Navy demeurait un "gendarme" incontournable. En outre, la marine française privilégiait à cette époque d’autres théâtres d’action qu’elle jugeait largement plus prioritaires.

L’EXISTENCE DE THÉÂTRES D’OPÉRATIONS PLUS PRIORITAIRES POUR LA MARINE NATIONALE

Au cours de la décennie 60, le visage de la Marine française va beaucoup évoluer. La Marine issue de l’après-guerre, composée essentiellement d’unités âgées, d’origine américaine, britannique et canadienne, livrées avec célérité durant la guerre froide au titre du Pacte d’Assistance Mutuelle, va être rééquipée avec des navires neufs, construits dans les arsenaux français par les gouvernements successifs de la IVe République qui bénéficièrent d’ailleurs pour cela d’un financement en partie américain13.

Dans le même temps, l’instauration de la Ve République va provoquer de profonds bouleversements dans la politique militaire française. Celle-ci va être marquée par deux événements fondamentaux à l’arrêt de la guerre d’Algérie et l’adoption du "virage nucléaire", la fin de la première permettant financièrement la bonne réalisation du second. Or, chacun, à sa manière, va affecter la politique navale de la France. Suite au retrait d’Afrique du Nord, le secteur méditerranéen va perdre une bonne partie de son importance, tandis que pour la première fois dans l’Histoire, la Marine va se voir confier une place de premier choix dans la défense du pays ; à ce titre, elle va devoir développer et mettre en œuvre une flotte sous-marine stratégique destinée à devenir la clé de voûte du dispositif français de dissuasion, quitte pour cela à "sacrifier" le renouvellement de sa flotte de surface.

Malgré ce choix lourd de conséquences pour le devenir des "forces conventionnelles", la Marine nationale va posséder jusqu’à la fin des années 60 une flotte d’un tonnage élevé. Ses principales unités de combat sont alors des navires modernes ayant pratiquement tous moins de 10 ans d’âge. Ces bâtiments ont pour missions principales de maintenir la permanence des liaisons entre la métropole et ses possessions d’outre-mer et d’assurer la présence française dans le monde. Ils doivent également participer à la défense des lignes de ravitaillement et de communication maritime de l’Europe, tout d’abord dans le cadre de l’OTAN puis, à partir de 1964, simplement en coopération avec les Alliés occidentaux14.

Les nouvelles orientations stratégiques récemment adoptées vont entraîner tout au long de la décennie 60 d’importantes modifications, touchant au déploiement des forces navales et à la redéfinition des missions qui leur étaient imparties. La grande majorité des forces de surface, jusque là affectée en Méditerranée, pour cause principalement de guerre d’Algérie, va être peu à peu transférée en Atlantique afin de participer de diverses manières à la réalisation de l’arsenal nucléaire français.

Le redéploiement entre flottes du "Ponant" et du "Levant" est une grande constante dans l’histoire maritime française. Celui qui intervint à partir de 1965 commença tout d’abord par une évolution sémantique : jusqu’alors, le gros des forces navales était basé en Méditerranée et formaient ce que l’on appelait majestueusement "l’Escadre", tandis alors que les forces stationnées en Atlantique ne constituaient que "l’Escadre légère". A partir du 15 septembre 1965, entra en vigueur une nouvelle articulation des forces qui modifia la hiérarchie entre les deux façades maritimes, en créant une "Escadre de la Méditerranée" opérant à partir de Toulon et une "Escadre de l’Atlantique" basée à Brest. Cette dernière allait rapidement être renforcée, comme devait le prouver l’affectation à l’automne 1965 du porte-avion Clemenceau en Bretagne, suivi quelque mois plus tard par celle de son "sister-ship" le Foch.

