LE NOMBRE ET LA QUALITE

 

Jean-Baptiste MARGERIDE

 

La principale innovation de la Révolution française en matière militaire fut, sans doute, le passage à "l’armée de masse" où tout citoyen peut être appelé à combattre en cas de conflit majeur mettant la Nation en danger.

Il ne s’agissait plus alors, en effet, de ces "querelles de princes", cherchant à agrandir, défendre ou reprendre telle portion de leur "pré carré", mais de faire triompher contre toute l’Europe - ou presque - un système philosophico-politique radicalement opposé à ce qui avait été la norme séculaire.

La France étant encore la "Chine de l’Europe", réservoir humain considéré comme inépuisable, aucun sacrifice ne semblait trop lourd aux nouveaux détenteurs du pouvoir pour avoir la certitude de libérer, enfin, "les peuples gémissants sous les fers de la tyrannie", (et en profiter pour agrandir la France).

La nouvelle idéologie estimait que tous les hommes naissaient égaux en droits et aussi en devoirs. Chaque citoyen-soldat tué pour la Cause pouvait être remplacé par un autre, à qui il suffirait de donner une arme et une instruction sommaire.

A ce raisonnement correspondit la création des bataillons homogènes de "volontaires", appelés à combattre parallèlement à ceux - homogènes aussi - des soldats professionnels hérités de l’ancien régime. Tout au plus fut-il admis pour la constitution des "demi-brigades", (appellation passagère des régiments), "l’amalgame première formule" ; c’est-à-dire d’associer dans la demi-brigade des unités de nouveaux soldats à celles provenant des ci-devant régiments royaux.

Les résultats furent assez médiocres, puisque les succès des jeunes soldats furent payés de très lourdes pertes et que de multiples cas de paniques non justifiées purent être relevés. Il fallut se résigner à passer à "l’amalgame seconde manière", mêlant dans les mêmes unités les hommes fournis par les "levées" successives avec leurs anciens qui - par une sorte d’osmose - leur transmettaient le savoir-faire technique et le sang-froid manquant.

Le premier consul, puis empereur, hérita du nouveau principe des armées de masse pour soutenir sa prétention : à savoir que désormais un individu puisse devenir roi par droit de génie et non plus de naissance.

Ce système, un homme = un soldat, pouvait convenir pour l’armée de Terre, à l’armement encore très simple, pouvant être produit rapidement, et utilisé après une instruction brève. Toutefois il montra ses limites quand la production des recrues - français de vieille souche ou de récente annexion, peu motivés ; étrangers "alliés", encore moins - devint trop importante pour que ce qui restait des vétérans puisse "corseter" ces jeunes troupes ; (dont certaines montrèrent beaucoup de courage, mais peu de savoir-faire technique que donne seulement l’expérience)1.

En revanche, la formule révolutionnaire ne pouvait convenir pour la Marine, et pour deux raisons :

- si un fusil ou un canon de l’époque pouvaient être produits et leur mise en œuvre apprise, en un temps se décomptant en jours ou semaines, la construction puis l’aménagement et l’équipement d’un vaisseau après lancement de la coque prenaient déjà plus souvent des années que des mois ;

- d’autre part, les personnels ne s’improvisaient pas. Même un simple gabier, un canonnier, ont l’impérieux besoin d’un long entraînement pour acquérir les capacités attendues d’eux. Et cet entraînement doit être conduit dans des conditions réalistes : par tous les temps et en haute mer ; ce qui suppose le bénéfice d’une assez longue période de paix ; ou d’avoir déjà la maîtrise de l’Océan : partant d’une Marine que les "Directeurs" avouaient ruinée, Napoléon ne pouvait reconstituer la superbe flotte de Louis XVI.

Pendant la plus grande partie du XIXe siècle qui suivit, le service militaire universel fut la règle en Europe ; mais règle théorique, bafouée par le système du tirage au sort et celui du remplacement. Allant plus loin et par mesure d’économie puisque la solde de l’appelé est symbolique, la plupart des nations eurent le temps de service long : 5, 6, voire 7 ans, étant sous-entendu que le militaire professionnel assurait l’encadrement. Très souvent d’ailleurs, les miséreux qui se louaient comme remplaçants réitéraient à la fin de leurs obligations : outre "cette bourse de location", l’armée leur assurait le gîte, l’habillement et la nourriture. Ils devenaient des professionnels sans en avoir le titre. Ce système, finalement, arrangeait tout le monde, d’autant qu’en France, la saga idéalisée des grognards de l’Empire faisait croire que les meilleurs soldats ne pouvaient qu’être les "moustaches grises" ; en négligeant le fait que la plupart des vétérans encore survivants en 1815 n’avaient pas 30 ans, et en ignorant que l’apogée de la combinaison vivacité-endurance-expérience du troupier se situe entre 23 et 28 ans pour la grande majorité2.

Toujours en principe, les jeunes gens n’ayant pas "tiré un mauvais numéro" n’étaient pas dégagés de toute obligation militaire : dans la plupart des nations européennes continentales ils devaient recevoir une instruction sommaire puis être périodiquement rappelés pour des "périodes", de manière à être aptes rapidement à participer à la défense en cas de conflit menaçant le pays. Mais, par raison d’économie, cette instruction de base fut rarement dispensée, et les rappels de réservistes très vite négligés : les hommes de la "Garde Nationale" - appellations diverses selon les nations - ne "se" réunirent guère que pour des banquets. Une exception3 : celle de la Prusse, qui consentit au surcroît de dépenses nécessaires pour former et entretenir des réservistes de valeur.

