L’EAU : UN LEVIER DE PUISSANCE POUR LA TURQUIE

 

Bernadette d’ARMAILLÉ

 

L’eau est au Moyen-Orient, comme en Afrique ou en Inde, un enjeu économique et stratégique vital, conditionnant la vie de tous les jours. Mais elle prend en plus pour la Turquie la dimension d’un outil politique tout à fait particulier. Sa position en amont des fleuves transfrontières que sont le Tigre et l’Euphrate, par rapport à la situation en aval de la Syrie et de l’Irak, donne à la Turquie le contrôle des deux cours et lui permet d’utiliser l’eau, en premier, au mieux de ses propres besoins agricoles et industriels. La Syrie et l’Irak sont ainsi dépendants d’un pays tiers pour une ressource dont ils ne peuvent se passer. La Turquie n’est pas seule à bénéficier d’une situation comparable, d’autres cas se présentent à l’esprit comme celui de l’Ethiopie avec la possible mise en valeur du Nil bleu. L’Ethiopie n’a pas de visées coercitives, mais des impératifs économiques. Quelle serait pourtant la réaction de l’Egypte devant une réduction drastique de sa ressource aquifère ?

Dans le cas du Tigre et de l’Euphrate, une série de conditions particulières peuvent, d’ici une dizaine d’années, transformer les eaux de ces deux fleuves mythiques en un enjeu à haut risque pour les trois pays riverains : un climat semi-aride ou très aride, une disparité des ressources naturelles, qui rend certains riches en pétrole mais pauvres en eau, une longue expérience de gestion aquifère, peu économe mais difficile à faire évoluer, un accroissement démographique lié à une urbanisation rapide, une volonté politique d’auto-suffisance alimentaire et par conséquent une agriculture en plein développement, le tout sur fond omniprésent de conflit israélo-arabe, point de référence de toutes les relations internationales dans cette zone. L’eau devient aussi un élément de relations commerciales puisque tout un réseau de propositions diverses, d’échange ou de vente, se noue dans la région. Mais les antagonismes millénaires et les guerres successives ont créé un climat de suspicion tel que toutes les tentatives de partage ou de coopérations éventuelles sont d’avance considérées par les parties en présence comme biaisées, ou comme une ruse pour prendre un avantage.

De par sa position géographique, sa superficie, sa population, la taille de sa force armée, ses relations avec l’Ouest et son contrôle sur les ressources aquifères, charnière entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, la Turquie est dans la région une puissance à part. Elle se trouve, aujourd’hui prise entre la volonté de développement à l’occidentale voulu par les autorités et la montée de l’islam fondamentaliste promu largement grâce aux fonds octroyés par l’Arabie saoudite. La chute du communisme et la désintégration de l’empire soviétique en Etats indépendants ou en républiques autonomes lui fournissent une occasion stimulante qu’elle veut saisir pour combler le vide politique créé par l’absence de la puissance soviétique et se poser dans la région comme un partenaire fiable et efficace. Avec une diplomatie offensive, par la rapidité avec laquelle elle se positionne en Asie centrale, et prudente à la fois par la nature et le pragmatisme des coopérations qu’elle propose, membre de l’OTAN qu’elle a rejointe en 19521, la Turquie tient à rester ancrée à l’Ouest2. Mais malgré plusieurs demandes d’adhésion, elle reste tenue à la porte de la CEE à cause de sa politique envers les droits de l’homme, de son différend avec la Grèce, et surtout de la suspicion qu’elle suscite en Europe. Elle entrevoi donc aujourd’hui une sorte de "revanche" dans la création, avec ses voisins du nord, d’une grande zone économique qui, comme la CEE, assurerait la libre circulation des biens et des personnes, améliorerait les télécommunications, les transports, les échanges commerciaux, créerait une banque centrale et des coopérations en tous genres. Le Premier Ministre Suleyman Demirel glorifiait, lors d’un voyage en Asie centrale, "un monde turc de l’Adriatique à la muraille de Chine" 3 et inaugurait peu de temps après, le 28 mai 1992, le "pont de l’espoir", tout un symbole, sur la rivière Araxe qui sert de frontière entre la Turquie et le Nakhitchevan, république autonome de l’Azerbaïdjan. On voit depuis quelque temps, en un mouvement incessant, des voyageurs venus du nord, pratiquer à Istanbul, le "tourisme de la valise", amenant sur place des denrées qu’ils échangeront au retour contre des produits facilement négociables chez eux.

