UNE PETITE GUERRE EN AMERIQUE CENTRALE (1969)

 

Yves SALKIN

 

Avec leurs cortèges de deuils, de souffrances et de destructions, les guerres font peur. Pourtant, elles n’ont jamais autant intéressé l’opinion. Ne fait-on pas revivre les deux guerres mondiales et l’affrontement du Golfe pour rechercher des souvenirs, et plus encore des enseignements ? N’essaye-t-on pas d’imaginer les cataclysmes qui frapperaient la planète si les armes terrifiantes nucléaires, chimiques et bactériologiques étaient déclenchées sur l’humanité souffrante ? Seuls les conflits limités semblent présenter moins d’attraits à nos chercheurs qualifiés. Quelle grossière erreur !

Avec l’effondrement de la puissance soviétique et l’éclatement agressif de plusieurs nations en Europe, les petites guerres font de nouveau leur apparition. Celles qui se déroulent actuellement sous nos yeux, certes, sont prioritaires ; mais les autres, plus lointaines, qui appartiennent à un passé récent, sont des richesses de premier ordre pour les historiens, les géopoliticiens, les sociologues.

Dans l’isthme centre-américain, la guerre oubliée qui a opposé le Honduras au Salvador, en juillet 1969, mérite d’être exhumée et soumise à notre réflexion. Il semble nécessaire, tout d’abord, de dépeindre les grands traits de l’Amérique centrale ainsi que les relations difficiles des deux pays voisins. Le déroulement des opérations militaires et la bataille diplomatique qui s’ensuivit devraient nous permettre, ensuite, de mesurer la portée de ce conflit limité et d’en retirer les enseignements majeurs.

UNE AMÉRIQUE CENTRALE TROUBLÉE

Secouée par la géographie, qui ne lui ménage ni les tremblements de terre, ni les cyclones dévastateurs, et maltraitée par la dureté de son histoire, l’Amérique centrale éprouve la satisfaction de devenir indépendante en 1821. Quelques années plus tard, elle se transforme en "Provinces Unies" puis en "Fédération" et enfin en "Confédération" (1845). Faut-il y voir un signe de sagesse et de maturité politique ? Point du tout ! Au long du XIXe siècle, l’isthme est sous la coupe de dictateurs comme le général hondurien Morazan (abattu en 1842), d’aventuriers comme le yankee Valker (fusillé en 1860) et de tyrans tel le président guatémaltèque Barrios (tué au combat en 1885). Il est inutile de préciser que tous ces hommes d’Etat ne connaissent que la violence comme recours pour réprimer les désordres internes et pour porter la guerre chez le voisin. L’unité est difficile à réaliser ; il faut attendre l’année 1951 pour voir fondée l’"Organisation des Etats centre-américains" (ODECA) et l’année 1963 pour voir créée une amorce de "Marché commun centre-américain" (MCCA).

C’est bien la diversité qui l’emporte en Amérique centrale. Une des preuves les plus frappantes est le nombre de litiges qui se greffent sur les frontières et qui sont à l’origine d’incidents armés. Aussi les petits Etats de l’isthme ont-ils tendance, malgré les accords d’amitié conclus souvent entre eux, à se disputer.

Jetons maintenant un regard sur l’état des deux pays tels qu’ils se présentaient il y a une vingtaine d’années. Le Honduras a toujours été caractérisé par son instabilité politique ; c’est ainsi que de 1949 à 1963, on a pu décompter quatre coups d’Etat, le dernier ayant été perpétré par le colonel Osvaldo Lopez Arellano. Les hommes forts des différents régimes avaient tous proposé des programmes alléchants, visant notamment à moderniser les rouages de l’économie et à résoudre le problème lancinant de la réforme agraire. Les compagnies fruitières nord-américaines (telle l’United Fruit) avaient trouvé dans ce territoire un merveilleux champ d’action pour les plantations de bananes ; elles n’avaient pas hésité à engager des capitaux ni à convaincre de nombreux hauts fonctionnaires à servir au mieux leurs intérêts. Souffrant d’un mal-développement, d’une assise politique incertaine et d’un vide démographique inquiétant (d = 20 h/km2), le Honduras était considéré comme un pays "retardé".