Les raisons d’un tel redéploiement étaient multiples, mais tenaient avant tout à la baisse d’intérêts stratégiques que représentait la Méditerranée depuis le retrait d’Afrique du Nord et l’abandon de l’Algérie. Pour la Marine, ces événements avaient signifié la perte de deux importantes bases, celle de Bizerte en Tunisie et celle de Mers el-Khébir en Algérie, qui allait être définitivement évacuée en 1968. Cette tendance au désengagement en Méditerranée s’accentua à partir de juin 1967, à la suite de la fermeture du canal de Suez durant la guerre des Six Jours. La coupure du canal transformait la Méditerranée en une sorte de cul-de-sac susceptible de devenir pour les grosses unités de la flotte une véritable souricière en cas de conflit. Toulon perdait en outre son utilité de base arrière des forces de l’océan Indien. Désormais, Djibouti était totalement excentré par rapport aux zones d’activités prioritaires de la Marine nationale et il fallait, en contournant l’Afrique, approximativement la même durée pour rallier Diego-Suarez à partir de Brest ou du port varois, soit plus d’un bon mois de mer.

En Atlantique, au contraire, la Marine disposait de trois bons ports - Brest, Lorient, Cherbourg - dotés d’arsenaux modernes ayant été en grande partie reconstruits au lendemain de la guerre. Ainsi, la reconstruction de l’arsenal de Brest, détruit à près de 95 % en 1945, s’était-elle achevée seulement en 1958. Désormais, le grand port breton était capable d’accueillir des forces importantes et il allait jouer un rôle capital dans la constitution des forces océaniques stratégiques.

A partir de 1964 son arsenal entreprit la construction du premier sous-marin- nucléaire lanceur d’engins (SNLE), tandis que le site de "l’île Longue", îlot situé en rade de Brest, fut retenu en 1967 pour servir d’emplacement à la future base d’opération des SNLE. Brest devint ainsi un site clé de la stratégie de défense française, nécessitant d’être protégé contre toute menace d’agression ou contre toute tentative d’incursion de "curieux" malintentionnés.

à ce titre, d’importants moyens de la Marine nationale (navires de surface, sous-marins et forces aéronavales) furent regroupés en Atlantique afin d’assurer la protection du port, la surveillance de ses abords immédiats et le contrôle de ses atterrages océaniques, étant donné que les futurs SNLE devaient pouvoir gagner leurs zones d’opérations en toute sûreté.

D’autres forces furent affectées au Centre d’Essais des Landes, où étaient mis au point les engins balistiques destinés à équiper les SNLE et ceux de la base du plateau d’Albion. Les tirs s’effectuant à partir du littoral landais en direction de l’Atlantique sud (les missiles étant censés retomber au large des Açores), il était nécessaire de disposer de moyens aériens et navals permettant d’assurer la sécurité du Centre de tir mais surtout de contrôler la trajectoire du missile et de couvrir la zone de réception en mer, afin de récupérer l’engin avant qu’une puissance étrangère ne le fît.

Mais l’effort le plus important consenti par la Marine nationale à cette époque dans l’optique nucléaire s’effectua en Polynésie, dans le cadre du Centre d’Expérimentation du Pacifique, le CEP. Un centre expérimental fut édifié sur l’atoll de Mururoa - situé à 17 000 kilomètres de la métropole - pour servir de cadre aux essais nucléaires français. Le choix de ce site ne manqua pas de poser de lourds problèmes logistiques. L’éloignement et l’insularité du nouveau champ de tir expliquent pourquoi la Marine nationale se vit confier un rôle prépondérant lors de ces expérimentations nucléaires, que ce soit par les moyens déployés, les dépenses effectuées, les effectifs détachés et les responsabilités exercées.

Durant les années 65-70, près de 30 navires, avisos-escorteurs, pétroliers, bâtiments-base, unités amphibies, navires de commandement furent affectés en permanence au CEP, soit près de 60 000 tonnes, et ce, sans compter une multitude de petits engins amphibies, de vedettes, de gabares et autres bâtiments portuaires. Cette présence permanente était encore renforcée en période de tirs, puisque d’importantes forces navales supplémentaires étaient déployés pendant quelques mois afin d’assurer du mieux possible la sécurité du site. Ainsi, au cours de la la campagne de tir, s’étendant de juillet à octobre 1966, le groupe "Alfa", articulé autour du porte-avions Foch, fut expédié dans le Pacifique, où furent alors déployés 7 000 hommes et 120 000 tonnes de bâtiments.

