UNE GUERRE CIVILE LIMITEE : 

LA GUERRE CIVILE ANGLAISE (1642-1651)

 

Jean-Pierre POUSSOU

 

Le caractère inexpiable que l’on assigne, à raison le plus souvent, aux guerres civiles, peut faire croire que le présent article veut en quelque sorte démontrer un paradoxe. Il n’en est rien : à la fois parce qu’en réalité les guerres civiles ont toujours un caractère limité, et parce que celle qui déchira l’Angleterre à partir de 1642 le fut réellement.

La première affirmation est facile à démontrer. La violence, voire la cruauté, caractérisent bien les guerres civiles. Elles n’en sont pas moins, en règle générale et globalement, des conflits plus limités qu’on ne le croit souvent. Il est rare en effet qu’elles mettent en jeu des forces armées et des moyens considérables, rare que les belligérants s’y affrontent en très grand nombre. Les ravages peuvent être importants, les conséquences catastrophiques, mais le plus souvent c’est la durée ou c’est la violence des comportements qui donnent de l’ampleur aux malheurs qu’elles provoquent. Considérons par exemple l’époque de la Terreur en France. Malgré le grand nombre de victimes, tout particulièrement celles de Vendée, auxquelles il faut ajouter des conséquences démographiques plus larges1, malgré l’horreur de ce qui se passa2, les ravages furent limités dans l’espace : à la Vendée et à ses abords, à Lyon et plus secondairement à Toulon, où il y eut au demeurant intervention extérieure. Il en fut de même des conséquences de la Fronde, surtout graves dans la région au sud de Paris3. Quant aux guerres de religion, leur poids vint essentiellement de leur durée et, au demeurant, on n’a pas suffisamment souligné que, somme toute, le relèvement fut rapide, même si, là où les ravages avaient été particulièrement importants, la bonne santé économique ne fut recouvrée que lentement. On ne peut pas en effet ne pas noter, par exemple, l’essor très rapide de la production de vin du Languedoc, effective dès 1593-15944. Par ailleurs, il est souvent difficile de préciser ce qui est dû aux guerres civiles et ce qui naît des difficultés épidémiques ou climatiques. Ainsi, en Ile-de-France, les années 1580 sont difficiles, par suite de la peste de 1580 et des très mauvaises récoltes de 15855. Alors que, pendant longtemps, on avait avancé que la chute des produits décimaux traduisait celle des récoltes, Emmanuel Le Roy Ladurie a montré que c’était une erreur de perspective : "en valeur absolue, la part de fruits tient bon, la dîme seule s’effondre. C’est bien la preuve que la production de blé ne baisse pas en Camargue pendant la guerre civile, ou qu’elle baisse peu. Ce qui décline en fait, c’est la bonne volonté du paysan décimable : huguenot, ou même catholique, il ne veut plus donner son froment gratis aux prêtres décimateurs. Il préfère le consommer, ou le vendre aux Génois et aux Marseillais, clients du blé d’Arles" 6. Pour faire le bilan des guerres de religion, et bien sûr de tout autre guerre, civile ou non, il faudrait pouvoir, "par une opération intellectuelle, séparer les différents facteurs de l’évolution économique et sociale. Or, si la guerre est, écrit Jean Jacquart, l’élément essentiel de la conjoncture trentenaire, il faut se souvenir qu’elle n’est pas le seul. Aux folies des hommes s’ajoutent les caprices de la nature, le jeu des saisons médiocres, qui réduisent les récoltes", et la fréquence des "maladies de contagion" 7. En fait, les décalages sont nombreux, et il faudrait disposer d’une histoire régionale détaillée de la France entre 1560 et 1610 pour pouvoir bien mesurer les conséquences des guerres de religion.

Par comparaison, la Guerre civile anglaise est nécessairement plus limitée, puisqu’elle ne dure chronologiquement que neuf ans, et moins encore effectivement, l’intensité et l’extension des combats ne correspondant qu’à la période qui va de l’automne de 1642 au printemps de 1646, avec une reprise d’importance réduite en 1648. Bien d’autres aspects vont nous permettre d’insister sur ce caractère limité, par comparaison avec ce qui se passe alors sur le continent où se déroule la guerre de Trente Ans, le paradoxe étant qu’entre la guerre des Deux Roses et les bombardements allemands de la seconde guerre mondiale, la Guerre civile fut le seul grand épisode militaire intérieur que connut l’Angleterre.