C’est ainsi que, dans ce nouveau contexte, la Turquie a obtenu un vrai succès diplomatique le 25 juin 1992, lorsque avec 10 autres pays (Albanie, Azerbaïdjan, Arménie, Bulgarie, Géorgie, Grèce, Moldavie, Roumanie, Russie, Ukraine) elle a signé, à Istanbul, le projet de Coopération Economique de la mer Noire, projet de partenariat lancé en 1990 par le président Özal et dont Ankara veut être le pivot4. Nombre de réalisations sont déjà en cours : vols réguliers entre Ankara et Baku, Tashkent, Alma Ata, Ashkabad ; mise en place de lignes téléphoniques et de télex ; stages de formation pour les diplomates ; contrat d’exploitation pétrolière de 11,7 milliards de dollars avec le Kazakhstan5 ; réalisation en 2 ans d’un pipeline d’eau potable vers Baku pour le coût de $600 millions6 etc. De son côté, l’Iran, qui tente de prendre de vitesse son grand rival dans ce jeu d’influence et qui voit derrière la Turquie la présence américaine, a lors d’un sommet à Téhéran le 16 février 1992, tenté de réanimer, l’Organisation de coopération économique (ECO) créée en 19857 avec la Turquie et le Pakistan comme membres fondateurs auxquels s’ajoutent maintenant l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et la Kirgizie. L’opposition turco-iranienne ralentit le caractère effectif des premières tractations ; l’Iran a créé également en février 1992 le Conseil de la mer Caspienne (Caspian Council) avec le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et la Russie, mais cette fois sans la Turquie, ce qui fait dire au Président Özal qu’il s’agit d’une organisation de trop8. Toutes ces structures ont pour but de créer un marché commun islamique. Ajoutons, pour corser le jeu, que les Israéliens, avec des méthodes extrêmement pragmatiques, notamment en matière d’irrigation et d’hydrologie, mais aussi les Japonais, les Coréens, les Saoudiens sous forme de subsides, tentent de s’implanter dans la région.

La Turquie est, avec l’Iran, le pays le mieux pourvu en eau, ses ressources sont considérables, équivalentes comme enjeu stratégique au pétrole ; c’est l’eau qui lui fournit dans ses relations avec ses voisins du sud, un véritable levier de puissance. Pour tenter d’établir des relations de bon voisinage et pour des raisons commerciales, elle sait faire preuve d’imagination : elle a ainsi proposé de construire pour le coût faramineux de 21 milliards de dollars, un pipeline de la paix (Peace Pipeline) qui transférerait par deux "aqueducs" différents l’eau de deux rivières qui se jettent à perte dans la Méditerranée : le Seyhan et le Ceyhan : 2,2 millions de m3 par jour partiraient ainsi vers l’Est pour la Syrie, l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe d’une part, et 3,5 millions vers l’Ouest9 pour la Syrie, la Jordanie, la côte de la mer Rouge en Arabie saoudite d’autre part, approvisionnant ainsi entre 15 et 20 millions de personnes. De son côté l’Iran, a signé avec le Qatar un accord d’une valeur de $1,7 milliard en vue de construire un aqueduc rival pour l’adduction d’eau potable de la rivière Karoun, affluent du Tigre au sud-ouest de l’Iran10. La Turquie pense pouvoir tirer parti de ses installations, soit en échangeant l’eau contre du pétrole, soit par la vente à des tarifs que justifieraient la qualité de l’eau et la distance considérable à parcourir. Il n’y aurait aucun problème à diriger une branche de ce pipeline vers les territoires occupés et Israël, mais cela reviendrait quasiment à choisir son camp dans le conflit ce que, malgré des relations très pragmatiques avec Israël (l’ambassade turque est réouverte depuis peu à Tel Aviv), Ankara ne peut pas encore faire. Cette éventualité, inacceptable pour les pays arabes, ajoutée au coût de la transaction pour les pays acheteurs et à la peur de la dépendance, car l’habitude, en empêchant la recherche de solutions de rechange, crée la vulnérabilité, ont fait jusqu’à ce jour échouer ce projet. Ces pipelines seraient de plus des objectifs faciles à détruire, comme par ailleurs les conteneurs géants remplis d’eau que la Turquie avait pensé transporter par voie maritime. Une autre possibilité envisagée, dont Jérusalem aurait été facilement bénéficiaire, consiste à créer sur la Méditerranée un terminal d’eau potable, comme un terminal de pétrole, auquel les pays acheteurs auraient pu se ravitailler. Dans le faisceau de relations aquifères qui n’ont pas vu le jour, l’Egypte avait sous la houlette du président Sadate proposé à Israël 400 millions de m3 d’eau en échange du règlement du problème palestinien11. On peut se demander où l’Egypte aurait trouvé les ressources nécessaires puisqu’elle-même subit une pénurie grave. L’Irak de son côté avait projeté de fournir de l’eau potable au Koweit à partir du Shatt-el-Arab et signé des accords commerciaux en 1989 et 1990. Quand les usines de désalement koweitienne ont été détruites au début de la guerre, les ingénieurs irakiens se sont dépêchés de construire des pipelines de remplacement pensant assurer ainsi la dépendance vis-à-vis de leurs propres ressources12.