En tenant compte des navires en refonte ou en carénage et de ceux affectés à un titre ou à un autre au "défi atomique", il ne restait alors que fort peu de navires disponibles pour être déployés en océan Indien. En fait, l’axe Atlantique/Pacifique Sud via le canal de Panama était devenu très largement prioritaire sur l’axe Méditerranée - océan Indien, temporairement rompu à la suite à la fermeture du canal de Suez. Le théâtre indo-océanien n’était plus perçu par les autorités françaises que comme une voie de transit alternative au canal de Panama pour se rendre ou pour revenir du Pacifique Sud, zone alors hautement vitale pour le devenir de la politique d’indépendance nationale.

D’autre part, l’océan Indien apparaissait à cette époque comme une zone relativement épargnée par les soubresauts qui agitaient alors le Proche-Orient ou la Péninsule indochinoise. La seule grande source d’inquiétude, l’antagonisme indo-pakistanais, n’avait ni l’ampleur ni la démesuré du conflit israélo-arabe ou de la guerre du Viet-Nam, et n’intéressait que très indirectement la France. Pour nombre d’observateurs à Paris, la primauté occidentale y semblait profondément enracinée. La Royal Navy tenait encore solidement la zone grâce à ses bases d’Aden (du moins jusqu’à son abandon en 1967) et de Singapour. Rien ne pouvait apparemment remettre en cause la suprématie séculaire anglaise dans ces eaux, même si à partir de 1968 l’Union soviétique commença à y entretenir une présence navale permanente, bien qu’encore largement symbolique.

Malgré la faiblesse des forces navales déployées, le dispositif de défense français existant dans la zone semblait suffisamment solide pour contenir toute menace planant sur la sphère d’influence française en océan Indien. Pourtant les apparences étaient trompeuses. Cette zone, jusque-là si calme, allait connaître de graves turbulences à la suite de l’annonce du retrait britannique de ces parages. La décision prise par Londres allait favoriser l’apparition d’un "vide de puissance" hautement déstabilisateur au début de la décennie 70.

LA MISE EN ŒUVRE D’UNE NOUVELLE POLITIQUE NAVALE EN OCÉAN INDIEN AU DÉBUT DES ANNÉES 70 EN RÉPONSE AUX MUTATIONS GÉOPOLITIQUES RÉGIONALES

Les années 70 vont être marquées par un ébranlement de la primauté occidentale en océan Indien aboutissant à une remise en cause "tous azimuts" de la présence française dans la région. De 1972 à 1978, l’intégralité des positions que Paris possédait alors dans la région va être touchée, d’une manière ou d’une autre, par cette dynamique déstabilisatrice : révolution progressiste à Madagascar en 1972, litige territorial et juridique concernant les îles Eparses à partir de 1973, décolonisation ratée des Comores et sécession de Mayotte en 1975, indépendance problématique de Djibouti en 1977, apparition de tendances indépendantistes à la Réunion, voire même activisme inquiétant des flottes de pêche soviétiques dans les atterrages immédiats des îles australes15.

Tout au long de ces années, l’océan Indien qui était un véritable "lac britannique" depuis plus de 150 ans, va se transformer en une aire de confrontations privilégiée entre l’Est et l’Ouest, voire entre le Nord et le Sud. Cette zone va devenir le théâtre de quasiment tous les grands bouleversements touchant les relations internationales contemporaines au cours des décennies 70 et 80 : déclin des puissances coloniales européennes, confirmation du duopole mondial soviéto-américain, concurrence sino-soviétique, affirmation politique des pays riverains, non-alignement, développement de l’islamisme radical, apparition de nouvelles puissances militaires régionales, prolifération des armements balistiques, chimiques voire nucléaires, etc. La liste est longue !

