LE MONDE ARABE A LA RECHERCHE DE SES ESPACES

 

Marie-Lucy DUMAS

 

Hors histoire, hors géographie, hors société, hors spécificité historique, le monde arabe semble au début des années quatre-vingt-dix comme suspendu entre ses représentations mythiques et identitaires et les réalités socio-économiques et internationales.

Sans poids dans les relations internationales, sans moyens de pression depuis l’échec du maniement de l’arme du pétrole, déchiré par des rivalités internes, en proie à l’expansionnisme régional, le monde arabe n’émet plus depuis une vingtaine d’années que des images de violence, de fanatisme et de course aux armements.

Le "monde arabe" est devenu plus une commodité de langage qu’une réalité, plus un désir mythique qu’une volonté. Le personnage le plus acharné à promouvoir l’unité arabe, le colonel Qaddafi, vient d’y renoncer spectaculairement en constatant l’étendue du manque de solidarité de ses compatriotes lors de son bras de fer avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La confusion règne dans les esprits au moment même où une idéologie, faisceau de courants convergents, l’arabo-islamisme se promeut comme nouvelle voie de l’unité dans un monde arabe profondément divisé.

"Pourtant les Arabes se sentent des affinités qui tiennent à la langue et à la religion, à un legs historique commun, à un espace géographique. Voilà une réalité que personne ne met en doute. L’arabité est donc bel est bien une réalité" 1, mais qui s’applique à un monde que l’on peut diviser de plusieurs façons :

Trois grandes régions socio-économiques : le Proche-Orient, la vallée du Nil et le Maghreb.

Deux régions par rapport au degré de conflictualité : le Maghreb où il n’y a pas de conflit et un Moyen-Orient surarmé.

Si l’on introduit le critère d’attirance extérieure, le Maghreb est plus attiré par et lié à l’Europe, le Moyen-Orient aux Etats-Unis.

Deux régions linguistiques : un Machrek anglophone, un Maghreb francophone.

Deux zones de migrations : le Maghreb vers l’Europe, le Machrek attractif de populations asiatiques.

Les facteurs unificateurs sont aussi contestés.

La religion dilue la spécificité des 210 millions d’Arabes dans un monde musulman d’un milliard de croyants où le poids des populations asiatiques est prépondérant. Si l’Arabie Saoudite se bat à coups de capitaux pour maintenir son hégémonie sur les organisations islamiques, la guerre du Golfe a jeté des doutes sur son rôle de gardien des lieux saints. L’Iran prétend diriger le centre mondial du chiisme.

La civilisation arabo-musulmane est prise entre la fidélité au passé que souhaitent faire revivre les fondamentalistes et sa nécessaire évolution technique et démocratique. Pour l’instant, c’est le passé que l’on invoque plus que les exigences du temps présent.

Quant à la langue, la fixation sur le refus de l’évolution de l’arabe, langue sacrée du Coran, entraîne l’existence de langues nationales populaires qui ne peuvent se proclamer telles, "les dialectes" arabes du Maghreb, du Yémen et du Soudan, qui se différencient de l’arabe comme le français s’est distingué du latin.

De fait, la problématique même de l’unité est remise en cause par de nombreuses personnalités : les Arabes ont pris le problème de l’unité à l’inverse de l’Europe. Celle-ci a unifié 300 millions de personnes parlant dix langues différentes en créant un marché commun, tandis que les Arabes ont toujours placé l’idéologie avant les réalités économiques. L’exemple de la dispersion des Etats d’Amérique latine vient confirmer que l’unité se fait autour d’objectifs communs : le marché commun Etats-Unis-Mexique par exemple. Et pour le premier d’entre les objectifs que devrait satisfaire cette unité arabe, la redistribution des richesses, le partage entre pays riches et pauvres, qui a toujours fait l’objet de déclarations grandiloquentes, n’a jamais été mis en pratique. Il est redevenu une revendication populaire depuis la guerre du Golfe, créant ainsi une nouvelle fracture entre pays endettés et pays exportateurs de capitaux en Europe et aux Etats-Unis.

Le désir d’une recomposition sociale et morale des sociétés s’exprime de façon parfois violente par le biais de partis islamistes et prend une connotation très anti-occidentale alors que le monde arabe n’a jamais été autant lié à ce monde occidental. La tentation est grande de rechercher à l’extérieur les causes du "malaise arabe". C’était déjà une pratique marxiste et tiers-mondiste qui a été réactivée par la guerre du Golfe. Mais ces schémas d’explication classiques n’étant plus opérants, les intellectuels du monde arabe ou de sa périphérie vivent une véritable renaissance de la pensée2 qui se questionne sur deux grandes interrogations :

— pourquoi le monde arabe est-il décadent ?

— quelle peut être la place du monde arabe sur la planète ?

La ou les réponses à la deuxième question sont étroitement liées aux réponses à la première, car le monde arabe s’est toujours pensé comme un espace défini, construit et porteur de projets et de mythes. De ce fait, les idéologies qui ont tendu à apporter des réponses ont toutes eu des visions globalisantes, parfois totalitaires, du devenir du monde arabe. Cela a induit des types de rapports avec le reste du monde et des alliances possibles. Pensé par lui-même comme un tout global, le monde arabe vit avec douleur la confrontation avec la division (des Arabes, des croyants) et avec la démocratisation, établissant entre les deux une relation de cause à effet qui renvoie à la dialectique communauté-individu. La démocratisation suppose la reconnaissance de l’individu et le passage d’une société communautaire à une société de citoyens. Voilà qui remet fondamentalement en cause les visions collectivistes du devenir des Arabes et pose le problème de la démocratie par rapport à l’unité arabe : la démocratie est-elle l’étape préalable pour mieux s’unifier ou bien doit-elle faire litière de cette unité pour mieux exister ?

Les idéologies du monde arabe et leurs espaces

A la question de la décadence du monde arabe, six grands types de réponse ont été apportés depuis le XIXe siècle3 :

— le réformisme musulman : contre la trahison des origines,

— le libéralisme : contre le despotisme,

— le socialisme : contre l’appropriation de la minorité,

— l’arabisme : contre la désunion,

— le développementisme : pour rattraper le retard,

— l’islamisme : pour un retour aux sources de l’Islam.

De ces six courants, seul l’islamisme est en développement sur les ruines de l’unité arabe, de l’échec et des effets pervers de la course au développement par la voie libérale ou par la voie socialiste et par le dévoiement du libéralisme. La contestation radicale islamiste et le néofondamentalisme rejettent comme réponses vraies à la crise arabe celles des idéologies qui sont suspectes d’être des imitations, des rattrapages, des importations de l’Occident. Le glissement progressif de l’islamisme révolutionnaire qui voulait concurrencer l’Occident sur le terrain scientifique et étatique, vers un néo-fondamentalisme qui rejette toutes les valeurs du monde occidental, annonce le désir de retranchement et de fermeture de ce courant de pensée sur un monde arabo-musulman idéal.

Le fondamentalisme

Au XIXe siècle des penseurs musulmans se sont penchés sur les espaces intérieurs : ceux des individus des diverses communautés arabo-islamiques pour une régénération sui generis. Selon le plus connu, Jamal Eddine Al-Afghani, l’infidélité à l’Islam des origines par une évolution vers une cléricalisation a figé l’Islam et a lui a ôté toute capacité progressive, toute capacité d’adaptation au monde moderne. Il faut réveiller l’Islam et cela permettra de dresser l’Orient contre le colonialisme. En fait la revendication identitaire islamique a permis de redonner une identité de civilisation aux Arabes, mais partant n’a pas permis la renaissance de l’Islam dans le sens souhaité par Al-Afghani. Jouant le rôle d’idéologie de la libération, l’Islam a continué, dans bien des endroits, à se maintenir dans sa fixité et a, du coup, tendu à la conservation des régimes tribaux déjà établis.