LE PROJET DE GRANDE ANATOLIE

La Turquie contrôle 88 % du débit de l’Euphrate et environ 50 % de celui du Tigre ; ces proportions lui servent d’argument pour proclamer son droit de propriété et d’usage libre et indépendant. Dans les années à venir, la pression liée à la gestion des ressources hydrauliques de la région risque de s’accentuer car les populations augmentent et les eaux, surtout celles de l’Euphrate, ne seront pas forcément suffisantes pour subvenir à une consommation en constante augmentation. D’autant plus vive sera la compétition, que l’agriculture et l’industrie se développent. Si les aménagements que la Turquie entreprend actuellement s’avèrent bénéfiques pour les populations très pauvres du sud-est, à majorité kurde, et les retombées économiques à la hauteur des investissements engagés, elle possède là une carte maîtresse pour son avenir. L’ampleur même des projets, manifestation de la puissance et du savoir-faire turcs, n’est pas de nature à rassurer ses voisins.

Ainsi le GAP (Güneydogu Anadolu Projesi, Projet de Grande Anatolie) conçu dans les années 70, pour être une source d’énergie alternative au pétrole, a débuté en 1981. Immense chantier comprenant 21 barrages et 17 centrales hydroélectriques, il est destiné à dompter les eaux de l’Euphrate (32 milliards de m3/sec. par an) dont il utilisera environ 34 % et du Tigre (43 milliards de m3/sec. par an)13. Il contribuera à 53 % des besoins en électricité du pays et irriguera une surface de 1,7 million d’hectares située le long de la frontière syrienne, surface qui représente à peu près 25 % des terres irrigables du pays. Le coût total du projet est astronomique, puisqu’au moment de la fin des travaux, c’est-à-dire en 2005, l’ensemble devrait se monter à environ 33 milliards de dollars, sans compter quelque 10 milliards supplémentaires qu’il faudrait dépenser pour terminer la totalité des aménagements. La pièce maîtresse de ce chantier est le barrage Atatürk, neuvième plus grand barrage du monde : mesurant 169 mètres, il devrait permettre d’irriguer plus de 10 000 km2 et de produire 27 milliards de kw/an14. Dans deux ou trois ans, une fois

Principales infrastructures du GAP

Projet

Surface

Production

Provinces

état

  irrig. hect.

GW/an*

 

trav.

Projet Lower Firat

       

Bar. Ataturk et CHE

8 100

Adiyaman S. Urfa

EC

Tunnel Urfa et CHE

124

Sanliurfa

EC

Irrig. Urfa Harran

  141 535

Sanliurfa

EC

Irrig. Mardin Ceylanpinar

1ère tranche irrig.

2e tranche irrig.

230 130

104 809

Mardin/S. Urfa

Mardin/S. Urfa

EF

EF

Irrig. pompage Siverek Hilvan

160 105

Sanliurfa

REC

Irrig. pompage Bozova

69 702

16

Sanliurfa

REC

Bar.Karakaya et CHE

  7 354

D.Bakir/ S.Urfa

O

Projet Border Firat

       

Bar. Birecik et CHE

  1 797

G.Antep/ S.Urfa

PC

Bar. Karkamis et CHE

470

G.Antep/S. Urfa

PC

Projet Suruc Baziki

146 500

107

Sanliurfa

REC

Projet Adiyaman Kahta

       

5 projets CHE

  509

Adiyaman

SD

Projet irrig.(5 projets)

77 409

Adiyaman

SD

Projet Adiyaman Göksu Araban

71 598

A.Man/G.Antep

EF

Projet Gaziantep

81 670

 

G.Antep

EF

Sous-total pour Firat

1 083

45818 477    

Projet Dicle Kralkizi

       

Bar. Kralkizi et CHE

142

Diyarbakir

EC

Bar. Dicle et CHE

118

Diyarbakir

EC

Irrig. rive droite Dicle

52 033

Diyarbakir

PC

Irrig. pomp. riv. droite Dicle

74 047

Diyarbakir

PC

Projet Batman

       

Bar. Batman et CHE

  483

D.Bakir/Siirt

EC

Irrig. rive droite Batman

18 758

Diyarbakir

EC

Irrig. rive gauche Batman

18 986

Siirt

EC

Projet Batman Silvan

213 000

1 500

Diyarbakir

SD

Projet Garzan

60 000

315

Bitlis/Siirt

SD

Bar. Ilisu et CHE

3 028

Mardin/Siirt

PC

Projet Cizre

     

Bar. Cizre et CHE

940

Mardin

PC

Irrig. Silopi

32 000

Mardin

EF

Nusaybin Cizre Idil irrig. pomp.