La constitution dans la douleur d’un nouvel ordre régional va provoquer une succession de crises aussi graves que brutales (guerre indo-pakistanaise de 1971, insurrection au Dhofar, guérilla en Erythrée, révolution éthiopienne de 1974, etc.). Même la sphère d’intérêts française, apparemment épargnée au début des années 70 par cette dangereuse spirale, va être bientôt touchée de plein fouet. Le coup de tonnerre initial éclate en mai 1972 au cœur même du noyau dur du dispositif français, à Madagascar, emportant le régime du francophile président Tsirana et annonçant de nouveaux orages ailleurs. Surtout, le séisme politique qui secoue l’île va entraîner la renégociation des accords de défense de 1960, et aboutir à l’évacuation de "Diego-Suarez" par la marine française en 1975, retrait qu’il sera difficile de combler.

Paris va pourtant réagir et tenter de sauvegarder du mieux possible un double statu-quo :

- le maintien de la présence française dans la zone, sous toutes ses formes (territoriales, militaires, culturelles, économiques, commerciales, etc.) ;

- la préservation de la suprématie occidentale dans la région, en agissant en compagnie de ses alliés occidentaux, dont principalement les Etats-Unis, et de certains riverains "amis" pour contrer les multiples tentatives de déstabilisation d’origines diverses touchant la zone.

Pour atteindre ce double but, les responsables français vont avoir recours à une vaste gamme de moyens d’ordre politique économique, financier, culturel et militaire. Dans ce dernier cas, il a souvent été fait appel à la Marine nationale, ce qui apparaît plus que logique, vu la dimension essentiellement maritime de cette partie du monde : à de multiples reprises, les forces navales vont être employées comme de précieux instruments de politique étrangère et obtenir des résultats assez favorables.

Pour cela, Paris va devoir adapter sa présence militaire au nouveau contexte régional et accorder en particulier un rôle croissant à ses forces navales. Cette nouvelle politique navale dans la région va être concrétisée par :

- une nouvelle organisation du commandement (création de la fonction d’Alindien) ;

- de nouvelles structures opérationnelles et logistiques : abandon de l’arsenal de Diego-Suarez, repli sur le point d’appui de Djibouti, amélioration des installations de la Réunion et priorité au soutien logistique mobile ;

- ainsi que par le déploiement d’un nombre croissant de nouveaux bâtiments.

Dans le but d’enrayer, ou du moins de contenir, la dégradation de la situation en océan Indien, la Marine française y accrut son potentiel au début des années 70, et cela paradoxalement au moment où elle perdait progressivement le contrôle puis l’accès à sa principale base dans la région. L’abandon définitif de Diego-Suarez fut néanmoins largement compensé par la réouverture du canal de Suez, ces deux événements se produisant curieusement à 2 jours d’intervalle, respectivement les 4 et 6 juin 1975. La France fut avec l’Union Soviétique l’une des grandes bénéficiaires de cette réouverture. Désormais, alors que le dispositif français était redéployé dans le nord de la zone, en étant centré sur Djibouti, Toulon put rejouer son rôle de grande base arrière des forces de l’océan Indien.

Le port varois put d’autant mieux jouer ce rôle qu’à partir de 1975 intervint un nouveau redéploiement des forces métropolitaines entre Levant et Ponant, cette fois au bénéfice de l’escadre de la Méditerranée. Cette décision fut prise au cours d’un conseil de défense, tenu le 18 décembre 1974, en prévision de la réouverture du canal de Suez et alors que la tension montait au Proche-Orient où allait bientôt débuter l’interminable guerre civile au Liban16.