Le Salvador est le plus petit Etat de l’isthme et a reçu pour cela le surnom de "Petit Poucet". Avec ses trois millions d’habitants, il se sentait à l’étroit dans son domaine de 21 000 km2 (d = 142 h/km2). Il regrettait surtout que ses deux voisins guatémaltèque et hondurien ne lui eussent pas permis d’avoir un accès à la mer Caraïbe. Sur le plan politique, il avait connu des dictatures comme celle du général indien Maximiliano Hernandez Martinez (1930-1944) et des jacqueries sanglantes, telle la révolte sociale de l’agitateur Farabundo Marti en 19321. Malgré ses antécédents, il connaissait le jeu des régimes démocratiques. Sur le plan économique, il avait obtenu d’excellents résultats dans la culture du café et dans l’industrie naissante de transformation. Un autre capital estimable était l’esprit travailleur des Salvadoriens, qui n’hésitaient pas à franchir leurs frontières pour aller chercher de l’emploi, quitte à revenir au pays après l’acquisition d’un petit pécule. Le Salvador, désireux de progresser dans tous les domaines, était le contraire d’un pays à la traîne.

Cette comparaison montre que le Salvador avait sur le Honduras un double avantage : il bénéficiait d’une richesse démographique ; il avait, d’autre part, une volonté déclarée de réussir son développement.

 

 

DES RELATIONS DIFFICILES

La difficulté des rapports entre les deux pays doit plus se chercher dans le domaine économique que dans le champ politique. Dès le début du siècle, le gouvernement de Tegucigalpa, conscient de la qualité de la main-d’œuvre chez ses voisins, offre gratuitement des terres à des immigrants salvadoriens baptisés colons2. La compagnie United Fruit, de son côté, fait venir de nombreux Salvadoriens sur la côte caraïbe après l’éradication du paludisme et de la fièvre jaune (1912). Quant aux mines d’or et d’argent réparties dans les zones montagneuses, elles recrutent également des personnels étrangers. Mentionnons, enfin, une faible proportion de révolutionnaires salvadoriens rescapés de la "tuerie" de 1932 qui put s’échapper vers une terre plus hospitalière3. Cette attirance des travailleurs salvadoriens pour le Honduras fut toujours facilitée par la pression démographique exercée par le pays surpeuplé.

Un changement d’attitude commence à se faire sentir avec le président hondurien libéral Villeda Morales (1956-1963) qui entreprend une réforme agraire et met de l’ordre dans la répartition des terres aux étrangers. Des paysans salvadoriens sont molestés par les unités de garde civile, dont le rôle est de maintenir le calme dans les campagnes. Ce sentiment de xénophobie est avivé par des incidents de frontières avec le Nicaragua et le Guatemala. Le 24 juillet 1962, un traité portant sur l’immigration est signé à El Amatillo ; le gouvernement hondurien s’engage à ne pas brimer les colons de l’extérieur. En même temps, le problème de la réforme agraire est résolu par une loi adoptée le 29 septembre 1962, assez hostile aux immigrants. En effet, ne peuvent recevoir des parcelles de terre que les paysans nés au Honduras. En octobre 1963, le président Villeda Morales, accusé d’être communiste, est renversé par le colonel Lopez Arellano. Ce dernier n’éprouve aucune antipathie particulière pour les 300 000 Salvadoriens immigrés, qui deviennent toutefois une cible facile pour les nationalistes au pouvoir et pour les libéraux de l’opposition.

Le chef de l’Etat hondurien signe avec son homologue, le président Julio Rivera, un nouveau traité (Déclaration de Marcala du 24 juillet 1965) qui complète celui d’El Amatillo. Les Salvadoriens immigrés sont tenus d’officialiser leur présence en s’inscrivant dans les consulats. Une campagne de dénigrement est alors déclenchée au Honduras. Pour impressionner l’opinion publique, on parle de l’infiltration d’une 5e colonne salvadorienne. La frontière entre les deux pays devient chaude. Les vols de bétail se multiplient de part et d’autre, ainsi que les incursions des unités para-militaires.

Le 1er juillet 1967, le colonel Sanchez Hernandez est élu constitutionnellement à la suite du colonel Julio Rivera. Il essaye, mais sans succès, par le truchement de son ambassadeur à Washington, que Diaz Ordaz, président du Mexique, intervienne comme arbitre pour régler le problème de la frontière. En 1968, des familles salvadoriennes, dépourvues de documents en règle, sont expulsées pour la première fois (500 au total). Elles sont accompagnées par des meneurs qui scandent des mots d’ordre injurieux : "Salvadoriens, si vous êtes décents, ayez la décence de sortir du Honduras !" A San Salvador, on vilipende les tortionnaires de Tegucigalpa. Le 15 mai 1969, Nelson Rockfeller, représentant du président Nixon, effectue une tournée en Amérique latine ; il se rend compte de la gravité de la situation dans l’isthme en assistant à une émeute dans la capitale hondurienne.

