PERTES DEMOGRAPHIQUES ET ENJEU DE LA POPULATION  DANS L’HISTOIRE SOVIETIQUE

 

Alain BLUM 1

 

Lorsque Staline, au cours du XVIIe Congrès du PCUS, déclare fièrement que la population de l’URSS s’accroît chaque année d’un nombre égal à la population de la Finlande, soit 3 millions d’habitants, la taille du pays, les données géographiques plus généralement, sont devenue un enjeu de première importance. Dans cette recherche d’indicateurs permettant de démontrer que l’URSS socialiste devance l’ensemble des pays capitalistes, la population, les indicateurs de mortalité et de natalité deviennent des symboles qui doivent démontrer à tout prix ces avantages.

Pourtant, les drames démographiques connus par le pays sont déjà considérables. Des pertes de la guerre civile à celles qui suivirent la campagne de dékoulakisation et la terrible famine de 1933, en passant par une famine de grande ampleur en 1921, l’histoire soviétique était déjà marquée par ces années qui voient un nombre considérable de vies humaines emportées.

Nous allons évoquer rapidement ici ces deux aspects de l’histoire soviétique :

– Le premier est cette attirance pour l’utilisation de quelques chiffres démographiques simples dans le discours politique, qui servent d’arguments polémiques et qui conduisirent à un discours nataliste ou populationniste souvent très marqué. On peut en suivre l’histoire de la fin des années 1920, lorsqu’il apparaît vraiment sur le devant de la scène, jusqu’à nos jours. De fait, l’argument démographique est redevenu un artifice particulièrement utilisé dans le débat idéologique et politique qui se déroule aujourd’hui.

– Le second est le bilan que l‘on peut maintenant faire des différentes catastrophes démographiques qui jalonnèrent cette histoire soviétique. La réouverture des archives et la remarquable conservation des données statistiques de base, longtemps disparues, nous permettent en effet de reconstituer avec une précision déjà satisfaisante un bilan des famines et des guerres. Ce bilan a longtemps été l’objet de polémiques violentes parmi les chercheurs occidentaux. Longtemps, l’absence de données ne permettait que des évaluations plus ou moins sérieuses, parfois complètement fantaisistes, parfois proches de la réalité. Ces polémiques sont maintenant dépassées, même s’il reste aujourd’hui encore de nombreuses zones d’ombre.

Mais nous ne chercherons pas pour autant à donner un bilan synthétique en terme de nombre total de vies humaines perdues. Les catastrophes sont de natures trop différentes pour pouvoir simplement agrégées les chiffres. Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de "juger" l’histoire soviétique sur la base du chiffre "elle a fait tant de victimes". Il faut, au contraire, comprendre toutes ces catastrophes, les rapprocher lorsqu’elles sont liées, les analyser dans leur complexité. Cette histoire, qui se déroule entre 1917 et 1950, est suffisamment dramatique en terme de pertes de vies humaines. Point n’est besoin de citer un chiffre global pour s’en convaincre.

L’enjeu du chiffre démographique

L’argument démographique dans le débat politique apparaît tardivement en Russie. Si les polémiques sur le natalisme rappellent, aujourd’hui, par divers aspects, celles qui se déroulent en France, elles ne se développèrent qu’à partir de la fin des années 1920, voire au début des années 1930. Le débat dans la Russie impériale avait naturellement intégré des analyses de Malthus, certains s’étaient déjà inquiétés d’une éventuelle dépopulation. Mais ces discussions n’avaient jamais pris en Russie l’ampleur qu’elles avaient déjà à cette époque en France. C’était surtout le niveau élevé de la mortalité qui préoccupait alors les statisticiens, qui percevaient là le retard pris par la Russie par rapport aux autres pays européens. La colonisation de la Sibérie ou des terres d’Asie centrale récemment annexées se faisait sans trop de difficultés, aidée par les nombreux paysans libérés du servage en 1861 et à la recherche de terres à exploiter.

Les années qui suivirent la Révolution ne furent guère plus marquées par ce débat, malgré les pertes qui jalonnèrent la première guerre mondiale, la guerre civile et l’année 1921. Le débat idéologique était plus orienté vers la sphère sociale et morale, portant davantage sur la famille ou sur la sexualité que sur la population en tant que telle. Les recensements ou enquêtes qui suivirent 1917, et jusqu’à la fin des années 1920, se signalent par la richesse toute particulière des données qu’ils fournissent, caractérisées par une préoccupation constante d’une analyse fine de la société. Le chiffre de la population, le taux de natalité n’intéressent pas outre mesure. Ils ne sont pas les seuls indicateurs vers lesquels les yeux sont tournés.

Or, tout change au début de l’année 1930. L’illusion s’installe comme technique de pouvoir. La société se doit d’avoir changé en profondeur. La comparaison avec les pays capitalistes devient un enjeu de première grandeur. La statistique n’est alors plus là pour comprendre la société, elle n’est qu’un outil de planification et surtout, doit servir la propagande.

Les nombreuses études sociales disparaissent ainsi, peu à peu, entre 1927 et 1930. La société étant au seuil d’une société sans classe, il n’est plus nécessaire de l’étudier. Elle n’est que l’expression de relations économiques, elle ne mérite plus un examen détaillé. La nouvelle morale qui s’installe progressivement, remettant en cause nombre de libéralisations introduites par la Révolution, et dont le point culminant peut être situé en 1936, conduit à éviter nombre de sujets (avortement, sexualité, inégalités), qui faisaient l’objet de tant d’études juste après la Révolution.