Hors de l’Europe continentale, deux exceptions aussi :

— la Grande-Bretagne, protégée par sa flotte, n’entretint qu’une armée de métier de faible volume - sauf pendant la guerre de Crimée - d’ailleurs en grande partie positionnée, (roulement des unités), dans son empire colonial4.

— les Etats-Unis adoptèrent aussi le principe de l’armée de métier, d’effectifs très faibles puisqu’ils ne dépassaient pas 15 000 hommes et cadres, destinés essentiellement au maintien de l’ordre sur la "frontière" en continuel mouvement vers l’ouest. Comme en Grande-Bretagne, la condition militaire était l’objet du mépris de la "bonne société" y compris, pour les Etats du nord, celle de l’officier5. A cette armée régulière s’ajoutaient les milices d’Etats ; en général de piètre valeur, tout particulièrement au Nord, où leurs convocations étaient essentiellement prétextes à des réjouissances masculines. Par exemple, les "Gardes de Lafayette" se surnommaient eux-mêmes : "Gardes de la fourchette.

La défaite de l’Autriche en 1866, puis celle de la France en 1871, montrèrent clairement que le système de conscription très partiel, avec pratique du remplacement et absence de réserves instruites, ne convenait pas. Les bataillons de "Mobiles" français, malgré quelques belles actions, avaient été très généralement dominés par les Prussiens, même en cas de nette supériorité numérique6. Ce qui se traduit dans les pertes de ce conflit : France 136 000 morts ; Prusse et alliés, 42 000).

De toute évidence, il fallait passer au service militaire réellement universel. Mais ceci représentait un accroissement de dépenses considérable ; ce qui donna lieu à d’âpres et très longs débats puisque ce n’est que le 16 juillet 1889 que fut adoptée la loi "définitive" sur cette question. Mais, mis à part la "Dette publique", le budget militaire devenait de loin le premier de l’Etat. En 1900, hors dette publique, les budgets de la "Guerre" (armée de Terre), et de la Marine représentaient 40,6 % du budget courant (ou 27,4 % si l’on prend en compte la charge de la dette publique.

De manière générale, en Europe continentale au début du XXe siècle, le service militaire universel - sauf inaptes ou rares exemptés - fut donc la règle. Il était le plus souvent de 2 ans, quoiqu’en raison du déséquilibre démographique la France soit revenue en 1913 à la durée de trois ans de la loi de 1889. De façon un peu contradictoire, d’ailleurs, on formait ainsi une réserve considérable que sauf en Allemagne, on jugeait ne pouvoir engager que plusieurs semaines après la mobilisation ; mais tout en croyant que la prochaine guerre ne pourrait qu’être très courte.

Le premier conflit mondial vit s’affronter des effectifs en nombre dépassant de loin tout ce qui s’était vu jusqu’alors, avec pour le total des deux camps près de 65 000 000 démobilisés. Le second, plus de 67 000 000 de combattants7. (Pour l’une et l’autre guerre, pas tous simultanément).

Une des caractéristiques remarquables de la deuxième guerre mondiale par rapport à la première, (outre le facteur décisif des blindés et de l’aviation pour le retour à la guerre de mouvement), fut sans doute l’apparition - à côté des grandes unités de type "standard" : divisions d’infanterie hippomobiles puis motorisées ; divisions blindées - d’unités très spéciales, aux effectifs souvent limités, destinées à des missions que des hommes puisés dans les troupes plus classiques, et non préparés, n’auraient pas pu remplir, ou très mal.

En premier lieu, les parachutistes, qui pour certaines nations en arrivèrent à former plusieurs divisions8. Ces grandes unités "paras" furent parfois employées "en bloc", mais fournirent souvent des petites formations pour des actions particulières. On peut citer aussi, par exemple, les formations de "Rangers" (du niveau du bataillon), les multiples petits groupes chargés de missions très spéciales, comme les commandos Terre et Marine, les équipages de sous-marins "de poche" ou de torpilles pilotées, les "Rats du désert", les groupes rattachés - administrativement - au régiment, puis division, Bradenburg ... etc.

Même dans les forces de type plus "standard", on peut aussi relever l’existence d’unités d’élite dont la formation spéciale, ou plus poussée, donnant une efficacité supérieure à la moyenne pour certaines formes de combat, permit de les engager soit en élément de tête en offensive, soit comme ultime rempart là où le front menaçait de s’effondrer.

C’est ainsi par exemple que la 13e Demi-Brigade de la Légion Etrangère résista au delà des espérances à Bir-Hakheim ; que dans le Pacifique les divisions de "Marines" se montrèrent nettement plus efficaces que celles de l’armée de Terre, et que l’Allemagne nazie, aux abois, utilisa certaines de ses divisions de Waffen SS comme "pompiers" partout où le front cédait9.

On peut citer aussi l’action des sapeurs d’assaut américains qui le 6 juin 1944 - car ne disposant pas des matériels spéciaux anglais (les "funnies") - durent se sacrifier en grand nombre pour ouvrir les passages, sur et à la sortie des plages, pour leurs camarades fantassins et blindés.

En résumé, le dernier conflit mondial a montré que dans certaines circonstances, et tout particulièrement en guerre de mouvement, l’intervention d’hommes en nombre limité, parfois presque infime, mais spécialement et supérieurement entraînés (et très motivés), pouvait avoir des conséquences décisives sur le succès d’une opération.

