Défis et mutations au sein de l’armée de Terre

UN CORPS DE DEFENSE EQUILIBRE

 

 

 

Avec la fin de la guerre froide et l’accentuation des contraintes d’ordre économique, les Etats d’Europe, la Russie et les Etats-Unis se sont engagés dans une politique de désarmement et de réduction des effectifs militaires. Certes, des pays comme l’Iran, l’Inde, la Chine ou le Japon s’efforcent d’agir à contre-courant de cette tendance lourde. L’ex-Union soviétique, placée dans un processus proche de celui qu’a suivi l’Union Indienne au moment de son accès à l’indépendance, n’est pas à l’abri des mêmes violents soubresauts (partitions suivies de déplacements de population, de massacres d’origine ethnique et religieuse, guerres, etc.). De ce fait le monde demeure dangereux et imprévisible. Néanmoins, la France voit s’estomper son caractère permanent de butoir des invasions. Dans le contexte international actuel, nous avons une chance historique et une ardente obligation de construire une armée en pensant au long terme.

Réduction globale des effectifs et service à dix mois, unités de professionnels à haut niveau de disponibilité et unités d’appelés à disponibilité différenciée, création de facto de grandes unités "réservoirs" que certains envisagent limitées à un rôle de gestion et développement du concept d’unités modulaires à volonté en fonction des situations et des missions, gestion traditionnelle par armes et statuts et gestion par grandes fonctions et par spécialités, tels sont quelques-uns des principaux projets en cours. Ces projets, pour la plupart d’ordre technique ou organisationnel, risquent d’avoir des conséquences d’un tout autre niveau, aussi bien pour l’armée de Terre que pour la politique française de défense.

Les effets peuvent en être examinés par rapport à la stratégie française de dissuasion, à l’équilibre de nos forces et au fondement idéologique de la conscription dans un état démocratique.

Conscription et pÉrennitÉ de la dissuasion nuclÉaire

Pour assurer sa défense, l’Etat peut envisager, sur le plan du recrutement du personnel, plusieurs solutions non exclusives les unes des autres. Il existe deux grands modèles :

— l’un repose sur la conscription et fait appel à la participation de tous les citoyens ;

— l’autre est fondé sur le professionnalisme ou sur le volontariat et n’attire qu’une partie de la population, à l’image des armées anglaise et américaine.

En fait, la majorité des armées d’Europe fonctionne sous le régime de la conscription obligatoire (ou plus ou moins obligatoire), même si les militaires professionnels (cadres et engagés) y occupent une place importante.

En France, à côté des professionnels largement majoritaires, les citoyens participent à la mission de sécurité par l’intermédiaire du service militaire, composante essentielle, mais non unique du service national. En tant que prémisse à une théorie globale de la conscription1, il convient de poser le principe selon lequel celle-ci possède un but, une logique et des constantes au sein du système de défense français fondé, est-il nécessaire de le rappeler, sur la dissuasion pour ce qui relève de ses intérêts vitaux.

L’arme nucléaire, la sophistication toujours accrue des armements et la baisse de l’intensité des menaces en Europe ont remis en question, dans de nombreux esprits, la participation armée des citoyens à la défense de leur pays. Le passage de la durée du service de 12 à 10 mois relance également le débat et pourtant...

Actuellement nous avons quatre "grands niveaux de décision", correspondant à des armements, des personnels et des missions assez spécifiques avec :

— une composante à base de professionnels,

— une composante à base d’appelés2,

— l’arme pré-stratégique (tactique),

— l’arme nucléaire stratégique.

Ces quatre niveaux de décision présentent l’intérêt de toujours permettre au pouvoir politique de moduler la riposte, de répondre à une menace au même niveau que celle-ci, de montrer sa détermination par l’engagement des appelés, c’est-à-dire de la nation tout entière, en cas de danger majeur.

Si, comme certains le proposent, on supprime la conscription (c’est-à-dire le deuxième niveau) alors même que le troisième niveau est plus ou moins mis entre parenthèses, notre système global de défense se révèlera rigide et coincé entre une armée de professionnels forcément réduite et une action nucléaire exorbitante.