*

* *

Auparavant, il convient de mettre en place ce qui se passe en Angleterre entre 1642 et 1650. Tout a commencé en réalité en Ecosse, lorsque Charles Ier, conseillé par l’archevêque de Cantorbery, Laud, voulut imposer à ce pays la liturgie anglicane. La mise en vigueur des nouveaux rites provoqua l’émeute du 23 juillet 1637 dans la cathédrale Saint-Gilles d’Edimbourg ; la révolte gagna tout le pays, déboucha sur le "National Covenant" de février 1638, puis sur les deux "Guerres des Evêques" entre les Ecossais et Charles Ier. Alors qu’il avait gouverné sans Parlement depuis 1629, en 1640 le roi fut obligé d’en appeler deux : le "Court Parlement" (13 avril -5 mai), puis à partir du 3 novembre, celui qui resta dans l’histoire comme le "Long Parlement" puisqu’il ne fut dissous qu’en 1660 ! La Guerre civile ne commença que durant l’été de 1642 lorsque le 22 août, à Nottingham, le roi, qui avait quitté Londres le 10 janvier, leva son étendard8. A travers les luttes régionales, dont la synthèse est difficile à présenter, et quelques grandes batailles, elle tourna à l’avantage du Parlement à la bataille de Naseby du 14 juin 1645. Les deux années qui suivirent virent la réduction progressive des différents centres de résistance royalistes, le dernier combat important ayant eu lieu à Torrington, dans le Devon, le 17 février 1646. Il y eut encore un sursaut royaliste durant l’été de 1648, puis leur dernière grande tentative : celle de 1651, qui se termina le 3 septembre de cette même année à Worcester9.

Même si d’importants combats eurent lieu en Ecosse et en Irlande, et même si Ecossais et Irlandais participèrent aux événements d’Angleterre, stricto sensu on ne peut parler que de l’Angleterre à propos de la Guerre Civile anglaise, les Îles Britanniques ayant en effet en 1640 pour caractéristique essentielle de constituer 3 royaumes différents sous un même souverain, chacun de ces royaumes ayant ses propres institutions10.

Les Anglais ressentirent très mal ces combats, auxquels d’ailleurs la majorité d’entre eux ne participèrent pas. C’est d’ailleurs une caractéristique d’ensemble des guerres civiles que cette non participation de la majorité des habitants, en dehors d’épisodes localisés comme ceux de la guerre de Vendée qui ne laissent d’autre choix que la lutte ou la fuite. Par là même, et sauf durant de brefs épisodes, toute guerre civile est donc limitée, puisque seules des minorités y participent. Malgré la levée de milices, ce fut particulièrement le cas en Angleterre. L’une des grandes surprises des travaux récents a été la découverte du fait qu’une très importante minorité de la gentry, voire dans certains comtés la majorité de celle-ci, n’a pas participé aux combats ou à la vie politique durant la Guerre Civile. L’un des exemples les plus éclatants en fut la gentry du Lincolnshire qui déclara qu’elle ne voulait combattre ni pour ni contre le roi. Même en East Anglia, où le puritanisme et l’engagement du côté parlementaire furent si forts, le neutralisme était très largement répandu11.

On insistera d’autant plus sur cette constatation que le débat historiographique anglais le plus important du dernier demi-siècle a tourné autour de l’interprétation de la révolution de 1640 et de la Guerre Civile par la montée ou le déclin de la gentry. Lancé par le grand historien de l’économie et de la société que fut Richard-Henry Tawney, auquel s’opposa Hugh Trevor-Roper, il eut pour thème essentiel de recherche de savoir si les événements des années 1640 eurent ou non pour origine une montée économique, sociale, et ensuite politique de la gentry, aux dépens de l’aristocratie (nobility) et du pouvoir royal12. Les études réalisées depuis 1950 ont montré tout d’abord qu’il n’y avait eu aucune unité de la gentry, ni de son évolution sociale, ni de ses attitudes politiques. Elles ont souligné ensuite la place que continuaient à tenir les Lords. Elles nous ont montré plus récemment, grâce à Conrad Russell, le poids du déroulement même des événements et le très grand rôle du court terme13. Elles nous ramènent donc vers l’importance majeure des idées politiques et religieuses14.

Mais, même dans ce dernier domaine, il n’y a aucune commune mesure entre la Guerre Civile anglaise et nos guerres de religion. Tout le monde ne participa pas à celles-ci, mais à l’évidence les affrontements furent globaux, des régions s’opposant à d’autres, des villes entre elles... Si la dimension religieuse de la Guerre Civile anglaise fut essentielle du côté des Parlementaires qui se battirent effectivement pour défendre leur conception de la religion, il est clair que les partisans d’une église presbytérienne anglaise n’étaient, tout comme les Puritains membres d’une secte, qu’une minorité de plus en plus étroite.

Avant d’analyser en profondeur cette question, il nous faut revenir aux conditions mêmes dans lesquelles s’est engagée la guerre et sur la façon dont elle se déroula, car c’est de là que vinrent ses limitations fondamentales.