Il y avait donc une sorte de revalorisation du "facteur de qualité" humain audace, initiative, intelligence, par rapport à 1914-1918 où tout ce qui était demandé aux masses humaines engagées, interchangeables et presque anonymes, était, outre le courage, la robustesse et l’endurance ; voire la résignation que l’on trouve plus facilement chez le rural - impuissant devant les aléas météorologiques et presque, à l’époque, contre les épizooties - que chez le citadin.

A contrario, l’expérience nazie du Volksturm a prouvé que lancer dans la guerre des hommes non entraînés, mal armés, peu et mal encadrés - et dans le cas d’espèce, comptant une grande majorité de gens âgés et d’adolescents - était au mieux les envoyer à la captivité, au pire à la boucherie.

Après la fin du conflit, la situation de "guerre froide" entre l’Ouest et l’Est conduisit tout naturellement les adversaires à conserver le principe de la conscription se traduisant par une sorte "d’amalgame deuxième manière" sauf pour quelques formations, pour diverses raisons, composées exclusivement de personnels de métier10.

Seul le Japon, en raison de sa Constitution, ne put constituer ses "Forces d’auto-défense" que de professionnels.

Plus tard, partie en raison de la faible efficacité de ses recrues du contingent au Vietnam11 ; en partie parce que leur position géographique le leur permettait, les Etats-Unis supprimèrent la conscription : en réduisant le "format" des forces terrestres plus particulièrement, (mais sans économies, au contraire, puisqu’il fallut porter le nombre des employés civils du Department of Defense à près de 1,5 million).

Le Royaume-Uni, déjà, était revenu à la formule professionnelle de l’avant-guerre, mais là aussi sans économies malgré une radicale diminution du "format", Terre, Air, Marine, car il fallait embaucher de nombreux employés d’une part, améliorer la condition militaire d’autre part pour attirer des jeunes gens de niveau suffisant en compensant les astreintes spécifiques du métier.

On notera que les trois premières grandes nations revenant à l’armée de métier sont des îles, ou une quasi-île pour les USA : à l’ère nucléaire un débarquement de grande ampleur, puisqu’il ne laisserait aucun doute sur les intentions de l’adversaire, justifierait amplement une riposte atomique - propre ou de la puissance protectrice - au moins sur les forces assaillantes.

Les nouvelles donnÉEs du problème

L’effondrement du système soviétique, coïncidant presque avec la "croisade" contre l’Irak, a d’abord engendré un sentiment faisant croire que le "Nouvel Ordre Mondial", avec le droit dit et imposé par une ONU à l’autorité" enfin établie, allait donner au Monde une ère de sécurité inconnue depuis des millénaires.

Le slogan des "dividendes de la paix" oubliait cependant quelques détails :

— nous venions de bénéficier, pendant près d’un demi-siècle, du fait que le contribuable américain avait accepté de financer la part principale de la défense de l’Occident12 ; mais ces efforts ont fatigué l’économie américaine et lassé l’électeur-contribuable. Déjà l’administration Bush avait décidé une réduction importante des forces armées en général, et surtout celles déployées en zone européenne. On peut parier que, pour être en mesure de tenir ses promesses, la nouvelle administration démocrate opérera des "coupes" drastiques se traduisant presque au retour à la vieille politique isolationniste, sauf interventions ponctuelles limitées.

— l’autorité de l’ONU dans l’affaire irakienne a été beaucoup plus apparente que réelle. En réalité, ce sont les Etats-Unis qui ont mené le jeu - ce qui fut rendu patent par le niveau de leur participation militaire13. Et quoiqu’en dise la jobardise, la question du pétrole du Koweït était secondaire14 : les USA ont poussé à cette guerre pour prendre de vitesse le programme nucléaire de l’Irak qui, débouchant sur les premières armes fin 1991 ou début 1992, aurait fait de ce pays la puissance dominante du Proche/Moyen Orient musulman. Depuis lors, on a vu l’ONU rester assez indifférente lors des affaires de Slovénie, puis de Croatie15 ; puis pratiquement impuissante quand il s’est agi de la Bosnie ; quémander l’intervention américaine pour la Somalie, (où les 500 casques bleus pakistanais en étaient réduits à demander la protection de tel ou tel "seigneur de la guerre" local) ; ignorer radicalement le génocide du Soudan Sud par le Nord ; demander (poliment, mais sans succès) aux Khmers Rouges de bien vouloir apporter leurs armes, etc. Bref, l’ONU semble bien être redevenue ce qu’elle était : le "machin", (comme disait le général de Gaulle), qui veut ignorer aussi les multiples affrontements internes, ou entre eux, d’Etats issus du démembrement de l’ex-URSS.

— Nul ne sait ce qui va advenir de la Russie. Certes, l’état catastrophique de l’économie de la Russie semble lui interdire, même si elle retombe dans un extrémisme "rouge" ou "noir", de se lancer à court terme dans une aventure. Il sera néanmoins prudent d’y suivre de près d’éventuels bouleversements politiques : le monde a payé très cher d’avoir jugé cocasse, en 1933, l’accession au pouvoir - dans une Allemagne ruinée - d’une sorte de ridicule caricature de Charlot, soutenu par des illuminés.