Par ailleurs si le politique, pour répondre à l’attente de son électorat, décidait de ne plus imposer aux jeunes hommes de ce pays un sacrifice d’une année (ou de 10 mois), comment pourrait-il faire accepter un sacrifice quasi total (du fait de la riposte) à l’ensemble de la population ? De ce fait, la perte éventuelle du deuxième et troisième niveau de la dissuasion aboutirait immanquablement à une perte totale de la dissuasion nucléaire autonome française ou du moins de sa crédibilité, et à un retour de la défense française dans le giron américain à l’instar de la position britannique.

Certes la conscription reste un moyen d’action dont on peut discuter l’efficacité instantanée (tout au moins pour une part), notamment dans le cadre d’actions extérieures, mais elle demeure indispensable pour la défense et l’indépendance de la France... et de l’Europe par rapport aux Etats-Unis.

Conscription et Équilibre interne de nos forces

La conscription (par delà une fraction non négligeable des équipages de la Marine et des personnels de support des bases aériennes) puise également son utilité dans la liberté d’action3 qu’elle autorise aux unités professionnalisées. Sans les unités entraînées à base d’appelés, la sûreté, la disponibilité opérationnelle grignoteraient, en les immobilisant, la quasi-totalité des unités professionnalisées, rendant aléatoire toute action de souveraineté extérieure de quelque envergure.

De plus, il n’y a de défense que globale, malgré la position insulaire de toute puissance nucléaire qui la conduit naturellement à adopter une stratégie indirecte et à ne se battre qu’à l’extérieur de son sanctuaire. La mission prioritaire, vitale, demeure inchangée : intégrité du territoire national, sécurité de notre population, stabilité et équilibre des forces en Europe et maintien des voies de communication.

Le maintien de l’ordre dans les DOM-TOM et dans le tiers-monde, l’aide aux Etats amis, la protection de nos ressortissants et de nos intérêts à l’extérieur, deviennent dans ce cadre les seules actions sérieusement envisageables. Ces actions pour l’heure incombent surtout aux troupes professionnalisées spécialisées.

Dès lors le corps de manœuvre, c’est-à-dire l’essentiel des unités à base d’appelés, n’aura probablement jamais à intervenir massivement compte tenu des évolutions fondamentales suivies par le seul Etat proche, potentiellement redoutable sur le plan militaire (Russie, Fédération de Russie, CEI...). Cette mission peut apparaître alors comme le nouveau "désert des tartares" notamment pour les officiers et les sous-officiers qui y serviront et dont la vocation sera, en réalité, de ne jamais être engagés.

Entre l’entraînement en métropole pour un non-emploi et le prestige, l’exaltation, les nombreux avantages de l’action extérieure, existe un hiatus qui risque d’accroître les différences au sein de l’armée de Terre.

Comment éviter cet écueil ? Comment motiver, dans l’avenir, les 100 000 hommes du corps de manœuvre et les troupes chargées de la défense militaire terrestre, afin de ne pas voir s’émousser leur compétence ainsi que leur conscience professionnelle ?

Les équipages des sous-marins nucléaires lance-engins s’entraînent et manœuvrent eux aussi dans le but d’être dissuasifs, et donc de ne jamais être utilisés. Leur finalité de "non-emploi probable" ne leur cause visiblement aucun problème : le recrutement de ces hommes, leur prestige, leur moral sont excellents. Il est vrai que la mer est un puissant dénominateur commun et qu’ils bénéficient de conditions de travail et d’avantages non négligeables. Comment transférer cette mentalité, cette éthique à toute une armée (la 1ère Armée) ?

La réponse à cette question est le véritable défi de cette décennie, tout autant que la gestion d’effectifs et d’un budget allant en s’amenuisant.

Il convient de définir plusieurs pistes réalisables, dans le cadre des projets de réformes techniques et organisationnelles énumérées en introduction, en évitant, si possible, leurs effets pervers.