Le fondamentalisme actuel essaie d’adapter la religion musulmane aux nouvelles données historiques. Il ne prétend plus jouer un rôle dans le domaine de l’identité, mais plutôt dans celui de sauveur d’une religion dévoyée par l’islamisme. "Les musulmans ne peuvent rester plus longtemps en retrait, dit Mohamed Arkoun, par rapport à cet élan universel de la pensée scientifique vers de nouveaux modes d’intelligibilité et d’appropriation du réel. Car c’est à cela que conduit une reprise critique de tous les fondements de la pensée islamique en commençant bien sûr par le Coran lui-même. Et parce que celui-ci contient les indications et les pierres d’attente en vue de la reprise constante des efforts humains pour corriger, élargir, enrichir nos connaissances, nous sommes assurés, en le relisant avec la rigueur intellectuelle moderne de contribuer à l’apaisement de cette nostalgie de l’être et de ce désir d’éternité qui n’a jamais cessé de travailler l’homme" 4.

L’idéologie libérale s’est à peine développée dans le monde arabe, à une époque où celui-ci était dominé par le colonisateur qui proposait ou imposait ses modèles, sans toutefois laisser plus d’initiative à ceux qui voulaient les imiter dans les espaces juridique, constitutionnel et scientifique pour combattre le despotisme dont souffrait le monde arabe5. Ces espaces, il importait aux libéraux égyptiens de les imiter pour les combattre et les dépasser.

Or les grands combats nationalistes des années cinquante se sont menés sur le champ de l’émotionnel, de l’identité culturelle et religieuse en rupture avec les modèles du colonisateur, et non sur celui de la rationalité des "lumières".

Le processus d’un réformisme libéral à la turque a toujours été compromis dans le monde arabe car ses partisans ont toujours été accusés d’être les suppôts du colonisateur : en Irak (Nouri Saïd, Abdelkrim Kassem), en Egypte (le roi Farouk), le Parti populaire du Peuple et le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en Algérie.

La tentative libérale, accusée de manque de nationalisme, s’est vite dévoyée dans des régimes militaires ou semi-militaires "qui cherchent toujours à créer un péril extérieur qui leur permette de détourner l’attention de leur peuple, donc de réduire les risques de coup d’Etat ou de révolution. A cet égard, la colonisation puis la création de l’Etat d’Israël leur ont été très utiles. Ces régimes sont des farouches adversaires de l’humanisme et du libre usage de la raison, d’où là encore la perte de confiance des musulmans dans le modèle occidental sert leurs intérêts" 6.

Les réformes économiques libérales en cours depuis 1988 dans le monde arabe et qui sont appelées infitah (Egypte, Tunisie, Algérie, Maroc) sous les injonctions du FMI, ne s’accompagnent pas de la libéralisation démocratique. Elles donnent du libéralisme la caricature suivante : inflation, perte du pouvoir d’achat (et d’une couverture sociale déjà minime), fermeture des entreprises d’Etat, réduction du nombre de fonctionnaires, chômage accru, ressources extérieures dévorées par le rééchelonnement de la dette, appauvrissement, etc.

Le socialisme "arabe" adopte ce qualificatif pour supprimer toute référence à un marxisme athée qui ne correspond pas aux mentalités7, et combattre le communisme. Il s’inscrit dans le partage mondial bi-polaire, dans un espace stratégique conflictuel dont la partie moyen-orientale est un des terrains de confrontation. Alignant toutes les nuances, de l’alliance avec l’Union Soviétique à l’anti-américanisme ou bien au non-alignement plus balancé, ce socialisme arabe est partie intégrante du combat mondial contre l’impérialisme. Le monde arabe se veut du tiers-monde, Nasser, Bourguiba, Boumédienne, ses leaders.

La crise économique et la délégitimation des partis-Etats l’ont mis en faillite bien avant le camp soviétique. Dans le cas de l’Algérie, la faillite du développement socialisé entraîne la remise en cause complète de l’idée de modernité et de la croyance dans l’Etat, celui-ci étant assimilé par les petites gens à corruption, profit personnel et clientélisme.

La disparition du non-alignement comme espace d’expression politique (malgré ses dérives pro-soviétiques), entre les deux blocs, crée un vide, un déficit de forum d’expression.

Dans une nouvelle catégorisation des Etats après la fin de l’ordre bipolaire, les Etats arabes se situent dans une région qui, pour sa partie moyen-orientale, conserve toujours un rôle stratégique compte tenu des réserves pétrolières. Mais pour la première fois, depuis le XIXe siècle il n’est plus un enjeu, ni une zone de dispute entre grandes puissances. Avec la chute de l’Union Soviétique, il a perdu une des cartes majeures qui lui donnait du poids dans les relations internationales.

De ce fait, selon les configurations du monde que l’on peut tracer, le monde arabe se situe à une frontière entre Riches et Pauvres8 entre l’attrait matériel pour le Nord et l’émotion "fraternelle"pour le Sud, entre le rejet par le Nord, comme possible menace, et le désir d’exister au Sud en tant que menace ou toutefois région avec laquelle compter.

L’arabisme définit d’emblée un "monde arabe" bien que la définition d’"arabe" soit l’objet de multiples interprétations.

L’espace est alors reconnu comme "ethnico-civilisationnel". Il existe une "arabité" qui, comme "l’africanité" des années soixante, se crée contre le colonisateur puis le néo-colonisateur puis persiste en tant que facteur permanent.

Or si l’arabisme idéologique continue d’être un rêve attirant, sa décadence est liée aux diversités économiques, à l’échec face au problème israélien et à sa trop grande proximité avec la mythologie islamiste. "A l’intérieur de l’aire arabo-islamique, les relations entre l’arabisme et l’islamisme ont oscillé entre la fécondation réciproque et la méfiance. de façon générale, les deux idéologies de mobilisation ne peuvent prospérer en même temps. Ainsi, chaque fois que l’arabisme se trouve dans le creux de la vague, les mouvements islamistes réoccupent le devant de la scène et investissent le champ intellectuel. Cela est le cas depuis une vingtaine d’années" 9.

Le développementalisme a voulu développer un espace socio-économique dont le pétrole a semblé l’arme adéquate de l’intrusion du monde arabe dans le monde économique. Or la rente pétrolière a accéléré non pas la création d’une véritable économie arabe, ni même son intégration dans le système économique mondial, mais bien plutôt sa véritable dépendance, créant de graves déséquilibres entre pays et au sein des pays. En trente ans, le monde arabe, auto-suffisant au plan agricole, est devenu dépendant alimentairement.

Le pétrole a "transnationalisé" les économies10. A la fin des années soixante-dix, les économistes parlaient du "caractère inévitable du développement économique arabe" 11, compte tenu des excédents en revenus pétroliers. Cela ne s’est pas produit car bien des facteurs ont manqué :

— le temps, puisque la crue des prix du pétrole n’a duré que jusqu’en 1983, faisant passer l’endettement du monde arabe de 50 à 250 milliards de dollars ;

— l’absence de maîtrise de la démographie. Dans certains pays (Syrie, Algérie) le développement s’est accompagné de conceptions natalistes. En 30 ans, l’Algérie, le Maroc, l’Egypte et la Syrie ont doublé leur population ;

— le facteur prévoyance : plus d’argent dépensé dans des achats de consommation qu’investi dans des moyens de production. Dans cette rubrique on peut faire entrer les achats d’armements et autres achats "extravagants" ;

— le manque de gestion de l’effort et de la productivité des hommes à cause de la fragmentation des marchés, de l’absence d’émulation, du contrôle étatique, de l’accès restrictif à l’information, l’absence de lois appropriées qui ont entravé le développement de la petite et moyenne entreprise ;

— la gestion des hommes. Le monde arabe connaît un exil des cerveaux et une sclérose des études et de la recherche scientifique (un seul prix Nobel, celui de littérature à l’Egyptien Naguib Mafhoud). 800 ingénieurs pour 100 000 habitants en 1978, ce ratio reste le même dix ans plus tard ;

— l’adéquation entre structure sociale et technologies avancées. L’exemple de l’Algérie est caricatural en ce sens que l’achat paresseux d’usines clef en mains ne favorise pas l’assimilation technologique dans une société où la modernité est reléguée au domaine industriel et ne touche pas le domaine de l’individu et de la famille ;

— le manque de stabilité. Le monde arabe a connu 6 guerres majeures depuis 1948 et une dizaine d’autres conflits civils ou ethniques. La Tunisie est le seul pays du monde arabe qui n’ait pas été impliqué dans un conflit armé depuis son indépendance, mais qui a subi, comme les autres, violences et émeutes urbaines ou religieuses.