En outre, héritière de l’essentiel du complexe militaro-industriel soviétique - seul point sur lequel la production est concurrentielle d’un point de vue qualité-prix - et dramatiquement dépourvue de devises fortes, même une Russie démocratique restera un des grands "marchands de canon", puisque ses seuls produits concurrentiels exportables sont les armes. Et si les occidentaux n’ont pas toujours eu un comportement à cet égard leur permettant de se poser en moralistes, on peut craindre que la Russie n’ait pour tout frein à ce commerce, que la menace de rétorsions économiques, ou de refus de crédits de la part du "Groupe des 7". Déjà les matériels anciens, (mais non périmés), dont elle doit se débarrasser, sont offerts aux futurs clients à des prix-cadeau ; ce qui permet de proposer ensuite, à coût très limité, d’autres matériels beaucoup plus modernes - Mig 29, par exemple ; T. 80, etc.

— Enfin, il ne faut pas oublier que bien des zones du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie du sud-est, d’Amérique latine, voire d’Europe, sont déjà - ou risquent de devenir - des poudrières dans lesquelles nous risquons, (comme les autres Européens), d’être entraînés, soit par "devoir d’ingérence", soit dans le cadre d’opérations organisées par l’ONU16.

L’HOMME : NOMBRE OU COMPéTENCE ?

1792-1992 : les armées de masse ont pu être créées il y a deux siècles, parce que les "outils" de la guerre - terrestre au moins - étaient si simples, ainsi que les tactiques élémentaires, que la formation des hommes ne demandait que quelques semaines (ce qui ne signifie pas, soulignons-le encore, qu’une jeune recrue valait un vétéran une fois sur le terrain).

Malgré les progrès techniques des armements tout au long du XIXe siècle et au début du XXe, cette simplicité de leur mise en œuvre s’est, en gros, maintenue jusqu’au premier conflit mondial17. Même les matériels nouveaux, et "de pointe", comme les avions, n’exigeaient alors en durée d’entraînement fondamental qu’un temps se comptant en semaines18 (toutefois le front exerçait une rapide "sélection naturelle" - à la Darwin - des aviateurs n’ayant pas, ou pas encore acquis, toutes les qualités nécessaires).

En 1939-1945, il fallait compter une année pour former un pilote de chasse, novice mais de valeur acceptable19.

Aujourd’hui, un pilote de chasse est considéré comme débutant-opérationnel à 3 ans de formation puis d’entraînement.

On objectera le fait que l’avion moderne est le plus "sophistiqué" de tous les matériels classiques. C’est exact, mais le perfectionnement des engins terrestres - notamment leur informatisation toujours plus poussée - les amène à des coûts tels qu’il n’est plus possible de leur affecter des appelés faisant 10 ou 12 mois de service.

Par exemple, le char Leclerc - en francs constants - revient plus cher que le Mirage III d’il y a 30 ans : peut-on penser sérieusement que cet ordinateur mobile, blindé et armé, puisse être confié à des recrues pour leur formation ? Il existe certes des simulateurs ; mais rien ne peut remplacer les heures d’entraînement sur l’engin, et dans des conditions tactiques aussi réalistes que possible ; donc avec usure, et pannes de certains composants.

Même les matériels de très grande diffusion sont arrivés à un degré de perfectionnement tel que les mettre dans les mains de personnels insuffisamment qualifiés constitue également un gaspillage. Pour être concret, prenons l’exemple de l’arme individuelle.

Le FAMAS peut être considéré comme une belle réussite technique : malgré sa longueur limitée, la formule "bull-pup" (mécanisme en partie inclus dans la crosse), lui donne des performances aussi bonnes que des armes plus longues de 15 à 20 cm20. Il peut tirer, grâce à un sélecteur, soit en coup par coup, soit par rafales de 3 coups21, soit encore par rafales longues à la cadence de 1000/1200 cps/mn, ce qui vide le chargeur de 25 cartouches en moins de 1,5 seconde. Enfin, l’arme tire des grenades : les A.P. en tir tendu à la portée utile de 100 m, en tir courbe jusqu’à 360m ; les A.C. en tir tendu à 80 m, avec capacité de perforation de 300 mm d’acier à blindage.

Tout cela est potentiellement fort intéressant. Mais pour qu’un appelé du contingent acquiert et conserve une justesse de tir correspondant aux qualités de son arme, il faudrait qu’il tire un nombre non négligeable de cartouches, en coup par coup d’abord, par rafales, ainsi que des grenades A.P. et A.C.

A titre de référence, l’armée suisse reçoit chaque année - recrues faisant leurs 4 premiers mois, réservistes de "l’Elite", de la "Landsturm" et de la "Landwehr" - l’équivalent de 55 000 hommes à plein temps. Ils "brûlent" 200 millions de cartouches, soit une moyenne de 3636 par homme (ou 10 par jour).

Or la lecture du budget militaire français "Activités" pour 1992 montre que l’armée de Terre, tous grades confondus, a disposé de 1 milliard 17 millions de francs pour des effectifs budgétaires de 260 925 militaires. Une simple division donne une moyenne de 3 898 F par homme, sous-officier, officier, pour les activités : si la totalité de ce budget avait été utilisée à l’achat de cartouches pour le FAMAS, il eût été déjà très insuffisant pour faire tirer à chacun la moyenne de 10 cartouches par jour. Il ne serait évidemment rien resté pour des grenades à fusil A.P. et A.C. (il est vrai que tirer peu économise l’usure des canons des fusils, ce qui arrange le ministère des Finances).

Si l’on monte un peu dans le coût unitaire des munitions, on constate que notre budget "Activités Terre" entièrement consacré à des roquettes anti-char ne permettrait pas à chacun des 156 401 appelés - effectif budgétaire, toujours - de tirer chacun une roquette moderne. Ne parlons pas, bien entendu, du haut de gamme de l’infanterie, comme les missiles A.C. Milan et Eryx, ou A.A. Mistral.