La première piste consiste à supprimer le monopole de l’action extérieure. En effet, l’officier, le sous-officier et la troupe, capables d’affronter la montagne ou les frimas de centre-Europe, éventuellement une force puissamment blindée, sont certainement aptes à supporter le sable, la chaleur et à affronter un ennemi armé plus légèrement. L’objectif n’est pas bien sûr la disparition d’une spécificité outre-mer, mais au contraire son extension à toute l’armée de Terre, qui se trouverait ainsi dynamisée dans sa globalité.

Par ailleurs l’esprit de changement doit intégrer "l’après Maastricht" tout comme la résolution de création d’un corps d’armée européen. On peut alors envisager dans un avenir proche l’existence de forces prépositionnées multinationales, de manœuvres conjointes et l’organisation d’entraînements non seulement européens mais également interalliés, dans des grands camps extra-européens, loués et gérés à l’échelon communautaire. Dans ce vaste dessein, l’expérience des théâtres d’opérations extérieures et "l’interopérabilité" doivent être impérativement étendues à l’ensemble de l’armée de Terre et notamment aux unités lourdes.

La seconde piste tient au système modulaire pris dans un cadre régimentaire. On peut convenir d’un niveau de module minimal (la section ou l’unité pour certains, le régiment pour d’autres). Ce niveau, compagnie, batterie, escadron, sera pris comme module de base indissociable. En cas de besoin, ces modules seront agrégés pour former des bataillons, des régiments, des groupements, etc. On peut répondre à ce besoin de modules entraînés, par le maintien de troupes professionnalisées concentrées dans des régiments spécialisés. C’est la solution actuelle.

L’autre solution consiste en un système mixte semi-professionnalisé au sein du régiment. Dans ce système cohabiteraient des unités (ou modules) professionnalisés et d’autres modules à base d’appelés. Les cadres, officiers et sous-officiers seraient alors affectés dans ces régiments pour des périodes4 plus longues qu’actuellement dans l’optique d’un double passage5 en alternance dans les unités d’appelés à vocation centre-Europe et dans les unités professionnalisées à vocation "tout temps-tout lieu".

Les avantages de portée générale sont assez nombreux. Tout d’abord il n’y aurait plus lieu de distinguer entre les unités d’appelés et les unités professionnalisées, ni de parler d’armée à deux vitesses. L’armée de Terre serait une et indivisible, mais en revanche facile à fractionner, à relever ou à renforcer.

Cet agencement peut s’effectuer avec un minimum de mouvements et surtout sans casser les unités organiques et entraînées, par simple adjonction des modules manquants dans les corps de troupe existants. Ces derniers deviendraient alors de gros régiments puisque les unités seraient systématiquement binômées, à raison d’un module engagé pour un ou deux modules appelés. L’amélioration consécutive du ratio "opérationnels/fonctionnels", simultanément à une hausse du taux d’encadrement, puissant facteur de rentabilité militaire6, doit permettre : de diminuer les charges, d’augmenter l’intensité7 de l’entraînement et de faciliter la résolution des problèmes liés aux "trous et aux relèves" à l’intérieur des modules projetés en opération. En effet, ces relèves s’effectueraient en priorité à partir des personnels d’active ou sous contrat de l’unité d’appelés binômée avec l’unité professionnalisée, donc avec des personnels qui se connaissant auraient à la fois l’habitude de travailler ensemble et une culture commune.

Par ailleurs, le service à dix mois donne l’opportunité pour les cadres des unités d’appelés de disposer d’une plage annuelle de formation, d’expériences nouvelles, d’ouvertures sur l’extérieur et sur les armées étrangères qui ne peuvent que bonifier leurs capacités et les rapprocher du niveau de leurs camarades des unités professionnalisées.