Essentielle est, dans ce domaine, la faiblesse militaire de l’Angleterre au début du XVIIe siècle, criante lorsqu’on la compare aux forces armées que l’on trouve alors sur le continent, où les guerres sont, il est vrai, permanentes, alors que sa situation insulaire protège l’Angleterre15. Il est certain, par exemple, que les Provinces-Unies, nées de la révolte et de la guerre, obligées de se défendre contre l’Espagne depuis près de trois quarts de siècle, ont en 1640 une armée bien plus forte que celle de l’Angleterre. En 1635, la seule infanterie française dénombre 120 000 hommes effectifs ; entre 1621 et 1625, aux Pays Bas, les Espagnols ont plus de 60 000 hommes et les Néerlandais 48 00016. Jusqu’en 1603 et même 1608, l’Angleterre eut des contingents servant aux Pays-Bas aux côtés des troupes des Provinces-Unies, et un corps expéditionnaire - au demeurant peu nombreux - en Irlande ; depuis, ce n’est plus le cas. Quant à la frontière nord, il n’y avait nul besoin de la défendre, puisque le roi d’Ecosse, Jacques VI, était également devenu en 1603 Jacques Ier d’Angleterre ; en outre, depuis longtemps, la paix régnait entre les deux royaumes. En un mot, il n’y a aucune force armée digne de ce nom en Angleterre, et c’est l’un des traits saillants de la période 1642-1660 que la présence d’abord de forces armées, puis l’existence à partir de 1645 d’une armée permanente, qui prend très vite le visage d’une armée professionnelle, puis est entièrement au service du gouvernement tant qu’Olivier Cromwell est Lord-Protecteur.

Avant 1640, le souverain a la possibilité de recruter des troupes quand il le juge nécessaire ; mais, s’il n’a pas les ressources suffisantes pour les équiper, il lui faut demander des subsides extraordinaires au Parlement, ou emprunter. Comme les ressources royales sont toujours insuffisantes, il ne peut faire procéder à des levées de troupes sans trouver des ressources extraordinaires. Charles Ier n’y est pas arrivé au cours de la première "Guerre des Evêques" contre les Ecossais : l’armée mise sur pied était si piètre qu’il lui fallut éviter le conflit armé et accepter, le 18 juin 1639, la "Pacification de Berwick". Aux termes de celle-ci, aussi bien les Covenantaires écossais que le roi devaient licencier leur armée, cependant qu’un synode et un parlement écossais étaient convoqués. Le roi estimait avoir manqué de temps ; en sous-main, il entreprit donc de lever une nouvelle armée. Mais le problème financier restait le même : d’où la décision, à la fin de 1639, de convoquer au printemps un nouveau parlement dont le roi et ses conseillers estimaient que, dûment informé de la rébellion et de la trahison des Ecossais - ceux-ci avaient noué des contacts avec le roi de France, ce dont Charles Ier avait la preuve -, il voterait les subsides nécessaires. C’était oublier les griefs accumulés durant les onze années de gouvernement sans parlement17 : aux yeux des députés, il fallait d’abord réformer le gouvernement. Le roi les renvoya et acheva ses préparatifs militaires. Mais, pour les mêmes raisons que précédemment, l’armée rassemblée était très médiocre, et en outre nombre de ceux qui en faisaient partie éprouvaient beaucoup de réticence à l’égard de la cause royale. Les Ecossais purent donc facilement s’avancer en Angleterre et bousculer les troupes royales sur la Tyne : à Newburn, le 27 août. C’était la première défaite anglaise face aux Ecossais depuis la victoire en 1314 de Robert Bruce à Bannockburn !

Ces difficultés royales ne doivent pas nous étonner : la formation militaire anglaise se faisait en fait à travers l’institution de la milice ou grâce au service sur le continent dans des armées étrangères. La première est capitale car, au début de la Guerre Civile, la milice fournit une grande partie des troupes parlementaires. Ayant fait à plusieurs reprises la guerre sur le continent, Henry VIII avait mis sur pied plusieurs armées. Mais après lui ce ne fut pas le cas, en dehors de divers corps expéditionnaires, notamment ceux envoyés pour conquérir l’Irlande, ou celui confié à Leicester pour aider les Hollandais. En temps de paix, on n’avait donc que les "gardes du roi", qui assuraient la protection du souverain, servaient lors des grandes cérémonies, ou dans les garnisons permanentes qu’il fallait obligatoirement maintenir dans plusieurs grands ports. Cela représentait autour de 3 000 hommes, et il y en avait à peu près autant en Irlande et en Ecosse. On peut à cet égard reprendre ce que John Childs écrit à propos des armées de Jacques II en 1685 : "ces trois armées nationales étaient pathétiquement petites par rapport aux charges qui leur étaient demandées. Elles devaient en effet aussi bien garantir le pays contre une invasion étrangère que réprimer les soulèvements ou émeutes urbains ou campagnards, constituer les garnisons indispensables, fournir à la flotte les soldats dont elle avait besoin, et exécuter de nombreuses tâches relevant du cérémonial réglant la vie du roi ou celle de la Cour" 18. Et il y avait donc la milice laquelle, ici comme ailleurs, avait des origines très anciennes, au moins anglo-saxonnes. Elisabeth I l’avait notablement réformée. Tout d’abord en créant en 1573 les trained bands : on sélectionnait parmi les miliciens des comtés environ 100 000 hommes, qui formaient le coeur de la milice. L’encadrement était composé de membres de la gentry et de yeomen. Il n’y avait aucune organisation militaire particulière : pas de régiments par exemple, mais l’entraînement était régulier, l’esprit de corps réel, le sentiment patriotique et le souci de servir très profonds : on le vit bien en 1588 lorsqu’il leur fut fait appel pour faire face à l’Invincible Armada. Cette même année, une loi créa les lords-lieutenants de comtés, choisis parmi les membres de la chambre des Lords ; des deputy-lieutenants issus de la gentry les assistaient. Ils avaient pour charge d’encadrer et d’entraîner la milice, qu’ils commandaient au niveau du comté. En 1612 fut organisé le premier rassemblement général de la milice. Il était alors de mode d’en faire partie et d’en subir l’entraînement. L’idée du soldat citoyen était donc forte et très largement partagée. La qualité de la milice reste cependant douteuse : toute son expérience militaire se limitait aux entraînements ; en outre, ses armes et son équipement laissaient beaucoup à désirer.