En définitive, la modestie de ce budget d’entraînement22 est telle que l’on comprend pourquoi trop d’appelés se plaignent d’avoir le sentiment de "perdre leur temps" : leitmotiv repris par les media qui en font le reproche à l’armée, c’est-à-dire à l’encadrement et non aux décideurs des lois de finances. Quel journaliste a pensé au moral des cadres cherchant désespérément comment former le mieux, le moins mal, les garçons qui leur sont confiés23 ?

Au plan de l’efficacité, et malgré le nombre croissant de simulateurs, il est évident que les soldats de l’armée de Terre, en ces temps de restrictions, (et peut-être une partie des cadres), ne sont nullement polyvalents par défaut, non pas d’armes, mais de moyens pour l’entraînement. A dépenses égales, mieux vaudrait se procurer quelques matériels majeurs de moins - quoique le volume de ces achats soit déjà faible - et consacrer ces économies à des munitions et du carburant permettant de redonner aux unités une activité digne de ce nom (le maintien du Titre III - investissements - au dessus de 50 % des crédits de paiement n’a pas été un dogme jusqu’en 1986).

Un autre remède à l’actuelle misère des Armées - celle de Terre en particulier - a été proposé : supprimer la conscription et passer à un "format" encore plus réduit, mais très efficace (ce serait donc le retour à ce qui était la règle séculaire avant l’Air, et plus encore la Gendarmerie24, respectivement professionnalisées à 70,5, 61,4 et 88 %, le problème peut paraître relativement facile à résoudre : par embauche de personnels civils (encore que ces personnels seraient plus coûteux, et devraient accepter un statut spécial concernant le droit de grève).

Dans le cas de l’armée de Terre, la difficulté est plus importante, puisque les personnels d’active n’y représentent que 40 % des effectifs (104 524 pour un total de 260 925, toujours en 1992).

Beaucoup de "bons esprits", d’ailleurs, font observer que la menace latente de l’Est ayant définitivement (?) disparu, la conscription ne se justifie plus puisque l’appelé ne peut être envoyé sur des théâtres d’opérations extérieurs, qui justement semblent être les seuls à envisager dans le moment.

Nous pourrions donc envisager d’en venir à la solution qui vient d’être adoptée par la Belgique - qui a profité des "dividendes de la paix" pour non seulement supprimer bientôt la conscription, mais aussi réduire, de 10 %, le nombre de ses personnels d’active.

Mais ici se posent deux problèmes : le premier est "intellectuel", si l’on peut dire, le second purement pratique :

— D’autres "bons esprits" font valoir que la non-participation totale de la Nation à la défense militaire présente des inconvénients non négligeables :

• Image d’un pays qui, se désintéressant de sa défense, se limite à en confier la charge à des "mercenaires-nationaux", ce qui n’est pas bon pour la crédibilité de notre détermination, notamment en matière nucléaire.

• Coupure croissante entre le pays et son armée, ce qui à terme peut conduire à des tentations de putsch, notamment si la condition sociale faite aux militaires continue à se dégrader comme le montre un récent article de "Défense Nationale".

• Absence de toutes réserves en cas de conflit venant à menacer le territoire national25.

• La réduction de "format" implique l’abandon de certaines missions. Pourtant, et malgré de continuelles déflations des effectifs depuis plus de 20 ans - qui vont en s’accélérant - les missions fixées par le pouvoir politique, loin de diminuer, se sont accrues avec les interventions à caractère de maintien de la paix, ou humanitaires.

— Une armée d’active, au "format" réduit au plus juste, devrait avoir une efficacité exceptionnelle. Ceci suppose a priori un recrutement de haut niveau.

Or, le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y a pas de bousculades à la sortie de polytechniciens dans les armées et armes qui leur sont proposées. Pas de bousculades non plus à l’inscription de candidats aux concours d’entrée des grandes écoles militaires spécialisées. Quant aux engagements pour trouver un métier dans la troupe, et malgré le taux de chômage actuel, les armées n’arrivent pas à attirer assez de jeunes gens pour remplir les postes offerts ; et - sauf pour la Légion Etrangère - le niveau moyen des candidats est très faible : à un point tel qu’à l’issue du premier contrat, les corps de troupe sont souvent obligés d’en refuser le renouvellement. C’est là que se situe, et se situera de manière de plus en plus aiguë, le problème le plus grave des armées ; tout particulièrement sans doute pour l’armée de Terre.

Dans une société dominée par l’argent et par un hédonisme croissant les spécificités qui caractérisent le militaire finissent par avoir quelque chose de dérangeant, (pour ne pas dire choquant). Un tout récent article du C.F. Sevaistre26 les définit ainsi :

— pouvoir - mais sur ordre de l’autorité politique - d’infliger la mort à l’adversaire ; mais devoir d’en accepter le risque ;

— disponibilité totale physique et intellectuelle ; ce qui signifie :

• pour la première, d’accepter d’être envoyé n’importe où dans le monde, en laissant "se débrouiller" une famille que l’on ne reverra peut-être jamais plus ;

• la seconde, d’exécuter, quelle que soit son opinion propre, la mission confiée par le politique.

Les contraintes sont lourdes ; d’autres métiers les connaissent aussi, en tout ou en partie ; par exemple la police. Mais il reste interdit aux armées d’appliquer la législation de droit commun sur le travail, dispositions telles que le paiement des heures supplémentaires, l’octroi de repos compensateurs, l’augmentation des effectifs si les missions s’accroissent, etc.