La cohésion, valeur fondatrice et consubstantielle à l’armée de Terre, sortirait renforcée de cette opération globale d’homogénéisation, qu’il ne faut en aucun cas assimiler à un nivellement des valeurs. Chacun doit avoir à l’esprit que la force d’une organisation comme celle d’une chaîne reste égale à la force du maillon le plus fragile. De surcroît, cette nouvelle organisation accroîtrait la souplesse d’emploi et l’adaptabilité de l’ensemble, qualités importantes face à un contexte mouvant.

Conscription et son fondement moderne dans un Etat dÉmocratique

Quand on suit la courbe descendante des effectifs militaires en France, on peut souscrire à l’idée de la disparition progressive des armées de masse en Occident, sous leur aspect de conscription obligatoire et universelle, au profit de soldats engagés en plus petit nombre.

Néanmoins, il faut bien réaliser que le service national est un formidable moyen d’action pour l’Etat dans les domaines les plus divers et qu’il serait dommageable, par des mesures trop rapides ou démagogiques, indépendamment de la remise en cause de la globalité de la défense, d’en perdre les possibilités et les capacités d’emploi.

Dans le cadre d’un maintien de la conscription et pour éviter une crise toujours possible, on doit envisager, soit un retour vers les fondements idéologiques avec une plus grande universalité du service, (ce qui paraît invraisemblable dans une perspective de nouvelle baisse des effectifs incorporés), soit une meilleure compensation des sujétions et des inégalités de traitement des recrues par des mesures d’ordre financier, pratique et d’aménagement du service.

Ceci posé, le principal problème du service national réside dans la sélection de sa ressource qui doit être abordée avec réalisme, sans passion, ni parti pris. Ce n’est, après tout, qu’un outil au service d’une politique générale de défense et non une fin en soi. Ce qui est juste au niveau des principes l’est aussi pour les modalités d’exécution. Les modes de sélection, les formes et les durées des différents services actuels ne peuvent, en aucune manière, être considérés comme des dogmes intouchables, même si la limite8 pour former un combattant semble être maintenant largement atteinte.

Le défi à relever dans cet ordre d’idées correspond au choix du type d’appelé que l’on veut (ou que l’on peut) sélectionner de façon rentable, tout en préservant l’équilibre global de la conscription. En effet, les armées, et en particulier l’armée de Terre principale bénéficiaire du service militaire, ne recrutent ni la totalité d’une classe d’âge, ni même le maximum de jeunes aptes au service, mais un nombre spécifié au préalable par les autorités centrales.

L’armée de Terre se trouve alors confrontée à plusieurs choix diamétralement opposés :

— basculer dans une armée plus réduite de professionnels9, en supprimant la conscription, ce qui serait dans notre pays difficilement réversible. La rationalité de cette révolution est à mesurer à l’aune des probabilités d’emplois. Une armée de Terre d’environ 160 000 professionnels se révélerait sans doute superflue pour un "probable" limité à des actions d’interposition, d’aide ou à des actions ponctuelles hors d’Europe. A contrario le "prioritaire"10, défense du sanctuaire et de nos alliés en Europe, reste tellement vital, qu’il serait impensable, et contraire à l’esprit de la dissuasion, que tout le pays n’y soit pas confronté ;

- opérer une conscription très élitiste, qui ne prélèverait que peu d’hommes triés sur le volet, bien rétribués, éliminant par ce fait (tout comme les entreprises performantes, confrontées au marché) les individus les moins bien formés, les moins intégrés socialement et culturellement. Dans ce cadre, la disponibilité immédiate toucherait réellement non seulement les unités entièrement professionnalisées, mais également la moitié11 des unités d’appelés qui seraient équipées en matériels de même génération. Leur niveau scolaire, et culturel, l’accoutumance aux techniques (informatique, optique, électronique, mécanique) permettront de les rendre rapidement et avec efficacité aptes au service d’armes modernes et complexes. La stabilité, l’assurance, la réflexion vont également de pair avec un niveau correct. Des sous-officiers nombreux et compétents seraient ensuite à même de créer la cohérence et la cohésion. Mais cette sélection est-elle vraiment indispensable pour qu’une armée moderne soit performante ? D’autre part est-ce dans la tradition et la vocation républicaine de l’armée française ?