L’islamisme a toujours existé dans le monde arabo-musulman. C’est l’utilisation de l’Islam comme idéologie politique dans les luttes de libération nationale par les élites nationalistes. Dans les années soixante-dix et quatre-vingts, il devient le refuge ostentatoire, l’expression des spoliés, des marginalisés et des "mal identifiés", mais il occupe en fait trois espaces, celui du mouvement social, le terrain politique (la stratégie révolutionnaire de l’Etat islamique) et celui de l’imaginaire (l’utopie politico-religieuse). L’islamisme fait rêver le jeune chômeur en lui proposant un système très simple dans lequel tout aura une solution et où chacun trouvera sa place.

L’homme trouvera sa place horizontalement dans une Communauté d’où les dissensions seront exclues parce celle-ci n’aura pour objectif que sa liaison verticale avec la divinité. Cette Oumma de croyants aura pour vocation l’extension à l’humanité tout entière, dans un espace non délimité ni par la géographie, ni par les races (tous les musulmans sont frères) ni par les frontières des pays, quand l’ensemble de l’humanité aura pris connaissance du message divin. En attendant cette parousie, le monde est divisé en deux espaces : celui des musulmans à réislamiser et celui des autres, impies, gens du Livre, polythéistes et athées qu’il importe de convaincre.

"la religion est le seul lien entre les croyants (et les hommes)" écrit un docteur de la Foi musulmane12, et comme l’Islam a établi à l’intention de l’ensemble de l’humanité un mode de vie remarquable et une organisation complète dont les sources, les principes, les règles générales et les bases portent sur la foi, le culte, les échanges et les règles sociales, économiques, politiques et internationales ainsi que sur les valeurs et la morale, les nations et les organisations internationales n’ont plus de raison d’être.

La question de savoir si le dernier empire musulman (l’Empire ottoman) est mort avec l’élimination du califat par Mustapha Kemal ou bien si les musulmans n’ont jamais été capables de s’unifier dans le passé reste posée par les chercheurs13.

Espace musulman et espace arabe, la difficile cohabitation

Les premiers historiens arabes14 ont décrit et défini un espace musulman. Ibn Hauqal (977) découpe le monde connu en quatre Empires : celui de l’Islam, de Byzance, de la Chine et de l’Inde. Les autres groupes de population existants ne sont pas considérés comme des Empires, car ils ne bénéficient pas de ce qui constitue la puissance impériale : des convictions religieuses, des bonnes mœurs, des institutions sages et un gouvernement juste qui agit pour conserver les richesses.

Face aux agressions dont l’Empire islamique est victime, se dégage la notion de frontière et de sa défense organisée selon des places-fortes (Qodama Ibn Jafar, 929). Enfin, dans cet espace musulman protégé, Abou Youssof (931-998) établit les différences et la hiérarchie entre Arabes et non-arabes, musulmans et autres Gens du Livre, polythéistes et idolâtres, arabes renégats et renégats non-arabes.

Selon Jean-Paul Charnay, se dessine un "concentrisme géo-spirituel" qui fait de l’islam le plus grand et le plus cohérent des systèmes géopolitiques existants. Au centre la Qaaba à La Mecque ("lieu le plus pur de la Terre") puis le Hedjaz, lieu de naissance de l’Islam qui y fait émerger une nation arabe. Le Hedjaz et par extension le territoire d’Arabie saoudite, est sacré : les Infidèles ne pouvaient ni s’établir ni se faire enterrer, ni pratiquer leur religion jusqu’à la guerre du Golfe. Autour, le dar el islam comprend des terres conquises où les habitants selon leur origine payaient ou non un tribut. Dans cette optique, le Maghreb fait partie des terres conquises, ainsi que l’a rappelé Yasser Arafat lors de son exil en Tunisie en 1983, ce qui est apparu aux Tunisiens comme un déni du caractère arabe de leur territoire. Au delà encore, le dar el harb, que l’on peut traduire par "monde de la guerre" ou bien l’Enfer. Les islamistes plus catégoriques l’appellent le dar el koufr, le monde des impies. Ce découpage du monde entre l’Oumma (monde des croyants) et le monde des infidèles fonde la vision islamiste du monde. Mais il n’y a pas si longtemps (1976) que les manuels de l’éducation religieuse obligatoire proposaient ce découpage du monde aux jeunes enfants tunisiens.

Ce monde concentrique ignore les frontières, les différences entre pays et les pays eux-mêmes. il ne reconnaît que deux frontières :

— la première entre croyants et infidèles à l’intérieur même de l’Oumma. Ceux-ci peuvent être aussi bien des non-musulmans (Coptes en Egypte, Chrétiens au Liban) que des "mauvais" musulmans. Les Frères musulmans d’Egypte manifestent tous les jours leur sens de la frontière dans les provinces de Haute-Egypte contre les Coptes ;

— la deuxième passe entre croyants et infidèles à l’extérieur. Si cette frontière passe en Méditerranée entre Europe et monde arabe, elle coïncide alors avec la frontière économique et démographique. Il est donc tentant, ainsi que l’a suggéré The Economist, de redessiner un nouveau découpage du monde en septembre 1990, selon les aires religieuses et de civilisation. Au nord le monde judéo-chrétien européen et anglo-saxon et américano-latin, au sud le monde musulman, à l’est les mondes confucéen et asiatique, prenant en tenaille le monde hindouiste. Comme l’Afrique noire a disparu, "terra incongnita" on retrouve là le monde décrit par Ibn Hauqal en 977. Cette vision trouve des partisans des deux côtés du limes. Côté arabe, l’habitude de concevoir l’Oumma des Arabes ou l’Oumma des croyants selon les critères de la religion et de la civilisation amène des chercheurs à parler de l’Oumma judéo-chrétienne que la Communauté européenne est en train de constituer au Nord. La comparaison est tellement parlante que les Arabes en comprennent immédiatement le caractère exclusif, à l’instar de leur Oumma15, puisque l’Europe mise au défi d’intégrer la Turquie, Etat européen et musulman, le refuserait pour des raisons de civilisation.

La division du dar el islam

Sur les cartes, la tâche verte de l’islam s’étend16 vers l’Asie et l’Afrique subsaharienne, "une seule religion, mais des idéologies qui s’en réclament", selon Yves Lacoste et qui troublent beaucoup l’analyse. Deux pays revendiquent le rôle de leader du monde musulman : l’Arabie Saoudite et l’Iran.

Pour contrer une renaissance moderniste de l’islam, l’Arabie, "patrie" du wahhabisme, a pris l’initiative dès 1969 de créer l’Organisation de la Conférence islamique. Le motif invoqué lors de sa création a été l’appel aux musulmans après l’incendie de la Mosquée El Aqsa de Jérusalem et l’annexion de la partie est de la ville par l’Etat hébreu.

Cependant, dès 1974, le deuxième sommet islamique abandonne les domaines proprement religieux et théologique à la Ligue islamique mondiale (siège La Mecque) et décide de consacrer ses efforts
au regroupement des musulmans en une entité d’un milliard d’hommes17. Sous l’appellation "la nation islamique" émerge un nouveau regroupement qui aurait mission de représenter les musulmans dans les instances internationales et de promouvoir une conception musulmane du droit international et des rapports entre les Etats. A la Ligue islamique est laissé le soin de rédiger la "Charte islamique des droits de l’Homme"18, selon les principes de l’évidente divinité de l’Homme, créé par un Dieu qui lui concède les droits de l’Homme. Cette Charte a le mérite d’établir ces droits pour l’Homme en général, ce qui constitue un progrès très net vis-à-vis des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes dans bien des pays musulmans.