Cependant, on y trouvait, même s’ils y étaient proportionnellement peu nombreux, beaucoup d’officiers ou de soldats ayant servi sur le continent. Irlandais, Ecossais et Anglais s’engageaient en effet dans les armées continentales, les choisissant le plus souvent en fonction de leur religion. Il y a toujours eu un ou deux régiments britanniques dans l’armée hollandaise. Par ailleurs, l’armée levée en 1624 par Jacques Ier, et confiée à Mansfeld pour aider son gendre l’Electeur Palatin, comptait surtout des soldats anglais ; si ses résultats ne furent guère positifs, elle n’en donna pas moins à des Anglais l’occasion de servir sur le continent19. Tout cela ne faisait pas une armée permanente, idée à laquelle les Anglais étaient majoritairement hostiles : comme ils n’en voyaient pas la nécessité, ils étaient opposés à son existence par suite du coût qu’elle représenterait et, pour une partie d’entre eux, parce qu’à l’exemple de ce qui se passait sur le continent, elle pourrait servir très facilement d’instrument au gouvernement. Après 1660, ces sentiments restèrent d’ailleurs aussi forts, la dictature de Cromwell et le poids de l’armée parlementaire ayant beaucoup pesé sur l’ensemble de la nation20.

En 1642 donc, ni le roi ni ses opposants, que l’on appelle communément les "Parlementaires", n’ont à leur disposition de force armée. Ce fut insuffisant pour empêcher une guerre civile. Mais il est certain que celle-ci ne fut en rien du point de vue militaire comparable aux conflits continentaux de la guerre de Trente Ans. Cela seulement aurait suffi à faire de cette Guerre Civile anglaise une guerre limitée. Les deux camps eurent beaucoup de mal à mettre sur pied leurs forces armées et l’on ne peut pas dire qu’avant 1645 ils y soient arrivés de façon satisfaisante, même si après Naseby la New Model Army, dont il va être question, constitua un bon instrument militaire21.