En conséquence, la présence navale française en océan Indien allait considérablement s’étoffer, à tel point qu’aux alentours des années 76-78, la Marine nationale allait devenir la première puissance navale de la région, en maintenant plus de 4 500 hommes embarqués sur une vingtaine de bâtiments, soit un niveau supérieur aux potentiels alors entretenus par l’URSS et les Etats-Unis.

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Cette présence navale reposait sur des moyens permanents accrus et modernisés et par l’envoi à partir de 1972 de renforts occasionnels, à l’occasion de "campagnes" s’étalant sur plusieurs mois.

L’accroissement des moyens permanents débuta en fait modestement dès l’été 1969 par l’affectation d’un 3e patrouilleur stationnaire, l’Altair, en provenance de Dakar. A la fin de 1971, un nouvel aviso-escorteur fut affecté à la zone maritime de l’océan Indien. C’était là aussi la troisième unité de ce type à la disposition des FMOI. Par la suite, le nombre d’aviso-escorteurs stationnaires passa à 4 au cours du dernier trimestre 1976, grimpant même jusqu’à 5 en novembre 1980.

Parallèlement, le nombre de patrouilleurs stationnaires s’accrut à partir de la fin de 1971. Tout au long des années 70, le nombre des patrouilleurs oscillera entre 4 ou 5 unités puis, par le jeu d’affectation dans le Pacifique, déclinera pour retomber à 3 durant les années 78-79.

Des efforts importants furent également consentis pour développer les moyens logistiques quasiment absents jusque-là et rendus des plus urgents du fait de l’abandon de Diego-Suarez. La flotte de l’océan Indien se vit affecter progressivement un pétrolier ravitailleur et des navires ateliers à partir de 1974, tandis que ses capacités de transport furent renforcées par l’affectation d’un navire de transport amphibie moderne du type Batral en novembre 1974, puis par l’arrivée en décembre 1976 en provenance du Pacifique d’un ancien cargo, le Saintonge. Opérant le plus souvent depuis la Réunion, ces deux unités furent chargées plus particulièrement des liaisons avec Mayotte et les mini-garnisons entretenues sur les îles Eparses.

En complément de ces forces, l’amiral "Alindien" disposa également désormais d’un avion de patrouille maritime Atlantic basé en permanence à Djibouti et d’un détachement de commandos-marines détaché de métropole.

Ce noyau de forces permanentes s’éleva régulièrement tout au long des années 70, passant de 7 unités en 1971 à une douzaine dans les années 1976-1979.

Mais en fait, durant ces années, la présence française fut beaucoup plus élevée. On comptait alors en moyenne, surtout durant les années 76-78 entre 15 et 20 navires suivant les mois, avec un record à 23 unités en novembre 1977. Ces variations s’expliquent par l’envoi de renforts temporaires, allant du simple navire auxiliaire à une puissante force aéronavale centrée sur un porte-avions participant à "une campagne" de quelques mois en océan Indien.

Le recours aux "campagnes" débuta en 1972. Constatant que la dernière grande force navale expédiée en océan Indien était le Groupe "Alfa" qui avait effectué, en avril 1968, une rapide traversée à destination du CEP, l’état-major de la Marine, sous l’impulsion de Michel Debré qui exerçait alors les fonctions de ministre des armées, décida d’organiser une mission de présence au cours du premier semestre 1972, la campagne "Mascareigne". Comprenant 5 unités17, cette force avait une signification politique évidente, consistant à montrer concrètement la détermination de la France à demeurer et à agir dans la zone. Elle possédait également une signification opérationnelle patente, en démontrant la possibilité de renforcer les FMOI malgré la fermeture du canal de Suez et la longueur de la route du Cap. Ces 5 unités, ajoutées à celle du groupe Ecole permirent à la France de maintenir simultanément sur place 14 bâtiments en mars 1972.