89 000

 

Mardin

EF

Sous-total bassin rivière Dicle

557 824

6 526    

Total ensemble du GAP

1 641 282

25 003    

Adapté de Turkish Review, été 199O : EC en construction, PC plan détaillé achevé, EF étude de faisabilité terminée, SD schéma directeur, REC reconnaissance, O opérationnel. * Production à plein rendement.

atteint le niveau de remplissage du réservoir (526 m), deux tunnels de 26,4 km de long, charriant 328 m3/sec. irrigueront une surface de 250 000 hectares dans la plaine d’Haran et de Sanliurfa. D’autres ouvrages, opérationnels, existent déjà : le barrage de Karakaya, le barrage de Keban et le barrage de Hancagiz15.

RÉACTIONS POLITIQUES ET RÉPERCUSSIONS HYDROLOGIQUES

Le gigantisme de ces travaux ne laisse personne indifférent. L’opposition est à la fois intérieure et extérieure et les difficultés sont à la mesure du pari16. Comme il y a litige avec les autres pays riverains, la Turquie n’a pas reçu d’aide financière de la Banque mondiale. Beaucoup critiquent le coût prohibitif de l’entreprise qui serait la cause principale des 70 % d’inflation. Le GAP absorbe en effet 10 % du total des dépenses de l’Etat chaque année. Ces charges sont d’autant plus lourdes que les bénéfices ne sont ni certains ni clairement identifiés. D’un autre côté, les défenseurs des travaux accusent le gouvernement de ne pas investir assez d’argent dans le GAP (en 1989, la société Ata Insaat menaçait d’arrêter sa part de travaux par manque de fonds) et prédisent un retard en chaîne qui pourrait, selon certains journaux turcs repousser la mise en œuvre totale du projet jusqu’à l’année 2010. En ce qui concerne l’agriculture, si les évaluations des experts se révèlent exactes, l’irrigation des terres permettra de faire deux ou trois récoltes par an, augmentant ainsi de 10 à 20 fois la production de la région et, qui plus est de diversifier les cultures presque uniquement céréalières17. Des évolutions climatiques se font déjà sentir ; en amont du barrage Atatürk, les lacs de retenues forment un réservoir de 500 km de long dont l’évaporation de 150 m3 18 engendre des phénomènes nouveaux. : ainsi, Tevfik Okyayuz, responsable de la direction Moyen-Orient-Afrique du Nord du ministère des Affaires étrangères, note avec contentement l’apparition de moisissure pour la première fois depuis 2000 ans19 ! Par ailleurs, le gouvernement espère la création de 3,3 millions d’emplois, ne serait-ce que pour gérer et entretenir l’ensemble du système, fixant ainsi une population pauvre qui pour le moment part en masse vers les villes. D’ici l’an 2000, les autorités pensent pouvoir créer 12 villes de plus de 100 000 personnes, mais à ce jour, 55 000 personnes ont été déplacées hors des zones inondées. On imagine le traumatisme et le changement d’habitudes que cela représente, auxquels il faut ajouter l’absence de compensations immédiates. Comment des populations si traditionnelles, établies dans une zone fortement déshéritée, réagiront-elles au choc d’un tel développement ? Les méthodes d’adaptation à des transformations d’une telle ampleur ont-elles été suffisamment prévues ?

Population des provinces du GAP

recensement de 1990

Adiyaman 522 439

Mardin

 

558 941

Batman 345 070

Siirt

 

244 461

Diyarbakir 1 086 293

Sanliurfa

 

1 099 084

Gaziantep 1 225 863

Sirnak

 

282 557

A l’extérieur, c’est-à-dire en Syrie et en Irak, pays en aval, les critiques et les craintes sont d’un autre ordre. Les eaux de l’Euphrate sont vitales pour l’agriculture et l’industrie des deux pays. La Syrie a une position très inconfortable, prise entre les conséquences des développements turcs et les réactions que ses propres développements suscitent chez les Irakiens. Environ 30 milliards de m3 passent normalement la frontière, auxquels s’ajoute 1,8 milliard de la rivière Kabour ; l’Euphrate fournit ainsi 85 % des eaux de surface de la Syrie. Si l’on tient compte des diverses estimations d’experts, le taux de réduction annuelle de l’Euphrate due au GAP et à l’évaporation naturelle pourrait, d’ici l’an 2005, être de 10 à 11 milliards de m3 20. En 1987, à la suite de la mise en œuvre du GAP, Ankara et Damas ont signé un accord garantissant le passage d’au moins 500 m3/seconde (16 milliards m3/an), c’est-à-dire la moitié du débit total, à charge pour la Syrie et l’Irak de se la partager. Cet accord est resté ambigu pendant cinq ans, rien ne spécifiant s’il était définitif ou s’il devait être renégocié après la phase de remplissage du réservoir. L’ambiguïté a été levée le 18 septembre 1992 puisque les deux protagonistes ont renouvelé l’accord dans des termes qui n’ont pas été rendus publics.