Etant donné ce qui a été exposé, tout naturellement en 1641-1642 le conflit tourna autour du contrôle de la milice. Dès l’été de 1641, la majorité qui dominait les Communes s’efforça par plusieurs ordonnances parlementaires, c’est-à-dire des déclarations votées par les deux chambres et émises sans l’assentiment du roi, de lui enlever le commandement de la milice, autrement dit son contrôle au niveau des comtés. Mais beaucoup de lords-lieutenants ou deputy-lieutenants s’y montrèrent hostiles car c’était à l’évidence une mesure illégale. La crainte qu’inspiraient l’action du roi et les complots royalistes, réels ou supposés, amena les Parlementaires à voter le 7 décembre 1641 le Militia Bill qui enlevait officiellement au roi le contrôle de la milice ; bien entendu, il refusa sa sanction. C’est pourquoi lorsque, après son départ de Londres le 10 janvier 1642, les deux camps commencèrent à organiser leurs forces, le Parlement agit au moyen de la Militia Ordinance, l’ordonnance parlementaire s’imposant désormais même aux éléments les plus modérés de son propre camp, car il n’y avait pas d’autre solution. La force du Parlement à ce moment fut de disposer, essentiellement dans l’est et le sud du royaume, de nombreux lords-lieutenants favorables à sa cause et surtout d’une grande majorité des deputy-lieutenants. Or, en 1642 le militantisme étant à l’évidence surtout du côté parlementaire, ceux qui vinrent servir dans la milice sous le contrôle du Parlement furent nombreux ; ce fut le cas en particulier de beaucoup de squires et de yeomen puritains de l’East Anglia22. On eut certes le même phénomène en sens inverse, les royalistes l’emportant largement dans les comtés de l’ouest et du sud-ouest ; mais c’étaient des régions moins peuplées, dont la milice était moins bien armée et surtout beaucoup moins bien équipée, car on n’y craignait pas d’invasion étrangère ; ces régions étaient par ailleurs éloignées de Londres, dont le contrôle militaire et politique était essentiel. De ce point de vue, l’infériorité royale était patente ; elle était cependant largement compensée par le fait que finalement beaucoup plus de membres de la gentry rejoignirent l’armée royale que l’armée parlementaire, ce qui amena à donner aux royalistes le surnom de "Cavaliers". La supériorité de la cavalerie royale fut donc grande au début ; en outre il semble que, parmi les officiers et soldats anglais qui quittèrent les armées de la guerre de Trente Ans pour venir participer à la Guerre Civile, une majorité choisit le camp royal. Celui-ci disposa ainsi d’un corps d’officiers, de cavaliers et de fantassins beaucoup plus expérimentés ; au début de la guerre civile, les troupes royales apparaissent donc d’une valeur militaire supérieure. Mais le roi souffrait de deux grandes faiblesses : il n’avait pas de moyens financiers, la levée des taxes revenant traditionnellement au Parlement, et plus encore celle des subsides extraordinaires ; il avait moins de soldats. Certes, il essaya de pallier ce dernier défaut en utilisant de vieux moyens, largement devenus désuets à cette époque, comme les Commissions of Array 23, mais les résultats furent médiocres et surtout il n’avait pratiquement pas d’artillerie, ce qui lui interdisait de prendre les villes, sauf en les coupant de l’extérieur, ce qui est un procédé long et souvent inefficace.

Si la Guerre Civile anglaise fut limitée, ce fut donc d’abord en fonction des moyens militaires mis en oeuvre, qui restèrent toujours très en deçà de ce qui se passait sur le continent. D’une part, au niveau de chaque comté, les opérations furent d’ampleur très médiocre, aussi bien par le nombre des participants que par les objectifs poursuivis. On eut donc essentiellement des escarmouches et chevauchées - celles-ci de quelques centaines de cavaliers
au maximum - et seuls les déplacements des grandes armées nationales prirent de l’envergure. Le plus souvent, au demeurant, lorsqu’un comté bascula dans un camp ou dans l’autre en 1642, ce fut définitif et les changements n’eurent lieu qu’à la suite d’intervention extérieure des armées nationales. C’est dire aussitôt les limites que connut le conflit, au point en particulier que l’intérieur des comtés du sud-est et de l’est, placés aussitôt sous contrôle parlementaire, ne connut pratiquement pas de batailles ouvertes. De même, avant 1645, le Devon et la Cornouailles furent à l’abri des mouvements de troupes.

D’autre part, les armées en présence ne furent ni puissantes, ni de grande valeur, ni même très nombreuses. C’est ainsi qu’au début d’octobre 1642, le roi n’a que 6 000 fantassins, 2 000 cavaliers, 1 500 dragons et, comme nous l’avons vu, pratiquement pas d’artillerie. Le 23 octobre, ses troupes affrontent l’armée parlementaire à Edgehill. Il a réussi à recruter un peu plus de soldats et son armée, forte de 14 000 hommes, oblige les Parlementaires à battre en retraite. Mais comme ceux-ci disposent de plus de 20 000 hommes, dont beaucoup de miliciens londoniens, il ne peut les écraser. On ne dépassa guère par la suite ces chiffres dans les quelques grandes batailles qui eurent lieu et, avant Naseby, aucune ne fut décisive.

Arrivés à cet endroit, il nous faut examiner brièvement le déroulement des principales batailles24 : Newbury (20 septembre 1643), Marston Moor (2 juillet 1644), Newbury (27 octobre 1644) et Naseby (14 juin 1645). A chaque fois, à la différence d’Edgehill, les deux camps n’engagent qu’une partie de leur armée, mais la supériorité en hommes est toujours - Naseby exceptée - du côté parlementaire. Sur le terrain pourtant, cela est loin de suffire. En effet, d’un côté, jusqu’à Marston Moor l’infanterie royaliste est meilleure et reste ensuite de valeur comparable ; d’un autre côté, la cavalerie du roi, dirigée par son cousin le prince Rupert, se montre à chaque fois supérieure, avant de perdre la bataille ! Fils de l’Electeur Palatin, Rupert était en effet un remarquable cavalier et meneur d’hommes, mais un très médiocre stratège. C’est ainsi qu’à Naseby il enfonça la cavalerie adverse, dirigée par Ireton, mais tarda tellement à rassembler ses hommes pour revenir au coeur de la bataille, qu’il donna à Cromwell le temps, après avoir enfoncé l’aile gauche royaliste, d’écraser l’infanterie de Charles Ier, d’autant plus que, mal conseillé, celui-ci n’engagea pas sa réserve. A chaque fois donc, l’armée royale perd une bataille qu’elle est en passe de gagner et l’on peut dire que, du point de vue de l’art militaire également, la Guerre Civile anglaise fut très limitée.