Ce déploiement temporaire, combiné avec l’affectation permanente de nouvelles unités, fait de l’année 1972 le point de départ du développement de la présence navale française en océan indien. Cette année-là, 26 bâtiments se succédèrent dans cette région, visitant près d’une soixantaine de ports dans une trentaine de territoires différents (possessions françaises, pays riverains indépendants ou ultimes colonies). Si les activités retombèrent en 1973, qui n’est marquée par aucun envoi spectaculaire si ce n’est ceux de trois paires d’escorteurs rapides pour compenser l’indisponibilité temporaire des avisos-escorteurs18, le second semestre 1974 allait donner lieu à des envois massifs de bâtiments.

Les campagnes se succédèrent, rendues plus aisées par la réouverture de Suez : "Mousson" de juin à novembre 1974, "Saphir" de novembre 1974 à février 1975, "Thétis" de mars à début juillet 1975, "Nérée" de juin à décembre 1975, "Aurore" de décembre 1975 à fin mars 1976, "Orion" de février à avril 1976.

A cette date, les unités de combat détachées de métropole furent envoyées une par une à partir d’avril 1976, "Alindien" disposa à longueur d’année, en plus d’une flottille d’avisos-escorteurs, d’un, voire de deux, escorteurs d’escadre ou frégates relevés environ tous les 6 mois.

Ces renforts et les unités affectées en permanence aux FMOI furent employés à diverses reprises dans des opérations de diplomatie navale, tantôt "coopératives", tantôt "coercitives". Ainsi les bâtiments de la force "Saphir" portèrent assistance en février 1975 à l’île Maurice qui venait d’être dévastée par le cyclone "Gervaise". Mais surtout les FMOI montèrent une garde permanente dans le canal du Mozambique, à proximité des îles Eparses, afin de dissuader les autorités malgaches de tenter de s’emparer de ces îlots qu’elles revendiquaient depuis 1973. Ces forces effectuèrent également diverses démonstrations navales durant l’été 1975 dans le but d’empêcher les nouvelles autorités comoriennes de récupérer l’île de Mayotte dont la population souhaitait très majoritairement demeurer française.

D’une manière plus latente, ces bâtiments furent utilisés pour montrer le pavillon auprès des nombreux pays riverains. Si un certain nombre de pays progressistes se fermèrent durant cette période aux navires français (Somalie, Tanzanie, Madagascar, Ethiopie et Mozambique), le nombre de pays visités chaque année oscilla largement au dessus de la vingtaine. Profitant de l’éclipse provisoire de la Royal Navy, la Marine nationale renforça ses escales en direction de deux zones considérées jusque-là comme des "chasses gardées britanniques" :

- les anciennes colonies anglaises de "Franconésie" (Maurice et Seychelles) qui, devenues indépendantes, redécouvraient leur identité francophone ;

- et les pays du golfe arabo-persique qui apparaissaient comme des partenaires politiques potentiels et surtout comme des marchés économiques prometteurs.

A côté de ces activités diffuses, la Marine nationale fut une nouvelle fois engagée dans une opération de nature très spectaculaire à l’occasion de l’indépendance de Djibouti en 1977. Désireux de prévenir toute surprise désagréable de la part des voisins du futur Etat, et plus particulièrement des somaliens, les responsables français envoyèrent de fin avril à début décembre 1977 la force aéronavale "Saphir II" afin de parer à toute éventualité et d’assurer, si cela avait dû s’avérer nécessaire, le rapatriement urgent de la colonie française.

Cette démonstration navale préventive s’avéra être une réussite certaine puisque la République de Djibouti a échappé aux appétits expansionnistes de ses voisins et a fait figure - du moins jusqu’à ces tous derniers mois - d’unique pôle de stabilité dans la Corne de l’Afrique. Cette intervention préfigurait ainsi par bien des aspects les engagements répétés opérés par la Marine française aux abords du golfe arabo-persique durant les années 80. Reste à savoir si, compte-tenu du vieillissement de la flotte de surface et du renouvellement insuffisant de son potentiel, la Marine nationale pourrait à l’avenir rééditer - seule - de tels engagements dans des zones aussi troublées.