Outre le problème classique du rejet par les élites12 qui seraient alors particulièrement contraintes à un service militaire de base13, nombre de cadres continuent de développer une doctrine de la conscription humaniste tendant à se satisfaire des militaires de niveau faible ou moyen, dans un cadre d’éducation de la jeunesse et s’opposeraient à ce type de solution rationaliste ;

— poursuivre la pratique actuelle de la conscription sélective qui fonctionne encore correctement, mais en compensant davantage les sujétions14 imposées à un nombre toujours plus réduit de citoyens. Le système en cours permet, pour un coût modique, à la fois de remplir les différentes tâches assignées par l’Etat, de sélectionner des hommes aptes à combattre le cas échéant et de participer au fonctionnement d’une organisation fort complexe.

Il s’agira alors de décomplexer l’armée de conscription dont les capacités réelles sont littéralement occultées par la publicité faite autour des unités professionnalisées et de rappeler que le "prioritaire" l’emportera toujours sur le "probable". Le recours à nouveau aux formations d’appelés volontaires15 sur les théâtres extérieurs (comme au Cambodge et en Yougoslavie) devrait atténuer la frustration des cadres qui ne voient souvent dans leur position actuelle que travail supplémentaire sans cesse recommencé, dévalorisation de leur travail, de leur compétence et de leur vocation.

Par ailleurs, il serait préjudiciable pour le prestige de notre pays que le modèle spécifique d’armée mixte équilibrée entre professionnels et appelés soit abandonné au profit d’un système typiquement anglo-saxon16 alors que les pays de l’ex-pacte de Varsovie, pour des raisons d’opportunité, de financement et d’intégration nationale, y font explicitement référence.

Enfin, comment sans la conscription générer des réserves suffisantes en cas de conflits non conformes à nos prévisions17 ou tout simplement pour poursuivre un combat continu (jour et nuit) d’une durée nettement supérieure à 3 ou 4 jours ?

La solution américaine "d’armée bis" (la garde nationale), outre son efficacité immédiate réduite et son coût, paraît assez difficile à imposer dans le contexte français. Reste donc les F.C.R. (fractions de contingents rappelables), les volontaires et éventuellement les spécialistes requis légalement en cas de besoins urgents par simple arrêté d’application.

Des incitations de toutes sortes sont à prévoir pour éviter tout sentiment d’iniquité, mais également pour récompenser les citoyens qui participeraient après la fin de leurs obligations légales, à des entraînements, des exercices ou des opérations militaires. Des bourses d’études, des contrats-formations privilégiés, des postes dans l’administration publique sont concevables par accords point par point avec les différents ministères et avec les collectivités locales et publiques.

Conclusion

L’armée française actuelle est une armée mixte reposant sur des professionnels et des appelés requis dans le cadre d’une conscription sélective et non universelle. Les réformes entreprises visent, de façon prudente et logique, non pas à s’aligner sur le modèle américain dominant, mais, très justement, à préserver l’équilibre des forces, leur adaptabilité future, et le maintien d’un niveau opérationnel acceptable au prix d’une pression sociale supportable par le plus grand nombre.

L’avenir de notre système global de défense repose en fait sur cet équilibre. Parmi les mesures à préconiser, on peut citer le binomage et l’interpénétration des unités professionnalisées et des unités d’appelés ainsi que le double passage systématique des cadres, officiers et sous-officiers, dans ces deux types d’unités. Par ailleurs la transformation de la vocation outre-mer de certaines unités actuellement professionnalisées et équipées de matériels légers, en unités lourdes, tandis que des unités d’appelés équipées pour le théâtre centre-Europe seraient réorientées comme unités de présence ou d’intervention outre-mer, augmentera à la fois la capacité d’action et la souplesse d’emploi. Il s’agit d’un acte de confiance envers l’ensemble des cadres de notre armée de terre et envers les nombreux appelés volontaires ou qui le deviendraient progressivement au fur et à mesure de la banalisation des séjours extérieurs.