Il ne manque qu’une étincelle pour mettre le feu aux poudres ; elle va être fournie par les éliminatoires de la coupe du monde de football qui se déroulent à la fin du mois de juin. Lors des matchs qui ont lieu à Tegucigalpa et à San Salvador, des émeutes éclatent qui se soldent par des morts et des blessés. Le cycle de la violence est déclenché. Belle occasion pour des journalistes américains de réussir un scoop et de baptiser l’affrontement qui s’annonce : la guerre du football. Le 4 juillet 1969, alors que le nombre des Salvadoriens expulsés se monte à 20 000 et que le vice-consul du Salvador à Tela est assassiné, les relations diplomatiques entre les deux Etats sont rompues. L’Organisation des Etats américains (OEA) essaye, mais en vain, d’apaiser les deux nations rivales.

LES OPÉRATIONS MILITAIRES

Le 14 juillet 1969, au matin, une ultime conversation téléphonique, dont la teneur n’a pas été révélée, a lieu entre les présidents Lopez Arellano et Sanchez Hernandez et à la suite de laquelle le chef de l’Etat salvadorien a demandé à ses troupes d’être prêtes à passer à l’action le soir même. Qui l’a poussé à franchir le Rubicon ? Le désir de dissuader les Honduriens de ne plus chasser de leur sol les malheureux colons ? Non pas. Mais plutôt la peur, comme il le déclarera plus tard, de paraître faible devant son opinion publique et d’être victime d’un coup d’Etat. Avec le recul du temps, les objectifs de l’opération salvadorienne semblent plus clairs aujourd’hui. Le but politique, de toute évidence, était de faire tomber le gouvernement de Lopez Arellano. Quant aux buts militaires, ils consistaient plus en objectifs-terrain, facilement négociables lors du cessez-le-feu, qu’en objectifs-forces.

L’acquisition des gages devait s’obtenir suivant les trois directions (qui sont d’ailleurs les trois axes des trois théâtres d’opérations) :

- le Nord, vers San Pedro Sula et la mer Caraïbe,

- le Nord-Est, vers la capitale Tegucigalpa,

- l’Est, le long du Golfe de Fonseca vers le Nicaragua.

Quant aux Honduriens, ils avaient un plan de défense très simple : céder devant les poussées adverses et se rétablir sur des positions d’arrêt à 15-20 km à l’intérieur. Un regard sur les forces en présence montre que l’armée de terre salvadorienne était supérieure en nombre (8 000 h) et en armement (fusils allemands modernes et artillerie de 105 mm), alors que son homologue hondurienne, mal organisée, était faible en personnels (2 500 h) et en armes (vieux fusils US). L’aviation hondurienne, au contraire (23 avions de combat type Corsaire), était supérieure à l’aviation adverse (11 avions de combat type Mustang).

Le 14 juillet à 18 h 10, alors que l’Ambassadeur de France donne une réception pour célébrer l’anniversaire de la prise de la Bastille, dans sa résidence de Tegucigalpa, l’aviation salvadorienne, sans déclaration d’hostilités, procède à une attaque sur les aéroports honduriens de la capitale et des principales villes. Le 15 juillet, au matin, tandis que l’aviation hondurienne réagit avec brutalité, sur l’aéroport de San Salvador notamment, des forces terrestres salvadoriennes pénètrent dans le territoire adverse ; elles occupent des points-clés du terrain et s’emparent de la ville hondurienne de Nueva Ocotepeque. Manquant de coordination, les Honduriens n’opposent qu’une faible résistance.