 

 

LES DIFFÉRENTES "CAMPAGNES" FRANÇAISES EN OCÉAN INDIEN DANS LES ANNÉES 70

 

Composition

Date

Mascareigne

Escorteur d’escadre Tartu

La Bourdonnais, Du petit Thouars,

Pétrolier La Saône

Navire de soutien logistique Rhin

Février/juin 1972

Mousson

Frégate Duquesne,

Escorteur d’escadre Jaureguiberry

Navire atelier Garonne

Mai/
novembre 1974

Saphir

Porte-avions Clemenceau

Frégate Tourville,

Escorteur d’escadre Bouvet

Pétroliers La Saône et Aber Wrach

Octobre 1974/

février 1975

Thétis

Frégate Suffren

Escorteur d’escadre Kersaint

Mars /juillet 1975

Nérée

Escorteurs d’escadre D’Estrées et

Du petit Thouars

Juin / décembre 1975

Aurore

Porte-hélicoptères Jeanne d’Arc

Escorteur d’escadre Forbin

Décembre 1975 /
mars 1976

Orion

Sous-marins Junon et Marsouin

Navire de soutien logistique Rhône

Février /
avril 1976

Saphir II

Porte-avions Foch,

rapidement relevé par le Clemenceau,

Frégate Tourville,

Escorteur d’escadre Bouvet

Pétroliers La Saône

Avril / décembre 1977

________

Notes:

1 Ce terme a été forgé par le grand historien mauricien Auguste Toussaint pour qualifier les ensembles insulaires du sud-ouest de l’océan Indien (Seychelles, Mascareigne, Chagos) qui ont en commun d’avoir bénéficié de (ou subi) l’apport culturel (ou l’impact colonial) de la France. Voir Auguste Toussaint, Afrique contemporaine, n° 40, novembre-décembre 1968. Dans l’article qui suit, nous nous permettrons d’élargir cette définition afin d’y englober en plus Madagascar et les Comores et de réunir ainsi sous ce terme de “Franconésie” la totalité des ensembles insulaires francophones du sud-ouest de l’océan Indien.

2 Outre ces gains de temps et d’argent, cette solution s’imposait d’autant plus qu’à la fin du conflit mondial, les arsenaux métropolitains de Cherbourg, Toulon, Lorient et Brest étaient détruits respectivement à 70, 80, 90 et 93 %. A contrario, le site de Diego était intact et fut même modernisé en priorité à la fin des hostilités. Dès le printemps 1945, près de 3 000 tonnes d’équipements et de matériaux y furent expédiés, en faisant ainsi l’un des arsenaux les mieux outillés de la France d’après-guerre. De nouveaux travaux de modernisation furent entrepris de 1949 à 1956 en raison de la campagne d’Indochine. Sur la réactivisation de Diego-Suarez après-guerre, voir Jean Amanrich, “Diego-Suarez, base stratégique”, Revue de la Défense nationale, juin 1950, pp. 662-674.

3 Hormis quelques tournées épisodiques dans le golfe de Siam et de rares escales au Sud-Vietnam durant les années 60, la seule activité qu’exercera désormais la Marine nationale dans cette région s’effectuera dans le cadre de la mission militaire française au Cambodge qui demeurera dans ce pays jusqu’en 1969 et se traduira par l’envoi de personnels et par la cession de matériels au profit de la marine kmère.

4 Cette force comprenait : le croiseur De Grasse (navire amiral), le porte-avions Foch, les escorteurs d’escadre Cassard, Kersaint, Vauquelin et La Bourdonnais (formant la 4e division d’escorteurs d’escadre), la 5e division d’escorteurs rapides, ainsi que le pétrolier La Seine et le navire de soutien logistique Rhin.