Une autre préoccupation que les Syriens sont loin de négliger est la salinisation des terres et la pollution due aux engrais et pesticides utilisés par les Turcs. Ceux-ci assurent qu’ils mettront tout en œuvre pour éviter ces inconvénients et proposent de construire à la frontière, avec l’aide de Damas, une usine d’épuration et de faire en même temps profiter les Syriens de leur savoir-faire pour changer des méthodes d’irrigation qu’ils considèrent comme archaïques. Les Syriens craignent également, et semble-t-il à juste titre21, que le fonctionnement de leurs propres barrages qui fournissent 75 % de leur énergie électrique ne soit perturbé : Tabqa (Al-Thawra) qui mesure 4,5 km de long pour une largeur de 512 m à la base et de 19 m à la crète, emmagasine 41 millions de m3 et a été construit par les soviétiques ; il est considéré comme l’édifice le plus important pour le développement économique et social de la Syrie. Il a été mis en service en avril 1974 pour irriguer environ 640 000 hectares, et fournir de l’électricité avec une centrale hydroélectrique de 800 mw ; 26 km plus loin en aval se trouve le barrage d’Al-Baath, d’une capacité de retenue de 90 millions de m3, il produit 360 millions de m3 par an ; enfin tout à fait en amont se trouve le barrage de Tichrienne à vocation électrique. Les coupures d’eaux sont fréquentes et la sécheresse, qui en 1989 a fait tomber le débit de l’Euphrate à 16,870 milliards de m3 22,pénalisant toutes les villes du nord, justifie toutes les craintes.

Les Irakiens ne sont pas dans une position plus favorable car tous les problèmes et les développements en amont ont des répercussions sur leur agriculture et sur leur propre production d’énergie. Le flot annuel de l’Euphrate entrant normalement chez eux est, en moyenne, d’un peu moins de 30 milliards de m3. Bagdad estime ses besoins à 13 milliards de m3. L’accord de 1987 lui laisse très peu de marge et toutes les évaluations, même avec des données approximatives, indiquent que d’ici l’an 2000, l’Irak aura de grosses difficultés23 dans la zone dépendant de l’Euphrate. Avant la guerre du golfe, les Irakiens avaient prévu de largement développer la surface irriguée entre le Tigre et l’Euphrate, accroissant de 2 millions d’hectares les terres cultivables. Pour cela 300 millions de $ ont été investis dans divers projets et notamment celui du lac Thartar. Ce projet, terminé en 1988, consistait, pour pallier le déficit de l’Euphrate, à construire un canal pour déverser l’eau du Tigre dans ce lac utilisé comme réservoir, puis ensuite, à travers un autre canal, dans l’Euphrate24. Ankara ne s’est pas fait faute de conseiller de tels développements, mais il reste à évaluer l’influence, moindre semble-t-il, puisqu’ils seront principalement destinés à produire de l’électricité, des nombreux barrages turcs prévus sur le Tigre : deux existent déjà, le Menzelet et l’Altinkaya. Neuf autres sont prévus ou terminés : celui de Kralkizi au nord de la ville de Diyarbékir, celui de Batman, celui de Cizre, ceux de Dicle, Silvan, Garzan, Kayser, et Ilisu. Les affluents du Tigre, grand et petit Zab, Diyala, Adhaim permettent de réduire la dépendance et comportent déjà de nombreux aménagements (Himrin, Bekme, Mosul, Fatha) pour l’irrigation de 2,2 millions d’hectares. Ces infrastructures permettent de compenser les pertes dues aux travaux turcs. Mais pour compliquer encore un peu plus la situation, le Tigre sert de frontière sur une cinquantaine de kilomètres entre la Turquie et la Syrie avant d’entrer en Irak : il semblerait que Damas projette des travaux de pompage sur cette portion du fleuve et aurait approché Ankara à ce sujet25.

D’autre part, la tâche énorme à laquelle l’Irak doit actuellement s’atteler est la remise en route de la totalité de ses installations détruites par les bombardements pendant la guerre du Golfe. Tous les sites de production d’électricité ont été détruits, entraînant de grandes difficultés pour l’approvisionnement en eau potable et le retraitement des eaux usées. Une équipe de l’université de Harvard a compté que sur les 20 centrales du pays, 17 avaient été touchées dont 11 totalement détruites26. Si Saddam Hussein est toujours bien vivant, le barrage qui porte son nom, Saddam dam (ou Mosul dam) sur le Tigre, dans la province de Neinawa, qui produisait 1 034 Mw, a été fortement endommagé. La facture pour la reconstruction de l’ensemble de ces infrastructures se monterait à quelque 20 milliards de dollars.