Ces contraintes pourraient être reconnues par des soldes correspondant aux compétences nécessaires et aux responsabilités ; mais, précisément, d’année en année, le pouvoir d’achat du militaire, loin de suivre la progression du PIBM - faible, mais non nulle - est plus ou moins discrètement érodé27. D’autres compensations seraient possibles ; par exemple l’attribution automatique d’un logement lors de chacune des si fréquentes mutations ; l’aide aux épouses à retrouver un emploi à peu près en rapport avec leurs capacités lors de ces mutations ; facilités scolaires pour les enfants, etc.

En résumé, beaucoup de choses se passent en France comme si, depuis quelques décennies, à défaut de supprimer officiellement les armées, la politique visant à leur disparition avait pris le biais subtil de dissuader du métier des armes tous les jeunes gens de valeur ; de manière à ne recruter que les laissés pour compte de la société, ce qui - cercle vicieux - justifie les bas salaires (le caporal-chef français d’active reçoit moins que le 2e classe anglais), et un mode de vie qui, comme le système de valeurs, est de plus en plus décalé par rapport à celui du citoyen moyen.

En somme, les armées sont peu à peu - mais plus rapidement, semble-t-il depuis quelques années - rejetées par la nation, jusqu’à y devenir un élément étranger, un peu comme les greffes d’organes non compatibles.

Le problème démographique

L’unité de temps, en démographie, est en gros l’intervalle qui sépare deux générations : une trentaine d’années. Le problème est encore masqué en France par la convergence de plusieurs phénomènes :

— l’excédent naturel est positif, parce qu’arrivent en âge d’accélération de la disparition les "classes creuses" de 1914-1918 et de la période de faible natalité qui suivit : il ne peut y avoir beaucoup de décès de vieillards si ces vieillards sont eux-mêmes, peu nombreux (de plus l’espérance de vie augmente plus vite depuis une vingtaine d’années ; mais les personnes âgées qui en ont bénéficié restent des "morts en sursis") ;

— le "Baby-boom" suivant le second conflit mondial a fléchi à partir de 1965 ; toutefois le seuil de non-remplacement n’a été atteint qu’au cours de 1974. Par suite, les générations en âge de fécondité sont encore très nombreuses. Si elles ont proportionnellement peu d’enfants, les deux facteurs, (car agissant en sens inverse), conduisent à une natalité totale en apparence presque suffisante28 ;

— nous avons sans doute trop tendance à nous comparer à nos proches voisins. Ce n’est pas parce que les indices de fécondité de presque toutes les nations de l’Europe des Douze sont encore plus bas que les nôtres que, pour autant, nos propres problèmes futurs en seront atténués.

Or les actifs des débuts du XXIe siècle sont déjà nés. Peu nombreux, ils auront notamment à supporter la charge des générations du "Baby-boom", arrivant à l’âge de la retraite29. L’existence d’actifs non producteurs - au premier chef, les militaires - ne pourra qu’être l’objet de vives critiques. Malgré les rapides déflations d’effectifs en cours actuellement, on peut prévoir que vers 2010 l’opinion publique française acceptera encore plus mal qu’aujourd’hui la présence de centaines de milliers d’hommes - et de femmes - jeunes sous les armes, et que ces individus (dont la nécessité immédiate, rare par bonheur, est mal perçue), consomment une part importante du budget de l’Etat.

Enfin, avec une population d’actifs réduite, on peut prévoir que la proportion de jeunes gens de bon niveau réel et "nécessaires" (chercheurs, ingénieurs, gestionnaires, techniciens) restant constante, leur nombre sera forcément en diminution. Si le nombre des personnels scientifiques et techniques diminue, on peut prévoir qu’ils seront plus recherchés encore qu’aujourd’hui par les "chasseurs de têtes" et que, par conséquent, leurs émoluments iront encore en augmentant par rapport à ceux des militaires détenant les mêmes compétences30. Nous risquons donc d’en arriver à cette situation paradoxale que des matériels de plus en plus sophistiqués et coûteux devront être confiés pour mise en œuvre à des personnels de moins en moins qualifiés.

A ce problème s’ajoute celui de la maintenance : le char, par exemple, de 1945 pouvait être dépanné ou réparé par un mécanicien du niveau de l’ouvrier de garage. Mais, les chars, hélicoptères, avions, navires, postes de tir de missiles A.C. et A.A. du XXIe siècle demanderont un ensemble de compétences très supérieur : mécaniciens, électro-mécaniciens, dépanneurs-informaticiens...

Peut-on feindre de croire que dans un marché du travail recherchant les meilleurs, et n’hésitant pas à les payer en conséquence, les soldes autorisées aux armées par les Finances ne joueront pas un rôle "dissuasif", même sans tenir compte des multiples contraintes évoquées plus haut ?

En définitive, il faudra bien en arriver à un choix : ou bien l’Etat estime qu’il a besoin des forces armées, peut-être réduites, mais de qualité. Auquel cas il fait les sacrifices financiers nécessaires pour attirer et conserver des personnels de valeur. Ou bien il pense pouvoir s’en passer, et s’acheminera discrètement vers un organisme dont la principale capacité sera d’offrir aux Parisiens un spectacle gratuit le 14 juillet. Mais organisme dont le maintien serait un total gaspillage financier, puisqu’il suffirait pour cette occasion de louer les services des figurants de quelques théâtres de la capitale.

 

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Notes:

 

1 On a pu montrer que de 1800 à 1812, ne fut appelée que 32 % de la "ressource". Pour 1813 et 1814, les nombres sont controversés ; toutefois tous les auteurs estiment que ces 32 % furent alors très largement dépassés.