Cette organisation, outre le cas permanent posé par l’occupation de Jérusalem et évoqué à chaque Sommet, s’est finalement consacrée à des résolutions et des actions plus économiques :

— coopération entre Etats musulmans riches et Etats musulmans pauvres (Lahore, 1974) ;

— projet de marché commun islamique sous l’impulsion des économistes pakistanais (Taëf, 1980) ;

— création d’une banque islamique de développement (capitaux saoudiens) et création d’un "dinar islamique", monnaie de compte vite abandonnée.

Ces décisions rendent compte de la main-mise de l’Arabie Saoudite sur la direction de l’OCI et sur la Ligue islamique mondiale, conjuguant capitaux, direction financière et direction théologique. L’OCI a connu une certaine heure de gloire avec la condamnation unanime de l’intervention soviétique en Afghanistan (1981) mais depuis cette date, malgré le retour de l’Egypte, la "sécession" iranienne lui a fait perdre du poids. C’est la Ligue (Rabita) qui est chargée de "créer l’unité des musulmans" et a organisé des départements dans chaque pays musulman, des écoles et des "missions" en Afrique et en Europe.19 La Grande-Bretagne est la plaque tournante de la Ligue qui entend y regrouper les trois à quatre millions de musulmans, essentiellement asiatiques, résidant dans ce pays.

Ces deux instruments sont en fait essentiellement ceux de la politique étrangère de l’Arabie Saoudite qui associe prosélytisme religieux et prêts de capitaux. Le déficit réside dans la formation des cadres religieux, le Pakistan restant toujours grand pourvoyeur d’imams. Mais la création et le développement de ces organismes correspondent à une réinstitutionnalisation du monde musulman qui peut être interprété de deux façons concomitantes en Europe et aux Etats-Unis :

— il s’agirait d’un contre-feu modéré aux tentatives déstabilisatrices de l’islamisme révolutionnaire. Cet islam conservateur pro-occidental (non pour les mœurs mais pour l’alliance politique) paraît plus à même de stabiliser des zones d’intérêts stratégiques : le Golfe ou les pays de la frontière. Il a pour inconvénient de consolider aux dépens des Droits de l’homme, un apartheid musulman.

— il pourrait s’agir d’une "internationale" dépourvue toutefois de centre mais qui fait peur par la capacité de mobilisation des foules dans les mosquées, par son prosélytisme ou pour l’image qu’elle renvoie des Occidentaux20. On s’habitue en ce sens à dire "musulman" comme on dirait "juif" : une ethnie nouvelle en Bosnie-Herzégovine créée par Tito pour combattre le nationalisme ethnique des minorités non serbes. Cette dérive, faire des musulmans une ethnie, ou un nouveau peuple, est combattue par certains théologiens musulmans qui estiment, à l’instar de Mohamed Said el Ashmawyy, qu’il s’agit d’une corruption de l’Islam par le judaïsme21. L’Islam n’étant pas la religion d’un peuple, mais celle de tous les hommes, quelle que soit leur appartenance nationale et ethnique, aucune ethnie, ni nation ne saurait s’approprier la religion, ni aucun musulman prétendre n’être plus un national, à la façon dont le secrétaire de la Ligue islamique mondiale à Londres se présente : musulman, né en Egypte. De ce fait la problématique de certains musulmans de prétendre que l’Islam est d’abord la religion des Arabes ou bien qu’un Arabe ne peut se concevoir sans la religion musulmane, montre bien les difficultés relationnelles entre les deux appartenances. C’est au point d’ailleurs que ces deux idéologies de mobilisation, l’arabisme et l’islamisme "oscillent entre fécondation réciproque et méfiance et ne peuvent prospérer en même temps" 22. Quand l’une est au creux de la vague, l’autre prend le dessus et investit le champ culturel.

Alors ? Qu’est-ce qu’être Arabe ? qu’est-ce qu’être musulman ?

"On sait qu’il y a des Arabes qui ne sont pas musulmans et des musulmans nonarabes. On sait qu’au sein même de l’aire arabe, s’affirment de plus en plus fortement des nationalités spécifiques, que des Etats différenciés les régissent, mais que pourtant jouent obscurément des apparentements souterrains entre le phénomène arabe et le fait islamique... Sommes-nous, se demande Hichem Djaït23, comme les Arabes du VIIe siècle qui ont subjugué le Vieux monde ou sommes-nous d’autres Arabes ? La priorité appartient-elle à la nation restreinte dont les chefs politiques visent à enraciner la notion ou bien à cette vaste communauté arabe en devenir ? Est-ce que l’arabité peut véritablement se concevoir sans l’Islam et cet islam est-il une conscience religieuse ou une conscience historique ?" Telles sont les questions que pose clairement un intellectuel tunisien en 1974 et qui sont devenues sous les vocables "recherche de l’identité" le leitmotiv des intellectuels, surtout du Maghreb. Si Hichem Djaït conclut à cette époque à la composante islamique (dans son sens civilisationnel, comme l’on dit la civilisation judéo-chrétienne de l’Europe) de la personnalité arabe, la revendication de la primauté islamique dans la personnalité arabo-islamique laisse t’elle une chance et un devenir à l’arabisme ? Ou bien nous trouvons-nous dans une toute autre problématique qui consiste à voir, dans la faillite du système arabe et du nationalisme arabe, le succès des Etats-nations et du régionalisme dans le cadre d’une recherche d’une identité originale qui combinerait l’arabité, l’islamité et la citoyenneté moderne ?

Nation arabe et nationalités

Une question de vocabulaire

Il y a dans la langue arabe plusieurs termes pour désigner tout ce qu’englobe le terme "nation" en français :

— la nation-race : al jinsyya ;

— la nation-mère : al oumma ;

— la nation-patrie : al watan ;

— la nation-Etat : al dawla ;

— la nation-peuple : al chaab ;

— la nation issue d’un soulèvement : al qawmyya ;

— le nationalisme local : al qutryyah.

Les quatre termes les plus utilisés sont :

al watan a une connotation combattante, employé surtout au Maghreb (par exemple le journal El Watan) ;

al qutriyyah désigne le nationalisme et la proclamation d’une identité particulière dans des frontières affirmées. Utilisé dans les pays de l’Afrique du nord : exemple le nationalisme égyptien ;

al qawmyya a une connotation anti-colonialiste, laïque, employé surtout par les Baas’istes, par exemple al qawmyya al arabia (le nationalisme arabe anti-colonialiste) ;

al oumma a une connotation culturelle et religieuse, employé par les arabo-islamistes. Dans le Coran, ce terme est utilisé pour désigner indifféremment une nation, une communauté, une race, un peuple, un groupe social. Ce sont les compilateurs des écrits et des paroles de Mahomet qui en fixèrent le sens en "communauté religieuse et politique destinée à regrouper les adeptes arabes et non arabes de l’Islam"24.

Qu’est-ce qu’un Arabe ? qu’est-ce que le nationalisme arabe ?

Il y a quatre grandes conceptions qui caractérisent trois types d’attitude à l’égard du phénomène nationaliste arabe.