TENTATIVES DE CONCERTATION

La Turquie, la Syrie et l’Irak ont depuis les années 60 essayé de gérer conjointement les fleuves qu’ils sont obligés de partager27. Mais les résultats ont été peu probants et se sont plutôt réduits à la mise en œuvre de gestions nationales qui, par manque de consultations et d’information réciproques, ont conduit à des incompréhensions et des craintes cumulées.

Le seul véritable accord qui existe à propos des eaux de l’Euphrate a été signé le 29 mars 1946 entre la Syrie et la Turquie28 obligeant les deux parties à informer l’Irak des plans d’aménagement prévus et à essayer de gérer au mieux les intérêts de chaque Etat. Les problèmes ont débuté à partir du moment où les premiers barrages construits, le Keban en Turquie et le Tabqa (Al Thawra) en Syrie, ont commencé à être remplis entre 1973 et 1975. Lorsque les Syriens, en 1975, ont mis en eau le réservoir de leur barrage de Tabqua, réduisant d’un quart le niveau des flots passant en Irak, ils n’avaient à l’époque consulté aucun de leurs voisins, argument que reprend aujourd’hui Ankara pour justifier sa propre conduite. Les Irakiens avaient alors violemment réagi et aussitôt massé des troupes à la frontière, menacé de bombarder le barrage. Le conflit dura deux mois et fut résolu grâce à la médiation des Saoudiens et probablement des Soviétiques, constructeurs de l’ouvrage. De nombreuses discussions techniques ont par la suite eu lieu entre les trois pays. En 1983, une commission technique tripartite a été créée, mais aucun accord stable n’a jamais pu être signé. L’accord de septembre 1992 entre Damas et Ankara a le mérite d’exister et d’engager la concertation mais il ne résout pas tous les problèmes puisque les Irakiens n’ont pas participé à son élaboration. Le débit octroyé par la Turquie représente tout juste le volume d’eau nécessaire aux deux pays en aval et continuera à être contesté. D’ailleurs, lorsque les Turcs ont, du 13 janvier au 12 février 1990, stoppé les eaux du fleuve pour commencer à remplir le réservoir Atatürk, les Syriens ont vigoureusement réagi. D’autres facteurs s’ajoutent au contentieux et donnent de l’ampleur au conflit : Damas soutient le PKK marxiste (Parti des travailleurs du Kurdistan), héberge son chef Abdullah Ocalan, lui offre des camps d’entraînement dans la plaine de la Bekaa, et lui laisse facilement franchir la frontière. En représailles, le président Özal menace de retenir les eaux de l’Euphrate, et en réponse Afez el Assad donne à nouveau un signe d’aide ponctuelle au mouvement terroriste. Un protocole de l’accord de 1987, réactivé le 17 avril 1992 par le ministre turc de l’intérieur, Issmat Sezgin et son homologue syrien Muhammad Harba, prévoit des échanges d’information en matière de sécurité et aussi qu’aucun parti ne doit offrir l’asile aux différents mouvements d’opposition29. Enfin, la revendication syrienne sur la province d’Hatay resurgit périodiquement : Hatay, le sandjak d’Alexandrette, a été cédée par la France à la Turquie en 1939 pour empêcher celle-ci de rejoindre les forces de l’Axe, mais a toujours fait l’objet d’une revendication par la Syrie30, laquelle pourrait au besoin fomenter des troubles parmi les quelque 40 % d’arabes qui y vivent. Pour tenter de forcer Damas à reconnaître sa souveraineté sur cette province, Ankara cherche à lier un accord sur l’Euphrate avec un accord sur l’Oronte (Asi), fleuve qui prend sa source au Liban, pas très loin du Litani, passe en Syrie, sert sur 40 km de frontière entre la Syrie et la Turquie pour se jeter enfin dans la Méditerranée31.

L’EAU : UNE ARME NOUVELLE ?