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Notes:

 

1 Stéphane Lagache, Sélection et allocation de la ressource humaine dans les régiments de l’armée de terre. Réflexions sur la conscription, Thèse de doctorat de l’Institut d'Etudes Politiques de Paris, 1989.

2 Avec appel éventuel aux réserves comme échelon intermédiaire de décision.

3 Le contingent français pendant l'opération Daguet a pu paraître faible, par rapport à celui des britanniques, mais parallèlement, nous avons pu maintenir un volume constant de forces partout dans le monde.

4 Il est important de souligner que les officiers, notamment les plus qualifiés, recherchent de plus en plus une gestion contractuelle de leur carrière.

5 Sauf demande motivée de l’intéressé, qui serait alors éventuellement pénalisé dans son cursus de carrière.

6 Les pertes allemandes, du fait d’un taux d’encadrement élevé, ont toujours été proportionnellement plus faibles que les pertes françaises ou anglaises.

7 La hausse du niveau de l’intensité de l’entraînement est demandée par les personnels d’active mais également par les appelés (enquêtes du Centre de relations humaines de l’état-major de l’armée de Terre), ce qui compensera au moins en partie les effets de la réduction de la durée du service.

8 M. Fillon envisage, parallèlement à une armée de métier, la composition d’une garde nationale composée d’appelés effectuant un service de 3 mois... Avec un tel niveau d’instruction et d’entraînement, on peut s’interroger sur l’efficacité de cette composante, sur son utilisation et donc sur son utilité. Quel type de cadre accepterait volontairement d’y servir ? A ce stade, plutôt que de garder un service au rabais, autant carrément le supprimer.

9 Le “professionnel” n’est pas forcément “de métier”, dans la mesure où son contrat est temporaire. En dehors des personnels de carrière, les gendarmes apparaissent comme les soldats de métier les plus représentatifs.

10 Mais à court terme peu probable.

11 La disponibilité totale en cas de crise majeure est atteinte par le rappel des FCR (fractions de contingents rappelables) qui pourront s’intégrer sans formation complémentaire mais avec un entraînement minimum garantissant la compétence et assurant la cohésion, ciment vital de toute unité militaire.

12 Révolte des campus américains lors de la guerre du Vietnam, ou en France lors des lois sur la conscription universelle avant 1914.

13 Les jeunes “les mieux dotés” sur les plans intellectuel, culturel, relationnel, social ont un haut niveau d’ambition qui les conduit à adopter une stratégie de coopération souvent limitée à la prise en compte de leurs propres objectifs, très éloignés des besoins en troupe des armées.

14 Hausse du revenu des appelés, gratuité totale des trajets de permissions, compensations raisonnables des activités, points de bonification aux concours administratifs, bourses d’étude, etc.

15 La décision du président de la République de ne pas envoyer d’appelés même volontaires en Arabie Saoudite avait conduit de facto à distinguer deux composantes au sein de l’armée. La première, composée de professionnels capables d’intervenir hors d’Europe, et l’autre à vocation territoriale, composée d’appelés. Mais une telle limitation d’ordre politique, n’est cependant pas imposée par la loi. L’article L70 du code du service national précise “les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu. Toutefois, en temps de paix, seuls les appelés qui sont volontaires pour une telle affectation peuvent être affectés à des unités ou formations stationnées hors d’Europe et hors des départements et des territoires d’outre-mer.” La présence d’appelés dans le Golfe était possible sous réserve de volontariat, solution adoptée dès 1983 quand les unités françaises ont été envoyées au sud Liban, dans le cadre de la FINUL.

16 Sans prendre en compte le fait que le Rhin ou le Danube n’auront jamais la largeur de l’Atlantique.

17 La plupart des études vont dans le même sens sur un point : les guerres à venir seront brèves, brutales, et dans la mesure du possible presque sans pertes. Un ennemi intelligent doit refuser ce type de guerre, et préparer une guerre longue, de masse et avec le maximum de pertes chez l’adversaire, surtout si celui-ci est un pays démocratique.

 

 

 

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