L’arabisme intégral

Pour le Baas syrien (Sati Al Houçri, 1961) "tous les pays dont les habitants parlent la langue arabe sont arabes... Qu’ils soient égyptiens, koweitiens, marocains, musulmans ou chrétiens, sunnites, djafarites (chiites) ou Druzes, catholiques ou orthodoxes ou protestants... Les différences et les divergences que l’on voit maintenant entre les Etats arabes du point de vue de leurs institutions administratives, législatives et économiques ainsi que leurs orientations politiques sont toutes l’héritage des époques d’occupation". En bref, sont Arabes tous ceux qui habitent l’ancien empire musulman, "entre les Monts Taurus, Zagros, le Golfe, l’océan Indien, les montagnes d’Ethiopie, le Sahara, l’Atlas et la Méditerranée" (article 7 des Principes fondateurs du Parti socialiste arabe Ba’ath). Cette définition a pour mérite de supprimer définitivement toute question de minorité, copte, kurde, tcherkesse, arménienne, érythréenne ou berbère (pour ne citer que les plus connues du monde arabe) qui supportent de plus en plus mal cet expansionnisme de la notion d’Arabe. En lisant les programmes des partis politiques algériens on constate que le pro-arabisme est étroitement lié à la dénégation de la différence et à l’existence de minoritaires25 et à la forte affirmation de l’identité islamique, alors que les partis dits "régionalistes", parce que reconnaissant le droit à l’existence et à la langue des Berbères, se placent dans une problématique laïque.

L’arabisme culturel

Pour le ministre de la culture tunisien en 1958, "le nationalisme arabe est à la fois un héritage culturel, une orientation intellectuelle commune, des intérêts matériels tantôt concordants, tantôt divergents et une volonté commune d’entité unifiée ou intégrée", ce qui ne l’empêche pas dans le même discours de prôner le droit à la liberté totale des intellectuels à ne pas vouloir encenser le nationalisme arabe. Le nationalisme est donc une culture, pas plus qui ne doit pas entraver le nationalisme local. Le "bourguibisme" variante locale du nassérisme selon ses détracteurs est composé de l’affirmation de l’identité nationale tunisienne, construite dans la lutte contre les Ottomans et les Français, du libéralisme, d’un Islam étatisé et contrôlé et d’une totale indépendance vis-à-vis des politiques arabes. La Tunisie a quitté une fois la Ligue arabe (1958-61) et rompu deux fois ses relations diplomatiques avec l’Egypte pour protester de leur ingérence dans les affaires intérieures tunisiennes.

L’arabisme expression de la lutte des classes

Pour les marxistes, "le nationalisme arabe est la façon arabe d’aborder la question coloniale et nationale" 26. "Nous rejetons comme réactionnaires toutes les fadaises de communautés de langue, de race, de religion et autre "fraternité de sang"... Qui est l’ennemi du peuple tunisien ? l’Etat d’Israël valet de l’impérialisme américain ou bien l’Etat tunisien, valet de l’impérialisme américain ?" 27 Dans le dernier programme du PAGS algérien28, la seule référence au nationalisme arabe est mise en relation avec l’Empire ottoman, ou bien en tant qu’invention du néo-colonialisme pour perpétuer sa division du monde arabe. En bref le nationalisme arabe c’est le retour au féodalisme ou à la domination coloniale, il entrave la lutte des classes. L’Union soviétique n’a jamais soutenu l’unité arabe mais a considéré que les partisans les plus acharnés de celle-ci se plaçaient dans son camp : Egypte, Syrie, Irak et Libye. Dans cette optique, l’arabisme était une variante du tiers-mondisme.

L’arabisme réaliste

Pour Moammar El Gaddafi, "l’attitude du néo-colonialisme nous oblige à édifier des ensembles garantissant notre protection et notre survie, objectifs accessibles seulement au prix de notre unité. Le grand Maghreb arabe n’est qu’une étape sur la voie de l’unité arabe" 29. Cette conception réaliste a présidé à l’élaboration du traité de Marrakech qui a créé l’Union du Maghreb arabe en 1989.

Il n’ y a pas d’arabisme racial

L’étude ethnologique permet de constater que l’ethnie arabe est originaire du Hidjaz et de l’Arabie du sud. Des tribus rebelles à une autorité centrale furent unifiées par la force et la conversion par Mahomet et, sous l’impulsion de l’islam, "arabisèrent" d’autres tribus, c’est-à-dire les convertirent à l’islam et leur apprirent l’arabe. L’islam fut d’abord un mouvement national arabe avant de devenir par son extension aux peuples conquis, une religion mondiale. L’ethnie arabe n’existe donc pas, le nationalisme arabe qui prétend unifier les Arabes parce qu’il s’agit d’un seul peuple ou d’une race est donc une tromperie. L’arabisme est une idéologie unitaire qui a servi de tremplin pour le pouvoir aux arabistes triomphants, tels que Nasser, Kaddafi, désireux d’imposer leur influence aux autres pays arabes, ou bien aux arabistes putshistes tels que Hafez el Assad ou Saddam Hussein pour imposer le pouvoir d’une minorité, d’une famille, les Alaouites en Syrie, les Takritis en Irak.

Les tentatives d’unité arabe ont émané de l’initiative de ces personnages ou de leurs pays.

• 1942 : projet d’union de la Grande Syrie : Syrie, Liban, Palestine et Transjordanie, sous direction hachémite.

• 1958 : union Egypte-Syrie à laquelle se joint le Yémen jusqu’à 1961 sous l’appellation "République arabe unie".

• 1958 : tentative d’Union arabe entre la Jordanie et l’Irak.

• 1969 à 1971 : Charte de Tripoli : union Libye-Egypte à laquelle se joignent le Soudan et la Syrie.

• 1971 : fédération des Républiques arabes : Egypte, Libye, Syrie, après le coup d’Etat de Numeiry au Soudan.

• 1972 : fusion Egypte-Libye : quelques mois.

• 1974 : fusion Libye-Tunisie, vite dénoncée par Bourguiba.

• 1982 : projet d’union Egypte-Soudan, dénoncé en 1986.

• 1982 : Conseil de coopération arabe entre Egypte, Irak, Jordanie et Yémen, gelé en 1990.

• 1984 : fusion Maroc-Libye assortie d’un traité militaire, plutôt tourné contre l’Algérie.

• 1989 : fusion Yémen-Libye.

• 1990 : intégration Soudan-Libye.

Trois organismes regroupent des Etats arabes et existent toujours malgré une certaine mise en sommeil :

• la Ligue des Etats arabes, 1942 ;

• le Conseil de coopération du Golfe, 1982 ;

• l’Union du Maghreb arabe, 1989.

Ces trois organismes ont les mêmes caractéristiques : il s’agit d’une association d’Etats souverains et indépendants (article Ier de la Charte de la Ligue) avec un objectif déterminé, "le resserrement des rapports entre les Etats membres et la coordination de leur action politique... et une coopération étroite" (article 2 de la Charte de la Ligue) ou bien "la consolidation des rapports de fraternité qui lient les Etats membres et leurs peuples... établissement de la concorde, coopération diplomatique, économique culturelle" (articles 2 et 3 du Traité de l’UMA). La Charte ne s’inscrit pas dans une vision unitaire arabe complète comme le traité de l’UMA qui est non contraignant, tandis que la Charte dispose d’articles contraignants en cas d’agression et en cas de prise de décision. Mais il y a deux clauses (article 8 dans la Charte et article 15 de l’UMA) qui précisent la non-intervention dans les affaires intérieures de chaque Etat membre.

Le système arabe entre pan-arabisme et intérêts spécifiques des Etats, essai de stratification

Depuis la deuxième guerre mondiale, le monde arabe a été tiraillé entre deux conceptions : le nationalisme arabe auquel s’opposent le nationalisme local (al qutryyah) et un système d’Etats qui travaille à l’art des ajustements et des équilibres entre intérêts de puissances. Si le système arabe est malade, c’est soit parce que les intérêts locaux ont pris le dessus, soit parce qu’il n’y a plus d’équilibre au sein du système d’Etats pour cause de volonté hégémonique. Des deux versants de l’explication surgit l’intérêt national étatique.

Baghat Korany30 propose un découpage du système arabe :

• 1945-1954 : création de la Ligue et désastre des Palestiniens, dont le problème devient le cœur des relations inter-arabes et des Arabes avec le reste du monde.

• 1954-1961 : triomphe du pan-arabisme : symbiose de la doctrine pan-arabe avec le nassérisme.

• 1961-1967 : premières fissures au sein du monde arabe (guerre du Yémen).