Elle ne rénova en effet en rien tactique et stratégie. Au contraire, la médiocrité globale des forces engagées, la faiblesse des moyens techniques, notamment en matière d’artillerie, l’absence de manoeuvres combinées caractérisent les combats et batailles auxquels elle donna lieu. L’histoire militaire de celui qui fut le grand soldat de cette guerre et le créateur du côté parlementaire de "l’Armée Nouveau Modèle" - la New Model Army -, Olivier Cromwell, le montre bien25. Il a certes servi dans la milice mais, avant 1642, il n’a participé à aucune bataille et il doit l’essentiel de sa formation première à ses lectures -notamment "Le soldat suédois"-, ainsi qu’à des leçons d’exercices et de maniement des armes prises auprès d’un officier hollandais. Ses qualités stratégiques furent toujours réduites ; sa valeur militaire vint essentiellement de la cohésion remarquable qu’il sut donner à ses hommes et de son coup d’oeil sur les champs de bataille. D’une manière générale, Cromwell compris, les généraux de la Guerre Civile anglaise ne brillèrent pas par leur talent : aucune bataille, à l’exception de celle de Dunbar que Cromwell remporta sur les Ecossais le 2 septembre 1650 - mais il s’agit de ce que l’on peut considérer comme une guerre extérieure -, ne fut marquée par une grande maîtrise de la science ou de l’art militaires ; aucune ne donna lieu, en dehors de celle-ci, à de brillantes manoeuvres. Et, si l’on voulait jouer sur les mots, on pourrait dire que la Guerre Civile anglaise fut limitée non seulement dans les moyens mis en oeuvre mais quant à la qualité militaire des affrontements auxquels elle donna lieu. Les royalistes perdirent la partie en accumulant les fautes lors des batailles les plus importantes.

C’est largement pour cette raison que Cromwell put émerger. Après avoir participé activement aux commissions parlementaires, il se fit remarquer dès Edgehill, son escadron ayant remarquablement fait front et repoussé les assauts royalistes. Il se tourna alors vers sa région natale, l’East Anglia, empêchant les royalistes de s’emparer de Cambridge, puis mettant sur pied un régiment de 2 000 volontaires. Travaillant en liaison avec le Comité de Cambridge qui dirigeait l’Eastern Association 26, chargé spécialement de la cavalerie, il ne cessa de renforcer la valeur des troupes dont il s’occupait. Ses cavaliers valaient essentiellement par la profondeur de leur engagement pour la cause parlementaire, à motivation essentiellement religieuse, leur cohésion et leur discipline qu’avait forgé l’entraînement que leur avait donné Cromwell. Ses hommes ne rompaient pas et c’est ce qui leur valut le surnom d’Ironsides (côtes de fer), celui de "têtes rondes" visant leur coiffure à la mode puritaine. C’est sur ce modèle qu’il proposa de réorganiser l’armée parlementaire à partir de novembre 1644, et qu’il obtint satisfaction le 9 janvier 1645. Cette "Armée Nouveau Modèle" formait un corps unique de 21 000 hommes, dont 14 000 fantassins. Elle recevait une paie régulière ; son encadrement était choisi à partir du seul critère de la valeur militaire. On remarquera aussitôt le petit nombre de soldats ainsi concernés, ce qui faillit tourner à la défaite à Naseby où les royalistes étaient pour la première fois supérieurs en nombre. Cromwell l’emporta parce qu’il sut entraîner ses hommes et les habituer aux charges massives et disciplinées, sabre au clair, vieille tactique de la charge à l’arme blanche que reprit durant la guerre de Succession d’Espagne Malborough, mais en la combinant à une utilisation complète des moyens à sa disposition, notamment des feux de salve de groupes de canons aux emplacements fort bien choisis. Il y a ainsi un écart considérable entre les batailles continentales durant tout le XVIIe siècle et la Guerre Civile anglaise, même si Cromwell sut s’adapter à merveille au contexte dans lequel il se trouvait.