C’est dans ce grand bouleversement que se place la montée de la démographie comme argument politique et comme objet de l’attention du pouvoir. L’histoire de la statistique administrative de cette époque, et en particulier de la réalisation des recensements de 1937 et 1939 en est une des expressions les plus accomplies. Rappelons-en ici les éléments principaux.

Un recensement s’était déroulé en 1926, recensement de grande qualité, qui avait fourni un nombre impressionnant de renseignements statistiques sur la population soviétique. Cependant la démographie du début des années 1930 est violemment perturbée, tant par la dékoulakisation, cette campagne qui conduit à l’exil ou la déportation de plusieurs millions de paysans, et surtout la dramatique famine de 1933, dont nous préciserons l’ampleur dans la seconde partie de ce texte. Les statisticiens sont alors bien conscients de la nécessité de renouveler les données de 1926 et de réaliser un nouveau recensement. Cependant, les responsables politiques hésitent longtemps, sans doute par crainte de devoir être confrontés à une réalité qu’ils ont niée avec force. Divers projets se succèdent, envoyés à Staline, sans recevoir d’accord. C’est seulement en 1936 qu’un accord est enfin donné, et un recensement général est réalisé en janvier 1937. L’opération est menée avec grand soin, plus d’un million d’agents recenseurs sont mis à contribution. Trois recensements sont effectués parallèlement, l’un pour la population "ordinaire", l’autre pour l’armée, le troisième enfin pour la population dépendant du NKVD, emprisonnés ou déportés.

Le bilan de ce recensement tombe brutalement, loin des déclarations fracassantes de Staline sur la croissance de la population soviétique. Le CUNKhU, organe central de la statistique de l’époque, estime à 162 millions d’habitants la population de l’URSS. Staline, quelque temps auparavant, avait déclaré que le pays comptait 170 millions d’habitants. Les responsables du recensement tentent d’expliquer, dans des rapports d’une extrême lucidité, cette différence. Pertes à la suite de la dékoulakisation et de la famine de 1933, surcroît de mortalité dans les camps, exode des nomades kazakhs confrontés à une sédentarisation forcée, tous ces facteurs sont analysés en détail dans des textes transmis à Staline.

La réponse du pouvoir ne se fait guère attendre. Dès juin, les différents responsables sont arrêtés, déportés ou fusillés, accusés d’activité contre-révolutionnaire, de complot lié au groupe zinovievo-trotskiste. Un décret de septembre 1937 annule ce recensement, déclaré défectueux, et annonce la nécessité de réaliser une nouvelle opération censitaire en 1939. Des articles paraissent dans la presse, appelant à une grande vigilance pour ce recensement.

Cette nouvelle opération censitaire est réalisée dans son entier. Fait remarquable, elle est faite relativement correctement, malgré le drame vécu par les responsables des organes de statistiques en 1937, qui avaient disparu depuis. C’est simplement en bout de parcours, lorsqu’il s’agit de donner le chiffre définitif de la population, que le Directeur de la statistique préfère rajouter quelque deux millions de Soviétiques, pour ne pas connaître le sort de son prédécesseur.

Ainsi, la statistique administrative démographique a continué à travailler correctement, malgré les pressions auxquelles elle était soumise. Le chiffre était devenu un enjeu. Mais, plutôt que de le manipuler, opération difficile, on préférait éviter d’en donner connaissance lorsqu’il révélait une situation par trop dramatique. Les données publiées se raréfient progressivement, seuls quelques chiffres sont cités, censés montrer l’avancée socialiste par rapport aux pays capitalistes.

De fait, depuis le début des années 1930, les déclarations politiques utilisaient quelques données démographiques, réduites à leur plus strict minimum, pour présenter un panorama positif du pays. Ces données sont utilisées, à la fois, parce qu’elles sont ancrées dans l’idée générale d’une association entre croissance démographique et puissance d’un pays et que le retour d’une morale familiale qui transforme peu à peu la femme-travailleur en femme-mère conduit à un retour au discours nataliste et populationniste. Plusieurs articles entre 1934 et 1936 mettent en avant la baisse du taux de mortalité et la hausse du taux de natalité. Les mères de familles nombreuses sont louées, avant que l’avortement ne soit interdit (1936) : "Dans les pays soviétiques, chaque enfant nouveau-né est une joie non seulement pour la mère, mais pour le pays tout entier" 2. Les discours tenus en France et en URSS se rejoignent alors dans une vision qui perd toute dimension de diversité, pour ne tenir compte que de la population en tant qu’un ensemble homogène et uniforme. Car, si un tel discours est tenu en URSS, il a son pendant en France, dans les milieux proches de l’alliance nationale contre la dépopulation, qui s’inquiète de ce que "le géant russe grandit avec une terrible rapidité" et de "la vitalité formidable de la population russe" 3. Les chiffres sont pris dans leur simplicité, on ne s’interroge pas sur leur contenu, sur leur signification.