• 1967-1973 : désastres militaires, fin du pan-arabisme et traumatisme du système régional. Les Palestiniens échappent à la tutelle.

• 1973-1978 : crise pétrolière qui fait émerger les pays du Golfe et accord bilatéral de Camp David qui rompt le principe de la non-négociation avec l’ennemi.

• 1979-1989 : libanisation du système arabe par vide de leadership et multiplication des conflits inter-arabes et entre arabes et non-arabes.

• 1989-… : fragmentation en sous-systèmes régionaux compétitifs, recomposition des hiérarchies avec la guerre du Golfe et la disparition de la compétition est-ouest dans la région et processus de démocratisation.

On se rend compte immédiatement que ce découpage est beaucoup plus valable pour le Machrek que pour le Maghreb qui ne vit pas au même rythme. Il part de l’idée que le "système arabe" existe ou a existé. S’il mentionne le problème palestinien comme "noyau dur" des relations, il omet de signaler l’importance de la mouvance islamique comme facteur perturbateur, ainsi que le rôle et la place que jouent les armements dans l’équilibre entre Etats au cœur du système31. La faillite du système arabe met en évidence la croissance et la consolidation des Etats-nations du monde arabe et le processus de régionalisation.

Ainsi, chez les chercheurs, le débat ne porte plus sur le comment faire l’unité arabe mais sur son pourquoi et sur l’existence ou non d’une nation arabe32. Il porte aussi sur la dialectique entre nation-arabe et nations-Etats.

Pour les nationalistes arabes, l’unité a échoué pour diverses raisons : à cause de la domination étrangère (Samir Amin), de l’absence d’une classe capitaliste arabe supranationale (Faouzi Mansour), de l’émergence des particularismes ethniques locaux (ex Liban). Burhan Ghalioun développe deux idées :

"Les Arabes ne constituent pas une nation au sens moderne du terme mais ils en possèdent tous les éléments constitutifs33. Ils ne constituent pas en tous cas des nations différentes et distinctes, car ils sont sur le plan culturel profondément unifiés. Il faudrait parler d’une seule nation en formation qui n’a pas réussi son intégration politique et économique, mais qui n’a pas les moyens de la manquer".

— Sa deuxième idée est que la nation arabe n’a pu se constituer à cause des Etats devenus des oligarchies anti-populaires. Si le peuple reprenait le pouvoir, il serait automatiquement nationaliste-arabe.

Etats-nations et régionalisme

Les leaders des luttes nationales de libération (Nasser, Bourguiba, Allal el Fassi, le FLN) ont constamment délivré le message de l’existence de leur pays avant la colonisation, de son histoire et de ses particularités : "L’Egypte fut celui des Etats musulmans qui recouvra le plus rapidement sa personnalité antique, qu’elle n’avait du reste jamais oubliée. L’histoire nous apprend qu’elle a opposé une résistance farouche aux Perses... qu’elle ne se soumit au pouvoir des Empires romains d’occident et d’orient que contrainte... et que son acceptation de la domination arabe ne fut pas exempte de rancœur, voire de résistance et de révoltes... elle ne commença à s’apaiser et avoir confiance qu’après avoir recouvré sa personnalité indépendante" 34.

Nasser décrit "la doctrine des trois cercles" dans laquelle s’insère l’Egypte : "la zone arabe qui nous entoure et forme avec nous un bloc compact dont histoire et intérêts sont indiscutablement liés avec nous…, le monde musulman… et le monde africain" 35. Houari Boumédienne inscrivait de même l’Algérie dans deux cercles plus vastes : celui du Maghreb arabe "qui ne nous conduira pas pour autant au repli sur soi et à l’isolement" et le camp du tiers-monde, dont l’Algérie est un des leaders (Charte des non-alignés d’Alger, 1973).

Depuis ces années, de nombreux conflits ont aggravé les relations inter-arabes36 mettant à jour des volontés de puissance régionale, mais surtout révélant trois faits majeurs.

Affirmation et contestation des frontières

De brefs conflits ont marqué la nette volonté des Etats à confirmer les frontières nationales issues du découpage colonial : guerre des sables Algérie Maroc (1963), affaire des frontières maritimes entre la Libye et la Tunisie (1986), affrontement frontalier entre Egypte et Libye (1977), guerre Koweit-Irak (1990-1991).

Des questions frontalières pendantes existent plutôt
au Machrek : frontière irako-koweitienne, saoudo-yéménite (dénonciation de l’accord de 1934), Oman-Yémen, Emirats Unis-Arabie saoudite.

D’autres questions frontalières sont liées au problème du partage des eaux (frontière libano-isrélienne, syro-israélienne) ou aux frontières maritimes (conflit du golfe de Syrte entre la Libye et les Etats-Unis).

Enfin, des pays qui se disent lésés par le partage colonial ont tendu à rectifier les frontières à leur profit : Israël (depuis 1948, si on estime partir du plan Bernadotte de partage de la Palestine), la Syrie (intégration du Liban dans une grande Syrie, depuis 1978), l’Irak (débouchés du Chatt el Arab et annexion du Koweit) et l’Egypte (affaire de la frontière avec le Soudan).

La non-intangibilité des frontières n’a jamais été, au Machrek, une revendication des Etats, au contraire du Maghreb qui se sent lié par la Charte de l’OUA.

Refus des sécessions et des revendications minoritaires

Les tentatives de sécession émanant de populations minoritaires — Noirs du Soudan, Kurdes d’Irak, de Turquie et de Syrie, Touaregs — ou dans une moindre mesure, les revendications nationales minoritaires (chiites en Irak et en Syrie, Berbères en Algérie) ont toujours fait l’objet de violentes répressions de la part des pouvoirs constitués au nom de l’intégrité et de l’unité nationale. Le plus frappant exemple a été l’expulsion des forces palestiniennes du territoire jordanien en novembre 1970.

Dans cette optique, les forces politiques ou religieuses contestataires ou révolutionnaires sont analysées comme facteur de désagrégation de la nation. Le fanatisme anti-copte en haute Egypte a rouvert le débat sur les composantes de la nation égyptienne. La répression anti Frères musulmans en Egypte, contre les islamistes tunisiens et algériens se situe dans la lutte contre les ingérences de pays terroristes (Iran, Soudan, Libye). Enfin, la mise en avant d’un Etat islamique par l’islam politique oblige les tenants du nationalisme à développer les thèmes de l’algérianité ou de la spécificité nationale (Maroc).

Consolidation des Etats

Depuis le début des années soixante-dix, les Etats arabes ne sont plus menacés par des coups d’Etat ou des putschs militaires. La vingtaine de coups qui ont émaillé l’histoire des pays de 1945 à 1970 ont eu pour origine soit le renversement de régimes liés aux colonialistes (Egypte 1952, Jordanie 1957, Irak 1958, Syrie 1963, Libye 1969, Soudan 1969), soit pour masquer une intervention militaire ou une ingérence dans les affaires intérieures (Irak 1959, Yémen 1962), soit, enfin, pour résoudre des conflits de pouvoir (Algérie 1963, Maroc, Liban, Soudan). Depuis, les régimes sont devenus très stables grâce au parti unique, aux retombées de la rente pétrolière et à l’équilibre des rapports de force entre soviétiques et américains dans la région. Deux Etats seulement ont vécu dans l’instabilité et les guerres intestines, le Liban et le Soudan.

La contestation majeure des régimes vient de l’islam politique qui, en Jordanie, Egypte, Maroc, Algérie et Tunisie, a abordé la question de la conquête du pouvoir par les élections et non par la violence. Les "maquis" du FIS en Algérie, les "espaces islamisés" de la Haute-Egypte par les Gamaat al islami s’installent dans les zones rurales alors que leurs électeurs se trouvent dans les villes. La consolidation des Etats s’est effectuée au fur et à mesure de l’urbanisation des sociétés arabes. La Ville s’est ruralisée, reproduisant dans ses quartiers la division traditionnelle des clientèles et des tribus, proches des organes du pouvoir et de la distribution de ses faveurs37. La ville est aussi le lieu de contact avec le reste du monde.