LA BATAILLE DIPLOMATIQUE

La bataille diplomatique aussitôt se déclenche. L’OEA réagit, dès le 15 au matin, en désignant le docteur Sevilla Sacasa du Nicaragua pour diriger une mission de paix en se rendant dans les deux pays en guerre. Le 16, comparaissent devant le Conseil permanent de l’OEA à Washington, M. Joseph Jova, ancien ambassadeur américain
au Honduras pendant quatre ans, M. Perdomo, chef de la délégation hondurienne et le docteur Martinez, chef de la délégation salvadorienne. Le 17, alors que les troupes des deux partis se contentent d’améliorer leurs positions, le Salvador accepte les propositions de l’OEA, le cessez-le-feu devant entrer en vigueur le 18 juillet à 22 h 00. Le 19, quatre observateurs de l’OEA arrivent du Costa Rica, des Etats-Unis, du Guatemala et du Nicaragua4. Ils sont aussitôt mis en place le long de la frontière. Le gouvernement salvadorien poursuit sa guerre psychologique. La presse est contre la paix ; son thème principal est le suivant : "Pas de cessez-le-feu sans compensations. Des tracts outranciers sont répandus dans les villes avec le slogan : "Nous sortirons du Honduras quand les Etats-Unis et l’URSS sortiront d’Allemagne".

Le 28, l’OEA adopte trois résolutions. La première flétrit le Salvador pour avoir violé le traité de Rio5 et ne pas avoir respecté son premier point : "Les contractants condamnent formellement la guerre". La seconde impose des sanctions au Salvador et promet une aide au Honduras. La troisième est l’engagement de l’Organisation à garantir la sécurité des habitants des deux pays. Le Salvador proteste et dénonce le génocide perpétré par les Honduriens ; il finit cependant par accepter. Le 2 août, la troupe salvadorienne rejoint ses quartiers. Le 5, elle participe au grand défilé de la victoire. De part et d’autre, on honore les morts civils et militaires : quelques centaines pour chaque camp.

La décennie qui va suivre cette période malheureuse sera marquée par des tensions qui ébranleront l’édifice de l’Amérique centrale. Les relations entre les deux Etats demeureront rompues ; le marché commun éclatera en morceaux. En janvier 1970, des incidents de frontière se produisent, qui nécessitent l’arbitrage du président Figueres du Costa Rica ; une zone de sécurité de 3 km est fixée de chaque côté de la limite. En mai 1971, six poches (bolsones) litigieuses sont définies, à propos desquelles les arbitres ne peuvent trouver de consensus. L’OEA envoie un détachement de vingt-sept officiers6. En août 1976, la zone démilitarisée est confirmée ; elle ne peut s’ouvrir ni à des troupes ni à des forces para-militaires. Les observateurs de l’OEA sont maintenus. Une commission mixte se débat pour définir les limites définitives de chacun des Etats et résoudre la question des poches. Le 30 octobre 1980, enfin, un traité de paix entre les deux belligérants est signé à Lima. La zone démilitarisée disparaît ; la libre circulation des personnes et des biens est rétablie. Cette bataille diplomatique prenait fin après dix ans de négociations, d’espoirs et de déceptions. Aucune explosion de joie n’était enregistrée ni à Tegucigalpa ni à San Salvador. Il est vrai qu’en 1980 la majorité des pays de l’isthme découvraient les affres de la guerre subversive !

LES ENSEIGNEMENTS

Ce conflit de cent heures a permis de tirer de nombreux enseignements sur lesquels il convient de méditer.

Sur le plan général, il apprend que l’appel aux instances internationales (ici l’OEA), avec demande d’observateurs, doit se faire dans les premières heures d’un affrontement, sans interrompre toutefois le cycle des négociations en cours. Il donne ensuite une leçon de démographie. Un pays surpeuplé voisin d’un pays quasi vide est très souvent pris par le vertige de l’expansion ; c’est une loi de physique élémentaire. Aussi un examen des densités démographiques est-il un acte capital de toute analyse géopolitique. Il montre aussi que les buts de guerre sont rarement bien définis et sont souvent l’objet de mauvaises interprétations. L’agression salvadorienne obéissait-elle au grand dessein de faire culbuter le président hondurien ou était-elle une simple opération de représailles ? La réforme agraire, acte dont on a perdu le sens en Europe, a été en Amérique latine, et est toujours, un souci majeur pour lequel des paysans faméliques sont prêts à tuer et à détruire. Le Salvador, enfin, a utilisé l’arme psychologique à laquelle a semblé renoncer le Honduras. Sans doute parce qu’il était l’agresseur, le gouvernement de San Salvador a tenu à inonder son adversaire d’accusations de génocide. Articles de journaux, tracts ; rumeurs, tout a été bon pour convaincre les observateurs de l’OEA et les diplomates centre-américains de la justesse de sa cause.