Ainsi, le natalisme est devenu, dès l’aube de l’ère stalinienne, le credo de la pensée démographique soviétique. L’écho qu’il trouve dans les milieux français préoccupés par une éventuelle dénatalité témoigne de la rupture qui s’est produite dans la pensée officielle. La société n’est plus qu’une masse homogène et indifférenciée pour le pouvoir politique. L’argument démographique devient alors idéal. Outre sa simplicité dans l’apparente évidence qui voudrait qu’un grand pays ait une croissance démographique rapide, il permet de fournir rapidement quelques chiffres, tout en en ignorant d’autres, allant dans ce sens.

Cette tendance va alors persister au-delà même de la mort de Staline après la seconde guerre mondiale. Cependant, dès l’après-guerre, la démographie perd de son intérêt comme argument idéologique. De la fin des années 1950 au milieu des années 1960 un certain nombre de lois restrictives, en particulier celles concernant l’avortement et le divorce, sont abrogées. Le début de la période krouchtchevienne se caractérise plus par l’intérêt porté sur le peuplement des zones riches mais désertes (campagne des terres vierges dans le Kazakhstan, grands chantiers sibériens, etc.) que par une volonté de croissance démographique accentuée4. Les préoccupations d’aménagement du territoire apparaissent sur le devant de la scène. Les grandes politiques de peuplement de la Sibérie, qui étaient fondées sur des déportations massives pendant la période stalinienne, font place à des politiques incitatives, souvent peu couronnées de succès. Des débats contradictoires réapparaissent, prenant plus en compte qu’auparavant la diversité des populations.

Cependant, le débat prend une nouvelle dimension avec la dégradation de la situation démographique à partir de la fin des années 1960 et surtout du milieu des années 1970. La stagnation et même la baisse de l’espérance de vie, en particulier celle des hommes, la croissance de la mortalité infantile, attirent brusquement l’attention des chercheurs soviétiques, puis occidentaux. La démographie est prise comme révélatrice de la situation générale de l’URSS, elle devient outil de jugement du système et elle suscite de nombreuses polémiques. Rappelons rapidement les éléments de ces polémiques qui expriment comment la démographie peut devenir un enjeu politique. A partir de la fin des années 1960, la mortalité masculine aux âges adultes se met à augmenter, mais cette dégradation passe relativement inaperçue en ces débuts. En revanche, à partir de 1975, les taux de mortalité infantile, jusqu’alors publiés régulièrement, disparaissent des publications soviétiques. Cette disparition intrigue les chercheurs occidentaux, qui mettent alors l’accent sur la croissance de ces taux qui avait débuté deux ans auparavant.

Plusieurs articles contradictoires cherchent à en découvrir l’origine. D’aucuns mettent l’accent sur la dégradation du système de santé, et plus généralement sur l’échec du système, d’autres préfèrent mettre en avant une amélioration de l’enregistrement. Ce débat, rendu confus par l’absence de données publiées, a eu surtout le mérite de montrer comment un indicateur démographique pouvait devenir le prétexte d’un jugement général sur un système politique, et surtout comment les débats scientifiques étaient sous-tendus par des prises de position politique. Nous ne reviendrons pas ici sur ce que révèle en réalité cette dégradation. Elle reflète en effet partiellement l’inadéquation d’un système de gestion centralisée et planifiée de la santé, mais elle exprime aussi l’échec à terme d’une conception très technique de la médecine.

Ce débat est maintenant en partie clos, avec la publication de nombreuses données permettant d’approfondir ces questions. En revanche, une nouvelle polémique a pris prétexte de la démographie pour s’interroger sur les conditions politiques contemporaines. A la différence des précédentes, elle fait rage en Russie, et non plus en Occident. Elle s’est fondée sur la baisse rapide de la fécondité, qui, en 5 ans, est passée en Russie d’un peu plus de 2 enfants par femme à 1,7 enfant par femme. Elle s’appuie aussi sur la nouvelle dégradation de la mortalité depuis trois ou quatre ans. En réalité, ces tendances s’inscrivent dans une évolution assez régulière ; la baisse de la fécondité est, en particulier, partiellement la conséquence d’une hausse prématurée dans les premières années de la décennie 1980, même si l’on ne peut exclure un certain retard pour les couples féconds actuellement, en raison des conséquences économiques. La hausse de la mortalité est en grande partie la conséquence du relâchement de la lutte contre l’alcoolisme.

Cependant, indépendamment d’une analyse précise, de nombreux articles de presse se saisissent de ces évolutions pour s’inquiéter de la "disparition de la Russie, des Russes" ! Certains, en particulier le député au Soviet suprême responsable de la commission de la famille, craignent une disparition des Slaves. Une connotation raciale se développe, le terme génocide est employé maintes fois dans la presse nationaliste. La démographie devient alors à nouveau un élément de jugement politique, se veut l’expression déformée de tendances lourdes. D’analyse scientifique elle devient purement idéologique.