Il faut chercher le fondement véritable de l’opposition syrienne et irakienne aux projets de développement aquifère de la Turquie dans la crainte que l’eau ne soit, une fois le GAP réalisé, une épée de Damoclès, une arme politique et stratégique qu’Ankara pourrait manier soit comme une monnaie d’échange, par exemple pour payer moins cher le pétrole acheté à l’extérieur qui lui coûte en moyenne chaque année 2 milliards de $, ou comme moyen offensif, par la fermeture des vannes pendant une guerre. Le discours ambigu des dirigeants turcs, fait à la fois de menaces, lorsque Turgut Özal laisse entendre l’inévitabilité d’une guerre de l’eau, et volontairement rassurant, lorsque le même assure que ce serait une arme inhumaine, discours qui vise à faire de la Turquie le grand dispensateur du précieux liquide dont elle est seule abondamment détentrice, lui donnant ainsi tout loisir d’ouvrir ou de fermer les vannes, indispose ses voisins syrien et irakien. Ils ne voient dans toutes les propositions de coopération qu’une menace d’hégémonie latente et une sorte de paternalisme inacceptable pour un pays arabe. Peu avant le début de la guerre du Golfe, le 3 août 1990, comme d’ailleurs cela avait déjà été fait en 1989, le ministre irakien du pétrole, Issan el-Chalabi, avait rencontré son homologue turc pour lui demander, sans succès, de faire passer le débit de l’Euphrate de 500 à 700 m3/sec. Saddam Hussein, conscient de sa vulnérabilité à cet égard, avait demandé à la population d’économiser l’eau et de renoncer à tout emploi trop gourmand. Au début du mois de février 1991, la Turquie fermait pendant 3 jours une des vannes du barrage Atatürk et réduisait ainsi de 40 % le débit de l’Euphrate. Les autorités justifiaient par des raisons techniques cette opération, mais en même temps un haut responsable turc disait : "si vous attaquez les puits de pétrole, vous ne faites que bloquer le moteur économique. En coupant l’eau à un pays c’est la vie que vous détruisez" 32. Les Américains auraient-ils demandé ce "service" à la Turquie comme avertissement à Saddam Hussein ? Dans un cours article, intitulé "The Water weapon", Time 33 rappelle que, comme ils ont déjà fermé le pipeline Kirkouk-Dortyol malgré des accords préalables, les turcs pourraient aussi arrêter le cours de l’Euphrate. Ankara fait le parallèle entre la richesse pétrolière et la richesse aquifère : "nous ne partageons pas leur pétrole, qu’ils ne cherchent à partager notre eau" 34.

Il est fort difficile de prédire qui, de la Syrie ou de l’Irak aura, d’ici une dizaine d’années, le plus de difficultés. Il est certain que si des mesures concrètes ne sont pas prises, les ressources en eau ne seront pas suffisantes. Les conflits, grâce à des médiations diverses, ont pu jusqu’à ce jour être désamorcés ; cela peut continuer, mais ces exemples montrent que le manque d’eau peut devenir un casus belli si la convergence des conditions qui mènent à la rupture se produisait. Il est donc nécessaire de prévoir aujourd’hui les conséquences qu’auraient, pour trois pays réputés pugnaces, l’accroissement démographique, la sécheresse (occasionnelle ou continue) et la nécessité de maintenir dans les meilleures conditions une agriculture enfin développée, sans oublier la tentation pour la Turquie d’utiliser ce qui serait alors l’arme du plus fort. Une assistance technique, en dehors de toutes considérations politiques devrait être apportée aux pays riverains pour les aider à employer des méthodes d’irrigation moins dispendieuses et adaptées à une agriculture dont le coût ne devrait pas dépasser celui de l’importation des denrées cultivées. Il est nécessaire de comprendre que tout développement sur une portion d’un fleuve a des conséquences sur l’ensemble du bassin et qu’une gestion intégrée s’impose. Pour cela, la meilleure solution, mais aussi la plus difficile à mettre en œuvre, serait d’engager systématiquement des consultations et des concertations avant toutes décisions d’aménagement. Mettre en œuvre des mesures de confiance et de sécurité, ce que l’on pourrait appeler les CSBM de l’eau, pourrait, dans cette zone comme dans les autres parties du monde où le problème se pose, aider à prévenir les conflits.

 

Turquie

Syrie

Irak

Iran

Superficie km2

780 576

185 180

434 924

1 648 000

Population

58 103 600

13 186 600

18 400 000

55 483 800

Croissance démographique /an

2,1 %

3,6 %

3,5 %

2,7 %

PNB (1991)

$115,32 bn

$ 13,89 bn

$ 40,78 bn

(1990)

$ 60,49 bn

Budget Défense (1991)

$ 3,59 bn

$ 1,13 bn

$ 8,61 bn

(1990)

$ 4,27 bn

Force armée

560 300

404 000

382 500

528 000

Sources : Military Balance 1992-1993 ; L’état du monde, 1992.

Principaux fleuves et bassins partagés

Fleuves

Longueur km

milliards m3/sec. /an

Estuaire

Surface du bassin en km2

Bassin partagé et part du pays en %

Tigre

1950

43

Golfe Persique

378 834

Irak (58),
Iran (28,8), Turquie (13), Syrie (0,2)

Euphrate

2780

32

Golfe Persique

400 000

Irak (60), Turquie (26,3) Syrie (13,7)

Araxe

Caspienne 225 000

Urss (62,3), Turquie (25,3),
Iran (12,4)

Coruh

Mer Noire

21 000

Turquie (91),
Urss (8,1)

Seyhan

Méditer.

Turquie

Ceyhan

Méditer.

Turquie

Karoun

Tigre

Iran, Irak

Oronte

610

790 mcm

Méditer.

13 000

Syrie (73), Turquie (15)
Liban (12)

ONU, "Register of international rivers", Water Supply and Management, vol. 2, 1978 ; Naff et Matson, op. cit.