Le nationalisme au risque de l’occidentalisation ?

Des thèmes tels que l’algérien langue nationale au lieu de l’arabe classique, la fierté de la culture nationale en Egypte (ce que ses détracteurs appellent "Pharaonisme"), le rejet du nationalisme arabe comme frein à la démocratisation apparaissent essentiellement
au Maghreb et peuvent être perçus comme le résultat des étroites relations qu’entretiennent ces pays avec l’Europe, induisant un courant d’échanges de marchandises et d’hommes.

10 millions de Maghrébins voyagent chaque année en Europe, contre 200 000 qui font le pèlerinage de La Mecque, 4 millions y habitent en permanence. Les paraboles permettent à 9 millions d’Algériens de recevoir toutes les chaînes de télévision européennes38. L’"occidentalisation" des mœurs est évidente au Maghreb, ce qui fait dire à Olivier Roy39 que l’islamisme est la réaction de rejet quand il est déjà trop tard.

Les effets "pervers" sur le téléspectateur sont connus (incitation à la consommation, menaces sur la culture nationale, information à effet persuasif etc.40) permettant aux maghrébins d’accéder à leur réel mais en revanche de vivre dans l’imaginaire des autres. Ce dédoublement de l’identité est systématisé au Machrek sous la forme du choix que devrait effectuer l’Arabe : le Monde arabe ou l’Occident, alors que progressivement, les Maghrébins se posent la question de la symbiose entre ces deux mondes. Mais ce processus de synthèse est contrarié par nombre de facteurs : des rapports psychologiques inégaux, la reprise du thème tiers-mondiste lors de la guerre du Golfe, le Nord contre le Sud, le manque d’aide ou d’actes politiques favorables envers les Maghrébins qui attendent beaucoup de l’Europe.

Le régionalisme comme solution ?

Des trois organismes régionaux (CCG, CCA et UMA) cités, seule l’Union du Maghreb arabe a été conçue comme réponse aux défis lancés par la Communauté économique européenne et son grand marché unique de 1993. Ce traité a eu le mérite à la fois de conforter les sentiments unitaires au Maghreb après plusieurs tentatives, comme celle du Conseil Consultatif maghrébin, de se penser comme organe de négociation avec la CEE et de réconcilier les Etats. Le processus est en panne depuis la guerre du Golfe : aucune position commune n’a pu être dégagée (cinq Etats, cinq positions), la Libye refuse d’y participer depuis sa condamnation par l’ONU et accuse ses voisins d’avoir appliqué le boycott décidé à son encontre. L’affaire du Sahara occidental, dont le référendum d’auto-détermination a été imposé aux Sahraouis avec fraude sur le nombre d’électeurs en faveur du Maroc, continue de tendre les relations avec l’Algérie. En bref, les économistes se rendent compte que les économies maghrébines sont concurrentes, que le courant d’échange est très faible et qu’il faudra du temps et de la volonté politique pour surmonter les problèmes. Or l’instabilité de l’Algérie retarde encore les choses.

Le Conseil de Coopération du Golfe a été incapable de mettre sur pied une force arabe de sécurité après la guerre. Chaque Etat craignant de renforcer l’importance de son voisin, ceux du Golfe ont préféré signer des traités de défense bilatéraux avec les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne.

Le Conseil de coopération arabe mis en veilleuse lors de la guerre, est réveillé par l’Irak qui souhaite y faire entrer la Syrie, le Soudan et le Liban. A cause des ambitions restées intactes de l’Irak, on voit mal comment l’Egypte accepterait l’adhésion de ces Etats.

Les perspectives tracées par B. Ghalioun, "d’une grande fédération arabe comme condition essentielle… de la démocratie, capable de modifier les rapports de force et les stratégies mondiales, condition à la libération de la volonté nationale arabe et à la reprise en main par les peuples du tiers-monde de leurs destinées" 41 restent des vœux peut-être réalistes mais actuellement irréalisables, compte-tenu de toutes les potentialités d’exaspération des relations entre Etats arabes. En même temps, l’idée d’un monde arabe unifié, jouant un rôle sur la scène internationale et possesseur d’armes de destructions massives est une perspective que les puissances ne veulent pas favoriser tant que conflits, absence de démocratie et islam rétrograde sont les caractères repoussants du monde arabe. Mais comment peut-on à la fois accéder à la modernité et à la démocratie si les pays n’ont aucune maîtrise de leur propre environnement et de leur devenir ? Collectivement, cela paraît impossible. Le monde arabe restera comme un mythe au sein duquel deux pôles peuvent se détacher et être une force d’attraction.

Egypte et Algérie, les deux pôles du monde arabe ?

Ces deux pays ont bien des caractéristiques communes :

— rôle de leader dans leur région, sans rechercher l’expansionnisme ;

— effervescence culturelle et intellectuelle à l’intérieur et chez les émigrés, lobby pro-arabe aux Etats-Unis dirigé par les Egyptiens, entrepreneurs maghrébins en Europe ;

— processus de démocratisation et de libéralisation des économies, l’Egypte ayant commencé dès 1986 ;

— urbanisation ruralisée et phénomènes urbains : émeutes, chômage, délinquance, villes surpeuplées ;

— contestation retardatrice des options modernistes avec laquelle les gouvernements doivent pactiser (Université El Ahzar, traditionnalisme) ;

— fort endettement créant une dépendance vis-à-vis d’une (Etats-Unis pour l’Egypte) ou plusieurs sources (Europe pour l’Algérie) ;

— importations agricoles importantes, notamment en céréales et donc susceptibles d’être réduites par une meilleure gestion des ressources ;

— industrie en cours de dé-étatisation.

L’Egypte possède peu de ressources mais ne vit pas le drame du dédoublement de l’identité que vit l’Algérie dont les ressources ont été mal gérées. L’Algérie est libre d’alliance avec une grande puissance, mais doit reconvertir ses armements. Ces pays représentent des images fortes : le nationalisme nassérien, la lutte de libération algérienne et une histoire dans laquelle les Arabes se reconnaissent. Rien ne peut se faire dans les régions sans eux et inversement toute déstabilisation chez eux aurait des conséquences sur l’ensemble de leur région. L’une est située dans une zone d’intérêt pétrolier dont elle gouverne un point clef. L’autre s’impose par sa taille et ses richesses potentielles en Afrique. Si l’Egypte a reconquis sa place de leader au sein de sa région après une éclipse forcée de dix ans, l’Algérie est en pleine éclipse sur la scène régionale : plus de politique étrangère et moindres ressources financières. L’Egypte a de bonnes longueurs d’avance, tant en matière de formation des élites qu’en pratique des relations internationales. L’Algérie sortant de trente ans de tiers-mondisme militant aura du mal à se reconvertir. Mais si l’on raisonne en termes de puissance traditionnelle, l’Egypte a des concurrents, l’Irak et Israël, l’Algérie n’en a pas.

Toutefois l’évolution qui se dessine dans les Balkans et dans l’ex-Union soviétique laisse penser que les petits Etats paraissent plus viables que les gros, ce qui laisse plus d’espace d’expression à un pays comme la Tunisie dont le niveau de vie par habitant a dépassé celui de l’Algérie en 1991 et dont la volonté de conjuguer aussi bien capitaux moyen-orientaux et européens, identité arabo-musulmane et modernité occidentale peut faire de ce pays, si ce n’est la Suisse du Maghreb, comme les élites aiment le dire, en tout cas un petit "dragon méditerranéen". Un sondage sur l’identité des lycéens tunisiens42 montre que 46 % d’entre eux se sentent d’abord tunisiens, 24 % arabes et 12 % d’abord musulmans. 8 % n’ont pas d’avis sur la question.

De l’échec de l’unionisme arabe émergent des Etats égoïstes et soucieux de leurs intérêts, plus proches des désirs d’existence des populations, mais sans idéal plus exaltant que celui de l’exercice et du respect des libertés.