A côté de ce débat, et au même moment, une discussion autour des pertes de l’entre-deux-guerres prend de l’ampleur parmi les historiens occidentaux. A nouveau le chiffre démographique est l’outil d’un jugement de l’histoire, et plus généralement d’un système idéologique et politique. L’enjeu en est le jugement des 70 ans d’histoire au vu de l’ampleur des pertes qui les ont accompagnées. Ce débat n’est pas non plus nouveau. L’estimation de ces pertes avait conduit à de nombreuses polémiques parmi les historiens et démographes occidentaux durant les années 70 et 80. Des chiffres fantaisistes étaient avancés, tant minimisant que maximisant les pertes, sans aucune référence à la logique démographique minimale. La presse libérale et la presse nationaliste russe s’opposent à nouveau, sur le même thème, la première reprenant à son compte des chiffres surestimant de façon extrême ces pertes, la seconde oubliant, dans de longs articles polémiques, certaines des catastrophes les plus dramatiques de l’époque soviétique, et en particulier de la période stalinienne.

Cependant, à la différence des débats précédents, les débats entre historiens qui accompagnent ces polémiques sont en général beaucoup plus précis et moins fantaisistes que les discussions précédentes. La disponibilité d’une quantité impressionnante de sources, conservées dans les archives, permet d’avancer enfin des estimations vraisemblables, même si elles sont soumises à discussion. Nous partirons de ces travaux, dans la suite de ce texte, pour ébaucher un premier bilan démographique.

Ebauche d’un bilan démographique

Comme nous l’avons signalé en introduction de cet article, un bilan démographique de ces années jalonnées de diverses catastrophes est désormais possible, même s’il reste quelque peu incertain. La redécouverte du recensement de 1937 et des données de base de celui de 1939, ainsi que des statistiques d’état civil pour toute la période soviétique, a permis de nombreux travaux qui commencent à donner une image réaliste des dynamiques démographiques5. De plus, les archives concernant les pertes militaires ont donné lieu à la publication d’un ouvrage synthétique qui reprend, de la Révolution à la guerre d’Afghanistan, le bilan de toutes les pertes humaines dans les rangs de l’armée soviétique6.

L’analyse de toutes les pertes humaines7, qu’elles soient militaires ou civiles, est difficile, tant l’hétérogénéité de ces catastrophes démographiques est grande. Les disparités sont régionales d’abord, les famines ayant, par exemple, touché certaines régions plus que d’autres. Elles sont sociales ensuite, les pertes consécutives aux déportations n’étant pas les mêmes pour chaque groupe social. Il n’est pour l’instant guère possible de préciser toutes ces disparités, et nous nous contenterons ici de les rappeler parfois, sans rentrer dans le détail. Nous devons cependant garder en mémoire que les chiffres que nous allons évoquer sont hétérogènes.

Deux types de catastrophes marquent l’histoire démographique soviétique. Les premières sont à rattacher aux deux conflits mondiaux et à la guerre civile. Les secondes sont plus directement liées à la politique intérieure. Certaines sont intermédiaires, conséquences à la fois des conflits et des réponses politiques qui les accompagnèrent.

Les deux conflits

Des deux guerres mondiales, la seconde fut sans aucun doute la plus meurtrière. Les pertes qui l’accompagnèrent furent longtemps impossibles à estimer, en l’absence de données précises sur la population de l’URSS juste avant ce conflit. De plus l’URSS fut un des seuls pays n’ayant pas réalisé de recensement après. Khrouchtchev, lors de son rapport au XXIe Congrès, évoqua des pertes de plus de 20 millions de morts. Ce chiffre de 20 millions fut alors repris tel quel et devint la référence obligée des Soviétiques, jusqu’aux années récentes. Or, Khroutchchev s’était fondé, pour évoquer ce chiffre, sur un rapport confidentiel de Starovskij, alors directeur de la statistique, qui proposait une estimation comprise entre 26 et 27 millions de pertes humaines.

Les travaux récents ont confirmé cette estimation. La recherche la plus sérieuse publiée jusqu’à présent8 arrive à une estimation de 26,6 millions de décès en sus des décès habituels. Chiffre considérable, la population de l’URSS atteignant en 1941 195 millions d’habitants. Ainsi l’URSS fut le deuxième pays le plus touché par ce conflit après la Pologne, si l’on rapporte les pertes à la population9. De plus, elles furent, beaucoup plus qu’en Pologne, directement liées aux opérations militaires. Une analyse plus fine permet de penser qu’environ 8,5 millions de militaires moururent au combat, en captivité ou par suite de blessures, le reste étant les pertes de la population civile ou des partisans.

Il n’est pas possible de distinguer la distribution dans le temps de cette formidable saignée dans la population soviétique. En revanche, les estimations issues de la comptabilisation des pertes militaires (armée rouge, flotte et gardes-frontières), permettent de mieux comprendre la temporalité de celles-ci. Plusieurs tableaux vont nous permettre de poursuivre plus en détail cet examen. Le tableau 1 fournit l’ensemble des pertes de l’armée rouge, décès au combat, par suite de blessures, ou encore par suite d’exécution, disparition ou envoi en captivité (bezvozratnye poteri).

Ce tableau montre mieux les conséquences de l’impréparation de l’armée soviétique à l’attaque des armées allemandes. En un seul trimestre, entre juillet et septembre 1941, les armées soviétiques ont déjà eu plus de 2 millions de pertes, que ce soit par décès ou envoi en captivité, soit près de 20 % de l’ensemble de leurs pertes pendant le conflit, qui dura 16 trimestres, et l’équivalent des pertes annuelles, pour les années qui suivirent.