*

* *

D’autres éléments contribuèrent à faire de cette guerre civile une guerre limitée. L’un de ceux qui comptèrent le plus fut la faiblesse, relative mais réelle, des destructions. Malgré la vigueur des affrontements, la dureté des batailles et la profondeur des convictions religieuses, ce ne fut pas - comme en Vendée - une guerre d’anéantissement. Comme le roi, le Parlement entendait gouverner au mieux l’Angleterre et non en détruire une partie. Ravages et démolitions, exécutions et confiscations furent donc aussi réduits que possibles, ce qui n’empêcha pas les Anglais de fort mal les supporter. Eux qui n’avaient pas connu depuis près de deux siècles le poids des garnisons, les exactions des armées, la levée forcée des subsides, ni les raids militaires, pillages et autres ravages, au contraire de ce qui se passait si fréquemment sur le Continent, vécurent ces événements comme un désastre et un cauchemar. Pourtant, même s’il y eut des événements très graves, comme en mai 1645 le pillage de Lancaster ou l’incendie de Taunton, ils restèrent peu nombreux27. Seule la pression fiscale fut importante et d’ailleurs souvent fort mal supportée. Cette pression et la défense contre les prélèvements forcés des armées entraînèrent des soulèvements dont les plus connus sont ceux des Clubmen 28. On avait avancé autrefois que la Guerre Civile avait entraîné de nombreux changements de propriétés ; on sait aujourd’hui qu’il n’en a rien été29.

Ses effets économiques ne furent pas mineurs mais, ici encore, sans aucune mesure avec ceux de la guerre de Trente Ans : la Guerre Civile n’interrompit que très partiellement - et toujours localement - les échanges et relations commerciales ; peu de récoltes furent détruites. Et finalement les plus grandes difficultés furent liées à la guerre avec les Provinces Unies, qui est postérieure à la Guerre Civile. Dans les années 1650, les corsaires royalistes furent gênants, mais sans que leur action ait de graves conséquences.

On en dira autant de ses effets politiques. D’une part, les Parlementaires vainqueurs ne réussirent pas à asseoir leur suprématie et le Protectorat déboucha d’une manière quasi inexorable sur la Restauration. D’autre part, les idées qu’ils défendaient restèrent par la suite très minoritaires, tout comme les points de vue radicaux dont la Guerre Civile permit l’émergence. On peut même dire qu’au contraire, leur victoire et la dictature militaire qu’installèrent les vainqueurs de la Guerre Civile dégoûtèrent pour longtemps la plupart des Anglais à la fois des idées puritaines et de la présence d’une armée permanente.

Il est vrai qu’à aucun moment ils n’avaient eu l’intention de créer un régime nouveau. Ce furent, comme on l’a dit souvent, les révolutionnaires les plus conservateurs qui aient jamais existé et il est certain que, pour la majorité des parlementaires, la guerre qu’ils menèrent fut une guerre défensive. C’est pour préserver leur "constitution" traditionnelle, la "vraie religion" - c’est-à-dire la leur - et leurs "libertés" qu’ils s’étaient battus. C’étaient des objectifs considérables, mais qui ne pouvaient entraîner que des résultats mesurés. Ce qui nous amène à souligner une fois de plus que cette guerre civile fut une guerre limitée à tous égards.

 

________

Notes:

1 La plus récente évaluation aboutit à au moins 260 000 “disparus”, peut-être même 300 000, soit un cinquième de la population ; mais une partie ne sont que des personnes déplacées. Voir J.C. Martin, “Est-il possible de compter les morts de la Vendée ?”, Revue d’Histoire moderne et contemporaine, t. 38, 1991, pp. 105-121. J’étais arrivé, il y a quelques années, à un coût démographique - soldats républicains exclus - de 170 à 180 000 personnes, soit un chiffre équivalent, que l’on peut décomposer en 100 à 120 000 morts directes (en incluant cette fois les soldats républicains), et à peu près autant de naissances perdues et d’accroissement de la mortalité. Voir J. P. Poussou, “L’évolution et les structures démographiques de l’Europe à la fin du XVIIIe siècle”, dans J. Bérenger et al. , L’Europe à la fin du XVIIIe siècle (vers 1780-1802), SEDES, 1985, pp. 355-356.

2 Par delà l’horreur qu’ils représentent, on ne peut pas oublier que les Oradour sont des lieux précis. Ainsi, J.C. Martin rappelle avec raison que, “dans le voisinage des Lucs, le village de La Tullévrière reste hors de vue des colonnes infernales et n’est pas ravagé”, art. cité, p. 111.

3 J. Jacquart, La crise rurale en Ile de France 1550-1670, Armand Colin, 1974.

4 E. Le Roy Ladurie, Les Paysans de Languedoc, SEVPEN, 1966. On ajoutera ce passage très éclairant : “à partir de 1593-1594, et dans toute la première moitié du XVIIe siècle, c’est la montée des entreprises maritimes du vin, parallèlement au gonflement des productions, sur lesquelles ont renseigné les dîmes. Les Nîmois de 1600 plantent des vignes expressément pour “la débite” vers l’Italie” (p. 432).

5 J. Jacquart, “Bilan économique des guerres de religion”, dans Quatrième Centenaire de la bataille de Coutras, Association Henri IV, Pau, 1989, pp. 133-148.