Quel idéal peut remplacer celui de la nation arabe dans l’imaginaire arabe, ou de la nation islamique dans celui des musulmans ? La démocratisation, en remplaçant les communautés par des individus-citoyens, éloigne les exaltations mythiques de masse au profit des revendications catégorielles. Il semble que la "révolution culturelle" en cours dans ce monde si près de l’Europe soit un événement aussi important que la disparition du communisme et dans laquelle la "nation arabe" s’effacera.

ANNEXE

ETAT DE LA DIVISION DU MONDE ARABE EN 1992

Pays

problèmes externes

armements riches

problèmes internes

Maroc

Sahara occidental

Non significatif

Non

démocratisation, démographie

Algérie

Touaregs

Non

Non

économie, démocratisation, islamisme armé

Tunisie

Libye

Non

démocratisation

Libye

Tunisie, Algérie, Egypte

quantité

Oui

contestation du régime

Egypte

Soudan

Oui

Non

économie, démocratisation, islamisme armé, démographie

Syrie

Liban, Turquie

Oui

Non

contestations, économie, problème d’eau

Liban

Syrie, Israël

Non

Non

souveraineté, unité, problème d’eau

Jordanie

Israël

Non

Non

Palestiniens, eaux du Jourdain,

Irak

Iran, CCG

Oui

Kurdes, Chiites, contestations, reconstruction

Arabie

Yémen, Abou Dhabi

Non

Oui

islamisme

EAU

Arabie, Iran

Non

Oui

Qatar

Oman, Arabie

Non

Oui

Koweit

Irak

Non

Oui

démocratisation

Oman

Qatar, Yémen

Non

Non

 ?

Yémen

Arabie

Non

Non

unité, contestations

Soudan

Ethiopie, Libye, Egypte

Non

Non

guerre, islamisme

 

 

________

Notes:

1 Bichara Khader, ”Le système régional arabe”, Cahiers de l’Orient, n° 26, 2e trimestre 1992.

2 Burhan Ghalioun, Le malaise arabe, Etat contre Nation, ENAG, Alger, 1992 ; Dayrush Shayegan, Le regard mutilé, schizophrénie culturelle : pays traditionnels face à la modernité, Albin Michel, 1989, Fouad Zakarya, Laïcité ou islamisme, les Arabes à l’heure du choix, La Découverte, Editions Al-Fifr, Paris/Le Caire, 1991, Fereydoun Hoveida, Que veulent les Arabes ?, First, 1991.

3 Bichara Khader, L’Europe et le monde arabe, CERMAC, Edisud, 1992, p. 69.

4 Mohamed Arkoun, Lectures du Coran, Ed. Alif, Tunis, 1991, préface.

5 Lire à ce propos, les romans de Naguib Mahfoud (La ruelle des deux Palais) sur l’accès aux idées libérales des couches moyennes du Caire au début du XXe siècle.

6 Mohammed Saïd Al-Ashmawyi, L’Islam politique, Ed. Bouchène, Alger, 1989, p. 57.

7 Maxime Rodinson, Marxisme et Islam, Seuil, 1970.

8 Jean-Christophe Ruffin, L’Empire et les nouveaux barbares, Point Seuil.

9 Bichara Khader, op. cit., p. 68.

10 Samir Amin, Irak et Syrie, Ed. de Minuit, Paris, 1980, p. 145. Voir aussi la revue Peuples méditerranéens, n° sur la transnationalisation , 1989.

11 Bichara Khader, Monde arabe et développement économique, Le Sycomore, Paris, 1981.

12 Docteur Mohamed Habib Belkhodja, “L’Islam, religion et civilisation face aux menées hostiles”, Les religions et la guerre, Cerf, 1990.

13 Yves Lacoste, Questions de géopolitique, Hachette, 1988 et J.P. Charnay, L’Islam et la guerre, Fayard, 1986. Ils abordent deux thèses : c’est l’occident qui a mis fin à l’unité musulmane, les musulmans étaient profondément divisés bien avant la colonisation.

14 J. Sauvaget, Historiens arabes, pages choisies, Adrien Maisonneuve, 1946.

15 Revue Stratégie et prospective, n° 1, 1992, Institut d’études de stratégie globale, Alger.

16 Voir la carte établie par le Centre des hautes études de l’Afrique et de l’Asie modernes, Paris.

17 G. de Bouteiller, “La nation islamique, utopie ou réalité géopolitique de demain ?” Défense nationale, janvier et février 1981 ; “Après Taëf, la nation islamique ?”, avril 1981, Jean-Paul Charnay, “Géostratégie du monde islamique”, Cahiers français, n° 199-200, 1981.

18 Voir le commentaire critique établi par Bruno Etienne, l’islamisme radical,, Livre de poche, Biblio. Essais, 1991.

19 Le premier Institut supérieur islamique de France financé par les Etats du Golfe a ouvert ses portes en janvier 1992.

20 Roger Tebib, “Géopolitique et intégrisme islamique”, Défense nationale, février 1988.

21 L’Islam politique, Ed Bouchène-La Découverte, Alger, 1990.

22 Bichara Khader, L’Europe et le monde arabe, op. cit.

23 Hichem Djaït, La personnalité et le devenir arabo-islamique, Le Seuil, 1974.

24 Henri Aboukhater, Nation arabe... op. cit. et Dictionnaire élémentaire de l’Islam, Office des publications universitaires, Alger, 1991, p. 300.

25 Voir programmes du FLN, du PRA, du MDA, au contraire des programmes du FFS et du RCD.

26 Jacques Couland, L’éveil du monde arabe, Ed. Sociales, 1964.

27 La question palestinienne dans ses rapports avec le développement de la lutte révolutionnaire en Tunisie, Groupe d’études et d’action socialistes tunisien, Perspectives, n° 2, février 1968 (pro-chinois), voir aussi Jean-Paul Charnay, Principes de stratégie arabe, L’Herne, 1984, p. 300.

28 Parti de l’avant-garde socialiste, nouveau nom depuis 1968 du Parti communiste algérien, Alger, 1989.

29 Renouvellement du monde arabe, sous la direction de D. Chevallier, Armand Colin, 1987.

30 Baghat Korany, “La nation dans tous ses Etats : dialectique unité diversité”, Les régimes politiques arabes, PUF, 1990, pp. 143-200.

31 Marie-Lucy Dumas, “Réalités de l’arsenal au Moyen-Orient”, Cahiers de l’Orient, 1er et 2e trimestre 1992.

32 Voir Burhan Ghalioun, Le malaise arabe, Etat contre nation, ENAG éditions, Alger, 1991, traduit de l’arabe. B. Ghalioun est syrien et la nation dont il parle est la nation arabe.

33 Selon la définition stalinienne : une histoire, une langue, une civilisation, une religion communes. Le “vouloir-vivre” ensemble de Ernest Renan ne semble pas primordial aux nationalistes arabes car cela leur paraît indiscutable : quel Arabe ne souhaiterait pas vivre avec ses autres frères ?

34 Taha Hussein,La pensée politique arabe contemporaine, Anouar-Abdel Malek, Seuil, Politique, 1970, p. 140.

35 Jean-Paul Charnay, op. cité page 357 et suivantes ;

36 Voir Annexe, et l’ouvrage de Youssef Ahmad, Les conflits arabo-arabes, 1945-1981, Beyrouth, 1983.

37 Voir Etat, ville et mouvements sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient, L’Harmattan, 1989.

38 “Quelques aspects de la réception TV par satellite en Algérie”, Actes du 8e Colloque : “Les nouveaux espaces de la communication et de l’information”, Lille, 21-23 mai 1992, p. 49

39 Olivier Roy, L’échec de l’Islam politique, Le Seuil, 1992.

40 Azzouz Kerdoun, “Le Maghreb satellisé ?”, Maghreb Magazine, n° 2, mai 1992,.

41 Le malaise arabe, op. cit., p.138.

42 Réalités, hebdomadaire tunisien.

 

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