 

Période

 

Officiers

Sous-officiers

 

Soldats

 

Total

 

Proportion

1941

3e trimestre

 

142 043

 

310 955

 

1 676 679

 

2 129 677

18,9

4e trimestre

61 040

137 002

809 954

1 007 996

8,9

Total 1941

203 083

447 957

2 486 633

3 137 673

27,8

1942

1er trimestre

 

45 678

 

92 728

 

536 909

 

675 315

6

2e trimestre

60 185

135 006

647 707

842 898

7,5

3e trimestre

101 429

222 404

900 662

1 224 495

10,9

4e trimestre

47 969

94 151

373 388

515 508

4,6

Total 1942

255 261

544 289

2 458 666

3 258 216

28,9

1943

1er trimestre

 

63 169

 

141 781

 

521 764

 

726 714

6,4

2e trimestre

21 523

33 850

136 531

191 904

1,7

3e trimestre

77 262

192 069

534 525

803 856

7,1

4e trimestre

40 451

107 259

442 245

589 955

5,2

Total 1943

202 405

474 959

1 635 065

2 312 429

20,5

1944

1er trimestre

 

50 556

 

113 731

 

406 144

 

570 431

5,1

2e trimestre

38 815

66 035

239 408

344 258

3,1

3e trimestre

46 673

105 457

358 660

510 790

4,5

4e trimestre

28 762

61 861

247 459

338 082

3

Total 1944

164 806

347 084

1 251 671

1 763 561

15,6

1945

1er trimestre

 

49 661

 

121 812

 

386 048

 

557 521

4,9

2e trimestre

23 502

48 502

171 292

243 296

2,2

Total 1945

73 163

170 314

557 340

800 817

7,1

Total de la guerre

898 718

1 984 603

8 389 375

1 1272 696

100

Source : Grif sekretnosti snjat, op. cit.

Il est cependant possible de préciser la nature de ces pertes. Elles peuvent être en effet décomposées de la façon suivante :

Décomposition des pertes (en milliers)

Décès au combat et à la suite de blessures, pendant l’évacuation sanitaire

5 226,8

Décès en hôpitaux

1 102,8

Autres décès

555,5

Disparus ou emprisonnés

3 396,4

Autres pertes

1 162,6

Total

11 444,1

Dont retournés dans l’armée ou libérés après la guerre et rapatriés en URSS

2 775,7

Total des pertes définitives

8 668,4

Dont revenus de captivité

1 783,3

Il faut bien noter que, dans ce tableau, les 8,7 millions de pertes définitives comprennent les soldats non retournés en URSS après leur sortie de captivité. Ils forment cependant, sans aucun doute, une petite partie des 1,78 million de soldats non revenus de captivité, le reste y étant décédé.

Ainsi les pertes s’élèvent à plus de 8,5 millions d’hommes. On peut tenter de préciser les seuls décès selon la période. Bien que plus sujets à caution, ces résultats sont présentés dans le tableau suivant, qui n’inclut pas les morts en captivité et les disparus, et sous-estime donc les décès parmi les forces armées :

 

Année

 

1

 

2

 

3

 

4

 

5

1941

1er trimestre

236 372

40 680

153 526

430 578

6,3

2e trimestre

229 009

60 791

81 813

371 613

5,5

Total 1941

465 381

101 471

235 339

802 191

11,8

1942

1er trimestre

413 681

45 651

34 328

493 660

7,2

2e trimestre

232 388

55 761

26 294

314 443

4,6

3e trimestre

416 569

69 470

53 689

539 728

7,9

4e trimestre

310 978

49 344

34 842

395 164

5,8

Total 1942

1 373 616

220 226

149 153

1 742 995

25,6

1943

1er trimestre

486 912

65 474

30 200

582 586

8,5

2e trimestre

100 967

53 254

15 231

169 452

2,5

3e trimestre

562 604

111 125

14 413

688 142

10,1

4e trimestre

418 225

70 903

15 315

504 443

7,4

Total 1943

1 568 708

300 756

75 159

1 944 623

28,5

1944

1er trimestre

414 298

95 021

8 779

518 098

7,6

2e trimestre

206 193

86 901

12 787

305 881

4,5

3e trimestre

374 817

75 017

15 491

465 325

6,8

4e trimestre

216 754

72 907

17 363

307 024

4,5

Total 1944

1 212 062

329 846

54 420

1 596 328

23,4

1945

1er trimestre

410 066

78 017

17 979

506 062

7,4

2e trimestre

147 577

70 011

8 530

226 118

3,3

Total 1945

557 643

148 028

26 509

732 180

10,7

Total de la guerre

5 177 410

1 100 327

540 580

6 818 317

100

1 : tués ou morts à la suite de blessures pendant l’évacuation sanitaire.

2 : décédés en hôpital par suite de leurs blessures.

3 : Morts de maladies ou autres décès.

4 : Total des décès enregistrés.

5 : Proportion par rapport au total des décès enregistrés durant le conflit.

Enfin, il est important de saisir l’ampleur des pertes par rapport aux effectifs engagés dans les opérations militaires. Pour cela, nous reprenons, de l’ouvrage de référence, le tableau indiquant les pertes moyennes mensuelles, rapportées aux effectifs moyens mensuels engagés, selon les périodes du conflit :

 

 

1941

3e trimestre

 

3 334 400

2 067 801

18,8

 

4e trimestre

2 818 500

926 002

11

 

Total 1941

3 024 900

2 993 803

 
 

1942

1er trimestre

4 186 000

619 167

4,9

 

2e trimestre

5 060 300

776 578

5,1

 

3e trimestre

5 664 600

1 141 991

6,7

 

4e trimestre

6 343 600

455 800

2,4

 

Total 1942

5 313 600

2 993 536

4,7

 

1943

1er trimestre

5 892 800

656 403

3,7

 

2e trimestre

6 459 800

125 172

0,6

 

3e trimestre

6 816 800

694 465

3,4

 

4e trimestre

6 387 200

501 087

2,6

 

Total 1943

6 389 200

1 977 127

2,6

 

1944

1er trimestre

6 268 600

470 392

2,5

 

2e trimestre

6 447 000

251 745

1,3

 

3e trimestre

6 714 300

430 432

2,1

 

4e trimestre

6 770 100

259 766

1,3

 

Total 1944

6 550 000

1 412 335

1,8

 

1945

1er trimestre

6 461 100

468 407

2,4

 

2e trimestre

6 135 300

163 226

2

 

Total 1945

6 330 880

631 633

2,3

 

Total de la Guerre

5 778 500

   

Nota : Le troisième trimestre 1941 commence le 22 juin et le 2e trimestre 1945 se termine le 9 mai 1945.

Nous n’entrerons pas plus en détail dans l’examen des pertes de ces conflits, la place manquerait dans ce panorama rapide. Nous soulignerons seulement à quel point l’ensemble des structures démographiques du pays fut bouleversé. Le déséquilibre entre les sexes va longtemps marquer les populations d’après-guerre. Les pyramides des âges gardent encore les profondes échancrures dues à ce conflit.

Il n’est encore guère possible de percevoir en quoi ces pertes ont touché plus ou moins inégalement certaines couches de la population, et, surtout, certains groupes nationaux. Seul, le rapport de masculinité au recensement de 195910, de certains groupes d’âge directement impliqués dans le conflit, peut donner une idée approximative de l’implication de l’ensemble des peuples dans cette guerre (tableau 1).

A ces inégalités s’ajoutent les conséquences de la politique de déportation de peuples entiers, sous l’ordre de Staline, qui accompagna la guerre. Allemands de la Volga, Karatchaïs, Kalmyks, Tchétchènes, Ingouches, Balkars et Tatars de Crimée furent collectivement accusés de collaboration avec l’Allemagne et déportés en groupe au Kazakhstan, en Asie centrale ou en Sibérie. Ces déportations s’accompagnèrent d’une surmortalité importante, qu’il n’est pas possible d’estimer, mais qui fut sans aucun doute considérable. Elle a eu les conséquences politiques que l’on sait jusqu’à nos jours (par exemple pour les Allemands de la Volga ou les Tatars de Crimée).

Par rapport à ce conflit, les pertes consécutives à la première guerre mondiale sont moins marquées, et, en particulier, n’ont pas l’ampleur qu’elles ont eue dans les pays européens les plus impliqués dans ce conflit. On compte environ 1,8 million de décès de militaires, soit directement au combat, soit par suite de blessures ou maladies, jusqu’à la fin de l’année 1917. Ces pertes sont inférieures, en proportion des soldats mobilisés (15,7 millions d’hommes) à celles de la France ou de l’Allemagne. La population civile est en revanche plus touchée que dans ces derniers pays, le surplus de mortalité atteignant sans doute près de 1,5 million de décès.

Cependant, si cette guerre s’interrompt avant en Russie que dans le reste de l’Europe (paix de Brest-Litovsk), elle se prolonge en réalité au-delà de 1918 avec l’extension de la guerre civile qui va frapper brutalement les populations civiles. De plus les déséquilibres sociaux et économiques qui suivent la Révolution entraînent une montée des épidémies, en particulier du typhus. Plusieurs difficultés s’accumulent pour estimer ces pertes. Le dernier recensement complet avant la première guerre mondiale date de 1897 (ce fut d’ailleurs aussi le premier recensement complet de l’empire russe). Les statistiques d’état-civil sont désorganisées, tant par la Révolution que par la guerre civile, le premier recensement complet du XXe siècle ne date que de 1926. Il est cependant possible, à partir de ces sources et de sources indirectes, d’arriver à des estimations approximatives11. Les pertes militaires n’atteignent pas l’ampleur de celles connues pendant la première guerre mondiale, et l’on peut estimer à environ 800 000 décès les pertes des armées blanche et rouge, et des Polonais lors du conflit qui les opposa à l’armée rouge.

Les pertes civiles

En revanche les pertes civiles furent considérables entre la fin de l’année 1917 et la fin des années 1920. Elles atteignent près de 8 millions de décès supplémentaires par rapport à la mortalité normale. Epidémie de grippe espagnole particulièrement violente, épidémie de typhus, dysenterie, malnutrition, expliquent dans une grande partie l’ampleur des pertes civiles pendant la guerre civile. Mais la fin de ces hostilités ne sort pas le nouveau régime des difficultés. Le communisme de guerre instauré par Lénine, devant la dégradation de la situation, et en particulier face à la difficulté d’approvisionnement des villes, et la guerre civile conduisent à la dramatique famine de 1921. Une grande campagne de soutien international limitera les effets de cette famine, qui restent, malgré tout, très importants, et ont profondément marqué les mentalités de l’époque. C’est en particulier à la suite de cette famine que Lénine décide de revenir en arrière et d’instaurer une nouvelle politique économique et sociale (la NEP : Novaja Ekonmitcheskaja Politika), qui permet la renaissance d’un artisanat privé, et surtout, une reprivatisation partielle des terres.

La période qui suit l’instauration de la NEP est une longue période d’amélioration et de stabilisation. L’espérance de vie se remet à croître rapidement, la mortalité infantile à baisser. L’URSS ne connaît plus alors, pendant quelques courtes années, de catastrophe démographique. Cependant, le raidissement politique qui suit la mort de Lénine, en 1924, et qui se renforce avec l’irrésistible ascension de Staline, conduit à un abandon progressif de la NEP, et surtout à la mise en œuvre de la politique de collectivisation totale, à partir de la fin de l’année 1929. Estimant nécessaire la collectivisation des terres, Staline engage une grande campagne contre les paysans qu’il qualifie de riches, les koulaks, affirmant une volonté de "supprimer les koulaks en tant que classes". Allant largement au-delà de ce slogan, durant les années 1930 et 1931, plusieurs centaines de milliers de familles sont déportées, de nombreux koulaks, ou désignés comme tels, étant fusillés ou mourant durant leur transfert.

Cependant, les conséquences à terme de cette politique seront encore plus dramatiques. En effet, les campagnes désorganisées, le cercle vicieux qui conduit le pouvoir, pour approvisionner les villes, à réquisitionner de plus en plus de grains, et en conséquence à vider les réserves des paysans qui ne peuvent plus semer, conduit à la famine de 1933 qui va emporter près de 6 millions de vies humaines, en particulier en Ukraine, dans les régions de la Volga inférieure et au Kazakhstan. Dans cette dernière région, c’est surtout la politique de sédentarisation forcée qui entraîne ces pertes. Mais, au-delà de ces régions, presque toute l’Union soviétique est touchée, d’autant plus que, à la différence de la famine de 1921, le pouvoir en place refuse d’admettre cette famine, la nie avec vigueur, et refuse donc l’aide internationale, sans mettre en œuvre, à l’intérieur, une véritable politique de survie.

Cette famine sera la dernière grande catastrophe de ce type, en dehors de celle de 1946, qui toucha surtout les enfants, conséquence d’une URSS exsangue après la seconde guerre mondiale. Mais, elle sera suivie des grandes répressions, qui culminent dans les années 1937 et 1938. En 1939, plus de 2 millions de personnes étaient emprisonnées ou dans des camps, sous contrôle du NKVD. La mortalité était bien sûr particulièrement élevée dans ces camps, présents tant en Russie d’Europe qu’en Sibérie ou au Kazakhstan. Il n’est pas possible, encore aujourd’hui, de faire un bilan complet et précis de la surmortalité induite par ces répressions, même si l’on peut être certain qu’elle n’atteignit pas l’ampleur des catastrophes précédentes.

Les conséquences

Les effets des différentes catastrophes démographiques sont visibles sur les pyramides des âges jusqu’à nos jours. Les profondes échancrures correspondent au déficit de naissances dans ces diverses périodes. Le déséquilibre homme-femme est très nettement apparent. Nous avons représenté, sur la figure suivante, deux pyramides ; la première, au recensement de 1959, suit de quelques années les dernières grandes catastrophes ; la seconde, en 1989, est la dernière pyramide, juste avant que l’URSS ne disparaisse. Dans cette dernière, toutes les traces sont encore présentes, mais les premières sont en passe de disparaître, les premières générations creuses, nées entre 1914 et 1921 étant maintenant âgées.

On conçoit que ces perturbations aient eu de profondes conséquences sur tous les équilibres démographiques. La seconde guerre mondiale, en particulier, va créer un déséquilibre entre hommes et femmes qui va perturber tous les mécanismes de constitution des familles, rendant le mariage plus difficile.

Malgré tout, un regard qui porte plus sur le moyen terme que le court terme conduit à des conclusions assez différentes. Les formidables capacités de récupérations des populations vont atténuer ces effets, et surtout ne vont guère modifier les évolutions démographiques de long terme. La transition de fécondité, en particulier, qui débute tardivement en Russie, n’attend pas pour autant la Révolution de 1917. La fécondité commence à baisser dès la dernière décennie du XIXe siècle, et va continuer une baisse imperturbable, interrompue ou accélérée seulement sur de courtes périodes.

 

Pyramides des âges aux recensements de 1959 et 1989

Plus paradoxale est l’imperturbable baisse, sur le moyen terme, de la mortalité, juste interrompue par les ruptures démographiques. Il n’est guère possible de dater précisément le début de cette baisse. Il est pour autant certain qu’elle va s’accélérer au milieu des années 1920, et qu’elle va continuer à diminuer jusqu’au milieu des années 1960. La baisse de la mortalité infantile va même s’accélérer en pleine seconde guerre mondiale, en particulier sous l’effet de l’importation de sulfamides par les Américains. Elle ne sera interrompue, introduisant une nette divergence par rapport aux pays occidentaux, qu’à partir du milieu des années 1960 pour la mortalité adulte, à partir du milieu des années 1970 pour la mortalité des enfants. Nous ne reviendrons pas ici sur les origines controversées de cette interruption, en ayant largement traité par ailleurs12.

Conclusion

A travers ce rapide panorama, nous avons tenté de donner un panorama de l’enjeu politique du discours démographique en URSS, et de faire un bilan, encore sommaire, des diverses catastrophes démographiques en URSS depuis 1917. Ce dernier bilan dégage cette apparente contradiction entre des évolutions de long terme, presque imperturbables, et qui ne sont guère marquées par les diverses secousses politiques qui ont frappé le pays, et la marque politique de court terme, qui fait de l’URSS un cas presque unique du point du vue de l’histoire démographique européenne. On peut retracer une histoire politique à partir du simple examen des courbes démographiques, courbes du déficit des naissances et courbes du surcroît de mortalité.

Cette apparente contradiction se résout si l’on observe la très grande autonomie de l’évolution des sociétés de l’URSS par rapport au pouvoir politique. En s’éloignant, en particulier à partir de la fin des années 1920, d’une analyse réaliste des sociétés, et en fondant son action sur une idéologie de plus en plus éloignée des observations sociales, le pouvoir soviétique s’est condamné lui-même à l’inefficacité.

Annexe - Bilan des pertes au combat dans les différents conflits

Il nous a paru intéressant de joindre à cet article le bilan des pertes au combat des soldats de l’armée soviétique, tel qu’il a pu être présenté dans un ouvrage russe récent, intitulé Enlever la griffe du secret : pertes des forces armées de l’URSS dans les guerres, les actions de combats et les conflits militaires, éd. par G.F. Krivocheev, Moscou, Voennoe izdatel’stvo, 1993. Cette ouvrage est constitué de la publication des archives de l’armée, décomptant les pertes aux combats ainsi que les blessés et le nombre de soldats engagés dans toutes les opérations militaires des forces armées soviétiques. Nous fournissons ici le bilan présenté, sachant qu’il reste à prendre avec prudence, des études détaillées à partir de ces chiffres n’ayant pas encore été faites :

 

Guerres, conflits armés, etc.

 

Pertes

guerre civile (1918-1922)

939 755

Lutte contre les Basmatchis (1923-1931)

626

Conflit sino-soviétique (1929)

187

Aide à la République espagnole (1936-1939) et à la Chine

 

(1937-1939)

353

Conflit soviéto-japonais (lac Khassan) (1938)

989

Combat de Khalkin-Gol (1939)

8 931

Invasion de l’Ukraine occidentale et de la Biélorussie occidentale (1939)

1 139

Guerre soviéto-finlandaise (1939-1940)

126 875

Seconde guerre mondiale (1941-1945)

8 668 400

Guerre de Corée (1950-1953)

299

Aide militaro-technique en Asie, Extrême-Orient et Afrique

 

(1962-1979)

145

Evénements de Hongrie (1956)

720

Invasion de la Tchécoslovaquie (1968)

96

Conflits frontaliers en Extrême-Orient soviétique et au Kazakhstan (1969)

60

Guerre d’Afghanistan (1979-1989)

14 751

 

________

Notes:

 

1 Les thèmes évoqués dans cet article seront développés dans Vivre, naître et mourir en URSS, à paraître en 1993.

2 La Pravda, 7 juillet 1935.

3 Revue de l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française, 1931, pp. 350-362.

4 Mémoire de DEA d’Andrej Nedbaev, EHESS, 1922.

5 Numéro des Annales de démographie historique, 1992, qui contient plusieurs articles rassemblés par l’auteur du présent texte, concernant la période 1920-1950. Voir aussi un bilan plus détaillé dans l’ouvrage cité dans la note 1.

6 Grif sekretnosti snjat – poteri vooruzhennykh sil SSSR v vojnakh, boevykh dejstvijakh i voennykh konfliktakh (Lever la grille du secret – les pertes des forces armées de l’URSS dans les guerres, les actions de combat et les conflits militaires), sous la direction du général G.F. Krivosheev.

7 Nous entendons par pertes humaines le surplus de décès par rapport au nombre de décès dans une situation hors catastrophe (hors surmortalité). Nous ne donnerons pas d’estimation des pertes démographiques, auxquelles s’ajouterait le déficit de naissance dû à ces catastrophes, plus difficilement estimable en raison de ses conséquences cumulées à long terme et des mécanismes de récupération. Il faut noter que, dans les polémiques qui ont opposé de nombreux historiens, il y avait souvent confusion entre ces deux quantités.

8 E. Andreev, L. Darskij, T. Kharkova, "l’histoire de la population de l’URSS. 1920-1959", Annales de démographie historique, 1992. 

9 J.-L. Rallu et A. Blum, "La population européenne", European Population, vol. II, "Demographic Dynamics", Paris, John Libbey/INED, 1993.

10 Premier recensement après la seconde guerre mondiale.

11 Pour le détail, en particulier des références utilisées, on consultera l’ouvrage indiqué dans la note 1.

12 Cf. par exemple, Alain Blum, Vive, naître et mourir en URSS, op. cit.

 

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