 

 

 

 

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________

Notes:

1 Des sondages récents montrent que l’Otan apparaît toujours comme nécessaire à la sécurité du pays, pour 60 % des personnes interrogées en février 1992, contre 83 % en juin 1991 ; 36 % pensent que l’Otan n’a pas d’importance, contre 18 % aux mêmes dates, USIA research memorandum, 7 juillet 1992.

2 Pour une évaluation des relations de la Turquie avec l’Europe et les Etats-Unis après la guerre froide, voir I. Lesser, Bridge or Barrier ? Turkey and the West after the cold War, Rand R-4204-AF/A, 1992.

3 Le Monde, 6 mai 1992.

4 Turkish Review, printemps, 1991, p. 17.

5 Defense News 6 septembre 1992.

6 SWB 9 octobre 1992, p. A5.

7 L’ECO est dans la lignée de l’Organisation pour le développement et la coopération régionale créée dans les années 60 en parallèle avec le CENTO (Central Treaty Organization) qui, lui-même, succédait en 1959 au Pacte de Bagdad.

8 "The Middle East expands : Rivalry in South Central Asia", Jane’s Intelligence review, Mai 1992, p. 211.

9 Strategic Survey, 1991-1992, p. 230.

10 Pétrole et gaz arabes, 16 janvier 1992.

11 Ambio, vol. 8, n°6 1989, p. 351.

12 EIU Country profile : Iraq, 1990-1991.

13 Les données concernant les ressources en eaux varient d’une source d’information à l’autre. L’accuité des problèmes oblige les gouvernements à gonfler les besoins, à tronquer ou occulter les données : ainsi le débit du Tigre varie de 22 milliards de m3/an selon les brochures techniques turques, à 32 milliards de m3 par an selon le CSIS de Washington, à 43 milliards de m3/an selon Naff et Matson, Water in the Middle East : Conflict or Cooperation ?, Westview, 1984 ou à 52 milliards de m3 selon Beaumont, Federal Trust for Education and Research, Commission des Communautés européennes, février 1992.

14 Cours d’eau et lacs internationaux, n° 14, 1990.

15 Les numéros du 18-1-1990, 29-8-1990, 1-8-1991 du Newpost d’Ankara donnent une description technique détaillée des différentes infrastructures.

16 Turgut Ozal et Suleyman Demirel sont tous les deux des ingénieurs ; le premier a une formation en électricité et a travaillé sur le Keban, le second a dirigé de nombreux chantiers hydro-électriques et a été successivement, de 1952 à 1964, directeur du Département des Barrages, du Contrôle de l’eau et de l’Administration hydraulique ; cela explique en partie la détermination gouvernementale à aboutir.

17 La surface de terres irriguées passe de 18 000 hectares en 1930 à 170 000 en 1960 et à un peu plus de 3 millions en 1990, Historiens et géographes, n° 336 mai-juin 1992.

18 Der Spiegel, cité par Courrier international, 7 février 1991.

19 Political Communication and Persuasion, vol. 8, p. 285.

20 Le déficit annuel de la Syrie pourrait être de 1 milliard de m3 en l’an 2000, MEED, 13 octobre 1989, p. 5. En novembre 1989 une conférence de l’Economic and Social Commission for West Asia (ESCA) tenue à Damas prévoyait dans la région un déficit annuel de 100 000 millions de m3 d’ici la fin du XXe siècle, cité par MEED 19 janvier 1990.

21 Voir Peter Beaumont,Water : a resource under pressure, Federal Trust for Education and Research, Commission des Communautés européennes, février 1992.

22 MEED, 13 octobre 1989, p. 4.

23 Certaines estimations ne lui laissent que 6 milliards de m3 par an, voir : Country report : Syria, (Economist Intelligence Unit), mars 1987.

24 Meed, 13 octobre 1989, p. 5.

25 Beaumont, op. cit., p. 181.

26 Middle East Economic Survey, 29-7-91.

27 Pour plus de détails, voir l’ouvrage de Thomas Naff et Ruth C. Matson, Water in the Middle East : Conflict or Cooperation, Boulder, Westview 1984.

28 ONU document A.5409, numéro de vente 63 V 4, p. 192.

29 Country Report : Syria, (Economist Intelligence Unit), n° 4, 1987.

30 Sur le Sandjak voir la bibliographie proposée par la revue Historiens et géographes, n° 336, mai-juin 1992, p. 159.

31 Sur l’hydrologie et les aménagements de l’Oronte : Water in the Middle East, op. cit. p.115 et "Quand les paysans bricolent les grands aménagements : l’exemple de l’Oronte en Syrie", F. Métral, Histoires de développement, n° 5, mars 1989, pp. 41-45.

32 Le Figaro, 14-2-1991 et Middle East Focus, hiver 1992, p. 5.

33 17 septembre 1990.

34 Country Report : Syria, n°, 1992.

 

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