5 L’ultime aviso-stationnaire de la génération de la guerre, le Beautemps-Beaupré fut définitivement retiré de l’océan Indien en juin 1965 après avoir subi un dernier carénage à Diego-Suarez durant l’automne et l’hiver 1964-1965. Dès lors, les nouveaux “aviso-escorteurs” et plus occasionnellement des “escorteurs rapides” furent chargés de montrer le pavillon tricolore dans ces parages.

6 De 1965 à 1970, 6 patrouilleurs stationnaires et 5 avisos-escorteurs affectés à la flotte du Pacifique vinrent se faire caréner à Diego-Suarez, évitant ainsi d’effectuer un plus long périple vers la Métropole. La traversée venait de Tahiti, mais offrait l’occasion d’organiser des escales en Asie du Sud-Est et en Inde, pays rarement visités par les maigres forces permanentes stationnées dans la partie occidentale de l’océan.

7 Dans les deux cas, le Groupe “Alfa” fut composé d’une demi-douzaine d’unités dont un porte-avions, des escorteurs d’escadre et des navires de soutien, soit environ 3 000 hommes d’équipages. A chaque fois, au lieu d’emprunter le canal de Panama, ces bâtiments transitèrent par Le Cap et effectuèrent une courte escale de quelques jours à Diego-Suarez avant de reprendre la mer en direction de la Polynésie.

8 Ces cérémonies donnaient lieu à des rencontres sportives, à un défilé des troupes à terre et à une petite revue navale. Mais elles offraient surtout l’occasion pour de hauts responsables venus spécialement de Paris, comme certaines années le chef d’état-major ou l’inspecteur général de la Marine, de rencontrer directement le Négus. Ce dernier avait d’ailleurs pour habitude d’honorer les marins français en acceptant de se rendre à une invitation à bord du principal navire français présent pour y passer une soirée de gala.

9 Vice-amiral Barjot, “L’importance stratégique de Djibouti, de Diego-Suarez, des Comores et de la côte occidentale de Madagascar”, Marché coloniaux du monde, 381, 28 février 1953, p. 607.

10 La rade possède 105 km2 de fonds supérieurs à 10 mètres, dont 80 km2 supérieurs à 20 mètres de fond.

11 Le plan du système défensif du site fut conçu en 1900 par le colonel (et futur maréchal) Joffre. Voir Vice-amiral Barjot, “La zone stratégique de l’océan Indien”, Revue de la Défense nationale, mars 1953, pp. 259-268.

12 A la même époque, la présence militaire à la Réunion, pourtant département français, se limitait à quelques éléments administratifs de commandement et de soutien et de quelques forces de gendarmerie. D’autre part, faute de ports et d’abris naturels suffisamment sûrs en raison de rivages inhospitaliers, l’île ne recevait que rarement la visite de bâtiments français, les grosses unités (porte-avions, croiseurs) évitant quasi-systématiquement l’ancienne île Bourbon. Au contraire, Diego-Suarez était le point de passage obligé de tous les navires tricolores naviguant en océan Indien.

13 Sur ce sujet, voir Philippe Masson, “La politique navale française : 1945-1967”, La revue maritime, avril 1968, pp. 469-483.

14 L’année 1964 est symbolique à double titre pour la Marine nationale :

15 Sur ce point, voir l’article du contre-amiral Leroux, “La France australe menacée”, La revue maritime, août-septembre 1978.

16 Ces transferts touchèrent la frégate Aconit en juillet 1975 ; le porte-avions Clemenceau et la frégate Dusquesne en octobre 1975; le porte-avions Foch et le croiseur Colbert en 1976 et la frégate Suffren en 1977.

17 Pour la composition de cette force navale, voir le tableau récapitulatif à la fin de l’article.

18 A la suite de problèmes d'entretien et d’une importante avarie de machine de l’aviso-escorteur Commandant Bory, il s'avéra nécessaire de faire appel temporairement de mai 1972 à juin 1973 à des escorteurs rapides qui furent envoyés par paire pour des missions de 4 mois avant que la situation ne retourne à la normale.

 

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