6 E. Le Roy Ladurie, op. cit., p. 386.

7 J. Jacquart, art. cité.

8 Pour des vues générales sur la Révolution de 1640 et la Guerre civile publiées en français, voir V. Barrie-Curien, ”la Guerre civile anglaise : interprétation et révisions”, dans V. Barrie-Curien éd., Guerre et pouvoir en Europe au XVIIe siècle, H. Veyrier, 1991, pp. 9-34 ; J.P. Poussou, “Révolution, religion et économie dans l’Angleterre des années 1640 : un retour à Guizot et à Gardiner ?”, dans J.P. Bardet et M. Foisil, La vie, la mort, la foi : mélanges offerts à P. Chaunu, à paraître, P.U.F., 1992.

9 A. Woolrych, Battles of the English Civil War, nouvelle édition, Pimlico, Londres, 1991 ; P. R. Newman, Atlas of the English Civil War, Croom Helm, Londres, 1985.

10 Voir C. Russell, The Fall of the British Monarchies 1637-1642, Clarendon Press, Oxford, 1991.

11 Vue générale dans J. S. Morrill, “The coming of the War”, dans J.S. Morrill, The revolt of the provinces : Conservatives and Radicals in the English Civil War 1630-1650, Longman, Londres, 1980, pp. 13-51, notamment pp. 36 et sq.

12 Voir note 8.

13 C. Russell, The Fall of the British Monarchies, op. cit. ; id., The causes of the English Civil War, Clarendon Press, Oxford, 1990. Pour une vue différente, voir A. Hughes, The causes of the English Civil War, Mac Millan, Londres, 1991. On se reportera également aux articles cités note 8.

14 Voir notre article déjà cité : “Révolution, religion et économie dans l’Angleterre des années 1640... ”

15 Pour tous ces problèmes, voir en français, J.P. Poussou, Les Îles Britanniques, les Provinces Unies, la guerre et la paix au XVIIe siècle, Economica, 1991.

16 L. Bély et al., Guerre et paix dans l’Europe du XVIIe siècle, SEDES, 1991, 3 vol. ; J.P. Poussou, Les Îles Britanniques, les Provinces Unies, la guerre et la paix..., op. cit. ; G. Parker, Spain and the Netherlands 1559-1659, Collins, Londres, 1979.

17 Les contemporains ont parlé à ce sujet de “gouvernement arbitraire”, expression qu’a souvent reprise l’historiographie whig, hostile à la prérogative royale.

18 J. Childs, The Army, James II and the Glorious Revolution, Manchester university Press, Manchester, 1980.

19 R. Lockyer, Buckingham (1592-1628), Longman, Londres, 1981.

20 L. G. Schwoerer, No standing armies : the Antiarmy Ideologies in Seventeenth Century England, The Johns Hopkins University Press, Baltimore et Londres, 1974.

21 M. A. Kishlansky, The rise of the New Model Army, Cambridge University Press, 1979.

22 C. Holmes, The Eastern Association in the English Civil War, Cambridge University Press, 1974.

23 Les “Commissions of Array”, écrites en latin, à l’ancienne et sur parchemin, doivent être signées par le roi et porter le Grand Sceau ; délivrées pour chaque ville ou comté, elles portent les noms de tous les personnages importants auxquels le roi demande de prendre les armes pour lui. Voir R. Hutton, The Royalist War Effort 1642-1646, Longman, Londres, 1982.

24 On se reportera pour plus de détails aux ouvrages cités note 7.

25 Sur Cromwell, deux ouvrages à paraître : B. Cottret, Olivier Cromwell, Fayard, Paris, 1992 ; J. P. Poussou, Cromwell et la Révolution d’Angleterre, col. Que-sais-je, P.U.F., 1992.

26 C. Holmes, op. cit.

27 D. Pennington, “The war and the people”, in J. S. Morrill, Reactions to the English Civil War 1642-1649, Mac Millan 1979, pp. 115-136.

28 R. Ashton, “From Cavalier to Roundhead Tyranny 1642-9”, in Reactions to the English Civil War, op. cit., pp. 185-209 ; A. Everitt, The Community of Kent and the Great Rebellion 1640-60, Leicester University Press, Leicester, 1966 ; J. S. Morrill, The revolt of the provinces..., op. cit.

29 J. Habakkuk, “Public finance and the Sale of Confiscated property during the Interregnum”, Economic History Review, août 1962 ; J. Thirsk, “The Sales of Royalist Land during the Interregnum”, Economic History Review, 1952, 2. Les terres confisquées aux Royalistes furent nombreuses, mais ils purent en récupérer ou en racheter beaucoup au moment de la Restauration ; néanmoins, nombre d’entre eux se retrouvèrent en 1660 avec de très grosses dettes, par suite de leurs prêts au roi, de leurs dépenses pendant la guerre, des amendes qu’il fallut payer, et, après 1660, des emprunts nécessaires pour racheter les terres.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin