LES AMÉRIQUES DANS LEURS GÉOPOLITISMES

 

Jean-Paul CHARNAY

 

Isabel la Catolica, reina de España, madre de America : inscription prodigieuse sur le buste de Valparaiso, matrice d’un remodelage de la planète. Soumises sur un demi-millénaire à des vagues migratoires successives et à des expansions territoriales discontinues, les Amériques post-colombiennes se sont réparties d’une manière aléatoire au gré des expéditions et des guerres entre colonisateurs. Dès l’origine les départs décrivent quelques grandes catégories d’affectivité et d’économie géopolitistes. D’abord les découvertes volontaristes, générées par les princes, les rois ibériques ou François Ier mandatant leurs navigateurs italiens, portugais ou honfleurais. Puis les découvertes "à la suite", faites par les contingents, de gouverneurs, d’administrateurs, de commerçants, de missionnaires, de soldats, etc. successivement envoyés. Puis les découvertes "semi-forcées" faites par les grandes vagues d’émigration venues d’Europe, poussées par les crises économiques, par les pogromes : comment ces gens, non préparés en général, découvraient matériellement et culturellement des terres déjà découvertes, mais qui pour eux étaient radicalement nouvelles, "étranges" ? Puis viennent les découvertes forcées : par les Africains capturés par les roitelets nègres qui les vendaient aux négriers : comment imaginaient-ils, comment ont-ils réagi à cette transplantation dramatique ? Enfin apparaît le problème des "non-découvertes". Les marins extrêmes-orientaux ne semblent pas avoir poussé plus loin à l’ouest qu’en Afrique orientale ; et l’île de Pâques a-t-elle été atteinte depuis la Polynésie ou l’Amérique ? Enfin, le problème de la non-découverte de l’Amérique par les Arabes demeure fondamental : car ils avaient à la fin du Moyen-Age une façade et une navigation atlantique et les destins technologiques étaient très loin d’être joués. Pourquoi cette non-découverte arabe des Amériques ?

Autre avatar géopoliste : n’y-a-t’il pas aussi la découverte "en retour" ? Les découvertes vers l’ouest, le grand large, se sont poursuivies lorsque les monarchies occidentales se sont aperçues que pousser la reconquête anti-musulmane au-delà de l’Europe ibérique, c’est-à-dire passer en Afrique, se heurtait à une densité géographique et démographique tellement intense qu’elle s’avérait trop coûteuse : aussi s’y borna-t-on à une occupation de présides, de comptoirs, et l’on changea de direction, l’on navigua vers ce qui serait l’Extrême-Orient. Or, choc en retour évoqué par Alexandre von Homboldt dont la maison est pieusement conservée à la Trinidad de Cuba, la révolution pour la liberté repart de l’ouest vers l’est. Certes, il est caricatural d’énoncer la révolution américaine, puis la révolution française, puis les révolutions en Allemagne, en Italie, ensuite la révolution bolchévique, enfin la révolution chinoise. Mais deux des "découvertes" majeures de l’Occident moderne, d’une part sa dilatation politique et scientifique sur l’ensemble du monde par l’Ouest, et qui a atteint le Japon devenu un Extrême-Occident, d’autre part sa révolution sociale qui a atteint la Chine par l’Est, se sont rejointes dans leur marche contraire et continuent à marcher chacune dans leur sens : le Japon est maintenant rejoint sur la façade asiatique du Pacifique par quelques pôles industriels péninsulaires et insulaires. Les modèles stratégiques révolutionnaires chinois et vietnamien ont inspiré vers l’Est, l’Amérique centrale - Cuba - qui les a transmis à son tour vers l’Angola et le Mozambique.

Enfin, pour éviter un ethnocentrisme volontariste, il y aurait lieu de s’interroger, par réciprocité, sur la "découverte des découvreurs" faites par ceux qui étaient "découverts" : les Indiens. Lors du cinquième centenaire de la découverte des Amériques (1992) rebaptisée "Rencontre des deux mondes", la plupart des organisations indiennes dénoncent le triomphalisme de cette commémoration. La guatémaltèque Rigoberta Mencher reçoit le prix Nobel de la paix, et le 12 octobre 1992 à Saint-Domingue, sans renier la trêve évangélique de l’état de nature selon les Franciscains ou de l’état utopique du Paraguay selon les Jésuites, Jean-Paul II a confessé les brutalités de la conquête. Et quel descendant des émigrants du May Flower oserait se dire - se penser ? - seul pur perfect man ?

D’abord projection des puissances de la péninsule ouest de l’île mondiale baignées par l’Atlantique nord-est (Espagne, Portugal, Angleterre, France, Pays-Bas) et pour une brève durée, Russie (Alaska), les vétéro-Européens et leurs esclaves africains devenant néo-américains ont réalisé l’un des plus grands transvasements de populations et l’une des plus radicales substitutions de civilisations de tous les temps.

Dépossédant les peuples autochtones de leurs terres et de leurs langues, les réintégrant dans l’histoire sous des vocables étrangers (nations "indiennes", empires "méso-américains"), détruisant leurs institutions et éradiquant leur culture par la conversion religieuse, ils conquirent ensuite les armes à la main leurs indépendances contre les mères-métropoles elles-mêmes ennemies : la France se venge de la perte du Canada en appuyant l’indépendance des Insurgents contre l’Angleterre ; les colonies ibériques fidèles à leurs couronnes durant l’invasion napoléonienne s’enflamment ensuite par leurs libertadores. Alors se stabilise la faille géohistorique majeure du continent : entre latino-catholiques encore du tiers-monde et anglo-saxons protestants leaders de la civilisation industrielle et post-industrielle ; faille courant autour du 30° parallèle entre les Etats-Unis et le Mexique, donc scindant assez haut le cône nord.

Certes une telle faille ainsi décrite est au-delà de la caricature car les imbrications de religions et de populations (Canadiens français, catholiques et juifs américains…) et les grands pôles de technologie se disséminent sur l’ensemble du continent : il s’agit donc de répartitions plus ou moins denses, non d’exclusions.

En fait, selon la gravité des génocides démographiques et des ethnocides culturels infligés aux Amérindiens (les vétéro-américains, des Esquimaux aux Araucans en passant par les Guaranis, les Incas, les Olmèques, les Mayas, les Aztèques, les Sioux, les Cheyennes, les Apaches, les Hurons, les Algonquins), selon l’importance numérique et le degré de ségrégation résultant de la traite des noirs, les Etats américains présentent un éventail varié d’interférences ou de ruptures entre trois races et trois civilisations elles-mêmes subdivisables en de multiples langues et ethnies. L’affirmation d’une culture blanche dominante a atteint à la destruction presque complète des autochtones (guerres indiennes de 1878 à 1889 en Patagonie argentine, Araucans au Chili), ou s’est imposée aux républiques latines noires (Haïti, République dominicaine), a réalisé des cantonnements plus ou moins profonds ou ludiques avec d’autres cultures (vaudou, jazz, western…), a enfin débouché sur l’affirmation du melting-pot ethnique réservé aux Blancs (Etats-Unis) ou s’étendant aux Indiens et aux Africains (Brésil), a parfois laissé subsister des majorités indiennes significatives (70 % en Bolivie, 50 % au Guatemala).

D’autre part s’affirmait une différenciation fondamentale entre l’Amérique anglo-saxonne et l’Amérique latine. Le Canada entrait dans l’évolution démocratique et autonomisante des Dominions blancs de la Couronne, et les Etats-Unis entamaient leur processus de fédération centripète (un moment atteint par la guerre de Sécession), processus fondé sur la marche vers l’ouest et l’établissement de classes moyennes urbaines et rurales. Les colonies espagnoles au contraire s’enfermaient dans un processus de fragmentation centrifuge fondé sur une classe de grands propriétaires terriens dont les intérêts opposés s’entrechoquent en des dictatures ou des juntes militaires affirmant maintenir les grandes traditions des officiers libertadores. D’où ces renversements de généraux sud-américains aux uniformes plus chamarrés que ceux des maréchaux d’Empire, dorés parfois jusqu’à la braguette (voir les portraits en pied de Bernardo O’Higgins et de Ramon Serrano au Musée historique national de Santiago du Chili), mais dont il serait imprudent de nier l’importance stratégique. Car si tactiquement les batailles latino-américaines semblent restreintes par rapport aux grandes batailles du vieux monde, continent dense et peuplé, en revanche des grands espaces solitaires du cône sud déterminaient, par ces petites batailles, de vastes remodelages géopolitiques. Chronologie et topographie, histoire et espace, offrent parfois de singulières plus qu’explicites, plus que réelles, successions.

Les évolutions et les philosophies sont d’ailleurs en grande mutation. Mais la plupart des Etats américains sont géographiquement mal assis. Au-delà donc de leurs distorsions internes, ils ont souvent formulé, plus en géopolitisme qu’en géopolitique, leurs rêves de projection, d’extension et d’attraction. Rares sont ceux qui se sont établis en pôles de domination.

Prise dans sa phase historique postcolombienne, l’histoire américaine paraît plus simple que l’histoire européenne.

Représentant la première en date des colonies ayant arraché l’indépendance, les Etats-Unis forgent en quelques décennies une doctrine géopolitique qui, inversée, légitimera une destinée planétaire. Les germes s’en développent dès Washington qui esquisse les principes réciproques de non-implication dans les affaires européennes (ne considérer que les intérêts américains, loin des "ambitions, rivalités, intérêts ou caprices" des vieilles puissances), de non-intervention dans "leur labyrinthe politique et leurs guerres destructrices", et donc déjà d’isolationnisme. Durant la guerre d’Indépendance, Washington craint un encerclement de son pays par la Louisiane française et un éventuel retour des Français : il suggère la création d’une forte marine et souhaite la libération des autres colonies du continent à commencer par le Canada. Il préfigure aussi la marche vers l’ouest, l’avancée de la "frontière" qui atteindrait le Pacifique ; il préfère un achat moralisé des terres des Indiens, mais accepte s’il le faut la guerre contre leur "traîtrise", et préconise alors de les opposer entre eux. Enfin, en règle générale, vis-à-vis de l’étranger, il conseille de multiplier les échanges économiques et de minimiser les relations politiques.

Ces principes sont formalisés avec tranchant par la doctrine Monroe (2 décembre 1823) énoncée lors de l’intervention des Puissances en Espagne et des guerres de libération de ses colonies, et appuyée par l’Angleterre (Canning) soucieuse de desserrer la Sainte-Alliance : isolationnisme envers l’Europe, refus de toute nouvelle colonisation (ou échange de colonies entre puissances européennes), ce qui serait de nature à menacer la paix, la sécurité et le bonheur des Etats-Unis qui s’étendent par les rachats de la Louisiane à la France (1803), de la Floride à l’Espagne (1819), la conquête sur le Mexique de la Californie, l’Arizona, le Nouveau Mexique et le Texas (1845-1848), la menace d’intervention et son succès contre l’expédition française au Mexique (1867), le refus des visées russes en Orégon et le rachat de l’Alaska (1867).

Dès 1853 enfin les Etats-Unis obtenaient l’ouverture de certains ports japonais. Après l’achèvement de la rationalisante guerre de Sécession (1860-1866) pro-industrielle et anti-esclavagiste, commençait une nouvelle phase d’extension géographique en Atlantique (Cuba et Porto-Rico), dans le Pacifique (Hawaï et les Philippines) en 1898, en Amérique centrale avec la création du Panama arraché à la Colombie en 1903 pour construire le canal permettant la réunion des escadres des deux océans. Parallèlement, Theodore Roosevelt procédait à l’élargissement géostratégique de la doctrine Monroe : politique du big stick, magistère et régulation des pays du continent en cas de "désordre ou inconduite" de leurs gouvernements (1904).

Ainsi étaient cumulées la marche le long des parallèles ceinturant la planète et l’affirmation d’une maîtrise géopolitique et moralisatrice sur les deux cônes du continent américain le long des méridiens : un immense fuseau horaire. Potentialité si gigantesque qu’elle suscitait en histoire générale et en stratégie navale l’élaboration de la doctrine du Sea Power (Mahan) et sa pratique exacerbée : le navalisme, et qu’elle se heurtait au cours des deux guerres mondiales aux virtualités expansionnistes du IIe Reich (avec les Empires centraux) puis du IIIe Reich (avec l’Axe et la zone de copropriété japonaise).

Heurts qui s’étaient réalisés grâce à une inversion des principes d’isolationnisme et de non-interventionnisme (Th. Roosevelt poussant Wilson ; Franklin Roosevelt) et débouchaient sur la prise en charge de la reconstruction de l’Europe de l’Ouest (plan Marshall), de la démocratisation de l’Allemagne et du Japon, de l’endiguement/ refoulement de la puissance communiste par la politique des pactes régionaux (OTAN, Otase) et les guerres ultra-marines, (Corée, Vietnam), l’établissement d’une pax americana refusée par l’URSS et l’instauration d’une économie-monde par la capacité scientifique et technique, la force industrielle et l’instauration du dollar comme monnaie de compte et de réserve internationale, et enfin l’institutionnalisation d’une assemblée de tous les Etats : après le refus du Congrès américain de la Société des Nations préconisée par Wilson, ce sont les Etats-Unis qui, en 1945, hébergent l’Organisation des Nations Unies.

Ainsi à cheval sur l’Atlantique Nord, l’OTAN s'appuyait sur le démocratisme pluraliste et technologique des pays issus du christianisme latin. mais la thalassocratie américaine qui auparavant n’était accessible qu’en ses bases périphériques (Pearl Harbor, 1942), devenait par le missile balistico-nucléaire vulnérable en son territoire central, sa substance démographique et son identité culturelle. D’où ses tentatives pour organiser au plus loin les théâtres d’opérations, mais avec des succès divers : en Asie, l’Otase est demeurée bien moins intégrée que l’OTAN, et les pays latino-américains ont refusé une organisation de l’Atlantique Sud qui aurait surveillé les éventuelles subversions des grands ports africains à vocation aéro-navale : Dakar, Abidjan, Walvis Bay (enclave sud-africaine en Namibie) et Simonstown à côté du Cap ; au contraire le traité de Tlatelolco (1967) entraînait la dénucléarisation militaire des principales puissances du cône sud (l’Argentine, le Brésil ni Cuba n’ayant ratifié).

En fait, la puissance des Etats-Unis inquiétait les autres Etats américains. D’où l’institutionnalisation de la Conférence internationale américaine en une Union panaméricaine par la Charte de l’Organisation des Etats américains (Charte de Bogota, 1949) affirmant à nouveau le principe du rejet de toute intervention extra-américaine non historiquement reconnue en Amérique (d’où la crise des missiles à Cuba, 1962), et de résolution pacifique des conflits entre les Etats américains.

L’Amérique latine s’est alors sentie coincée entre la pulsion marxiste révolutionnaire inspirant la lutte anti-impérialiste après la deuxième guerre mondiale, et la volonté de containment idéologique, politique et économique des Etats-Unis. Face à cette situation générale, certains auteurs latino-américains ont tenté de dégager des doctrines géopolitiques propres à tel pays ou ensemble régional.

Capitaineries générales regroupées en vice-royautés (Nouvelle-Espagne, 1535 ; Pérou, 1542 ; Nouvelle-Grenade, 1718 ; Rio de la Plata, 1776 : hispaniques ; et du Brésil, 1720 : lusitanienne), ces vocables prestigieux assurant la projection des monarchies ibériques sur un continent laissaient subsister de multiples zones vides, pionnières, et la présence indienne.

Dès l’époque des conquistadors, les dominicains du Siècle d’Or espagnol (Las Casas, Vitoria1) avaient affirmé l’humanité chrétienne des méso-américains : leur condition d’hommes sauvés par Jésus sur la croix. Tradition juridique et philosophique qui fut reprise par les libertadores lors de l’indépendance des colonies espagnoles et brésilienne. Pourtant le rêve unitaire de Bolivar2, sinon pour un empire des Andes, au moins pour la partie septentrionale espagnole du cône sud de l’Amérique (expression de Spykman) se fragmentait dans la constitution d’Etats plus ou moins rivaux3, qui délimitaient leurs frontières par guerres et compromis locaux au gré des caudillos.

Parallèlement la doctrine de Monroe extrapolée en mode d’orientation et de garde du continent américain conduisait à l’impérialisme de Theodore Roosevelt. D’où la longue tradition, et les éclatants maîtres du droit international public latino-américains (Calvo, Drago, Alvarez… ) préoccupés de maintenir, dans l’Union panaméricaine, puis dans l’Organisation des Etats américains (OAE), un équilibre général, et la protection des plus vulnérables par le droit4. Non sans avatars…

Mais l’utilisation de la géographie comme justification géopolitique d’une dominance n’était pas communément invoquée. La notion de géopolitique demeurait universitaire5 ou orientée vers l’organisation intérieure et sociale6, ou, après la seconde guerre mondiale, était réfutée dans son acceptation germaniste par la traduction d’ouvrages occidentaux7, et, pour Cuba, soviétiques8. La politique envahissante des Etats-Unis au Brésil était aussi dénoncée par le biais de la géopolitique9. Elle le serait davantage par la critique marxiste et anti-impérialiste des mouvements de libération latino-américains, utopiques, subversifs, terroristes.

Or dans les années 60 et 70, expressions d’une faillite parlementaire et crainte d’une récession économique, les régimes militaires s’emparant du pouvoir (Brésil, 1964 ; Argentine, 1973 ; chute d’Allende au Chili, 1973…) se sont projetés dans des constructions géopolitiques en partie destinées à justifier leur politique de rigueur, et à pallier les contraintes intérieures, les atteintes aux libertés. Ils ont ainsi élaboré une sorte de géopolitisme national, plus qu’une géopolitique générale.

En Argentine, certaines idées justicialistes de Peron étaient maintenues : développement du tiers-monde, refus des "frontières idéologiques" donc moins neutralisme pur que coopération technique limitée avec l’URSS, et à l’intérieur politique sociale10 transformée par les militaires en une "frontière intérieure" destinée, par la culture, à réassembler les esprits… Et surtout idée d’une Gran Argentina, se rééquilibrant par rapport à elle-même : nouvelle capitale entre la Pampa et la Patagonie à mettre en valeur ; réarticulation du bassin du Rio de la Plata (la vieille vice-royauté)11 : avec l’Uruguay, le Paraguay (Etats-tampons), la Bolivie et le Chili - et le Brésil qui ne doit plus être dominant sur l’axe, riche en matières premières, Orénoque (Venezuela) - Amazone - Rio de La Plata ; revendication du plateau continental sous la Mar Argentina (d’où la guerre des Malouines). bref, contre l’Argentine "insulaire", "circulaire", exportant de l’agro-alimentaire, une Argentine "péninsulaire", "triangulaire", "continentale, bimarine et antarctique", s’articulant jusqu’au Pérou dans le cône sud12.

Prépondérance qui pourrait l’opposer au Chili où certains voient une "mer du Chili" s’étendant de la frontière péruvienne et l’île de Pâques dans le Pacifique à la terre de Graham au sud et aux Sandwich et à la Géorgie du Sud (dépendantes des Falkland britanniques) dans l’Atlantique. géopoliticien d’obédience ratzélienne, le général Pinochet13 invoque les frontières organiques vers l’Antarctique, et dans sa doctrine de "sécurité nationale", englobe une volonté d’homogénéisation sociale en avivant la "conscience de la montagne", en installant des chantiers successifs dans les zones de pauvreté, en misant sur un développement industriel qui favoriserait la puissance maritime de ce pays presqu’insulaire derrière la Cordillière - comme le fit le Japon !

Mais l’Argentine s’opposerait surtout au Brésil poursuivant l’expansion de ses frontières intérieures de colonisation (l’Amazonie et ses Indiens) et son action diplomatique sur les petits pays voisins : Surinam, Guyana, Bolivie, Paraguay et Uruguay - ces trois derniers pays constituant précisément des Etats-tampons entre le brésil et l’Argentine, dont les pôles de puissance politique, industrielle et intellectuelle sont rapprochés : Buenos Aires contre l’axe Rio de Janeiro - Sao Paolo14.

Pour le brésil, le général Golbery15 a monté une théorie générale centrée sur son Heartland, le plateau central brésilien. Il divise le cône sud en cinq aires géopolitiques : la plate-forme centrale structurée par le triangle Belo Horizonte, Rio de Janeiro et Sao Paolo, étendu à l’intérieur au-delà de Brasilia ; le bassin de l’Amazone englobant les Etats des frontières est et nord du Brésil (Pérou, Colombie - et au-delà leur Etat-tampon l’Equateur - Venezuela, les trois Guyane) ; l’aire de la Plata et de la Patagonie (Porto-Alegre au Brésil, Uruguay, Argentine, Chili) ; l’aire de soudure entre l’Amazonie et la Plata (Matto-Grosso et Rondônia brésiliens, Bolivie, Paraguay) ; l’aire du Nord-Est brésilien : l’arc de cercle de Sao Luis à Salvador (Bahia), promontoire constituant un goulot d’étranglement fermant l’Atlantique sud (Natal-Dakar : 3 500 kms) et justifiant la suprématie brésilienne et non nord-américaine sur cette zone navale16. Il conclut à un auto-centrage du Brésil dans ses frontières rendues plus sûres (fermeture des chemins de pénétration).

Inversement, il effectue une triple projection planétaire toujours centrée sur le Heartland  brésilien. Il construit un triangle sud Amérique-Australie-Antarctique, bordé à l’est par un Atlantique fermé comme une Méditerranée par les péninsules de la vieille Europe et la côte ouest de l’Afrique, et constituant dans un rayon de 10 000 kms un hémicycle intérieur de paix assurée par la communauté idéologique avec le nord européen et le manque de moyens du sud africain . L’Europe médiane, la Russie et le Caucase, l’Afrique de l’Est et en partie deux pôles de grande potentialité (l’Inde et l’Australie) : zone de déstabilisation possible par ses impérialismes ou ses tensions révolutionnaires. Au-delà enfin l’immensité du monde jaune : Chine, Japon, Asie du sud-Est. Contre les menaces possibles, la "forteresse américaine" doit contrôler l’ensemble des îles qui la doublent à longue distance, dans l’Atlantique par l’Islande, les Açores, Madère, les Canaries ; dans l’océan Indien par Prince Edward (sud-africaine), Crozet, les Kerguelen ; et dans le Pacifique par Hawaï, les Marquises et les îles de la Société (Tahiti).

Soucieuse de sa majorité indienne, la Bolivie s’évoque parfois comme le Heartland du cône sud -en fait voudrait un accès à la mer, et le Venezuela, en instances frontalières avec la Colombie (presqu’île de la Guajira) et la Guyana (province de l’Essequibo), invoque Bolivar comme intégrateur de l’unité continentale, son pétrole (il est membre de l’OPEP) et l’aire des Caraïbes pour éviter l’encerclement. Le Mexique, enfin, soumis à la pression économique et à l’ombre géostratégique des Etats-Unis, rêve de la mutilation historique des chicanos hispano parlentes dans les quatre Etats frontières de l’Union. surtout la mer caraïbe demeure incandescente : Salvador, Honduras, évolution des pouvoirs noirs en Haïti, République dominicaine, Guyana, Grenade… D’où, lancée par le Panama en 1983, la Contadora réunissant les efforts du Mexique, du Venezuela et de la Colombie - elle-même prise dans la guerre de la drogue.

Contre un sentiment de déclin, contre les pulsions révolutionnaires engendrées par trop de pauvreté et d’inégalités sociales d’une part, contre la montée de nouvelles classes moyennes libérales aspirant à l’élévation de leur standing d’autre part, et enfin contre la propagation des idées et des guérillas allant du marxisme aux théologies de la libération et de la révolution, les militaires voulaient justifier leurs dictatures par la vision unifiante d’un destin national "manifeste", assurant au pays une importance plus que proportionnelle à sa réalité. Au-delà de la "sécurité nationale" ils affirmaient une "projection" continentale et maritime par des "frontières vivantes" ; ils postulaient la "volonté unanime", l’homogénéisation idéologique de la population… Justifications hypocrites de milieux capitalistes et militaires décidés à garder le pouvoir et à maintenir l’ordre social, ou croyances effectives en la finalité de leur action ? Les répressions les plus dures s’ensuivirent. Mais, sauf pour les Malouines, ce géopolitisme agit plus à l’intérieur qu’à l’extérieur, contrairement au nazisme.

Issue de milieux opposants, la critique de ce géopolitisme était poursuivie contre les théories brésiliennes17 et chiliennes18. Géopolitique et militarisme, impérialisme (sous-impérialisme) et fascisme étaient à nouveau assimilés. La chute des régimes militaires au Brésil et en Argentine semble remettre en cause les argumentations géopolitiques finalisées. Pourtant le stock de concepts géopolitiques, quelque peu amendés, était utilisé par le régime progressiste péruvien19 pour se dégager de l’emprise américaine (nationalisations) : sécurité "intégrale" et non plus "nationale" ; retour à la notion de "défense nationale" seule activité des militaires, références à Turner ou Aron plus qu’à Ratzel. Ainsi la géographie, invoquant plus ou moins la géohistoire, n’avait forgé qu’une philosophie politique partielle et contingente20.

En réalité, de telles perspectives dévoilent l’aspect limité du géopolitisme américain, tant nord que latin : doctrines plus ou moins habiles habillant les tensions profondes qui s’exacerbent dans le continent. Un tiers d’hémisphère dominateur par son emprise économique, sa suprématie technologique et son unité fédérale, sur des pays fragmentés aux populations mal réparties et en partie hétérogènes (ibérité et indianité, africanité). Une alliance objective entre la grande puissance économique et les bourgeoisies locales privilégiées cherchant à demeurer dans le système d’échange international et de consommation moderne contre les grandes suscitations intellectuelles et populaires des idéologies : les théologies de la révolution et de la libération rejoignant parfois les mouvements marxistes aux époques de la guerre froide et de la coexistence des Blocs. Une assimilation entre le Sea Power devenant un Space Power et les Etats-Unis qui sont à la fois une puissance navale et une puissance continentale.

Contre ce géopolitisme appuyé par la technologie et le renseignement (CIA) et à objectifs économiques se levèrent les guerilleros - les barbudos. En 1967 s’était réunie à la Havane l’OLAS : la Conférence latino-américaine de solidarité. Mais, dès 1967, avait été tué en Bolivie l’Argentin/Cubain Che Guevara, révolutionnaire humaniste et internationaliste à formulation marxisante et à tactique un peu sommaire du foco 21, rêvant d’une désaliénation de l’homme latino-américain et d’une libération prolétarienne et anti-impérialiste étendue à l’ensemble du sous-continent, homologue mutatis mutandis aux espoirs palestiniens d’une révolution arabe puis mondiale. Mais, pour amortis qu’ils soient, le castrisme ou le sandinisme…, pour terroristes qu’ils soient, les Tupamuros urugayens, le Sentier lumineux péruvien… avaient dénoncé les caudillos dictatoriaux, tandis que les deux Etats du sud, l’Argentine et le Chili rejetaient leurs régimes militaires.

Alors peu à peu, pays par pays, s’instaurèrent un libéralisme commercial et une démocratie pluraliste contre des collectivismes ou populismes apparemment très différenciés (Sandinistes, Vargas, Allende, peron…) ; démocratie oscillant parfois entre les chrétiens ou les sociaux-démocrates : ce qui évoquerait la transposition en Amérique des failles européennes du christianisme latin entre Rome et la Réforme puis entre capitalisme et communisme. Les particularismes nationaux aigus s’efforcent de s’harmoniser en sous-ensembles économiques régionaux, aires de pacification et zones de libre-échange22 qui permettraient à l’Amérique latine de n’être plus "l’arrière-cour des Etats-Unis, mais un marché de 400 millions de personnes" (selon le président du Venezuela, Carlos Andres Perez), et de s’appuyer sur la vieille Europe en nouvelle gestation. D’où la récente volonté américaine de n’aider que des régimes plus "respectables" (qui se traduit par des interventions politiques, économiques ou militaires à l’encontre d’alliés trop marqués : Philippines, Haïti, Panama…) qui viennent s’ajouter à la lutte contre les régimes marxisants (Nicaragua, la Grenade, Cuba, la saccharocratie étant en fait stérilisée par sa dépendance envers l’URSS, ses émigrés aux Etats-Unis et la base de Guantanamo). La trop crue politique du big stick de Theodore Roosevelt qui avait été dénoncée après 1920 est-elle remplacée par un droit pondéré d’intervention en faveur de la protection humanitaire des droits de l’homme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, non au nom d’une construction impériale, mais de la manifest destiny du réal-moralisme américain ? Et le projet Bush d’une immense zone de libre-échange de l’Alaska à la Terre de feu s’est réduit au cône Nord : Canada, Etats-Unis, Mexique : North American Free Trade Agreement (1992).

En tout cas, les deux constructions légitimeraient les actions militaires et financières lancées contre les trafiquants de drogue, le contrôle des narco-dollars, et la surveillance des aides allouées aux paysanneries pour qu’elles cessent la culture des plantes hallucinogènes. Elles inclinent les militaires sud-américains à professer le respect des gouvernements démocratiques dont ils continuent à surveiller la rectitude nationale23.

En fait, sur cinq de leurs frontières, les Etats-Unis semblent en attente. A leur ouest, en Extrême-Orient, ils ont militairement perdu le Vietnam et subissent aujourd’hui la compétition japonaise, assortie de la montée en puissance des quatre dragons : Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong et Singapour (moindre en Indonésie), sans réussir encore une percée spectaculaire en Chine. La stratégie périphérique a en partie échoué dans ses aspects péninsulaires, se maintient dans ses aspects insulaires au point de vue militaire, non au point de vue économique. L’espace demeure certes la High frontier qu’apprivoisent les vols des navettes spatiales, mais la préparation de la guerre des étoiles (l’Initiative de Défense Stratégique devant protéger le sanctuaire américain contre la menace nucléaire) est mise en sommeil par coût budgétaire, par difficulté technologique et par moindre menace ressentie de la part de la Russie. La New frontier, volonté de perfectionnement social, est mise au défi par l’illettrisme, la violence, la drogue, le sida, la pollution… A l’est, le bloc soviétique et son idéologie démonisée, le communisme sont en cours de dévalorisation et les réductions d’armement en cours de négociation, mais si le glacis continental atlantique, l’Europe de l’ouest, demeure un allié militaire fidèle envoyant ses contingents vassaux dans la guerre du Golfe, en revanche il peut devenir un concurrent économique et se structurera peut-être en un ensemble politique et stratégique. Enfin, en cinquième lieu sur la quatrième frontière géographique de l’Union, la frontière des Caraïbes militairement stabilisée depuis l’échec de la Baie des cochons (1961) et le succès de la crise des missiles (1962), l’immigration des Latinos passant par les ports et les aéroports en provenance de Cuba, de Porto-Rico, de Salvador… et par la frontière poreuse du Mexique entraînera-t-elle des vagues migratoires qui effectueraient une Reconquista démographique et culturelle du sud des Etats-Unis ? D’où le Nafta pourvoyeur d’emplois au Mexique.

Première - et dans l’instant seule - puissance mondiale, les Etats-Unis arriveraient-ils aux limites, non de leurs lignes de communication mais de leur volonté d’exportation de puissance, la "république impériale" devenant une régence planétaire par le biais de l’ONU au prétexte d’appliquer le droit international public et les humanitaires droits de l’homme "fin de l’histoire", régence oscillant entre un néo-isolationnisme, la garde de ses intérêts financiers et pétroliers (guerre du Golfe), ou un expansionnisme modéré ? Le problème est moins de déclin que de redéfinition d’aires et de moyens (lesquels peuvent n’être point corrélatifs) : le continent, les alliances dans le Pacifique et l’Atlantique, la projection stratégique, la maîtrise technologique, la dominance économique, l’initiative culturelle… Redéfinition qui déboucherait sur de nouveaux géopolitismes américains…

Bien plus que dans la géohistoire européenne, très influencée par la géographie locale et les nationalités, les cultures et les Etats centralisés, les géopolitismes américains sont sous-tendus par des tensions et des hétérogénéités géosociologiques et géopsychologiques générant des négations idéologiques destinées à s’opposer aux dominations trop concrètes…

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Notes:

 

1 Bartolome de Las Casas, Très brève relation sur la destruction des Indes, 1552, trad. franç. Mouton, Paris-La Haye, 1974 ; Francisco de Vitoria, Leçons sur les Indiens et le droit de la guerre, 1539, trad. franç., Droz, Genève, 1966. Sur leurs différences, voir Philippe André-Vincent, "Le dialogue Las Casas-Vitoria : deux interprétations nouvelles du droit des gens", dans notre ouvrage collectif, De la dégradation du droit des gens dans le monde contemporain, Anthropos, Economica, 1981, p. 39.

2 Simon Bolivar, Choix de lettres, discours et proclamations, Institut international de coopération intellectuelle, Stock, Paris, 1935. Simon Bolivar, Cahier de l’Herne présenté par Laurence Tacou, Paris, 1986. Général Julio Londono (colombien), La vision politica de Bolivar, Geopolitica del Caribe, 1973 : esquisse d’une géopolitique fondée moins peut-être sur la Gran Colombia (avec Venezuela, Equateur, Panama) que sur un raffermissement de l’aire caraïbe et du groupe Contadora avec Caracas et le pétrole.

3 Voir Cesar Diaz Cisneros, El pensiamento de San Martin ante el derecho publico americano, Buenos Aires, 1948.

4 Carlos Calvo, Le droit international théorique et pratique, Paris, 1896. Luis Mario Drago, La Republica Argentina y el caso de Venezuela, Buenos Aires, 1903. Alejandro Alvarez, Le droit international américain, Paris, 1910. Le droit international nouveau, Paris, Pedone, 1959. Lucio M. Moreno, El sistema internacional americano, Buenos Aires, 1925. J. M. Yepes, La codificacion del Derecho internacional americano y la Conferencia de Rio de Janeiro, Bogota, 1927 ; Philosophie du panaméricanisme et organisation de la paix, Neuchâtel, 1945. Carlos Lamas Saavedra, Por la paz de las Americas, Buenos Aires, 1937. Carlos Sanchez y Sanchez, Curso de Derecho internacional publico americano, Ciudad Trujillo (Santo Domingo), 1943. Juan Carlos Puig, Les principes du droit international public américain, Paris, Pedone, 1954. Voir aussi Vicente G. Quesada, Historia diplomatica latino-americana, Buenos Aires, 1918. Carlos Ibarguren, De Monroë a la buena vecindad, Buenos Aires, 1946.

5 Au Brésil, le traducteur de Kjellen, Everardo Backhauser, Problemes do Brasil-Geopolitica, 1932. Article "ratzélien" sur "les lois d’évolution des Etats" (Boletin geographico, 1950) et les frontières mouvantes.

6 Au Brésil, Josué de Castro, Geopolitique de la faim, Editions Ouvrières, Paris, 1952. Au Mexique, Vasconcelos et Pellicer, Geopolitica de Tabasco, mexico, 1964.

7 Au Mexique, traductions de Hans Weigert, Geopolitica, generale y geografos, 1943 et de Robert Strausz-Hupé, Geopolitica, la lucha por el espacio y el poder, 1945.

8 Boris Smeusky, La geopolitica commo ideologia del imperialismo, Universidad de la Habana, 1964.

9 Vivian Trias (Uruguayen), Imperalismo y geopolitica, 1969. Il critique, à propos des thèses de Spykman, l’idée que les côtes du Brésil doivent être contrôlées par les Etats-Unis en cas de conflit en Europe pour maintenir la sécurité en Atlantique.

10 Général Peron, El problema de la liberacion, écrit durant son exil à Madrid, en 1971. Voir la revue Geopolitica, créée en 1975.

11 Horacio Videla, En el bicentenario de la creacion del Virreinato del Rio de la Plata, su proyeccion geopolitica, 1977.

12 Voir la revue Estrategia, créée en 1969 ; Juan Guglialmelli, "Crisis nacional y problemas fronterizos", Estrategia, n° 37-38, 1975-1976. Geopolitica del Cono Sur, Buenos Aires, 1979.

13 Général Pinochet, Geopolitica, cours de 1968 publié en 1974. Création en 1981 d’un Institut de géopolitique et de sa revue : Seguridad nacional.

14 Le Brésil et l’Argentine se sont accordés en 1991 sur l’arrêt de leurs programmes nucléaires militaires, sous le contrôle de l’AIEA.

15 Golbery do Couto e Silva, Geopolitica do Brasil Conjuntura Politica Nacional o Poder Executivo, Rio de Janeiro, José Olympio, 3e édition, 1981. Alain Mangin, "A propos de "Géopolitique du Brésil" de Golbery. Une figure brésilienne de l’identité", Stratégique, 1989-3, p. 5.

16 Therezinha de castro veut même faire application de la théorie polaire soviétique et canadienne des secteurs pour attribuer au Brésil une zone antarctique comprise entre la frontière avec l’Uruguay et l’île atlantique Martin Vaz située entre le 28e et le 29e méridien W. Elle songerait aussi à un triangle atlantique lusophone Portugal-brésil-Angola, alors qu’à la fin du salazarisme certains auteurs portugais préconisaient un Portugal à vocation atlantique composant un ensemble économique avec le Brésil, l’Angola, le Mozambique, la Rhodésie et l’Afrique du Sud. En 1890, en dépit de leur alliance traditionnelle, l’Angleterre assurant l’axe Le caire-Le Cap protecteur éloigné des Indes avait refusé au Portugal la liaison de l’Angola et du Mozambique.

17 Par le bolivien (préoccupé du contentieux chilo-bolivien sur la côte Pacifique) Botelho Gonsalvez, Proceso del subimperialismo brasileno, New-York, 1977. Julio Chiavenato, Geopolitica, arma do fascimo, Mexico, 1981. Et depuis le changement de régime au Brésil même : colonel Cavagnari, "Etude d’une puissance moyenne", Folha de Sao Paolo, 30 mars 1984, Dial, n° 956, s’efforçant de faire sortir de l’orbite américaine et de stabiliser l’Amérique du sud, donc contre le précédent "triomphalisme du discours géopolitique", le Brésil "puissance mondiale" et "pays-clé".

18 Réédition à Mexico des textes chiliens, avec commentaires critiques par des émigrés chiliens… Voir aussi Antonio Cavalla, La geopolitica y el fascismo dependiente, Mexico, Casa de Chile, 1977.

19 Général Edgardo Mercado Jarrin, directeur de l’Institut péruvien d’études géopolitiques, Seguridad, Politica, Estrategia, 1981.

20 Un forum général est assuré à Montevideo (pays méridien entre les deux grands à l’embouchure du Rio de la Plata) par l’Associacion Sudamericana de Estudios Geopoliticos e Internacionales (créé en 1979 par six Etats et les Etats-Unis), et sa revue Geosur. Sur ces points, voir Michel Foucher, L’invention des frontières, Paris, Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, 1987.

21 Voir les plus illustres traités de guerre subversive issus d’Amérique : La guerre de guérilla, 1959 de Guevara, Le manuel du terroriste du brésilien Carlos Marighella et aussi Estrategia de la guerilla urbana de l’uruguayen Abraham Guillen.

22 Plus ou moins virtuels : Pacte andin (Venezuela, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie). Sur l’isthme : Marché commun de l’Amérique centrale (Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa-Rica). Vers le sud (Mercosur, Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine).

23 Vice-amiral Elias R. Daniels, Militares y Democracia, Caracas, Centauro, 1992.

 

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