2 Plus tard pour les cadres, chez qui la partie endurance puis expérience a une importance supérieure. Mais les limites d’âge actuelles constituent de véritables aberrations : 52 ans pour un lieutenant-colonel... Le commandant en chef de Tsahal - l’armée d’Israël - doit résigner ses fonctions à 47 ans 1/2.

3 Chez les "grandes nations". Nous ne traiterons pas ici du cas très spécial de la Suisse. Relevons toutefois le fait que la population helvétique trouva, et trouve encore, tout à fait normal que l’individu réformé subisse une majoration de ses impôts de 3 % pendant 30 ans.

4 La condition de l’homme de troupe y étant encore plus méprisée que sur le continent, les soldats britanniques ne pouvaient guère être recrutés que dans les couches les plus pauvres de la société. Ce qui explique pourquoi lorsque débarquèrent en France, en 1914, les premières unités anglaises, nos grands parents constatèrent, avec étonnement, que ces hommes, ayant souffert de carences alimentaires dans leur enfance, étaient en moyenne de stature inférieure à celle de nos soldats.

5 Beaucoup moins au Sud, où il n’était pas infamant pour un cadet d’une famille à l’aise de devenir officier ; ceci se retrouvera dans la très nette supériorité intellectuelle du haut encadrement sudiste pendant la guerre de Sécession : par exemple, un Lee était le mari d’une petite fille de Washington ; un Grant avait été chassé de l’armée pour ivrognerie notoire en service.

6 Constatation mettant à bas les théories de certains politiciens, tel Gambetta réclamant en 1869 la disparition de toute armée permanente : "En cas d’agression, c’est tout le peuple qui se lèvera pour chasser l’envahisseur. Sa seule vue frappera l’ennemi de terreur et le mettra en déroute !"

7 A noter que le déséquilibre démographique entre la France et l’Allemagne s’était encore aggravé : en 1939 nous ne disposions que de 2 600 000 hommes de 20 à 30 ans, aptes, contre 6 500 000 pour l’Allemagne nazie. L’armée française était "vieille", depuis le soldat jusqu’au haut commandement.

8 Les premières actions de guerre furent celles des Fallshirmjäger sur le Danemark et la Norvège ; mais le premier exploit retentissant fut la prise de "l’imprenable" fort d’Eben-Emael, à garnison de plus de 1 000 hommes, par une soixantaine de sapeurs-parachutistes allemands déposés d’ailleurs par planeurs sur les hauts de ce fort. Le succès, ou l’échec, de ces quelques dizaines d’hommes était déterminant pour la rapidité des opérations en territoire belge, donc pour la suite de la campagne sur le front de l’Ouest.

9 L’entraînement des hommes de la "SS combattante" était poussé à un réalisme tel que les pertes à l’instruction n’étaient pas négligeables. Rappelons qu’en raison des pertes au combat, les 38 divisions de Waffen SS enrégimentèrent environ 1 050 000 hommes, dont une proportion toujours croissante de non-allemands.

10 Nous parlons évidemment ici surtout des armées de Terre, où les appelés faisaient un service d’une durée de une à deux années. Les marines n’ont besoin que d’un nombre limité de recrues ou - cas de certains pays de l’Est - en ont fait des équivalents d’engagés (à solde symbolique), en portant la durée des obligations actives des appelés de la Marine à 3 ou à 4 ans. Les armées de l’air ne confient guère aux appelés que des tâches très secondaires.

11 Les conséquences psychologiques de l’envoi des recrues au Vietnam ont été très amplifiées par les media et les films qui ont exploité ce "filon" sans vergogne. Pourtant, il semble bien que les jeunes américains du contingent ont été plus fragilisés par une année de séjour - malgré des conditions de vie beaucoup plus confortables" - que l’avaient été les hommes de troupe français après un, deux, voire trois séjours de deux ans, au moins, chacun. Toutefois les prisonniers français rendus vivants - 9 934 sur 39 954, soit 24,9 % - sont souvent restés marqués, mais plus par le "lavage" de cerveau systématique que par les privations et mauvais traitements.

12 Pour les 15 ans, 1976 à 1990, où le PNB total de leurs alliés de l’OTAN avait égalé puis dépassé celui des Etats-Unis, ces derniers ont fourni les 2/3 de l’effort de défense, très précisément : USA, 67,5 % ; autres membres de l’OTAN : 32,5 %.

13 35 fois la participation de la France - qui, pourtant, avait "gratté les fonds de tiroirs" ; 12 fois la participation britannique...

14 A court de devises pour mener à bien son programme militaire, il est évident que Saddam Hussein, loin de "fermer le robinet", aurait mis sur le marché le maximum de son "or noir". Mais pour entraîner les Européens dans l’alliance, l’éventualité - fallacieuse - d’une pénurie d’énergie constituait une motivation déterminante.

15 Mais, peut-être, comme cet ancien Premier Ministre (à l’émission "7 sur 7"), l’ONU jugeait-elle que les Croates actuels avaient le tort d’être les enfants et petits enfants de ceux qui s’étaient rangés du côté de l’Allemagne nazie ? Si c’est le cas, il faudrait rappeler que les musulmans bosniaques ont fourni les effectifs de la 13e division SS, "Hanschar".