Sur le plan stratégique, trois idées essentielles en sont ressorties. La première concerne l’attaque-surprise. Comme l’ont montré "les coups de faux" à l’allemande ou à l’israélienne, elle n’est payante que s’il y a une coordination parfaite dans le temps et dans l’espace. Or l’action salvadorienne n’a pas obtenu les effets escomptés. Le décalage de onze heures entre les premiers bombardements aériens et les attaques terrestres a procuré une magnifique "carte de visite" à l’adversaire, qui a pu mettre en alerte ses unités7. La seconde a trait à la notion "d’objectif-terrain". La conquête de tels objectifs situés jusqu’à 20 km de la ligne de front peut paraître inutile, si elle ne s’accompagne pas d’une destruction de forces adverses. Or, l’occupation de ces gages a été bénéfique pour les Salvadoriens qui ont monnayé le départ de leurs troupes de ces positions, après le cessez-le-feu, contre des promesses de garanties. La troisième, enfin, se raccroche au mythe de la frontière souvent porteuse de litiges. En Amérique centrale, les enfants dans les écoles en parlent avec respect tout comme les recrues dans leurs bataillons d’instruction ou les diplomates au cours de leurs rencontres. Simples lignes géométriques matérialisées sur le terrain par des bornes ou des panneaux, elles peuvent devenir en cas d’incident des capitales de champs de tir ou des axes de manœuvres.

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Cette guerre limitée survenue en 1969 entre le Honduras et le Salvador a pu faire sourire des journalistes américains qui l’ont affublée du nom de "guerre du football". Rejetons cette mauvaise plaisanterie et respectons la mémoire des Centre-Américains tombés lors de cet affrontement malheureux. Parlons plutôt de "petite guerre" ou de "guerre de cent heures" et surtout ne la laissons pas tomber dans les oubliettes du passé ! Parmi les raisons de son éclosion, on trouve de nombreux maux qui affectent toujours l’isthme centre-américain : la vanité des chefs d’Etat qui pensent d’abord à leur propre intérêt, l’utilisation du nationalisme pour masquer les lézardes de l’édifice gouvernemental, la mauvaise application des programmes de développement...

Une guerre semblable pourra-t-elle demain se passer dans le continent latino-américain ? On peut se poser la question d’autant plus que l’affrontement Est-Ouest dans l’aire caraïbe est en train de décliner. Pourquoi pas ? De nouveaux espoirs, certes, sont nourris dans la région : les démocraties chassent peu à peu les dictatures ; le fossé du retard social des populations commence à se combler ; les regroupements économiques font éclater les frontières ; les plans de paix trahissent le bon vouloir des diplomates. Oui, mais la folie des hommes n’est-elle pas incommensurable ? Alors, sachons tirer de la "petite guerre" d’Amérique centrale, de 1969, des leçons générales de géopolitique et des enseignements d’ordre géostratégique qu’il nous a paru utile de faire réapparaître à la lumière.

 

Notes:

1 Farabundo Marti, le militant communiste, a été le compagnon de route du nicaraguayen Cesar Sandino (1928-1929). Leader malheureux de la révolte de 1932, il donnera son nom au front révolutionnaire salvadorien, composé de cinq organisations de guérilla, qui se dresseront contre le pouvoir central à compter d’octobre 1979.

2 Ces derniers sont d’autant plus satisfaits que les “ejidos” (terres communales possédées par l’Etat et cédées en usufruit à des paysans) sont supprimés à la même époque.

3 20 000 révoltés furent massacrés par les forces de l’ordre en janvier 1932. On parle encore à San Salvador de cette période comme celle de la “matanza” (la tuerie).

4 Voir Alain Pellet, “Les forces régionales du maintien de la paix”, dossier n° 3, FEDN, 1982.

5 Le traité inter-américain d’assistance réciproque (TIAR), signé le 2 septembre 1947 à Rio de Janeiro, a été établi pour prévenir et réprimer les menaces ainsi que les actes d’agression contre tout pays d’Amérique. Cet accord a précédé la création de l’Organisation des Etats américains (OEA) le 30 avril 1948 à Bogota. Il est purement militaire alors que l’OEA a une portée plus large (politique, militaire, économique et culturelle).

6 Ces 27 officiers proviennent de dix pays : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Equateur, Etats-Unis, Guatemala, Nicaragua, Paraguay.

7 Durant la guerre 1914-1918, on appelait “carte de visite” le tir d’artillerie qui n’était pas suivi immédiatement par l’assaut d’infanterie et qui devenait ainsi caduc.

 

 

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