16 Au moment où nous écrivons, l’ONU s’efforce - avec des résultats très inégaux - de sauvegarder la paix, par observateurs ou troupes, dans les opérations suivantes 1. UNTSO (Palestine) ; 2. UNMOGIP (Inde/Pakistan) ; 3. UNFICYP (Chypre) ; 4. UNDOF (Israël/Syrie) ; 5. ONUSAL (Salvador) ;6. UNIKOM (Irak/Koweït) ; 7. MINURSO (Sahara) ; 8. UNAVEM (Angola) ; 9. UNTAC (Cambodge) ; 10. UNPROFOR (Croatie et Bosnie) ; 11. UNOSOM (Somalie) ; 12. MFO (Sinaï) ; 13. NNSC (Corées) ; UNFIL (Liban). La France est partie prenante dans les opérations numérotées 1-6-7-9-10-11-12 et 14. compte tenu des forces que nous devons maintenir d’une part dans les DOM-TOM, d’autre part dans un certain nombre d’ex-nations de l’Union française avec lesquelles nous sommes liés par des accords de défense ou de coopération militaire, ainsi que du fait que sauf volontariat le contingent ne peut être utilisé pour les actions outre-mer, on comprend mieux pourquoi notre participation à la guerre du Golfe n’a pas - numériquement - atteint la moitié de celle du Royaume-Uni - qui se limite essentiellement à des observateurs pour les actions n° 3-6-7-9-10 (unit. med) - et 12.

17 Par exemple, il était non seulement plus rapide, mais plus facile de recharger un Lebel, ou un Mauser 98, qu’un fusil Gribeauval.

18 Dans certaines périodes, les jeunes aviateurs anglais furent envoyés en ligne après seulement 3 semaines de formation. On peut noter que l’Allemagne, sauf à la fin du conflit, s’obligeait à donner une formation très nettement plus longue que les alliés occidentaux. Elle perdit 5 853 aviateurs contre 7 775 pour la seule France. Nous n’avons pu déterminer les pertes anglaises, mais d’autres nombres parlent : au cours de la guerre, les alliés - la Russie non comprise - ont produit 158 000 avions, les empires centraux 53 000.

19 Par exemple, les pilotes américains de l’aéronavale eurent le cycle suivant de formation :

20 Longueur 757 mm contre 980 pour le M 16, 920 mm pour le H&K 33 à 750 mm, le SIG 530 à 780, etc.

21 Réalisation provenant de l’idée qu’après une visée bonne mais non parfaite, la dispersion due au recul augmenterait les chances de coup au but. Malheureusement les longues expérimentations conduites en Allemagne pour le fusil G 11 de H&K - provisoirement en sommeil, pour cause de frais de réunification - ont montré que cette dispersion est trop forte : pour être utile, il faut une cadence de tir de ces 3 balles, de 2000 cps/mn. Cette constatation n’a pas empêché de continuer à sortir le FAMAS avec le coûteux dispositif, et de le monter "en rattrapage" sur les premiers produits.

22 La situation n’est pas la même pour la Marine et l’armée de l’Air, qui ont reçu pour 1992 respectivement 3 milliards 167 millions, (pour 64 835 personnels militaires), et 3 milliards 68 millions (pour 91 717 personnels), soit par homme 48 847 F et 33 451 F : même compte tenu des énormes dépenses en carburant, il y a là de quoi former convenablement le très petit nombre des fusillers-marins et des "Cocoys" (Commandos de l’Air, dans l’argot des intéressés).

23 Suggestion : apprendre à tout soldat à poser et surtout à relever les mines et pièges : les ateliers du corps de troupe peuvent fabriquer à prix de revient dérisoire des engins factices. Il suffit d’un peu de bois, de matière plastique, de bandes et feuilles de métal, de "corde à piano" (fil d’acier fin), qui peuvent tous, ou presque, être trouvés dans les rebuts.

24 Dont l’équivalent dans les autres nations - carabiniers, etc... - n’est pas à la charge de la Défense. Or dans le budget 1992, elle émargeait pour 18 519 millions, soit 9,5 % de ce budget, bien qu’œuvrant à plus de 95 % pour d’autres ministères, (qui devraient rembourser la défense ?).

25 Il est vrai qu’il faut fournir à des réservistes des matériels et des munitions. Le moins que l’on puisse dire est qu’à l’heure actuelle, nos stocks "bons de guerre" sont faibles.

26 "Des évolutions pour la fonction militaire ?", Défense Nationale, décembre 1992.

27 Voir l’étude de Jean Lemoigne, "Les salaires des officiers et sous-officiers : leur évolution de 1986 à 1992", Défense Nationale, août-septembre 1992.

28 Depuis 1976, l’indice de fécondité reste pratiquement "bloqué" à 1,80 alors que le remplacement demanderait qu’il soit égal à 2,1. En outre ces 1,80 ne sont atteints que grâce à la surnatalité dans les familles dont l’un des parents, au moins est étranger. Si nous ne comptions que les enfants nés de parents eux-mêmes nés français, l’I.F. serait de l’ordre de 1,6 depuis 1976.

29 Ce problème des retraites s’accommode très mal d’une natalité en "dents de scie", toujours à l’unité de temps de la trentaine d’année. Par exemple, l’Allemagne, qui n’a eu qu’un faible "Baby-boom", ne verra pas croître aussi brusquement que nous le nombre de ses retraités ; et certains pays, les Pays-Bas notamment, connaîtront un choc encore plus rude que nous.

30 Le contrôleur général Cailleteau a montré que sur la période 1960-1980 les soldes - en particulier celles des responsables supérieurs officiers et sous-officiers - avaient nettement "décroché" par rapport au secteur civil.

 

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